- Speaker #0
Vous écoutez En Substance, un podcast d'Addiction France.
- Speaker #1
Entrez, entrez, oui. Bonjour, vous êtes en relation avec le répondeur téléphonique du centre 414, antenne Luxapath de l'association Addiction France. Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce quatrième épisode d'En Substance, saison 2, l'addiction à plusieurs voies. Aujourd'hui, on vous propose un épisode à la fois concret et théorique pour aborder la question des cycles. L'addiction n'est pas une fatalité figée, ce n'est pas un simple cercle vicieux qui se referme une fois pour toutes. Dans la réalité clinique, l'addiction est un processus dynamique, un cycle qui peut s'installer et se modifier. Dans cet épisode, on va analyser ce cycle en trois chapitres. D'abord, l'amorçage. Le moment où le produit n'est plus juste un plus, mais devient une réponse automatique au stress, à la fatigue, aux émotions. Ensuite, l'ornière. Quand le cycle se fie, on parle de tolérance, de routine, et de cette métaphore boueuse des rails qui se creusent dans le quotidien. Et enfin, le mouvement. Comment on peut briser la boucle, parfois avec un déclic imprévu, parfois avec des stratégies construites pas à pas. C'est peut-être un peu plus théorique que d'habitude, mais je trouve que ça offre des clés de compréhension très utiles pour mieux cermer les cycles de l'addiction, les siens comme ceux des autres. On aborde aussi des questions plus existentielles, comme le rapport à la créativité, à la solitude, à la joie, et à plein d'autres choses.
- Speaker #2
C'est quoi ça ? C'est un micro ? Non. C'est l'enregistreur.
- Speaker #0
C'est l'enregistreur, oui, bien sûr.
- Speaker #2
Tu branches le micro. C'est le micro.
- Speaker #0
Merci à Marion, Joséphine et Aurélien pour leur force et autres lumières contagieuses. Vous écoutez En Substance, saison 2. Et on va commencer par les présentations.
- Speaker #2
Je m'appelle Marion. La première fois que je suis venue ici, c'est en 95. C'est-à-dire que j'avais 45 ans. Parce que ça débordait. Voilà, ça débordait de partout. Et que ça envahissait ma vie et autour de moi aussi. Voilà. Il y a quelque chose qui a toujours tenu, c'est mon métier.
- Speaker #3
Ça ne m'a jamais empêché de travailler. Ça, c'était important.
- Speaker #0
Tu peux dire ce que tu fais comme métier ?
- Speaker #3
Je suis médecin généraliste. C'est QFD.
- Speaker #0
Et les autres ?
- Speaker #3
Moi c'est Joséphine, j'ai 29 ans. Moi la première fois que je suis venue ici, c'était au printemps 2023, je dirais. Parce que j'allais pas très bien, en lien avec des addictions, mais pas que. Voilà.
- Speaker #4
Oui, bonjour, moi je m'appelle Aurélien. Je dirais que ça fait à peu près... Quatre ans que je viens au Xapa, je suis venu là pour les mêmes raisons que Marion. Je pourrais dire, le formuler un peu de la même manière, cette sensation de débordement, de quelque chose qui me submerge et qui est bien plus grand que ce que je peux contenir en tout cas.
- Speaker #0
Merci. Moi je ne sais pas si vous voulez que je me présente aussi.
- Speaker #2
Oui, bien sûr, volontiers.
- Speaker #0
Moi je m'appelle Sylvain Pinault, je suis réalisateur de podcast Père Edon, du coup, on appelle comme ça la maison Perchet. J'ai rencontré l'addiction à plusieurs moments dans ma vie. Et peut-être qu'elle n'a pas totalement disparu. J'imagine que c'était toujours le... Mais j'ai jamais eu de soin, l'addictologie, en tant que ça, pas. Mais... C'est quelque chose que je connais dans ma chair à moi et dans mon quotidien, mes amis. Et ce travail que je fais avec vous depuis deux ans, qui est passionnant.
- Speaker #2
Une partie prenante.
- Speaker #0
Ouais. Souvent je dis « on » d'ailleurs. Je m'inclus dans la recherche. On va commencer par cette question d'amorçage du cycle. Comment ça commence ? Ça s'embrase peut-être ? différentes questions sémantiques. Est-ce que vous vous rappelez d'un moment précis où vous avez senti que le produit n'était plus juste un plus, peut-être un plus récréatif, ou en tout cas qui était plus associé à quelque chose de bénéfique, mais qu'il devenait un moyen peut-être d'effacer des soucis et qui venait remplir une autre fonction qui n'était plus du tout récréative.
- Speaker #2
C'était plus du plaisir.
- Speaker #0
Non. Est-ce qu'il y a un moment précis qui émerge comme ça ?
- Speaker #2
Moi tout de suite, je le sais très bien, tout de suite. J'ai commencé assez jeune dans les soirées, comme j'étais très timide, très réservé, très mal à l'aise. J'ai commencé à picoler dans les soirées assez jeune, 18-19 ans. Donc je me souviens très bien des lendemains matins, avec le mal de tête. J'étais un peu débile. Ce n'était pas très malin. Ça a commencé assez tôt. C'était pour le plaisir de me sentir un peu tranquille, pas me sentir gêné de rentrer dans une pièce et de voir plein de personnes, qu'on m'invite à danser. C'était vraiment typiquement la timidité de la fin de l'adolescence que je n'assumais pas du tout. Je ne suis pas sûr de l'assumer encore. Et qui permettait de sortir de soi-même.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un moment où ça s'est déplacé, où tu l'as compris ?
- Speaker #2
Je pense que je l'ai compris très tôt. Mais c'était trop tard. Ce n'est pas parce qu'on comprend que...
- Speaker #4
Après oui, moi j'ai des souvenirs d'adolescence. 15 ans, je ne sais pas, où effectivement, il y avait cet outil pour surmonter également quelque chose de très... Voilà, il fallait que je me désinhibe pour pouvoir entrer en contact avec les gens qui m'entouraient, les personnes qui m'entourent. Mais j'ai mis beaucoup plus de temps à en voir le côté négatif, en fait, puisque moi, c'était plutôt désinhibant. Et je devenais un peu quelqu'un... Une personne d'intérêt, comme on dit, je ne sais pas. Je pouvais m'amuser, amuser les autres. Quelque chose se passait qui ne se passait que dans ces moments-là. Alors après, les gueules de bois, les maux de tête, tout ça, ça me... Ça restait quand même de l'ordre du plaisir. C'est bien plus tard que j'ai compris que quelque chose s'était mis en place, qui était très très un cycle justement, quelque chose duquel je ne pouvais pas me détacher. Mais je ne me suis pas senti à un moment me faire prendre dans cette ronde, ce cercle. Et personnellement, c'est bien plus tard que j'ai compris que c'est beaucoup plus complexe que ça. Et qu'il n'était plus question de ma volonté de sortir du cycle ou du cercle. mais que je l'avais intégré.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y avait la question du mimétisme aussi, par rapport aux autres ? aux gens que tu fréquentais, comme les autres ?
