- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode d'Elle en Bretagne, je suis Marie-Cécile, sa fondatrice, et dans ce podcast, mon souhait est de donner la parole aux femmes. Et si les femmes détenaient une partie des clés pour transformer notre société, notre économie et même notre planète ? C'est la question audacieuse que pose Marie-Éloi dans son livre « Les femmes sauveront-elles le monde ? » . Entrepreneur engagée, fondatrice de Bouchet-Avoit et militante pour l'égalité, Marie-Éloi explore les femmes. par leur leadership, leur créativité et leur approche souvent collaborative. Elles peuvent être actrices majeures du changement. Et surtout, Marie est très engagée et dans son livre, elle nous dit un petit peu comment les femmes vont sauver le monde. Alors Marie, je suis ravie de te recevoir aujourd'hui pour cet épisode. Ça faisait déjà un petit moment que nous étions, voire même quelques années que nous étions en relation pour cet épisode. Donc je suis ravie de pouvoir le faire aujourd'hui. Moi aussi, Marie-Cécile. Pour commencer, peux-tu nous raconter un petit... peu ton parcours et ce qui t'a motivée à t'engager justement pour les femmes.
- Speaker #1
Mon rêve quand j'étais petite, c'était de devenir journaliste à l'international parce que j'avais vu le frère de mon prof de français expliquer ce métier dans la cour de l'école en quatrième et je me suis dit « Oh, c'est génial, c'est exactement ce que je veux faire » . Et finalement, c'est ce que je suis devenue quelques années plus tard en travaillant pour Radio France Internationale, donc j'ai beaucoup voyagé et j'ai vu énormément de personnes qui s'engageaient avec des bouts de ficelle, des personnes ordinaires, qui s'engageaient avec des bouts de ficelle pour leur communauté. Et ça m'a donné envie à mon tour de m'engager. Donc, j'ai d'abord cofondé une école Montessori. J'ai vu que quand on plantait une graine, ça marchait, ça germait. Et puis, j'ai découvert la sororité dans l'école parce qu'on était beaucoup de mamans à nous entraider, à nous encourager aussi dans nos projets professionnels. Et donc, je me suis dit, ce serait super si on faisait ça à l'échelle de la Bretagne. Donc, j'ai d'abord créé Femmes de Bretagne, réseau régional d'entraide pour l'entrepreneuriat des femmes, qui a été très vite un grand succès avec 500 événements par an, que j'ai dupliqué au niveau national. avec Femmes des Territoires, qui existe dans une centaine de villes, qui a déjà accompagné 20 000 femmes. Et puis en parallèle, j'ai créé aussi Bouge ta boîte, réseau business le plus grand en Europe, dans 175 villes, et qui a organisé 5 000 réunions de travail par an et qui a dû fermer ses portes en juillet, mais qui continue de manière informelle partout dans les territoires et je suis très fière des Bougeuses.
- Speaker #0
Si ça continue, ça prouve l'utilité et le sens que ça peut avoir pour de nombreuses femmes.
- Speaker #1
En tout cas, ça m'émerveille de voir la capacité d'agir qu'on a, chacun et chacune. Et ça m'émerveille encore plus quand elle est mise en action et pour plus de mixité.
- Speaker #0
Justement, on va en parler et on va parler justement de ton livre. Quels sont les déclics ou les expériences qui t'ont poussé justement à écrire « Les femmes sauveront-elles le monde ? » avec un titre, une petite provocation, on va dire. Oui, c'était pour qu'on ait envie de lire en tout cas, parce que si tu avais un point d'exclamation,
- Speaker #1
c'était déjà résumé. Surtout qu'à la question « les femmes sauveront-elles le monde ? » , c'est la mixité qui sauvera le monde. Les femmes, évidemment, elles sauvent déjà le monde, elles le font au quotidien. Mais c'est ensemble qu'on arrivera vraiment à bouger les lignes. Et ce qui m'a donné envie, en fait, à chaque fois que j'ai créé quelque chose, c'était vraiment, comme tous les entrepreneurs ou ceux qui portent des projets, c'était dans les tripes. Il fallait que je le fasse, il fallait que j'avance, etc. Mon meilleur truc, entre guillemets, pour avancer quelque part, c'est d'en parler autour de moi. Et dès que j'en parle autour de moi, après, les gens reviennent vers moi en me disant « Alors, t'en es où sur ton projet ? » Et du coup, je suis fichue et je suis obligée d'avancer. Et donc, j'ai fait ça pareil pour le livre parce que c'était dans mes tripes, ça me brûlait. Donc, j'ai commencé, je pense, il y a six ans. J'ai écrit pas mal de pages, puis j'ai tout jeté, j'ai tout recommencé, j'ai rejeté. Puis j'ai recommencé pendant le Covid et puis voilà. Et un jour, j'ai eu un message LinkedIn de la maison d'édition Erol. qui me proposait d'écrire un livre et j'aurais dit « bon ben voilà, c'est le moment en fait, là j'ai plus le choix, je suis obligée d'y aller, je suis obligée de le faire » . J'avais vraiment du mal à trouver la légitimité parce que c'est toujours, enfin moi je ne suis pas écrivaine de métier. C'était un travail très exigeant mais qui m'a fait vraiment encore plus prendre conscience de l'urgence de la mixité.
