- Speaker #0
Vous écoutez En Substance, un podcast d'Addiction France.
- Speaker #1
Entrez, entrez, oui. Bonjour, vous êtes en relation avec le répondeur téléphonique du centre CAP14, antenne du XAPA de l'association Addiction France.
- Speaker #0
Bienvenue dans En Substance, saison 2, épisode 5, un podcast produit par Addiction France et réalisé par moi-même, Sylvain Pinault. Aujourd'hui, on parle de ce que le produit répare, de ce qu'il détruit et de ce qu'il faut reconstruire quand il n'est plus là. Il a pu aider à tenir, à sortir, à parler, à oublier, à se sentir vivant, à mettre, comme le dit Agnès dans cet épisode, un peu de paillettes sur quelque chose de trop angoissant, trop calme, trop vide. C'est cette ambivalence qu'on va explorer avec Agnès, Marc, Emmanuel et Melia. Comment une solution devient un piège ? Pourquoi ce qui soulage immédiatement finit parfois par enfermer durablement ? On parlera aussi de l'abstinence, non pas comme d'un simple retour au calme, mais comme d'une expérience parfois vertigineuse. Parce que le calme peut faire peur, parce que le silence peut ramener des souvenirs, parce qu'arrêter, c'est aussi perdre une armure, un rythme, une manière de se tenir debout. Et puis, au fil de la conversation, une autre question apparaît. Qu'est-ce qu'on met à la place ? La parole, le soin, le sport, la méditation, les liens ? Autant de chemins plus lents que le produit, mais qui peuvent ouvrir vers d'autres horizons. Cet épisode ne cherche pas à résoudre le paradoxe, il cherche à l'écouter, à l'habiter. À comprendre comment on peut aimer ce qui nous abîme, regretter ce dont on doit se protéger, et malgré tout, avancer. Alors, on va commencer par se présenter. Bonne écoute. Tu parles un peu au-dessus, comme ça.
- Speaker #1
Comme ça ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Test micro, 1, 2.
- Speaker #0
Et toi ? Bah, merci de m'avoir appelé. Je commence par ma gauche.
- Speaker #1
Agnès.
- Speaker #0
Salut Agnès.
- Speaker #1
Salut.
- Speaker #0
Bienvenue.
- Speaker #1
Par rapport à mes addictions, moi j'ai un peu tout essayé en light, mais voilà. Et en fait par rapport au paradoxe, on verra après, mais c'est la peur du vide je pense. Effectivement, ça remplit. Les produits, ça remplit.
- Speaker #2
Bonsoir, moi c'est Marc. Ça doit faire à peu près 4-5 ans que je suis dans la structure d'où on parle là. Moi j'étais monoproduit, vraiment monoproduit. Et moi c'était plus une béquille morale en fait que je cherchais dans le produit. Et ça en est devenu une addiction parce que c'est allé crescendo, crescendo pour ne plus pouvoir s'arrêter du tout. Voilà, et je serais heureux de témoigner. de mon parcours et du paradoxe de cette addiction.
- Speaker #3
Emmanuel ? Pareil, j'ai eu une addiction à tous les produits light, parce que j'ai eu le danger de... J'ai vu le danger très jeune de ce qu'était l'héroïne et la cocaïne, donc je me suis interdit ça.
- Speaker #0
On rappelle qu'il n'y a pas de produits light.
- Speaker #3
Non, certes.
- Speaker #0
En tout cas, il n'y a pas d'addiction light.
- Speaker #3
Voilà. Après,
- Speaker #0
il y a des produits plus ou moins léco.
- Speaker #3
Mais voilà, cela, c'est interdit d'y toucher. Heureusement, peut-être, parce que... Voilà.
- Speaker #0
Super. Enfin super. Génial.
- Speaker #4
Bonsoir, je m'appelle Melia. J'ai vraiment tout essayé je pense. Et... Et je suis là ce soir, donc ça va, c'est cool. Je sais pas si j'ai voulu être réparée ou rassurée, peut-être les deux. Mais en tout cas, je vais pouvoir parler de mon addiction. Je suis dépendante. Enchantée.
- Speaker #0
Je suis très enchanté d'être là avec vous ce soir. C'est toujours un honneur de rencontrer de nouvelles personnes et de faire de nouvelles discussions. Même si on aborde des thèmes similaires, finalement c'est toujours différent. Parce que, comme on disait, derrière chaque personne il y a des histoires, des vécus. Et qui peuvent aider notamment d'autres personnes. C'est ce qu'on va essayer de faire ce soir. Si on oublie un instant les dégâts, les conséquences, évidemment, on n'est peut-être pas là par hasard, mais si on oublie un peu tout ça, qu'est-ce que le produit a réparé au début ? Le paradoxe un peu initial.
- Speaker #1
La peur du vide, de quelque chose, ça met quand même un petit voile de paillettes, en tout cas au début, ça rend les choses un peu intenses, et quelque chose de très calme, ça peut être angoissant en fait. Le produit, en tout cas, moi, ce que ça m'a apporté, alors certains produits sont plus... plus propice à ça que d'autres. Mais c'est effectivement quelque chose... On a l'impression de se sentir très vivant. Voilà. Et où le calme est associé à quelque chose un peu de mortel, d'ennui mortel, quoi. Mais avec le mot mortel, beaucoup, quand même. Voilà.
- Speaker #4
Moi, je suis complètement d'accord avec Agnès, dans le sens où, je pense, d'un point de vue extérieur, ce serait mon comportement qui serait mortel, mais en fait, l'ennui, c'est... Comme disait Gainsbourg, ce mortel ennuie. Pas possible d'être actrice de cette vie-là. C'est certainement un peu de bonheur que je cherchais à la base.
- Speaker #0
Genre d'intensifier un peu la vie, de vivre plus pleinement finalement.
- Speaker #4
Plus pleinement et puis effacer peut-être un peu les couilles que la vie m'a données. En tout cas pour personnellement, des viols un peu trop tôt, même s'il n'y a pas d'âge pour être violé, ça se passe bien. Je mets les deux pieds dans le plat dès le début. Désolée. C'est peut-être être un peu réparée et être heureuse. Artificiellement bien sûr, mais en tout cas avoir un compagnon d'aventure.
- Speaker #0
Et ça a commencé à quel âge ?
- Speaker #4
17 ans. J'en ai 33.
- Speaker #3
Moi, à 14 ans et demi, c'était la fête, les cafés, boîte de nuit. Après, ça va crescendo et on dépasse les doses et nos limites, quoi. On est débordé.
- Speaker #0
Au début, il y avait le sentiment de faire corps avec un groupe, comme les autres.
- Speaker #3
C'est ça.
- Speaker #0
De vivre, en fait.
- Speaker #3
Voilà, intensément, rock'n'roll.
- Speaker #0
Toi, c'était associé au... Au milieu rock ?
