- Speaker #0
En quête d'accord, l'art de communiquer est être en lien. Depuis le début de cette exploration du livre de Guillaume Tiersiot, Mieux réussir ensemble, Nous avons appris à nous connaître. Ensuite, nous avons développé nos performances collectives par la communication, par le leadership, la gestion de charges de travail et nombreuses connaissances organisationnelles. Dans ce nouveau chapitre, nous sommes prêts à aborder la conscience de la situation, je dirais même la conscience de la situation partagée. Approcher, c'est encore une fois passionnant. Bonjour Guillaume.
- Speaker #1
Bonjour Imane.
- Speaker #0
Alors tu nous fais l'immense plaisir de continuer la lecture commentée. et expliquer ton livre Mieux réussir ensemble, qui est édité en deuxième édition cette année chez Edipro. Et dans l'épisode précédent, nous avons abordé la communication de façon générale et dans le cockpit en particulier. Nous avons tenté de comprendre deux choses, le leadership et le followership. Et pour finir, nous avons tourné autour de la charge de travail. Et aujourd'hui, nous allons traverser la... conscience de la situation. On va en parler tout de suite et on va atterrir tranquillement dans la prise de décision. Pour ce qui est de la conscience de la situation, Daniel Kahneman dit que le cerveau est une machine qui saute à la conclusion.
- Speaker #1
C'est exactement ça et je propose qu'on découvre, qu'on en prenne conscience au travers d'une petite anecdote, une petite histoire que je te propose de lire ?
- Speaker #0
Eh bien, c'est parti. Dans ton livre, tu as... commencer ce chapitre en déroulant une histoire qui permet vraiment d'objectiver ce concept qui peut être un peu flou quand on ne le connaît pas. Alors c'est une scène et la scène est la suivante. Vous vous promenez en ville en déambulant sur le trottoir d'une rue secondaire. L'air est lourd en ce début d'après-midi. Il était Saint-Nance-Chaux. La terrasse du café devant lequel vous passez est bandée et sur le trottoir opposé un vieillard marche. Dans la même direction que vous, il tient fermement une mallette en cuir. Ce doit être un diamantaire d'une boutique du quartier. Et une voiture aux vitres teintées vous dépasse à faible vitesse. Et soudain, un jeune délinquant sorti de nulle part se met à courir en direction du vieillard.
- Speaker #1
Voilà l'histoire. Et lorsqu'on entend ce genre d'histoire, ce qui est intéressant, c'est que spontanément, notre cerveau va évoluer imaginer la suite de l'histoire. On est aussi confronté à ça quand on regarde un film et d'ailleurs, les bons films sont ceux dans lesquels le réalisateur ou même l'écrivain va réussir à nous mener sur des voies qui vont nous faire imaginer, qui vont nous amener à faire des erreurs sur l'anticipation de ce qu'on imagine pour la suite et qui vont nous surprendre. Et donc ici, par rapport à Merci. ce diamantaire par rapport à cette voiture, par rapport à ce délinquant qui court en direction du vieillard. Quelle est, selon vous, auditeurs, la suite de cette histoire ? Que va-t-il se passer ? Toutes et tous, vous avez une idée en ce moment qui a été construite en fonction de qui vous êtes, en fonction de votre personnalité, en fonction de vos expériences, de votre éducation, de votre vécu. Et nous allons découvrir ensemble ce qu'il se passe. et voir si vous avez raison.
- Speaker #0
La suite de l'histoire. Le jeune homme n'est plus très loin du vieillard. Ce dernier se retourne probablement parce qu'il a entendu des bruits de pas pressés derrière lui. On peut lire de la peur dans ses yeux. Il saisit la mallette à deux mains et la porte à hauteur de sa poitrine comme pour en faire un bouclier. Arrivant à portée du vieil homme, le jeune homme tend les mains vers la mallette.
- Speaker #1
Donc une nouvelle fois, déjà à ce stade... un peu peut peut-être se rendre compte que dans l'interprétation et dans la projection qu'on a fait, on s'est trompé. Et puis, de nouveau, avant de passer à la fin de l'histoire, quelle est la suite que vous imaginez pour ce fait divers ?
- Speaker #0
Oui, je laisse quelques secondes aux auditeurs pour réfléchir.
- Speaker #1
Alors, ce qui est intéressant par rapport à la conscience de la situation, par rapport à la manière dont on construit cette réalité, c'est que généralement, quand on commence à réfléchir, c'est qu'on remet en question l'interprétation qu'on a eu de manière automatique. Certains que, déjà pendant la lecture de cette deuxième partie de l'histoire, les auditeurs se projettent dans la suite. Donc en fait, la réflexion, le système 2, va essayer de rationaliser ce que notre système 1 nous propose comme suite. Mais le système 1, il va le faire de manière complètement spontanée, automatique et très rapide.
- Speaker #0
Tu continues l'histoire ? Le jeune homme pousse le vieillard au sol et se laisse tomber sur lui. Dans la foulée, des coups de feu retentissent, la vitrine du restaurant devant laquelle passait le vieillard vole en éclats, tandis que la voiture aux vitres sombres démarre en trombe. Quelle est la raison de cet exercice ?
- Speaker #1
Alors la raison de cet exercice, donc déjà bravo à ceux qui auraient imaginé une telle issue à cette situation, je pense que ce n'est pas fréquent. La raison de cet exercice, c'est de se rendre compte que lorsque nous entendons, lorsque nous assistons à une scène, nous sommes en permanence dans une compréhension et dans une anticipation de ce qui va se passer ensuite. La raison pour laquelle nous faisons ça, c'est que dans le cadre de notre survie depuis des... dizaines, des centaines de millions d'années, la capacité d'anticiper ce qui va se produire dans notre environnement proche nous a permis en permanence d'éviter les menaces les plus significatives et donc de survivre. Et notre cerveau est véritablement câblé comme ça. Et ce fonctionnement, la plupart du temps, comme c'est le cas pour le système 1, la plupart du temps, ça fonctionne très très bien. 90. 9, 99,5% du temps, ça fonctionne très très bien. Mais nous allons découvrir ensemble que toute une série d'éléments vont influencer l'interprétation que nous allons faire de la situation. Et nous allons découvrir ensemble les éléments, un outil ou une manière d'essayer de se faire la meilleure représentation possible pour, dans une situation professionnelle qui nécessite ou qui peut avoir un impact sur... la vie d'un patient, la vie de passager, prendre ensuite la meilleure décision possible en fonction de cette compréhension de la situation, en fonction de cette conscience de la situation.