- Speaker #4
Oui, totalement. D'ailleurs, je me souviens très bien de ne pas supporter très bien l'alcool au départ, mais ça, je pense que c'est assez classique. Mais du coup, ma guérir m'endurcit assez vite par rapport à ça, pour un peu rejoindre ceux qui tenaient. Ça faisait aussi partie d'une sorte d'envie d'être intégré socialement. Il y a presque eu un travail, de ma part, pour... tenir quoi, pour être à l'égal des autres et voilà, une volonté en tout cas.
- Speaker #3
Être capable de consommer quoi.
- Speaker #4
Ouais, c'est ça.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #3
Bah moi je pense que je me reconnais un peu, je pense que les... moi je dirais que aussi dès le départ... Il y avait sa frôlée et le plaisir et la fuite en avant. Moi, la première fois que j'ai consommé de l'alcool, je devais avoir 14 ans. Et c'était tout de suite assez problématique parce que tout de suite, je buvais beaucoup trop d'alcool, entourée par mes compatriotes, enfin mes compères, qui avaient le même âge que moi. Mais moi, je dirais que le rapport à la consommation, peut-être... était déjà la consommation d'alcool, mais autres aussi étaient déjà problématiques dès là. Alors je ne sais pas si je voulais ressembler aux autres, sans doute que je voulais me désinhiber. Je n'étais pas très joyeuse, je pense, quand j'avais 14 ans. Je pense que j'avais envie d'être assez joyeuse et l'alcool, ça a quand même cet effet positif de se sentir joyeux. Je pense que j'y trouvais ça, mais c'était tout de suite assez problématique quand même. Ça s'est vu assez problématique assez vite. La lune de miel n'a pas vraiment duré, ça n'a pas vraiment existé. On peut dire.
- Speaker #4
C'est pas non plus de l'une de miel, je pense que c'était assez problématique. Mais comme je pense que c'était assez problématique pour tous les gens qui m'entouraient également. Oui,
- Speaker #3
c'est vrai.
- Speaker #4
C'était peut-être un léger déni collectif.
- Speaker #3
Oui, collectif, oui.
- Speaker #2
Ce que je veux dire c'est que j'ai réalisé tout de suite que c'était problématique, mais c'était quand même impossible de ne pas boire parce que c'était trop agréable, de se sentir justement, croire qu'on n'était plus drôle, rigoler pour un rien, et surtout être désinhibé quoi, par se permettre des choses qu'on ne se permet pas sans alcool. Mais je ne buvais pas tous les jours du tout. Je n'ai pas commencé au début comme ça. Au début, c'était en soirée. Et c'est après que c'est devenu plus problématique.
- Speaker #0
Donc au début, ça se noie dans un usage social.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #0
Et ensuite, ça se déplace vers quelque chose de plus individuel.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
En parlant de ces moments où on se rend compte de la gravité de la chose, est-ce que vous avez des situations comme ça ? à peine réveillé ou peut-être face à un stress, quelque chose qui vous stimule, votre cerveau scanne tout de suite la solution, et la solution c'est le produit, de manière un peu instinctive, sans qu'on y réfléchisse.
- Speaker #2
J'avais pas trop ça, non. C'était plutôt vraiment... c'était plus réfléchi que ça, je dirais. C'était assez pour rechercher l'effet, quoi.
- Speaker #0
Et en fait, plutôt dans le milieu festif...
- Speaker #2
Ah oui, en festif, bien sûr, tout à fait, au début, tout à fait festif,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #2
Je ne buvais pas seul, par exemple. Je buvais avec les copains. Alors c'était très très souvent les dîners, avec des copains. Et bien entendu, dans ces cas-là, qu'est-ce qu'on a ? Surtout des copains qui picolent, quoi. C'est cela qu'on a au début, surtout. Parce que les autres, ils se sentent un peu décalés. Comme nous, maintenant, on peut se sentir décalés au milieu de quelqu'un, au milieu d'un groupe de gens qui ont picolé.
- Speaker #4
Comme on parle de cycle et de ça, en fait moi je connais par coeur, mais vraiment par coeur mes cycles. Et je sais à peu près quand je vais avoir envie, quand je vais avoir ce craving qui va arriver. Et je sais très bien, c'est pas du tout le même pour chaque personne, mais moi je sais que c'est... De toute façon, le cycle, je le connais par coeur, je peux dérouler ce qui se passe. Par exemple, si ce soir je chute... et que je bois. Si je bois, ça veut dire que je bois trop, de toute façon. Il n'y a pas d'autre solution, pour moi. Et donc, je sais que demain, il va y avoir un jour où je serai incapable de rien. Il va y avoir un second jour où ça va être un peu mieux, un peu entre les deux. Et le troisième jour, je sais que je peux mener ma vie, faire des choses, passer des coups de fil, tout ça, en étant un peu crevé. Et je sais qu'au bout de ces trois jours-là, ça va aller mieux. Donc, il faut que je laisse passer 80 heures, ou 100 à peu près. Et c'est là que le danger, justement, intervient. C'est ce troisième jour. Puisque là, je me sens beaucoup mieux. Et je sais que là, il est fort possible, ou potentiellement possible, si vraiment je ne fais pas attention, si j'ai une soirée ou quelque chose, c'est très très dangereux. Puisque je sais que c'est à partir de là que ça peut recommencer. J'ai beau connaître ça par cœur, par cœur, par cœur, ça n'empêchera jamais que ça se réenclenche. Donc c'est vraiment comme presque étudier un mécanisme. Et chacun en a un qui n'est pas réglé de la même façon. Chacun et chacune a le sien. Mais par exemple, moi je sais que jamais ça ne m'est arrivé de boire le matin.
- Speaker #0
Dans ces moments-là, que tu dis, les 2-3 jours de réhabilitation, de reconstruction, de descente, là t'as pas forcément de craving, de manque du produit.
- Speaker #4
Non, trop crevé, trop gueule de bois, donc là je sais que je suis tranquille ce jour-là. Enfin, tranquille par rapport à ça, je suis pas du tout... Faut des cris négatifs, quoi. Ouais, c'est ça. J'ai même pas la force, même l'idée de penser à une bière ou quoi me dégoûte pendant cette journée-là. Et ça s'atténue le temps passant, et après ça... Je sais que ce moment là, ça ne sera jamais le matin, jamais le midi, jamais ça. Je sais que ça va arriver vers 16h, 17h à peu près. Ça dépend un peu aussi de l'ambiance, s'il fait beau, s'il fait pas beau. Il y a des conditions qui rendent ça plus ou moins maîtrisable ou pénible à maîtriser. Donc voilà, ça c'est des facteurs qui ne dépendent pas de moi et qui peuvent être arrangeants ou dérangeants. C'est ça aussi qui me donne espoir, c'est que ce n'est pas du tout crescendo forcément, c'est quelque chose qui est fluctuant.
- Speaker #3
Et t'arrives à savoir fluctuant en lien avec quoi ?
