- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue pour la saison 2 de En Mouvement. Cet épisode est sponsorisé par EPAL. C'est une plateforme du programme Erasmus+, pour les professionnels de la formation des adultes en Europe. EPAL valorise des projets européens autour de la santé mentale et du bien-être. Alors découvrez cette plateforme gratuitement, sans publicité, et rejoignez une communauté engagée. Tous les liens sont en description. Merci EPAL pour son soutien. Et nous, on est reparti.
- Speaker #1
En mouvement, c'est une balade en nature avec des invités inspirants pour améliorer votre état d'esprit et vous aider à passer à l'action.
- Speaker #0
Bonjour Arnaud.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Merci d'être avec nous.
- Speaker #2
Merci à vous.
- Speaker #0
C'est génial. Et justement, on a commencé en marchant et en venant jusque dans ce jardin. Et j'aimerais que tu me présentes un petit peu ce jardin où on est.
- Speaker #2
Ouais, alors c'est un peu particulier pour moi parce que c'est comme ça que ça a démarré un peu. Le projet, mon envie. Alors c'est un jardin qu'on appelle un jardin partagé, qui est réservé aux habitants de tous ces immeubles. Donc il doit y avoir à peu près 500 foyers autour de nous. Donc ça vous multiplie environ par 2-3, donc ça fait du monde quand même. Et donc c'est un jardin qui est partagé entre tous ses habitants, avec l'idée effectivement, au travers d'une pratique de jardinage, de créer du lien entre les habitants. Et on a démarré à la base avec pas grand-chose. Puis les habitants se sont saisis effectivement de cette terre pour commencer cette activité. Puis finalement, ça a donné aussi d'autres dynamiques associées, des composteurs, une boîte à livres. Puis voilà, moi, ça a démarré comme ça parce qu'effectivement, au départ, j'avais envie de m'impliquer moi-même, comme souvent. Le lien démarre par une application. Effectivement, après, j'ai pris la présidence d'une association qui s'occupe du jardin. Maintenant, c'est d'autres habitants qui s'en occupent, mais je suis très heureux que le projet continue, même indépendamment de ma personne. C'est fabuleux.
- Speaker #3
Puis c'est palpable, j'ai le sentiment que Je sais pas où exactement tu es logé mais tu peux voir de ta fenêtre Ce que tu as lancé et qui continue A vivre sans toi Ah ouais ça c'est ce qui m'anime aussi parce que
- Speaker #2
J'ai besoin de concret Je suis un acteur pragmatique J'ai besoin de voir effectivement les choses Le lien C'est souvent de la palpa Mais ça passe au travers d'une activité D'un produit Et c'est vraiment le cas là Donc ouais je suis Merci. Je déjeune sur mon balcon l'été, un peu moins là en ce moment, donc je prends plaisir à regarder les habitants s'en occuper, avec aussi tous les défis, parce que c'est énormément de défis. Le jardin est en accès libre, donc les légumes, les gens peuvent s'en saisir. Ça aussi c'est particulier, les gens peuvent s'en saisir tout le temps, donc ça pose aussi des vraies questions en termes de gestion. Mais oui, je suis très heureux de voir cette activité se concrétiser et se poursuivre comme ça entre tous les habitants.
- Speaker #0
Là c'est... Donc c'est vrai que pour nos auditeurs, j'explique un peu le concept, mais là on est sur une table, on est dehors, on a notre petit bonnet, l'écharpe, les gants. Effectivement, il ne fait pas chaud, mais au moins tu joues le jeu et donc c'est plutôt cool. Et il y a une question qu'on pose rarement, mais que je trouve qui est pertinente ici. Comment ça va ? Comment tu vas ?
- Speaker #2
Ben, ça va, je travaille des moments... Pas toujours simple de ma vie, mais c'est vrai que j'ai la chance d'avoir un bon équilibre. Je crois que c'est surtout ça la préoccupation qu'on doit avoir et que j'ai moi, c'est-à-dire face à des contraintes, puisque la vie est bourrée de contraintes, de difficultés, d'inattendus aussi, de complexités, c'est quelles ressources on a et c'est vrai que j'ai la chance d'être à la fois dans un environnement qui est... Plutôt chouette, quoi. Ici, sur la Confluence à Lyon, on est effectivement très heureux avec mon épouse. Et puis personnel aussi, c'est vrai que la vie m'a appris des choses. Donc je les mobilise au quotidien pour gérer effectivement toutes ces difficultés. Je crois que le tout, c'est vrai qu'en santé mentale, c'est d'avoir cet équilibre. Et puis d'en être soucieux, c'est-à-dire que quand il y a de nouvelles contraintes qui arrivent, il y en a toujours des nouvelles. De pouvoir mettre en face aussi de nouvelles ressources. Et d'avoir comme ça ce réflexe de dire comment je maintiens mon équilibre, qu'est-ce que je peux faire activement. Je crois que c'est une belle façon d'avancer.