- Speaker #0
Donc si je comprends bien, il y a l'histoire, mais il y a ce qu'on se représente de cette histoire. Donc on somme l'interprétation.
- Speaker #1
Nous sommes en permanence dans l'interprétation, parce que c'est beaucoup plus économe. Donc notre système 1 nous propose des interprétations en permanence. Dans la manière dont cette histoire a été racontée, il y a toute une série d'interprétations qui ont été volontairement écrites telles quelles, mais lorsqu'on parle d'un jeune délinquant, un jeune délinquant sorti de nulle part, c'est déjà une interprétation en soi. Si on voulait décrire cette scène de manière factuelle, on pourrait par exemple dire un homme de 22 ans, que vous n'aviez pas remarqué avant cela, qui porte un jeans noir. troué à la cuisse gauche, des bottines en cuir noir, un cinglé blanc et un bracelet en cuir noir garni de clous. Ses cheveux clairs sont coupés à ras. Il arbore trois anneaux au lobe de l'oreille gauche. » Là, on se rend compte qu'on est dans une situation qui est beaucoup plus factuelle. Mais c'est très chronophage de faire ce genre de d'observation. Et donc... Pour nous simplifier la tâche, notre système 1 va, en fonction de tous ces éléments qu'il va percevoir inconsciemment, nous proposer une représentation, une interprétation qui est beaucoup plus simple, un jeune délinquant.
- Speaker #0
D'accord. Alors, comment on interprète ? C'est-à-dire, au final, si je comprends bien, la même chose, la même scène, il va y avoir plusieurs témoins et chacun va avoir son interprétation et c'est comme s'il allait vivre une histoire différente.
- Speaker #1
Exactement. Donc, on va interpréter, comme je le disais, en fonction de nos expériences, en fonction de notre vécu, notre culture, notre éducation, et aussi en fonction de préférences naturelles qu'on a. L'une d'entre elles, c'est notre préférence liée au canal sensoriel dominant. Donc, il y a des gens qui ont un canal sensoriel dominant qui est plus visuel, d'autres auditifs, d'autres kinesthésiques. La manière dont ces trois personnes qui ont un canal sensoriel dominant, qui sera soit visuel, soit auditif, soit kinesthésique, va être fonction...
- Speaker #0
C'est-à-dire que celui qui est visuel va avoir des détails, c'est-à-dire qu'il ne va d'abord pas voir la même chose que quelqu'un qui est auditif ou kinesthésique. et en plus de ça il va les mémoriser et va utiliser un vocabulaire qui est complètement différente de celui qui va qui a le canal sensoriel qui est dominant et qui le canal sensoriel auditif pardon qui est dominant et qui lui va capter des détails et qui va mémoriser des détails qui sont tout à fait autre imaginons par exemple un policier qui vient interroger les témoins ça va être très très amusant de voir les différences entre les différentes perceptions
- Speaker #1
Alors, le policier vient interroger trois personnes à canal sensoriel dominant différent. La personne qui a un canal visuel essentiellement va décrire tout ce qu'on pouvait voir dans la scène. Donc, il va y avoir utilisation d'un vocabulaire lié à la lumière, aux couleurs, aux reflets, etc. Tout ce qu'on peut décrire de manière visuelle. Et puis, une personne qui aura un canal sensoriel dominant auditif va décrire essentiellement… tout ce qu'on pouvait entendre dans cette scène. Donc éventuellement le vrombissement de la voiture, des bruits environnants liés peut-être à de la musique sur une terrasse d'un café, toute une série de choses. Les coups de feu vont être définis de manière différente. Et puis, une personne indominante kinesthésique va décrire tout ce qu'on peut percevoir au niveau température, au niveau ambiance, au niveau éventuellement stress. L'atmosphère était électrique. Et donc, le policier, en rassemblant des personnes à un canal sensoriel dominant différent, va pouvoir accumuler bien davantage d'informations que s'il avait une seule personne.
- Speaker #0
Voilà, donc au fait, on va percevoir différemment, on va comprendre et interpréter différemment. Et donc, ce que j'ai appris, c'est que... tout ça va entraîner une anticipation. C'est-à-dire, c'est comme si on écrivait la suite et la fin déjà avant même qu'on y réfléchit. Ça se fait spontanément. Mais il y a des pièges à chaque niveau. Il y a d'abord des pièges à la perception.
- Speaker #1
Tout à fait. Alors, juste avant, la notion de conscience de la situation dont le terme paraît un peu compliqué à comprendre, en fait, c'est extrêmement simple. Ça a été développé par une psychologue américaine du nom de Mika Hensley en 1995. Elle a analysé toute une série d'accidents d'avions, d'incidents graves également, et elle en a retenu environ 150 pour lesquels elle avait suffisamment d'éléments dans les rapports qui avaient été publiés à l'issue de ces incidents et ces accidents pour essayer de comprendre comment des pilotes dans un cockpit se construisent une compréhension globale de la réalité. Et donc... elle a pu déterminer que cette conscience de la situation se développe en trois étapes. La première, c'est celle de la perception. Donc, je vais percevoir les éléments du contexte que je vais ensuite comprendre. Et donc, ça, c'est la deuxième étape. Et la troisième étape, en fonction de cette compréhension, je vais anticiper ce que j'imagine qui va se passer à l'avenir. Donc, ces trois étapes sont les trois étapes fondamentales de la façon dont nous interprétons le monde de manière générale, en permanence.
- Speaker #0
Donc, en fait, on anticipe parce qu'on aimerait arriver à la décision. C'est-à-dire, il faut que le cerveau, il faut qu'il se projette déjà dans l'avenir et dans l'action, si je comprends bien.
- Speaker #1
Le cerveau a besoin de se faire une idée de ce qui va se passer pour pouvoir prendre la meilleure décision possible.
