- Speaker #0
Enquête d'accord, l'art de communiquer et d'être en lien. A l'occasion de la sortie de son livre, le petit guide illustré de l'intelligence émotionnelle, j'accueille Christophe Haag, professeur en psychologie sociale à E.M. Lyon. et auteur de plusieurs ouvrages sur les émotions. En plus de profiter de l'occasion pour discuter des tests de QE, de la signification de ce type d'intelligence, je ne peux m'empêcher de l'interpeller au sujet de la contagion émotionnelle, ce phénomène dynamique qui donne une incarnation émotionnelle à un groupe. Non, l'émotion ne s'arrête pas. pas à l'épiderme de chacun de nous, mais elle diffuse d'une personne à l'autre pour faire vibrer les cœurs à l'unissant. D'un tête-à-tête intimiste à la foule grouillante, je m'interroge sur ce processus et surtout j'interroge l'expert Christophe Ingres. Excellente écoute. Bonjour Christophe.
- Speaker #1
Bonjour Imane.
- Speaker #0
Je suis très très heureuse qu'on soit ensemble aujourd'hui dans Enquête d'accord. Je te remercie d'avoir accepté de venir jusque-là.
- Speaker #1
Merci de l'invitation.
- Speaker #0
C'est un plaisir. Donc, tu es un invité particulier parce que tu es un diffuseur de savoir et ton dada, c'est l'intelligence émotionnelle. Donc, là récemment, on va avoir la sortie de ton livre. Le petit guide illustré de l'intelligence émotionnelle. Il est édité chez Albain Michel, c'est ça ? Je suis impatiente de le voir. Quand je t'ai sollicité, j'avais une envie de parler d'un livre majeur. Tu en as écrit plusieurs, j'en ai lu quelques-uns. J'ai lu « Le pouvoir de la surprise » , « Provoque ta chance » . Et ensuite, la contagion émotionnelle. Et ça me semblait un thème qui était tellement en accord avec le podcast, qui avait toute sa place et qui m'interpellait à bien des niveaux. Et je suis vraiment heureuse de pouvoir en parler avec toi. Tu es quelqu'un qui allie plusieurs choses. D'abord, le factuel de la recherche scientifique, pour démarrer. tu es aussi euh Quelqu'un qui puise dans l'expérimental, qui cherche absolument à aller comprendre dans la réalité, dans la vie et dans les situations extrêmes, ce qui se passe et ce qui se trame et qui peut apporter à l'ordinaire. Et pour finir, tu es quelqu'un qui transmet, qui a pour mission de transmettre. Et j'en suis très heureuse et j'ai envie d'en profiter, justement.
- Speaker #1
Merci. t'as résumé à peu près ma mission de vie. Donc moi, j'essaie d'aligner ou de juxtaposer comme ça plusieurs passions, parce que j'aime la recherche. Je trouve que c'est passionnant quand l'humain devient un rat de laboratoire. Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'écris aussi des livres, c'est pour remercier les personnes que j'ausculte à la loupe de me donner de leur temps, parce que le temps, c'est quand même une des choses les plus précieuses aujourd'hui. Donc ils m'accordent de leur temps, c'est énergivore quelquefois, quand tu fais des expérimentations. les gens repartent avec des questionnements quelques fois profonds. Pour les remercier aussi, j'ai cette autre passion qui est l'écriture de livres, mais pour rendre accessibles ces résultats de recherche, parce qu'on fait beaucoup de statistiques, on a des modèles des fois un peu complexes. Il y a un résultat ou deux résultats à chaque fois qui ressortent. C'est ça qui est « utile » pour les gens et que je diffuse à travers les livres. Effectivement, après, mon métier... à la base, c'est prof. Donc l'idée, c'est de transmettre aussi des choses. Et c'est vrai que c'est presque symbolique aujourd'hui dans mon hygiène de travail, mais tous les ans, je change à peu près 20 à 30% du contenu des cours que je donne à mes étudiants à l'EM Lyon. Et je réinjecte des choses nouvelles, des découvertes nouvelles qui ont été faites sur mes sujets de prédilection, l'émotion, l'intelligence émotionnelle, l'intuition. pour être systématiquement à la page et quelque part aussi tenter de les outiller pour faire face au monde dans lequel on vit, parce que c'est un monde... qui bouge, qui nous remue. On reçoit pas mal de coups de poing. Il y a une instabilité chronique maintenant, crise politique. Il y a des guerres aussi, pas si loin que ça. Un pouvoir d'achat qui est un peu compliqué. Donc, l'idée, c'est aussi de se dire, tiens, comment est-ce qu'on arrive lorsqu'on est bousculé par toutes ces mutations sociétales, par tous ces changements, par toutes ces transformations ? Comment est-ce qu'on fait globalement aussi ? pour tenir debout et être à l'équilibre. Donc, c'est ça un peu l'idée que j'essaye à entendre.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux me rappeler ton métier, ta profession ? Tu es chercheur à Emelian, professeur. Tu es habilité à diriger de la recherche. Tu es également formateur, conférencier. Dis-moi toutes les fonctions que tu occupes actuellement.
- Speaker #1
Alors, il y a vraiment, c'est tout ça. Aujourd'hui, quand on est prof dans ce type d'école, on doit faire de la recherche globalement. On doit être à la page, on doit tenter des choses. Donc, effectivement, la recherche a alimenté ma pédagogie. Donc, ça, c'est quelque chose qui me tient à cœur. Effectivement, après, je donne aussi des conférences, j'écris des livres. Je suis aussi cofondateur d'entreprise parce que je pense que moi, j'ai des fois... un public de managers, de top managers ou de dirigeants, donc de personnes qui pratiquent des métiers émotionnels, qui ont à gérer le stress, qui doivent prendre des décisions quelquefois impactantes et pour eux et pour les autres. Et donc la matière émotionnelle là, elle est centrale en fait. Et je pense que ce serait compliqué pour moi de venir face à ces populations-là en n'ayant pas expérimenté ce que c'est que de lancer sa propre boîte. Donc c'est pour ça que par exemple avec deux étudiants qui sont qui était à l'EMION. On avait cofondé Moodwork, qui est aujourd'hui un des leaders en santé mentale, qui a beaucoup de travaux sur tout ce qui est facteur à risque par rapport au burn-out, etc. dans les entreprises, donc ils sont assez actifs, plein, plein, plein de boîtes. Récemment, il y a deux ans, on a créé une entreprise qui s'appelle Génération QE.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et l'idée, c'était vraiment de proposer des tests d'intelligence émotionnelle qui soient fiables. statistiquement valides, robustes, pour permettre aux gens à un moment de connaître leur profil émotionnel, de savoir sur quoi travailler, connaître un petit peu les axes sur lesquels il faut renforcer deux, trois choses. C'est beaucoup de travail parce qu'on a créé des tests qu'on appelle les tests de performance. Ceux-là, c'est un peu les plus compliqués à créer. C'est quand même des années de recherche et de développement. Généralement, la plupart des chercheurs se disent... Ouf ! en psychométrie, je ne sais pas si je veux aller là-dedans parce que c'est très énergivore. Nous, on l'a fait, ça s'est bien passé. Et donc, on a créé ces tests-là et moi, je suis super fier. Aujourd'hui, la fierté est une émotion. Pas souvent facile à reconnaître ou même à assumer. Il n'y a pas que les émotions déplaisantes. Mais je suis fier de ça parce qu'on a vraiment un retour aujourd'hui de personnes qui ont passé ce type de test. Ça s'appelle le QO pro pour l'entreprise, le QEG pour le grand public.
