- Speaker #1
Vous écoutez En Substance, un podcast d'Addiction France. Entrez, entrez, oui. Bonjour, vous êtes en relation avec le répondeur téléphonique du centre CAP14, antenne du XAPA de l'association Addiction France.
- SYLVAIN
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans En Substance, saison 2, l'addiction à plusieurs voies. Pour ce dernier épisode, on se pose une question qui revient souvent, et après. Non pas comme une ligne d'arrivée, mais comme un mouvement, un rétablissement vivant, qui avance, qui hésite, qui se reprend. Un après où l'on réapprend à exercer son pouvoir d'agir, et où l'on cherche surtout une chose, un nouvel équilibre. On va peut-être faire un petit tour de micro. Zoup,
- CHANTALE
Il va se dire qu'est-ce que c'est que ce phénomène ?
- SYLVAIN
J'en ai vu d'autres. Oui, il en a vu d'autres.
- CHANTALE
Oui.
- SYLVAIN
Aujourd'hui, on va explorer ces nouveaux territoires. Le vide qui apparaît quand le produit n'occupe plus toute la place, la nostalgie qui surprend, mais aussi la possibilité de retrouver de la joie, de la curiosité, du lien et une fierté simple, celle de reprendre la main. Avec nos trois invités, on va regarder comment on remplit autrement, comment on transforme et comment on construit une vie qui tient debout. C'est parti ! On va déjà commencer par se présenter. Je vais commencer par ma gauche et par la doyenne de cette table.
- CHANTALE
Oui, bonjour, je m'appelle Chantal et j'ai 76 ans. J'ai arrêté mon addiction il y a 20 ans. Et j'ai commencé à me sonner il y a 40 ans et donc, voilà, je me sens revivre.
- ANTOINE
Bonjour, c'est Antoine. J'ai 40 ans. Du coup, j'ai arrêté en rencontrant un docteur du centre. Il y a un peu plus d'un an maintenant et tout va bien.
- SYLVAIN
Ravi que tu sois là. Notamment, on s'était vu à la réunion et tu avais donné des avis un peu sur les questions.
- PIERRE
Oui, je voulais que ce soit positif.
- SYLVAIN
Et ça nous avait pas mal aidé, donc merci à toi. Et enfin, à ma droite.
- PIERRE
Salut, je m'appelle Pierre, j'ai 38 ans. Et je suis en phase d'arrêt du cannabis et de ralentissement de l'alcool depuis pas mal de temps. C'est en partie grâce à des professionnels que j'ai rencontrés ici aussi.
- SYLVAIN
Quand vous pensez à l'après, qu'est-ce qui est venu en premier ? Un soulagement, un vertige, une peur, un vide ou peut-être un mélange de tout ça ?
- CHANTALE
Ce qui est venu pour moi, c'est la peur de me mettre en face de mes responsabilités, de voir comme quoi j'avais fermé les yeux. Et donc, là je savais que j'allais avoir les retours de bâton. C'est vrai que ça m'angoissait, mais d'un autre côté, quand j'ai pu faire face, la libération. Voilà, peur et soulagement.
- PIERRE
Moi, je dirais qu'il y a de la peur aussi. Je ne sais pas si c'est ce que Chantal voulait dire par là, mais il y a encore maintenant, par moments, une peur de se dire quand je vais être arrivé à un moment où ça fait plus d'un an que je n'ai rien pris du tout. C'est constater les dégâts qui font un peu peur. Les dégâts réels ou supposés, mais se dire est-ce que je me suis saccagé à un point où je ne serais jamais la personne que j'aurais pu être si je n'avais pas fait ça ? Et à quel point c'est important ? Est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose ? Puisque c'est quelque chose dont on ne pourra pas avoir de certitude, on ne pourra pas le quantifier en tout cas. Mais l'après que je vis constamment quand j'arrive à arrêter pendant plusieurs mois, le cannabis en particulier, c'est l'espèce de clarté d'esprit, en tout cas la forme de clarté d'esprit, c'est celle qui devient très rapidement un pilier pour continuer à tenir parce qu'on se dit, ah oui, non, mais c'est quand même très agréable de... pas constamment tout oublier, de ne pas constamment être dans un nuage dans l'extérieur duquel on n'arrive pas trop à distinguer ce qui se passe.
- ANTOINE
Je pense que si on parle de l'après pour moi, en tout cas au moment où la question s'est posée, c'était plus une nécessité, parce que j'avais le sentiment de ne plus aller bien du tout, physiquement et intellectuellement, de me limiter. Après, je ne pense pas que j'ai eu vraiment de vision en me disant, tiens, comment ça va être. La démarche est plus venue d'un besoin de récupérer de la clarté, c'est ce que tout le monde dit un petit peu. C'est ce besoin en tout cas d'être lucide, d'être présent et de se rendre compte qu'en fait toute la construction pendant des années, elle a quand même été liée à ça, à ses consommations en tout cas. Donc pas vraiment de projection sur qu'est-ce que ça allait être après ou d'une peur ou d'un vide, plutôt un chemin exploré.
- SYLVAIN
Et qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans ce silence laissé par le produit, dans l'après du coup ? Et du coup, qu'est-ce qui est éventuellement, petit à petit, venu remplacer cet espace ?
- ANTOINE
Les capacités cognitives, honnêtement, déjà directes, très rapidement, je pense que vraiment... à usage répétitif et pourtant c'est vrai que je suis entrepreneur, je gère des équipes ça m'a jamais empêché de travailler, ça m'a jamais empêché d'être cool à la maison, très peu héritable mais on se rend compte que ça va jouer sur la mémoire, ça va jouer sur énormément de choses qui avec le temps empêchent alors qu'à la base c'est quelque chose qui est censé faciliter, ce côté un peu facilitateur social je dirais mais finalement avec le temps ça devient un frein Pour résumer ça, effectivement, il y a une personne d'ici que j'ai rencontrée au début qui m'a donné, je trouve, une belle image, qui m'a parlé d'apnée en fait. Et je ne comprenais pas parce que je demandais vraiment comment les gens font pour ne pas s'en sortir à la fin, comment ils n'arrivent pas. Il me dit que c'est comme quelqu'un qui descend très très très bas dans les profondeurs, dans l'eau. Il a besoin de paliers pour remonter. Parfois, les derniers paniers sont inatteignables.
- CHANTALE
C'est vrai que mon... Je voyais bien que je perdais la tête, les idées n'étaient pas claires, ma santé en avait pris un sacré coup, j'en avais conscience. Je savais qu'il fallait que je m'arrête, c'était clair et net. Bon, je me suis accrochée, mais c'est vrai qu'il y avait ce peur de « qu'est-ce que ça va donner ? » Et finalement, j'ai pu faire face parce que j'étais aidée, parce que sinon, je n'y serais jamais parvenue. Ça n'a pas été facile. Et puis après, on compte. Ah bah tiens, ça fait un an. Ah bah tiens, ça fait un an et demi. Puis après, on ne compte plus, quoi, en fait. Puis d'un seul coup, on se dit, oh, ça fait trois ans, quatre ans. Et on se sent mieux. Regarde le chemin parcouru, en fait. Est-ce qu'on a réussi à mettre en place ? C'est-à-dire des activités, sortir plus souvent, aller au théâtre, enfin bon, bref, tout ce que je ne faisais plus auparavant. Voilà, c'est une libération.