- Speaker #4
C'est un peu vague mais... Ça dépend de mon degré, de comment j'arrive à supporter le réel ou ce qui m'entoure. Et donc parfois ça peut aller, mais même pas forcément dans quelque chose de très déprimant. Parfois je peux avoir passé une journée, au contraire, où il y a des choses qui se passent, des bonnes nouvelles. Une journée un peu excitante où j'ai vu des gens, où mon travail a... Je ne sais pas, il y a eu des choses qui avancent bien, où je suis content. Mais j'ai cette énergie-là qui reste en moi. Quelque part, je veux me détacher. C'est un peu fuir, m'extraire, me soustraire à ce réel-là. Qu'il soit un réel positif ou négatif, et surtout négatif quand même, c'est-à-dire, mais pas que, c'est vraiment pour moi la possibilité de faire un pas, de me soustraire.
- Speaker #0
Il y a certaines personnes qui parlent un peu du côté grisant de ça, de la sobriété quand on arrête. Mais peut-être qu'il y a une sorte de lune de miel de la sobriété. Et peut-être que ça ne dure pas très longtemps non plus.
- Speaker #2
Je confirme, je confirme. Une lune de miel de la sobriété, une espèce de... On a gagné un peu quoi. Pendant le temps que ça dure, on a gagné. Puis ce qu'il y a de formidable, c'est... Moi j'avais un moment où ça s'est arrêté assez longtemps, de ne plus y penser. Ça c'était tellement agréable de ne plus y penser quoi. De ne plus avoir le cerveau envahi par ça. À quel moment je vais pouvoir commencer à boire ? Il faut que je m'attende, il ne faut pas que j'attende. Parce que je ne veux pas commencer tout de suite, il est trop tôt. Puis je ne vais boire qu'un verre. Alors que de ne plus penser du tout à ça, ça c'est formidable.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui a fait que tu as repensé ?
- Speaker #2
Pourquoi est-ce qu'on y repense ? Je ne sais pas. Je suis incapable de dire pourquoi.
- Speaker #0
Il n'y a pas eu d'élément déclencheur ?
- Speaker #2
Il y a eu un enfoncement, si je puis dire, à un moment donné. C'est parce que, quand j'ai commencé à consulter ici, parce que j'ai fait une... J'allais très mal. Parce que j'ai... J'ai eu une très très grosse déception sentimentale. Et je me suis enfoncé à ce moment-là. Pour me soigner, j'ai bu. C'était vraiment la meilleure manière de se soigner. De loin. Comme ça, je dormais la nuit. Et voilà. Mais les lendemains étaient douloureux.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, t'en es où ?
- Speaker #2
Aujourd'hui, je suis revenu parce que cet été, je retrouve que j'ai un peu lâché la rampe. C'est-à-dire qu'un peu trop souvent, je me suis mis à... Ce qui est le problème, si je puis dire, c'est que je suis censé ne plus boire. Donc maintenant, je bois toute seule. Ce qui est encore pire. d'ailleurs je n'ai aucune envie de boire quand les autres boivent c'est vraiment typiquement quand je ne sais pas où ça va trop bien une espèce d'excitation qui fait qu'on a envie d'augmenter encore l'excitation par un petit verre qui va se terminer mal parce que ça ne sera pas qu'un petit verre ou alors au contraire ça ne va pas et après tout on peut bien boire un petit verre pour que ça aille mieux et le lendemain Aurélien parle de 4 jours moi je ne bois peut-être pas Autant pour que ça dure aussi longtemps, mais les lendemains sont extrêmement désagréables.
- Speaker #3
On a commencé à parler de cycles assez courts, moi j'ai l'impression que les cycles, pour moi c'est des cycles assez longs, de plusieurs années, de consommation, puis de plus de consommation, puis de reconsommation, enfin c'est un peu quand même ce que tu disais. avec des moments où c'est un problème et d'autres moments où c'est pas un problème des moments où j'ai envie de consommer de l'alcool d'autres moments pas du tout donc moi je l'ai interprété un peu plus comme ça les cycles un peu en fonction des moments de vie ou des façons de s'équilibrer dans les déséquilibres moi je consomme toujours de l'alcool mais j'ai l'impression que j'aime de moins en moins ça Et en fait, même quand je consomme très peu d'alcool, j'ai l'impression que je le sens tout de suite le lendemain. J'ai l'impression que je suis... Je ne sais pas si c'est un effet placebo à l'envers de l'alcool, où ça m'angoisse tellement maintenant que ça me fait cet effet-là, mais j'ai l'impression que je suis très déprimée le lendemain. Mais même si j'ai bu un demi de bière, du coup, ce n'est plus très fun. Du coup là, il n'y a plus du tout de fun dans la consommation. Je ne suis plus du tout grisée, juste ça me fatigue, ça me déprime et ça ne me détend plus tant. Donc voilà, je pense que... Enfin voilà, on est quoi à ce que tu disais ? Donc là, je suis plutôt sur un cycle d'abstinence, on pourrait dire ça un peu. Mais qui suit un peu les cycles de ma vie. Pas forcément une décision prise un jour.
- Speaker #0
Presque naturellement quoi.
- Speaker #3
Ouais, un peu. Un dégoût lié à la thérapie quand même, on pourrait dire. Au fait de travailler sur soi un peu, de comprendre nos cycles justement. De voir à quel moment... Moi je me reconnaissais un peu dans ce que tu disais sur... Les journées trop intenses en fait un peu. Une journée trop intense et du coup le verre d'alcool ou les verres d'alcool là ils te permettent de te détendre. C'est plutôt un peu un anxioïtique quoi. Et ça moi je l'ai fort vécu à certaines périodes.
- Speaker #4
Ah oui complètement, c'est vraiment une histoire de relâcher quelque chose.
- Speaker #3
Un peu comme ça détendait quelque chose d'un coup.
- Speaker #4
Et c'était à la fois le corps, le cerveau mais quelque chose qui se... Effectivement, pour revenir à une de tes premières questions qui était un peu sur le moment où on voit que c'est plus quelque chose qu'on ne maîtrise pas du tout. Je rejoins un peu Marion. Alors, ce n'était pas du tout ce que moi, il se trouve que j'ai eu une grosse déception amoureuse aussi au moment du confinement. Donc il y a eu deux choses qui se sont, et c'est à ce moment, enfin deux choses qui se combinaient, qui ont été là pour moi un espèce d'espace infini à remplir, à la fois sentimental et à la fois simplement de vie, de présence, un vide immense que l'alcool effectivement venait... Non pas combler, mais en tout cas faire diversion autour de ça. Et donc voilà, c'est à ce moment-là que, même pendant tout ça, que j'ai vu que là, je ne maîtrisais plus rien. Que quelque chose n'était pas de l'ordre du « je décide de quelque chose » . Et voilà, c'est après toute cette période qu'effectivement, des choses se sont mises en place. En tout cas, j'ai voulu mettre en place des choses sachant que moi seul, je ne pouvais pas du tout... à l'hyperface.
- Speaker #0
Il y avait plusieurs cycles qui cohabitaient, des cycles un peu plus larges. Et peut-être, est-ce qu'il y a des cycles courts, c'est-à-dire à l'échelle d'une soirée, le moment où... On boit notre premier verre, et le fait de ne pas pouvoir s'arrêter. Se dire, je sais que ce verre-là va m'amener à plus d'hiver. Est-ce que c'est quelque chose qui est un peu imprimé en vous ? Pas forcément.