- Speaker #0
C'est celui que j'ai fait.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Peut-être que tu en dirais quelques mots.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et c'est vrai que derrière, toi qui es médecin, tu le sais, tu ne peux pas dresser une ordonnance si le diagnostic lui-même n'est pas précis. Un test reste un test, mais c'est un point de départ. Et si on n'avait pas ce point de départ, ce serait compliqué après de savoir sur quel axe de cette forme d'intelligence qu'on appelle l'intelligence émotionnelle, on devrait travailler. Donc, autant que le diagnostic soit bon, parce que si le diagnostic est mauvais, derrière, comment veux-tu que, entre guillemets, l'ordonnance, c'est une image...
- Speaker #0
Soit adéquate.
- Speaker #1
Ouais, soit bonne.
- Speaker #0
Donc, la contagion émotionnelle, tu commences à en parler en parlant de l'émotion. Et tu dis, au début, il y a l'émotion et sans l'émotion, tu l'appelles la particule de Dieu. S'il n'y a pas l'émotion, il n'y a rien. Rien ne bouge, rien ne se fait. Et cette émotion, elle a la particularité d'être invisible, mais là, il y a la notion de la contagion. Et dans la contagion, il y a quelque chose qui est un peu inquiétant, un peu effrayant, qui se rapporte à la maladie, à la pandémie peut-être, mais là c'est différent. Tu es celui qui a le plus parlé de l'importance de ce phénomène. Il y a beaucoup de personnes qui en ont bien sûr parlé auparavant, mais tu es venu avec quelque chose d'assez singulier. c'est le fait d'aller le chercher et l'observer dans des milieux extrêmes. Et dans ton livre, tu l'as présenté dans le cadre, au départ, c'était l'espace, c'est ça ? De la station spatiale, le milieu restreint en apesanteur de l'espace. Ensuite, c'était les loups de Wall Street, j'étais passionnée, j'ai adoré. ensuite il y a les explorateurs de l'extrême des montagnes, ceux qui ont cherché à aller à la montagne et ceux qui sont arrivés là par le hasard du destin et de l'accident. Et ensuite, si je me rappelle bien, ah oui, la justice et le tribunal, c'est incroyable, extraordinaire. Et donc, tu expliques que la contagion... émotionnel, c'est un phénomène qui nous permet de survivre et qui permet la survie de l'espèce humaine. C'est extrêmement important. C'est grâce à ça qu'on s'accorde, qu'on s'harmonise. Et par la suite, il est important de comprendre le phénomène parce qu'il y a les avantages et il y a les inconvénients. Est-ce que tu peux me parler des avantages et des inconvénients, Christophe ?
- Speaker #1
Déjà, la contagion émotionnelle, c'est le transfert des émotions d'une personne à une autre, d'une tête à une autre, d'un corps à un autre. Il y a une dimension physiologique, biologique qu'on est capable aujourd'hui de mesurer. C'est un phénomène qui s'opère, se transfère là, très rapidement, en quelques millième de seconde, soit par des phénomènes basiques d'imitation. Tu vois, quand il y a quelqu'un que tu admires, par exemple, ou quelqu'un qui a un statut hiérarchique supérieur au tien, tu vas lui accorder plus d'attention. Et ce degré d'attention étant plus élevé, tu capteras plus facilement des signaux faibles, des micro-expressions de tel ou tel type d'émotion. Et donc, tu vas capturer ça, tu vas l'expérimenter toi-même, tout en sachant, dans beaucoup de cas, que cette émotion ne t'appartient pas, elle appartient à l'autre. Et quelquefois, quand on manque d'intelligence émotionnelle, on pense que c'est notre propre émotion. Alors qu'elle est juste là, c'est comme un virus, ça passe d'un individu à un autre. Moi, je dis souvent, c'est le virus le plus contagieux au monde. on est 8 milliards de dollars plus maintenant d'individus sur cette petite boule bleue, à se transmettre ce type de virus. On est soit celui qui transmet, soit celui qui reçoit. Mais dans chaque échange social avec quelqu'un, dans chaque interaction, il se passe quelque chose. Ce phénomène opère. Et ce qui est intéressant, effectivement, c'est que quelquefois, il opère avec un impact positif et quelquefois avec un impact négatif. L'impact positif, c'est quand on devient capable à un moment de partager une vision, partager une passion avec des gens, avoir un flot argumentatif qui est super fluide, qui parle aux intentions et aux besoins des personnes et qui va créer une espèce de synergie qui fait qu'on aura tous envie de ramer dans le même sens et on pourra faire de grandes choses. Et d'autres fois, cette contagion opère de manière un peu plus pernicieuse. Quand vous êtes face, par exemple, à des personnes qui sont dans la perversion narcissique, dans le machiavélisme, qui veulent tout simplement abuser de vous, ces personnes-là peuvent aussi jouer là-dessus et tenter d'inoculer chez vous des émotions toxiques qui vont faire que vous allez vous sentir un peu inférieur, baisse d'estime de soi, un espèce de mal-être qui sera là et vous serez fragilisé et donc, entre guillemets, plus facilement. une proie pour obéir ou pour suivre celui qui s'affirme comme étant un alpha dominant. Il y a tout ça. Moi, ces personnages, je les appelle des enflures toxiques. Et ce n'est pas pour être vulgaire ou pour choquer. C'est parce que si on prend le terme d'enfler, il y a cette notion d'amplifier les choses. Et ces personnes-là peuvent avoir un effet, pas que sur un individu, mais vraiment sur un groupe d'individus. Ils peuvent faire extrêmement mal. Et d'ailleurs, dans le livre de la contagion émotionnelle, j'ai travaillé avec quelqu'un que j'aime beaucoup, qui est une amie qui s'appelle Elisabeth Fresnel, la petite fille de Fresnel, les lents, tout ça, bref, et qui est une médecin phognâtre et qui travaille avec des chefs d'entreprise, avec des grandes stars de la chanson à travers le monde, sur la voix. Et moi, je m'étais intéressé à la contagion des émotions à travers la voix, le débit de parole. la tonalité, la fréquence fondamentale, etc. Et un peu sadique, des chercheurs en psychologie sociale, il y a tout un petit fond comme ça un peu, je lui ai proposé en fait plusieurs heures d'enregistrement de gourous. Donc trois gourous assez connus, un encore vivant. Et je lui ai dit, écoute, essaye d'analyser ces voix-là et qu'on comprenne en fait... Donne-moi les caractéristiques vocales de ces personnes-là, qu'on comprenne comment ces gens-là arrivent à hamsonner leurs victimes, à les rameuter dans leur rang. Comment est-ce qu'ils opèrent ? Et là, les résultats sont assez surprenants, parce qu'on pourrait se dire que ces personnes-là ont une forme d'esthétisme vocal, des envolées comme ça, lyriques très jolies, très belles, très chiadées, etc. Alors que pas du tout. Ce sont des tons de voix monotones, des débits de parole qui ralentissent. Ils accentuent certains mots très fort, quelquefois de manière assez grossière, mais ça marche, parce que quand on ralentit comme ça le débit de parole, il y a une forme de sérieusité chez l'autre. On se dit, tiens, ce qu'il dit, il y a quand même peut-être un socle possible et solide dans ce qui est raconté, sur lequel la personne va s'appuyer. Oui, ça a l'air d'être structuré. En fait, notre cerveau fait tout un tas de... pari sur finalement la fiabilité du propos de l'autre. C'est comme ça qu'ils arrivent à convaincre des gens et peu importe d'ailleurs les catégories socio-professionnelles. Il suffisait d'être à un moment de sa vie, un carrefour de sa vie où on a subi une fracture. où il y a une fêlure psychique forte, perte d'emploi, séparation, mort d'un proche, la maladie, etc. Et donc, ils arrivent à s'engouffrer comme ça avec des caractéristiques précises de voix. Il y en a d'autres encore. Et donc là, cette contagion s'opère, mais au service, entre guillemets, du toxique.