- PIERRE
Je sais que ce qui m'a marqué pas mal, comme pas mal d'utilisateurs du cannabis tel qu'il existe aujourd'hui, c'est une drogue qui personnellement, moi j'arrive pas à la maîtriser du tout, donc je fumais soit pas du tout, soit 10 joints par jour, et impossible de m'empêcher d'en fumer un avec le café et tout ça. Et je dessine beaucoup, énormément, et un des trucs qui m'a le plus marqué les premières fois que j'ai réussi à arrêter plusieurs semaines et tout, c'est que la créativité elle s'en va pas, et donc le mensonge de... C'est le produit qui ouvre les portes de ton cerveau et qui les fait fonctionner. Ou alors encore pire, le produit qui te donne des idées. Même quand on sait que ce n'est pas vrai, au moment où le corps te le prouve, ça devient pareil, ça devient un pilier. Et j'avoue que là, même quand je n'ai pas de boulot et que je suis en train de dessiner à la maison pour le plaisir ou pour des trucs pas rémunérés, mais le fait que ça vienne et que ce soit agréable et que je ne m'ennuie pas et que je puisse le faire des heures de suite alors que je ne fume pas, c'est... ça m'encourage à continuer en général.
- SYLVAIN
C'est vrai que c'est un mythe hyper tenace. La créativité et les drogues.
- PIERRE
Ou la sociabilité.
- SYLVAIN
Mais dans la musique, dans le graphe, la peinture. Et toi, est-ce que ça a joué dans le fait de... Quand tu as commencé à peindre, est-ce que c'était lié aussi avec le cannabis, la conso ?
- PIERRE
Bah, ma pratique du graffiti vandal quand j'étais adolescent, on était ivres constamment, c'est pour ça qu'on se faisait arrêter et tout ça, mais c'est aussi pour ça qu'on tentait des trucs complètement débiles et qu'on a failli mourir un paquet de fois, et ça nous fait beaucoup rire aujourd'hui parce que, Dieu merci, on est encore en vie avec la majorité. majorité de mes potes, mais sinon, non, d'autres drogues ont eu un effet sur ma créativité, mais j'ai jamais eu de problème d'addiction avec d'autres drogues que l'alcool et le cannabis. C'est juste les longues journées à être tout seul à la maison, moi je suis quelqu'un d'assez sociable d'habitude, même d'extrêmement sociable, quand je vais bien j'ai besoin de voir du monde, de faire marrer les gens, de faire l'idiot, et le cannabis, soit j'en fume énormément, donc en fait ça me fait plus rien et je suis juste un peu avachide mentalement. Soit j'essaye de fumer qu'un peu, auquel cas ça me rend complètement associable parce que je suis tellement sous l'effet du produit que j'ai envie de voir personne et je préfère être chez moi, passer des journées entières à dessiner. Mais dans ces conditions-là, c'est mal ça. Aujourd'hui, je vois des gens et parfois je vois des gens et je dessine et parfois je suis tout seul à la maison et je dessine mais j'ai conscience que ça me donne plus confiance en moi parce que... Parce que je me rends compte que j'ai pas besoin d'être sous l'influence ni de l'alcool ni du cannabis pour sortir graffer dans la rue ou dessiner sur feuille.
- ANTOINE
Tu nous entends Chantal ?
- CHANTALE
Pas tout, c'est ça le problème.
- ANTOINE
Faut parler un peu plus fort pour faire le point. On va parler un peu plus fort.
- PIERRE
On disait que c'était quand même beaucoup mieux de créer sans nécessairement être sous l'influence de l'alcool ou du cannabis. C'est très libérateur de se rendre compte qu'on peut le faire dans notre état normal.
- CHANTALE
Tout à fait.
- PIERRE
Et on se fait moins arrêter aussi.
- CHANTALE
Aussi.
- ANTOINE
Projeter la presse, c'est quand même d'abord... Entamer en tout cas cette démarche d'accepter de se faire aider et c'est franchement un pas qui n'est pas évident. Moi je pense qu'on me remet deux ans en arrière, c'est exactement ce que je n'aurais pas fait. Et si on me l'avait dit, j'aurais dit non, c'est quoi ces histoires-là, jamais je le ferais. Donc l'après c'est déjà entamer une démarche et puis avoir la chance de tomber aussi sur les bonnes équipes pour pouvoir avancer. Parce que c'est un chemin l'après. C'est une trajectoire.
- PIERRE
Est-ce que je peux te poser une question ? Tu as dit que tu essayes de ne plus être alcoolique. Je sais que toute ma vie, je serais accro au védo. C'est un truc avec lequel je ne pourrais pas avoir une relation saine. Est-ce que vous voyez ça de la même manière par rapport à vos habitudes ?
- CHANTALE
Pour moi, c'est terminé. Quand je dis que c'est terminé, c'est fini, fini. Parce que je sais que si j'en bois une goutte, hop, la machine se remet en marche. Un grand écart, au bout de deux ans, j'ai voulu jouer au cacou et résultat, bim ! Et puis alors, ah oui, oui, oui, donc là, je sais que ce ne sera pas une goutte.
- SYLVAIN
Oui, mais du coup, tu restes addict toute ta vie.
- CHANTALE
Ah, complètement.
- SYLVAIN
C'était ma question. Complètement,
- CHANTALE
comme une cigarette, j'avais deux addictions à la cigarette avec, c'est fini la cigarette. Je sais que si je refume une, je replonge, ce n'est pas la peine. Je peux très bien aller faire un dîner avec des amis et tout. Il y a de l'alcool, moi je n'y touche pas. Ils le savent. Maintenant, il y a des gens à qui je ne le dis pas. Voilà. Pour quelle raison ? Je refuse. Pourquoi ? Tout le monde n'est pas ouvert.
- ANTOINE
Sur le fait de ne pas consommer ?
- CHANTALE
Oui, oui. Oui, oui. Ça m'est arrivé. Et puis c'est bye bye, quoi. On ne se revoit pas. Mais c'est bizarre parce que le cercle se réduit vraiment quand c'est comme ça. Et là on dit, on compte les vrais amis sur les doigts de la main.
- ANTOINE
Si je comprends, je pense que je peux agir. Donc aujourd'hui en fait j'ai fait un stop de 14 mois, vraiment où j'ai bu une fois mon anif parce que j'ai eu 40 ans, je m'étais dit que c'était cool, voilà. Et maintenant ça peut m'arriver de temps en temps. Mais voilà, j'essaie de surtout pas être dans le déni, d'être honnête par rapport à ce qui se passe. J'ai pas la solution parce que ça fait que du coup trois mois que je suis un peu plus open. Mais j'ai l'impression en tout cas que j'arrive à gérer et qu'en tout cas ça n'a pas du tout l'impact négatif qu'a pu avoir ma consommation. Donc c'est pour ça que j'ai plutôt parlé d'arrêt d'alcoolisme que d'arrêt complet. mais... C'est vrai que c'est personnel parce que... Voilà, et peut-être que dans un an, si on refait un podcast, je dirais que j'ai arrêté complètement parce que j'y arrivais pas. Mais aujourd'hui, j'arrive à le maîtriser sur trois mois, en tout cas.
- SYLVAIN
C'est une forme d'après, quoi.
- ANTOINE
Pour moi, ouais.
- SYLVAIN
C'est un changement radical de consommation.
- ANTOINE
Il fallait passer par ce sevrage de toute façon. Voilà, j'ai fait comme Chantal. La chance que j'ai, c'est que mes amis ont plutôt été aidants. Malgré le fait que je sois bistrotier. Et voilà, tous mes amis ont été hyper simples. En fait, ça n'a jamais été un sujet. Au contraire, tout le monde a trouvé ça cool. Familialement, pareil. Mais voilà. Chantal, tu voulais dire ? Oui,
- CHANTALE
mais nous ne sommes plus à la même époque. Si on revient 20 ans en arrière...
- ANTOINE
Ah oui, c'est sûr. Même 3-4 ans en arrière, je pense, Chantal. Même 2 ans. Les mentalités changent, là.
- CHANTALE
C'était ça. C'était montrer du doigt. J'ai déjà entendu, tiens, voilà la tâche. J'ai entendu des trucs, c'était pas possible. Bon, maintenant, on n'entend plus ça. On sait qu'il y a un problème. Quand je vois des jeunes venir, je me dis, chouette, ils ont compris comme quoi il y avait un problème. Ils viennent tout de suite.
