- Speaker #0
Vous écoutez en substance un podcast d'Addiction France.
- Speaker #1
Appuyez sur la touche bleue.
- Speaker #2
Bonjour, vous êtes en relation avec le répondeur téléphonique du centre 714, antenne de SAPAT de l'association Addiction France. Le centre sera exceptionnellement fermé mercredi 13 novembre et jeudi 14 novembre 2017. Les consultations d'appel en rapport sur le site de l'administration...
- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans En Substance, c'est le deuxième épisode de la saison 2, Addiction à plusieurs voix.
- Speaker #2
On va essayer d'être intéressant alors.
- Speaker #3
Intéressant d'or.
- Speaker #2
Les gens, flûte, réveillez-moi.
- Speaker #0
Et ben c'est parti. Aujourd'hui, on va parler du mensonge. Le mensonge est généralement vu comme une faute. Mais quand on vit avec une conduite addictive, il peut aussi devenir un bouclier, une stratégie de survie, parfois même une façon de rester en lien avec les autres, avec le travail, les institutions, le soin. Alors, de quoi parle-t-on exactement quand on parle de mensonge ? Mentir, ce n'est pas se tromper, c'est dire le faux volontairement. Et c'est là le paradoxe. Pour mentir, il faut connaître la vérité. Autrement dit, le mensonge n'est pas seulement une question de morale, c'est aussi une compétence de langage, une manière de composer avec le vrai, le faux, le déni ou encore la peur. Dans cet épisode, on va traverser trois grandes questions. D'abord, le mensonge comme scénario. Ces histoires qu'on fabrique pour tenir face à un employeur, un médecin, une institution, un juge. Ensuite, le mensonge bienveillant et le silence. Ce qu'on t'aime. pour protéger un proche, éviter la honte, préserver un enfant, et comment l'entourage peut se retrouver pris malgré lui dans un pacte tacite. Enfin, le moment du basculement, quand on ne sait plus très bien où s'arrête l'histoire et où commence le réel. Est-ce que ça change un jour de dire la vérité, toute la vérité ? Caroline, Solange, Eric et Stéphane racontent ce que le mensonge protège, ce qu'il coûte et ce qu'il révèle, non pour excuser, mais pour comprendre ce qu'il signale parfois. Une vulnérabilité, une peur, une tentative de rester vivant et peut-être la possibilité de lever le voile. Nous enregistrons cet épisode dans une salle de réunion d'un XAPA gérée par l'association Addiction France. Une salle qui a entendu de nombreuses discussions et autres ateliers, mais qui, le temps d'une soirée, se transforme en studio éphémère. Vous allez entendre une discussion authentique, intime, puissante, et parfois même drôle, entre des personnes qui ne se connaissaient pas avant cet enregistrement. Alors, on va commencer par se présenter. Bonne écoute !
- Speaker #4
Caroline, je me suis souvent arrêtée et depuis que je suis venue ici, j'ai eu une rechute qui m'est arrivée en boomerang. Je sais qu'on est alcoolique à vie, donc il faut être très vigilant.
- Speaker #2
Alors moi je m'appelle Solange, en fait je suis venue ici pour arrêter le tabac. Mais j'étais déjà venue précédemment, il y a 25 ans, pour l'alcool.
- Speaker #3
Moi, je m'appelle Eric. Je viens au centre depuis 10 mois et j'ai arrêté de boire en juillet. Et donc, je suis suivi ici depuis et la décision d'arrêter, en fait, s'est faite. après méditation, enfin en travail, très très longtemps avant de venir au centre. Et lorsque je suis arrivé, c'était pour arrêter immédiatement. Donc c'est ce que j'ai fait et je continue.
- Speaker #1
Moi, je m'appelle Stéphane. Ça va faire un peu plus d'un an que je viens ici, justement, pour être accompagné dans cette démarche aussi, on va dire, d'arrêter de boire. Et ça fonctionne plutôt bien jusqu'à aujourd'hui. Donc du coup... Je crois que j'avais frôlé la ligne rouge.
- Speaker #0
Donc pour commencer, pouvez-vous nous raconter un peu une situation où vous avez dû inventer une histoire pour faire face à une situation ou à une autorité ?
- Speaker #4
Ça a pu m'arriver au boulot. J'ai senti que je ne pouvais pas tenir. Donc, j'ai dit que je faisais une crise de tétanie. Ça a été compris. Ça peut passer une fois, mais ça ne peut pas passer 36 fois.
- Speaker #3
Le mensonge était quotidien. C'est comment les journées sont construites autour de ça pour pouvoir se protéger. Mais c'est vrai qu'il y a quelques cas extrêmes. Dans un cas où je sens que je vais être découvert, je simule autre chose, une crise d'angoisse, un profond désarroi. Et ça m'est arrivé lors d'une soirée où j'avais beaucoup beaucoup bu avant le dîner, avant que les invités arrivent. Et quand ils sont arrivés, j'étais dans un état... dramatique et je me suis enfermé dans la salle de bain et j'ai simulé une crise d'angoisse pour éviter la confrontation j'ai passé ma vie à mentir donc c'est bizarre que ça prenne aussi longtemps de trouver un exemple parce que j'ai fait que ça donc
- Speaker #2
j'essaie de me souvenir du premier J'ai eu des démêlés avec le juge aux affaires familiales, parce que j'ai une fille qui maintenant a 23 ans, et son père a essayé de m'en retirer la garde. J'ai dû passer un entretien face à un psychiatre, et je me souviens très bien en particulier d'un enquêteur social qui est venu donc chez moi, où il a fallu que je lui raconte toute ma vie, mon enfance. l'enfance de mes parents, comment ça se passait avec ma fille depuis qu'elle était née, etc. Au bout d'une heure et demie, j'étais complètement lessivée, quoi. Et le gars, il me dit... Et sinon, au niveau alcool, cannabis... Et moi, je Ausha les deux cases. Je me suis carrément énervée. Et je l'ai regardée, je lui ai dit, mais vous croyez sérieusement ? que si je picolais, je vous le dirais, j'ai bluffé comme une malade. Résultat ?