- Speaker #3
Oui, la musique, les boîtes de nuit, le café, le week-end. C'est la récompense. Là où ça a commencé à déborder, c'est que j'avais le boulot et puis après j'ai essayé de faire les travaux de ma maison. Et puis voilà, du coup c'était intense. La récompense, elle était là. On a remarqué la récompense. C'est le piège.
- Speaker #2
Je distingue deux grandes étapes en fait dans mon cheminement vis-à-vis de l'alcool. Moi c'est l'alcool uniquement, entre guillemets, ce qui est déjà énorme, évidemment. Moi j'ai commencé, comme tout à chacun, à dos, à consommer avec les potes, en bord de mer. Et rapidement je me suis rendu compte que je consommais... Même pour aller en boîte ou même pendant des soirées avec d'autres personnes. Mais pas pour être dans le délire, pas pour rigoler, pas pour avoir l'alcool festif en fait. Pour mettre un peu déjà une carapace sur moi. Parce que j'étais pas super à l'aise dans ces milieux-là en fait. Moi aller en boîte de nuit, danser, c'était pas mon truc. Mais je faisais comme tout le monde. Donc j'ai trouvé cette parade-là pour m'évader un peu. Mais encore j'étais assez soft comparé à d'autres. Au fur et à mesure des années, quand j'ai fait mes études, puis après, quand je suis rentré dans la vie active, j'ai rendu compte que je prenais de l'alcool tous les soirs. Au début, c'était pas trop, et puis à la fin, je finissais le pack de 6 bières fortes ou bien la demi-bouteille d'alcool fort, quoi. Ce qui était déjà pas mal. J'étais complètement dans le déni encore, même si je commençais à me poser des questions. Pour moi, c'était comme ça, c'est tout. Donc ça a duré pendant des années, cette consommation-là. J'ai eu vraiment un cap, où là je suis rentré dans la deuxième étape, où là c'était le début de l'enfer, où j'ai eu une nouvelle dans ma vie que je n'ai pas assumée du tout. Je ne vais pas l'expliciter ce soir. Et du jour au lendemain, en fait, j'ai perdu les pédales. J'ai eu l'impression de perdre le contrôle de ma vie, que ce soit ma vie personnelle et même professionnelle. Et là j'ai commencé à boire le matin avant d'aller au travail, et ça a été la bascule. J'allais me planquer pour aller consommer dans la journée, et ça a été un enchaînement, un enchaînement, jusqu'au point de mon retour, l'addiction complète, jusqu'à ne plus pouvoir m'arrêter, sinon avoir des symptômes physiques et psychologiques, quoi. J'ai ma classique. Il y a un médecin que j'ai croisé une fois. Je suis arrivé devant lui, j'étais mal, j'étais vraiment hyper mal. Je lui ai raconté mon parcours, il m'a regardé, il m'a dit « Vous, monsieur, je pense que ça fait des années, au moins des mois, voire plus que vous êtes à un gramme, mais systématiquement, tout le temps. Vous ne descendez jamais en dessous, vous êtes au moins à un gramme tout le temps, je pense. » Ouais, quand il m'a dit ça, ça m'a bien calmé. Si jamais il le fallait encore plus... J'ai commencé une cure, on m'a dit ça. Bon, on va essayer de changer un peu.
- Speaker #0
Les autres, ce moment un peu de bascule, est-ce que ça résonne pour vous après ? Là, on parlait aussi du thème de l'ambivalence, c'est-à-dire... Ce moment où le produit s'est transformé dans quelque chose de récréatif, pour faire la fête, à quelque chose qui a pris le dessus, peut-être, sur nous.
- Speaker #1
Alors moi, il y a le côté, un tempérament un peu excessif, ou blanc ou noir, ou ce genre de choses. Et c'est quand j'ai commencé à me dire, c'est plus simple de rien boire, que de boire modérément. C'est moins preneur de tête d'éviter des endroits où je peux être tentée par l'alcool et de ne pas avoir un verre d'alcool ou un joint, plutôt que de prendre un verre et de penser toute la soirée, est-ce que tu en prends un deuxième, ça serait bien, mais non, mais ça va, voilà quoi. Je veux dire d'être toujours dans quelque chose de très preneur de tête au bout du compte ou quand je me mettais à compte. Comptez avec l'illusion que compter mes verres, c'était ça qui me permet d'arriver. De plus, on prend. Par rapport à ce que tu disais, Marc, il y a ce que vous avez dit tous les deux. Il y a le côté solitaire et social. Moi, il y a eu des périodes où c'était social. Et c'était plutôt tardif, d'ailleurs. plutôt vers 25-30 ans. Par contre, le côté solitaire, moi, ça a commencé tôt, parce que je me souviens, et c'est toujours par rapport à cette histoire de vide, j'étais toute seule devant la télé à regarder les paillettes, ça devait être Maréti, Gilbert Carpentier, des trucs de mômes. Et là, je buvais en cachette, en fait, de mes parents, ils étaient tous couchés, et en fait, j'avais besoin de... Quoi, ça faisait ? Tout à l'heure, je disais paillettes, mais ça me transportait ailleurs. En fait, parce que j'habitais à la campagne avec des vieux parents, avec une vie pas très palpitante et un peu angoissante, je pense, liée à mon histoire familiale. Et du coup, ça me permettait de m'évader. Et ça, ça a commencé assez tôt. Et après, ça s'est arrêté parce que j'ai eu une vie sociale quand j'étais jeune adulte. Et j'ai repris plutôt des consommations en groupe, mais avec un milieu qui picolait. à tous les étages, quoi. Je veux dire, j'ai pas fréquenté forcément des gens abstinents, clairement. Voilà.
- Speaker #0
C'était quel milieu ? C'est-à-dire en termes de...
- Speaker #1
Bah, milieu de potes, sans enfants, plutôt homosexuels, gays... lesbien, etc. Donc des gens qui n'étaient pas mariés, qui étaient à mon époque, en tout cas j'ai 60 ans, qui étaient plutôt dans une vie un peu parallèle aux familles, etc. Ils m'ont arrangée, on va dire, et qui faisaient plus facilement la fête. Et c'est vrai qu'une fête sans alcool, ce n'était pas une fête, quoi. Je veux dire, voilà, qui sortait en boîte, mais jusqu'à 30-35 ans, quoi. Là où, généralement, on rentre un peu dans le rang. voilà mais ça c'est venu à l'âge adulte cette consommation alcool sociale en se rendant compte qu'en gros par rapport à son mode de vie on avait l'occasion de picoler tous les soirs ou de fumer des joints tous les soirs parce que quand c'était pas l'un chez l'un l'apéro chez l'un c'était l'apéro chez les autres mais il était toujours question d'apéro à un moment donné et quoi, voilà.