- SYLVAIN
C'est qu'on avait quelques jeunes dans la vingtaine qui venaient assez tôt.
- CHANTALE
Et je me dis, tiens, ils ont compris, ils ont un problème, ils viennent, tant mieux. Ils n'attendent pas. C'est malheureux de dire qu'il y a des jeunes qui viennent, mais d'un autre côté, il vaut mieux qu'ils viennent se faire soigner que de garder ça pour eux.
- SYLVAIN
Et que les dégâts soient trop importants dans la vie. corps aussi.
- CHANTALE
Tout à fait.
- SYLVAIN
Et est-ce que parfois il y a la notion de nostalgie qui peut revenir de la consommation ? Ou quand l'envie surgit, qu'est-ce qui vous aide à passer de ce moment de ça me manque à je choisis autre chose, je ne succombe pas à l'envie ?
- PIERRE
Moi, avec le cannabis, c'est beaucoup avec les spots à bédo, l'endroit où on fume. Tu viens d'arriver sur le toit d'un immeuble abandonné avec une vue de malade sur une ville où t'es jamais allé de ta vie. Normalement, tu t'assoies et t'allumes un joint avec ton pote et tu discutes. Tu viens de finir une randonnée avec un pote et tu t'assoies et tu vas camper et tout ça. Et tu vois une marmotte ou je sais pas quoi, tu te dis « mec, je veux » . C'est le droit que tu as sacralisé ou ritualisé. Ou en fait, comme c'est une addiction, c'est ton cerveau qui a fini par te dire toutes les pauses de plus de trois minutes, il faut que tu en fasses un. Mais les moments un peu uniques là-dedans, ça, c'est des moments un peu difficiles. Mais ce qui est cool, c'est qu'en général, quand il y a...
- ANTOINE
t'as pas de quoi t'en procurer quand tu demandais à la marmotte si elle est vraiment là tu peux trouver des réseaux alternatifs si elle est vraiment là il n'y a pas que du béton dans
- PIERRE
ces moments là c'est En fait, le regret, c'est plutôt la période où j'avais le contrôle dessus. Parce que quand j'ai commencé, jusqu'à ce que je commence à fumer tout seul, il y a eu des années et des années où j'en avais chez moi et je ne le fumais pas. Je ne fumais pas tout seul. J'avais vraiment le contrôle dessus. Et comme j'ai essayé plein de produits dans ma vie et qu'à chaque fois, ça ne m'a pas été problématique pour moi, j'ai mis énormément de temps à comprendre, puis à recomprendre, puis à recomprendre qu'avec ce produit-là, ça ne marchait pas du tout. Donc ouais, le regret il vient de l'époque où j'avais le contrôle, mais à chaque fois je pense que c'est assez commun personnellement pour m'en éloigner, je me dis là j'ai des relations saines et mon cerveau il va relativement vite et j'arrive à réfléchir, avoir des discussions intéressantes ou à faire marrer les gens assez facilement quand j'ai envie, quand je vais bien, alors que quand je suis sous l'emprise du produit, il n'y a que ça et je suis chiant comme la pluie.
- SYLVAIN
Et t'as commencé jeune ?
- PIERRE
Ouais, 13-14. C'était pas la même chose qu'aujourd'hui déjà, ce qu'on fumait, mais aujourd'hui c'est bien pire.
- ANTOINE
Moi je dirais pas de nostalgie, mais peut-être la sensation d'apaisement que ça pouvait me procurer à certains moments. Une forme de spontanéité peut-être, qui est liée à ces consommations. Parce que je suis persuadé quand même que c'est des consommations qui sont peut-être un petit peu comme un médicament d'une certaine manière. Si je refais un petit peu l'histoire, ça m'a beaucoup aidé. Je pense que j'étais très timide. Et que oui, socialement, ça m'a permis de faire des choses. Voilà, avec les nanas, j'aime bien les nanas. Donc j'ai fréquenté quelques nanas, c'était plus facile forcément de boire un petit coup avant d'aller au premier rendez-vous, d'aborder une nana dans la rue parce qu'on avait bu un petit coup. Et puis l'apaisement, parce que même si à la fin il devient illusoire, et que c'est la raison de ma démarche actuelle et ma démarche globale, C'est vrai que ce côté lâcher prise, je pense que ça dépend aussi des personnalités, mais quand on est beaucoup dans le contrôle, il y a ce côté apaisement, mais qui devient de moins en moins présent avec les années, et plus une contrainte de fatigue, d'irritabilité. Donc en fait, on cherche au maximum cette sensation d'apaisement avec une consommation qui devient grande. Et finalement, tout se construit autour de ça. Parce que c'est un sas de décompression, entre guillemets. En tout cas, c'est l'image qu'on s'en fait. Et du coup, dès le matin, on se dit, tiens, c'est à quelle heure l'apéro ? Et c'est là où vient le problème. Donc pas de nostalgie, mais peut-être des émotions, des sensations que ça m'a procuré pendant un certain temps, que j'ai moins, ou que j'ai plus de mal à trouver aujourd'hui.
- CHANTALE
Émotions, sensations ? Non, j'ai tout rejeté en fait, j'ai mis la barrière là maintenant. Donc j'ai dit stop, c'est fini, puis maintenant j'ai dit hop, voilà. Alors c'est peut-être encore me cacher la face quelque part, mais non, il n'y a pas d'émotion. S'il peut être une émotion lorsque je vois dans un film, quelqu'un avec un verre à la main qui abuse, qui abuse, je me dis mon Dieu, il ne se rend pas compte quoi. Pourquoi font-ils des films comme ça quoi ? Ah mais je vous parle des films des années 50, des choses comme ça.
- ANTOINE
Quand tu consommais à l'époque, il y a quelque chose qui te manque de cette période-là ? Non. Donc tu es nostalgique ?
- CHANTALE
Non.
- ANTOINE
Non ?
- CHANTALE
Non. J'ai eu de gros ennuis, comme tout un chacun. J'ai perdu mon père, ça faisait un an et demi que j'avais arrêté et tout. Et d'un seul coup, dans ma tête, hop, j'ai pensé quoi ? Puis j'ai dit non. Pour mon père, hors de question. Puis là, ça a été vraiment terminé.
- PIERRE
Et avant, ça avait duré combien de temps que ta consommation, que tu estimais être problématique ?
- CHANTALE
Oh là là ! Parce que tu as arrêté depuis 20 ans,
- PIERRE
donc je me demandais, ça fait plus longtemps ?
- CHANTALE
Ça faisait à peu près 20 ans. Alors, avec arrêt de 10 ans, arrêt de 2 ans, je m'arrêtais toute seule. car je... J'ai diminué petit à petit. Et quand je voyais que ça n'allait pas, j'allais voir le médecin. Et quand il voyait que vraiment, j'en pouvais plus, hop !
- PIERRE
À l'hôpital ?
- SYLVAIN
Donc, tu as quand même commencé un suivi assez tôt.
- CHANTALE
J'ai commencé mon suivi, j'avais 35 ans.
- SYLVAIN
Ben, bravo !
- ANTOINE
Bravo !
- SYLVAIN
C'est ton chemin.
- ANTOINE
C'est vrai que je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait un suivi qui dure autant dans le temps. Je me disais qu'on passait par là et qu'à un moment donné, c'était terminé. C'est cool.
- CHANTALE
Ah, mais je viens le voir tous les mois.
- PIERRE
J'ai compris.
- ANTOINE
Mais c'est bien.
- CHANTALE
Nos soignants aiment bien voir nos nouvelles, il ne faut pas croire.