- Speaker #0
Le cœur en fait de ce livre, c'est la mixité. Et parle-nous un peu justement de la mixité avec quelques chiffres et puis en quoi cette mixité va changer le monde.
- Speaker #1
Il faut d'abord imaginer un monde où 89% des chefs d'État sont des femmes, 94% des dirigeants de grandes entreprises sont des femmes, 98% des dirigeants de banques sont des femmes, 98% des fonds d'investissement attribués aux femmes, 84% des réalisateurs de films sont des femmes, 94% des prix Nobel sont des femmes. Si on imagine l'inverse, on se dit mais en fait c'est inconcevable, inacceptable et on serait tous et toutes dans la rue pour réclamer la mixité, alors que l'inverse, ça ne nous choque même pas. Donc, en ayant étudié tous les chiffres, les uns après les autres, en voyant vraiment l'absence de femmes dès qu'il y a du pouvoir et de la visibilité, j'ai vraiment essayé de rechercher ce qu'apportait la mixité. Dénoncer, c'est une chose. J'ai fait beaucoup de conférences dans les territoires et à chaque fois, j'ai ponctué le livre des questions de l'avocat du diable, c'est-à-dire toutes les questions qu'on se pose, tous les malentendus qu'il peut y avoir sur la mixité et qui nous empêchent d'agir et de voir l'urgence. J'ai vraiment cherché les études qui montrent ce qu'apporterait la mixité et à quoi ressemblerait un monde mixte. Un monde mixte, c'est plus de protection de l'environnement. C'est vraiment prouver le genre être femme et le critère le plus déterminant. pour protéger l'environnement dans le monde entier. Mais ce n'est pas parce que les femmes sont meilleures, c'est parce qu'elles sont en charge du care, donc des bébés, enfants, malades, personnes âgées, alimentation potable. Et donc, elles voient le lien avec un environnement qui est sain ou qui est dégradé. La mixité, c'est aussi le critère le plus déterminant pour la paix, pour une autre forme d'économie. Tous les sujets, en fait, pour plus d'inclusion au sens large, donc de mieux vivre ensemble. Et ensuite, j'ai cherché les solutions, comment on faisait pour faire advenir la mixité très rapidement.
- Speaker #0
D'accord, alors comment on fait ?
- Speaker #1
En fait, c'est la multitude des actions qui va compter. Donc, c'est nous, nos actions quotidiens, comment on peut s'engager pour davantage de mixité dans les réunions de travail, à la maison, en partageant les tâches à la maison, en aidant, en partageant, au travail, en encourageant les femmes, dans les chercher pour les formations, les promotions, en osant parler spécifiquement des femmes aussi, en osant agir spécifiquement pour les femmes. Et puis, c'est toutes les politiques publiques pour l'égalité. Par exemple, il y a les quotas, les quotas qu'on soit pour ou contre. Ça fonctionne dans le monde entier. Quand il y a des quotas, il y a des résultats. C'est l'égaconditionnalité. C'est un nom un peu barbare, mais qui est redoutable. L'égaconditionnalité, c'est pour tout financement public. L'organisation qui reçoit l'argent public s'engage à mettre en place un plan en faveur de l'égalité. Et puis, il y a une mesure qui est vraiment incroyable. C'est un congé deuxième parent, un congé paternité digne de ce nom. Parce qu'aujourd'hui, dans le monde, il est de 9 jours en moyenne. En France, il est de 28 jours, dont seulement 7 obligatoires. on se rend compte que... quand il est équivalent, comme en Espagne, parce que là, on peut dire que c'est un stage d'observation, comparé à ce que vivent les mères, qui est plutôt une opération commando. En Espagne, en 2021, ils ont accordé 16 semaines pour les pères comme pour les mères. Et en fait, ça change tout, parce que c'est à ce moment-là, dans les premiers mois de la vie d'un enfant, que se construisent la légitimité et l'expérience pour gérer la vie familiale. Et puis, dans les organisations, ça devient aussi compliqué. de recruter un homme qu'une femme ou de les promouvoir. Et donc, ça fait sauter le plafond de verre.