- Speaker #0
Ok. Alors, je me posais la question de comment s'opérer la contagion émotionnelle dans un cadre... ordinaire, enfin je dirais presque ordinaire, c'est-à-dire dans notre travail, dans notre vie de tous les jours. Alors a fortiori quand c'est des milieux dynamiques auxquels je m'intéresse un peu particulièrement, mais c'est parce que les choses sont encore plus intenses quand on est dans des endroits dynamiques à enjeu. Je pense bien sûr au bloc opératoire, mais ça peut être plein d'endroits, ça peut être une brigade de cuisine au moment du service, ça peut être euh euh différents enjeux et des fois, ce sont des enjeux sécuritaires. Et là, l'importance de la contagion, elle est importante parce que nous jouons chacun un rôle dans une dynamique de groupe. Et si je comprends bien, c'est qu'on a notre fonctionnement personnel par rapport à l'émotion et de ce qu'on en fait. Et après, il y a notre empreinte et ce qu'on transmet au sein de notre travail. Est-ce que tu me confirmes déjà que la contagion émotionnelle, c'est le moyen, on va dire, physiologique en dehors de nous qui fait qu'on opère ensemble ? C'est-à-dire qu'on se synchronise, on va aller pour accomplir une action en commun. Si on doit s'inquiéter de quelque chose, on va pouvoir s'en inquiéter ensemble. Et donc, c'est important de comprendre cette dynamique-là pour nous structurer ensemble et pour pouvoir gérer les choses ensemble. Maintenant, dans la vraie vie, ça peut déraper, la contagion peut prendre des formes mal régulées. Et là, ça pose des soucis parce qu'on se transmet nos stress, on se transmet nos angoisses. Et là, la performance peut être mise en jeu. Dans la dynamique de groupe de cette contagion émotionnelle, quel est l'apport et quel est le conseil que tu donnes dans les entreprises et comment on doit gérer ça ?
- Speaker #1
Il y a un papier que je viens de soumettre, il n'est pas encore publié. C'est une observation menée auprès de quelqu'un qui était plusieurs années, psychiquement... C'est une personne, un homme, en l'occurrence, qui était prisonnier mentalement, psychiquement, d'un groupe fermé, sectaire, et qui me raconte comment ça s'est passé de l'intérieur. C'est assez profond, ce qui est dit, mais ça va répondre en partie à ton questionnement. Et ce syndrome-là, de groupe, je l'ai appelé le groupe Phil. J'allais dire en rebond de ce phénomène qu'on appelle le groupe Fink, d'Irene Gianni. qui s'était intéressé à des groupes dysfonctionnels, que ce soit des cabinets présidentiels ou alors des comités de direction, l'agrégation de plein de mécaniques intellectuelles bien huilées. Et malgré ça, à un moment, ça partait en cacahuètes. Et donc le groupe Phil, c'est quoi ? C'est justement, j'allais dire, quelque part le summum d'une contagion émotionnelle. de groupe toxique. C'est-à-dire qu'à un moment, on peut être aussi quelquefois bercé par des illusions de « il faut absolument que ce soit toujours positif, toujours plaisant » . Et donc là, il y a même des organisations, il y a des cultures qui vont dire « attends, il faut toujours sourire, il faut toujours être dans tel ou tel type de posture » . Ça, ça met une pression très forte sur les gens. Et derrière, en réalité, à force d'être toujours à vouloir chercher euh le fameux fake smile, le faux sourire, d'afficher de la joie ou d'afficher une forme d'euphorie, etc., avec des niveaux d'intensité assez élevés. Mais en fait, on se coupe d'autres signaux émotionnels qui toquent à notre porte et qui disent « attends, en fait, il y a quand même un truc qui ne va pas dans ce que vous êtes en train de faire » . Mais c'est tellement intense, il y a tellement cette norme du « je vais bien, tout va bien, il faut absolument s'imposer ça » , et bien que derrière, on n'entend pas certains signaux critiques qui pourraient… nous amener à corriger tel ou tel type de comportement, à revenir sur tel ou tel type de décision de groupe, etc. Et là vont émerger des gens qui vont être des espèces de gardiens du bon droit émotionnel. qui vont se dire, pour toute personne qui se ressentirait peut-être pas dans le mood collectif, dans l'humeur collective, vont mettre une pression très forte sur ces personnes et donc vont étouffer quelque part la critique. Donc si tu veux, la contagion émotionnelle va s'auto-alimenter dans un groupe où on a des règles émotionnelles. On se dit, en fait, le climat émotionnel d'une équipe, il doit être comme ça. C'est comme ça la culture de l'entreprise ou de l'organisation. et tout... Le comportement déviant doit être sanctionné, doit être mis de côté, doit être puni. Donc là, tu vois, tu me disais, tiens, oui, des fois, il y a le stress ou l'angoisse, la contagion. Alors, quelquefois, c'est nécessaire. C'est-à-dire un petit peu de stress, c'est comme un comédien avant d'entrer sur scène. C'est important qu'il ressente un petit peu d'anxiété ou, on va dire, une peur modérée, parce que ça va lui donner une sorte d'élan. Il va être en tension musculaire, il va être prêt à affronter finalement le p... public qu'il a face à lui, à affronter son rôle, c'est ça qui va être l'essence qu'on va mettre dans son moteur psychique pour avancer. C'est la même chose, quelquefois, quand t'es au bloc, faut aller vite, je sais pas, il y a pas si longtemps que ça, j'étais au palais des congrès et j'étais face à plusieurs centaines de chirurgiens cardiologues qui étaient là avec leurs équipes, on discutait de ça, effectivement, faut aller vite, je sais pas, la pause d'un stent... quelqu'un qui est en train de faire un infarctus, etc. Ça doit aller vite. Donc, c'est normal qu'il y ait un peu de stress parce que ça va nous booster là-dessus. On va être en résonance avec l'urgence de la situation. Maintenant, effectivement, il y a un seuil à ne pas franchir. Parce que si tu es totalement en panique, c'est Nando Parado qui est un des rescapés de ce crash d'avion dans la Cordillère des Andes. Cette équipe de rugby où ils étaient à un moment obligés de... de manger les cadavres pour survivre, parce que la faune et la flore n'étaient absolument pas nutritives. Et qui me disait, Nando Parado me disait, la peur te sauve, la panique te tue. Et c'est, en fait, il est là l'équilibre. C'est-à-dire que si, dans un moment, dans une situation extrême, effectivement, il faut un peu de stress, etc. Mais si tu dépasses ou si tu es en surdosage de ça, Et effectivement, là, tu deviens un agent pathogène qui va contaminer négativement les autres et qui peut créer de la panique. Et la panique, le problème, c'est que tu peux aller dans tous les sens. Ça va paralyser certaines personnes. D'autres vont se mettre en mouvement et partir dans toutes les directions. Et donc là, effectivement, ça peut être catastrophique. Donc, en réalité, on a un grand pouvoir quand on sait qu'on peut contaminer autrui. Et on peut tous le faire. et surtout quand on a un statut hiérarchique, quand on sait que des gens nous observent, comme je te disais avant, et qu'on sait que le sens de la contagion émotionnelle est facilité du haut vers le bas. D'un point de vue hiérarchique, ce n'est pas sur l'humain en tant que tel, sur sa valeur en tant qu'humain, c'est vraiment sur le statut hiérarchique. Et bien derrière, on a cette responsabilité, c'est dans Spider-Man, alors on a les références qu'on a, où l'oncle dit à un moment... On dit qu'un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Elle est là, la responsabilité. Donc, on devrait tous faire un peu attention aussi au type d'émotions qu'on va émettre. Parce que derrière, on parle beaucoup aujourd'hui d'écologie, d'empreintes