- Speaker #4
Mais t'étais douée.
- Speaker #2
Moi, je suis très douée. Je mens comme une arracheuse de dents. Ce n'est pas un problème. On ne peut avoir beaucoup d'imagination pour mentir.
- Speaker #1
Je prétendais toujours avoir des prétextes pour m'absenter. Aller chercher du pain. Je faisais un petit détour. Je m'enfilais, je consommais, je buvais. Je rentrais, l'effet de l'alcool ne faisait pas encore... Enfin, ne faisait rien pour le moment, et avec le temps, l'alcool, ça fait des dégâts. On est plus soi-même. Et puis c'est là que l'entourage finit par comprendre quand même. Donc c'était sans cesse des mensonges.
- Speaker #0
Donc plein de petits mensonges qui deviennent à la fin un mensonge total.
- Speaker #1
Oui, carrément.
- Speaker #0
On rentre tout le temps, donc je dis, on se prépare.
- Speaker #1
On rentre tout le temps, et puis on se ment à soi-même. Parce qu'on trouve toujours un prétexte pour consommer. Tu as bien travaillé aujourd'hui, tu as été productif, pourquoi tu ne te ferais pas un petit plaisir ? Ah tiens, bah oui, allez, on consomme. Et puis, on s'invente des histoires déjà pour boire, pour consommer. Et puis, on invente des histoires pour éviter d'être pris en flag. Mais même en flag, tu bois là ? Mais non, je ne bois pas. C'est dingue, on est dans le déni. En arrivée là, avec le recul, on se rend compte quand même. On se dit, mais... Quel chemin on a fait ? Quelle route on a pris pour en venir là ?
- Speaker #0
Ce qu'on fait aussi ici aujourd'hui, c'est de redevenir un peu le sujet, de prendre du recul et penser aussi ces questions-là, et mettre un peu des étapes, des mots. C'est globalement dans la thérapie, dans le grand chemin du soin. On redevient un peu l'objet du sujet, après avoir été l'objet. Peut-être par rapport au mensonge qu'on fait aux proches. On a beaucoup parlé de la famille dans la première saison du podcast, donc la relation entre cercle familial et addiction. Vous est-il arrivé de mentir pendant des mois, voire des années, afin de protéger un proche ? Donc ce serait plutôt un mensonge bienveillant pour préserver des gens. Peut-être protéger ses enfants.
- Speaker #4
Ben oui, c'est ça. Je pense le plus, protéger ses enfants.
- Speaker #0
Protéger du coup de quoi ?
- Speaker #4
En fait, sauvegarder un univers agréable, vivable. Et puis le regard aussi des autres. Parce que c'est important pour les enfants, le regard qu'on porte sur leur mère.
- Speaker #0
Ça s'est passé par quel genre de mensonge ?
- Speaker #4
Une fois, je me souviens très bien, j'avais bu, j'avais fait le ménage, je ne bossais pas ce jour-là. Et j'avais bu, et je me suis endormie, et je me suis tout d'un coup réveillée, il fallait que j'aille chercher mes enfants. Donc j'étais en retard, et j'ai prétexté. que j'avais eu du boulot et que j'étais désolée d'être en retard.
- Speaker #3
Préserver les autres, c'était plutôt préserver ma relation à l'alcool et ne pas être découvert et donc ne pas être jugé par les autres. Mais je n'ai pas eu l'impression d'avoir fait attention à préserver mes enfants, ma compagne. C'était plutôt... préserver une relation privilégiée. Pour moi, j'ai vécu ça un peu comme une maîtresse. Une relation très privilégiée, très intense, qui sublime tout, dans les mauvais côtés comme dans les bons côtés. Ce qu'on disait, les bons moments sont plus joyeux, les angoisses sont plus profondes. C'est un amplificateur. Et donc, c'était préserver ça vis-à-vis des autres. Le mensonge a fait que j'avais l'impression que les autres ne s'en rendaient pas compte et que donc ils étaient préservés de ça.
- Speaker #0
C'était pour préserver l'aménagement que tu avais établi entre toi et la double vie, avec ton amante.
- Speaker #3
Tout en gardant évidemment la vie, la vraie vie, et en essayant de ne pas l'impacter.
- Speaker #4
Moi, comme mon mari buvait aussi, c'est lui qui m'a entraîné à boire. Ce n'est pas une excuse. Donc, ce n'était pas en cachette.
- Speaker #3
Donc, les enfants aussi ?
- Speaker #4
Alors, ils le voyaient beaucoup plus. Ils le voyaient sur leur père. Il a fait d'ailleurs qu'on s'est séparés. Et après, moi, c'est vrai que j'ai décidé de me prendre un an. C'est mon fils qui me l'a demandé.
- Speaker #0
Bravo. Bravo à toi.
- Speaker #2
J'ai repris après.
- Speaker #0
Bravo.