- Speaker #0
Et que c'est aussi valorisé, essentiellement, encouragé, normalisé, on se pose pas la question de...
- Speaker #1
C'est normalisé.
- Speaker #0
Ça va plus te faire de mal que du bien parce que c'est quand même plutôt associé, comme on dit, au remède, quoi, enfin quelque chose de...
- Speaker #1
Bah qui détend, oui, qui détend, qui facilite la relation à l'autre. Moi j'ai vécu... Au milieu des champs, toute seule, la sociabilisation, me retrouver dans un groupe de 10 personnes, c'est totalement l'angoisse. Je ne sais pas quoi dire, on n'entend pas le son de ma voix, donc c'est sûr que l'alcool ça aide, le cannabis ça aide, parce qu'il y a des barrières qui tombent et c'est plus facile, ça c'est sûr. Le plus difficile c'est d'assumer qu'on n'entende pas le son de ma voix, parce que sans produit, c'est plutôt ça.
- Speaker #2
C'est vrai, je rebondis sur ce que dit Agnès, c'est qu'en soirée, si on va dans une soirée et qu'on dit qu'est-ce que tu prends ? Tu dis bah non, je prenais un verre de jus d'orange ou un soft. C'est peut-être moins vrai maintenant, mais pendant hyper longtemps. Ah bon, qu'est-ce qui se passe ? T'as un problème ? T'es malade ? C'est ça la réponse qu'on avait.
- Speaker #0
Ou tu es enceinte, tout.
- Speaker #2
Ouais, voilà, c'est ça. Tu ne prends pas d'alcool, mais qu'est-ce qui se passe ? C'est un souci ? Non, non.
- Speaker #4
Alors moi, je n'ai jamais eu ce problème-là, parce que je fais partie d'une famille un peu musulmane. Mes parents ne sont pas musulmans. Je suis d'origine marocaine. Mais du coup, mes frères, j'ai des grands-frères, et qui de plus sont musulmans. Bon, ce n'était pas vraiment dans leur mœurs, on va dire. Il n'y a pas de trucs super stricts de leur côté, pas du tout. Mais c'est juste, il y a un décalage avec la petite sœur.
- Speaker #0
T'es la dernière ?
- Speaker #4
Je suis la quatrième sur cinq. À la base, c'est comme être fait pour rassembler. C'est un peu dans la culture française, boire un coup.
- Speaker #0
L'international.
- Speaker #4
L'occidental, je veux dire.
- Speaker #0
Oui. C'est le cas de partage, d'échange. Et il y a un moment où ça...
- Speaker #4
Il y a un moment où ça fait... Et il n'y a plus de rassemblement, t'es tout seul. Je crois que c'est le cas de toute personne qui peut venir ici se faire soigner, vu que je ne pense pas que tu viennes ici si tu n'as pas de problème.
- Speaker #3
Consommation raisonnée, à consommer avec modération, quand on a eu un problème avec, c'est compliqué. Il y en a qui arrivent, tant mieux pour eux. Moi, ce n'était pas mon cas. Et du coup, le problème, c'est quand il y a des événements un peu chauds, douloureux. On peut craquer, c'est ce qui m'est arrivé. J'ai appris une mauvaise nouvelle et ça a été direct. Du coup, il n'y avait plus d'alcool à la maison. Si les gens venaient avec de l'alcool, ils l'emmenaient et repartaient avec, avec leur panier. Sinon, moi, je ne vais que dans les cafés et je ne bois que de la bière. Ce qu'il y a, c'est que quand je pars en vacances, là comme là, je vais partir, je vais aller en Espagne. Sauf que les gens avec qui je suis, eux, ils continuent. C'est compliqué, quoi.
- Speaker #4
C'est un vrai combat à faire seul.
- Speaker #3
Oui, et puis même mon fils, il sait que j'ai eu des problèmes avec ça. Il me le reproche. Et il a été très violent avec moi. Verbalement, voilà.
- Speaker #4
Toi, tu ne l'as jamais été, violent ?
- Speaker #3
Sur une télé que je voulais jeter par la fenêtre. Ça n'a pas plu. Il était petit et il me menaçait avec le tuyau d'aspirateur.
- Speaker #4
La réaction des proches peut être assez proportionnelle.
- Speaker #3
Ça l'a traumatisé, apparemment.
- Speaker #0
Il te le rappelle ?
- Speaker #3
Non, mais il faudrait qu'il en parle.
- Speaker #4
Je sais que je ne peux pas me plaindre de la réaction de mes proches pour ce que j'ai fait en premier. Donc je ne suis pas fière d'être assez virulente, mais ça fait partie, je pense, du comportement d'un addict. Ce n'est pas du tout pour me dédouaner, mais c'est juste que c'est passé et qu'il faut faire avec. Donc si on me le reproche, oui, je peux juste l'accepter et en être désolée.
- Speaker #3
Parce qu'on fait beaucoup de mal.
- Speaker #4
Énormément.
- Speaker #3
À nous-mêmes et aux autres.
- Speaker #1
Par rapport à ce que je ressens, moi c'est qu'effectivement, c'est une réponse immédiate, l'alcool. C'est ça qui est génial en fait, c'est qu'on appuie sur un bouton, ça fait effet tout de suite.
- Speaker #2
C'est la meilleure anxiolytique du monde.
- Speaker #1
Voilà, donc je veux dire, c'est la réponse immédiate à son problème existentiel du jour, que ça soit la peur du vide, la peur des autres, etc. Pour sortir de ça, la réponse immédiate à ces problèmes existentiels, c'est qu'il n'y en a pas, à part des produits. Je veux dire, il n'y a rien qui fait effet aussi vite. Un petit bon bout, la méditation, c'est vachement long. Et c'est quand même beaucoup moins fun. Les modes de vie sains, etc., etc., le bonheur... Le sport ? Le bonheur, le sport, la lecture, la peinture, la sophrologie, tout ça, mais c'est vrai, en plus ça marche, j'en suis une adepte, mais ça demande un long chemin pour arriver à être... Alors que quand même, en juin, ça détend tout de suite et ça met tout de suite les choses à distance. Et ce chemin, cette ambivalence, ça vient de là. C'est qu'il n'y a aucun produit qui peut avoir un effet aussi immédiat sur un sentiment de mal-être quel qu'il soit. Après, faux. Alors, je n'ai pas envie de dire que c'est une question de volonté, parce que c'est très con et c'est faux. Mais ça demande un certain travail et qu'il y a des périodes dans sa vie où on n'est pas forcément prêt à mettre cette énergie-là, à attendre que les antidépresseurs fassent effet, à attendre des résultats.
- Speaker #0
On est un peu esclave d'une solution. On est embarqué dans une solution qui fonctionne mal, mais qui fonctionne quand même. En tout cas, qui est rapide. Voilà,
- Speaker #1
qui est rapide.