- Speaker #0
C'est clair parce qu'on sait aussi que l'homme pourra s'absenter justement pour le même temps, ce fameux congé. Donc en France, là, on vient d'adopter les deux mois, pour autant pour la mère que pour le père, à voir comment ça pourra évoluer dans notre société.
- Speaker #1
C'est vraiment une avancée qui est positive. Après, c'est rémunéré entre 60 et 70 %, on ne sait pas encore, on attend le décret du salaire. En Espagne, c'est rémunéré à 100 %, ce qui fait que les pères hésitent moins aussi à le prendre.
- Speaker #0
Par rapport justement à cette mixité, ce qu'on n'a pas fait au début, c'est finalement, qu'est-ce que c'est la mixité ? C'est quoi au juste ?
- Speaker #1
C'est pour moi le socle de l'humanité, en tout cas de l'humanité durable. C'est à l'image de la vie. Un environnement, quand il est uniforme, il s'appauvrit, il attire les parasites et il meurt. C'est pareil pour nos sociétés, c'est ce qu'on vit aujourd'hui. Il y a tellement peu de femmes en position de pouvoir. et de décision, qu'il y a tellement d'uniformité tout en haut qu'on attire les parasites et on se meurt. Et donc aujourd'hui, il est urgent de mettre de la mixité parce que ce n'est pas secondaire. C'est vraiment ce qui transforme tout. Quand il y a de la mixité, on ne peut pas garder le même monde, on ne peut pas garder le même fonctionnement, on ne peut pas garder le même rapport au pouvoir, le même rapport à l'argent, la façon de collaborer. Ça transforme absolument tout. C'est pour ça d'ailleurs que c'est autant attaqué, que ça fatigue autant. C'est parce que ça nous oblige à nous transformer, nous. Donc c'est forcément inconfortable. La mixité, c'est 50%. Parce que parfois, on peut se dire, oui, il y a une femme, donc c'est mixte. En haut d'une organisation, non, non, la mixité, il faut que c'est 50% partout. Sinon, ça ne marche pas. On tombe dans les mêmes travers, dans les mêmes codes. Et on se rend compte que c'est à 50%, vraiment, avec un seuil critique à 35%, qu'on se transforme.
- Speaker #0
On commence à 35% pour atteindre ensuite les 50%.
- Speaker #1
Oui, en dessous, les femmes ou les hommes, d'ailleurs, s'ils sont minoritaires, vont adopter les codes qui sont majoritaires, en fait.
- Speaker #0
Quand tu dis, en effet, ça transforme tout, évidemment, Parce qu'aujourd'hui, au niveau des métiers, par exemple, on a encore des métiers très genrés. Et tout ça est même ancestral, avec les hommes plutôt sur les métiers en lien avec les finances, tout ce qui peut être le pouvoir aussi, et les femmes plutôt sur des métiers du care, du soin, de l'accompagnement, de l'éducation.
- Speaker #1
Oui, tout a été un peu organisé. C'est par construction politique, religieuse et économique. Aux femmes, on a attribué la sphère privée. donc bébés, enfants, malades, personnes âgées, alimentation, potable, le kersh. Et aux hommes, comme ils étaient libérés de ces contraintes, qui sont vitales et incompressibles, ils ont pu se consacrer effectivement aux sphères publiques, économiques et financières, le pouvoir, comme ils décidaient. C'est cette partie qui a été valorisée, qui a été rémunérée, qui a été privrisée. Et c'est là où on voit arriver... Le gros bug, en fait, c'est que pendant des siècles, une moitié de l'humanité a écrit toutes les lois, tous les codes, défini les priorités, les indicateurs, alors qu'elle était déconnectée au quotidien de ce qui est vital pour notre espèce. Et l'autre moitié qui en était responsable en continu n'avait ni voix, ni pouvoir, ni argent pour défendre ses enjeux. Et du coup, on s'est retrouvés dans un monde à l'envers.
