- Speaker #0
Vous écoutez En Substance, un podcast d'Addiction France. Entrez, entrez, oui.
- Speaker #1
Appuyez sur la touche d'ailes.
- Speaker #2
Bonjour, vous êtes en relation avec le répondeur téléphonique du centre 414, antenne XAPA de l'association Addiction France.
- Speaker #3
Le centre sera exceptionnellement fermé mercredi 13 novembre et jeudi 14 novembre jusqu'à 17h. Les consultations pour prendre en compte chaque 17h et 17h.
- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce troisième épisode d'Insubstance saison 2, l'addiction à plusieurs voies. Je suis Sylvain Pinault, réalisateur de podcast. Après la rencontre avec les produits et le soin, puis la thématique du mensonge, on s'attaque aujourd'hui à celle des calculs et des rituels. On parle souvent de l'addiction comme d'une perte de contrôle, mais ce serait oublier ce qu'il y a de méthodique et d'organisé dans l'usage. Compter, calculer, planifier ses doses, gérer ses stocks, c'est ce que l'on appelle également les mathématiques de l'addiction. Ces calculs et rituels ont une double face. Ils structurent tout autant qu'ils enferment. C'est cette ambivalence que l'on va explorer ensemble avec quatre personnes qui ne se connaissaient pas auparavant. Cette conversation aborde des thématiques sensibles, il est notamment question de violences sexuelles, autour de la 25ème minute de l'épisode. C'est une thématique que l'on a déjà abordée, et qui fait tristement partie de la réalité de nombreuses femmes en situation d'addiction, et de nombreuses femmes, tout simplement. Avec l'équipe du centre, on a jugé important de garder ce passage, mais libre à vous de passer ce moment, qui dure à peu près 5 minutes. Faut pas trop taper la table, pas du tout, et si vous voulez vous reprendre n'hésitez pas.
- Speaker #3
On peut dire stop, je reprends ce que je fais, c'est le début on sait pas trop où on va.
- Speaker #0
On enregistre donc toujours au Xapa Addiction France dans le 14ème et on va commencer par se présenter. Je vais commencer par ma gauche.
- Speaker #2
Moi c'est John Doe et j'ai 44 ans. Donc moi c'est Virginie et j'ai 56 ans. Bonjour, moi c'est Mylène, j'ai 43 ans.
- Speaker #1
Bonjour, moi c'est Sarah, enchantée.
- Speaker #0
Quand vous consommiez, est-ce que vous comptiez les jours, les heures ? Est-ce qu'il y avait cette idée comme ça de chiffre ?
- Speaker #2
Il y a le compte de... Je bois un verre, et puis un verre fait un deuxième verre, un deuxième verre fait un troisième verre, et puis au bout d'un moment, alcool et dents, les verres on ne les compte plus tellement. On s'en rend compte le lendemain parce qu'en termes de calcul, quand on regarde ses tickets de carte bancaire, on se dit oh là là là là là, j'ai fait fort hier. Puis après, il y a le calcul de se dire, je ne me suis pas réveillée ce matin, il faut que je calcule pour arriver à l'heure au travail. Après, les doses d'alcool, non, jamais.
- Speaker #3
À la fin du mois, j'étais à deux ou trois bouteilles de vin par jour. Il fallait que le matin, j'achète les trois bouteilles pour que j'en ai assez. C'était ça le calcul en fait. Ce n'était pas dans le nombre de verres, c'était dans les bouteilles dont je savais pour ne pas manquer.
- Speaker #0
Et c'était un calcul récurrent ?
- Speaker #3
Ah oui, tous les jours, ouais. J'en étais limite à changer de magasin pour pas qu'on me reconnaisse. Enfin voilà, ça c'est un truc classique. Ça je l'ai fait aussi, à anticiper le soir pour le lendemain matin me dire j'ai acheté hier ce qu'il me faut pour ce matin en fait.
- Speaker #0
Les autres, est-ce que ça vous parle cette question ?
- Speaker #4
Moi les calculs ils sont arrivés quand j'ai commencé à fréquenter le Xapa en fait, avec l'alcool en tout cas. J'avais une sorte de protocole que j'avais un peu créé moi-même, en fait en comprenant les mécanismes de l'absorption de l'alcool et tout. Je me disais bon ben si je bois par exemple un verre d'eau, un verre d'alcool, un verre d'eau, un verre d'alcool toute la soirée. Si je bois pas mon premier verre avant d'avoir mangé, si je bois que un verre, enfin oui. Une part d'alcool toutes les 30 minutes par exemple. Je me sentais hyper préparée avec ce protocole-là, que je ne suivais jamais du tout. Je pense que les pires blackouts que j'ai faits, j'ai commencé. C'est la soirée en me disant, alors c'est mon verre de la demi-heure entre 8h et 8h30. Puis en fait, 3h plus tard, j'ai un blackout terrible et on est déjà 9h du matin et je me réveille. Donc ouais, les calculs, je les ai faits comme ça, avec l'apport un peu scientifico-médical du Xapa. Enfin, c'est pas la faute du Xapa, mais c'est que moi avant, c'était juste consommer beaucoup, très vite si possible. Et puis il a fallu un certain nombre de... de blackout, pour que je me mette à réfléchir à combien. Et ce n'est pas encore ça qui m'a aidée.
- Speaker #1
J'avais commencé à calculer, en fait, à boire le week-end. Ensuite, quelques années après, c'est venu le soir. Et ensuite, c'est venu début d'après-midi, puis 11h. Je me refusais de boire avant 11h du matin. Et donc, j'ai commencé à calculer comme ça. Puis je sortais le matin, j'allais prendre mes bouteilles pour faire ma journée. Et puis le lendemain, je calculais mes cadavres de bouteilles. Et là je me disais, ah ouais, peut-être que t'as un problème.
- Speaker #3
Pour ne pas être dans le manque, se retrouver sans rien à 2h du mat. On est obligé de calculer. On a tout un peu la même...
- Speaker #2
D'anticiper. D'anticiper pour ne pas manquer. Pour ne pas manquer. Parce que manquer, c'est la peur du manque. C'est se mettre à trembler. C'est le vide. C'est être pas bien, se sentir pas bien.
- Speaker #1
C'est être face à soi-même aussi.
- Speaker #2
C'est aussi être face à soi-même. Pareil, moi, je me suis retrouvée à compter les cadavres le lendemain matin en me disant... C'est pas possible, j'ai pas pu ingérer tout ça hier soir, je suis pas vivante là, n'importe qui est mort à ma place, mais non en fait, et le pire c'est, ça passe, et le soir de recommencer le même truc en fait, incessamment quoi, c'est un cercle vicieux sans cesse, sans cesse, sans cesse, et il y a un moment le calcul il s'arrête plus quoi, c'est...