- Speaker #3
C'est qu'on a connu.
- Speaker #0
On a connu, on connaît les effets.
- Speaker #3
C'est ça le problème, c'est qu'on la connaît. Et c'est le piège, justement, de la rechute. C'est qu'on connaît cette réponse qui est immédiate. Et voilà, il y a des fois, on cherche l'immédiateté.
- Speaker #0
On n'a pas beau avoir fait tout un travail ici ou ailleurs, chez soi, avec la méditation, tout ce que tu disais, du sport, plein de choses très bien et très saines. En fait, Ce rappel, on dit rechute mais c'est plutôt un rappel de la solution. Voilà,
- Speaker #3
ou le déclic, paf, j'ai besoin de ça immédiatement quoi, et c'est ça qui prend le dessus.
- Speaker #4
C'est là où est le paradoxe, en fait, ceux qui soulagent finissent par enfermer. Ça peut être une solution à court terme mais un problème à long terme.
- Speaker #0
Mais que même quand on s'en est éloigné, finalement elle est toujours là quoi.
- Speaker #3
Ouais, le danger est là.
- Speaker #0
Et ouais, les souvenirs aussi, il y a ces quatre questions-là. Un peu du paradoxe, même si on sait qu'on a fait peut-être des choses pas forcément ok, qu'on a dit du mal, à quel point les souvenirs de la consommation perdurent ? Est-ce qu'il y a des flashbacks comme ça, vous avez des souvenirs positifs plutôt ?
- Speaker #2
Des souvenirs positifs, franchement, non je peux pas dire ça, c'est plus un état... D'être une posture de côté, je ne marche plus très droit, je suis un peu dans le flou, dans le vague. L'impression de flotter un peu, ça d'accord, mais avoir des souvenirs précis, non, c'est plus une sensation, un ressenti intérieur. Voilà, je dirais ça. Moi, quand je reprenais de l'alcool et que je reprenais en mode un peu beach drinking, je partais de zéro après avoir fait des cures ou des sevrages en ambulatoire ou non, ou ici. Ouais, quand j'avais une pulsion, alors pas physique, mais psychologique, on me disait, ah ouais, j'aimerais bien retrouver cet état-là de flottement un peu. Ça va bien, je prends 4-5 verres d'alcool fort, ça marche bien. Mais par contre, à chaque fois que je faisais ça, systématiquement, je pensais à l'après. Je dis ok, je fais ça aujourd'hui, si je l'ai fait aujourd'hui, je pense que je vais le refaire demain. Moi je me connais, je vais le refaire pendant 3-4 jours. Par contre le cinquième jour, je ne vais pas pouvoir me lever. Et même pas pouvoir marcher correctement parce que mes muscles vont crier, je vais avoir des crampes de partout, j'aurai les jambes lourdes, des courbatures partout. Et à chaque fois que j'ai eu recommencé en mode binge comme ça, je pensais quand même aux conséquences qui allaient venir inévitablement après. C'est le paradoxe santé en fait. Tant que ça passe, on recommence, et quand ça passe plus, on arrête. C'est vrai que c'est déjà beaucoup trop tard. C'est ça, c'est vraiment ça.
- Speaker #0
Du coup, tu te rappelles de ça, dans les périodes d'abstinence, c'est un moyen de... comme un garde-fou, de se dire jusqu'où ça peut aller.
- Speaker #2
Oui, mais ce garde-fou, il est... Il est malheureusement plus faible que les tentations. J'en ai de moins en moins, grâce au travail que je peux faire ici, que je peux faire à côté aussi. J'ai repris le sport depuis pas mal de temps, ça me fait un bien fou. J'en faisais énormément avant. Là, je retrouve les bienfaits du sport, c'est génial. Mais pour l'instant, si j'ai une tentation énorme qui arrive, pour l'instant, c'est encore plus fort.
- Speaker #0
Les autres, ça vous parle ?
- Speaker #1
J'ai changé de produit à chaque fois. C'est là où je me suis dit, c'est peut-être pas l'alcool, c'est peut-être l'addiction. Parce qu'après, j'ai toujours fumé des cigarettes. J'ai été vraiment très accro à la clope. Mais après, je me suis mis au camérabise. Et ça, j'ai adoré par contre. Voilà, parce que déjà, il n'y a pas de gueule de bois, ou beaucoup moins, en tout cas. Voilà, c'est socialement, il y a moins d'effets sur l'entourage. On est amorphe, quoi. Voilà, en gros, il y a moins de...
- Speaker #2
On peut rigoler.
- Speaker #1
Voilà, ça fait rigoler, ça met les choses à distance. J'ai l'impression que de toute façon, la vie, elle donne toutes les occasions du monde. Voilà, quoi. Dès qu'il y a un pet, dès qu'il y a une contrariété, un malheur grave, etc. Pour moi, ça reste une réponse possible. Et c'est tout un travail de ne pas aller dans cette réponse. Mais la vie, elle est faite de coups durs, elle est faite de... De beaucoup d'injustices, elle est faite de quelque chose d'assez insupportable. Et qu'arriver à vivre, c'est aussi à faire avec ses coups durs. Quand on met un produit sur ses coups durs, ça fait pansement immédiat. Et effectivement, le shit m'a permis de tenir mon boulot. J'arrivais avec les yeux rouges, sans problème, je repars. Et j'ai été jusqu'à être quasiment affone pendant 2-3 mois. C'est pour ça que je suis revenue consulter ici. Parce qu'effectivement, tabac et cannabis, au niveau de tout ce qui est respiratoire, c'est vraiment pas le top. Et j'avais plus de voix. Tellement je fumais beaucoup quand même. Mais ça m'a aidée à tenir. Ça m'a aidée, ça a duré 3-4 ans comme ça.
- Speaker #0
Ça peut être une réponse à des aspects aussi positifs ?
- Speaker #1
Non, moi c'était plus une réponse soit à l'angoisse de l'ennui, soit à l'angoisse de mes ambitions professionnelles démesurées, soit ce genre de choses. J'admire et j'envie les gens qui sont capables de se limiter à un verre ou de se limiter à uniquement la joie. ou à un joint et après de passer totalement à autre chose et de retourner. Moi j'en suis incapable, je suis incapable de ça. En tout cas c'est très compliqué pour moi.
- Speaker #3
Il y a un truc qui est peut-être différent par rapport à d'autres. Au niveau de la consommation d'alcool, si je suis en société, que ce soit invité chez quelqu'un, à dîner ou aller dans un bar ou au resto, je me passe d'alcool, mais super bien, ça ne me dérange pas. Je n'ai pas de tentation, je n'ai pas besoin. Moi, c'est une consommation vraiment tout seul chez moi. Ça peut peut-être surprendre.