- Speaker #3
Non, je dirais que je ne le vois jamais venir. C'est ça le cercle vicieux. Je me laisse un peu étonnée à chaque fois. Alors là, ça fait très longtemps quand même que je ne me suis pas laissée étonnée. Je pense qu'à force de travailler là-dessus, il y a des choses qui bougent et il y a des choses qui se désenclenchent dans les cycles vicieux. Mais moi, j'étais étonnée d'être étonnée à chaque fois. J'avais conscience que ça allait recommencer, mais je ne le voyais jamais venir. Je me disais non, non, ce soir, ça va bien se passer. Et ça ne se passait pas bien. Et donc, il y avait cette espèce d'étonnement. À un moment, le cerveau, il vrille. Moi, j'avais vraiment ce sentiment-là de ne plus être en maîtrise de quoi que ce soit, et de boire frénétiquement au bout d'un moment. Justement au moment où il fallait sans doute s'arrêter de boire pour être raisonnable. Justement le verre, c'est peut-être ce moment-là de bascule, mais je pense qu'à ce moment-là, on est trop dans un état déjà second lié à l'alcool. Pour comprendre que c'est le moment où ça va partir en vrille. Ce moment-là, maintenant, c'est un moment où j'arrête de boire beaucoup plus. À ce moment-là, je n'ai plus envie de boire maintenant. Alors qu'avant, j'avais envie d'autant plus de boire.
- Speaker #0
Tu fais face à ton propre cycle et tu le vois. Avant, peut-être que tu étais plus masqué.
- Speaker #3
Dans le déni, je ne sais pas. Sans doute.
- Speaker #2
Moi je dirais que je le vois parfaitement venir. Même quelquefois, je pousse un peu. Je vais jusqu'à me provoquer moi-même. Donc j'y vais. Et c'est exactement ça. C'est-à-dire qu'à un moment donné, je me dis il faudrait que tu t'arrêtes. Parce que tu as commencé à avoir la tête qui tourne. Tu as des petites ailes, tout va bien. Et là, ça bascule et c'est là où ça dérape même. Et au lieu d'arrêter, on finit par toucher le fond de la bouteille. Et le lendemain, le soir même, on est mal déjà. Il ne reste plus qu'à aller se coucher. Et le lendemain, on est très mal. Moi, je suis complètement déprimé et très mal. Et quand je prends le premier verre, je me dis « tu fais une connerie » . Et je la fais quand même. Je suis plus une gamine, je le sais. Depuis cet été, j'ai réenclenché un truc qui s'était bien arrêté. Je ne sais pas pourquoi. C'est pour ça que je suis revenu à Cap 14, à Sodexo.
- Speaker #0
Pour trouver pourquoi ou pour mettre fin à ce nouveau cycle ?
- Speaker #2
Pour mettre fin à ce nouveau cycle et pour en parler aussi. Parce que c'est très difficile pour moi d'en parler maintenant, puisque autour de moi on pense que je ne bois plus. C'était très compliqué.
- Speaker #0
Ça rejoint un peu l'épisode 2 qu'on a sorti sur le mensonge. Donc on met en place un mensonge pour continuer à boire. Mais même quand on arrête de boire, on continue à mentir, soit pour faire plaisir aux gens qui pensent qu'on boit, soit quand les gens pensent qu'on ne boit plus, alors qu'on continue. Ça peut nous suivre très longtemps. Et prendre plusieurs formes.
- Speaker #4
Moi aussi, je le vois venir. Je vois les choses arriver. Je sais même les voir avant, puisque des fois je soupçonne que vers 17h, je vais avoir cet élan. Et après, c'est juste comment... Est-ce que je chute ou pas ? Moi, je ne suis pas assez abstinent pour dire rechute, donc je dis je chute. Et après, c'est presque des stratagèmes. Je sais qu'une fois, si j'atteins chez moi... Moi c'est souvent en sortant du travail, je sais que le vendredi soir c'est très pénible, je ne sais pas, il y a certains moments. Et si j'arrive chez moi sans m'être assis quelque part pour boire un verre, je sais que c'est gagné, que je suis en sécurité. Parce que je ne bois pas tout seul chez moi, en tout cas je ne commence pas comme ça. Et par contre les moments où je chute, je peux me retrouver assis à une chaise.
- Speaker #0
En ayant commandé une peinte, sans même vraiment comprendre comment je suis arrivé là. Enfin, ça va très très vite.
- Speaker #1
Tout seul du coup ?
- Speaker #0
Le début tout seul, ça peut m'arriver. En général, ça commence par un rendez-vous ou quoi, mais oui, ça peut m'arriver seul. S'il fait beau, qu'il y a des terrasses, que l'envie me vient, je peux très bien... Pour justement que cette pression, enfin voilà, qu'il y ait un truc qui sorte de moi. Mais ça, effectivement, ça va très très vite ce basculement. C'est à peine... saisissable.
- Speaker #2
Ça fait un peu écho aussi au lien avec les cercles sociaux, je trouve. Parce que je trouve que cette bière arrivée sur la table sans qu'on s'en rende compte, c'est aussi très lié à des habitudes sociales. Moi, j'ai cette impression-là de période de vie où pareil, j'allais boire des verres tous les soirs et en fait, c'est complètement banalisé. Et du coup, il n'y a pas vraiment... Deux moments où on se pose la question de s'opposer le pour et le contre de la commande de la bière. On n'a pas vraiment le temps, on le fait comme les autres. Parce qu'on se réjouit avec les autres de le faire. Il y a quelque chose comme ça, je trouve, de partager un moment joyeux de fin de journée.
- Speaker #0
Tout à fait, et qui va avec cette sorte de décompression un peu collective aussi. Et qui, effectivement... Je pense qu'il fait du bien à tout le monde, en tout cas le relâchement. Effectivement, ça c'est aussi un cercle très social, très rituel.