- Speaker #1
Ouais, on passe notre vie à calculer en fait. Ça devient partie intégrante de notre vie, cette consommation-là.
- Speaker #2
Bah, et surtout il y a un moment où on ne peut plus le cacher quoi, donc... On a beau croire que ça ne se voit pas, mais n'importe quelle personne, j'ai envie de dire normale, se rend bien compte que le comportement il n'est pas normal, que... Le calcul dans la tête, il est faussé complètement en permanence. On raisonne à l'envers en fait. 1 plus 1 égale 2, c'est 1 plus 1 égale 10.
- Speaker #3
Je suis d'accord avec ce que vous disiez, les cadavres de bouteilles le matin. Moi le bruit maintenant quand j'entends des bouteilles dans un truc à verre, me dégoûte. Ça me défonce les tympans. Moi c'est ce mauvais souvenir. Je me permets de raconter un truc très récent parce que là je tenais bon pour l'alcool depuis 5 ans et demi et le hasard a fait que j'ai craqué dimanche, avant-hier suite à un truc de coeur moi c'est toujours des trucs qui ont rapport au coeur qui me font replonger et du coup ce matin justement je me suis réveillée avec ces 4 bouteilles et ça fait 5 ans et demi que j'avais pas eu de cadavre de bouteille et d'une il y a une culpabilité qui est dingue et de se dire mais comment j'ai pu Tu viens d'arrêter 5 ans et demi, et en fait, comme ça, je repense à ces cadavres de bouteilles et à ce bruit ce matin, parce que j'ai été l'éjeter, et dès que je mets une bouteille dans ce truc, que j'entends le verre qui tombe, c'est un truc qui m'angoisse profondément, et il y a de la culpabilité, beaucoup.
- Speaker #0
J'imagine. J'espère que ça va aller. Enfin ça va, tu te sens bien ?
- Speaker #3
Alors là, je n'ai pas consommé du tout, je travaillais aujourd'hui. J'ai une bouteille chez moi que je vais finir parce que je sais que je ne pourrais pas faire autrement. Je sais me sevrer toute seule parce que j'ai été en cure et que je n'ai pas envie d'y retourner et que j'ai compris comment me sevrer toute seule au Valium. Donc demain, j'ai pris rendez-vous avec mon médecin traitant pour qu'il me file du Valium et je vais essayer d'arrêter tout de suite. J'ai replongé trois jours. Il est temps, si je laisse passer 15 jours, c'est fini. Quand on arrive à 5-6 ans d'abstinence, on se dit « Oh cool ! » Surtout que j'en ai vécu des trucs. Cet été, j'ai vu passer des millions de kilos de bière auxquels je n'ai pas touché. Et il suffit d'un truc qui vous touche le cœur, il y a 6 ans qu'il s'écroule.
- Speaker #0
Ce n'est pas comme si tu avais tout lâché. J'ai l'impression en tout cas. Pas du tout. Mais voilà, c'est important d'en parler aussi. D'en parler aussi, oui. La rechute.
- Speaker #3
Parce que du coup je voulais en parler parce que c'est un truc hyper récent pour moi et que je me sens un peu mal. finalement d'être là en témoignant et en me disant c'est idiot c'est pas idiot j'ai l'impression que ça enlève 5 ans et demi où j'ai tenu ça enlève rien du tout,
- Speaker #2
t'as tenu 5 ans et demi tu peux recommencer peut-être 10 ans peut-être 15 ans, peut-être 20 ans je sais pas je me sens, je culpabilise vachement mais non mais tu sais moi j'ai rechuté mais après une longue période d'abstinence Pour la même raison que toi, c'est que ça a été une peine de cœur, une grosse déception. Et le premier truc que j'ai fait, je suis rentrée chez moi, je suis allée chez l'épicier, j'ai acheté une bouteille de vodka et j'ai descendu la bouteille. Je me suis dit, comme toi, j'ai foutu je ne sais pas combien de temps en l'air, alors qu'en fait, non, c'est pas foutu en l'air. Oui,
- Speaker #3
tu gagnes chaque jour, un petit peu, chaque jour est gagné, mais...
- Speaker #2
Après, c'est une sale étape à passer, les peines de cœur, c'est toujours un... il faut digérer. Moi,
- Speaker #3
c'est le seul truc qui me fait replonger, en tout cas. C'est le cœur. Pourtant, pendant ces cinq ans, j'ai perdu ma grand-mère, mes grands-parents, j'ai eu des décès de gens que j'aimais très fort, et j'ai pas à replonger pour autant. Mais l'amour, ça, ça passe pas, en fait.
- Speaker #1
Je fais des réunions alcooliques anonymes, et on nous dit que le ressentiment, en fait, c'est le pire ennemi de l'alcoolique. En fait, le ressentiment, ça comprend les sentiments amoureux, les sentiments amicaux, etc. Et c'est notre pire ennemi, en fait, par rapport à la rechute. En fait, il faut vraiment se prémunir de ce sentiment-là, pour éviter de replonger. Mais ça passe 5 ans qu'ils sont perdus, quoi. Je veux dire, ça fait partie de toi.
- Speaker #2
Ce soir, la bouteille, ce qui serait bien,
- Speaker #3
c'est que tu la consommes pas, tu la jettes. Je sais que j'y arriverai pas, mais par contre, demain matin, je prendrai bonne résolution. Merci de vos témoignages, parce que ça me permet de me dire que je suis moins seule aussi. Ouais,
- Speaker #0
et t'es pas la première à rechuter.
- Speaker #3
Et je suis pas la première à rechuter, je serai pas la dernière. On aura, je pense, toute notre vie, une espèce d'épée de Damoclès au-dessus de la tête.
- Speaker #2
On a une empathie un petit peu peut-être plus développée que... que certaines personnes, et on se protège dans l'alcool pour...
- Speaker #1
On est hypersensible.
- Speaker #2
C'est un leurre, mais c'est aussi un refuge, parce que pendant qu'on pense à ça, on ne pense pas qu'on vient de se faire larguer, qu'on vient d'être trompé, ou qu'on vient de, je ne sais pas... C'est une mascarade, c'est un leurre, mais moi, on m'a toujours dit que ça va cacher le problème sur le moment, mais demain, il sera là, et il sera même encore pire que hier.
- Speaker #3
En plus, ça ne règle rien. On a l'impression que c'est un anxiolytique sur le moment parce que c'est cette fameuse boucle où on a l'impression qu'on va mieux. Quand tu commences à boire beaucoup, ça devient un truc angoissant. Je me suis rendue compte, toutes ces années où j'ai arrêté de boire, que je badais moins. J'étais moins au quotidien. Je n'étais pas devenue tout de suite très heureuse, mais je voyais les choses moins en noir. Je dois être honnête sur ce truc.