- PIERRE
Et le fait de se dire que je vais faire deux heures de trajet aller-retour pour venir ici, c'est déjà un des trucs qui me maintient un peu. Et effectivement, voir les personnes en face, je sais que moi, j'avais eu peur une fois où j'avais commencé à aller mieux, vraiment mentalement. Et en fait, j'étais venu ici, j'étais paniqué en disant ça veut dire qu'il ne faut plus que je vienne et tout ça. Et on m'avait rassuré, on ne savait pas du tout. Vous venez aussi longtemps que c'est important pour vous. Nous, on sera là et c'est très, très rassurant de savoir ça.
- SYLVAIN
Beaucoup de gens ne savent pas ce qu'on fait ici, ce qui est le suivi qui a lieu et le type de personnes qu'on peut croiser. Moi, j'ai croisé des gens. tous les horizons, toutes les professions, tous les agents.
- PIERRE
La réunion pour préparer ici, c'était marrant. Pour préparer ce podcast.
- SYLVAIN
C'est beau, tu te dis, ok, on est là. On en parle ensemble et je trouve ça assez beau. Il y a assez peu d'endroits. dans la société où on peut faire ça.
- PIERRE
Moi, il n'y a qu'à l'hôpital que j'avais vécu quelque chose comme ça. Je me retrouve avec plein de gens qui ont entre 15 ans de moins que moi et 20 ans de plus. Et on n'a pas tous exactement le même problème, mais on a des problèmes en commun ou les mêmes familles de problèmes. C'était un des aspects les plus positifs de ça. On a souvent des proches, comme tu disais tout à l'heure par rapport à l'arrêt, quand on parlait de l'arrêt avec certaines personnes qui ne vont pas comprendre, avoir peur ou s'énerver ou je ne sais pas quoi. Là, il n'y a pas ça. Là, on parle à des gens avec qui toutes les premières barrières à expliquer d'habitude ne sont pas là et ça fait du bien. Et moi, je me suis senti un peu comme ça, même si je n'ai pas beaucoup parlé du tout pendant la réunion, mais je ressentais un peu la même chose.
- ANTOINE
Je pense que j'étais tellement direct dans le fait que je suis dans cette démarche, je fais ça avec une transparence sur ce qui se passe. Vu que je suis bistrotier et que j'ai plein de potes qui ont des bistrots, c'est régulièrement l'apéro. Donc moi, j'ai remplacé ça par le perrier. Au début, forcément, on me disait « mais pourquoi ? » Mais en fait, je ne buvais pas trop. Après, il y a ce que vous voyez et puis il y a la réalité. Avec certains bistrotiers, je peux en citer trois ou quatre comme ça, qui sont revenus vers moi plus tard. Comment ça se passe ? J'y pensais la dernière fois. Ah, peut-être que je vais ralentir un petit peu. Ça questionne aussi, en fait, le fait de parler assez directement d'une démarche, parce que les gens, souvent, sont un peu dans le déni, comme nous, avant qu'on fasse cette démarche, finalement. Et c'est assez drôle de voir, ou en tout cas motivant aussi, de voir que les gens s'interrogent, même si, à deux primes à bord, ils sont sur un discours de dire « Non, mais c'est bon, on bat un coup, et puis moi, je suis comme ça » , mais de se questionner, finalement, a posteriori, quoi. J'ai carrément des potes qui m'ont demandé, finalement, de les présenter ici. Après l'équipe m'a dit que c'était bien de garder ça pour moi, donc c'est ce que j'ai fait. Mais voilà, les gens s'interrogent quand on communique sur justement l'après.
- PIERRE
Même quand on ne fait pas de prosélytisme en ce sens.
- ANTOINE
Oui, non mais forcément ça interroge, j'ai une part de déni que tout le monde partage là-dessus et l'idée c'est effectivement de ne pas diaboliser. On peut boire des coups, être cool, après avoir un regard un peu... Objectif sur sa consommation, c'est intéressant aussi, sans que ça en soit un sujet. Mais forcément, le fait d'entendre des personnes qui essaient d'avancer à ce niveau-là,
- PIERRE
ça fait réfléchir. Ça renvoie à quelque chose, un miroir. Exactement. Vous arrivez à vous, Chantal ?
- CHANTALE
Tout à fait. C'est le cas avec une de mes voisines au 16e étage. Tout de suite, j'avais lancé la sauce et je lui avais dit, voilà ce qui se passe. Moi, non. Les petites fiestas, non. Bon, c'est vrai, les mariages en espagnol, tout ça. Bon, ça aime bien la fiesta, très bien. Et puis, elle a réussi à en parler. Et maintenant... Quand elle boit son apéritif, ça peut être une fois toutes les cinq semaines. Ça n'est plus systématiquement le samedi et le dimanche. Non, c'est une fois toutes les cinq semaines. Je trouve que c'est nettement mieux.
- SYLVAIN
C'est vrai, d'en parler, on voit le changement aussi. Je sais qu'autour de moi, on a vu le changement, parce qu'il y a 20 ans, j'étais déjà à la mine, puis évidemment, j'allais d'avant, tout ça. Et puis là, ce coup, en fait, je me suis rendu compte que le métier que j'exerçais n'était absolument pas pour moi.
- Speaker #1
C'était quoi ton métier ? Est-ce que tu peux en parler ?
- SYLVAIN
Justement, j'étais facteur, après j'étais en centre de tri. Et moi, rester enfermé entre quatre murs, ça n'était pas possible pour moi. Voilà, j'aime ma liberté. J'aime bien pouvoir parler avec les personnes, avoir une discussion. Donc, mon métier de facteur me le permettait, ça. J'ai vu toutes les couches de la société en étant facteur. Vraiment. Et là, j'ai pu me faire une idée sur ce que sont les humains, voilà.
- CHANTALE
Les facteurs en tout cas.
- SYLVAIN
Voilà. Oh, attendez, je vais vous servir un petit verre. Je disais non, Et c'est comme ça que j'ai failli me faire avoir une fois. Parce qu'à chaque fois, je disais non, non, je suis sous médicament. Et une fois, il y a une personne qui me dit mais vous devez avoir une drôle de maladie parce que vous êtes toujours sous médicament. Alors là, je lui ai dit, Chantal, tu vas trouver un autre frein. Un rangement d'excès. Donc voilà. Et donc, me retrouver en centre, moi, fermée. Parce qu'après,
- Speaker #1
du coup, tu faisais la tournée facteur chez les gens.
- SYLVAIN
Voilà.
- Speaker #1
En tout cas, eux t'invitaient pour le café. Voilà.
- SYLVAIN
On m'ont télécommandé, tout ça. C'était génial. Il y avait vraiment le contact humain.
- Speaker #1
C'était à Paris.
- SYLVAIN
C'était à Paris. Et là, bim, je prends du grade. Quelle drôle d'idée. Pof ! Qu'est-ce que je me suis enquiquinée. Je regardais les murs et je me disais, bon, ben non, c'est pas possible, tu vas pas rester là. Et finalement, je suis restée et j'ai eu tort. Moi, je suis partie à la retraite.
- Speaker #1
Aujourd'hui, à quoi ressemble votre équilibre ? Qu'est-ce qui le renforce ou qu'est-ce qui le fragilise par rapport à la consommation ? évidemment.