- Speaker #2
Justement, après avoir passé une longue période d'abstinence, j'ai lentement reglissé vers une consommation que je pensais contrôler. J'ai parti en sucette au moment du confinement. C'est comme si j'avais pris perpète, le fait d'être enfermée, de ne plus avoir de contacts sociaux, parce que je suis quelqu'un de très sociable. C'était vraiment très dur et donc j'ai rechuté. Je suis redevenue alcoolodépendante. Mais cette fois-ci, ma fille, au lieu d'avoir 6-7 ans, elle en avait 18. Je lui ai menti pendant toute cette période-là, puisque je commençais au gin-tonic à 10h du mat. Donc, ce que je trouve particulièrement horrible, c'est que je lui ai reposé la question. Récemment, je lui ai dit « mais tu t'en rendais compte ? » et elle me dit non. En même temps, je suis contente qu'elle ne l'ait pas vue. Mais en même temps, c'est horriblement douloureux de penser que... parce que ça se voyait. Il n'y a pas moyen qu'en commençant à 10h du mat et en m'envoyant un demi-litre de gin par jour, la gamine ne s'en soit pas rendue compte. Et c'est là où ça devient vraiment horrible, c'est qu'on entraîne notre entourage dans notre mensonge et dans notre déni. Et j'ai vécu la même chose avec ma sœur, parce que j'ai essayé de la sauver de l'alcool. Parce qu'elle habitait loin en Espagne et je l'ai rapatriée en France. Elle est venue habiter chez moi parce que je voyais qu'elle était en train d'en mourir. Et que là-bas, elle n'allait pas recevoir les soins que je pensais qu'elle recevrait en France. C'est ça qui m'a obligée, moi, à devenir sobre. C'est pour pouvoir la sauver, elle, que moi j'ai dû m'arrêter.
- Speaker #0
Et donc arrêter de mentir.
- Speaker #2
Et donc arrêter de mentir. Et elle... Elle n'a pas réussi à arrêter, elle en est morte. Je l'ai chopée la main dans le sac et elle me niait encore qu'elle buvait. Je la vois la bouteille de vodka dans ton sac, pauvre pomme,
- Speaker #1
tu ne peux pas me la faire à moi.
- Speaker #2
Mais ce que je trouve fou, c'est qu'on arrive à imposer son propre... Ou on essaye, et parfois on y arrive. Si ma fille... me dit honnêtement, non, je ne le voyais pas.
- Speaker #4
Quand tu lui as posé la question, elle a été sincère ?
- Speaker #2
Oui, je pense qu'elle ne m'a pas menti à moi pour ne pas me faire mal.
- Speaker #4
Elle s'est cachée à elle-même ?
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #4
Elle ne voulait pas voir ce que tu faisais ?
- Speaker #0
En tout cas, la gravité, peut-être pas tout. Peut-être qu'elle a vu une partie, mais...
- Speaker #4
Elle a occulté.
- Speaker #2
Oui, mais ce que je veux dire, c'est que le mensonge qu'on se fait, tu entraînes les autres dans ton mensonge. Tu manipules les autres. Ça va jusque-là.
- Speaker #3
Les autres, est-ce que ça résonne ? Ils minimisent. Mes enfants le voyaient. Il y a quelques mois, j'ai commencé à dire la vérité un peu à tout le monde. Ma compagne m'a accompagné pendant tout le processus. Elle, elle savait, mais elle a toujours minimisé. J'ai essayé de lui dire, alors, pas les quantités. Mais j'ai essayé progressivement pendant plusieurs années de lui dire. Mon problème, elle l'a toujours minimisé parce que moi aussi je l'ai minimisé au niveau des quantités, au niveau de la consommation. Et en fait, quand je l'ai dit à mes enfants il y a quelques mois, ils étaient très fiers de moi et très soulagés que je le dise parce qu'ils le savaient.
- Speaker #4
Ils ont quel âge ?
- Speaker #3
Ils ont... Euuuuh... Rires Ils ont 17, 21, 23. Les trois garçons. Et ils m'ont dit qu'effectivement, ils voyaient bien que tous les soirs, j'avais un verre plein et une bouteille pleine. En réalité, j'avais plusieurs bouteilles et le verre était toujours plein.
- Speaker #1
Mais en fin de compte, c'est un mensonge qui est à la fois un mensonge dans un mensonge. Non mais c'est dingue. C'est dingue parce qu'en fin de compte...
- Speaker #4
C'est un mensonge pervers.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on espère protéger sa famille, mais quelque part on la protège pas du tout. On se protège d'abord, comme je l'ai dit tout à l'heure, on se protège d'abord.
- Speaker #3
On protège sa place dans la famille.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Et puis l'alcool, la bouteille, ça devient sa meilleure copine.
- Speaker #0
On protège sa relation avec le produit.
- Speaker #1
Ouais, les cachettes, tout ça, c'est dingue quand même qu'on a une imagination extraordinaire pour ça. C'est là où on se dit, mais c'est incroyable.
- Speaker #0
Comme ça, on redevenait un peu adolescent, abravé l'interdit. Oui, c'est...
- Speaker #1
C'est dingue. C'est dingue d'en venir jusque-là. Moi, ça m'émeut encore, le fait d'en parler, parce que ça nous touche du plus profond de nos tripes, quand même, quelque part. Puis c'est vrai que, au départ, l'alcool... C'est des petites quantités, et puis le corps forcément s'habitue à des petites quantités. Donc ça devient une finie des grandes quantités. Des grandes quantités passagent régulièrement pour en acheter. Et on est presque même à pouvoir changer de magasin pour se dire, mais je vais me faire repéper. C'est dingue. On est imbattable sur le... Sur le taux d'alcool, de tel alcool, le whisky, ça fait ça, la vodka, ça fait tant de grès d'alcool, le pastis, ça fait tant de grès. Alors là, on est... Là, s'il y a un quiz là-dessus, même au niveau des prix, même au niveau des marques, on est... Voilà, dans un CV pour pouvoir s'occuper d'un rayon dans une grande surface, ça passe. Ou chez Nicolas. Non, non, mais blague à part. C'est là où on se dit qu'on a vraiment touché le fond. Et quand on touche le fond, on creuse encore, mais une force de creuser, c'est pas utile.
- Speaker #0
Merci pour ces témoignages super forts, pour développer un peu cette idée de mensonge. Dans vos relations aux soins, là tu dis, il faut arrêter. Donc il faut arrêter, peut-être, là en tout cas vous, vous êtes passés par le soin. Tout le monde ne le fait pas, mais en tout cas ici, c'est ce qu'on fait. On est dans un que ça va. On voit des addictologues, des psychologues, des assistants sociaux. Est-ce que vous avez déjà minimisé certains aspects de votre situation envers des soignants ?
