Speaker #0Les 20h, vous rentrez d'une journée chargée et dans votre boîte aux lettres les résultats de votre prise de sang. Dans un élan de courage, vous ouvrez l'enveloppe et le verdict est sans appel. Ça clignote de partout, trop de cholestérol. Vous vous empressez d'aller sur internet et vous tapez comment traiter son cholestérol naturellement. Et là, peut-être, vous découvrez tout un tas de vidéos et de commentaires sur des forums de personnes qui vous expliquent qu'en buvant du jus de citron le matin à jeun ou en mangeant de l'ail cru tous les jours, vous allez nettoyer vos artères et faire disparaître votre vilain cholestérol. Et puis, vous tombez sur cette vidéo. Mais alors, est-ce qu'il existe des solutions naturelles qui vous promettent de faire baisser votre cholestérol tout en gardant une bonne haleine ? Aujourd'hui, on va parler d'un aliment qu'on croise au rayon céréale, qu'on met parfois dans un yaourt, sans trop y penser et qui pourtant intéresse énormément les cardiologues. Cet aliment, c'est le son d'avoine. Oui, le son d'avoine. Pas un médicament, pas un complément alimentaire hors de prix, un aliment tout simple qu'on trouve pour quelques euros au supermarché, sur Internet ou dans les pharmacies. Et ce qui est fascinant, c'est que les sociétés savantes ont autorisé dès 1987 une allégation santé officielle sur le son d'avoine et la réduction du risque cardiovasculaire. C'est finalement assez rare pour un aliment, ça veut dire que le niveau de preuve était suffisamment solide pour qu'une agence réglementaire dise « oui, on peut écrire sur l'emballage que ça protège le cœur » . Alors aujourd'hui, on va décortiquer tout ça ensemble, comment ça marche, combien il en faut, est-ce que ça remplace un médicament, et surtout, comment l'intégrer concrètement dans son quotidien. C'est parti ! Je suis le docteur Grégoire Ausha, je suis cardiologue. Bienvenue dans En plein cœur, la chaîne où l'on décrypte la santé cardiovasculaire à partir des meilleures données scientifiques disponibles et loin des croyances ou des idées reçues. Avant de commencer, j'ai une petite demande. Si vous appréciez ce contenu, pensez à vous abonner, à laisser un pouce et à partager cette vidéo. Ces gestes, ils prennent seulement quelques secondes. mais ils permettent à YouTube de la proposer à davantage de personnes. Et si cela peut aider ne serait-ce qu'une personne à mieux comprendre sa santé ou à prévenir une maladie, alors ça en vaut largement la peine. Je tiens également à préciser un point important, je n'ai aucun lien d'intérêt financier avec l'industrie pharmaceutique et je ne commercialise ni compléments alimentaires, ni produits miracles, ni programmes. Lorsqu'une recommandation est faite ici, elle repose sur les données scientifiques disponibles, pas sur des intérêts commerciaux. Enfin, cette vidéo a un objectif d'information et de vulgarisation. Elle ne remplace pas une consultation médicale. Votre médecin connaît votre histoire, vos traitements et votre situation personnelle. Moi, non. Mon rôle est donc de vous aider à comprendre le rôle de votre médecin et de vous soigner. Les deux sont donc complémentaires. Et en cas de doute, parlez-en avec un professionnel de santé. Revenons à nos moutons. Alors, qu'est-ce qui rend le son d'avoine si spécial ? Et la réponse tient en deux mots. Le bêta-glucane. Petit détour par l'histoire avant de vous en parler. Pendant des siècles, l'avoine, que l'on appelle Avena sativa, était surtout destinée à nourrir les animaux. Ce n'est que plus récemment qu'elle a trouvé une place importante dans l'alimentation humaine. Une fois récoltée à maturité, le grain est séparé de son enveloppe externe. Cette enveloppe, c'est le son d'avoine. Il est particulièrement riche en fibres, tandis que le cœur du grain sert notamment à fabriquer les flocons d'avoine. Dans une précédente vidéo que vous pouvez retrouver ici, le lien se trouve en haut de la vidéo, J'ai eu le plaisir de vous parler du psyllium comme une fibre naturelle pour faire baisser le cholestérol. Eh bien, le son d'avoine, il contient une molécule un peu similaire, le bêta-glucane. Le bêta-glucane, c'est aussi une fibre soluble. Et pour bien comprendre ce que ça veut dire, imaginez une éponge microscopique. Quand le son d'avoine arrive dans votre intestin, le bêta-glucane absorbe de l'eau et forme une sorte de gel visqueux, un gel épais, un peu comme de la gelée. Et ce gel, il va faire quelque chose de très malin. Il va piéger les acides biliaires. Les acides biliaires, c'est quoi ? Ce sont des molécules fabriquées par le foie à partir du cholestérol. Normalement, le foie les envoie dans l'intestin pour digérer les graisses, puis l'intestin les réabsorbe et les renvoie au foie. C'est un circuit fermé, un recyclage permanent. Mais quand le bêta-glucane est là, avec son