- Speaker #0
Et c'est ce qui explique aujourd'hui, comme tu le disais, qu'on peut faire le lien aussi avec les femmes et l'environnement. puisqu'elles le vivent au quotidien finalement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Comme les femmes sont encore aujourd'hui majoritairement et massivement en charge du cœur, dans le monde entier, j'ai pris les chiffres de l'INSEE sur le temps consacré aux femmes, par les femmes et par les hommes au charge domestique et parentale. Et sur une journée, c'est 3h12 pour les femmes et 1h10 pour les hommes. Donc, on se dit que ce n'est pas tellement d'écart. Et en fait, sur une vie active, si on l'extrapole, ça équivaut à 12 ans d'écart. Et 12 ans, c'est gigantesque. Ça veut dire 12 ans pour les femmes de carrière, de loisirs, d'engagement politique, de rémunération en moins. Et pour les hommes, ça veut dire 12 ans d'expérience du care en moins, 12 ans d'expertise et de connaissance sur les besoins primaires de notre espèce en moins, 12 ans avec leurs proches en moins. Donc tout le monde y perd. Et comme les femmes sont massivement en charge du care, qu'elles ont les mains dedans, elles voient ce lien avec l'environnement. Ça fait concrètement partie de leur quotidien. C'est pour ça qu'elles agissent. qu'elles protègent, qu'elles préservent dans le monde entier l'environnement. Les femmes, partout, quand on regarde, sont plus éco-conscientes, plus éco-responsables, sont locomotives de l'impact, mais partout. Ce n'est pas parce qu'elles sont meilleures que les hommes, ça n'a rien à voir, c'est parce qu'elles sont en charge des besoins primaires de notre espèce, et donc elles voient le mur arriver.
- Speaker #0
Tout à fait, et je sais que tu as un chiffre, et en plus, les femmes engagées dans les associations en lien notamment avec l'environnement, mais pas que, sont moins financées.
- Speaker #1
C'est catastrophique en fait. Aujourd'hui, par exemple, sur le changement climatique, les financements vont à 80% à des hommes blancs. Pour les associations qui font ce lien entre l'environnement et les femmes, c'est 0,2%, donc des miettes de miettes. Alors qu'on sait que c'est le genre qui fait qu'on va protéger davantage l'environnement, dans le monde entier, dans l'économie, dans la politique, dans l'agriculture, dans l'entrepreneuriat, au sein des grands groupes. Plus il y a de mixité, plus l'environnement est protégé, et dans le monde entier, vraiment partout.
- Speaker #0
C'est ce qui paraît fou.
- Speaker #1
C'est totalement illogique.
- Speaker #0
On en voit aujourd'hui un petit peu les limites avec toutes les dégradations par rapport à l'environnement, le réchauffement climatique. Pour ça, en effet, on peut considérer, comme tu dis dans ton titre de livre, est-ce que les femmes vont changer le monde ? Ça peut aussi être un des leviers. Et par rapport à ça, justement, et les hommes dans tout ça ? Comment faire pour les embarquer ? Parce que si on veut que les hommes aillent plus vers le care et que les femmes aillent plus vers le pouvoir, Oh là là l'action un petit peu dominante aujourd'hui par rapport à ça. Comment on arrive à faire en sorte qu'il y ait un glissement entre les deux ? Oui,
- Speaker #1
en fait, quand il y a de la mixité, on se rend compte que la notion de pouvoir est complètement différente. Parce que je rencontre beaucoup de femmes qui me disent « mais moi, le pouvoir, ça ne m'intéresse pas. Moi non plus, tel qu'il est exercé là, ça ne m'intéresse pas. » Mais par contre, on se rend compte que quand il y a de la mixité, c'est une autre forme de pouvoir. C'est un pouvoir avec, ce n'est pas un pouvoir sur les autres. On se rend compte aussi que quand il y a de la mixité, il y a un autre rapport à l'argent, il y a une autre façon de collaborer, vraiment. tout est transformé. Et du coup, pour arriver à faire en sorte que... à embarquer les hommes, déjà, ils ont tout intérêt. Parce que dès qu'un homme prend la parole sur l'égalité, la mixité, sur ces sujets-là, il est très valorisé. Moi, quand je dis quelque chose sur la mixité et qu'il y a un homme à côté de moi qui dit 1% de ce que je dis, il va être extrêmement valorisé parce qu'on a vraiment besoin des hommes sur ces sujets-là et leur parole est encore aujourd'hui beaucoup plus valorisée. Et donc, on a besoin des hommes pour y aller. L'égalité, c'est pas l'apanage des femmes, ça nous concerne. toutes et tous parce qu'on a toutes et tous à y gagner en fait en termes de protection de l'environnement, de paix, de bonheur. On sait que plus il y a de mixité, plus tout ça est là. Donc les hommes ont vraiment intérêt à y gagner aussi. Et pour les embarquer, notamment dans les filières du CAIR, parce qu'il faut plus de femmes dans la tech, dans les finances, dans les sphères de pouvoir, mais il faut aussi plus d'hommes dans le CAIR. Parce que du coup, ça fait aussi plus de liens avec les besoins primaires de l'humanité et donc plus les pieds sur terre quand on prend les décisions. Et pour ça, il faut faire comme certains pays, comme la Nouvelle-Zélande ou le Canada, qui ont revalorisé les filières les plus féminisées. Parce qu'on se rend compte que plus une filière se masculinise, plus elle se revalorise. Et inversement, plus une filière se féminise, plus elle s'appauvrit. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, elles ont regardé en termes de risque, en termes de compétences, en termes de diplômes. en termes de responsabilité. Les filières, par exemple, comme policier, les filières comme sage-femme, pour arriver au ingénieur et sage-femme. Et ils sont arrivés à la conclusion que ça devrait être payé pareil. Et ça a été revalorisé. Et ça, ça change tout.
