Speaker #0Hello et bienvenue dans Émancipation Féminine. Je suis ton hôte Delphine, accompagnante féministe. J'interviens aussi en entreprise sur les sujets d'équité. Si t'es fatiguée de tout porter, si t'as appris à sourire en se rôlant les dents ou à faire semblant que tout va bien au taf, t'es au bon endroit. Ici, on parle de ce qui fait mal, de ce qui fait sens et de ce que t'oses. Pas dire tout haut ! Hello et bienvenue dans ce nouvel épisode d'émancipation féminine. Aujourd'hui, j'ai envie de te parler d'une qualité. Une qualité qui t'a probablement aidée en tant que femme à avancer, à être reconnue, à obtenir peut-être des responsabilités. à garder une place dans le collectif. Cette qualité, c'est l'adaptation. L'adaptation, c'est comprendre vite, sentir ce qui est attendu, ajuster ta manière de parler, trouver le bon ton, ne pas mettre d'huile sur le feu. Franchement, ça, c'est une compétence. Et même une compétence très sophistiquée. Mais si tu es là à m'écouter aujourd'hui, C'est peut-être parce qu'une question commence à apparaître. Pourquoi une compétence aussi précieuse me fatigue autant ? Tu ne l'as pas inventée, cette adaptation. On pourrait croire que certaines personnes sont adaptables par nature. Mais si on regarde bien, on voit autre chose. Et qu'est-ce qu'on voit ? On voit des petites filles à qui on apprend à faire attention. à ne pas déranger, à prendre soin des autres, à comprendre les autres, à maintenir le lien, à être gentille, aimable, souriante. On voit quoi aussi ? On voit des adolescentes qui apprennent que pour être acceptées, il vaut mieux être souple, lisse, que frontale, cache. Puis, on voit des femmes qui arrivent dans le monde du travail ... Avec cette expertise relationnelle immense. Donc non, tu n'as pas inventé ton adaptation. Tu as été formé à elle. Pourquoi ça marche au début ? Évidemment que ça marche. Parce que quelqu'un qui s'adapte, ça fait quoi une femme qui s'adapte ? Ça facilite la coopération, ça absorbe les imprévus, ça évite les conflits, ça rend l'organisation d'une boîte vachement fluide. Donc toi, tu deviens la personne fiable. La professionnelle, la personne qui est précieuse au sein d'une équipe. Et c'est vrai, tu l'es. Il y a comme un renversement invisible. Parce que c'est ça le truc. Ce qui est d'abord reconnu comme une qualité devient rapidement une attente. Puis une norme. Puis quelque chose d'invisible. On ne va plus te dire merci d'avoir fait cela. Merci pour tes efforts. On considère que c'est normal que toi, en tant que femme, tu comprennes que c'est normal que tu prennes sur toi, que c'est normal que tu aies la variable d'ajustement de tout le monde. Et là, on commence à puiser dans cette capacité sans fin, cette capacité chez toi. Parce que c'est ça qui se joue professionnellement. La méritocratie, elle te fait croire. Elle te promet quelque chose. Donc ce que le mérite promet est ce qu'il ne tient pas en réalité. On t'a appris une histoire. Si tu travailles bien, si tu es impliqué, si tu fais les choses correctement, alors tu seras reconnu à la hauteur. C'est ça la méritocratie. Sauf que le système ne récompense pas toujours ce qui est attendu. Et ça, beaucoup des femmes le découvrent trop tard. Elles ont... Tout fait comme il fallait. Elles ont été loyales, investies, professionnelles. Et pourtant, ce n'est pas elles qui montent. Ce n'est pas elles qui deviennent managers. Ce n'est pas elles à qui on revalorise le salaire. Il manque quelque chose. La reconnaissance n'est jamais à la hauteur de l'effort fourni, puisqu'il l'effort devient invisible. Et là, forcément, toi, tu cherches le problème. Et moi, j'ai envie de te le dire, il n'y a pas de bug personnel là-dedans. Comme le système du monde du travail, donc le système néolibéral, capitaliste, patriarcal surtout, c'est quelque chose qui est invisible, ce n'est pas quelque chose qui est explicite. Donc toi, tu vas chercher le problème en toi. Tu te dis, peut-être que je gère mal, peut-être que je suis trop sensible, je suis trop gentille, peut-être que je devrais être plus arrogante ou peut-être que je devrais être... plus solide, alors qu'en réalité, tu es dans une situation logique. Ce qui est attendu de toi est massif, et ce travail-là, attendu, implicite, n'est jamais nommé. Donc, évidemment que c'est lourd. Et en plus, c'est pas récompensé. Et c'est là, en général, où ton corps, il commence à parler doucement. Moi, Les femmes qui arrivent en accompagnant l'individuel avec moi, elles n'arrivent pas en catastrophe. D'ailleurs, je n'accompagne pas les burn-in, les burn-out, pas du tout. Mais il y a des signaux. Il y a une fatigue qui s'installe. Il y a de la difficulté à savoir ce que tu veux, toi. Il y a comme un agacement intérieur, de la charge mentale, ça ouais, qui persiste. Il n'y a rien d'assez grave pour s'arrêter, pour dire je suis épuisée, je suis au bout du rôle. Je ferme ma boîte ou je me mets en arrêt maladie si t'es salarié, mais c'est suffisamment pesant pour sentir qu'il y a quelque chose qui ne va pas vraiment bien là au fond. Comprendre ça, ce n'est pas arrêter de s'adapter, mais ça change de le comprendre, parce que c'est retrouver une forme de marge de manœuvre. Tu peux commencer à voir quand c'est un choix et quand c'est un automatisme. Et cette distinction-là, elle