gel visqueux, Il va attraper ces acides biliaires au passage. Il va les emprisonner et du coup, au lieu d'être recyclés, ils sont éliminés dans les selles. Et là, le foie se retrouve en manque d'acide biliaire, il doit donc en refabriquer. Et pour ça, il a besoin de matière première, du cholestérol. Donc, il va aller puiser du cholestérol dans le sang, il va augmenter le nombre de récepteurs à sa surface, ces petites antennes qui vont capter le mauvais cholestérol circulant, et le résultat, c'est que le taux de LDL baisse dans le sang. C'est un mécanisme plutôt élégant, vous ne trouvez pas ? Il n'y a pas de chimie complexe, juste une fibre qui forme un gel, qui piège ces acides biliaires et qui force le foie à faire le ménage dans le cholestérol sanguin. Des études ont même montré que la consommation de bêta-glucane d'avoine pouvait quasiment doubler la sécrétion d'acides biliaires en 8 heures. Le mécanisme est en fait puissant. Bon, un mécanisme, c'est joli, mais en médecine, ce qui compte, ce sont les chiffres. Alors, que disent les études ? Et là, on ne parle pas d'une ou de petites études, on parle de méta-analyses, c'est-à-dire des synthèses qui regroupent des dizaines d'essais cliniques avec des milliers de participants. La plus grande, publiée dans le British Journal of Nutrition, a compilé 58 essais contrôlés et randomisés, près de 4000 participants. Résultat, avec une dose médiane de 3,5 g de bêta-glucane par jour, le LDL cholestérol, le mauvais cholestérol, va baisser en moyenne de 0,07 g par litre. Le non-HDL cholestérol baisse aussi et même l'apolipoprotéine B, un marqueur encore plus fin du risque cardiovasculaire. Une autre méta-analyse dans l'American Journal of Clinical Nutrition avec 28 essais. trouvent une baisse du LDL de 0,1 g par litre et du cholestérol total de 0,12 g par litre. En pourcentage, on parle d'une réduction du LDL de l'ordre de 5 à 10%. Et un point important, plus le cholestérol de départ est élevé, plus l'effet est marqué. C'est logique, puisque le foie a plus de travail à faire et donc le bêta-glucane va davantage l'aider. Et chez les diabétiques, l'effet semble encore plus prononcé, même si les données sont encore limitées sur ce sous-groupe. Alors, 5 à 10%, est-ce que c'est beaucoup ? Et pour ça, on va comparer. Une statine à dose standard, c'est 30 à 50% de baisse du LDL. Donc non, le son d'avoine ne remplace pas une statine, soyons assez clairs là-dessus. Mais 5 à 10%, c'est loin d'être négligeable et c'est comparable à ce qu'on obtient en ajoutant des phytostérols. ou en doublant la dose d'une statine déjà en place. Et surtout, c'est un effet qui s'additionne aux autres mesures. Passons à la partie pratique maintenant. Combien faut-il prendre de sondes avoines par jour ? La dose validée par les études et par les agences réglementaires, c'est au minimum 3 g de bêta-glucane par jour. Alors attention, 3 g de bêta-glucane, ça n'est pas 3 g de sondes avoines. Le son d'avoine, il contient environ 20 à 25% de bêta-glucane. Donc, pour avoir 3 grammes de bêta-glucane, il faut consommer environ 30 à 40 grammes de son d'avoine par jour. C'est à peu près 3 cuillères à soupe bien pleines. Et un détail qui a son importance, la forme compte. Les études montrent que le bêta-glucane fonctionne mieux quand il conserve son poids moléculaire élevé, c'est-à-dire quand les longues chaînes de la fibre restent intactes. Un son d'avoine peu transformé cuit doucement dans un porridge, c'est l'idéal. Les produits ultra transformés qui affichent à l'avoine sur l'emballage mais qui ont subi des procédés industriels agressifs, c'est beaucoup moins sûr. D'ailleurs, une étude a comparé le bêta-glucane en boisson versus en aliment solide. Les deux marchent, mais la combinaison solide-liquide semble donner les meilleurs résultats. Donc en pratique, un bol de porridge le matin, c'est probablement la meilleure façon de faire. Et bonne nouvelle, au-delà de 3 grammes, augmenter la dose de bêta-glucane ne semble pas apporter de bénéfices supplémentaires significatifs sur le cholestérol. Donc, pas besoin de forcer la dose, 3 cuillères à soupe, ça semble suffisant. Alors ok, on a vu que le son d'avoine faisait baisser le cholestérol. Mais il a d'autres cordes à son arc. D'abord, la glycémie. Ce même gel visqueux qui piège les acides biliaires ralentit aussi l'absorption des sucres. Résultat, après un repas avec du son d'avoine, le pic de glycémie est atténué. C'est particulièrement intéressant pour les patients diabétiques ou pré-diabétiques et on sait que le diabète, c'est un facteur de risque cardiovasculaire majeur. Ensuite, la pression artérielle. Une grande méta-analyse de 74 essais a montré une réduction modeste mais significative de la pression artérielle diastolique avec la supplémentation en avoine. Et puis, il y a le microbiote intestinal. Le