- Speaker #1
Et puis, voir les choses en face, Mine de rien, en fait, ça permet d'être de plus en plus fort,
- Speaker #3
d'affronter ses émotions. Exactement. T'as les idées plus claires.
- Speaker #2
Bon, après, l'un n'empêche pas l'autre. Il faut digérer certaines choses, mais c'est pas l'alcool qui aide à digérer.
- Speaker #1
Ça met juste la poussière sous le tapis. Oui,
- Speaker #2
c'est ça. C'est ça, oui. C'est juste ça. Alors, c'est vrai que c'est un sacré anxiolytique sur le coup. C'est vrai que, alors moi l'euphorie, je sais pas vous, mais moi l'euphorie je l'ai plus. C'est terminé, ça fait des années que je l'ai plus. Moi ça me fait plus rire du tout, ça me fait limite pleurer.
- Speaker #3
Moi ça me rend méchante aussi, j'ai l'alcool mauvais.
- Speaker #1
Agressive aussi.
- Speaker #3
Et du coup, bah là, en l'espace de 2-3 jours de chute, j'ai eu le temps d'envoyer des messages à ce mec pour l'envoyer balader. Enfin, j'ai sorti des trucs que je faisais plus en temps normal en fait. Quand je suis sobre, j'ai pas ces réactions.
- Speaker #0
Là ça devient... Nourrir le ressentiment,
- Speaker #1
c'est-à-dire exacerber la haine que tu as contre lui,
- Speaker #0
du coup tu vas envoyer ce message-là qui est genre...
- Speaker #3
Mais toi je ne l'aurais pas fait si je n'avais pas rebut.
- Speaker #2
Si je te lisais le nombre de messages pourris, incendiaires, dont j'ai honte, que j'ai envoyés alors qu'une discussion d'adulte à adulte aurait peut-être été beaucoup plus simple. Moi je me suis jetée sur mon téléphone en balançant les trucs les plus immondes possibles et inimaginables. Quand je les relis les messages, je me dis c'est pas possible, c'est pas moi, je peux pas avoir écrit ça. Bah si c'est moi, c'était moi sous l'emprise de l'alcool quoi qu'il ait fait. Quand j'ai envie de boire je me dis, relis les conneries que t'as bien pu écrire. Quand même, parce que t'en as écrit quand même des belles et des sacrées, quoi. Dans le genre calcul, j'en ai toute une panoplie de messages à la con. Du coup,
- Speaker #0
tu les gardes quand même ?
- Speaker #2
Je les garde histoire de me souvenir de ce qu'on peut faire comme truc débile sous l'emprise de l'alcool, quoi.
- Speaker #0
Ça fait partie de ton calcul aussi, de temps en temps regarder pour... un peu comme en prévention, quoi.
- Speaker #2
Ouais, c'est une espèce de vaccin.
- Speaker #0
Vaccin, ouais.
- Speaker #2
C'est vraiment une piqûre de rappel de ce que peut te faire faire l'alcool dans les calculs débiles, de dire des trucs débiles à des gens qui ont pour certains mérité mais pour eux peut-être pas autant mérité que ça. Disons que,
- Speaker #3
je te rejoins, moi je voulais juste préciser quelque chose, je sais pas vous, mais moi à chaque fois que j'ai envoyé des messages méchants, c'était toujours des trucs sincères par contre, je ne mens pas sous alcool. C'est-à-dire que ça va... Je vais peut-être le dire d'une manière pas très élégante, mais en tout cas, quand je relisais ces messages, c'était des trucs que je pensais vraiment, mais pas dit de la bonne manière. Et oui, j'ai perdu des gens au passage qui m'ont dit « mais tu vas trop loin dans la sincérité » . Oui, dans la sincérité, mais je ne mens pas sous alcool par contre.
- Speaker #2
Le problème de l'alcool, c'est que ça désinhibe complètement. Donc ce que tu pourrais dire d'une façon, on va dire, courtoise, diplomate... Là, tu le sors comme si tu lui vidais une poubelle sur la tronche. Et puis, fais le tri là-dedans. Et puis, voilà. Il y a à prendre, à laisser.
- Speaker #3
C'est ça.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #1
Moi, ce qui me vient d'idée, en fait, par rapport au calcul, c'est que moi, je suis arrivée à un moment où je devais choisir entre manger ou boire. Et je devais calculer, en fait, à fin du mois, les sous. Qu'est-ce qui m'est resté pour manger, pour boire ? Et ça m'est arrivé de choisir de boire plutôt que de manger quoi. Et ça c'est hallucinant.
- Speaker #3
Tu sais que je l'ai fait aussi ça, pendant 15 jours il y a quelques années, j'ai fait que de boire de l'alcool pendant 15 jours, j'ai rien mangé. 10 kilos en 15 jours. Parce que plus fin, moi j'ai un estomac qui se coupe vite, mais par contre l'alcool ça passe toujours très bien.
- Speaker #0
Et ça coupe la faim.
- Speaker #3
Et en plus ça coupe la faim.
- Speaker #2
Je rejoins toutes les deux. J'ai fait le même choix aussi. En me disant, il te reste tant sur ton compte. Tu as deux solutions. Soit tu vas faire des courses pour te nourrir, soit tu vas aller acheter une bouteille pour boire. Le choix a été vite fait. Ça a été, va acheter à boire et puis mangera un autre jour ou pas.
- Speaker #1
Comme quoi, nos besoins essentiels passent en second plan. Pas de plan du tout, en fait, on les oublie carrément.
- Speaker #0
Ça, il y avait un calcul conscient ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Par exemple, avant d'aller faire tes courses, tu savais ?
- Speaker #1
Oui, je savais, je voyais combien il me restait, et puis je faisais le choix conscient de boire, de privilégier la boisson. C'était ça, en fait, c'était limite, ça devenait vital, en fait.
- Speaker #3
Autant j'ai arrêté l'alcool pendant presque 6 ans, sauf ma petite rechute d'il y a quelques jours, mais on va dire bon ok. Sauf que du coup j'avais des périodes quand même où à la place je tombais dans le cannabis. Parce que j'ai jamais réussi à être sob 100% et je remplaçais par le cannabis. Et du coup j'avais ce nouveau rituel régulier de cannabis où par contre là il fallait que j'en rachète. Et si je voyais qu'il ne me restait qu'un bout, j'en rachetais. Et là, c'est quand même plus compliqué d'en acheter parce que forcément, ce n'est pas très légal. Donc, on ne sait pas sur qui on tombe. On fait venir des mecs chez nous. Moi, on m'a déjà vendu de la craie. Au bout d'un moment, je me suis rendu compte que de toute façon, quand je bois, je bois comme un trou. Mais quand je fume, je fume aussi comme un trou. Et là, pour le coup, ça coûtait vraiment trop cher. Et c'est ça qui m'a fait arrêter, c'est l'argent là pour le coup, parce que ça coûte quand même beaucoup plus cher que l'alcool. Ce double rituel on va dire, d'avoir arrêté une substance mais d'avoir mis un autre rituel sur une autre substance. L'alcool n'est plus là et le rituel de ne plus boire, il faut le compenser par quelque chose. Donc dans ton cas ça a été le cannabis,
- Speaker #2
moi c'est le sport, ou marcher des kilomètres. Il faut trouver quelque chose pour remplacer ce produit qui est là depuis longtemps. Donc chacun trouve son rituel, il y en a ils vont se mettre à lire,
- Speaker #4
il y en a... Je suis vraiment très très curieux de connaître quelqu'un qui a réussi à se passer d'alcool ou de cannabis en lisant quoi franchement.