- Speaker #4
Moi j'ai essayé d'être vraiment honnête avec mon docteur.
- Speaker #0
C'est le début ?
- Speaker #4
Oui, il m'a dit au moment où j'étais prête à arrêter ou pas. Donc oui, j'ai été honnête. Je lui ai dit quand j'ai craqué.
- Speaker #0
Et quand on dit qu'on ment tous les jours, est-ce qu'évidemment on peut continuer à mentir ici ? Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Peut-être pas, peut-être qu'on ne m'en plus ici, peut-être qu'il y a un... Il y a un rétecteur de mensonges.
- Speaker #1
Pour ma part, moi, j'ai joué franc jeu directement. Je n'ai jamais minimisé à la fois la fréquence et la quantité. Donc, c'est mentir. Là, le sujet, c'est le mensonge. Et c'est vrai que le mensonge, si... S'il intervient à nous fous dans l'échange entre le soignant, ça ne peut pas fonctionner. C'est vrai que ça reste tabou. Des fois, on a du mal peut-être à pouvoir s'exprimer. Il y a de la honte aussi. La honte aussi, c'est de se dire que les quantités sont énormes. C'est vrai que mon médecin m'a toujours dit... Enfin, m'a toujours dit... me l'a dit sur certaines consultations que j'avais peut-être bu toute la quantité que je ne pouvais boire peut-être dans une vie. Et voilà, il me reste encore pas mal de temps à vivre. Donc ça laisse réfléchir quand même quand on entend ça. Donc voilà.
- Speaker #3
Moi j'ai mis fin aux mensonges ici. J'avais commencé un petit peu avant, mais toujours en minimisant les quantités, même avec mon médecin traitant, c'est elle qui m'a orienté ici. Mais je ne disais pas vraiment la vérité. J'avais des problèmes au foie, donc je ne pouvais pas nier. Mais l'arrêt du mensonge, la vraie sincérité, elle est venue ici. Et c'était ça aussi en fait. Pour moi, le mensonge est une part tellement importante dans l'addiction que c'est ça que j'ai arrêté.
- Speaker #4
Après, c'est quand même un soulagement.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une étape, un moment où vous vous souvenez, quand tu t'es venu un jour précis, dans ton parcours, il y a un point d'étape ?
- Speaker #3
À mon premier rendez-vous, oui. Où là, j'ai dit tout. Tout le parcours, les rituels, les mensonges, la construction de... Comment j'avais construit toute cette vie autour de l'alcool. Tout est sorti au premier rendez-vous.
- Speaker #0
Et tu t'en rappelles bien ?
- Speaker #3
Ouais.
- Speaker #0
C'est marqué quoi.
- Speaker #3
Ouais. Il y a un besoin physique évidemment. que je n'avais pas forcément réalisé. Parce que j'avais réussi, avant de venir ici, j'avais réussi à arrêter plusieurs fois ou à diminuer la consommation. Et puis je reprenais. Et est arrivé un jour où je savais que j'étais foutu. Que l'alcool serait toujours plus fort et que je n'y arriverais pas. C'est un ami très très très puissant. qu'on ne se relève pas. J'ai pris conscience de ça, que c'est impossible. Je suis sous l'emprise. C'est fini. Et le fait de venir ici et de déballer toute la vérité, c'est comme si ça faisait évacuer le monstre. C'est la seule arme possible. La vérité, c'est la seule arme possible pour vaincre, en tout cas, pour le mettre, pour l'éloigner.
- Speaker #0
Une série sans Netflix.
- Speaker #3
Moi, je l'ai vraiment vécu comme ça. Comme à la fois une maîtresse, parce que c'est des moments presque de jouissance. Enfin, j'exagère, même pas. C'est vraiment des moments. Et puis, les moments de prise de conscience, où on se rend compte qu'on est minuscule face à ce monstre énorme.
- Speaker #0
Et donc, il y a vraiment eu cette rencontre avec la vérité, qui fait équipe avec la vérité,
- Speaker #3
pour inventer le... Moi, c'est ça qui m'a sorti du truc. C'est commencer déjà à en parler aux médecins un petit peu, à ma compagne, beaucoup. J'ai mis beaucoup de temps avant d'arriver ici, mais j'avais déjà commencé le travail et je savais que dire la vérité allait être mon arme. Ça vous parle, cette image ?
- Speaker #2
Moi, c'était tellement difficile de le dire que le seul moyen que j'ai trouvé, parce que j'étais tellement dans la honte et tellement dans la dissimulation permanente, et c'est vrai que je n'ai... Trouver comme seul moyen d'avouer. J'ai fait une tentative de suicide. Et c'est ça qui m'a obligée à dire. Parce que j'étais incapable, je ne pouvais pas le dire. Donc j'ai dû faire. Faire quelque chose de tellement énorme que... on vient de te prendre c'est ça c'est déclenché du coup la parole la première parole c'était ça mais j'ai été jusque là tellement c'était impossible à dire et ça c'est Ça montre vraiment la peur du jugement qu'on a, surtout les femmes.
- Speaker #0
On prend plus cher. C'est la double peine.
- Speaker #2
Je suis désolée, je ne veux pas faire du misérabilisme. C'est un fait. C'est un fait.
- Speaker #4
Je sais qu'en fait, la vision de l'un ou de l'autre n'est pas la même.
- Speaker #2
C'est du tout la même.
- Speaker #0
Du coup, c'est des mensonges différents aussi.
- Speaker #4
Oui, je pense.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #4
Enfin, je parle pour moi. Oui.
- Speaker #0
De quelle manière, du coup, par exemple ?
- Speaker #4
Dans le genre où lui, il ne se cachait pas.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
C'est ça, exactement. C'est clair que ça. Ils n'ont pas besoin de se cacher. Nous, on en meurt beaucoup plus parce qu'on se cache.