- Speaker #0
Oui, notamment s'il faut courir parce que la situation dégénère ou un truc du genre.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Voilà, alors, et les pièges de la perception ? Qu'est-ce qui fait que la perception peut être déformée et qu'elle... qu'elle peut être complètement loin de la réalité. Et c'est important, a priori, de s'en rendre compte et d'en être conscient.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc, à chacune des trois étapes, perception, compréhension, anticipation, il y a des pièges qui vont nous mener sur une fausse piste, quelque part. Et un des pièges de perception, c'est ce qu'on appelle le défaut d'attention. C'est-à-dire qu'il y a énormément de situations dans lesquelles Les informations qui nous permettraient une bonne compréhension par la suite, donc en deuxième étape, une bonne compréhension de la situation, sont présentes, mais nécessitent d'aller les chercher. C'est-à-dire qu'il y a des éléments qui sont saillants, qui sont évidents, qui viennent vers nous. Une alarme qui retentit, ça va être un élément qui vient vers nous. Par contre, une information qui serait éventuellement cachée dans une application qui existe, mais qu'on doit aller chercher, nécessite un certain effort. Et donc, ce que Mickensley a remarqué, c'est qu'il y avait toute une série de situations dans lesquelles les éléments permettant une bonne compréhension étaient présents, étaient disponibles en tout cas, mais l'effort d'aller les chercher n'était pas nécessairement fait par les pilotes, parce que, de nouveau, notre système 1 est économe, notre système 2 est énergivore, et donc notre système 1, comme tu l'as dit en introduction, Notre système 1, il va nous amener à tirer des conclusions rapides de manière à économiser de l'énergie. Et ça va nous poser certains problèmes, notamment lorsqu'on essaye d'avoir une perception globale de la situation, parce qu'on va louper certains éléments.
- Speaker #0
D'accord. Alors, Kahneman parle de Wissiati, c'est la perception partielle.
- Speaker #1
Tout à fait. Et donc, ça rejoint un peu ce que je disais là. Wissiati, c'est pour « what you see is all there is » . On traduit ça en français par « covera » , le principe, le phénomène covera, ce qu'on voit et rien d'autre. C'est-à-dire que les éléments auxquels on est directement confrontés sont ceux sur lesquels on a tendance à se baser essentiellement. sans aller rechercher d'autres informations pertinentes, mais qui sont plus difficiles à trouver.
- Speaker #0
D'accord. Donc, quelle est la conduite à tenir et quelles sont les bonnes pratiques pour déjouer ce biais cognitif ? Alors, j'ai vu qu'il y avait 189 biais cognitifs décrits par Kahneman. Ça prend une vie de se connaître.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. Il y a énormément de biais cognitifs, pas tous décrits par Kahneman, mais il y a une série d'auteurs qui se sont amusés à recenser l'intégralité des biais cognitifs qu'ils ont repéré dans la littérature scientifique. Ils ont créé le codex des biais cognitifs. Il y en a qui sont un peu tirés par les cheveux et moins pertinents pour ceux qui nous occupent. Mais il y en a toute une série qui sont très pertinents. Alors, pour ce qui est de la perception, tu demandais comment faire en sorte d'avoir ... La meilleure perception possible, la première chose, c'est de tâcher de rester dans ce qui est factuel plutôt que dans les interprétations. On a vu tout à l'heure que l'interprétation, notre cerveau a tendance à interpréter de manière systématique. Et lorsqu'on veut se faire une bonne représentation d'une situation, on doit repartir de la base, c'est-à-dire qu'on doit repartir des faits. On n'a pas un délinquant, on a un jeune homme avec des cheveux rasés, habillé d'une certaine manière. qui court dans une certaine direction, c'est très important pour éviter de tout de suite tomber dans un biais qui va nous emmener vers une mauvaise compréhension et donc très probablement une mauvaise anticipation.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut donner du coup la vraie histoire qui s'est passée ? Parce qu'au final, ce n'était pas un délinquant. En réalité, c'était le petit-fils du monsieur qui courait vers lui pour essayer de le sauver justement parce qu'il a vu que la voiture allait l'attaquer. Alors que... L'histoire qu'on en a faite était complètement à côté, par jugement, parce qu'au vu du look du jeune homme, on a fait toute une interprétation et on a construit une histoire qui n'était pas la bonne.
- Speaker #1
Tout à fait. Et en plus, notre cerveau est plutôt câblé pour imaginer le pire. Donc, dans ce genre de situation, on va tout de suite s'imaginer qu'il y a quelque chose qui est bien pire qu'éventuellement la réalité.
- Speaker #0
Ok, et donc rechercher les éléments pertinents. Les autres billets, ce sont la perception erronée et la suggestibilité. Et je pense qu'il y a un petit… Oui, l'exemple qu'on avait abordé quand on a fait la connaissance de soi et la suggestibilité, c'est quelque chose qui se rapproche. Tu peux nous en parler, Guillaume ?
- Speaker #1
Bien sûr. L'idée, c'est que notre cerveau va en permanence nous amener à tirer des conclusions par rapport à une situation. Et lorsque nous avons une attente, cette attente va influencer la manière dont nous percevons une situation. Et donc, si nous sommes convaincus qu'un élément est présent dans l'environnement ou un élément est absent dans l'environnement, l'exemple typique, c'est qu'on cherche ses clés de maison ou ses clés de voiture.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et on passe trois ou quatre fois devant la table de la cuisine et on regarde sur la table de la cuisine, on ne les voit pas. Et puis, à un moment donné, on commence un peu à s'énerver, ce qui n'aide pas les choses parce qu'on a un niveau de stress qui monte et donc un système 2 qui commence à être affecté. Et puis, quelqu'un qui est dans le bâtiment avec nous nous dit « mais qu'est-ce qui se passe ? Tu ne devrais pas déjà être parti ? » « Mais si, mais je cherche mes clés de voiture. » Mais regarde, elles sont là, devant toi, sur la table de la cuisine, précisément là où on a regardé trois ou quatre fois. Comme on l'a dit dans notre première rencontre, notre cerveau va créer la représentation qu'il se fait de l'environnement, la représentation visuelle qu'il se fait de l'environnement, non seulement en fonction des photons qui arrivent à nos rétines, mais aussi en fonction de tout un travail de traitement de données, si on peut dire, qui est réalisé par les aires visuelles du cerveau. Et donc, si je suis persuadé que mes clés ne sont pas à un endroit, mon cerveau est capable de recréer une image de cet endroit, sans les clés, et donc je ne les trouve pas. C'est la même chose quand on est confronté à une situation, je pense que j'avais, je ne sais plus si j'avais abordé cet exemple. Je ne pense pas de pilote qui, avant chaque vol, généralement fait le plein de carburant. Et donc, le camion-citerne arrive à l'avion. Le responsable chargé de faire les pleins vient demander au pilote quelle est la quantité de carburant dont vous avez besoin. Les pilotes lui répondent en fonction d'un calcul qu'ils ont fait valider ensemble. Et puis... le pétrolier, comme on l'appelle, ce monsieur redescend de l'avion pour aller faire le plein de l'avion, et quelques minutes après, dizaines, quinzaines de minutes après, les pilotes se rendent compte que le camion, si ternes, est parti. Et donc, pour eux, l'interprétation, c'est les pleins sont faits. Au moment de la checklist, alors qu'en fait, le camion est parti parce qu'il y avait un problème technique sur le camion, et le monsieur était parti en chercher un autre. Lors de la checklist, Lorsqu'ils sont arrivés à l'item lors duquel la quantité de carburant à bord est vérifiée, les pilotes ont cru voir sur la jauge de carburant l'indication correspondant au carburant qu'ils souhaitaient avoir et pas au carburant qu'il y avait effectivement à bord. Le décollage a eu lieu et très rapidement, c'était un vol moyen courrier. Il y avait beaucoup d'aéroports dans les environs, heureusement. Et puis les alarmes de l'avion sont faites de manière à ce que lorsque la quantité de carburant devient faible, on est prévenu suffisamment à l'avance et donc ils ont eu à un moment donné une alarme carburant insuffisant et ils sont allés se poser sur un terrain aux alentours. Un terrain ?