- Speaker #0
Tout à fait, de façon à ce que les uns comme les autres puissent aller vers l'un ou l'autre. Et pas forcément selon son genre, mais selon ses souhaits et ses attitudes, finalement.
- Speaker #1
C'est ça. Plus il y a de mixité, plus les cases s'éclatent. Et puis, on peut être soi-même.
- Speaker #0
Et en plus, comme tu dis, les hommes ont tout à y gagner parce que finalement, ils sont aussi victimes. du système dans lequel on est aujourd'hui.
- Speaker #1
Tout à fait. Alors nous, en tant que femmes, on s'en rend plus facilement compte puisque le monde a été construit pendant des siècles uniquement par des hommes. Je parle des structures. Je ne parle pas du fonctionnement, mais vraiment des structures. Donc le monde économique, le monde politique, le monde législatif. Et donc ça a été fait par des hommes, pour des hommes, en fait. Et donc ils s'y retrouvent un peu plus, mais ce sont quand même des cases... très fermée, très viriliste, ce qui ne correspond pas à une grande majorité des hommes, et notamment encore plus chez les jeunes. Et nous, on nous a tellement mis dedans en chausse-pied qu'on voit que ça ne fonctionne pas, donc on a tendance à s'en dégager plus facilement de ces cases-là. Mais plus il y aura de mixité, plus ça libérera aussi les hommes de toutes ces injonctions, de tout le masculinisme. Ça leur permettra d'être eux-mêmes aussi.
- Speaker #0
Et en même temps, on a peur du changement. En effet, si les hommes « perdent » ce Merci. pouvoir. Pendant quelque temps, ça peut être compliqué parce que le système peut résister aussi. Oui, là, il résiste bien. C'est vrai.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'il y a un tel retour en arrière aussi. Le problème, c'est qu'on est à un point de bascule, maintenant. C'est-à-dire, plus les crises vont s'aggraver, plus les droits des femmes vont reculer, plus la mixité va reculer. C'est ce qu'on vit. Et plus ce sera difficile de s'en sortir puisque la mixité est vraiment la source et la solution mère de toutes les crises qu'on vit. Donc, c'est maintenant qu'il faut agir. Et oui, il peut y avoir des périodes de transition parfois inconfortables, parce que passer de 100% du pouvoir au 85% du pouvoir à 50%, oui, c'est inconfortable. C'est vrai, mais c'est aussi ce qui aurait dû se passer depuis le début. Et ce qui se passait d'ailleurs avant la sédentarisation, c'était égalitaire. Donc oui, ça peut être inconfortable. Et la peur, c'est vraiment le mot qui nous empêche d'agir, parce qu'on se rend compte qu'aujourd'hui, si on n'investit pas massivement sur les femmes et la mixité, pour toutes les raisons qui changeront le monde. pour la paix, l'amnistie, l'environnement, etc. C'est parce qu'en fait, on a peur que quand on agit pour les femmes ou quand on agit pour l'amnistie, on va agir contre les hommes. On a toujours cette petite musique en tête. Et ça, c'est assez catastrophique, c'est dévastateur même. Parce que quand on n'a pas de problème pour faire des programmes pour les jeunes, pour les talents des quartiers, pour les seniors, pour les femmes, on a toujours l'impression que ça va être contre les hommes. Du coup, on n'agit pas. Alors que quand on agit pour les jeunes, on n'agit pas contre les seniors. Et au contraire, c'est même prouvé, quand on agit pour les femmes, on agit pour l'amnistie. Donc. pour les hommes et les enfants, toute la communauté en bénéficie. Donc tout le monde a intérêt. Quand on regarde sur le papier, quand on regarde les données, quand on regarde les analyses, quand on regarde les études, la logique voudrait que notre priorité absolue en termes de motivation, de volonté financière, ce serait d'investir massivement pour instaurer la mixité partout. L'absence de bon sens dans lequel on vit aujourd'hui fait qu'au contraire, on s'en éloigne.