- Speaker #1
Et qui est verbalisé comme tel. On va boire un verre pour décompresser, après une pièce, après toutes les occasions. Ça vient un peu ponctuer un rituel social. et de communion autour même si c'est juste un verre, même un demi mais ça permet de décompresser évidemment on peut le faire autrement il y a plein d'autres manières pour décompresser mais quand même c'est le rituel social le plus ancré en tout cas en France dans les pays occidentaux on
- Speaker #3
pourrait dire on va en prendre un thé à la mosquée comme rituel social ça serait mieux
- Speaker #0
Il y a un cycle encore plus large pour le coup, moi je pense aussi à un cycle familial, mais ça c'est des sujets que vous avez aussi abordés dans le podcast. Mais moi aussi c'est un truc de reproduction et de culture qui a été très très... qui est un peu un sombre miroir pour moi quoi, parce que j'ai vu mon père très addict et... Et vraiment, je pense qu'il laissait sa vie. Et c'est quelque chose qui me fait beaucoup réfléchir, ce cycle-là aussi, un peu de reproduction. Au-delà des rituels, parce qu'effectivement, en France, soit c'est Noël, soit c'est la nouvelle année, après celle-ci, le pot de départ, le pot d'arrivée, bref, tout est un peu organisé autour de ça. Mais voilà, en tout cas, sur les cycles un peu aussi familiaux de reproduction, je vois dans quel milieu mon père a grandi. Lui, je vois qu'il y a une espèce de miroir un peu à double, je ne sais pas, à triple. Et on a beau dire, moi je m'étais dit, pour rien au monde, je ne veux ressembler à ça ou je veux vivre comme ça. Et pourtant, ça n'empêche pas que. Et c'est ça aussi dans les cycles qui est décourageant, et moi c'est ça qui me désespère parfois, c'est de se dire que, comme on les connaît ces cycles, on connaît à peu près leurs règles, même si on n'a pas toutes et tous les mêmes, et donc justement, des fois c'est décourageant de se dire qu'on ne parvient pas à trouver le truc pour débloquer, et on peut très bien se dire, moi je peux très bien me dire, ah oui, non mais vraiment, aujourd'hui, vraiment, je me le jure, je reste sobre et tout ça, Et je sais que ça peut ne pas être le cas. Donc en fait, je finis par ne plus croire ma propre parole, ma propre pensée et mes propres promesses. Et ça, c'est quand même, je trouve, ce qui est un peu le plus difficile. C'est-à-dire même notre pensée n'a plus de valeur parce qu'on sait qu'elle peut se faire attaquer et ne pas être assez forte. Et ça, je trouve ça difficile.
- Speaker #1
J'ai vu un psychiatre, Daniele Zulino, je crois que c'est italien, qui parlait de métaphore de l'ornière. C'est à force d'utiliser le produit, on creuse comme ça une ornière et on est bloqué dedans. On creuse des rails si profonds qu'il devient impossible de braquer pour sortir. Et c'est un peu ça ce que tu disais, t'as beau te dire aujourd'hui je veux être sobre, et finalement tu rentres dans ce sillon. Bon, tu as déjà répondu, mais... Est-ce que vous avez déjà ressenti ces rails dans votre vie quotidienne qui vous rappellent un peu ? Par exemple un trajet, ou une heure de la journée, peut-être une température, une fête de famille, une occasion comme ça un peu régulière, qui vient vous appeler à la consommation ?
- Speaker #3
Moi, je dirais que c'est l'heure. L'heure 5-6 heures. Il y a une espèce de temps de datance, ou avant, quand je rentrais du boulot, avec la charge de tout le stress que j'avais eu de la journée, que j'ai beaucoup moins maintenant, parce que je travaille moins, mais c'était une manière de souffler. C'était comme si j'avais soufflé tout d'un coup. Et là maintenant, quand ça arrive, c'est ça, c'est vers 6h, c'est une espèce d'heure creuse, un peu de vacuité, c'est pénible, qu'est-ce qu'on va faire ? En fait c'est là où il faut se trouver quelque chose de très... très précis à faire. Je dirais presque qu'il faudrait trouver un rituel. Pas moi, prendre un tricot, faire du tricot. Enfin, pour moi, en tout cas. Ou faire de la couture, ou faire du dessin, ou un truc comme ça, ou de... ou d'agime, je sais pas. Trouver justement un autre chemin pour ne pas rentrer dans cette ornière. Un petit chemin qui serait avec une autre issue que l'ornière.
- Speaker #1
Ouais, il parlait de ça aussi, de rembler, enfin du point de boucher le lornier avec d'autres activités.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #1
bah c'est ça. Chacun trouve son activité, mais voilà, est-ce que ça vous parle ?
- Speaker #2
Ouais, moi plus qu'une heure de la journée, je dirais que c'est des personnes avec qui j'ai des habitudes, ou que j'ai construit à d'autres moments des habitudes de consommation d'alcool conséquentes. Je dirais que c'est quand je vois ces personnes. que je consomme d'un coup beaucoup plus d'alcool, on sait pas trop pourquoi, puis le lendemain c'est terminé, mais voilà, comme si ça y avait un rappel d'une époque, j'espère qu'ils vont pas culpabiliser s'ils entendent, ou s'ils se reconnaissent, mais voilà, ou des personnes qui ont en fait aussi un problème avec l'alcool, du coup, je dirais, et je pense qu'il y a une espèce de reconnaissance et de lâcher prise dans ces moments-là. De, ah bah on peut faire la connerie ensemble en fait, on peut la faire ensemble, mais c'est pas dit. Et puis aussi maintenant peut-être de soutien de mes amis pour les entourer aussi. Enfin je sais presque, enfin je sais pas trop, mais dans ces moments-là aussi les accompagner. Enfin je sais pas trop, mais il y a une espèce de communion là-dedans et ça revit à certains moments. quand je revois certaines personnes. Je dirais que c'est très lié à des relations, la consommation d'alcool, en particulier.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #3
Moi, je pense, avant que je ne sois censée mettre totalement arrêté, c'était essentiellement lié, en effet, à des moments conviviaux, de dîner de copains. C'était surtout ça.
- Speaker #0
Et des décors aussi, parfois. Ça, c'est des endroits. Je ne sais pas, il y a quelque chose. mais qui sont liées à des moments passés, qui du coup sont associés à la consommation. Donc c'est des personnes, des heures, des lieux. Là où je vois que le cycle, un peu comme ce que tu disais Joséphine tout à l'heure, c'était un peu sur la façon dont tu consommes maintenant, c'est-à-dire avoir très vite quelque chose qui n'est plus au même endroit. Et qui effectivement, là moi depuis un moment, je remarque aussi... Parce qu'en fait, on croit être plus joyeux. Effectivement, il y a une sorte de joie, quelque chose qui se relâche, qui est plus détendu. On peut jubiler, on peut... Et en fait, je remarque que c'est aussi une autre sorte de nervosité, surtout. Et en fait, que c'est pas spécialement joyeux. Enfin, c'est juste qu'on a un peu l'impression que ça l'est. Puisqu'évidemment, on n'est plus désinhibé, donc on dit un peu tout ce qui nous passe par la tête, les blagues, tout ça. C'est des choses auxquelles on peut repenser après en disant est-ce que c'était si drôle ? Est-ce que c'était si hilarant ? Bon, pas sûr. En tout cas, c'était un bon moment, certes. Mais disons que maintenant, c'est vraiment des bons moments. Mais je remarque aussi que c'est des moments un peu brutaux, un peu nerveux, quelque chose qui se relâche. Mais pas se relâcher doucement. Se relâcher un peu dans une sorte de nervosité. Voilà, quelque chose d'un peu électrique que je n'apprécie pas. plus du tout la même manière. C'est-à-dire que j'arrive à repérer un peu ça, cette sorte d'excitation qui ne vient pas de nous, seules. Et du coup, j'arrive à l'identifier, mais presque de manière un peu... prendre une petite distance par rapport à ça, quelque chose que j'étais pas capable de faire. Du coup, finalement, c'est moins fun.