- Speaker #3
Alors moi je suis pas capable de lire trois lignes donc... Et en fait moi mon plus gros problème après l'arrêt de l'alcool ça a été mais comment je vais revivre derrière en fait ? Avec quoi je vais m'occuper ? Pendant longtemps, je suis restée chez moi à rien faire parce que je savais pas, j'avais... Alors si j'ai eu plusieurs activités qui ont pas duré, type je me mette au jardinage 6 mois, après je m'en fous, après je vais me mettre à la dessiner, puis ça me passe. J'ai fait des trucs tout bêtes, mais au final, il n'y a que le temps. J'arrivais après à aller à des soirées où je buvais du soft. Mais ça m'a mis du temps. Il y a même des soirées où j'ai évité d'y aller parce qu'on en revient à ce qu'on disait. Des fois, tu ne contrôles plus ce que tu dis. Moi, c'était des soirées de boulot, des fois. Et je ne pouvais pas, devant mes employeurs, raconter de la merde, monter sur la table, en dansant.
- Speaker #0
Donc, tu as évité le rituel d'alcoolisation un peu classique au boulot ?
- Speaker #3
En fait, quand tu ne sais plus te contenir et t'arrêter, moi, je sais que je n'arrivais pas à m'arrêter avant de m'endormir. Et ça m'a mis en danger, parce que je me suis des fois endormie dans la rue, toute seule à 3 du mat', le lendemain je vois des factures de Uber, je sais même pas pourquoi j'ai fait 3 fois le tour de Paris, tu te dis mais il faut que ça s'arrête en fait, ça c'est n'importe quoi.
- Speaker #0
Donc là t'avais fait un calcul de ne pas y aller parce que tu savais que tu pouvais pas t'arrêter ?
- Speaker #3
Ouais, il y a eu des soirées où j'ai fait ça parce que c'était ça où je m'affichais dans le travail en fait, et où je partais assez tôt, en étant pas encore trop bourrée. Mais derrière, je rentrais dans des bouillibouilles, je rachetais de l'alcool, je me retrouvais sur les quais de Seine à moitié endormie à 3h du mat. C'est des trucs pour une femme seule, c'est dangereux. Moi, je n'ai pas eu d'enfant à cause de ça parce que j'ai arrêté de boire à 37 ans et qu'avant, je savais très bien que je ne pouvais pas arrêter 9 mois de boire. Et donc, j'ai privilégié l'alcool au fait d'avoir un enfant. Et ça, ça ne se récupère pas.
- Speaker #2
L'alcool a quand même eu une grande part, une grande incidence sur ma vie de femme, on va dire. C'est triste, mais malheureusement, c'est la vérité.
- Speaker #0
On précise que John Doe, tu es toujours au masculin.
- Speaker #4
Oui, mais effectivement, j'ai une vie de fille, de femme. Et moi j'aimerais bien savoir chez les hommes alcooliques qui font des blackouts, combien il y en a qui ont été agressés et violés pendant leur blackout par exemple. Comme c'est des blackouts par définition, je ne me rappelle pas, mais voilà je me suis réveillée de blackout plusieurs fois avec une grosse grosse probabilité d'avoir été agressée et je ne suis même pas sûre que... Si j'avais été un homme dès ma naissance, j'aurais eu ces problèmes-là. Je ne connais aucun homme qui a des blackouts et qui s'est réveillé en se demandant s'il avait été violé. En tant que femme,
- Speaker #1
on est quand même beaucoup plus à risque de subir des agressions.
- Speaker #4
D'ailleurs, moi,
- Speaker #3
ça a été une de mes motivations à me dire que ça en était trop et qu'il fallait que j'arrête. Un jour où j'avais bu toute la journée et que je ressortais le soir derrière, Je me suis retrouvée dans un bar à Clignancourt alors que j'habitais à l'opposé. Et je sais pas comment ça s'est fait mais j'ai ramené trois mecs chez moi que je connaissais pas. Avec qui j'avais pris des substances. En fait j'ai pris tellement de trucs ce soir-là que je crois que je suis restée dans un état second pendant 48 heures ou 72 heures. Et il y en a un qui m'a violée ce soir-là chez moi pendant que les deux autres m'ont cambriolée. Et ça je crois que ça a été le truc de trop de me dire... Alors, j'ai mis un an et demi quand même après à venir ici, ici au Xapa 20, chez Addiction France. Mais ça a été pour moi, je crois, le déclic ultime de me dire ça c'est plus possible en fait, tu fais n'importe quoi. Et oui, en tant que femme, on est peut-être plus explosif.
- Speaker #0
C'est factuellement, c'est sûr.
- Speaker #3
Et en même temps, j'ai culpabilisé, ça pouvait être ma faute. Je sais pas si c'est moi qui les ai invités chez moi. Évidemment que non, c'est pas ta faute. Et on m'a... Et en même temps, je vis toujours dans cet appart que j'ai envie de quitter plus que tout parce que je ne peux plus vivre dans cet endroit-là. Et puis surtout que derrière, tu n'as pas beaucoup de réponses de la justice. Moi, les flics, ils ont bien vu que j'étais remplie de bleus.
- Speaker #0
Tu as porté plainte du coup ?
- Speaker #3
Oui, j'ai porté plainte le lendemain. Sauf qu'il y en avait deux, c'était des sans-papiers, donc on n'a jamais pu les retrouver. Et le troisième sortait de prison. Donc eux, ils l'ont retrouvé, mais comme je n'avais pas assez de preuves parce que trop de black-out. Il n'y avait pas assez de preuves pour qu'il l'arrête. Il n'a rien eu. Après, John Doe, c'est vrai que ça peut arriver. Je pense qu'il y a des psychopathes.
- Speaker #4
Il y en a, ce n'est pas des psychopathes. Il y en a un,
- Speaker #2
c'était mon conjoint qui t'a violé.
- Speaker #4
Oui, oui.
- Speaker #3
Ah oui ?
- Speaker #4
Oui. C'était pas normal.
- Speaker #3
Ça existe aussi le viol conjugal. Oui, ça existe aussi.