- ANTOINE
Moi, je veux prendre un exemple pour parler de ça. C'était il y a une petite année. Je venais d'arrêter de boire. Je pense que ça devait faire trois mois. Et je me retrouvais à une tablée avec mes belles-filles, ma fille, ma femme, et donc deux autres couples de parents et les enfants. Et je suis face à un mec... Jouant les Pins quoi, Polo Saumon, ouais Jouant les Pins, le festival de Jouant les Pins, j'ai fait une fois le festival de Jouant les Pins, j'ai trouvé ça assez fou dans le côté pastel saumon etc. Pour moi c'est assez significatif, donc très bronzé, voilà Polo Saumon, et on discutait, puis lui sa vie était géniale, il travaillait dans la banque, il était hyper content d'avoir quitté justement, je pense que ça devait être la Provence pour venir à Paris, ce qui est assez paradoxal. Et donc, il fait du bateau, le mec est top, je passe une heure à parler avec lui, moi je bois du Crodino parce que je viens d'arrêter de boire et là au début c'était un peu difficile quand même. Et le mec m'a dit, et toi, c'est quoi ta passion ou tes passions ? Ah j'ai dit, honnêtement, je travaille, la famille, mais j'ai pas su répondre et ça, ça a été quelque chose qui m'a beaucoup interrogé, d'où le lien avec l'après. Et en fait, je me suis rendu compte qu'il y a des choses que j'avais oubliées, que j'aimais. Le sport, le son, beaucoup le son. J'ai une petite installe, j'écoute des disques. Des choses simples, la lecture, la BD. Et en même temps, il faut meubler un petit peu cet espace parce que c'est vrai que les journées sont construites autour de ça, ça prend du temps. Mais voilà, pour moi, ça a été ça qui a été un vrai déclic de comprendre qu'est-ce qui pouvait me faire plaisir. Puisque avant tout, tu étais absorbé un peu par... l'apéro et ces moments-là. Donc c'est une construction, c'est une réflexion, une construction de comprendre qu'est-ce qu'on aime et qu'est-ce qu'on a envie de faire. Le champ des possibles est ouvert, effectivement, moins l'alcool parce que le temps est libéré et le cerveau fonctionne.
- Speaker #1
Donc il y a un équilibre entre plusieurs passions.
- ANTOINE
Je pense qu'il faut quand même meubler les choses. Après, chacun est différent. Mais pour moi, qui suis très actif, je bosse beaucoup déjà. Mais oui, dans les temps, j'ai du mal à me poser. Donc si je me pose, c'est que je suis concentré sur quelque chose. Donc je vais m'acheter un disque, je vais l'écouter, je vais lire une BD. Enfin, toujours des temps quand même où je reste concentré sur quelque chose que le vide ne me plaît pas spécialement. Mais ça, j'en parlerai un peu plus tard. Je pense que je vais laisser parler les autres.
- Speaker #1
On peut revenir se sentir rempli de le vide. qu'est-ce qui renforce ou fragilise l'équilibre que tu as trouvé ou que tu as mis en place ?
- CHANTALE
Je ne sais pas, je suis vraiment encore en plein dedans moi. Je suis content parce que ça fait un bout de temps que je n'ai pas touché un joint, mais je n'arrête pas de recommencer et d'arrêter le CBD. C'est comme du cannabis sans la... C'est comme de la bière sans alcool pour de l'alcool en fait.
- ANTOINE
Mais tu trouves ça problématique ?
- CHANTALE
Ouais, parce qu'en fait ça m'abrutit quand même un peu. J'ai toujours été ultra sensible à part à l'alcool où je... où je tiens très très bien, ou heureusement. Mais le cannabis, ça a toujours été je tire une taf et je suis défoncé avant d'avoir soufflé la fumée. Alors que ça met plutôt 10 minutes, 15 minutes pour la majorité des gens, et moi c'était instantané.
- Speaker #1
Du coup c'est pareil avec le CBD ?
- CHANTALE
Le CBD, je sais que ça m'abrutit un peu. Je me rends compte que quand je suis tout le temps sous CBD, je parle moins. Quand je suis avec une personne en tête à tête, c'est toujours la personne qui relance la discussion, alors que c'est pas tout à fait le cas quand je suis... Quand je suis dans mon état normal. Mais donc je suis encore en quête de cet après. Je me rends compte que j'ai une asso avec laquelle on fait des boulots de peinture et des choses comme ça. Et quand j'arrive à sortir d'un rendez-vous à chaque fois que ça se passe super bien, puis après à planifier un peu le boulot avec certains potes artistes à moi, et ça se passe super bien, je me rends compte que tout ça, je serais passé complètement à côté si j'avais été dans les consommations. Donc l'équilibre, le fait d'arriver à avoir une vie adulte un peu normale en France, c'est quelque chose que je ne pensais pas pouvoir faire. J'étais parti de ce pays il y a longtemps et j'ai vécu une vie très dissolue. Ailleurs, pendant des années, si on m'avait dit tu rentreras à Paris et tu arriveras à t'en sortir à peu près alors que tu feras exactement ce que tu aimes, je n'y aurais pas trop cru. Et je l'aurai oublié dès le lendemain, a priori. La question.
- Speaker #1
Ben, Big Up.
- CHANTALE
Merci.
- Speaker #1
T'es parti où ?
- CHANTALE
J'ai vécu dix ans à l'étranger, mais là où j'ai travaillé, c'était beaucoup au Liban, à Beyrouth, où je retourne tous les ans, et un peu en Colombie, et à Marseille, et après, retour au Liban, puis retour à Paris en 2020, juste avant le Covid. Jusqu'à quand je suis rentré, je ne me considérais pas vraiment comme français. Ça faisait dix ans que j'étais parti, je ne savais pas comment les choses marchaient. C'était une malédiction et une bénédiction en même temps.
- Speaker #1
Et maintenant, tu arrives à faire des rendez-vous.
- CHANTALE
Maintenant, oui. Je suis président d'une association, je rapporte des taffes, je bosse avec mes potes et on rigole bien. Tous les gens avec qui on bosse demandent à rebosser avec nous. Pas assez pour qu'on ne stresse jamais de l'année sur le loyer, mais bien mieux que ce que je pouvais espérer il y a quelques années.
- Speaker #1
On connaît là, autour de la table, les...
- CHANTALE
Le stress de l'oseille.
- Speaker #1
Les bilans comptables vraisignes. Tu entends, t'as fait un truc ?
- SYLVAIN
Moi ce qui me fait un génie, ce sont les enfants. Lorsqu'il se passe quelque chose dans la famille, parce qu'il y a eu la dose dans la famille depuis 5 ans, là je reconnais que ça me met. Out. Mais je tiens bon. Je sais pas, il y a quelque chose qui en moi me dit non non, stop, on a besoin de toi, tiens bon quoi. J'étais mise face à moi-même. Quand on se retrouve face à soi-même, c'est pas toujours comique.
- ANTOINE
Tout ce qu'on mettait sous le tapis, ça fait surface. Il y a vraiment le bénéfice de cette compréhension. Moi je dirais carrément que je suis en train de réapprendre à vivre dans mon positionnement vis-à-vis des autres, dans l'acceptation que j'ai de moi-même. Je pense que c'est comme s'il y avait un peu un train qui passait avant et puis là il faut être dans le train. Donc c'est pas forcément évident, voire très difficile. De la même manière que je disais tout à l'heure qu'il faut faire d'abord la démarche initiale pour... Pour démarrer un sevrage ou en tout cas un travail, c'est pas évident de demander de l'aide, je pense. En tout cas, personnellement, c'était une vraie difficulté. Et là, récemment, justement, je travaille avec quelqu'un qui s'occupe... Enfin, je fais des séances de psy ici aussi. Et voilà, il a fallu que je demande de l'aide. Je pense qu'honnêtement, c'est pas du tout quelque chose que j'aurais été en capacité de faire avant. C'est là où je dis que je réapprends vraiment. C'est une reconstruction, mais sur des bases solides. Je pense que c'est ce que j'avais dit au premier rendez-vous. Mon objectif, c'était de construire sur ce que je suis aujourd'hui et pas sur des mécanismes que j'ai mis en place il y a des années pour me sentir bien. C'est un travail profond. Et je pense, même si les gens ne le disent pas comme ça, Les difficultés qui sont liées aux rechutes sont certainement aussi beaucoup liées à l'incapacité qu'ont ces personnes-là à accepter en fait qui ils sont et comme ils sont.