- Speaker #2
Et sur les cycles aussi, vous parliez des ruptures amoureuses tout à l'heure, qui étaient des déclencheurs de consommation. Mais moi je dirais qu'aussi dans les relations amicales, mais aussi, moi dans mon cas amoureuse, il y a eu des habitudes de consommation qui se sont installées. Donc je dirais que j'ai eu une relation de trois ans qui s'est installée à un moment, je pense où je consommais pas mal d'alcool. et nous... Les interactions ont été beaucoup basées là-dessus, sur aller boire de l'alcool, aller consommer de l'alcool. Et ça s'est cristallisé pendant la relation. Il y a eu le Covid aussi. Et donc là, prendre l'apéro pendant le Covid, c'était quand même vachement sympa. Et donc il y a eu des habitudes de consommation un peu autres, quotidiennes, qui se sont installées aussi dans ces relations intimes. Donc je dirais que... Aussi plus que les ruptures, il y a aussi les relations. Finalement, ce n'est pas que se faire quitter qui est dangereux. C'est aussi être en relation amoureuse parfois. Mais oui, sur des histoires de cycles un peu longs aussi.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez vu que ces cycles, on peut venir empiéter sur vos autres activités, mais est-ce que plutôt sur des plaisirs, sur des choses qui vous... constituent identitairement ? Est-ce qu'il y a des choses qui émergent ?
- Speaker #2
Carrément, le sport déjà. Je fais beaucoup de sport, et donc consommer de l'alcool et faire beaucoup de sport, ça ne fait pas très bon ménage. C'est une forme d'addiction aussi, je pense, le sport. Mais bon, plus socialement accepté, plus valorisé. Un peu moins destructrice par moments. Mais moi, je dirais que ça a beaucoup fait dissonance, ça, le fait de... Et j'avais tendance, moi, à aller faire du sport pour faire passer la gueule de bois plus vite. Donc, j'allais nager. Ça, c'est super pour faire passer la gueule de bois. Je vous conseille. Assez tôt, j'ai commencé à faire ça quand j'avais 15 ans. J'allais nager le dimanche matin avec ma famille. Parce que moi, j'avais la gueule de bois. Et donc, Joséphine, elle est un peu lente dans le bassin. Et j'allais courir aussi, donc 10 kilomètres pour faire passer la gueule de bois, c'est top. Donc voilà, c'était un peu rude, un traitement un peu rude d'infliger à soi-même, mais je ne supportais pas, je pense, la gueule de bois. Donc je faisais ça. Ça marchait ? Ouais, ça marchait bien. Après, j'étais juste fatiguée, mais je n'avais plus trop la nausée, et j'avais un peu la pêche. Voilà. J'étais connue pour ça. Mais je pense que c'est pas très positif de faire ça.
- Speaker #1
Au fond, non. Mais tu continues toujours aujourd'hui ?
- Speaker #2
À faire du sport, oui, beaucoup. Je pense que ça m'aide beaucoup à avoir un rapport beaucoup plus équilibré à l'alcool. Parce que j'y passe beaucoup d'émotions, de stress, de tensions. Ouais, je pense.
- Speaker #1
C'est-à-dire que la soupape ne repose plus entièrement sur l'alcool ? Plus du tout ?
- Speaker #2
Plus beaucoup, ouais. Plus du tout, peut-être, je sais pas.
- Speaker #3
J'ai l'alcool, à ce moment-là, ça m'empêche de lire. Parce que c'est souvent le soir, et que malheureusement, si j'ai bu, trop évidemment, c'est même pas la peine de dire trop, si j'ai bu, je m'endors. Je m'en ravais deux heures après, très mal. Mais du coup, tout ce temps-là, je ne l'ai pas lu. Alors que d'habitude, je lis beaucoup le soir, notamment.
- Speaker #1
Tu lis plutôt quoi ?
- Speaker #3
De tout. Du soir, des romans, des essais, de tout. Des nouvelles, beaucoup de nouvelles. Parce que depuis l'atelier d'écriture, j'écris moi-même. Je lis beaucoup de nouvelles. Parce que j'écris des nouvelles.
- Speaker #1
On a trois autoristes là, autour de la table. J'ai l'impression. Et là maintenant, tu l'y lis bien, mieux.
- Speaker #3
Je lis toujours beaucoup.
- Speaker #1
Dans des moments plutôt d'abstinence ? T'as plaisir à retrouver ?
- Speaker #3
Je lis tout le temps. Tous les soirs. Sauf les soirs où si j'ai bu, je m'endors.
- Speaker #1
Tu t'en veux après de ne pas avoir pu avancer ton...
- Speaker #3
Eh oui. Un peu con.
- Speaker #0
Et je dirais que ça a plutôt atteint une sorte de curiosité que j'avais, qui s'est peu rétrécie de manière vraiment dramatique. Et c'est aussi lié, je pense, à du temps de concentration, évidemment de l'énergie, mais je remarque aussi que maintenir mon attention... longtemps sur lequel que je suis devenu de plus en plus compliqué. Bon ça c'est un truc qui concerne tout le monde avec nos rapports aux écrans et tout ça, mais je pense que l'alcool a été pour moi un peu le déclencheur de ça et voir effectivement que ma vie, mon imaginaire, ma réflexion s'appauvrissait. aussi un peu terriblement. Enfin voilà, je sais que ça... Mais voilà, donc ça atteint beaucoup plus... Enfin, plusieurs domaines dans lesquels j'aimais être.
- Speaker #1
Il y a des moments où tu vois que ça peut se redéployer. Là, tu parlais de l'atelier d'écriture ici. Et cette curiosité, est-ce qu'elle peut revenir ? Enfin, tu sens que ça... Il y a des bourgeons qui peuvent...
- Speaker #0
Oui, heureusement, je vois que... Effectivement, alors, de manière... Si c'est pour l'écriture, à la suite. l'atelier c'est de manière un peu volontaire en disant je vais garder ce temps il y a un temps qui est consacré à ça donc voilà c'est quelque chose que je peux repérer dans le temps et du coup c'est assez bien de... ça aide de faire comme ça. Et oui, sinon, il suffit que l'énergie et l'humeur reviennent. Et je vois que d'un coup, j'ai envie de me mettre à découvrir une musique, à me renseigner sur l'artiste, qui m'amène à un autre artiste. Et là, effectivement, dans ces moments-là, je me sens extrêmement bien. J'ai comme quelque chose qui revient. C'est comme si on retrouve le jus. On se rebranche à quelque chose. Et oui, c'est un plaisir de se refaire envahir. soit par de la littérature, soit par de la musique mais effectivement je ne peux plus le faire ce n'est plus au même rythme c'est comme des décharges des décharges d'énergie et de créativité et en plus dans des rapports par exemple à la littérature, il y a un rapport qui est solitaire et retrouver ce rapport là ou par exemple le sport c'est pareil pour la nage ou en tout cas le running c'est retrouver seul Avec un contexte ou avec une oeuvre, quelque chose, ça c'est vraiment... ça fait énormément de bien.
- Speaker #1
J'imagine. Enfin, je te retrouve. Je m'y retrouve totalement, là-dedans. Moi, c'est peut-être plutôt la musique.
- Speaker #0
Moi qui adorais ça, qui achetais plein de disques, j'ai remarqué quand même, plusieurs années. J'écoutais que les mêmes choses, il n'y avait pas eu de nouveau.
- Speaker #3
Vous êtes un peu jeune pour ça.