carbone, les petits oiseaux, le CO2, ça, c'est super important. Mais dans cette grande, grande, grande famille de l'écologie, il y a aussi, moi, ce que j'appelle l'empreinte émotionnelle. Quelle trace tu laisses de ton passage ? au sein de tes équipossins, de ta famille, des membres de ta famille, de tes amis. Comment tu te comportes d'un point de vue émotionnel ? Quel est l'impact que tu as sur les autres ? Est-ce que tu fais du bien ? Est-ce que tu crées des synergies ? Est-ce que tu aides, par exemple, des gens à décadenasser des problèmes ? Est-ce que tu es en écoute active, etc. ? Ou alors, est-ce que tu es un pollueur psychique ? Comme le sont les personnes qui balancent des bouteilles de plastique à la mer et qui s'en fichent, il y a des gens, d'un point de vue émotionnel, qui... polluent l'esprit d'autrui, qui hackent leur cerveau, juste pour les contraindre à aller dans leur sens. Donc là, à un moment, il y a vraiment aussi ce choix à faire, à l'heure où, effectivement, on vit des situations stressantes, où des gens, quelquefois, perdent de pied et rejoignent assez facilement le côté obscur de la force, quelquefois sans s'en rendre compte. Donc là, voilà, on a un rôle à jouer et là-dessus, il y a une chose qui est assez intéressante, c'est que... Moi, je développe cette idée dans le dernier bouquin illustré. C'est qu'on connaît tous le quotient familial, qui est un indicateur économique du foyer. Moi, je parle aujourd'hui de quotient parental, de quotient émotionnel parental dans un foyer. Si les parents développent peu leur intelligence émotionnelle, la probabilité est très très forte que l'enfant aura deux, trois difficultés à comprendre les logiques émotionnelles, pourquoi une émotion naît en lui, qu'est-ce que ça implique, en quoi ça peut l'aider à faire de meilleurs choix, à augmenter la qualité de la relation avec les autres, à trouver un consensus, à s'adapter tout simplement, c'est très darwinien ce que j'ai, à s'adapter à une situation, il aura un peu plus de difficultés. Donc là aussi, en tant que parent, figure d'autorité, Oui. on a une vraie grosse responsabilité. Ce n'est pas pour mettre un poids supplémentaire sur les épaules des gens, mais quand même, quand on choisit de faire des enfants, on a cette responsabilité de comment on les contamine.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord, dans ce sens-là. D'abord les contaminer et ensuite leur enseigner éventuellement l'identification des émotions et la régulation.
- Speaker #1
Et quand je dis contaminer, c'est à nouveau, on sait que dans l'apprentissage, effectivement, il faut un peu d'écoute, il faut un peu de patience. On peut faciliter l'apprentissage de l'enfant en utilisant des émotions ludiques, en le surprenant. La surprise est une des émotions de base. Il y a plein de mécanismes émotionnels qui aident l'enfant, finalement, à se développer plutôt bien au cours, au fil des années. Donc là, il y a vraiment des choses à mettre en place, parce qu'effectivement, on peut être sur une posture qui est très coercitive, on peut être sur une posture extrêmement dure avec l'enfant, mais derrière. On en paie le prix, en fait. Et ce que je vais te dire, c'est un constat qui est un peu triste, mais fut une époque, maintenant j'ai moins le temps, malheureusement, mais j'allais voir des personnes âgées en maison et qui étaient vraiment isolées.
- Speaker #0
En maison de retraite.
- Speaker #1
Voilà. Physiquement, psychiquement. Et globalement, statistiquement parlant, quasi toutes ces personnes... m'adressait le même constat, c'était en fait, j'ai passé ma vie à vivre exclusivement pour moi-même. J'étais plutôt dans un rapport de force avec les autres. J'ai souvent tenté deux, trois fourberies pour amener l'autre à aller dans mon sens, etc. J'étais habité par des regrets, des remords, qui renvoyaient à une empreinte émotionnelle qui était... pas si soigné que ça. Et si vous voulez, derrière, le constat, il est terrible. C'est-à-dire que quand vous agissez comme ça, quand vous êtes toxique avec autrui, que vous accordez absolument pas de temps de cerveau disponible à l'autre, à un moment, il y a un héroïe affectif, il y a un retour sur investissement, ou dans ce cas-là, sur désinvestissement affectif, les gens, finalement, n'ont plus aucun intérêt qu'il soit analytique ou émotionnel, pour être en contact avec vous. et donc très rapidement, mais vous êtes mis de côté. Et ça, on sait que ça accélère la décrépitude, que ça donne un coup au système immunitaire, etc. Donc, il y a une vraie... En fait, je crois qu'il y a une vraie morale dans tout ça.
- Speaker #0
On peut se contaminer, comme je vous l'ai dit, c'est très rapide. On sait en plus que la contagion d'émotions déplaisantes est plus facile que l'inverse.
- Speaker #1
C'est pour ça que je parle du milieu du travail, parce que de ce que je comprends de ton livre, et tu utilises une métaphore qui est extrêmement parlante, c'est quand tu dis que ce qui est... pas sympa, le cerveau agit sur le cerveau comme s'il était du velcro. Ça s'accroche.
- Speaker #0
Alors qu'effectivement, les émotions plaisantes qu'on reçoit, on se dit « ok, très bien, j'acte » , mais ça glisse et là, on est plutôt sur du téflon. Le problème, c'est que c'est beaucoup plus compliqué de décroter ce type d'émotions déplaisantes. Mais déplaisantes, quand je dis déplaisantes, toutes les émotions ont un rôle à jouer. Elles sont toutes utiles. C'est un peu comme ces animaux où on se dit, tiens, la limace ou l'araignée, on se dit, tiens, c'est répugnant, etc. Mais en réalité, ça sert l'écosystème.
- Speaker #1
On en a besoin.
- Speaker #0
C'est la même chose pour les émotions déplaisantes. Sauf que quand ces émotions déplaisantes s'invitent, pas dans le bon espace-temps, pas avec la bonne intensité, pas de la bonne manière, eh bien là, elles deviennent toxiques. Et là, effectivement, elles sont très compliquées à décroter. Enfin, pas si compliquées. que ça, quand on connaît un petit peu deux, trois...
- Speaker #1
Ça met plus de temps.
- Speaker #0
Ça met un petit peu plus de temps. Et derrière, effectivement, ça place l'individu dans une posture émotionnelle qui est une posture qui l'empêche d'être lucide, qui le coupe quelques fois des autres, qui le rend un peu moins performant, qui va créer des troubles.
- Speaker #1
L'individu et le groupe, au fait.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
C'est les deux en même temps. Et ce que j'ai retenu, par contre, une notion qui est super importante, c'est qu'au final, dans la dynamique de groupe, Je fais ça parce que je vois un petit peu ton schéma, tu vois à quoi je fais allusion. C'est un groupe qui arrive à dépasser un moment où la contagion émotionnelle a été pas sympa vers quelque chose ensemble. C'est-à-dire le groupe en entier arrive à être résilient et aller vers quelque chose de plus positif. C'est un groupe qui est plus soudé, plus coopérant et qui se construit sur des bonnes bases, a priori.
- Speaker #0
et c'est en fait Une équipe, un groupe, une équipe dans une organisation, c'est quoi ? Finalement, c'est quelque chose de très organique. C'est ça. Il y a une durée de vie, il se passe des choses. C'est la vie, en fait.
- Speaker #1
J'adore cette idée-là, c'est-à-dire un groupe, c'est organique. Au final, j'ai l'impression que le fonctionnement individuel, on peut imaginer que le groupe, au final, avec la contagion émotionnelle, fait que... C'est ce qui nous permet, ce qui permet à un groupe de fonctionner comme s'il était un individu autre, un troisième individu. C'est exactement ça.