- Speaker #0
Pas un aéroport ?
- Speaker #1
Pardon, on dit un terrain d'aviation, donc un aéroport. Oui, c'est le jargon. Mais donc, on voit que notre cerveau est capable de nous montrer quelque chose qui n'est pas là ou à l'inverse de nous occulter quelque chose qui est présent dans l'environnement.
- Speaker #0
C'est-à-dire que Euh... C'est de l'auto-suggestibilité. Le cerveau nous propose une réponse et on croit que c'est ça.
- Speaker #1
Les clés,
- Speaker #0
au fait, elles étaient là, mais comme on pensait peut-être qu'elles étaient ailleurs, et on était persuadés qu'elles étaient ailleurs, donc du coup, le cerveau nous a enlevé cette information. Ce n'est pas le wish-seeing ?
- Speaker #1
Alors, ça, c'est le phénomène de wish-seeing. On a aussi le phénomène de wish-hearing qu'on avait déjà abordé aussi, c'est-à-dire qu'on est persuadé qu'on va entendre quelque chose. Et notre cerveau, pour autant que le son qu'on entend soit suffisamment proche de notre attente, notre cerveau va le transformer pour que ça corresponde. Ce sont des phénomènes qui peuvent mener à des problématiques de perception dans une situation. Et puis, il y a un autre phénomène qui est aussi fréquent, c'est le fait que notre cerveau n'aime pas. pas l'incertitude. Et donc, lorsqu'il manque un élément, même si cet élément n'est pas disponible, même s'il n'est pas vérifié, notre cerveau va boucher le trou.
- Speaker #0
Il va le compléter.
- Speaker #1
Il va le compléter. Et ça, on parlait tout à l'heure d'un policier qui entendrait des témoins. Il est arrivé, notamment lors d'un accident, le crash d'un avion d'entraînement de l'armée française, que la gendarmerie soit... impliqués dans des interrogatoires et notamment l'interrogatoire d'un témoin qui disait avoir vu toute la scène, avoir vu l'avion se crasher. Et lors de son audition, les gendarmes se sont rendus compte qu'il y avait quelques incohérences par rapport à la manière dont un avion peut se comporter en vol ou pas. Et ils sont allés demander à ce monsieur, indiquez-nous exactement où vous vous trouviez quand vous avez vu l'avion tomber au sol. Et donc, il leur a indiqué l'endroit où il était et ils se sont rendus compte que d'où il était, ce n'était pas possible de voir. la fin de ce vol. Donc l'avion est parti en vrille, il est tombé de manière plutôt verticale, il a impacté le sol, mais d'où ce monsieur, d'où ce témoin était, il ne pouvait pas le voir. Et ce n'était pas de la mauvaise foi. Son cerveau avait reconstruit cette réalité parce qu'il manquait un morceau de l'histoire et comme c'est inconfortable pour le système 1, il avait reconstruit la réalité.
- Speaker #0
Mais c'est un... concept qui est assez connu des policiers et des enquêtes policières pour l'interrogatoire des témoins et qui a été à l'origine d'histoires assez célèbres. Il y a beaucoup de constructions cérébrales aussi quand il s'agit du canal visuel, par exemple, notre cerveau construit des images, il peut les simplifier pour les rendre plus acceptables ou alors il fait en sorte que, tu me diras Guillaume, Pour ce qui est des inférences bayésiennes, par exemple, il fait en sorte de calculer la probabilité la plus haute et de nous la proposer parce que sinon, il y aurait trop de possibilités et donc il en choisit une.
- Speaker #1
En fait, c'est notre... fonctionnement permanent, celui des inférences bayésiennes. Alors je vais expliquer rapidement ce que c'est. C'est une forme de probabilité inverse. C'est-à-dire que, pour prendre un exemple, si je vous tends un sac de billes dans lequel je vous dis, a priori, il y a 75% de billes rouges et 25% de billes blanches dans ce sac, et je vous demande d'en tirer 4. Généralement, vous dites, ok, il est probable que je tire 3 billes rouges et une bille blanche. L'inférence, c'est l'inverse. Je vous tends le sac sans vous dire ce qu'il y a dedans, sans vous donner la proportion de billes rouges et de billes blanches, et je vous demande de tirer 4 billes. Vous tirez 3 billes rouges et une bille blanche, à l'aveugle, et vous en inférez, vous en déduisez le fait qu'il y a probablement dans ce sac une proportion proche de 75%, 25%. En fait, notre cerveau, de nouveau, dans une optique d'efficacité, dans une optique d'économie, procède de cette manière-là en permanence. Chaque fois que nous sommes confrontés à un élément de notre environnement, notre cerveau procède à une évaluation de ce qui est le plus probable, à quoi cela correspond-il le plus probablement. Et de nouveau, dans plus de 99% des cas, ça fonctionne très très bien, ce sera correct. Et de temps en temps, il y a une erreur qui est commise, et c'est cette erreur qui peut à la suite mener à une erreur de décision. et du coup à une issue défavorable.
- Speaker #0
Voilà. Sur le plan kinesthésique, les pilotes sont assez sensibilisés à ces illusions. Il y en a une qui est assez fréquente, celle où on a l'impression de remonter en altitude alors qu'au final, on est en train d'accélérer en descente. Tu peux expliquer ça, Guillaume ?