- Speaker #0
On n'en parle pas, et oui.
- Speaker #2
Donc, on en meurt. plus que les hommes.
- Speaker #4
Mais ça c'est aussi physiquement...
- Speaker #2
Oui, on est plus fragile, on va prendre plus cher parce que physiquement on encaisse moins, mais je pense que... Enfin, c'est pas que je pense, on me l'a dit, des médecins me l'ont dit, c'est pas moi qui l'ai inventé, c'est que, et ça m'avait beaucoup choqué, que justement les femmes en mouraient plus parce qu'elles étaient prises en charge beaucoup plus tard, parce qu'elles en parlaient beaucoup plus tard, parce que la honte est encore... plus forte, parce qu'une femme alcoolique, c'est...
- Speaker #0
une moins que rien.
- Speaker #1
Je dirais que le jugement fait partie du mensonge. C'est pour ça,
- Speaker #0
ce que je veux dire, c'est que le mensonge est la peur du jugement. Et on est jugé. Et les femmes sont jugées deux fois plus rudement que les hommes. C'est pour ça quand même que je pense qu'on est quand même dans le thème.
- Speaker #2
Il n'est clairement pas le thème. Je ne voulais pas être jugé. Non,
- Speaker #0
non, je rigole.
- Speaker #2
Quelque chose d'intéressant, c'est le pacte dénégatif. C'est un moyen de créer des accords tacites dans un groupe, parfois inconscients, qui permettent de décider collectivement de ne pas parler de certaines choses. En tout cas, de faire silence sur certains sujets, maintenir un peu l'équilibre d'un groupe ou d'une famille. Dans le cas de l'addiction, j'ai l'impression que l'usager se retrouve souvent pris dans ce type de pacte, non pas par plaisir, mais parce que c'est la seule marge de liberté qu'il lui reste face au jugement moral des autres. Le silence, le mensonge, devient des façons de survivre à l'intérieur de ce système de regard. On les force à accepter. Et à se mentir, du coup. C'est un peu un jeu global de dupes. Personne n'y est. C'est vraiment dur, mais tout le monde accepte.
- Speaker #0
Mais tout le monde joue le jeu.
- Speaker #2
À force de jouer ce jeu-là, peut-être qu'à un moment, on se confond avec ce jeu, avec ce mensonge. Est-ce qu'il y a eu un moment où vous avez réalisé que vous commencez à croire à vos propres histoires ?
- Speaker #3
C'est justement là le problème. C'est qu'il y a un moment où... Oui, on accepte notre mensonge personnel. Et c'est là où il faut en effet prendre une décision. Oui, ça vient progressivement cette histoire de confondre...
- Speaker #1
Le mensonge et le... Oui,
- Speaker #3
oui.
- Speaker #1
C'est quotidien, il n'y a pas un événement, mais de vivre cette double vie au quotidien, comme tu disais, de s'organiser tous les soirs, tous les matins, on va s'organiser pour où est-ce que je vais aller chercher, comment je ramène à la maison, est-ce qu'il faut que je rentre avant les autres ? Toute cette double vie, ça devient une réalité. Pour soi, ce n'est plus un mensonge, puisque c'est notre vie. On est noyé dans ce truc-là. Effectivement, on n'a plus l'impression de mentir, puisque tout est organisé.
- Speaker #3
Oui, mais c'est vrai que ça vient progressivement. Ça vient progressivement.
- Speaker #1
D'abord, on est dans le déni, puis cette situation vient progressivement, où on baigne dans ce mensonge permanent.
- Speaker #3
Comme une habitude.
- Speaker #1
Comme une habitude. Et puis, encore après, vient la prise de conscience, où on se dit que c'est vraiment un gros mensonge. C'est hallucinant, ce qu'on fait. C'est hallucinant. C'est une mensonge. C'est ce qu'on fait en place. J'allais dire, qui ne dit mot consent, chacun reste sur ses positions,
- Speaker #4
et ça convient à tout le monde. Sauf qu'en réalité, on est complètement à côté de la plaque. Parce que oui, on croit s'inventer un monde qui convienne à tous, mais en fin de compte, on est complètement... Inhibé par l'alcool, en fin de compte, et on n'a pas les idées claires. Enfin, on pense avoir les idées claires, mais non, ce n'est pas du tout le cas. Et c'est vrai que du coup, le mensonge, c'est quelque chose qu'on transpire, quelque part.
- Speaker #1
Un moment où on implique les autres, effectivement. Moi, j'ai eu cette sensation parce qu'on laisse entrevoir un petit peu. C'est-à-dire qu'à un moment donné, je buvais tous les soirs. En rentrant à la maison, je buvais tous les soirs. Tout le monde le voyait. Donc, c'était plus ou moins assumé. On n'en parlait pas. Ce qu'ils ne voyaient pas, c'était la quantité de ce que je la cachais. Mais c'est vrai que les autres sont impliqués dans notre mensonge parce que...
- Speaker #4
On entraîne tout le monde.
- Speaker #1
On nous voit. Donc, on nous, on se dit que, effectivement, c'est accepté. C'est un non-dit, mais c'est accepté puisqu'il nous voit boire tous les soirs. Mais en réalité, c'est le haut de l'iceberg.
- Speaker #4
La société, en fin de compte, est d'accord pour mentir aussi et dire, oui, mais lui, c'est un bon vivant. Donc, quelque part, c'est déjà un mensonge vis-à-vis de cette personne. On dit, il est bon vivant, oui, il a le droit. On accepte. Et quelque part, le mensonge, il devient, en fin de compte, interactif dans les deux sens.
- Speaker #2
Collectif.
- Speaker #4
Collectif, oui. En fin de compte, ça arrange tout le monde. Le fait qu'il soit collectif.
- Speaker #0
Sauf pour les femmes.
- Speaker #4
Sauf pour les femmes, oui. Les clichés, ça reste comme ça. Oui, voilà.