- Speaker #0
Et si tu veux, cette entité organique, elle vit. Et la vie, il y a des hauts, il y a des bas. Et effectivement, quand tu es capable à un moment de passer les bas, quelque part, et de rebondir là-dessus, ça créera dans la mémoire... collectif de ce groupe, ça créera finalement quelque chose de très très fort. C'est-à-dire que d'ailleurs, on pourra, lorsqu'on sera à nouveau confronté à une situation difficile, se dire « Attends, souviens-toi, il y a 3-4 ans, on pensait qu'on était dans une impasse, que c'était extrêmement compliqué. On a quand même réussi à surpasser tout ça, à peut-être même faire le deuil de cette chose-là. Aujourd'hui, on est dans une société où on n'arrive plus à faire le deuil. » Parce qu'on crée une distance avec la mort. Regarde même tout le cérémonial avec les défunts. On se coupe de plus en plus. Et donc, si tu te coupes de la mort, qui fait quand même partie de l'équation de la vie, c'est plus compliqué derrière d'assumer une perte. Une perte, que ce soit perte de quelqu'un, mais aussi perte, c'est un échec professionnel, un projet qui n'a pas abouti, une décision qui a été catastrophique. OK, à un moment, il faut digérer ça. Et sauf qu'aujourd'hui, on a tellement perdu l'usage du deuil que les gens restent un peu en circuit fermé avec cet échec et se définissent par cet échec et les émotions qui vont avec. Et moi, je dis souvent aux gens, tu n'es pas l'émotion que tu ressens. L'émotion, c'est une information qui vient à un instant T, tu la captures, ça te dit qu'il se passe un truc dans ton environnement. Et ce truc-là, ce changement peut avoir un impact direct sur ton niveau de bien-être, sur celui des membres de ton équipe ou des gens qui sont autour de toi, etc. Mais ça reste une information. Ça n'est pas la définition de qui tu es. Donc là, effectivement, il y a quelque chose qui est assez importante, c'est cette notion de se dire, et c'est un chasseur de trésors qui m'a dit ça, et qui s'appelle Ivan Sprach. Moi, je suis un grand fan d'Indiana Jones. Et donc, je suis allé voir pour Provoque ta chance, je suis allé voir des chasseurs de trésors. Et parmi eux, il y a Ivan Sprach, qui est celui qui a inspiré Spielberg pour le personnage d'Indiana Jones. D'ailleurs, la première fois que j'ai échangé avec lui, il a la veste en cuir, le chapeau. J'ai dit, tu ressembles vachement à Indy. Non, c'est Indy qui me ressemble. Bref, c'est un des grands docteurs. En archéologie, il découvre encore aujourd'hui des pentes citées mayas, etc. C'est fabuleux, sa vie est extraordinaire. Et lui, il m'a dit un jour, la chose suivante, il m'a dit, il y a une solution pour tout, sauf pour la mort. Et je me suis dit, en fait, c'est vrai. Et juste après lui, c'est fou l'enchaînement dans la vie, j'interrogeais le champion du monde de magie et son acolyte qui écrit ces textes, qui s'appelle Hugo. Et Hugo me dit à un moment, il me parle de Harry Houdini. Et tout de suite, mon cerveau fait le rapprochement entre Houdini et ce que venait de me dire Ivan Sprach, ce chasseur de trésors, etc. Et je me dis, mais en fait, c'est vrai qu'il y a quand même globalement une solution pour à peu près tout. Et Harry Houdini, je te raconte juste cette histoire, mais c'est vrai qu'Harry Houdini, le papa de l'escapologie en magie, donc l'art de s'évader, etc. Il avait cette... Il lançait des défis à beaucoup de gens, notamment à la police de Chicago. Il leur disait, « Enfermez-moi dans une cellule, menottez-moi, fermez à double tour. Vous verrez, en moins de 30 minutes, je serai capable de m'évader. » Généralement, il y arrivait en moins de 3 minutes. Et le truc, c'est qu'il y avait un truc. Harry Houdini l'avait croisé sur une foire, un avalor de sabre, qui lui a dit, « Attends, dans ton oesophage, tu peux mettre une pièce un peu particulière et tu pourras comme ça te libérer de donc. » En réalité, Harry Houdini n'était jamais aussi prisonnier qu'il n'y paraissait. Et c'est exactement la même chose pour nous. On n'est jamais aussi prisonnier qu'il n'y paraît. Il y a globalement une solution à tout et on peut s'évader. Aujourd'hui, tout houdinise en anglais, c'est l'art de s'évader, mais pas que physiquement, aussi psychiquement, mentalement. On est tous capables de s'évader mentalement, à condition de travailler justement cette intelligence émotionnelle. qui fait qu'à un moment, on va entrevoir l'issue de ce cours. Ça va être le petit signal émotionnel qui dit « Attends, attends, là, on change un truc dans tout ton schéma de pensée, ta manière de penser. Attends, va plutôt réfléchir à ça. » Parce que l'émotion, on ne peut pas prendre de décision sans émotion. Vous avez plein de travaux en neurosciences sociales qui vous montrent que l'être rationnel n'existe pas si derrière, il n'y a pas d'émotion. Alors, l'être rationnel absolu, il n'existe de toute façon pas.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais c'est l'émotion qui donne une coloration pour décider entre qu'est-ce que je fais, alpha, beta ou gamma. S'il n'y avait pas cette coloration-là, s'il n'y a pas de relief, tout se vaut en fait. Il n'y a pas de différence dans les opportunités, dans les choix, etc. Donc ça, c'est quelque chose d'important. Moi, je le redis, il y a une solution pour tout sauf pour la mort. Et ce que nous disent la plupart des travaux en neurosciences sociales, et ce que disent aussi Enando Parado et Ivan Sprach, C'est que plus c'est compliqué, moins il faut réfléchir, au sens traditionnel du terme.
- Speaker #1
Alors, qui veut dire ?
- Speaker #0
Il veut dire qu'il ne faut pas céder à la réunionite aiguë avec soi-même. Il ne faut pas entrer dans ce tunnel de la rumination sans fin. Ça vaut aussi pour les groupes. On se dit, tiens, il y a un problème qui se pose à nous, on va faire dix réunions. Le problème s'est posé à un instant T. t plus, je ne sais pas, 40 jours, on va apporter collectivement une réponse. Le problème, c'est comme les virus, tu le sais mieux que quiconque, et on l'a vu avec le Covid, etc., mais ils ont le temps de muter trois fois dans cet espace-temps. Donc, cette maturation extrême, en fait, en réalité, nous pousse ou nous éloigne de la réalité du terrain. Et c'est pour ça que l'intelligence émotionnelle... qui est une forme d'intuition et qui processe en quelques millième de seconde, voire seconde, tout de suite, en fait, on a une sensation plaisante, déplaisante par rapport à telle ou telle option, etc. Et on peut répondre aux problèmes qui interviennent dans notre environnement. On gagne en vitesse.
- Speaker #1
Tu veux la décrire ? Tu veux nous expliquer ce que c'est que l'intelligence émotionnelle ?