- Speaker #0
C'est une forme d'ambivalence, on parlait de rituel, de conservation collective, d'apéro... Alors qu'avant,
- Speaker #3
avec des potes dans les bars, ça y allait, quand on était plus jeunes. Maintenant...
- Speaker #0
Là, ça ne pose plus trop de problèmes ?
- Speaker #3
Non, du tout, non.
- Speaker #2
Là, je suis en pré-retraite et du coup... Du coup, le fait de ne plus avoir trop de contacts, on va avoir justement du contact dans un café. Et puis de l'humour, en général. En général, je ne vais pas dans n'importe quel café. Je vais choisir le café qui me plaît, où il y a de l'ambiance. Oui,
- Speaker #3
ça, c'est normal, en fait. On ne peut pas aller dans un troquet où il n'y a personne.
- Speaker #2
Mais avant, j'arrivais à... Dans une période, des fois, j'avais envie de ce lieu que j'ai connu jeune. ce que j'attendais après l'école j'allais chez l'épicier Mohamed qui faisait épicerie et café donc en revenant de l'école j'attendais dans le café donc j'ai baigné dedans en fait ça aide pas mais bon voilà quoi maintenant est-ce que t'arrives à y retourner là ces derniers temps non je tourne en rond abstinence reprise non Voilà. Mais bon, ça devrait s'arranger. On croit en toi. On croit en vous, en tout le monde.
- Speaker #0
Par rapport à la consommation, on parlait de rythme un peu, tu parlais de tes rituels. Tu sais que quand tu vas consommer, il y aura tel ou tel... ça va impliquer. tel rythme. Est-ce que cette horlogerie était paradoxalement plus rassurante que l'imprévisibilité de la vie normale ? La vie d'un peu banale. La façon dont la consommation est organisée, c'est-à-dire consommer son joint le soir ou le matin, on a ses repères. Ça peut aussi structurer. Et le faire face à la vie sans, ça peut être du coup...
- Speaker #3
Au bout d'un moment, le cerveau est tellement conditionné qu'on ne sait plus faire sans produit. Ce n'est même pas qu'on aimerait faire, c'est qu'on ne sait plus faire. Je suis esclave du produit, je ne me pose même pas la question de faire sans. Ce n'est pas possible, ça n'existe pas. C'est un monde qui n'existe plus en fait, c'est ça le truc. On aimerait en fond de soi, mais c'est vraiment caché tout au fond, derrière les poubelles et le tas de sable. Donc...
- Speaker #0
Et tu disais que ça faisait peur.
- Speaker #3
Oui, ça fait peur de faire sans le produit quand on est complètement au fond dedans, c'est clair. Donc la question ne se pose pas, c'est consommer tant qu'on peut, tant qu'on ne nous dit rien en fait, à ce moment-là. Moi je ne me cachais pas, sauf dans la journée évidemment, mais le soir je ne me cachais pas. Et puis même, on le faisait après, quand j'étais en couple, on le faisait à deux. Bon, raisonnablement le soir, mais moi j'étais déjà complètement... J'avais dépassé les limites depuis très longtemps déjà. Puis je savais que comme ça, avec les heures que je programmais, j'étais tout le temps dans un état différent.
- Speaker #0
Il y a une sorte d'équilibre un peu.
- Speaker #3
Oui, c'est ça. Il y avait eu un film là-dessus, un film avec des acteurs assez connus. C'était des profs dans un lycée qui avaient tenté une expérience d'être à 0,5 grammes tout le temps sur la journée. Ça s'appelait Drunken.
- Speaker #0
Drunken, ouais.
- Speaker #3
Ouais, c'est ça. C'était très intéressant ce film, parce que quelque part c'est ce que j'avais essayé de faire aussi. Sauf que ça marche pas, le film le montre très bien. Très intéressant ce film, pour ceux qui se posent des questions, pour l'entourage par exemple.
- Speaker #4
Je pense que quand t'es artiste et que tu consommes, c'est un peu moins bizarre que si t'étais banquier et que tu consommais, je sais pas quel boulot.
- Speaker #1
Tu le planques, moi. Peut-être.
- Speaker #4
Le truc, c'est que moi, j'ai commencé dans un milieu super, super, super aisé, de Manhattan, en 2015, j'avais 19 ans, j'étais avec des artistes, à Broadway, je ne sais pas du tout comment ça se fait que la vie m'a... Je viens de Champagne, à la base, donc les vaches à côté de ça, moi je connais. J'ai toujours été attirée par un monde qui n'était pas le mien. Et puis je suis allée jusqu'au bout de mes envies. J'ai un peu touché... Tu vois, Amy Winehouse, je l'aimais bien. Alors que pourtant, je ne pense pas que ce soit un vrai modèle, tu vois, avec le recul.
- Speaker #2
Super chanteuse.
- Speaker #4
Exactement, super chanteuse.
- Speaker #2
Mon frère m'a offert le disque quand j'allais en cure.
- Speaker #4
Super ! Justement,
- Speaker #2
ou elle dit non j'irai pas en cure.
- Speaker #4
I don't want to go to rehab.
- Speaker #1
T'as touché tes rêves ?
- Speaker #4
J'ai touché mes rêves. Moi dans ma tête, j'ai vécu la vie de rockstar sans les closers, les trucs chelous à côté, tu vois. Bon, j'ai pas le fric qui va avec non plus. En ce moment surtout. Il y a un côté où t'y crois encore. Il y a un côté où tu vois l'ambivalence, parce que ça fait quand même quelques jours que je me penche sur la question de paradoxe et ambivalence. Je vais faire des recherches et tout ça. En fait, ma vie, je l'armais. Je fais putain, merde. Je remets des questions en fait sur tout. C'était quoi la question ?
- Speaker #0
Là, tu parlais de ça. Il y avait une forme de rituel et de vie un peu musicien à New York. qui est aussi hyper valorisée et valorisante. On se dit, on a réussi. Et du coup, il y a un paradoxe parce que finalement, il y a des gens qui ne s'en sortent pas évident.
- Speaker #4
Ça reste vraiment pas longtemps. Je pense même si tu es le fils de je ne sais pas qui qui peut assumer ton train de vie de merde à dépenser de l'argent comme ça dans de la merde. Parce qu'il faut être franc, c'est de la merde. Je dis ça plusieurs fois pour au cas où qu'on m'écoute et que je puisse apprendre quelque chose à quelqu'un, c'est de la merde. Mais je ne regrette pas de l'avoir fait, après j'aurais pu le faire autrement, mais à cet âge-là tu ne réfléchis pas beaucoup, à 19 ans je pense. Déjà rien que d'avoir eu mon bac, j'en croyais pas mes yeux. Donc t'imagines si je te retrouve à 19 ans de Champagne à New York. Enfin juste, je me suis dit vas-y, ça va être comme ça toute ma vie en fait. Bah non.