- Speaker #0
Selon toi, par exemple, quel serait le monde idéal en 2050 ? si en effet la mixité, pour donner un petit peu d'espoir et envisager justement, inspirer par rapport à ce que peut donner la mixité dans 10, 15, 20 ans, lorsqu'elle sera instaurée. Alors selon l'ONU, ce n'est pas prévu en moins de 300 ans, donc si on ne se bouge pas drastiquement, c'est mal barré.
- Speaker #1
Mais on parlera de comment on fait pour y arriver dans un temps beaucoup plus court. En fait, c'est toujours l'espoir qui a engendré les plus grands changements sociétaux. Donc l'espoir de quelque chose de meilleur. Ce n'est pas la peur, c'est vraiment l'espoir. Et donc, c'est très important de montrer à quoi ressemblerait un monde mixte. Moi, quand mon équipe m'a demandé ça il y a quelques années, ils m'ont dit pour les vœux, ça serait bien que tu dises à quoi ressemble un monde mixte. En fait, je ne savais pas. Je savais décrire l'inverse. Donc, les femmes à la place des hommes avec les mêmes violences. Je ne savais pas décrire un monde mixte tellement ça change tout. Et c'est pour ça que j'ai écrit ce livre aussi, pour vraiment montrer à quoi ça ressemblerait un monde mixte. Et là, je me suis appuyée sur les sociétés les plus égalitaires dans le monde. Donc, il y en a certaines qui subsistent depuis avant la sédentarisation. Et puis les sociétés utopiques, et puis des pays comme l'Islande par exemple, ou même la Nouvelle-Zélande qui a bien bougé là-dessus, ou même l'Espagne ces derniers temps qui fait des grands bons. Et donc on se rend compte que dans ces sociétés, le point commun c'est une représentation équilibrée entre femmes et hommes partout, donc en politique, dans l'économie, dans la culture, tous les domaines c'est femmes plus hommes ensemble. C'est un vote par consensus, donc c'est pas la loi du plus fort, au contraire on se rend compte que dans ces organisations-là, celle ou celui qui dirige... Ce n'est pas celui ou celle qui a créé le plus fort, mais celui ou celle qui est capable de prendre le plus soin des autres. C'est comme ça, dans une société égalitaire, on n'a pas de Trump, on n'a pas de Poutine, on a des personnes qui prennent soin.
- Speaker #0
Ce n'est pas des rapports de force.
- Speaker #1
Ce n'est pas des rapports de force. D'ailleurs, la violence est bannie, donc les conflits sont bannis. Selon l'anthropologue qui a étudié notamment les sociétés comme ça, qui s'appelle Eide Götner à Ben Drott, elle dit qu'il n'y a pas d'absence de consentement, il n'y a pas de viol, par exemple. Ce sont des sociétés qui mettent au cœur l'environnement. Donc, ils protègent énormément le vivant, notre habitat, en fait.
- Speaker #0
Il n'y a pas de guerre non plus ?
- Speaker #1
Non, parce qu'on sait que plus il y a de mixité, plus les accords de paix sont signés rapidement, plus ils durent longtemps, mieux le pays se reconstruit. On le sait, l'ONU a fait des pieds et des mains pour qu'il y ait davantage de femmes dans les accords de paix. Or, aujourd'hui, on est toujours à 90% des négociations qui se déroulent sans aucune femme. Or, on sait que la mixité fait que la paix est là. Et aujourd'hui, on parle de guerre partout sans mettre de femmes. On regarde, c'est que des photos d'hommes. Donc, oui, c'est un monde en paix. paix aussi, où les habitants sont beaucoup plus heureux. Quand on regarde, j'ai comparé les indicateurs sur le bonheur, sur la protection de l'environnement et sur l'égalité,
- Speaker #0
on se rend compte que les pays les plus égalitaires sont aussi les plus heureux et l'environnement est le plus protégé. Les plus riches, non. Les pays les plus riches, non, ils ne sont pas plus heureux du tout. Et je pense qu'on en a l'exemple aujourd'hui, quand on voit comment ça se passe aujourd'hui aux Etats-Unis ou même comment aujourd'hui c'est compliqué chez nous, notamment au niveau associatif où je crois que tu en parlais. Oui, il y a un recul, un net désengagement, et qui fait qu'une association sur trois envisage de se séparer de certains de ses salariés. Alors ça,
- Speaker #1
c'est une association sur trois de manière générale, et pour les femmes, c'est une sur deux. Et dans le monde, c'est pareil, l'ONU a alerté, c'est une sur deux qui va fermer prochainement, faute de moyens en fait, tellement les aides ont reculé sur le sujet, mais comme sur l'écologie, parce que c'est lié.