- Speaker #4
Après coup, en me remémorant comment on en a parlé le lendemain, il avait conscience que je n'étais pas dans mon état normal. Mais il n'a pas eu conscience ou il n'a pas voulu le voir que ce n'était pas normal qu'il en profite. Et impossible d'aller porter plainte. J'ai un blackout, je ne me souviens même pas dans quel état je suis rentrée. C'est mon gars et on dort ensemble, donc je ne vais pas porter plainte.
- Speaker #1
Les violeurs font partie de notre entourage, de notre société, ils vivent avec nous. C'est nos pères, nos frères, nos cousins, nos oncles. Ce ne sont pas des monstres cachés dans quelque grotte.
- Speaker #4
Il y en a aussi des psychopathes. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
D'ailleurs, j'espère que ça va pour... C'est quand même des sujets très lourds. Je ne sais pas si vous avez prévu de parler de ça ou...
- Speaker #1
Je n'avais pas prévu spécialement, non.
- Speaker #2
Moi, c'est lourd, mais je crois que... Peut-être, je peux le dire, parce que peut-être d'autres gens se reconnaîtront dans ce discours et de dire que ça n'arrive pas qu'aux autres. Enfin, tu vois, si ça peut aider quelqu'un... Désolée, les filles, je ne voulais pas vous mettre... Aussi pour toi, John Doe. Mais je ne voulais pas vous foutre le bad, c'est une réalité,
- Speaker #3
c'est une partie de la consommation.
- Speaker #2
Voilà, et puis il faut aussi dire les risques, ce que ça comporte aussi. Alors on est peut-être un peu plus loin du calcul et du rituel, on s'est un peu peut-être éloigné, mais c'est du rituel finalement de continuer. Le rituel maintenant, moi c'est... J'en reviens à ce qui t'est arrivé et à ce qui t'est arrivé aussi.
- Speaker #4
Dès que quelqu'un, homme ou femme, m'approche, j'ai tendance à plutôt fuir que d'aller vers la personne. Parce qu'avec ou sans alcool, maintenant c'est devenu un espèce de rituel. Je me dis, il y a un bolos ou une bolos, ça va être... Pour moi, forcément. Donc maintenant, c'est devenu un rituel. Je fais super attention. Alors que, comme toi, il m'est arrivé de traverser tout Paris à des heures pas possibles, dans des états pas possibles, en prenant des risques inconsidérés. Maintenant, je fais super attention à tout parce que c'est devenu un rituel de me dire, ça va être... Pour ma pomme, donc le rituel fait que je vais changer de trottoir et puis voilà, quelle que soit l'heure du jour, de la nuit, c'est...
- Speaker #1
Il y a beaucoup de personnes, femmes, qui par calcul ne boivent pas, au moins, ou se mettent en binôme avec quelqu'un qui veille sur elles, souvent une autre meuf. qui veillent sur elle pendant la soirée. Pour plaisanter, on dit pour me tenir les cheveux quand je vais vomir. En vrai, tu fais attention à mon verre, que personne ne mette des trucs dedans, que je n'en boive pas trop, que je ne rentre pas chez moi avec n'importe qui. Des tas de trucs comme ça. On peut dire que c'est un calcul préventif. C'est une anticipation,
- Speaker #4
c'est préventif, c'est une façon de se protéger. Comme toi,
- Speaker #1
quand tu dis que tu n'approches pas les gens, qu'on les rindre. tu te dis que c'est une source de problème il y a un peu ce truc là aussi alors que c'est jamais la faute de la personne enivrée qui se fait agresser c'est pas parce qu'on est bourré quand on se fait agresser que c'est notre faute mais quand même on intègre la culpabilité avant même que ça arrive je vais faire attention à ne pas que quelqu'un d'autre m'agresse c'est intériorisé quoi. Oui, c'est ça.
- Speaker #3
Les femmes ritualisent plus leur consommation à la maison ou dans un endroit clos, plutôt qu'en public, déjà parce que la honte pour une femme d'être bourrée. Quand on est mère encore plus, je ne vous raconte pas, moi je suis maman. Donc plus dans des endroits confinés, avec des amis, c'est là où se fait plus mon ancienne consommation.
- Speaker #4
Ouais, une nana toute seule au comptoir devant son verre, au bout de trois minutes, elle a deux Ausha autour d'elle en train de la faire chier. Ouais, c'est ça, elle reste pas longtemps seule. Voilà, et mademoiselle, je vous offre un verre, bah non merci une fois, non merci deux fois, et puis à la troisième, bah oui merci. Et puis on en met une, et puis on en met deux, et puis là le calcul, tu te dis bon, attends, tu veux quoi garçon là ? Parce qu'on va pas être d'accord du tout, du tout. Donc, c'est là qu'il ne faut pas perdre le... Il faut que le calcul continue à tourner parce que tu te dis, bon là, stop, on arrête tout. Merci monsieur, au revoir monsieur. Et puis, je vais rentrer chez moi.
- Speaker #1
Clairement, le côté rituel social qui finit par être rituel de séduction pendant 4 secondes. Et puis, en fait, c'est juste de l'agression. C'est juste un genre de chantage, en fait. Quand tu dis qu'est-ce que tu cherches le mec en m'offrant des verres, c'est pareil. Dans une soirée où tout le monde est cool, on a l'air de partager avec tout le monde, puis finalement la personne partage spécifiquement avec toi pour pouvoir te demander plus après.
- Speaker #4
Elle n'est pas venue pour faire du tricot. Je pense que ça nous arrive homme-femme à tous de se faire... Sous l'emprise de l'alcool, voilà, c'est...
- Speaker #0
Ouais, ouais. Mais c'est... Comme on parle de calcul et tout ça, c'est pas les mêmes calculs, je pense. Il y a quelque chose de très genré là-dedans, mais en tout cas, quand t'as grandi en tant que... T'as été sociabilisé en tant qu'homme qui boit... Tu te poses pas les mêmes questions. Tu te dis pas je vais me faire avec un gars dans la rue, rentrant ou quoi. Ça peut arriver.
- Speaker #1
Ça peut arriver, je pense.
- Speaker #3
Mais je pense pas que c'est la chose à laquelle tu penses en sortant consommer.
- Speaker #1
Oui, c'est une différence entre la réalité de ce qui se passe et ce que tu sors.
- Speaker #3
Ça arrive,
- Speaker #0
mais tu y penses pas.
- Speaker #1
Après,
- Speaker #2
la bonne nouvelle quand même dans tout ça, c'est que quand t'arrêtes de consommer, moi j'ai remarqué, je sais pas vous, que tu attires plus les gens qui boivent. plus ou moins.
- Speaker #1
C'est un moyen assez cool de lier à une soirée. Tu repères tout de suite la personne au coca qui ne te juge pas parce que tu dis,
- Speaker #2
tu ne bois plus ? Non, moi non plus, de toute façon, je ne bois pas. Alors qu'avant, c'est vrai que quand je buvais, j'avais tendance à attirer les gens comme moi.