- Speaker #0
Il y a vraiment un jugement. Et donc, Un mensonge qui est encore plus dur à briser.
- Speaker #1
Nous, on a l'effet inverse maintenant. C'est qu'un homme qui ne boit pas en société, c'est compliqué. tous mes amis, toutes les soirées, tous les dîners, tous mes amis boivent énormément. Je me rends plus compte aujourd'hui. Oui,
- Speaker #0
oui, c'est une fois que tu t'arrêtes, c'est frappant, oui. Vraiment.
- Speaker #1
Et quand tu es arrêté, le mensonge continue parce que je n'ai pas forcément envie de dire à tout le monde que je suis cibli, que je suis alcoolique.
- Speaker #2
Développer le...
- Speaker #1
Mais un homme qui ne boit pas, c'est...
- Speaker #2
C'est peut-être chez ma génération et encore plus chez les plus jeunes. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je pense que c'est la génération d'au-dessus.
- Speaker #3
Bien vu,
- Speaker #2
mais comment on a l'impression que je...
- Speaker #1
On pose la question systématiquement.
- Speaker #2
C'est sûr.
- Speaker #1
Même les gens qui ne me connaissent pas.
- Speaker #2
Déjà, mon âge, c'est le cas, donc je n'imagine même pas, par exemple, que... Même là, moi j'ai fait le dry January, abstinence légère. Et mon père ne pouvait pas accepter que je ne prenne pas de verre de vin. Au début, il a accepté que je ne prenne pas de champagne à l'apéro. Mais à table, non, il m'a quand même servi. Lui, c'était impossible de dire qu'un quart vienne.
- Speaker #3
Il y a cette génération où forcément, quand on fait un bon dîner...
- Speaker #2
Il doit boire. Il aime bien le vin, donc. Mais t'as un affront de se dire, non, mais tu n'as pas quand même... Tu plaisantes.
- Speaker #1
Moi, mon père m'a fait ça aussi. C'était leur anniversaire de mariage. Je venais d'arrêter depuis quelques temps. Donc champagne. Et il n'a pas compris que je ne prenais pas une coupe de champagne. Et donc j'ai finalement accepté la coupe de champagne. Comme on était un peu nombreux, j'ai pu la poser quelque part.
- Speaker #2
Donc tu as menti un peu.
- Speaker #1
Mais donc j'ai commencé à mentir.
- Speaker #0
Mais t'imagines, tu mens sur ta sobriété.
- Speaker #1
Oui. Parce que je n'en avais pas à parler à mes parents, parce que je ne leur en ai pas encore parlé. Et peut-être que ce podcast va m'aider à leur en parler. Mais oui, on continue à mentir. Parce qu'il faut tout expliquer sinon. C'est pas forcément le moment.
- Speaker #2
C'est souvent trop lourd pour les gens à entendre.
- Speaker #4
Moi je suis un petit peu dans le même cas d'Eric. C'est-à-dire que je ne bois pas quand il y a des repas de famille. Et c'est vrai qu'on peut passer pour le... Pour le rabat-joie, quoi, quelque part, parce que on se dit, lui, il se fait remarquer parce qu'il boit. Alors, c'est vrai que là, pour le con, on se fait remarquer parce qu'on ne boit pas. Alors, on se fait remarquer quand on boit de trop, et quand on ne boit plus du tout, on se fait remarquer aussi.
- Speaker #3
Mais moi, beaucoup plus d'intimement, mon compagnon qui buvait juste à table un verre de vin, et donc... Je reviens le 1er janvier et j'ai décidé d'arrêter de boire. Il me dit, tu ne veux pas boire ? Je dis non, non, je n'ai pas envie. Et je ne dis pas... Et puis j'ai continué à simuler.
- Speaker #0
À simuler de boire ?
- Speaker #3
Oui, voilà. Ah c'est ça, d'accord. Oui, oui, oui. Un peu ça.
- Speaker #0
Oui, comme ça. À ne pas boire, sans le dire. Sans le dire, oui, oui.
- Speaker #2
Ouais, alors que... C'est fou. On se sent super dur malgré le fait qu'on ait entamé le suivi et que ça aille mieux dans la vie. On ne soit plus forcément en prise avec l'addiction. Mais par contre, on est toujours en prise avec la responsabilité.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #3
non merci, parce que...
- Speaker #2
Oui, parce que les femmes, souvent... Je veux dire, je suis enceinte. Oui, voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Non mais moi j'ai adopté justement une attitude, au contraire je pose tout de suite le truc. D'abord parce que ça m'aidait au départ, ça m'aidait. Dès que j'arrivais dans une fête et qu'on me proposait un verre, je disais non je ne bois pas, je suis alcoolique. Le gros blanc.
- Speaker #2
Le début.
- Speaker #0
Oui mais justement c'était aussi une manière pour moi de créer un espèce de garde-fou. Du genre je vous prends tous à témoin. Comme ça, si jamais il y en a un qui me chope avec un verre à la main, c'était une manière de... Et franchement, je vous le conseille. Même si c'est un peu dur à assumer, de le balancer comme ça, mais dès le départ, d'abord, premièrement, parce que ça va aider d'autres gens. Comme tu disais, depuis que tu as arrêté de boire, tu t'es rendu compte à quel point tous les gens autour de toi picolent. Enfin, je ne sais pas comment dire, mais c'est très libérateur. Et en plus de ça, je trouve que c'est un peu une main tendue aux autres que de briser tout de suite ce mensonge, d'être cash.
- Speaker #1
Moi, je l'ai fait dans certains... dîner avec des nouvelles personnes, notamment. Peut-être pas aussi violemment que toi. Mais en disant que j'avais arrêté et en parlant du coup de mon suivi, etc. Et c'est vrai que, comme tu disais, c'est, je pense, aujourd'hui, beaucoup plus accepté. Les gens savent qu'on peut être suivi. Et quand on en parle comme ça, effectivement, les gens sont vraiment bienveillants.