- Speaker #1
Oui, donc ça c'est une illusion qui concerne plus notre système kinesthésique et notre système vestibulaire, et on appelle ça l'illusion somatographique, c'est-à-dire que notre cerveau a des difficultés à faire la distinction entre une accélération longitudinale et une accélération verticale. Et donc, dans une situation dans laquelle un avion... Imaginons un avion qui est en approche finale, qui est sur le point d'atterrir, la piste est devant lui, et puis au dernier moment, parce que par exemple le contrôle aérien lui en donne l'ordre, parce qu'un véhicule d'inspection n'a pas dégagé la piste aussi rapidement qu'il le pensait, l'ordre est donné à l'avion de faire une remise de gaz. Et le danger lorsqu'on fait une remise de gaz, c'est que... Étant donné qu'on remet les gaz à fond sur les moteurs, on a une forte accélération longitudinale et notre cerveau peut l'interpréter comme une rotation du nez de l'avion vers le haut pour remonter dans les airs. Et donc, il y a eu plusieurs accidents où les pilotes étaient persuadés que l'avion était en montée alors qu'il continuait à descendre vers le sol en accélérant.
- Speaker #0
Et donc, tous les pilotes sont sensibilisés à tous ces biais cognitifs et il y a même un entraînement pour ça, j'imagine. Les simulateurs de vol ?
- Speaker #1
Alors, les simulateurs de vol, en fait, s'appuient sur l'illusion somatographique pour faire croire au pilote, pour faire ressentir au pilote qu'il est réellement dans un avion. Donc, les simulateurs de vol exploitent un peu ce phénomène de manière à influencer la perception des pilotes. Mais effectivement, nous sommes conscientisés à tout ça. Nous avons des formations qui nous expliquent ces phénomènes, à la fois pour ces biais qui sont de l'ordre physiologique, et aussi pour tous les biais cognitifs.
- Speaker #0
Oui, parce que l'objectif de tout ça, c'est de pouvoir avoir une perception factuelle la plus pertinente possible pour ne pas découler sur un jugement qui est erroné et une prise de décision à côté. Alors les autres biais, il y a celui de l'effet halo, et ça me semble important parce qu'au-delà des milieux qui sont sécuritaires, c'est quand même... Ça concerne la vie de tous les jours et ça concerne tous les milieux de travail parce que quand on arrive en entretien d'embauche, par exemple, c'est le premier effet.
- Speaker #1
Oui, l'effet de halo, c'est un effet qui est bien connu généralement. Il est exploité par tout ce qui est marketing, tout ce qui est publicité, y compris lors des élections. la manière dont les affiches qui présentent les candidats sont réalisées. L'effet de halo, il dit que l'image, si on a une image positive de quelqu'un dans un domaine, on va transposer cette image dans d'autres domaines également. Et par exemple, on va se dire, par rapport à quelqu'un qui se présente aux élections, tiens, cette personne présente bien, elle est bien coiffée, elle est bien habillée, elle est souriante. Donc, elle doit être compétente. Alors qu'il n'y a aucun lien entre les deux. Mais de manière spontanée, notre cerveau, notre système 1 a tendance à faire ce lien.
- Speaker #0
Oui, en somme, le petit-fils du vieux monsieur, il n'aurait eu aucune chance en étant habillé comme il était, quoi.
- Speaker #1
Il n'aurait eu aucune chance de se faire embaucher. Il aurait peut-être spontanément été interpellé par la police ou la gendarmerie pour un contrôle. Alors que c'est simplement son style vestimentaire.
- Speaker #0
C'est ça. Alors, passons au piège de compréhension, c'est le niveau secondaire, avant d'arriver dans la conscience de la situation à l'anticipation. Et là aussi, une fois qu'on a essayé de percevoir de façon pertinente, on peut quand même être piégé par notre cerveau, encore là aussi, par certains biais qu'il faut connaître. Il y en a deux principalement dont tu parles, et c'est important de les connaître parce que, pareil, c'est quelque chose qu'on qu'on on qui sortent spontanément. D'ailleurs, le fait d'hiver était assez rigolo. Est-ce qu'on peut parler du biais de confirmation ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. C'est un des biais qui est le plus prégnant dans les situations présentant une certaine complexité, mais pas que, mais généralement dans le domaine professionnel. Le biais de confirmation va nous influencer en faisant correspondre la réalité à nos hypothèses de départ. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on a l'impression qu'on s'est fait une bonne représentation de la situation, qu'on a une bonne conscience de la situation, perception dont on est satisfait et compréhension dont on est convaincu, eh bien, on va interpréter tous les nouveaux éléments qui vont se présenter à nous comme étant une confirmation de la situation, de notre interprétation. Et même si à un moment donné, on a... un élément complémentaire qui se présente et qui est en opposition avec cette compréhension qu'on s'est construite, on va le réfuter. On va trouver un moyen de le minimiser, voire de le transformer pour comme si on s'accrochait à cette compréhension qu'on a. C'est inconscient. Tous ces biais sont inconscients, c'est dans le système 1 et de nouveau, c'est dans un souci d'économie. Ce n'est pas toujours, ce n'est pas efficace en l'occurrence, donc ça va... potentiellement nous amener à une mauvaise compréhension. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que le système 1, c'est un effaceur de doute. Parce que qui dit doute, dit nécessité de se pencher plus en détail sur la situation, donc d'investir de l'énergie et du temps, et notre cerveau n'aime pas faire ça.
- Speaker #0
Alors tu racontes l'histoire du vol et du pilote, du commandant de bord, qui s'est trompé sur l'endroit d'atterrissage. parfaitement persuadé dans la phase de descente qu'il avait identifié tous les repères visuels, mais qu'au final, quand ils se sont posés, heureusement sans gros dégâts, qu'il avait atterri à côté dans un aérodrome voisin.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ça, ça me fait penser à Christophe Colomb. Il a découvert l'Amérique en étant complètement persuadé jusqu'à la fin, même après qu'il était arrivé en Inde. c'est un biais de confirmation, non ?
- Speaker #1
Je ne connais pas bien l'histoire. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu le film. Mais effectivement, on peut imaginer qu'étant tellement persuadé... que le prochain continent sur lequel il allait tomber en naviguant dans ces directions, c'était l'Inde. Au début, le processus cognitif par lequel il a dû passer devait être une sorte de biais de confirmation jusqu'à ce que les éléments lui indiquant qu'il était dans l'erreur étaient trop forts, trop évidents.