bêta-glucane, il est fermenté par les bactéries du côlon, ce qui produit des acides gras à chaîne courte, notamment le butyrate. Et le butyrate, il nourrit les cellules de la paroi intestinale et il a aussi des propriétés anti-inflammatoires. On commence à comprendre que l'inflammation chronique de bas grade joue un rôle clé dans l'athérosclérose et tout ce qui peut la réduire est potentiellement bénéfique. Enfin, le poids et le tour de taille. La même méta-analyse a trouvé une réduction moyenne de près d'un kilo et d'un centimètre de tour de taille. C'est modeste, mais c'est cohérent. Les fibres augmentent la satiété, on mange un peu moins et ça se voit donc sur la balance. Il faut maintenant que je vous parle de quelques mises en garde en ce qui concerne la prise de sonde avoine et de repères pratiques. Premièrement, on y va progressivement et avec de l'eau. Comme on sait trop fort, c'est la garantie de ballonnement, de crampe et de gaz. Deuxièmement, on l'ajoute à une alimentation équilibrée. On ne l'utilise pas pour remplacer un traitement prescrit. D'ailleurs, si l'on prend des médicaments comme une statine, un traitement pour la thyroïde ou des antidépresseurs par exemple, mieux vaut espacer la prise du médicament et du son d'avoine d'environ 2 heures. Et puis, il y a des situations où il faut être prudent. Des difficultés à avaler, une allergie à l'avoine, un antécédent d'occlusion ou de rétrécissement de l'intestin. Aussi, en cas de maladie celiaque, Seul l'avoine certifiée sans contamination par le gluten est envisageable et sous surveillance médicale parce qu'une minorité de patients ne la tolère pas non plus. Enfin, chez une personne diabétique sous insuline, la glycémie peut baisser, cela se surveille donc. Le son d'avoine, c'est donc un petit coup de pouce qui est réel sur le cholestérol à condition de l'introduire doucement, de bien s'hydrater et d'en... Parlez à son médecin si l'on est traité. Pour terminer, en tant que médecin, je me dois de vous parler des limites des études parce que le son d'avoine n'est pas un aliment miracle. Première limite, on n'a pas de preuves directes que le son d'avoine réduit les infarctus ou les AVC. Les études ont mesuré des marqueurs comme le LDL, le cholestérol total, ou l'APOB, ces marqueurs solidement associés aux risques cardiovasculaires. Mais on n'a pas... pas d'essai clinique qui montre directement que groupe avec sonde avoine égale moins d'infarctus. C'est une extrapolation raisonnable puisque toutes les mesures qui s'accompagnent d'une baisse du LDL cholestérol ont montré une réduction des fameux MACE, à savoir les décès d'origine cardiovasculaire, les infarctus et les AVC, mais c'est une extrapolation. Deuxième limite, l'hétérogénéité des études. Les méta-analyses retrouvent une variabilité importante entre les essais. Ça veut dire que tout le monde ne répond pas de la même façon. Certaines personnes auront une belle baisse de 10% de leur LDL et d'autres quasiment rien. On ne sait pas encore bien prédire qui va bien répondre. Et troisième point qui est crucial, le sang d'avoine ne remplacera jamais une statine quand celle-ci est indiquée. Si un cardiologue prescrit une statine, c'est parce que le risque cardiovasculaire le justifie. Et aucune fibre alimentaire ne peut rivaliser avec une baisse de 30 à 50% du LDL. En revanche, le son d'avoine peut très bien compléter un traitement par statine ou être proposé en première intention chez des patients qui sont à faible risque cardiovasculaire avec un cholestérol modérément élevé. Pour conclure, j'aimerais vous laisser avec une idée simple. En cardiologie, on parle souvent de traitements, de médicaments ou d'examens sophistiqués. Mais la santé cardiovasculaire, elle se construit aussi avec des gestes très simples, qui sont répétés jour après jour. Et c'est souvent cette régularité qui fait la différence sur le long terme. Si cet épisode vous a permis de découvrir quelque chose aujourd'hui, alors partagez-le autour de vous. Vous connaissez probablement quelqu'un qui essaye de faire baisser son cholestérol ou qui se demande quoi mettre dans son assiette. Ce simple partage, il peut avoir plus d'impact que vous ne l'imaginez. Aussi, si vous aimez cette approche basée sur les preuves scientifiques, pensez aussi à vous abonner à la chaîne en plein cœur. C'est la meilleure façon de soutenir mon travail et de ne manquer aucun des prochains épisodes consacrés à la santé cardiovasculaire. Et dites-moi aussi en commentaire, est-ce que vous connaissiez le son d'avoine avant cet épisode ? Est-ce que vous en consommez déjà ? Je lis tous vos commentaires et ils m'aident aussi à choisir les prochains sujets que je traiterai. Encore une fois, merci de votre confiance, prenez soin de votre cœur et à très bientôt pour un nouvel épisode dans En plein cœur.