- Speaker #0
Est-ce que parfois t'as une nostalgie de ce moment-là ?
- Speaker #4
Tous les jours. Tous les jours.
- Speaker #0
Et comment t'arrives à dealer avec ça aujourd'hui ? Enfin... L'après, quoi.
- Speaker #4
Bah déjà, ça fait mal. Mais je pense que dans la vie, faut être fort.
- Speaker #0
Ah, d'accord. Et vous êtes tous très forts. Après, on n'est pas obligés de... de creuser des trucs qui font mal.
- Speaker #3
Le fait d'être là, déjà, c'est déjà pas mal. C'est déjà pas mal. On a tous fait des parcours assez longs, d'après ce que je comprends. Donc c'est déjà énorme.
- Speaker #0
Du coup, casser aussi le déni, casser les a priori aussi qu'on peut avoir sur l'addiction. Là, on raconte ce que c'est.
- Speaker #3
Quelque part, on s'enrichit à travers cette épreuve quand même. Oui, c'est sûr. Je me connais vachement mieux depuis que j'ai poussé la porte de personnes que je souhaitais qu'elles m'aident. Je comprends beaucoup mieux mes interrogations, mes craintes et ainsi de suite. Et puis j'ai rencontré des personnes extraordinaires dans tous les centres et puis même chez les professionnels de soins. C'est très enrichissant. C'est un mal pour un bien. Il faut le voir comme ça.
- Speaker #4
Parfois, on n'y arrive pas parce que j'ai fait une cure fin 2025. Bussy, le château de Bussy. Et en fait, il y a un mec qui disait ça souvent. En fait, je suis vraiment content d'être là parce que j'apprends à me connaître. Et en fait, je me suis dit, j'aurais aimé me connaître autrement. Bien sûr, c'est une chance de pouvoir travailler sur soi, de pouvoir se sortir de... qu'on a fait, qu'on a vécu. Moi, je suis quelqu'un de très résilient. La résilience, je l'ai appris en cure, en première cure, j'avais 24 ans. Le mot résilience, c'est mon mot préféré, je pense. Le fait de rebondir quand il t'arrive une merde.
- Speaker #0
On se racontait aussi tout ça, ce parcours, de dire que c'est des étapes importantes et que là, c'est important ce qu'on fait ensemble, c'est écouter des générations différentes, des gens qu'on ne serait pas croisés dans la vie. Mais bon, j'imagine que...
- Speaker #4
C'est en soirée.
- Speaker #2
Mais en soirée, pareil, quand j'étais abstinent, du coup, je verbalisais en disant « Non, je suis désolé. » Je suis tombé dedans quand j'étais petit.
- Speaker #4
Obélix.
- Speaker #2
Comme Obélix, j'ai plus le droit à la potion magique. C'est une façon d'être honnête, pas d'histoire de médicaments ou quoi qu'est-ce, et puis du coup, de pouvoir en parler.
- Speaker #4
Après, l'ambivalence aussi, personnellement, dans mon discours, parfois je suis super résiliente, je veux avancer, parfois je suis... Moi, je n'ai pas de clé, les gars. C'est une parenthèse. J'ai fait du clean.
- Speaker #0
Quand tu dis faire du clean, c'est être abstinent pendant longtemps ?
- Speaker #4
Tenir longtemps.
- Speaker #3
C'est une expression de certains groupes que je connais aussi, oui. Ah, le clean, c'est 24 heures.
- Speaker #4
Exactement.
- Speaker #3
Au bout de 24 heures, après, est-ce que ça s'arrête ? Est-ce que tu commences à compter à partir du moment où tu as arrêté de consommer ? Ou est-ce qu'à partir du moment où tu te sens bien, tu n'as plus rien dans le corps ? Ça, c'est à toi d'évaluer, en fait. C'est ce qu'on dit dans les groupes de parole.
- Speaker #4
T'as envie d'arrêter les heures.
- Speaker #3
Voilà, exactement. Donc, le clean, c'est 24 heures. Et puis après, sur des années, c'est possible. C'est tout un cheminement. Et donc, effectivement, il y a des groupes que je ne citerai pas.
- Speaker #4
Les associations.
- Speaker #2
Les A et tout.
- Speaker #3
Mais voilà, ils peuvent aussi aider. Ça dépend des hospitalisations de jour.
- Speaker #2
Moi, je suis en HDG.
- Speaker #3
Trois jours par semaine.
- Speaker #2
Il y a l'HDG aussi. Ça m'aide. Plutôt que d'aller en cure, là, du coup, en HDG, trois matinées. Voilà, c'est histoire de renforcer, tout en restant présent avec la famille.
- Speaker #4
Si un endroit est complet et qu'il ne faut pas venir jusqu'à la frustration, il faut aller dans les réunions. A.A.N.A. c'est ouvert à tout le monde et il ne faut pas rester tout seul. Une parenthèse. Ça m'a beaucoup aidé à une période.
- Speaker #0
Trouver sa porte d'entrée dans le soin, quelle qu'elle soit.
- Speaker #4
Elle peut être partout, oui. Elle peut être partout, oui.
- Speaker #0
Est-ce que l'arrêt déjà a été vécu comme une menace ? Soit une perte d'identité, une perte d'une armure, une perte de rythme ? On vous a vendu ça comme la sortie possible, mais en même temps, on vous enlève peut-être aussi quelque chose.
- Speaker #1
Ça m'enlève clairement. Des paillettes ? J'adore les paillettes. J'adore les paillettes. Non, mais c'est accepter que... Accepter le bof. J'avais un médecin généraliste qui m'avait expliqué, parce que j'ai un truc avec les antidépresseurs, et qui m'avait expliqué qu'en fait, c'était comme un coussin euh... amortisseur et que ça amortissait effectivement ce qui allait mal, mais ça amortissait aussi ce qui allait bien. Et donc, on avait tendance à trouver tout bof. Et ça, pour moi, c'est très... Ça m'angoisse terriblement, en fait. J'ai l'impression... Alors, c'est pas... C'est dommage pour moi, mais j'ai l'impression que... La vie est beaucoup plus drôle si j'ai des pics très joyeux et si j'ai des pics beaucoup moins joyeux. Et que pour ces pics beaucoup moins joyeux, j'ai un produit qui me remet en pic joyeux. C'est un peu ça. Et le côté un peu plat, ou bof, pour moi c'est quand même un apportissage de tous les jours.
- Speaker #4
de supporter ça de supporter le moyennement déprimé l'abstinence c'est pas que du bof et du plat parce que même si je voudrais pas glorifier la consommation j'ai un message à faire passer si
- Speaker #0
je peux aider certaines personnes c'est le paradoxe de l'abstinence tu vas mieux physiquement tout le monde te dit ah t'as bonne mine Je dois...
- Speaker #1
Non, Je ne fais pas l'apologie. Ce n'est pas du tout ce que je veux dire.