- Speaker #0
Trop forts ou quelqu'un l'a réveillé.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors ça, c'est intéressant aussi. Ce que tu dis là, c'est que... il est très difficile de sortir d'un biais par soi-même. Lorsque nous sommes pris par un biais cognitif individuellement, il est très difficile de prendre le recul et de se poser la question « est-ce que je ne suis pas en train de faire fausse route ? » Par contre, on est beaucoup mieux armé une fois qu'on connaît ces différents biais pour voir qu'une autre personne est en train de tomber dedans. Et donc, lorsqu'on travaille en équipe, on s'appuie sur ce phénomène en disant Si à un moment donné, tu as l'impression que je suis en train de me laisser avoir par un biais de confirmation, par un biais d'habitude, par un biais de disponibilité, il y en a beaucoup, beaucoup, eh bien, surtout dis-le-moi.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu veux bien raconter, je ne sais pas si tu te souviens, de l'exemple des techniciens qui étaient dans le contrôle d'un réacteur nucléaire ? Tu te souviens de cet exemple ? ils avaient deux connexions alors que dans le schéma il y en avait qu'un. Et ce qui se passe c'est qu'ils vont quand même procéder à l'interruption pour... Je ne sais pas, ils devaient probablement faire un contrôle et ils devaient procéder à l'interruption d'un seul connecteur. Ils ont fini par biais de confirmation, c'est-à-dire ils sont persuadés que ça ne va pas avoir de conséquences et ils vont... débrancher les deux, ce qui va causer l'arrêt complet du réacteur nucléaire.
- Speaker #1
Oui, donc c'est un incident qui a causé cet arrêt. Il faut savoir qu'un arrêt de réacteur nucléaire, c'est très coûteux financièrement pour le producteur d'électricité. Et là, ce qui est intéressant, c'est de voir que ces techniciens, à un moment donné, ils ont eu un doute. Ils ont été étonnés de voir que sur ce schéma, ce schéma ne correspondait pas à leur compréhension du système. Et plutôt que... d'investiguer, éventuellement d'aller chercher d'autres informations pour avoir une meilleure perception, informations qui étaient disponibles mais qui nécessitaient d'investir un certain effort, ils ont décidé de s'en remettre à ce qui était le plus évident et donc ils ont provoqué cet arrêt d'urgence.
- Speaker #0
Il faut juste dire que ce n'est pas forcément une négligence, c'est-à-dire que c'est une conviction inconsciente que c'est comme ça et qu'il n'y a pas besoin de remettre en question. C'est surtout cette nuance-là qu'il faut expliquer. Ce ne sont pas des gens qui se sont dit « allez, bof, on ne va pas prendre la peine de poser la question à quelqu'un » . C'est simplement qu'ils sont dans une grande persuasion qu'ils ont raison et que c'est comme ça. Ça paraît tellement évident à ce moment-là pour eux.
- Speaker #1
Tout à fait. Et c'est le cas en fait pour tous les biais cognitifs. Il n'y a aucune négligence qui est associée à aucun des biais cognitifs. Ce sont des raccourcis qui sont pris par le cerveau. Ces raccourcis ont eu leur utilité pour... permettre notre survie au fur et à mesure de l'évolution de l'espèce. Et aujourd'hui, nous évoluerons dans un environnement qui est beaucoup plus complexe et dans lequel ces raccourcis continuent à être efficaces dans une grande majorité des cas, mais de temps en temps, vont nous amener à des interprétations erronées de la situation.
- Speaker #0
Et ce qui permet de sortir de ça, c'est de se poser la question, même si on est dans nos certitudes et qu'on a l'impression que tous les feux sont ouverts. Ne pas hésiter à se poser des questions quand il y a des situations qui sortent un peu de ce qu'on... Eh bien tiens, ça fait l'enchaînement idéal pour le biais d'habitude. J'allais dire si c'est des choses qu'on fait habituellement. Et puis, comme tu dis, il ne faut pas nommer un avocat du diable, celui qui va contredire, pas juste pour contredire, mais qui permet de... de poser les questions qui nous réveillent un peu et qui font qu'on peut sortir de notre torpeur et de notre mode automatique. Alors parlons du billet d'habitude. Celui-là, on l'a vraiment très régulièrement. Il nous protège, il nous rassure, il permet de faire les choses de façon répétitive. Et c'est ce qui nous rend un peu experts, on va dire, quand on sait faire les choses de façon automatique. mais le problème c'est que Oui,
- Speaker #1
le biais d'habitude, c'est le fait de se dire « c'est comme la dernière fois » ou « c'est comme toutes les fois » . Et donc, on ne va pas pousser l'analyse de la situation, la réflexion plus loin. de nouveau dans un souci d'économie, et ça peut nous amener à commettre des erreurs. Il y a cet exemple très significatif qui s'est passé dans l'usine de Bhopal en Inde, où à un moment donné, une indication sur un cadran dans la salle de contrôle indiquait une pression anormale dans une cuve chimique, et l'opérateur qui était devant ce... Cet indicateur s'est dit, ça y est, c'est encore l'indicateur qui débloque, parce que ça s'était déjà passé par le passé. Or là, en l'occurrence, ce jour-là, il y avait de l'eau qui était rentrée par erreur dans cette cuve qui contenait encore un produit chimique. Ça avait provoqué une réaction. Et l'issue, c'est que la pression dans la cuve a augmenté de manière telle qu'il y a eu d'énormes nuages de vapeur toxique qui se sont échappés. et... de nombreux milliers de personnes qui sont décédées ou qui ont été définitivement handicapées dans la région autour de Bhopal. Et c'est simplement le fait que cet opérateur, confronté souvent à cet indicateur qui donnait de fausses indications, n'a pas poussé la réflexion plus loin et par facilité s'est dit « ça y est, c'est de nouveau la même chose, ça débloque, c'est pas grave » .