- Speaker #3
C'est ça que je veux dire. Je ne serai jamais aussi cash comme ça. c'est pas dans ma nature. Mais par contre,
- Speaker #4
dire non, je ne bois pas.
- Speaker #0
Dire je ne bois plus, sous-entend que j'ai été alcoolique.
- Speaker #4
Ça, je n'en suis pas là encore. Mais pour rejoindre ce que disait Eric, c'est vrai que les gens sont plutôt bienveillants quand on leur dit que je ne bois pas d'alcool. Les gens ne... Le fait d'en parler un peu plus quand même, de libérer la parole autour de ça, ça permet en fin de compte de transmettre entre un message. On voit en fin de compte que la consommation des autres est complètement banalisée et atteint des quantités énormes. Tout en sachant que ces gens-là prennent des risques à la fois pour leur santé, pour la santé des autres aussi. On sait très bien que... Les statistiques sont là, les accidents au volant, les trois quarts c'est quand même avec de l'alcool. Les chiffres sont là, je ne les invente pas. Il y a des hommes. Oui, voilà. Et tout ça pour dire que c'est vrai que maintenant, quand on ne boit pas, et qu'on est chez, que ce soit de la famille ou autre, quand il y a des rencontres comme ça, Alors aujourd'hui, on repère des cachettes, j'allais dire, mais c'est plus des cachettes de plantes vertes pour pouvoir justement jeter la piste au tronc de taille, comme ça ne peut pas le faire. Alors là, on repère justement les endroits où sont les plantes vertes, les toilettes, les petits recoins cachés comme ça. Non mais bon, voilà. Ou posés dans un coin, c'est tout. C'est un autre mensonge, on va dire, pour le bien de soi. Pour la bonne cause. Pour un grave, mais voilà.
- Speaker #2
Mais par contre, ne pas heurter le déni collectif qui est « non, tout le monde boit ici, on fait la fête » . Non, non, par contre, on fait plaisir aux gens, faisant comme si on ne buvait le verre.
- Speaker #4
C'est-à-dire qu'on ne veut pas s'éterniser sur des sujets ou des conversations qui vont au final aboutir à rien, parce qu'après les gens... Mais d'un autre côté, comme disait Solange, le fait d'être cash, des fois, ça leur permet de prendre conscience sur eux-mêmes. Et de dire « bah ouais, après tout, quand même, c'est vrai que là, j'ai quand même vidé une demi-bouteille de rouge, ou voir une bouteille de rouge pendant un repas » . Peut-être avec le recul le lendemain, quand on a un peu mal à la tête, mais j'allais dire, le fait de dire sans alcool, c'est très bien aussi. Je veux dire, pourquoi ?
- Speaker #1
C'est quand même aussi très bien de dire toute la vérité aux autres. Comme tu disais, c'est à la fois libérateur.
- Speaker #0
C'est très libérateur et souvent les gens sont très bienveillants.
- Speaker #1
Et on t'écoute.
- Speaker #0
Moi, je n'ai eu que des félicitations. Les premières fois que j'ai commencé à dire ça à la cantonade, surtout en tant que nana. le nombre de nanas qui sont venues me voir après, presque en larmes, en me disant « C'est hyper courageux ce que tu fais, moi ma mère, moi ma sœur, moi mon... » Voilà, de casser ce tabou, parce qu'on n'a même pas encore prononcé le mot tabou.
- Speaker #3
Au début, on a dit « différence entre tabou »
- Speaker #2
C'est presque un acte politique, quoi. Oui. Tu casses le tabou des autres. Oui, oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #2
Ce n'est pas que ta petite vie. Non,
- Speaker #0
ce n'est pas que la mienne. C'est vraiment rentrer dans le vif du sujet pour qu'on arrête de se cacher derrière nos petits doigts. Parce que c'est une cause... Je suis comme toi. Je vois le nombre de gens autour de moi qui sont alcooliques et qui sont dans un déni. Parce que moi, j'en connais, surtout chez les filles. Oui, oui, voilà. Ça boit du vin bio, donc... Oh ! Tu vois ce que je veux dire ? À partir du moment où tu en bois tous les jours plus d'une bouteille, c'est qu'il y a probablement un souci. C'est vrai que maintenant, j'en ai un peu fait un étendard. Mais je ne suis pas en train de dire que c'est la solution pour tout le monde. Moi, par contre, ça m'a beaucoup aidée. de balancer ça pour parler tout de suite de l'éléphant au milieu de la pièce, comme on dit en anglais.
- Speaker #3
L'éléphant sur une porcelaine ? Non, je ne sais plus comment est-ce qu'on dit. C'est quoi le terme ?
- Speaker #0
Ce n'est pas l'éléphant sur une porcelaine.
- Speaker #2
L'éléphant in the room.
- Speaker #0
Comment on dit ? The elephant in the room en anglais, mais je ne sais pas comment on dit en français.
- Speaker #2
Est-ce que vous avez un moment où vous vous rappelez avec eux ? Vous avez dit la vérité à une personne ?
- Speaker #3
Moi, c'est mes enfants qui m'ont aidée. Ils m'ont dit « Maman, tu es malade, tu te soignes » . Et j'ai dit « Oui, c'est vrai » . Ils m'ont dit « C'est bien, tu n'es pas dans le déni » .
- Speaker #1
Le fait de rechuter, en fait, c'est pas le sujet du jour, mais c'est jamais gagné. On est alcoolique, comme tu dis, et on s'est jamais gagné. Mais le fait d'avoir dit la vérité, le fait d'être suivi surtout, ça nous donne une force. Là, le week-end dernier, j'ai eu encore une grosse crise où j'ai failli... J'ai failli boire et je ne l'ai pas fait et j'en ai tout de suite parlé à ma compagne et du coup ça désamorce le truc et même si ça reste, depuis ce week-end je suis un peu assez mal et tout, c'est beaucoup plus facile entre guillemets d'affronter ça. Et j'ai commencé à en parler une fois que j'étais ici, une fois que j'avais arrêté. et que j'ai commencé à prendre des médicaments, que j'ai été suivi par les médecins, la psychologue, etc. Là, j'ai pu commencer à en parler. J'avais repris confiance en moi.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que tu ne voulais pas t'engager.