- Speaker #0
Ton souhait aussi, c'est d'une journée de grève finalement. de femmes. Raconte-nous un petit peu comment tu envisages les choses par rapport à cela.
- Speaker #1
En fait, je vais vraiment retourner les choses en tous les sens. Je me dis mais comment on peut faire pour instaurer la mixité ? Je suis tellement convaincue par les chiffres et par les études que c'est la solution. Comment on peut faire ? Et il y a cette journée en Islande qui a été incroyable. Il y a 50 ans, en 1975, il y avait... C'était pas du tout un pays égalitaire. Il n'y avait que 5% de femmes députées à l'époque. Sauf que les Islandaises, un jour, ont dit stop. Donc 90% d'entre elles. C'est un petit pays, mais quand même. On dit stop et on a tout arrêté au niveau professionnel et personnel. Donc, tout le pays était bloqué, en fait.
- Speaker #0
C'est-à-dire que cette journée, elles n'ont rien fait.
- Speaker #1
Elles n'ont rien fait au boulot et à la maison. Donc, il n'y avait même plus de liaison téléphonique parce qu'il n'y avait plus de standardistes à l'époque, c'était ça. Les enfants, ils ont mangé des bonbons et des saucisses toute la journée et ça a été radical. Parce que quelques mois plus tard, il y a eu une loi sur l'égalité. Cinq ans plus tard, a été élue la première femme chef d'État au monde. Et depuis, l'Islande est toujours le pays le plus égalitaire. Donc, une journée, c'est toujours le pays le plus égalitaire au monde. L'un des pays où l'environnement est le plus protégé et où les habitants sont les plus heureux, parce que c'est lié. Et donc, je me suis dit, en fait, parce qu'on me dit, oui, Marie, il faut que tu investisses telle et telle organisation. Et puis, patience, ça va arriver. Non, ça recule. Donc, ce n'est pas comme ça que ça va marcher. Donc, la seule solution pour moi, en tout cas, pour instaurer la mixité. et donc enclencher les transformations nécessaires à notre survie, parce qu'on parle de notre survie quand même, c'est de faire une journée comme en Islande. Donc toutes les femmes qui le peuvent, pendant une journée, s'arrêtent au niveau professionnel et personnel. 24 heures sans rien faire. Donc il faut imaginer les crèches, les écoles, les entreprises, les administrations, les hôpitaux,
- Speaker #0
commerce,
- Speaker #1
tout ça, à la maison, l'alimentation, les repas, les bébés, les enfants, les personnes âgées, malades. et tous les hommes qui seraient obligés d'arrêter de travailler, les hommes alliés, pour prendre leur lait, notamment aussi auprès des familles monoparentales, parce que le caire est incompressible, en fait. Si les hommes s'arrêtaient une journée, effectivement, l'économie, la politique s'arrêtent une journée, mais bon, voilà, comme un jour férié. Mais si c'est les femmes, c'est le chaos absolu. Et donc, souvent, on me dit, oui, ça serait la fin du monde. Et moi, je pense que ça serait la fin de ce monde. Ce serait la fin de ce monde si on en profite pour réclamer les mesures que j'ai évoquées tout à l'heure, donc les quotas, partout. L'égal conditionnalité, c'est-à-dire pas d'argent public dépensé s'il n'y a pas d'égalité en face. Et un congé deuxième par an, c'est-à-dire qu'à la maison, c'est égalitaire aussi. Ce qui veut dire qu'ensuite, dans la société, c'est égalitaire, au sein du couple, c'est égalitaire, etc. Si on arrive à faire ça, on a peu de chance d'y arriver, mais si on arrive à le faire, ça peut vraiment tout transformer. Après, on me dit oui, mais c'est complètement utopique, c'est beaucoup trop dur à faire, à instaurer, etc. Mais en fait, quand on voit qu'on est prêt à envoyer un million de personnes sur Mars...