- Speaker #2
Pour que les auditeurs comprennent. Pendant neuf ans, je n'étais pas bof et je rigolais. Il y a de la joie. Et comment gérer le bof ? Accepter le bof ?
- Speaker #1
Ce n'est pas que la vie est bof, c'est comment tu le gères. Pour moi, c'est compliqué. En tout cas. Parce que c'est associé aussi à une histoire familiale, des trucs, voilà, ou cette espèce de truc où t'as l'impression que rien ne bouge, alors qu'il y a beaucoup de folie derrière, il y a quelque chose quand même de très angoissant autour de ça.
- Speaker #0
Est-ce que t'as trouvé des moyens, t'as mis en place des choses, des nouveaux rituels pour gérer ça ?
- Speaker #1
Oui, la méditation, entre autres. Un petit moment. Non, mais parce qu'il y a quelque chose qui me permet de mettre les choses un peu à distance et où je sens que je ne vais pas me laisser embarquer par des pics. Voilà, ça c'est très bien. Et la pratique artistique, en fait. Je peins, je... voilà. Et je... En fait, j'apprends à m'évader avec d'autres moyens.
- Speaker #4
Trouver un exitoire.
- Speaker #1
Oui, et puis un autre monde. Il y a plein d'autres choses à faire. Voilà, calme mais pas pauvre. Je ne suis pas quelqu'un de serein. Après, les produits, c'est la solution. pour une pseudo-sérénité, quoi.
- Speaker #4
Une maladie, déjà, je déteste le fait que je suis malade, non. Ça, c'est pas un truc que j'accepte. Parce que... Bah, ça, c'est encore un autre truc, mais...
- Speaker #0
Ouais, t'es pas obligée de te définir.
- Speaker #4
Ouais, c'est... J'ai un problème qui fait qu'il y a beaucoup de choses que j'aime à fond. C'est-à-dire le sport, si j'en fais, c'est à fond. J'étais en sport et tu te gymes avant. Je faisais 30 heures de sport par semaine. En plus de l'école et tout ça, quand j'étais plus petite. Je pense qu'on a une prédominance à être comme ça ou pas. Mais c'est un truc d'ennui. C'est un truc d'irritation. Non,
- Speaker #1
mais tu le dis bien, le truc à fond. Pourquoi on a besoin de faire à fond ? Moi, mon boulot, je l'ai fait à fond. J'ai fumé 10 joints par jour, dont le meilleur était le matin, au réveil, juste pour me mettre un peu à distance et au-dessus du sol avant de commencer la journée. Voilà, donc pourquoi on a besoin de faire des trucs à fond ?
- Speaker #0
Dans une société hyper capitaliste, on nous force à être très productifs. Et du coup, même dans la fête, on nous force aussi à le faire à fond, à tenir hyper tard dans les clubs techno. En fait, les addictions sont aussi le résultat du capitalisme dans lequel on vit. Cette surproductivité, cette infonction permanente, les réseaux aussi, ce truc-là, une surdose d'informations continuelles. Et en fait... C'est un moyen de gérer ça, ce flux. Soit d'être plus rapide que le flux, soit de le mettre à distance. Mais évidemment, les adéquations ne sortent pas de nulle part.
- Speaker #1
Mais en tout cas, ça nous oblige à avoir un état de conscience de nous-mêmes, de nos limites, de nos hommes d'ombre, etc. Que ne se pose pas beaucoup. De nous poser beaucoup plus de questions personnelles et existentielles. que la majorité des gens. Et ça, je pense qu'il y a un côté douloureux. Moi, j'ai l'impression qu'il y a un côté douloureux par rapport à ça, parce que bien évidemment, c'est génial de se découvrir, de faire un travail sur soi-même. Mais bon, on n'y découvre pas totalement toujours des trucs qu'on aimerait découvrir et qu'on ne peut pas y échapper. Alors que des personnes... Alors, la vie se charge quand même de... mais je pense qu'on ne peut pas se cacher derrière son petit boudoir. À un moment, quand on a été trop loin, on ne peut plus se mentir à soi-même sur ce qu'on est. Il y a une obligation de lucidité qu'on acquiert au travers de tout ça, dont des personnes qui ne sont pas tombées ni dans la potion quand ils étaient petits. peuvent faire l'économie, je pense. Voilà. On se pose des questions qui dérangent par rapport à nous.
- Speaker #0
Tout ce que j'ai écouté dans tous les épisodes d'En Substance, c'est toujours ça, cette clairvoyance et cette pertinence sur ce que ça fait d'être au monde, d'être en prise avec des addictions, de comprendre aussi les autres, l'empathie qui a lieu là en ce moment entre vous. C'est quand même des choses qui ne sont pas si communes.
- Speaker #4
Une certaine forme d'intelligence émotionnelle, moi je m'en serais bien passé.
- Speaker #0
De fait, vous faites un travail que la plupart des gens ne font pas.
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #0
Et qui coûte.
- Speaker #1
Et qui coûte, c'est un travail qui coûte, c'est pas une partie de plaisir. Non,
- Speaker #2
j'ai découvert mon moi.
- Speaker #1
Voilà, c'est pas le développement personnel qu'on veut nous vendre. C'est quand même un sacré boulot le travail qu'on fait sur soi-même, et on le fait parce qu'on n'a pas le choix.
- Speaker #2
Et puis à retracer depuis le début.
- Speaker #4
Et c'est le travail d'une vie entière.
- Speaker #2
Voilà. C'est quoi les points faibles, c'est quoi qui a été douloureuse, c'est quoi qui nous a amenés à avoir soit des béquilles, soit des paillettes, soit un sourire, un rire.
- Speaker #0
Mais est-ce qu'il y a un moment où vous vous dites que ce travail-là, il est terminé ? Ah non, C'est ça la définition d'un suivi, un addicto. Que plein de gens ne comprennent pas forcément, ils se disent, c'est bon, il est arrêté.
- Speaker #2
Pour maintenir le fait d'être suivi, même si on est abstinent, c'est bien. Ça permet de consolider ça. Et de pouvoir parler à quelqu'un de ça, qui nous a connus.
- Speaker #0
C'est un travail qui est sans cesse renouvelé.
- Speaker #2
On voit dans certains groupes de parole des personnes qui sont abstinentes depuis 25-30 ans.
- Speaker #3
Complètement abstinentes, 25-30 ans, mais qui continuent à venir parce qu'elles en ressentent le besoin et qu'elles ont besoin de temps en temps de décharger un peu leur sac, de raconter certaines choses qui leur pèsent. Ce n'est pas par peur de rechute forcément, mais c'est parce que c'est dans leur personnalité, dans leurs émotions, qui sont un peu plus exacerbées que chez d'autres personnes. Il faut pouvoir évacuer de temps en temps. pas forcément auprès de sa famille ou de sa femme ou de son mari ou de son conjoint. Échanger dans un milieu qui ne nous jugera pas. Et c'est super important, en fait. Et donc, même après des dizaines d'années, pour certains.