- CHANTALE
Je sais qu'il y a des fois où j'ai rechuté parce que j'étais dans une phase où je ne buvais plus tout seul. Je n'avais pas bu depuis trois jours à ce moment-là et je buvais beaucoup moins et je ne fumais pas depuis trois mois. Et j'étais épouvantablement déprimé depuis trois semaines. Et donc, il y a une partie de soi qui dit, tu vois, ça ne sert à rien d'arrêter parce que de toute façon, tu te sens exactement comme quand tu es... comme quand tu es sous l'effet du produit du matin au soir et du soir au matin, donc à quoi ça sert d'arrêter ? Là au moins, si tu prends le produit, ça ira un peu mieux pendant quelques minutes. Et on se sabote tout seul. Moi, ça m'est arrivé plein de fois pour ces mêmes raisons-là. Parce que tu regardes la personne que tu es et tu ne peux pas accepter. Ça veut dire que je vais aller mal toute ma vie ? Ça veut dire que ça, c'est le top auquel je puisse aspirer ? C'est vraiment l'état mental de détresse dans lequel je suis maintenant. Et ça fait très peur. Et je sais que plusieurs fois, moi, j'ai replongé à cause de ça.
- ANTOINE
Et toi tu fais un travail psy à côté ?
- CHANTALE
Oui, moi maintenant je ne fais plus que le travail psy.
- ANTOINE
Et ça fait combien de temps que tu le fais ?
- CHANTALE
Le travail psy je pense que ça fait depuis fin 2023 ou début 2024.
- ANTOINE
Et tu penses qu'il y a une fin à ce travail ?
- CHANTALE
Je sais que ça me fait du bien même quand je vais bien. Là je viens de passer une année où ça allait vraiment bien. Et je crois que... Enfin je sais que... J'ai juste l'impression, le seul truc négatif, c'est que j'ai l'impression que je fais perdre du temps à la personne quand je viens alors que je vais bien. J'ai toujours un truc où je me dis, il faudrait peut-être qu'elle s'occupe de quelqu'un qui en a plus besoin que moi à ce moment-là. Mais sinon, non, ça me fait du bien parce que je sais aussi que c'est en partie non négligeable grâce au travail que j'ai fait avec ce professionnel de santé mentale, que j'en suis là où je suis. Donc, c'est aussi une manière de... Enfin, pas valider, mais c'est une manière de dire merci, de les voir et dire là ça va bien pour telle et telle raison, c'est en partie grâce à ce qu'on s'est dit et tout ça, donc c'est important aussi, ouais.
- ANTOINE
Moi je me dis qu'il faut qu'il y ait une fin à ce travail, tu vois. C'est pour ça que tout à l'heure j'ai démarré en disant plutôt l'arrêt de l'alcoolisme et tout. Je pense que ce qui fait que je me suis construit comme ça, c'est certainement que j'ai toujours été dur avec moi-même. Mais que pour ça, pour le supporter, ou que j'ai trouvé que l'extérieur était difficile, sensible, timide, tout ce que tu veux. Mais c'est pour ça que ce travail psy, pour moi, il faut quand même qu'à un moment donné, il se finisse. Mais c'est personnel. Parce que je ne pense pas que ça, encore une fois, personnellement, que ça puisse être un working progress permanent. Mais après, c'est comment on voit les choses. Parce que je pense qu'à partir du moment où on a réussi à s'accepter, en fait, ce dont je parlais des épisodes un peu dépressifs, etc., ça doit passer.
- CHANTALE
Je pense qu'on devrait poser la question à Chantal. Oui, Chantal.
- ANTOINE
Ça prend du temps. Dis-moi.
- SYLVAIN
Ça prend vraiment du temps. On se dit, non, non, c'est pas vrai. Je suis pas comme ça, mais non. Je suis comme ci, comme ça. Non, non. Puis bon, je suis sur le site de développement personnel, tout ça. Ça m'aide tout de même. Ça m'aide tout de même. Et puis je me dis, mais si, je suis comme ça. Donc tout m'est revenu petit à petit. Des fois, il y a un de mes fils, une fois, qui s'est pas gêné. Et blanc, prend sa maman. Il m'a dit maintenant on n'en parle plus, ok.
- ANTOINE
Et t'as trouvé ça légitime ce qu'il t'a dit ?
- SYLVAIN
Ah oui, Et c'est là que j'ai vu la souffrance que je me suis infligée, mais que je l'aurais infligée à eux également. Tout le monde trinque à côté. Tout le monde trinque à côté. Même si on essaie de ne pas le montrer, de dire mais non, c'est pas vrai. À un moment donné, il faut que ça sorte. Et c'est très bien que ce soit sorti, d'ailleurs.
- ANTOINE
Ma femme m'en a parlé aussi, si ça peut te rassurer. Effectivement, on ne s'en rend pas compte. Même si ce n'est pas violent. C'est des choses qui font du mal dans le quotidien. C'est ça.
- Speaker #1
C'était le thème de la première saison de ce podcast. La consommation dans le cadre, dans le cercle familial. Les parents, les enfants. Comment on consomme aussi. Dans la famille, comment on devient addict ?
- SYLVAIN
Il y a tout le générationnel en arrière. Moi, je suis remonté assez loin tout de même. Mais je me dis, oh là là, mais tous. Tous, tous, tous. C'est pour ça qu'à un moment donné, j'ai dit, on casse tout. On part sur d'autres bases.
- Speaker #1
On casse la chaîne et on trouve un nouvel élève.
- SYLVAIN
Voilà, c'est pas possible. Je ne suis pas venu ici, je ne me suis pas incarné pour répéter tous les schémas, c'est bon, ben voilà.
- Speaker #1
Ça demande beaucoup d'efforts de faire ça.
- SYLVAIN
Ah oui ?
- Speaker #1
Et le fait de consulter, de voir des... professionnel ici, ça te permet de renouveler cet effort-là ?
- SYLVAIN
Tout à fait. Il est arrivé vraiment très très gros pépin il y a six ans. J'ai conduit son docteur. Voilà. Oui, il m'a...
- Speaker #1
Et du coup, on va parler un peu de ce qu'on fait ici, de l'analyse que vous faites ici, en racontant votre parcours ici. Est-ce que vous vous sentez une nouvelle version de vous-même apparaître ? En tout cas, le fait de raconter cette nouvelle version, ça la rend un peu tangible, un peu réelle.
- CHANTALE
Qu'est-ce que vous avez appris à aimer ou à respecter davantage chez vous ? plutôt que de professionnels aussi talentueux soient-ils et aussi utiles puissent-ils être. Mais en vrai, c'est le fait d'écouter ce que dit Chantal et je ne sais plus quelle est ton nom, ce que je n'ai aucune mémoire.
- ANTOINE
Antoine.
- CHANTALE
Antoine, excuse-moi mon dieu. Tout va bien. Moi, ça m'intéresse et c'est plein de petits piliers, de pistes de réflexion que je me garde pour ça.
- ANTOINE
Et la réalité, c'est que c'est livré à des témoignages de chacun avec des expériences différentes, à des personnes qui l'écouteront en se disant, oui, je suis conscient que c'est cool d'arrêter, qu'il y a un après, que ça remet en question des choses, des pistes de réflexion que je peux avoir sur la suite. Donc il y a pour moi aussi une notion de transmission positive. C'est vraiment quelque chose sur lequel je voulais insister. C'est le côté positif des choses et bien sûr que ça soulève des questions. mais C'est que du bon, quoi. Donc voilà. Merci à toi de proposer cet atelier.
- Speaker #1
Merci à vous d'être là et à toi d'avoir fait des retours pertinents.