- Speaker #0
Oui c'est ça. Ah non mais attends, je ne sais pas, je ne vais pas rester.
- Speaker #1
C'est des choses de fille.
- Speaker #0
Mais voilà, j'avais un peu les choses confortables pour moi, mais pas ce qui me sortait de ça. Retrouver de la curiosité mais aussi de l'exigence, quelque chose qui n'est pas facile d'accès, il faut un peu se creuser la tête pour lire ce livre comme tu disais avoir un livre plutôt plaisir et aussi un livre exigeant mais ça je pense qu'il faut être capable d'affronter ça et je trouve que c'est super de le faire
- Speaker #1
Je trouve que c'est très beau, il faut de la place mentalement Et en parlant de place, de transition, c'est toujours cette question de briser la boucle, on parlait de plusieurs mouvements, est-ce qu'il y a eu des choses, des événements, un déménagement, tu parlais de personnes, une rencontre, un voyage qui vous a permis un jour de marquer, était un cap, même un cap symbolique, mais dans votre tête vous vous êtes dit, bon là je... Je casse ce cycle, quoi.
- Speaker #3
Non, écoute, je suis parti dans le désert saharien. Je devais avoir 37 ans. Et il n'y a pas d'alcool, pays musulman, bien entendu. Sauf qu'il y avait... c'était un voyage avec d'autres gens qui avaient apporté du whisky. Je déteste le whisky. Donc j'en ai bu, bien sûr, un peu. Et quand je suis rentrée, je me suis dit, tout ça est vraiment dégueulasse. Tous ces gens ne boivent pas, pourquoi je boirais ? Et je me suis arrêtée plus de six mois, comme ça, boutalement. Ça s'est mis à me dégoûter. Et c'était formidable. Malheureusement, ça a duré ce que ça a duré.
- Speaker #1
Donc c'est le fait de côtoyer une autre culture.
- Speaker #3
Oui, il y a ça, puis le fait de... D'abord, je n'aime pas le whisky, donc j'avais bu du whisky et je trouve ça dégueulasse. Donc, en rentrant, je me suis dit, mais ça veut dire quoi de faire des trucs pareils ? Tu bois un truc qui ne te plaît pas parce que les autres en boivent et il y a plein de gens qui n'en boivent pas.
- Speaker #1
Et qui vivent très bien.
- Speaker #2
Et qui vivent très bien.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #2
Moi, je trouve que c'est une question un peu difficile parce que j'ai l'impression que c'est plein de petits événements qui créent les changements.
- Speaker #1
En soi, ça peut être qu'un événement. Mais on vient y mettre une étape, même une heure de la journée. Tu te dis, aujourd'hui, c'est le 14 avril. Le 14 avril, ça veut dire que je deviens une personne différente. C'est un peu nul, mais je sais que souvent, c'est pas nul du tout.
- Speaker #3
Ah non,
- Speaker #1
c'est pas nul. On a besoin de ça, de se reposer autour de symboles.
- Speaker #2
Moi, je dirais, du coup, si je dois reconstruire un peu et fixer sur un événement, Merci. Je pense qu'il y a trois ans, du coup, j'ai vécu une année avec des événements un peu violents. Et j'ai été tellement triste et tellement déprimée. En fait, ça m'a fait un peu l'effet inverse. C'est-à-dire que je pense qu'il y a eu un instinct de survie un peu de... Ah ben on va pas y arriver si on continue avec l'alcool, quoi. Il y a un truc, on est trop bas, là. Donc il va falloir enlever l'alcool pour survivre. Donc du coup, c'est une dépression. L'événement, on pourrait dire. Étonnamment, j'aurais pas imaginé ça, mais je dirais que c'est une dépression qui a fait que je me suis dit là, stop l'alcool, on va s'en occuper.
- Speaker #1
Je te rejoins. C'était plutôt avec d'autres types de substances, mais du coup une dépression un peu forcée, presque dégoûtée, en me disant pourquoi... Et ça a été le... Un des événements qui m'a amené à arrêter totalement.
- Speaker #0
J'ai des souvenirs très précis de choses que j'ai pu dire sous alcool que je ne pensais pas et qui ont blessé quelqu'un. Franchement, ça m'a renvoyé une image, un miroir tellement triste et laid. J'ai une scène en particulier en tête qui avait été vraiment une soirée très triste. Et du coup, oui, ça peut être ça. Et ça peut être...
- Speaker #2
Je valide, je suis d'accord. Je pense que ça me fait aussi penser à des événements, mais moi plutôt des choses dont je ne me souvenais pas du coup, qu'on me racontait après. Mais où j'ai vraiment eu des pensées vraiment très noires. Et donc je trouve que le fait de se rendre compte qu'on tombe si bas à cause de l'alcool, ça fait réagir aussi. Je me reconnais vachement.
- Speaker #0
Le fait d'avoir blessé. Des personnes à qui je tiens, c'était quelque chose qui a été beaucoup plus saisissant que si c'était un état ou une blessure que je m'infligeais à moi-même.
- Speaker #1
Ou un dégât matériel.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #2
Je pense aussi les dégâts. déclics, enfin à des moments dans la vie où on se met à voir quelque chose qu'on n'avait pas vu avant alors que c'était là et on se dit c'est marrant, j'ai pas vu ça avant par exemple ma consommation d'alcool est problématique j'avais pas vraiment saisi de cette façon là avant et je trouve que ce dont tu parlais des cycles générationnels de se rendre compte en fait que moi il y a un moment je me suis rendu compte que la moitié de ma famille avait un problème avec l'alcool et l'autre était abstinente Je me suis dit, c'est quand même curieux. Il y en a, ils sont allergiques à l'alcool. Je trouve qu'il y a des moments où il y a des déclics parce qu'on prend conscience de quelque chose qui était sous nos yeux mais on ne l'avait pas compris, on ne l'avait pas vu. Je trouve que ces moments-là, c'est aussi des moments déclics. Maintenant qu'on l'a vu, on ne peut plus ne pas le voir.
- Speaker #0
Il y a quand même quelque chose qui, je trouve, est plus facile actuellement. Peut-être grâce à des podcasts ou des témoignages, des choses qu'on peut lire, voir, entendre, qui, je trouve, vont être plus faciles que, je pense, ce terme de libérer la parole, qui se fait sur plein d'aspects différents. Je pense qu'il se fait aussi sur les addictions, et que du coup, s'il y avait eu ces modèles-là... Quand moi j'étais plus jeune en tout cas, ce déclic là il aurait eu beaucoup plus tôt. C'était vraiment le faire de quelque chose... J'avais déjà essayé de parler à mon père en lui disant « Tu es alcoolique, il faudrait que tu te fasses soigner » , des choses comme ça. Mais rien que ce mot-là n'était pas... Je n'avais rien compris, ce n'est pas du tout de l'alcoolisme ça.
- Speaker #3
Ce qui est passé d'un vice, parce que c'était quand même vu comme ça, est devenu une maladie, entre guillemets. En tout cas, l'addiction n'est plus un vice. Je pense que c'est ça qui a fait que ça a progressé. Et notamment l'alcoolisme des femmes, qui était vraiment... Alors là, c'était la poivrote, c'était vraiment quelque chose d'ignoble. Pareil, on a compris que c'était quelque chose de... Oui, comme une maladie, et que c'était une douleur, beaucoup plus qu'un vice. Donc ça permet de se soigner.