- Speaker #0
Alors, de manière imagée, on pourrait dire que c'est un GPS intérieur. C'est un peu un Waze psychique. Je ne suis pas du tout sponsorisé par Waze. Mais ça fonctionne un peu pareil, parce que Waze, comment ça fonctionne ? C'est des données entrantes des utilisateurs, et à un moment, ces données vont entrer dans l'algorithme de Waze, qui va calculer tout ça très rapidement, et qui, en fonction des informations qui remontent, va dire, attention, là, j'ai changé ton itinéraire. Parce que si on va dire, tiens, là, il y a un animal mort, là, il y a sur la route, là, il y a une déviation, il y a des bouchons, il y a des machins, hop ! L'utilisateur fait remonter des données vraiment de terrain. Et derrière, recalcule comment toi, tu peux aller de A à B de manière assez efficiente et le plus rapidement possible. L'intelligence émotionnelle, c'est la même chose, c'est des données terrain. Il n'y a pas plus pragmatique qu'une émotion. L'émotion, elle est là, on dit souvent oui. Il n'y a pas qu'une dimension psychologique pure et dure ou théorique ou conceptuelle. Quand on ressent des émotions, il y a des sensations physiologiques, il y a des manifestations physiologiques. Ça peut accélérer... la fréquence cardiaque, augmenter, baisser la pression artérielle. Tu peux avoir des sensations de chaud, de froid ici et là dans le corps. Ça peut activer, sous-activer certains muscles du corps, etc.
- Speaker #1
C'est du langage corporel ?
- Speaker #0
C'est du langage corporel, mais qui est concret, qui est très concret. L'émotion, elle se manifeste quand on en a les codes de manière assez précise.
- Speaker #1
Donc, il faut savoir décoder, si je comprends bien. Il faut savoir décoder.
- Speaker #0
Et donc, c'est là où... J'en viens. J'ai un ça. Quand on est... L'intelligence émotionnelle, il y a des données de terrain qui nous disent qu'il y a des émotions, il y a un changement dans l'environnement. J'en tiens compte quand je suis émotionnellement intelligent. Et derrière, je modifie des choses. Soit je les prolonge, soit je les écourte, soit je change quelque chose pour arriver finalement à mon objectif. L'intelligence émotionnelle, c'est la capacité à raisonner à partir de ces émotions. Quand je dis raisonner, c'est comprendre pourquoi une émotion naît chez moi ou chez autrui. quelles sont les conséquences à ressentir cette émotion, positive, négative, à anticiper tout ça aussi, on est un peu dans l'anticipation. Et une fois qu'on comprend ces logiques, c'est de se dire, est-ce que cet état émotionnel que je suis en train d'expérimenter, il est vraiment le bon dans cette situation-là ? Et donc derrière, on adapte, on régule pour mieux s'adapter. Donc c'est une forme d'intelligence à part entière. L'intelligence, c'est... Ce qu'on appelle l'intelligence, en fait, c'est une grande armoire. Il y a plusieurs tiroirs. Chacun de ces tiroirs est une forme d'intelligence. D'ailleurs, Howard Garner d'Harvard parlait d'intelligence multiple. On sait maintenant qu'il y a plusieurs formes d'intelligence. Et parmi ces formes-là, il y a l'intelligence émotionnelle. Donc, on reste vraiment sur cette capacité à raisonner à partir d'informations émotionnelles pour produire un comportement qui nous permette de mieux nous adapter à tel ou tel type de situation, en préservant son bien-être et aussi celui d'autrui.
- Speaker #1
Ah oui, les deux en même temps, c'est mieux.
- Speaker #0
C'est un peu l'image de, tu vois, quand tu es dans l'avion, tu traverses une zone de turbulence, les masques à oxygène tombent. Alors oui, c'est important, imaginons ce cas de figure, tu es à côté de quelqu'un qui est peut-être en position plus faible que toi, une personne âgée, un enfant, etc. Les masques tombent. C'est important effectivement de le mettre d'abord sur toi, pour que toi, tu reviennes à l'équilibre. Et ensuite, il ne faut juste pas oublier aussi de le mettre à l'enfant. C'est ce que la société oublie un petit peu. Mais si tu l'avais mis directement sur l'enfant, peut-être que toi, derrière, il serait arrivé une bricole et derrière, l'enfant aurait été démuni. Donc ça n'aurait pas amélioré sa situation. Donc ça, c'est quelque chose. C'est se préserver soi-même, mais aussi chercher à préserver l'équilibre émotionnel des autres. Et ça, on peut y arriver. Ce n'est pas quelque chose d'utopique. On le sait, maintenant, on a mené des études. Il y a moins d'un pour cent de la population en France. On a mené cette étude en France sur des milliers de Français et de Françaises qui sont des experts en intelligence émotionnelle qui ont un score supérieur à 130 au QEG, QE pour caution émotionnelle, à ce test fiable. Et ces personnes-là ont accès à tout un tas de bénéfices. C'est-à-dire, selon la science, à être dans le registre de l'intelligence émotionnelle, eh bien, on est moins sujet au burn-out, on augmente la qualité de la relation à l'autre, on prend de meilleures décisions en situation complexe et en jeu. on a un meilleur sommeil. On arrive plus facilement, ça c'est important pour les ados, à déjouer le harcèlement, qu'il soit physique ou psychique. On est plus résilient, notamment face à la maladie. Il y a plein d'études qui sont menées chez des femmes qui sont atteintes du cancer du sein, qui est quand même le cancer qui tue le plus chez la femme, et qui expliquent que quand on est émotionnellement intelligent, ça c'est une petite variante, qu'on se perçoit comme tel, on dispose en fait de ressources psychiques assez fortes. Par rapport au diagnostic, on le reçoit mieux. Par rapport à, d'après tout le programme qui est mis en place, type chimiothérapie, etc., où on va accepter plus facilement la pénibilité de la chose. Et en plus, derrière, quand on s'en sort, on aura moins peur de la récidive. On ne va pas se couper pendant tout le process de ces cercles premiers aux deuxièmes. Donc, on reste connecté à l'humain, on ne s'isole pas. Parce qu'effectivement, quand on s'isole... psychiquement derrière ça vient atteindre, ça vient créer tout un tas de troubles chez l'individu qui le rend un peu moins vaillant, moins costaud. moins résilients, tout simplement. Et puis, on voit, les personnes émotionnellement intelligentes sont moins addictes à l'alcool, l'alcool fort, aux drogues dures, donc rentrent moins facilement dans des addictions.
- Speaker #1
Troubles du comportement alimentaire ?
- Speaker #0
Et effectivement, au comportement alimentaire, parce que l'intelligence émotionnelle, aujourd'hui, on sait très bien la cartographier. Il y a eu plein, plein, plein de travaux ici et là, dans des laboratoires de neurosciences sociales. où pas mal de collègues arrivent à tracer le chemin d'une émotion en direct live sur des écrans d'ordinateur. Donc ça, on s'est très bien tracé. Maintenant, ce qui est intéressant, c'est de se dire que l'intelligence émotionnelle, ça ne se passe pas que là-haut dans le cerveau du haut, ça se passe aussi au niveau des intestins. On sait qu'il y a des centaines de millions de neurones qui tapissent les parois intestinales et que de manière indirecte, les neurones du bas communiquent avec les neurones du haut. on a des messages forts, surtout du bas vers le haut. 9 échanges sur 10 entre les deux cerveaux se font dans le sens du bas vers le haut. Ce qu'on croyait être une succursale, en fait, c'est un autre siège social.
- Speaker #1
C'est une vraie base.