change énormément de choses dans la façon dont tu vis ton travail. Pourquoi sortir de la désadaptation, ça fait peur ? Parce qu'il faut être honnête, en réalité, s'adapter, ça t'a apporté énormément de choses. De la reconnaissance, certainement des opportunités, peut-être que t'as progressé aussi dans tes jobs. Ça t'a donné une place, une réputation. Socialement, souvent, ça peut valoriser. Donc l'idée de moins s'adapter, ça peut ressembler comme à une menace, à un risque. Ça peut vouloir dire décevoir, déranger, changer l'image que les autres ont de toi. Dans le monde du travail, où la légitimité des femmes est hyper fragile, c'est pas rien. C'est pas irrationnel d'avoir peur et c'est même très logique. Parce qu'être moins arrangeante, moins absorbée, moins fluidifiée, c'est prendre le risque, effectivement. de décevoir. Mais quand tu continues à t'adapter sans fin, il y a quelque chose aussi qui se passe au niveau collectif. Tu vois, c'est comme un coup silencieux. L'organisation continue de te faire croire que tout va bien, la charge est supportable, les demandes sont réalistes, parce que toi, tu rends la situation viable. En fait, toi, tu compenses. Et plus tu compenses, plus le système peut rester aveugle. Donc ton manager, TN plus 1, TN plus 2, ou si c'est toi qui es manager, tes équipes, ne voient pas tout ce que tu compenses. Donc c'est un paradoxe en fait, c'est ça qui est subtil. Parce que plus tu compenses, plus le système reste aveugle. Et donc le paradoxe, c'est que ta compétence, elle contribue à maintenir des conditions qui te fatiguent à toi. Et ce n'est pas parce que tu le veux, c'est parce que personne n'a jamais réparti autrement. ce travail invisible. Et personne ne le nomme ou personne ne veut le voir. Par contre, il y a souvent un moment où la lucidité elle va apparaître. Ce moment, c'est le moment où tu te surprends à penser que, attends, pourquoi c'est toujours moi qui dois faire cela ? Pourquoi c'est toujours moi qui dois reprendre le dossier d'une telle, un tel ? Pourquoi c'est moi qui reformule à chaque fois en réunion ? Pourquoi c'est moi qui apaise quand il y a des conflits qui apparaissent ? Pourquoi c'est moi qui rattrape les bourdes des autres ? Pourquoi c'est moi qui prends en charge tout ça ? Quand tu commences à te poser ce genre de questions, tu es en train de fissurer l'équilibre. Et c'est là où ça peut faire peur. Mais cette fissure, elle est extrêmement précieuse parce que c'est le début du choix pour toi. Il y a une raison, toi, pour laquelle tu continues. Tu vois, parce que cette adaptation... Comme je te le disais, c'est comme une preuve de professionnalisme pour les femmes. Donc la raison pour laquelle tu continues, c'est parce qu'on a associé ça. Au professionnalisme, être pro, ce serait pour une femme, ne pas faire de vagues, trouver des solutions, absorber la charge émotionnelle, tenir toutes les charges et les deadlines de tout le monde. Donc quand toi tu commences à fatiguer ou à résister à l'intérieur, tu as l'impression de devenir moins professionnel. Alors que ce qui se passe vraiment, c'est que tu commences à voir le coup que ça a. Et voir le coup, ça ne fait pas de toi quelqu'un de difficile, ça fait de toi quelqu'un de lucide. Je sais que cette bascule-là, elle peut être vertigineuse. Parce qu'elle vient toucher à ton identité. Dans la datation, il y a beaucoup de loyauté. La loyauté à ton équipe, à ton manager, à l'entreprise, à tes valeurs, à la mission peut-être que tu as dans cette entreprise. Tu veux que ça marche, donc tu compenses. Tu te dis, je vais prendre sur moi, c'est temporaire. Sauf que le temporaire... souvent, quand vous arrivez à moi, c'est que ça fait des années que ça dure. Et à force de tenir pour que le système fonctionne, pour que la boîte tourne, tu oublies parfois de vérifier si le système tient pour toi. Et ça, c'est une étape vachement importante. À force d'être retenu pour ta capacité à aider, à soutenir, à ajuster, à comprendre, tu peux commencer à confondre ta valeur avec ton utilité. Toi, tu crois que tu vaux parce que tu rends service, parce que tu facilites, parce que tu portes. Et du coup, imaginer moins le faire peut donner l'impression de perdre ta place. Alors que ta valeur dépasse largement cette fonction-là. Mais si personne ne te l'a jamais montré autrement, que ta valeur dépendait d'autre chose que de ta fonction, c'est normal que tu aies du mal à le sentir. C'est ce qu'on va faire dans les prochains épisodes. Dans les prochaines semaines, on va faire ça. On va continuer à explorer ces stratégies. Les différentes formes qu'elles prennent. Pourquoi certaines femmes deviennent des piliers. Pourquoi d'autres deviennent des caméléons. Pourquoi certaines voient clair, mais se retrouvent isolées. Parce que comprendre ta manière de t'adapter, ça peut profondément modifier ta posture professionnelle. Si cet épisode a résonné, je t'invite à découvrir les prochains. parce qu'on va avancer ensemble. Je te souhaite une très belle semaine. Merci pour ton écoute. Tu sais déjà comment faire. Abonne-toi, mets 5 étoiles et partage cet épisode. C'est ça qui fait grandir le podcast. Moi, je reste là. Je continue à parler fort pour celles qui n'osent pas encore. Je te dis à très vite. Et d'ici là, respire et surtout, secoue les règles du jeu.