- Speaker #0
Ça, ce n'est pas utopique ? Non, parce que ça, c'est financé, en fait. Des fois, on marche sur la tête. Totalement. C'est totalement lunaire, c'est le cas de le dire. Martien. Voilà, martien. Et c'est vrai que finalement, les 3-4 solutions que tu viens de porter, finalement, c'est relativement simple. Ce n'est pas compliqué. Mais voilà,
- Speaker #1
c'est une question de volonté. Ce n'est pas non plus une question d'argent, parce que là, 2700 milliards d'euros qui ont été dépensés sur l'armement l'année dernière, la mixité, ça coûterait moins cher. Et le soin à l'environnement aussi.
- Speaker #0
Ça va ensemble. Donc c'est vrai que cette journée permettrait une prise de conscience.
- Speaker #1
Et d'instaurer ces mesures-là. Quitte à ce qu'on continue une deuxième journée, si ce n'est toujours pas compris au bout de la première.
- Speaker #0
Eh bien, il ne reste plus qu'à fixer la date.
- Speaker #1
C'est ça. Donc on y travaille, on va voir. En tout cas, si on y arrive, et si ça pouvait changer le monde, ça pourrait être. Et en plus, il ne faut pas convaincre la planète entière. Selon la professeure d'Harvard, Erika Schoenoweth, il suffit d'embarquer 3,5%
- Speaker #0
de la population de manière pacifique.
- Speaker #1
Et quand il y a 3,5% de la population qui a participé de manière active et pacifique, ça n'a jamais échoué pour changer le cours de l'histoire. Jamais échoué.
- Speaker #0
Aux auditrices et auditeurs, on lance le défi. On attend la date pour cette mobilisation sur 24 heures. et voir un petit peu derrière les prises de conscience et toutes les évolutions qui vont s'en suivre. En tout cas,
- Speaker #1
on va bien se marrer.
- Speaker #0
Aussi, tout à fait. Ça peut être une journée très sorore et je pense qu'on saura quoi faire. J'ai une dernière question de clôture. Est-ce que tu as un coup de cœur ou un coup de gueule à nous partager ?
- Speaker #1
Le coup de gueule, il est bien présent en moi.
- Speaker #0
Je me suis dit ça. Je dirais le coup de gueule, on l'a entendu.
- Speaker #1
Je ne comprends pas. Heureusement qu'on est nombreux et nombreuses à se dire qu'il faut un autre monde parce que je pense qu'on est vraiment la majorité. Il faut juste qu'on soit ensemble, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Donc le coup de gueule, c'est soyons ensemble. Ayons conscience de notre capacité d'agir. Elle peut être immense et on l'oublie, en fait. Mais on n'est pas obligé de vivre ce qu'on vit, là. On peut décider d'un autre monde si on est ensemble. Ensemble et solidaire. Hommes et femmes. Évidemment. Parce que l'idée n'est pas d'être contre. Ben non. Et ton coup de cœur ? Alors, effectivement, les chiffres régressent et le climat... c'est vraiment pas bon. Mais par contre, mon coup de cœur, c'est pour toutes celles et ceux qui s'engagent malgré tout et qui portent la voie de la mixité, qui y croient et qui ont envie de faire bouger les lignes. Parfois, on a l'impression que c'est une goutte d'eau. C'est la multitude des actions qui va changer les choses.
- Speaker #0
Quand je vois sur les réseaux ou dans les événements des personnes qui s'engagent, je trouve ça fantastique. Oui, et puis je pense qu'au travers des conférences que tu tiens et puis tous les événements auxquels tu... tu participes, tu dois le ressentir. Ça, ça me donne de l'énergie. C'est ça qui est... C'est mon moteur. C'est ton moteur. On le sent bien, tout à fait. Eh bien, merci infiniment, Marie, pour cet échange particulièrement riche par rapport à ton livre aussi, qu'on peut trouver dans toutes les librairies. Oui, ou en ligne. Et Roll, et à la FNAC, partout. Les femmes sauveront-elles le monde ? Les femmes sauveront-elles le monde ? Merci à toi, Marie, de... contribuer à faire en sorte qu'on ait un monde meilleur et à défendre cette mixité qui finalement est essentielle et qui est inconditionnelle même, on va dire. Mais tu le fais aussi. C'est vrai, au travers de mon podcast, tout à fait. Chers auditeurs et chères auditrices, j'espère que comme moi, vous avez adoré l'épisode. N'hésitez pas à mettre 5 étoiles, à vous abonner, à me faire part de vos commentaires et à bientôt pour un prochain épisode. Kena vo !