- Speaker #0
Qui boivent beaucoup.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Qui deviennent des copains du bar, moi j'appelle ça comme ça. Parce que c'est des gens, finalement, le jour où tu as besoin d'eux, ils ne sont plus là. Par contre, pour aller boire une bière, il y a quelqu'un. Mais c'est vrai que ces derniers temps où j'avais arrêté, et j'espère que je vais arrêter, je n'attirais que des gens...
- Speaker #0
On est sûr.
- Speaker #2
Comment ?
- Speaker #0
Évidemment que tu vas y arriver.
- Speaker #2
Bien sûr que tu vas, c'est ce que j'étais en train de te dire, bien sûr que tu vas y arriver.
- Speaker #3
J'ai une pièce chez moi que j'avais dédiée à la consommation, et je m'enfermais dedans et je consommais que dans cette pièce-là, c'était mon petit rituel. C'était une pièce dédiée à la consommation, pour rester cachée, peut-être qu'on ne voit pas. Et concernant les calculs, je pensais à quelque chose. Depuis jeune, je n'ai jamais voulu apprendre à rouler des joints. Parce qu'il y avait quelque chose qui me disait, quelque part au fond de moi, tu as un terrain fragile, tu as de l'addiction, donc reste sur l'alcool, sur ce que tu sais faire, et puis évite de savoir rouler. Et ça, je n'ai jamais voulu apprendre. Pourtant, on a essayé de m'apprendre, mais je n'ai jamais voulu apprendre. Ça m'a sauvée parce que du coup, je ne suis pas tombée dans la consommation de drogue. Mais c'est vrai que c'était un calcul que j'avais fait, mais c'était dans le bon sens à ce coup-là.
- Speaker #1
Moi, j'avais fait ce calcul, mais j'ai tenu à ne jamais apprendre où aller toper du shit.
- Speaker #3
Ouais, pareil. En fait,
- Speaker #1
je laissais mon... Conardex le faire, par exemple, ou je consommais de manière opportune. Quand j'étais chez des gens qui avaient de quoi rouler, je savais rouler, mais je ne savais pas acheter. Et du coup, ça aussi, ça m'a un peu préservée, je pense, de l'autonomie et d'aller m'équiper seule.
- Speaker #3
Ça fait partie des calculs aussi. Oui,
- Speaker #1
c'est un des calculs aussi. Moi j'ai un autre problème, j'habite Porte de Clignancourt,
- Speaker #4
donc je descends en bas de chez moi, et il y a 15 mecs qui me demandent tu veux ça, tu veux ça, tu veux ça, ou tu veux ça. Non merci, je ne fume pas de pétard, j'ai déjà assez de problèmes avec l'alcool, donc on va éviter d'en rajouter.
- Speaker #2
Le problème des addictions, c'est qu'en plus, quand t'en as une et que t'es déjà bien dans le truc, la deuxième, c'est pareil. Oui. Moi, je suis sans faim, surtout. Demain, je prendrai de la coke, ce qui m'est très peu arrivé. Mais admettons, je suis sûre que je taperai toute la journée. Toutes les substances, je n'arrive pas à gérer.
- Speaker #3
Moi, je faisais du sport à un moment et j'en faisais tellement que j'ai appris que ça s'appelait la bigorexie. Ça veut dire que j'étais addicte au sport. Il y a quelques années, c'est dans tous les domaines de la vie. Que ce soit la bouffe, l'amour, les sentiments, enfin tout, quoi.
- Speaker #2
Et puis tout ça, ça comble un vide. Il faut le dire aussi que toutes ces substances, quelles qu'elles soient, on cherche toujours à combler quelque chose en nous qui nous paraît vide.
- Speaker #0
Et là du coup, c'est quoi vos rituels actuels pour combler le vide ? Est-ce que vous avez trouvé des parades ?
- Speaker #1
Moi dans les bars, je demande leur sirop le plus sexy. Alors souvent, leur plus sexy c'est genre sirop à la menthe.
- Speaker #0
Violette non ?
- Speaker #1
Ouais, des fois violette. C'est un peu la mode la violette. Chez les plus... En fait, les bars, soit ils ont un million de sirop, ils ont carambar, bubblegum, enfin malabar, des tas de barbapapa, des tas de trucs, on dirait des cigarettes électroniques. Soit ils ont menthe, orgeat et citron et grenadine. Et bon, mais du coup, ça fait un... Ça me permet déjà de ne pas avoir honte de ne pas boire de bière. Enfin, ça dépend avec qui je suis, parce que du coup, à force aussi, j'ai des amis qui ne boivent pas quand ils sont avec moi. C'est quand même les meilleurs amis du monde. Non,
- Speaker #2
mais ça, c'est bien, ouais. C'est bien, mais moi, il y en a qui m'ont lâchée, parce que je ne buvais plus.
- Speaker #1
Oui, aussi. Là, pour le coup, je ne les considère plus comme mes amis, en fait. C'est pas une grosse perte, du coup. Ouais, voilà.
- Speaker #2
Mais là, t'es plus fun.
- Speaker #1
Oui, voilà. D'un coup, c'est un vide dur à entendre, quoi.
- Speaker #2
Ça c'est dur.
- Speaker #4
Moi j'ai eu un cadre que je retiendrai toute ma vie, qui m'a dit t'es quand même vachement plus rigolote quand t'es bourrée. Et ça c'est resté mes...
- Speaker #1
Mais le nombre de personnes qui disent ça c'est hallucinant, ils se rendent pas compte de ce que c'est quoi.
- Speaker #4
Mais visser, non je suis pas rigolote, je suis bourrée connard. Donc, enfin je l'ai pas dit mais je le pensais fortement quoi, donc...
- Speaker #0
Il l'a dit alors que tu le faisais plus ?
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #4
Et vous, vous êtes sobre actuellement ?
- Speaker #3
Moi, je suis sobre depuis bientôt 4 ans.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #3
Et toi,
- Speaker #1
John Doe ? Ouais, et ben en fait, depuis l'année du confinement, donc c'est facile à retenir. La preuve, j'arrive pas à sortir le chien d'un coup. A peu près 6 ans.
- Speaker #2
Et toi Virginie ?
- Speaker #1
Ben moi, j'étais sobre depuis presque 2 ans,
- Speaker #4
et puis... Comme toi, une grosse rupture et puis ça a rechouté il y a 15 jours.
- Speaker #2
Le cœur,
- Speaker #1
pardon.
- Speaker #4
Et du coup, ça a rechouté pas à moitié, ça a été gros crash. Je suis venue voir le docteur qui m'a dit que je m'en doutais un peu. Donc du coup, re-protocole, Valium. Et puis là, le dernier jour de Valium, c'était hier. Et donc là, on va dire que j'en suis au... premier jour d'abstinence. Depuis, voilà.