- Speaker #0
C'est une vraie base armée. Et ce qui est assez intéressant, c'est qu'on sait aussi que 95% de la sérotonine est produite à nouveau au cerveau du bas. C'est quand même... quelque chose qui est directement impliqué dans l'humeur, la régulation de l'humeur. On sait que si on mange des produits trop transformés, avec trop de sucre, sucre raffiné, derrière, ça peut faire naître en nous des pointes d'angoisse, totalement factices. Mais voilà, elles n'ont pas de raison d'être. Par contre, elles nous polluent l'esprit. Et nous, on essaye de jouer au sapeur-pompier pour essayer d'éteindre tous ces feux psychiques qui se déclarent ici et là dans le cerveau. et extrêmement usant. Il y a des gens qui n'en peuvent plus de ça, qui développent des troubles assez importants derrière. On sait pareil que la caféine en trop grande quantité, l'alcool en trop grande quantité viennent aussi, on va dire, brouiller nos compétences émotionnelles. On a plus de difficultés lors d'un échange à reconnaître l'émotion chez l'autre. On s'en mêle un peu les pinceaux. On comprend moins la logique émotionnelle. Quand l'autre nous sourit, ce qui est un sourire avec derrière une émotion qui est plutôt plaisante pour faciliter l'échange, on va voir ça peut-être comme une critique ou comme une attaque. Bref, on risque d'être totalement à côté de la plaque d'un point de vue émotionnel, ce qui peut abîmer la relation. Il y a plein de choses autour de ça qui sont extrêmement intéressantes. Dans le cadre d'un... Pareil, d'un livre, j'avais interviewé Michel Neunist, qui est au CHU de Nantes et qui travaille en fait sur ces thématiques. Donc, c'est intéressant. Toutes les semaines, il y a un nouveau papier de recherche qui est publié et qui montre des avancées.
- Speaker #1
Et Christophe, si tu me permets, je m'intéresse à ces gens qui ont les 130 experts que tu nommes experts en intelligence émotionnelle. Ce qu'elle a de différence, intelligence émotionnelle, j'ai besoin, comme tu dis que ce n'est pas quelque chose d'immuable et qui se développe le long de la vie. Je me demandais si les gens qui, à l'âge adulte, ça s'adresse aux enfants et aux adultes. C'est le même test ? Je pense qu'il y a une... Comme je l'ai déjà fait, je pense que probablement que ça ne peut pas intéresser les jeunes enfants à partir de quel âge tu le proposes.
- Speaker #0
Alors, Pour l'instant, non, on ne le propose qu'aux adultes. Là, on est en train de travailler sur une version pour les adolescents, parce que ça, c'est vraiment quelque chose qui fait sens dans ce que j'ai envie de faire. Maintenant, ce qu'on sait, c'est que jusqu'à l'âge de 12 ans, les filles et les garçons ont à peu près le même développement émotionnel. C'est après 12 ans, quand on entre dans la puberté, etc., avec des tsunamis hormonaux, notamment chez les filles, qui fait que là, il va y avoir des différences. Et on remarque globalement, pour faire simple, que les filles, les adolescentes et les jeunes femmes et femmes après ont des scores supérieurs en intelligence émotionnelle. Alors, il y a plein de paris qui peuvent être faits, mais notamment le fait qu'elles s'entraînent plus tôt que les garçons à malaxer cette patte qui est extrêmement complexe, qui est l'anxiété liée à son apparence physique. qui est le bouleversement hormonal qui va susciter en soi plein d'émotions. Donc, en fait, il y a un entraînement plus tôt qui fait qu'elles sont plus rapidement armées aussi.
- Speaker #1
Dis-moi, après, ça s'égalise à l'âge adulte ? Les femmes ne sont pas plus intelligentes émotionnellement que les hommes ?
- Speaker #0
Globalement... Globalement, on observe dans la population des différences en faveur des femmes. Maintenant, ça dépend de plein de paramètres. Et puis, il y a aussi un aspect génétique à l'intelligence émotionnelle. On le sait, il y a une étude extrêmement récente qui a démontré ça. Comme la plupart des intelligences, il y a toujours une dimension génétique, un héritage, etc. Donc ça, ça existe. Maintenant,
- Speaker #1
c'est l'environnement qui va façonner de manière significative. C'est compliqué quand même de corréler vraiment à la génétique parce qu'en règle générale, on est tellement dépendant de notre environnement dans lequel on a grandi que c'est compliqué de dire que c'est en rapport avec quelque chose.
- Speaker #0
Alors, il y a une part du gâteau qui est liée à cette génétique-là. Donc, on a réussi à identifier, quand je dis « on » , ce sont des chercheurs, quels étaient des gènes, l'expression et l'inexpression de certains gènes qui étaient directement impliqués dans des mécanismes de compréhension, de régulation émotionnelle. On ne naît pas sur la même ligne de départ par rapport à tout ça. Maintenant, effectivement, avec l'environnement et avec une des plus grandes découvertes en neurosciences qu'on appelle la plasticité cérébrale, la neurogenèse, peu importe. Aujourd'hui, on parle aussi de plasticité émotionnelle, autrement dit, la capacité du cerveau humain à produire de nouveaux neurones qui vont venir aider de nouveaux ponts neuronaux, etc. Donc dit simplement à... aider au développement des compétences émotionnelles. On sait que ça, ça existe. Et ça existe à tout âge. Il y a là le vrai message des sports. Une étude a montré qu'au-delà, après 65 ans, on peut encore bouger les lignes et développer son intelligence émotionnelle. Après, on sait, il y a une étude qui est sortie la semaine dernière d'une collègue en Suisse qui montre que généralement, autour des 40 ans, on a un petit peu un espèce de pic en termes de développement. On a globalement, si on a un peu travaillé sur soi, on a quand même un niveau d'intelligence émotionnelle qui peut être assez élevé. Et après, ça baisse un petit peu. Donc, en fait, c'est comme le sport. À un moment, il faut s'entretenir. Et en s'entretenant, on peut rester expert toute sa vie. Simplement, après 40 ans, il faut redoubler un peu d'efforts. Ça passe par des lectures. Ça passe par des lectures sur le sujet. Ça passe par peut-être des... tout un tas de protocoles en termes d'hygiène alimentaire. Faire un petit peu gaffe sans aller dans l'excès. Apprendre la respiration, plus simplement. Développer tout un tas d'éléments qui nous permettent à un moment de comprendre mieux les émotions. Et en faisant ça, effectivement, on arrive à rester à ce top niveau d'experts en termes d'intelligence émotionnelle.
- Speaker #1
Les comprendre, mais aussi être en situation pour pouvoir s'exercer sur le plan expérimental, de ce que je comprends.
- Speaker #0
C'est tout à fait ça. C'est-à-dire que les personnes qui restent dans leur carcan, qui se sont infligées des tabous intériorisés, des règles, etc., qui font que jamais elles ne peuvent sortir de tout ça, ces personnes-là, finalement, auront de leur plus jeune âge jusqu'à la fin, accès au même alphabet émotionnel réduit. L'idée, c'est un moment d'aller expérimenter des émotions qu'on n'a pas l'habitude d'expérimenter pour étoffer un petit peu notre vocabulaire émotionnel, notre compréhension. Est-ce que ça vient réveiller en nous un besoin émotionnel ou répondre à un besoin émotionnel ? Bref, c'est l'expérimentation. Et effectivement, là, ce n'est pas lié à l'âge. Moi, j'ai croisé des personnes qui avaient 20 ans qui étaient déjà avec des scores supérieurs à 130. qui avaient déjà compris beaucoup, beaucoup de choses. Et de l'autre côté, des personnes qui pouvaient être des fois à des positions assez importantes dans les entreprises ou autres, mais qui avaient un niveau d'intelligence émotionnelle très, très faible, qui ne s'était jamais posé la question et qui, quand même, redoutaient une chose, c'est qu'à un moment, cette douce musique qu'ils s'étaient imposée ou que le disque totalement allait s'enrayer. Et là, il y avait la crainte de dire, attends, j'essaie à chaque fois de tout contrôler, de tout mettre sous le couvert. tout ceci, cela, elles avaient une peur assez aiguë de se retrouver à un carrefour de leur vie où d'un coup boum, tout ça s'effondre. Et là, effectivement, ces personnes-là auraient, façon de parler, moins les épaules psychiques pour résister à tel ou tel type de tempête parce qu'elles sont restées toute une vie dans un petit précaré comme ça, émotionnel qui en plus n'est pas du tout épanouissant, on le sait, en termes de satisfaction de vie. de sensations en termes de bien-être, etc. On sait que ces personnes-là expérimentent quand même pas mal de difficultés sur ces deux registres-là. Et on peut passer comme ça toute une vie. Moi, je dis souvent, on a un CDD de vie sur cette planète. Qu'est-ce qu'on en fait ? Et quand on se réveille à 55, 60 ans et qu'on se dit, on regarde dans le rétroviseur, on se dit en fait, tout a été calculé. En plus, on est une enflure toxique où on se dit, attends, j'ai quand même fait beaucoup, beaucoup de mal. Le boomerang, il peut faire très, très mal. Et c'est généralement là où s'il y a cette montée à la conscience de tout ce qu'on a pollué et qui on a pollué précédemment, où là, ça peut être extrêmement déroutant et on peut... On peut facilement expérimenter de la dépression, tomber en burn-out, etc.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut conclure, Christophe, sur l'empreinte émotionnelle ? Parce que je pense que c'est un sujet qui est important. Se rendre compte et être conscient que ce qu'on apporte aux autres, tu as parlé aussi de la transmission transgénérationnelle, c'est quelque chose dont il faut être conscient et c'est un message à porter.