- SYLVAIN
Non, mais je rejoins tout à fait ce qu'il dit, Antoine. Et donc, c'est vrai. En fait, je n'avais absolument pas envie de venir. Puis bon, si vous pouvez apporter, si je peux vraiment apporter un petit peu quelque chose à quelqu'un, j'y vais, quoi. Voilà. Donc, Oui, c'est pour dire comme quoi, il faut s'accrocher, mais on peut y arriver, on peut y arriver. On peut se retrouver face à soi-même, apprendre à s'aimer, avec tous ses défauts et toutes ses qualités aussi. Parce que parfois je me disais, mais si, j'en ai trouvé tout de même. Tout ça grâce à l'équipe aussi. Mais bon, voilà, on peut y arriver, la vie est différente et on tient le coup. Sous alcool ou sous n'importe quelle drogue, on ne peut pas tenir le coup, ce n'est pas possible. Nous ne sommes plus soi-même. C'est fini, c'est terminé, je l'ai expérimenté, c'est mon point de vue.
- Speaker #1
Et il est très important,
- ANTOINE
ton point de vue. Oui, mais tu as raison, c'est vraiment l'envie de la clarté. Après, chacun fait ses choix, mais c'est vraiment ça.
- SYLVAIN
Ma question, c'est toujours, pourquoi je suis venu au monde ? Et où je vais ?
- CHANTALE
Ça dure combien de temps le podcast ?
- ANTOINE
Et t'as la réponse ? Ah oui,
- SYLVAIN
non mais attends, quelques années. Donc voilà.
- ANTOINE
Et tu vas où alors ?
- SYLVAIN
Justement, je ne sais pas encore. Voilà. À 76 ans, je ne sais toujours pas.
- ANTOINE
T'étais sur la route ?
- SYLVAIN
Oui. Puis elle a été sinueuse, quoi. Mais j'y arrive. Je vois la ligne d'arrivée.
- ANTOINE
Du coup, est-ce que tu penses qu'elle était plus droite une fois que tu as arrêté de boire ? Elle était moins sinueuse ? Oui,
- SYLVAIN
oui, oui. Oui, oui. Oui, tout de même. Parce que là, j'ai pu affronter des choses que jamais je n'aurais pu affronter auparavant. Ce n'était pas possible. Je suis redevenue maîtresse de moi-même, tout de même. Ça n'a pas été du jour au lendemain. Mais en ayant conscience que ça avait abîmé beaucoup de choses. C'est beau la vie,
- ANTOINE
c'est vrai. Dans tout ce prisme, l'acceptation de soi, l'acceptation des autres aussi ? C'est ça, tout à fait. Accepter d'avoir fait du mal ?
- SYLVAIN
Ah bah oui, mais j'ai fait du mal, j'en ai conscience.
- ANTOINE
Mais aussi accepter de faire des bonnes choses, ça c'est important. Il faut être souple aussi un peu avec soi-même, c'est pas évident.
- SYLVAIN
Donc voilà, c'est là où j'ai cogité, je me suis dit mais c'est pas possible quoi, c'était pas moi là, c'était pas moi. Et si, c'était moi, l'autre moi.
- ANTOINE
Le twist.
- SYLVAIN
C'est ça. Le twist.
- CHANTALE
D'assumer ses erreurs et de présenter ses excuses aux autres, mais d'être tolérant envers soi-même aussi, tout ça, enfin, c'est pas ça le sens de la vie, ça en est au moins une partie, a priori. Parce qu'arriver à faire ça, j'ai l'impression que c'est l'évolution la plus considérable que j'ai eue dans ma vie jusqu'à maintenant.
- ANTOINE
D'être plus cool avec toi ?
- CHANTALE
Entre autres, et puis de savoir arrêter de se cacher derrière les problèmes qu'on peut avoir et tout, et de dire frontalement quand on sait qu'on a mal agi, et de le dire à quelqu'un, pas de dire « mais c'est parce que j'étais en... » ou alors « mais j'étais très triste à ce moment-là, ou j'étais défoncé... » Non, j'ai fait du mal, c'est vrai, et je te présente mes excuses, non pas genre « je suis désolé, fais en ce que tu veux » , genre je te présente mes excuses, et pour moi c'est une manière de... Enfin, c'est une des preuves que tu grandis, c'est une des preuves que tu... que tu évolues, et j'espère pas lâcher ça.
- ANTOINE
Pouvoir dire à quelqu'un aussi que t'es pas d'accord parce que...
- CHANTALE
Ça c'est plus difficile.
- ANTOINE
Ah voilà, mais ça fait partie des choses aussi. C'est vrai que forcément quand t'es un peu plus ancré, un peu plus présent, tu te sens certainement plus légitime à dire les choses. Moi professionnellement ça n'a jamais été une problématique, dans ma vie sociale peut-être un petit peu plus. Même si je pense que je reste quelqu'un qui pour mes proches est quelqu'un de sûr et de rassurant. Mais je pense qu'aujourd'hui dans cette démarche-là, J'ai... plus de facilité ou même à laisser passer des choses que j'aurais pas laissé passer. Par exemple, des amitiés que j'essaie d'entretenir et qui, voilà, où j'avais pas de retour et où avant, je pense que j'aurais, en buvant un, deux, trois verres, en fait, remis un petit message en disant « Bon, ça fait longtemps, tu fais quoi, tout ça ? » Maintenant, bon, j'ai fait ce qu'il fallait faire et je vais pas remettre un coup, ça sert à rien. S'il a envie de me voir ou elle a envie de me voir, elle reviendra vers moi. Donc, une forme de cohérence plus, quoi. En fait, c'est être cohérent avec soi-même aussi, c'est un peu ce truc-là, quoi.
- Speaker #1
et de réduire aussi les risques. C'est un autre champ dont on parle pas mal ici. Au-delà de l'abstinence, il y a la réduction des risques aussi, ça existe. On peut consommer moins. Après, parfois, on doit arrêter totalement, mais on peut consommer moins et mieux. C'est aussi possible, c'est aussi un territoire qui existe, tu vois.
- ANTOINE
Après, il ne faut pas, effectivement, quand tu parles de réduction des risques, ce moment, tu le crées tous les jours. Mais c'est pour ça que je trouve que ça devient un travail intéressant aussi en fonction de comment on est construit. C'est que ce travail-là aussi, de savoir les sélectionner ces moments et que ça reprenne pas le pas justement c'est aussi un travail en soi quoi et après effectivement on se rend compte que on en est capable ou on n'en est pas capable mais c'est là où intellectuellement je pense chacun fait les choses différemment je te parlais pour le bédo moi ça m'est arrivé du jour au lendemain en fait aujourd'hui l'alcool ne m'apporte clairement plus qu'il m'a apporté donc je ne le vois plus du tout de la même manière tout simplement prise de conscience ouais même une forme de dégoût un petit peu de de manière de faire. Il faut que ce soit bon si je bois un verre maintenant.
- Speaker #1
J'ai lu qu'on disait que le contraire de l'addiction, c'était la connexion. J'ai lu ça dans un article. Qu'est-ce qui vous relie concrètement ? à la vie, en ce moment, est-ce que c'est un collectif, un proche, une conjointe, une équipe, une cause, un endroit ? Est-ce qu'il y a... Vous avez une connexion comme ça qui prend le pas sur les autres ?
- SYLVAIN
L'univers !
- Speaker #1
T'es dans le deep, Chantal.
- SYLVAIN
Voilà, l'univers, je pense que nous sommes tous reliés. Et que si nous faisons du mal, nous faisons du mal à l'autre. Enfin bon, voilà. Et si nous faisons du bien, voilà. C'est ce que je pense. Je ne dis pas que je détiens la vérité, loin de là. Mais je pense que nous pourrions tous faire mieux. Voilà, et c'est ce qui me tient, me maintient en me disant c'est pas possible. Tout ne peut que s'améliorer. Voilà. Et ça, ça me tient énormément. Ma famille, bien entendu, mes amis, mais vraiment, c'est... Je demande, je demande, je sais pas qui, ni à quoi, je demande. C'est toutes les atrocités. Voilà.