- Speaker #4
Qui ne jugera pas et de plus qui comprendra.
- Speaker #3
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Je n'envisage pas d'arrêter de voir un psy au moins une fois par mois, même si je vais mieux, même si... Voilà, ça. Il y a des choses que j'ai réussi à dépasser, mais c'est quelque chose... La première fois que je suis venue ici, c'était pour un problème d'alcool. Et en fait, je n'avais pas de dépendance physique à l'alcool. Mais je sentais que j'étais sur la bonne voie pour en avoir une. Donc je suis arrivée à temps, on va dire. Mais donc, bon, ça c'est... Voilà, j'ai changé un peu quelques petits trucs dans ma vie. Ça a été un peu... un peu mieux. Et puis, 15 ans après, je reviens pour un problème de cannabis où là, je me suis bien embarquée dedans. Donc, c'est quand même un... Au-delà des environnements, il y a quand même une vulnérabilité qui fait qu'on va se coller dans des produits, quel que soit le produit. Alors, où on va replonger dans son produit de prédilection, on va en découvrir un autre parce que pourquoi pas ? Voilà.
- Speaker #0
Ouais, toi tu disais que le terme de maladie te parlait pas forcément. J'ai vu qu'on parlait aussi de trouble de l'usage. Et tu vois, moi j'ai un trouble du coup de l'humeur, de la bipolarité, lié à des problématiques d'addiction aussi. Mais du coup, c'est un trouble. Et là, je vais surveiller ça avec une psy, un psychiatre. Même quand ça va mieux. Après, le pire, c'est quand ça va trop bien. Mais bon, du coup, faut... Alors que les gens qui me connaissent bien, qui m'ont vu dans des moments plus compliqués, ils me disent « c'est bon, il va mieux » . Mais en fait, ils ne se rendent pas compte que le travail se fait toutes les semaines, tous les jours, et avec le psy tous les mois, et tu prends tes médocs et tout. Et le plus risqué, je pense, ce serait de se penser comme guéri. Ou « c'est bon, j'ai plus de problèmes » . Enfin, j'ai plus de problèmes, c'est pas que un problème. C'est bon quoi, je fais comme tout le monde, et du coup de retomber dans les pièges dans lesquels on est tombé, ou trouver d'autres pièges, parce qu'il y a plein de produits dans lesquels on peut tomber, et des addictions d'ailleurs qui ne sont pas forcément des produits, ça peut être des addictions comportementales,
- Speaker #1
au boulot,
- Speaker #0
au sexe,
- Speaker #2
au jeu vidéo, à la vérité. Je suis accro en ce moment à un jeu de voiture.
- Speaker #0
Et voilà quoi, ça fait plus ou moins de mal au corps et à l'entourage, mais il faut rester vigilant en fait.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #4
Je crois que j'ai développé un état d'alerte, un peu, à vigilance quoi.
- Speaker #0
Quand j'arrête un truc qui me fait du bien, je vais tout de suite me dire « Oh là, pas normal, que se passe-t-il ? » Pourquoi tu n'as pas fait de méditation pendant trois jours ? Voilà, donc tout de suite, je vais être en alerte. Disons, bon.
- Speaker #1
On va à la fin, tranquillement. Souvent, on finit comme ça. Est-ce que vous auriez un conseil, une petite... Un conseil à une personne qui ferait face comme ça ? à ses addictions, à une addiction, et peut-être qu'il serait piégé face à un paradoxe, face à une ambivalence. Trop prononcée, notamment peut-être la nostalgie du produit.
- Speaker #2
C'est ça qui va faire un blocage, mais justement il faut aller au-delà de ça. Il faut aller en parler, c'est surtout ça. Aller en parler... C'est le truc que je fais jamais,
- Speaker #3
parce que je trouve ça tellement dur.
- Speaker #2
Bah oui, mais c'est le premier pas quoi.
- Speaker #3
C'est le premier truc qu'on nous dit en réunion, d'aller en parler, quasiment. Je trouve ça super dur.
- Speaker #2
Tu arrives et tu te dis, voilà, j'ai ça comme problème, tu le mets sur la table.
- Speaker #4
Moi, je ferais bien de la prévention pour les jeunes, ceux qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas parler à leur famille, à leurs proches, si c'est un sujet un peu tabou et tout ça. Dans la plupart des grandes villes, il y a les réunions NA et AA. Ils peuvent trouver les horaires et les lieux sur internet et peuvent y aller. C'est gratuit et c'est ouvert à tous, surtout. Donc si t'as un problème, n'hésite vraiment pas à y aller. Ça sera déjà un premier pas à faire. Et puis après, on n'a qu'une vie, donc autant pas la gâcher.
- Speaker #1
T'es la maîtresse des punchlines !
- Speaker #0
C'est une belle conclusion !
- Speaker #1
Tu voulais conclure la conclusion ?
- Speaker #0
Non, moi je trouve que ça nous fait aussi découvrir des choses intéressantes. Je pense que ça m'a fait découvrir l'aquarelle par exemple. On fait aussi des chouettes découvertes dans ce chemin-là. Et il y a... et je trouve que ça nous oblige à devenir un peu meilleur parce que dans le monde là je trouve qu'on a quand même un degré de conscience par rapport à d'autres personnes voilà quoi je pense que ce chemin là ça nous ça nous permet un peu de d'être de meilleurs humains donc du compte y compris dans la relation avec les autres et dans la conscience qu'on peut avoir de la relation avec les autres, quand même, un peu.
- Speaker #1
Pas mal comme deuxième conclusion. Eh bien, bravo, ça fait plaisir.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Et merci à vous tous. C'était top. On a zigzagué avant, au temps du paradoxe.
- Speaker #0
et de l'ambivalence ouais mais bon il y en a eu des trucs sur l'ambivalence il y en a eu des trucs paradoxe quand même c'est quand même enchanté vraiment ça répond un peu à ce que tu attendais après à chaque fois je te dis ça reste assez ouvert ouais commencer en disant les drogues c'était quoi le truc ?
- Speaker #1
légère légère n'importe quoi light n'importe quoi ouais mais bon c'était une une
- Speaker #0
Un tour de chauffe.
- Speaker #1
En substance, l'addiction a plusieurs voix. Un podcast produit par Addiction France, écrit et réalisé par Sylvain Pinault, sur une musique originale de Toco Verviche et Sonel Studio, et une illustration signée Mathilde Fian. N'hésitez pas à vous abonner sur les plateformes d'écoute, à laisser quelques étoiles, voire même un commentaire, et à le partager autour de vous. Parler de santé mentale et d'addiction, ça change des vies.