- Speaker #0
Donc se familiariser avec les billets. C'est ce qui nous donne la chance de les déjouer. Mais tout ça, ça permet d'avoir une conscience de situation qui est plus factuelle, plus pertinente. Maintenant, on a parlé au départ des interprétations qui étaient hétérogènes en fonction des personnes. Il faut... Il faut que cette conscience de la situation s'harmonise pour tout le monde quand on veut travailler en équipe, quand on veut partager une situation et aller dans le sens d'une décision commune.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et ça, c'est ce qu'on appelle la conscience de la situation partagée. Juste avant de développer ça, tu disais qu'une manière de déjouer ses biais cognitifs, c'est de se familiariser avec. Rappelons-nous quand même qu'on est très, comme je l'ai dit, on est très mauvais pour identifier soi-même un biais dans lequel on a tendance à tomber. Par contre, on peut développer une pratique de se poser certaines questions. Et donc, quand on est dans une situation, par évidente, pour laquelle on s'est fait une représentation facilement, ou alors qui ressemble à une situation précédente, posons-nous des questions simples. Ayons ce qu'on appelle une attitude interrogative, c'est-à-dire poser la question, tiens, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? Qu'est-ce que les éléments qui sont en opposition avec mon interprétation me disent ? On peut se poser des questions qui vont nous permettre de se donner une chance, de sortir de ce biais. Alors, concernant la conscience de la situation partagée, ce qui est important, c'est que chacun, chaque personne va se faire une conscience de la situation, une représentation de la situation selon le principe qui a été décrit, à savoir les trois étapes de perception, compréhension. et anticipation. Mais peut-être qu'on a des compréhensions différentes, des anticipations différentes au sein d'une équipe. Et donc, il est fondamental de partager ces informations, de partager ces compréhensions, de manière à se mettre d'accord sur, OK, notre conscience de la situation, elle est celle-là, on la partage en équipe, et ça va nous permettre ensemble de travailler à la construction d'une décision commune. Et donc, la manière de faire ça... Lorsqu'on se rend compte qu'on a une interprétation différente de la situation, c'est de repartir de la base, c'est-à-dire de repartir des faits, et de voir ensemble sur quels faits te bases-tu pour avoir telle compréhension et telle anticipation. Et on va se rendre compte qu'on ne se base pas nécessairement sur les mêmes faits, ensuite qu'on n'a pas nécessairement les mêmes connaissances et les mêmes expériences, le même vécu qui vont mener à la compréhension à partir des faits, Et à partir de là, l'anticipation généralement... va être commune. Il est très important, lorsqu'on a la chance de travailler en équipe, de partager les informations de manière à se donner la meilleure chance possible d'y apporter la bonne solution.
- Speaker #0
Partager les informations qui paraissent pertinentes. Il y a vraiment une idée de toujours mettre à profit ses propres éléments pour l'équipe et pour le groupe et faire vérifier qu'on a bien compris la même chose. et de valider auprès des autres que c'est bien de ça qu'on parle et qu'on a compris la même chose. Et tu parles de s'arrêter. Ça, on ne prend pas assez le temps de prendre quelques minutes pour vérifier que tout le monde est OK et qu'on a compris la même chose et qu'on essaye de construire ensemble la même décision.
- Speaker #1
On en a parlé lorsqu'on a abordé déjà le signal faible plutôt dans nos échanges, lorsqu'on a abordé le briefing. Il est important de prendre des moments, soit lorsqu'on pense que c'est nécessaire à n'importe quel moment parce que quelqu'un doute l'expérience, et donc on le prend en compte et on essaie de comprendre et de vérifier, soit parce que, de manière systématique, on prend un moment ensemble pour partager les informations, de manière systématique, par exemple lors d'un briefing. Lorsque les pilotes dans un cockpit réalisent un briefing avant décollage, avant l'approche ou à un autre moment, la première étape de ce briefing va consister à... évaluer ensemble les menaces qui sont présentes dans la situation. Et donc, c'est un échange qui fait suite à une réflexion préalable. Et parfois, il y a un pilote qui évalue une telle menace, alors que l'autre va en proposer une autre. Donc, c'est une construction commune d'une conscience de la situation partagée.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me parler des signaux faibles ? C'est quelque chose qui m'a été assez difficile à comprendre à toutes les étapes. Je comprends juste que c'est la petite voix qui, à un moment donné, nous dit que quelque chose ne tourne pas comme il faut. Une petite perception, une petite voix. Et après, qu'est-ce qu'on en fait ?
- Speaker #1
Les signaux faibles, c'est un élément qui est extrêmement important. Ça correspond à ce qu'on a tous déjà vécu un jour. C'est ce sentiment indéterminé qu'il y a un truc qui ne va pas. on ne parvient pas à mettre ça parfois en mots parce qu'on ne sait pas ce qui provoque ce sentiment, mais on a le sentiment qu'il y a un truc qui ne va pas.
- Speaker #0
Ça vient d'où ?
- Speaker #1
Parfois, c'est une petite voix, comme tu le disais. C'est le fait de se dire, tiens, mais c'est bizarre. Et ce qui est fondamental, avant de te dire d'où ça vient, ce qui est fondamental, c'est de ne pas rester avec ça parce que si on ne le partage pas, rapidement... Je vais expliquer le phénomène dans un instant, mais rapidement, on risque de se priver d'une information cruciale. Alors, le thérapeute français Jacques Fradin, qu'on a déjà évoqué, propose une explication de ce phénomène de signal faible. Rappelez-vous qu'une des fonctions du système 2, c'est en permanence de surveiller le système 1. Et lui propose que le signal faible soit un signal qui est envoyé par le système 2 au système 1. Pour lui signifier, en fait, ce n'est pas vraiment au système 1, mais le système 2 veut nous prévenir que le système 1 a commis une erreur. Et comme il n'a pas de ligne directe, on va dire, pour nous prévenir, ce qu'il semble, d'après la théorie de Fradin, ce qu'il semble avoir trouvé comme subterfuge, c'est de passer par le mode reptilien, par les signaux de stress. Et c'est généralement pour ça que, quand on est dans ce genre de situation, c'est une boule au ventre, c'est une tension, c'est... je ressens un inconfort par rapport à la situation, mais je ne sais pas ce qui provoque cet inconfort. Et il y a un chercheur qui s'appelle Igor Hansov qui a travaillé beaucoup sur les filtres cognitifs qui sont liés aux signaux faibles. Et lui dit qu'il y a trois filtres que ce signal faible doit traverser avant de devenir une information concrète qui va permettre... une prise de décision et une action. Donc, on a d'abord le filtre de surveillance. Donc ça, ça revient un peu au filtre de l'attention, c'est-à-dire qu'un élément auquel je ne suis pas du tout attentif, ni consciemment ni inconsciemment, ne va pas pouvoir provoquer un signal faible. Ensuite, il y a le filtre de pertinence. Le filtre de pertinence, c'est le fait de se poser la question est-ce que cette donnée est utile ou pas ? Et si je prends cette décision tout seul, Le risque, c'est que dans certaines situations, je me trompe parce que pour moi, ce n'est pas une donnée pertinente, mais pour un collègue qui a éventuellement un autre rôle, un autre métier ou un autre vécu, une autre expérience, ce sera peut-être une information extrêmement pertinente. Et enfin, et c'est souvent le plus important dans les situations professionnelles au sein des équipes, c'est le filtre d'influence. C'est-à-dire que c'est le filtre qui... consiste à oser dire et plutôt que de regarder autour de soi, de voir que personne n'a l'air inquiet dans la situation. et de se dire à ce moment-là, je ne vais rien dire parce que sinon je risque de passer pour un imbécile, c'est de prendre la parole et de se faire confiance et de dire, j'ai l'impression qu'il y a un truc qui ne va pas, mais je ne sais pas ce que c'est. Alors, quand on est dans une équipe qui n'a pas été formée à cette notion de signal faible, ça peut paraître très difficile à faire. Mais lorsque toute l'équipe a été formée à cette notion, et lorsque tout le monde a bien compris que dans ce genre de situation, la seule manière de ne pas passer à côté d'un événement, potentiellement très important, c'est d'oser dire, c'est de formuler son inconfort et puis, ensemble en équipe, rapidement de scanner l'environnement pendant 30 secondes pour vérifier que tous les paramètres principaux sont dans le vert, eh bien, tant qu'on n'a pas eu cette formation, c'est très difficile de s'exprimer.