- Speaker #3
Et vous n'avez pas de... Comment je crois que ça s'appelle ? Délirium trémens ? Vous n'avez pas de symptômes de ça ?
- Speaker #2
Le Valium, ça évite, justement, ça évite le DT.
- Speaker #0
Le DT,
- Speaker #2
on dit. C'est ce qu'ils utilisent même en cure. Pour les syndromes physiques. Après, il y a les syndromes psychos, mais ça, c'est autre chose. Et mon addictologue qui me suit ici m'a dit un jour, on est... J'adore cette phrase parce qu'elle m'a fait beaucoup de bien. On est toujours plus fort que ce qu'on pense. Et il ne faut jamais oublier cette phrase parce qu'elle est vraie. Au début, on en doute. Et en fait, on est plus fort que ce qu'on pense.
- Speaker #0
Surtout, on ne voit pas jusqu'où on va aller. Il y a un truc de chemin de traverser quoi.
- Speaker #2
Mais il faut avoir confiance en soi, on est plus fort que tout le monde.
- Speaker #0
Mais évidemment on a du mal à s'imaginer, là dans 5 ans, mais en fait le chemin il va être long mais on va le faire quoi.
- Speaker #3
Concernant le chemin, chez les A.A. on dit en fait qu'on essaye de rester sobre 24h à la fois. Et c'est vrai que quand j'ai posé le verre moi, la première fois que j'ai essayé, j'ai eu de la chance, j'ai pas rebut depuis. En fait, je compartimentais ma journée en différents segments. Je me levais le matin, je savais que d'habitude j'avais l'habitude de boire à partir d'11h. Je me disais, c'est bientôt midi, donc c'est moitié de la journée. Et puis je compartimentais comme ça. Ça m'a beaucoup aidée, en fait, de me dire 24h à la fin et pas me dire dans 5 ans où je serai l'année prochaine. Ça ne marche pas. Parce que non, non, ça ne marche pas.
- Speaker #0
C'est une forme de rituel aussi.
- Speaker #3
Oui, oui, oui, c'est un rituel que je... depuis bientôt 4 ans, que je fais tous les jours. Je me dis, je ne bois pas que pour aujourd'hui, pas pour demain ou après-demain, juste pour aujourd'hui.
- Speaker #4
C'est une forme de rituel, puis d'arriver le soir en se disant, celle-là, elle est passée, il y en aura une autre qui passera aussi, et ainsi de suite. Et puis, c'est une forme de ritualisation qui fait que, peu à peu, on n'a plus besoin peut-être de... Enfin, j'en suis peut-être pas là, mais... Plus besoin de calculer, je pense que finalement ça finit par passer sans avoir besoin de ritualiser toute sa journée.
- Speaker #3
On s'habitue à rester sombre en fait.
- Speaker #2
C'est comme une routine. C'est un peu comme toutes les trois semaines, on dit qu'il faut trois semaines pour une habitude, pour la mettre ou l'enlever. Au bout de trois semaines déjà il y a un premier palier qui est passé quand t'arrêtes. Et puis six semaines.
- Speaker #0
Après il y a certains milieux, dans la culture, on parle des intermittents du spectacle, des concerts et tout ça, c'est quand même des consommations,
- Speaker #3
l'alcool, le canadien, et le reste,
- Speaker #0
c'est commun. Dans la société en général, il y a des lieux où c'est vraiment commun, imposé presque.
- Speaker #2
Les pots de tournage, tout ça.
- Speaker #0
Et ça vous, ce genre de rituel professionnel, est-ce que vous avez réussi à continuer à y aller ?
- Speaker #2
Récemment, moi. Récemment, et je prends des mojitos sans alcool, des trucs qui sont pas trop grillés en fait, pour qu'on me pose pas de questions.
- Speaker #0
Oui, pour pas en plus t'afficher, genre je bois plus.
- Speaker #2
Ouais voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Tu pourrais mais c'est fait que c'est...
- Speaker #2
Mais par contre si on pose la question, je suis tout à fait honnête avec moi-même. Oui, je suis une alcoolique, abstinente en ce moment, donc oui je bois pas d'alcool. Je dis cash, j'ai rien à cacher.
- Speaker #3
Ouais, moi c'était un de mes patrons dans l'événementiel qui m'avait fait remarquer que j'avais un problème d'alcool. Parce qu'on avait fait un événement, un gros événement, où à la fin on avait fait un petit pot pour clôturer, et ça a été donc très bien. Par contre, l'événement d'après, il n'y avait pas de gros événements. Il n'y avait pas de fête à la fin de notre service, et moi j'ai comme été acheter de l'alcool pour toute l'équipe. Et là mon patron il me dit, mais en fait non quoi, je veux dire t'as un petit souci avec l'alcool parce qu'on fête pas à chaque fois les fins des événements quoi. Il y a un petit problème.
- Speaker #0
Mais quand on est dans des milieux où tout le monde a un peu un souci,
- Speaker #3
c'est dur du coup.
- Speaker #0
Enfin un souci, en tout cas la consommation est vraiment instituée.
- Speaker #3
Anormale, la consommation est anormale.
- Speaker #0
Oh mais elle est anormale par rapport à... mais elle est normale pour le milieu.
- Speaker #3
Tu vois ?
- Speaker #2
Ouais. Le spectacle,
- Speaker #4
c'est particulièrement violent. C'est assez violent quand même dans le spectacle. Les concerts. Les concerts. Enfin, moi, j'ai eu des concerts. Avant, après, pendant. Avant, après, pendant, les traits de coke pendant, et j'en passe.
- Speaker #0
Quand t'es dans ce milieu-là, de réinstaller une sorte de normativité, de dire, bon, en fait, non, ma norme, c'est pas celle-là.
- Speaker #4
J'ai envie de dire que les gens, en parlant de déclic, Ils commencent à comprendre que c'est une drogue dure l'alcool finalement. Donc le déclic, je ne sais pas si dans l'esprit général ça chemine, mais je pense que le déclic, les gens commencent à comprendre que tout le monde n'a pas envie de boire du vin à table, que tout le monde n'a pas envie de... De boire un apéro à 17h ou 19h, ou de boire une bière devant le match de foot. C'est pas un automatisme. J'espère que ça chemine dans le bon sens.
- Speaker #0
C'est des rituels sociaux. Moi, avec mes parents, ma famille et mes potes, il y a plein de rituels qui m'ont construit avec l'alcool et d'autres produits.
- Speaker #2
Les matchs de foot sans alcool, ça me manque, très honnêtement. Ça fait partie des petits plaisirs que je ne peux plus faire.
- Speaker #0
Et tu regardes toujours du foot ?