- Speaker #1
Donc t'as une connexion comme ça, un peu... au-dessus de nous,
- SYLVAIN
quoi. Au-dessus de vous, non, on l'a tous, je pense.
- Speaker #1
Mais un truc que tout le monde traverse, hein.
- SYLVAIN
Voilà. Je pense que toute gamine, j'avais toujours la tête dans les étoiles, si j'ose dire. Je regardais les nuages et tout. Et donc, si j'ose dire, je partais loin. Bon, je rêvais, comme tous les gamins, les gamines, je pensais. Mais là, je suis arrivé à un stade où je me dis, mais pourquoi tout ça ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi nous abrutissons tous dans l'alcool ? Dans le cannabis, dans n'importe quelle drogue, quoi. Qu'est-ce qui se passe ? La vie, c'est pas ça. On vient ici, je pense pas que ce soit pour tuer nos voisins, ou se détruire. Soit, je pense pas que ce soit ça. Voilà. Donc, voilà mon cheminement.
- Speaker #1
Ah mais dites-y. Merci beaucoup d'avoir partagé ça. Les autres, est-ce qu'il y a une... Une connexion comme ça, à part le graphisme mondial ?
- CHANTALE
Ça, c'est primordial. Oui, non, moi, c'est évidemment les amis et les proches qui me font me sentir connecté. Et la créativité, que ce soit la mienne, mais surtout celle en lisant un bouquin ou en regardant, enfin, être ému par quelque chose qui a été fait par quelqu'un ou d'autres gens. Et puis des causes évidemment, des trucs où tu sais bien que tu es un petit grain de sable, mais que c'est toujours mieux d'en avoir plus que de ne pas en avoir. Et donc essayer d'utiliser deux, trois trucs que tu sais faire pour rendre la vie d'autres gens un peu moins pénible, de gens qui ont beaucoup moins de chance que nous tous à cette table. Et donc à notre tout petit niveau, je ne dis pas une question de faire changer les choses directement, mais ça, ça maintient aussi, ça fait partie des choses qui me... font le plus de bien parce que c'est difficile de se sentir plus utile que quand on fait quelque chose qui est pas directement pour soi par définition
- ANTOINE
Encore une fois, dans cette démarche et dans cette réflexion, pour une fois, j'essaie un peu de me demander comment je peux faire pour être le mieux possible, justement pour être le mieux avec les autres, concrètement. Ce n'est pas forcément évident. Je ne pense pas que penser à soi soit forcément... le contraire que de penser à l'autre. Au contraire. Je me dis que dans l'après, si j'arrive à devenir une version de moi-même qui me satisfait et que j'accepte, je serai certainement le meilleur pour être bien avec les personnes que j'aime. Et plus globalement avec l'humain. C'est sûr que l'humain, je pense que les convictions profondément humaines, c'est les choses qui me parlent. Mais en tout cas, dans ce travail-là, qui est lié euh euh Voilà, ce comportement d'addictologie et de démarche globale qui est faite dans ce centre, je pense qu'il faut que j'apprenne à m'aimer un peu, donc c'est ça qui me connecte. Comme ça je pourrais mieux aimer les autres, concrètement c'est ça.
- Speaker #1
Je pense que c'est super important de réinscrire toutes ces démarches de développement personnel dans quelque chose de collectif, on fait ça pour mieux fonctionner collectivement. et mieux aider celles et ceux qui ont le plus besoin. Mais ça passe par un moment où on se répare aussi tout seul, on a besoin de s'aimer et tout. Mais il ne faut pas le voir comme une finalité. Ça je trouve que c'est un des plus grands dangers actuels, notamment avec toutes ces formations de devs perso. Il faut penser la santé mentale comme un moyen de réparation collective. Est-ce que vous avez un... Un dernier mot à faire passer, une touche d'espoir, un message, un conseil notamment à une personne qui serait devant ce tournant de l'après, quelqu'un qui viendrait dans un centre ou qui voudrait venir dans un centre.
- CHANTALE
T'inquiète, c'est une série ! Comme vous pouvez le voir, on se marre bien !
- SYLVAIN
Je ne regarde rien !
- Speaker #1
Vas-y, reviens, continue !
- SYLVAIN
Pour la question, mais il faut que tu me le dis ! Surtout qu'il n'hésite pas ! Qui vienne, qui la court. Il sera reçu les bras ouverts par le personnel soignant.
- ANTOINE
Voilà, il y a toujours du bon à prendre soin de soi pour prendre soin des autres. Donc ouais, il faut venir. une fois, si vous ne trouvez pas les personnes, si ces personnes-là ne trouvent pas les personnes qui leur conviennent, il faut peut-être chercher un petit peu plus. Et histoire de timing aussi, moi je n'aurais pas dû être là, c'est vraiment un médecin qui m'a proposé ça, qui était un médecin remplaçant, qui m'a dit, il y a une personne très très bien qui n'est pas loin, et qui m'a fait une lettre. Et c'est comme ça que j'ai pu venir.
- CHANTALE
Pour les gens qui luttent avec l'addiction au cannabis, vraiment, maintenant j'ai pas mal d'expériences autour de moi aussi de potes qui ont fumé Merci. encore plus que moi pendant encore plus longtemps et qui s'arrête dernièrement. Et je conseille à quiconque de tenir le coup parce que ça peut prendre quelques semaines ou quelques mois ou même plus d'un an. Mais au bout d'un moment, quand on se rend compte de qui on est sans, ça aide énormément à continuer. Et on se demande pourquoi on n'avait pas fait ça plus tôt.
- SYLVAIN
On respire. Et on peut assumer, je le répète, on peut assumer... Ce qui nous tombe dessus, comme tout à chacun. Personne n'a une vie, rien ne lui arrive.
- Speaker #1
C'est vrai. Ce sera le mot de la fin. Merci Chantal.
- CHANTALE
Merci Chantal. On peut vous applaudir ? Ouais !
- Speaker #1
Bravo, bravo.
- SYLVAIN
Enfin, j'aurais bien ri, tout de même.
- CHANTALE
C'était l'idée aussi. Tu racontes encore !
- Speaker #1
En substance, l'addiction a plusieurs voix. Un podcast produit par Addiction France, écrit et réalisé par Sylvain Pinault, sur une musique originale de Toco Verviche et Sonel Studio, et une illustration signée Mathilde Fian. N'hésitez pas à vous abonner sur les plateformes d'écoute, à laisser quelques étoiles, voire même un commentaire, et à le partager autour de vous. Parler de santé mentale et d'addiction, ça change des vies.
- CHANTALE
Ils n'ont pas de nicotine dedans,
- ANTOINE
c'est des... Moi c'est ce que j'arrive pas à la cloque, j'ai essayé là récemment, ça m'angoisse.
- CHANTALE
C'est le deuxième jour, c'est le plus dur.
- ANTOINE
T'as arrêté de fumer toi aussi Jordan ? C'était ça le plus dur ?
- SYLVAIN
Ah pour moi c'était le plus dur. Je me suis accrochée, sincèrement, je veux pas me lancer des coups de pieds.
- ANTOINE
Des coups de pieds.
- SYLVAIN
Et il y en a, je peux te dire... Ils se disaient, c'est pas possible, elle va tout casser dans la maison, mais j'ai plus. Tu sais à qui je dois beaucoup, c'est à la vague du cœur. Ils m'ont donné une petite cigarette électronique, avec du 18 dedans. génial je pouvais avoir le hit et donc j'ai arrêté la cigarette comme ça mais j'en ai vu, je reconnais que j'en ai vu mais oui, ils m'ont sauvé la mise avec les patchs, je ne sais pas si j'aurais pu plus du tout il va falloir que ça me passe aussi j'ai décrété que je ne mourrais pas avec une addiction donc