- Speaker #0
concrètement, ce que je ne perçois pas, c'est si jamais... C'est que si on a des inquiétudes, parce que moi, là, ce que je comprends, c'est que on a une inquiétude où on se dit quelque chose ne va pas. Et du coup, au lieu d'en rester là, c'est d'essayer d'abord en soi à vérifier de quoi il s'agit pour vérifier sa propre perception, et ensuite de la partager avec le groupe pour dire quelque chose n'est pas... si cohérente pour moi, est-ce qu'on peut en parler et est-ce que vous pouvez vérifier avec moi si c'est ok ou si c'est pas ok c'est ça que je comprends alors en fait c'est l'inverse,
- Speaker #1
c'est-à-dire que je ne vais pas essayer de faire une analyse moi-même parce que si j'essaie de faire une analyse et que je me laisse influencer par mes biais, notamment le fait que mes collègues n'ont pas l'air de réagir éventuellement ils ont plus d'expérience et puis en plus la personne qui est à côté de moi c'est ce professeur éminent et si je connais son tempérament éventuellement si je l'interromps je vais me faire incendier cette analyse risque de m'empêcher de m'exprimer donc l'idée c'est qu'on ne fait aucune analyse on a cet inconfort, on l'exprime j'ai un inconfort, il y a quelque chose qui ne va pas dans la situation, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui ne va pas mais je n'ai pas pu déterminer ce que c'était et ensemble en équipe on va essayer d'analyser la situation rapidement vérifier les paramètres principaux de manière à pouvoir valider ou invalider signal faible. Ce que j'ai reçu comme témoignage au sein de Bloc Opératoire, au sein de six structures hospitalières qui ont été formées notamment au checklist, au leadership et au signal faible, c'est que depuis que tout le monde ose s'exprimer quand il y a ce genre d'inconfort, dans environ 85% des situations, entre 85 et 90% des situations, l'équipe... détecte un élément qui aurait pu dégénérer par la suite. Donc un élément qui n'est pas normal. Et un élément, je peux te donner un exemple concret, c'est une infirmière en salle d'op qui à un moment donné s'exprime. Attendez, stop, il y a un truc qui ne va pas, mais je ne sais pas ce que c'est. L'équipe regarde autour d'elle et se rend compte que dans le self-savor, il y a une quantité de sang qui est complètement incohérente par rapport à... la représentation qu'a l'équipe de la situation et en fait, il n'avait pas détecté une hémorragie interne. Elle n'avait pas vu cette quantité de sang. Mais son système 1 inconsciemment avait perçu cette information et essayait de lui dire au travers de signales faibles.
- Speaker #0
Ça, j'entends bien quand c'est pertinent et quand ça aboutit à quelque chose de concret. Mais je pense à toutes les fois où on peut avoir affaire à des personnes qui sont inquiètes et qui vont ... se poser des questions à toutes les étapes et qui vont devoir à chaque fois, à chaque fois qu'elles entendent la petite voix d'inquiétude, elles vont le verbaliser devant tout le monde et qui va interrompre régulièrement, plus régulièrement le process. Donc comment on fait ? Tout le monde peut interrompre et dire il y a quelque chose qui ne va pas, je m'inquiète.
- Speaker #1
Le principe, c'est que tout le monde puisse le dire. Parce que si tout le monde ne se sent pas libre de partager ce genre d'inconfort, très rapidement, des informations vont être perdues et des conséquences potentiellement dramatiques vont s'en suivre. Bien sûr, si on est confronté à un collègue dont on se rend compte qu'il est particulièrement facilement inquiet, on va dire, on peut éventuellement recourir au debriefing par la suite pour essayer de faire en sorte que... le niveau d'information, la quantité d'information qui soit partagée, soit plus propice à la réussite. Mais ce qu'on remarque, c'est que dès... C'est comme pour tout. Une mauvaise impression, on peut la faire très rapidement, c'est difficile de s'en défaire. Une bonne impression, c'est plus difficile. Et donc, si on a un collègue qui, en plus, est subordonné, dirons-nous, qui va à un moment donné exprimer un doute, et que ce doute est balayé du revers de la main par son responsable, est-ce que tu penses qu'il va s'exprimer la fois suivante ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Donc l'idée, c'est, dans un premier temps, accueillir... toutes ses questions, tous ses doutes, ses remarques, etc. Et à un moment donné, éventuellement, lors du débriefing, repasser ça avec lui et voir peut-être que, OK, il faut que tu t'exprimes, mais il y a un équilibre à trouver.
- Speaker #0
Donc, je comprends que de toute façon, il y a un bénéfice qui est largement supérieur à collecter toutes les petites voix de tout le monde, de laisser la possibilité de s'exprimer pour... tous les membres de l'équipe, quel que soit leur grade. Et quitte à réguler ça quand il y a des excès chez certaines personnes, parce que de toute façon, le bénéfice, il dépasse l'interruption. Voilà, c'est un peu ça.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Mes chers amis, dans le prochain chapitre, il sera question de passer à l'action et de prendre des... décision. Comment procéder ? C'est très simple. Suivez le podcast, vous serez notifié de la publication du prochain épisode. Si vous passez un moment privilégié dans Enquête d'accord, sachez que c'est tout le sens de ma démarche. Encouragez Enquête d'accord par vos likes, vos partages et en nous suivant sur toutes les plateformes d'écoute et YouTube. Vous pouvez également vous abonner gratuitement à la newsletter. Je vous remercie infiniment pour votre soutien et je vous dis à très bientôt.