- Speaker #2
Quand on a gagné la dernière Coupe du Monde, j'étais la seule sobre dans la rue. Je n'ai pas passé un super moment. Alors là, pour le coup, je ne risquais rien, j'étais sobre. Mais il manquait un truc, là, pour le coup.
- Speaker #1
Il te manquait peut-être des potes aussi joyeux et sobres ?
- Speaker #2
Ils buvaient des bières, les gens avec moi, mais moi, j'avais décidé que non, j'avais déjà arrêté de boire.
- Speaker #1
Oui, mais quand tu es avec un ou une complice sobre... sans alcool, pas une personne abstinente forcément qui traverse pas forcément les mêmes problèmes que toi mais juste ce soir là moi je sais que ça a pu m'aider aussi d'être déjà pas l'exception de la soirée parce que c'est un peu lourd à porter d'être l'exception de la soirée mais en plus d'avoir une personne qui fait des efforts pour faire la clown et quand même passer une bonne soirée ça devient absurde en fait Enfin ça m'a arrivé en tout cas.
- Speaker #4
Ce que j'allais te dire, on peut très bien rigoler avec quelqu'un sans être sous l'emprise de l'alcool. Se taper des barres de rire. Faut trouver la personne. Faut trouver la bonne personne.
- Speaker #1
Mais juste plaisanter sur le fait que tout le monde a besoin de s'empoisonner pour rigoler, c'est un bon départ pour créer la connivence. Faut trouver la personne. Plaisanter sur le fait qu'il n'y a que du sirop de menthe éternellement.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des conseils peut-être pour des gens qui ont du mal à se dépêtrer de leur rituel ? C'est pas évident comme question.
- Speaker #3
On va venir ici déjà.
- Speaker #2
Ouais, venir ici. Oui, il faut se faire aider de toute façon quoi qu'il arrive. Ne pas rester tout seul dans son coin.
- Speaker #4
Faut surtout pas rester dans le déni en se disant tout va bien, Alors que non, tout va pas bien du Il y a un moment où il faut s'enlever les ornières et se dire qu'il y a un truc qui cloche complètement. Il faut que je me fasse aider. Ici, oui,
- Speaker #2
moi je n'ai jamais trouvé mieux qu'ici.
- Speaker #3
C'est une maladie.
- Speaker #2
Oui, rappelons-le. L'alcoolisme est une maladie, il ne faut pas oublier.
- Speaker #3
Ou les autres consos. C'est une maladie en fait. La toxicomanie, tout ça,
- Speaker #2
c'est des maladies.
- Speaker #3
Il ne faut pas en avoir honte.
- Speaker #0
L'addiction.
- Speaker #2
On a toujours tendance à parler du pilier de barre, mais c'est pas ça, on est des malades, réellement. Et le fait de le voir comme une maladie, ça adoucit un petit peu la chose, parce qu'on se dit « Ok, si je suis malade, c'est que je peux me soigner. » On culpabilise moins. On culpabilise moins et puis qu'il y a des solutions.
- Speaker #0
Ça peut aussi paraître un peu lourd au début, quand on dit maladie.
- Speaker #2
Moi, je préférais qu'on me dise malade alcoolique que du pilier de barre. Ouais,
- Speaker #0
ce serait plus... Juste quoi,
- Speaker #3
plus par rapport à ce que tu vis. Parce que souvent on nous dit, t'as qu'à arrêter, comme si on pouvait le faire, mais c'est comme une maladie en fait, peu importe la maladie, on peut pas se sonner. Quand on joue non plus, les trucs comme ça, ridicules. Ouais c'est ça.
- Speaker #4
Les gens ont du mal à comprendre qu'on n'est jamais à l'abri d'une rechute. Ça peut arriver demain, ça peut arriver dans 10 ans, ça peut arriver dans 20 ans, ça peut...
- Speaker #2
C'est les pêtes d'Amoclès.
- Speaker #4
Il n'y a que la mort qui fait que ça n'arrivera plus, le plus tard possible. Mais ça reste une maladie. Quand il y a une maladie, on se fait soigner. Donc il ne faut pas hésiter à se faire soigner et à demander de l'aide aux bonnes personnes. En l'occurrence, ici,
- Speaker #2
c'est des bonnes personnes. Et pour les gens qui seraient dans d'autres régions, il y a plein d'autres centres du même acabit qui peuvent aider tout aussi bien.
- Speaker #3
Il y a les alcooliques anonymes aussi, les dépendants anonymes qui peuvent aider également. Les groupes de parole. Et puis c'est une maladie dont on se rétablit mais dont on ne guérit pas. C'est comme si on était en rémission, comme dans un cancer par exemple. On a toujours une épée d'amocas sur le dessus de la tête.
- Speaker #1
Moi j'ai un conseil hyper radical C'est que n'hésitez pas à vous débarrasser Des amis qui n'en sont pas Les copains du bar C'est pas vos amis Moi j'ai vraiment J'ai eu de la chance je pense aussi D'avoir des amis qui ont Accepté voire même un peu suivi Mon mouvement de Moins boire d'alcool et puis plus du tout Et d'autres substances aussi Mais franchement Enfin C'est pas hyper facile, tout le monde peut pas le faire, on peut se retrouver un peu isolé, etc. Mais donc d'une part, quitter ses faux amis, d'autre part, entrer dans un que ça pas.
- Speaker #0
On va vraiment mettre un applaudi. Ah bah, vous êtes pour nous !
- Speaker #3
Bravo tout le monde !
- Speaker #2
Merci pour cette bienveillance et vos témoignages qui m'ont fait beaucoup de bien.
- Speaker #3
Moi j'en reviens à mon famille, les amis. On est là parce qu'ils sont trop nettois,
- Speaker #2
ils sont trop nettois. Ah oui, attention. Ouais, ouais, je te jure.
- Speaker #4
C'est quoi la marque qu'on ne réachète pas ? Non, il n'y a pas de n'importe quoi. N'importe quoi ? Ouais, ouais. Tu vas voir, tu sens bien, ça sent... Jamais fais attention. Non, jamais fais attention. Par contre, il y a un truc que je ne peux pas avaler, c'est les cannelets, alors qu'avant j'adorais ça. Ah ouais ? Ouais, j'aime ça, j'aime pas. Attends, je vais aller me faire une salle de bain.
- Speaker #3
ok très bien c'est noté merci beaucoup bonne soirée je vous en prie vous m'y rendez après bonne soirée
- Speaker #0
C'est en substance, l'addiction à plusieurs voix. Un podcast produit par Addiction France, écrit et réalisé par Sylvain Pinault, sur une musique originale de Toco Verviche et Sonel Studio, et une illustration signée Mathilde Fian. N'hésitez pas à vous abonner sur les plateformes d'écoute, à laisser quelques étoiles, voire même un commentaire, et à le partager autour de vous. Parler de santé mentale et d'addiction, ça change des vies.