- Speaker #0
tu parles du tranche générationnelle à un moment on se dit c'est fou ce truc il y avait des gens ici et là au Québec qui parlaient de ça il y a longtemps ils sont totalement allumés et en réalité aujourd'hui il y a plein d'expériences il y a eu des publications par exemple dans Nature sur des espèces vertébrées il y a eu des expérimentations sur des rats de laboratoire et qui montrent qu'effectivement l'angoisse ça peut se transmettent sur plusieurs générations. Donc ça, on le sait, on sait le mesurer. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais c'est assez fou. Donc là, je reviens au QO parental, cette responsabilité. Si on veut vraiment stopper ce type de contagion, on n'est pas forcément, pour prendre un terme de science-fiction, on n'est pas un réplicant, on n'est pas une espèce de clone. de ses parents. Isoler complètement de son passé. Quand le schéma n'a pas été bon, on n'est pas obligé de reproduire un mauvais schéma.
- Speaker #1
Comment on fait alors ?
- Speaker #0
Quand il a été bon, on peut le... Justement, c'est cette prise de conscience. Il y a un moment, quand on travaille sur l'intelligence émotionnelle, quand on commence à s'ouvrir aux émotions, tout à coup, on gagne en lucidité et on se rend compte de toutes nos fautes de quart. On se dit, effectivement, ça fait des années et des années que je... Je pensais, c'était une croyance intérieure. Il fallait agir comme ça avec les gens. Mais en réalité, maintenant que j'ai développé cette forme d'intelligence, je me rends compte que ce que je fais là est totalement non productif, qu'en plus, ça peut faire du mal à l'autre et que derrière, ça me coupe peut-être même de l'autre. Et rappelons-nous juste une chose, c'est que qui porte nos opportunités, c'est l'autre. Sans l'autre, il ne se passe rien. Bref, c'est un autre sujet d'un autre podcast. Et je reviens sur la notion d'empreinte émotionnelle. Un de mes prix Nobel de la paix préférés, c'est Feu d'Esmond Toutou. J'ai toujours adoré ce personnage. Il disait à peu de choses près que c'est la somme, en gros, qu'on doit produire pas mal de petits biens, et que c'est la somme de tous ces petits biens qui amèneront un grand bien pour l'humanité. Alors souvent, on peut dire, tiens, c'est bateau, c'est bisounours, etc. Mais ce n'est pas vrai, en fait. Quand on sait que ce phénomène de contagion émotionnelle, il existe, Merci d'ailleurs à Hélène Hadfield, qui est cette psy nord-américaine qui est la plus citée au monde depuis plus de 30 ans et qui m'avait fait l'honneur de participer au livre sur la contagion émotionnelle, où on a beaucoup, beaucoup échangé ensemble, qui est à l'Université d'Hawaï. Eh bien, aujourd'hui, on sait effectivement que lorsqu'on produit des émotions bénéfiques, on peut avoir un impact sur une personne, deux personnes, plusieurs personnes. personne. On peut répandre tout ça, c'est réel. C'est un peu... La contagion émotionnelle, ça renvoie à cette théorie d'Edouard Lorenz, théorie du chaos, l'effet papillon. On est exactement là-dedans. Un tout petit truc peut modifier tout le système. Edouard Lorenz, c'est ingénieur du MIT, il voulait prédire à l'époque un modèle de prédiction météorologique. Donc il avait tout un tas de facteurs, pluviométrie, etc. Et finalement, son algorithme fonctionnait plutôt bien. Il arrivait à prédire sur un jour, deux jours, etc. ça fonctionnait bien sauf qu'un jour il y a eu une panne Et donc là, toutes ces données-là qui rentraient automatiquement, la mesure était automatiquement intégrée dans le calcul, ça n'a pas pu se produire. Donc lui, il s'est dit, attends, je ne vais pas perdre une journée, parce qu'il a réussi à réparer la panne. Il dit, pour ne pas perdre cette journée-là, je vais rentrer manuellement les données chiffrées. Et lui, ce qu'il voyait sur son écran d'ordinateur, c'est qu'il y avait des données avec un certain nombre de chiffres après la virgule. Et lui s'est dit, en fait, je vais rentrer ces valeurs-là avec trois chiffres après la virgule. Ou deux chiffres après la virgule, je ne sais plus exactement. Sauf que le logiciel, en réalité, lui, quand il calculait automatiquement, avec les données entrantes, il calculait bien plus de chiffres après la virgule. Ce qui fait que, finalement, Édouard Lorenz, pour attraper le coup, avait rentré, avait saisi des données tronquées, arrondies. Si bien qu'au bout de quelques jours, quelques semaines, toutes les... prédictions météorologiques étaient faussées. On annonçait de la neige en plein été, des machins, plus rien ne marchait. Et c'est là où il en a conclu que effectivement, globalement, on a beau essayer de reproduire à l'identique quelque chose, il y a toujours une variable qu'on ne saisit pas, mais qui aura un impact grand sur le tout. L'émotion, c'est ça. C'est cette particule de Dieu en référence à plein de choses. Mais il y a ce côté, cette petite chose-là qui est l'émotion, ce petit ressenti-là qui nous cogne, qui nous percute à un moment, qui percute les autres, en réalité peut avoir un impact significatif sur le cours de la vie. Et ça, je l'observe maintenant depuis plus de 20 ans dans mes recherches, et c'est juste extraordinaire. Et on se dit, apprenons un petit peu à privoiser cette fameuse particule de Dieu. Oui,
- Speaker #1
je ne... peut que ça résonne parfaitement et je ne peux que approuver expérimentalement, en tout cas, pas par des recherches, mais j'approuve complètement ça. Instinctivement, on le pense tous et merci de le confirmer justement par des choses factuelles et par ton regard sur le sujet. Je rappelle le petit guide illustré qui va sortir bientôt. La semaine prochaine peut-être ?
- Speaker #0
Le 15 octobre.
- Speaker #1
J'y serai. Je te remercie encore infiniment Christophe pour cet éclairage, que ce soit sur la contagion émotionnelle ou sur l'intelligence émotionnelle. Un début d'exploration qui j'espère va continuer encore et je suis très heureuse de pouvoir diffuser ce sujet.
- Speaker #0
Merci à toi pour l'invitation.
- Speaker #1
Merci Christophe. Un grand merci à Christophe Hag pour ce précieux moment. J'espère que cet épisode vous a rendu plus sensible au concept de l'empreinte émotionnelle. Si vous avez apprécié le voyage, soutenez Enquête d'accord en suivant, en recommandant, en mettant 5 étoiles et en diffusant l'épisode. Je vous espère en excellente forme et je vous dis à très bientôt. pour d'autres explorations.