- Speaker #1
En parler, c'est un peu s'engager.
- Speaker #0
Tu ne voulais pas t'engager à arrêter et toi, tu voulais que ça se passe.
- Speaker #1
Je savais que c'était impossible.
- Speaker #3
Ça peut prendre un laps de temps suffisamment.
- Speaker #0
Il fallait que tu sois déjà dans le processus toi-même pour pouvoir en parler. Oui, c'est-à-dire avoir confiance.
- Speaker #1
Voilà. Retrouver, avoir confiance en ce que tu peux raconter aux autres. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Oui, être sorti déjà du mensonge vis-à-vis de toi-même pour pouvoir sortir du mensonge vis-à-vis des autres. Oui, tout à fait.
- Speaker #4
On arrête de devenir cette marionnette, c'est-à-dire qu'on reprend la maîtrise de soi. En rapport. Oui, et voilà, de cette copine qui nous a tellement accompagnés tous les soirs, pendant des années, et là on se dit, mais non, c'est fini, j'arrête, je redeviens maître du jeu, entre guillemets. Et c'est vrai qu'il y a quand même toujours cette épée d'Amoclès au-dessus de la tête.
- Speaker #3
Je suis venue ici pour me faire soigner, mais je dis, mais je sais que quand on est alcoolique, on la vit. Donc c'est là où il faut être d'autant plus vigilant.
- Speaker #2
Aujourd'hui, le fait de parler devant ce micro, est-ce que ça change quelque chose pour vous ? Est-ce que ça transforme ce mensonge en... Enfin, même cette vérité que vous avez commencé à explorer ici, est-ce que là, ça devient une sorte d'étape ? Toi, tu disais qu'éventuellement, ce podcast serait écouté par d'autres personnes, qu'il aurait du coup...
- Speaker #1
Si je leur en parle, oui, ça peut aider à ça.
- Speaker #2
qui aurait pu avoir une fonction autre que juste parler pour vous faire du bien ou pour explorer ces choses-là que ça puisse avoir une fonction autre c'est-à-dire véhiculer un message véhiculer un message oui moi c'est
- Speaker #0
plus pour ça que je l'ai fait si ça peut aider qui que ce soit où que ce soit même si c'est une personne Merci. De transformer quelque chose de tout pourri en quelque chose d'utile pour quelqu'un d'autre.
- Speaker #4
Chacun fait son bout de chemin. Et je crois que le chemin reste encore... Enfin, il n'est pas terminé. C'est en permanence. Je suis plutôt fier de moi pour l'instant. Donc, je pense qu'on l'est tous, quelque part, j'espère, en tous les cas. Et je me dis, oui, pourquoi pas, si ça peut aider, ou pas, je ne sais pas. Mais en tous les cas, ça ne peut pas faire de mal, ça c'est sûr.
- Speaker #1
En parlant comme ça, on sort un petit peu de soi, quoi. C'est un point d'étape personnel. On partage. On peut être fier de soi parce qu'on est là, on en parle. Et puis c'est... Parce que c'est important pour les autres, effectivement. C'est une petite étape supplémentaire. On ne fait pas ça tous les jours. On ne parle pas comme ça tous les jours. C'est des gens qu'on ne connaît pas.
- Speaker #2
Et de fait, c'est une étape.
- Speaker #1
C'est un point.
- Speaker #3
moi je suis courageuse parce que j'avais un peu peur donc oui c'est une étape et j'avais besoin de courage mais je suis contente d'y avoir participé et si ça peut aider merci à vous c'est tout pour toi on peut faire un petit
- Speaker #2
Voilà, un petit au revoir. Vous avez un petit mot à passer, un petit message d'espoir.
- Speaker #3
Rien n'est perdu.
- Speaker #2
Voilà, c'est ce que le lendemain, c'est tout.
- Speaker #0
De quoi ? Jean n'est perdu ? Rien n'est perdu.
- Speaker #2
Rien n'est perdu.
- Speaker #0
La chanteuse tourne.
- Speaker #2
Jean est perdu.
- Speaker #0
Jean est perdu. Et tout est à gagner.
- Speaker #1
Ça fait un beau slogan, ça.
- Speaker #0
Ça, c'est un bon slogan.
- Speaker #1
Vous avez bien le courage aussi. Vous êtes fière de son courage parce qu'on se bagarre. Oui,
- Speaker #3
à l'habitude, t'es le gros.
- Speaker #1
On y va.
- Speaker #3
C'est ça.
- Speaker #2
Vous avez été formidable. Voilà, c'est bon, ça va être là.
- Speaker #0
Ça va être là. Bravo.
- Speaker #2
Bravo. Merci. Bravo.
- Speaker #0
Ça va. OK,
- Speaker #4
fabuleuse. Merci,
- Speaker #1
Nathalie. Voilà, merci beaucoup.
- Speaker #3
Bonne soirée. Comme je suis très d'accord.
- Speaker #0
Oui, je vous en prie, vous m'y rendez. Bonne soirée. Bonne soirée. Bonne soirée.
- Speaker #2
Un podcast produit par Addiction France, écrit et réalisé par Sylvain Pignou, sur une musique originale de Convervige et Sonel Studio, et une illustration signée Mathilde Fion. N'hésitez pas à vous abonner sur mes plateformes d'écoute, à laisser quelques étoiles, voire même un commentaire, et à le partager autour de vous. Parler de santé mentale et d'addiction, ça change des vies.