- Speaker #0
Le langage autour de ça est en train de changer. Les représentations... effectivement féminines sont voilà enfin leur place enfin prennent enfin de la place et du coup c'est ce langage aussi autour et les mots qu'on emploie qui qui qui change le regard mais c'est ça aussi qui est difficile avec les cycles puisque mais c'est bien de parler tout ça parce que justement On parle de cycle qu'on connaît, qu'on connaît à peu près les mécanismes, même s'ils viennent tout le temps nous surprendre. Donc pour des personnes qui n'ont pas de problème d'addiction, c'est toujours curieux d'entendre ça, parce que si tu connais par cœur et que tu sais que... Quoi ? tu es au courant, donc tu sais que tu peux t'y opposer. Pourquoi tu continues ? Pourquoi ? Il y a toujours ce point-là qui est difficile pour les personnes qui ne sont pas dépendantes à comprendre. Effectivement, le soin ou le travail de langage autour de ça permet d'approcher une réalité de la maladie de la dépendance et qui vont pour moi avec à la fois cette notion de jugement et de culpabilité. qui peut se renverser et se travailler dans les deux sens.
- Speaker #3
La culpabilité et la honte, ça va avec. En général, ça va avec. Même si on ne se sent pas coupable, on a un peu honte quand même. Le lendemain.
- Speaker #1
Le fait de raconter un peu ces cycles aujourd'hui, devant un micro, est-ce que selon vous ça vous aide à voir que vous n'êtes plus l'objet du cycle, mais le sujet qui regarde de l'extérieur ?
- Speaker #3
Oui, je pense que c'est... Déjà le fait de savoir que ça allait exister ce podcast, ça m'a fait réfléchir à ça et en effet je pense qu'on a l'idée que s'il y a des cycles, il faut essayer de les rompre, amenant à réfléchir, ça peut peut-être être...
- Speaker #1
Une étape de plus dans ce processus.
- Speaker #3
Éventuellement.
- Speaker #1
Évidemment, ce n'est pas le podcast qui soigne. Non,
- Speaker #3
on ne va pas rêver.
- Speaker #1
C'est plutôt une cristallisation du chemin parcouru. Comme une borne d'un chemin. Et en plus, ça devient un objet sonore qui reste, que les gens écoutent. Un peu.
- Speaker #2
Moi je dirais même que c'est un peu thérapeutique quand même, parce que ça demande un peu de courage aussi d'aller raconter ça, en tout cas pour moi, d'aller s'exposer, d'aller raconter des choses intimes. Donc on dépasse un peu la honte et ça aide pour sortir des addictions d'aller un peu au-delà de la honte je pense. Parce que tu disais, il faut sortir de la culpabilité pour réussir à ne plus retomber. Donc je trouve qu'il y a quelque chose de thérapeutique là-dedans, d'assumer.
- Speaker #1
De transformer aussi.
- Speaker #2
Ouais, de transformer.
- Speaker #0
Je sais que inscrire une parole, ma parole... Dans ce cadre-là, pour moi c'est participer à quelque chose de collectif qui fait changer le regard et les mots. Et que du coup, même si ça demande effectivement un peu de courage, ça me plaît beaucoup de participer à ça et de m'inscrire dans ce mouvement-là plus large.
- Speaker #3
C'est sûr que de mettre des mots sur ce qui arrive, c'est toujours bénéfique.
- Speaker #1
Ça permet aussi de reprendre le contrôle d'une certaine manière, d'une manière théorique.
- Speaker #3
Voilà.
- Speaker #1
Et là, partagé, sociable. On a posé cette parole ici, devant trois autres personnes. Ça va être écouté peut-être par 500 ou 1000 personnes. C'est déjà pas mal. Et des gens concernés, qui ne sont pas là par hasard.
- Speaker #3
Ah oui.
- Speaker #1
Donc... Voilà, c'est le pouvoir de la parole, au sens de la thérapie. Mais là, c'est une thérapie qui est un peu réinventée par les personnes concernées elles-mêmes. C'est pas un discours devant un thérapeute.
- Speaker #3
Moi je pense que c'est aussi prendre de la distance.
- Speaker #0
En entendant ici ou ailleurs d'autres témoignages d'histoire, tu te dis ah non, ok. Il y a quelque chose qui n'est pas mis sérieux, qui est en tout cas partagé par beaucoup, Ça vient rompre quelque chose qui est vraiment de la grande solitude face à ce qu'on éprouve. Comment ça résonne avec d'autres prises de parole, en fait, du coup, ça nous aide beaucoup à se détacher des mauvaises questions.
- Speaker #2
Moi ça me fait toujours un peu le même effet de venir ici et d'entendre des expériences d'autres personnes. Moi c'était beaucoup dans l'atelier d'écriture alors c'est très indirect je trouve parce qu'on a assez peu accès finalement à des récits très précis de la vie des gens. C'est très indirect mais ça me fait toujours le même effet de retour à l'humilité un peu. Je ne sais pas comment dire mais on est un peu tous au même niveau et en fait tout le monde se reconnaît. À chaque fois, il y a quelqu'un qui va mettre des mots sur moi, ce que je ressens. Je n'arrive pas à mettre ces mots-là. Ça remet un peu, je ne sais pas comment dire, mais positivement à l'humilité. Je ne sais pas bien dire, mais ça met un peu dans une potion. On est un peu tous et toutes égaux dans la situation. Même si on a tous et toutes des vies différentes. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et c'est même sans forcément... Ça passe pas forcément par le fait de raconter sa vie ou à se connaître intimement, c'est pas du tout là que ça se joue, c'est plutôt sur... On est réuni par quelque chose qu'on éprouve et c'est travailler, écrire, parler autour de ça qui donne un sentiment d'humilité et aussi d'apaisement.
- Speaker #2
Ouais, les deux, c'est vrai.
- Speaker #1
Merci à vous trois d'avoir partagé ces récits de Moumo. En mettant des mots sur ces cycles, vous aidez à transformer une souffrance qui semblait circulaire en un chemin qui redevient possible. Voilà, on va applaudir. C'est bon. On s'applaudit. Merci.
- Speaker #2
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Vous avez bien. Oui.
- Speaker #2
Merci beaucoup. Oui, merci beaucoup.
- Speaker #1
En substance, l'addiction a plusieurs voix. Un podcast produit par Addiction France, écrit et réalisé par Sylvain Pinault, sur une musique originale de Toco Verviche et Sonel Studio, et une illustration signée Mathilde Fian. N'hésitez pas à vous abonner sur les plateformes d'écoute, à laisser quelques étoiles, voire même un commentaire, et à le partager autour de vous. Parler de santé mentale et d'addiction, ça change des vies.
- Speaker #0
Bah moi je suis parti vraiment sur la famille et tout ça, c'est peut-être un cycle un peu différent quoi.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #2
c'est un cycle,
- Speaker #1
c'est un cycle.