- Speaker #0
Actuellement, on a plus d'un jeune sur trois. qui se sent seul aujourd'hui en France, comment ça peut s'expliquer ?
- Speaker #2
Ça, c'est vraiment l'élément qui m'étonne le plus dans tout le travail que je mène depuis plus d'un an sur le sujet que j'investis, que j'explore au quotidien. C'est effectivement cette population des jeunes. C'est le grand paradoxe quand même, parce que je pense qu'on n'a jamais été autant connectés, notamment numériquement. Et en particulier chez les jeunes, les jeunes passent un temps de fou sur le numérique. Ils passent presque plus autant de temps dans leur vie numérique que dans leur vie réelle. Et pour autant, effectivement, quand on les interroge, toutes ces enquêtes montrent qu'effectivement, il y a une problématique chez eux qui est une problématique. de se sentir isolé, de se sentir déconnecté. Il y a aujourd'hui, très souvent quand on aborde le sujet, il y a ce raccourci qui est fait, qui est de dire c'est justement la vie numérique qui les déconnecte humainement. Mais en fait, c'est beaucoup plus complexe que ça. Aujourd'hui, il y a finalement de multiples facteurs qui nous amènent à nous déconnecter et à nous replier. Les jeunes, finalement, de par leurs caractéristiques, vont concentrer tout ça dans leur moment de leur vie, qui en plus est bourré de défis, comme je le disais tout à l'heure. Donc c'est aussi ce qui explique la situation. On a probablement des problématiques liées aussi à l'incertitude que les jeunes ressentent énormément, la perte de sens, cette question aussi de « qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? » « Qu'est-ce que me propose la société ? » Donc ça, c'est effectivement un aspect qui les malmène, qui les est tout à fait justement. Et puis après, on a effectivement tout un tas de facteurs dans notre société qui altèrent le lien et qui effectivement se concentrent en particulier chez la jeunesse. Donc je pense que c'est vraiment une préoccupation qu'on devrait avoir beaucoup plus fortement. Quand on s'intéresse à la question du lien, de l'isolement, on pense à certaines populations. Je pense à la population la plus âgée notamment. C'est tout à fait juste d'y penser, cette population-là. Mais il y a effectivement cette population des jeunes qui sont les futurs adultes de notre société. et effectivement... quid de leurs compétences aussi, à créer du lien, à vivre ensemble. Moi, je suis très inquiet. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand vous avez à la fois un jeune qui ressent effectivement cette déconnexion, mais qui en plus nous dit aussi qu'il n'arrive plus à créer ce lien. La plupart des jeunes aujourd'hui, quand vous les appelez, ils ne vous répondent pas. Ils sont sur leur messagerie, ils font des SMS, des vocaux. Je pense que c'est aussi quelle est leur capacité aujourd'hui à ces jeunes. à créer du lien de deux mains. Et cette génération qui arrive notamment dans le monde du travail, on voit effectivement qu'elle n'est pas très bien dans le monde du travail. Elle a beaucoup de mal à créer du lien avec le collectif. Donc c'est aussi, je pense, une préoccupation très forte que l'on a.
- Speaker #3
Mais est-ce que du coup, selon toi, on doit réapprendre ou ça s'apprend le lien ? Est-ce que ça doit être dans nos cursus pédagogiques peut-être à l'école ou dans la famille ? Comment ça se fait que ça se perd aussi facilement le lien ?
- Speaker #2
Ouais, alors moi, je pense qu'aujourd'hui... Ça aussi, c'est souvent des réactions que j'ai quand on parle du lien social. Les acteurs me disent « mais c'est bizarre que vous investissiez ce sujet, parce que ça devrait être intuitif, ça devrait pouvoir se faire spontanément » . Mais dans la mesure où le constat, c'est plutôt de dire que les gens sont de plus en plus déconnectés, c'est qu'il y a forcément un contexte qui altère ce lien et qui altère aussi cette compétence à créer du lien. Et donc oui, je suis persuadé que la capacité à créer du lien, ça s'apprend. Et ce qui est super aujourd'hui, c'est qu'on a des données, justement. On a des méthodes pour ça. Donc, en fait, c'est vrai que pourquoi aujourd'hui, on n'apprendrait pas justement à créer ce lien ? Moi, même du côté des adultes, j'ai plein de gens qui me disent c'est quoi la recette pour créer du lien entre potes, entre amis, des gens qui déménagent et qui se retrouvent dans un nouvel environnement, des gens qui perdent leur emploi, qui perdent leur conjoint aussi. On a beaucoup de gens endeuillés, justement, qui se retrouvent dans une situation où effectivement le lien, c'est... C'est dégradé, c'est délité et qui ont besoin effectivement d'avoir les bonnes méthodes, les bons outils. Et ça, ce qui est super intéressant, c'est qu'on a près de 10 ans de recul aujourd'hui pour savoir c'est quoi les bons chemins, par quoi commencer, qu'est-ce qu'il faut éviter aussi. On sait aujourd'hui ce qu'il faut éviter, donc ça c'est super intéressant quand vous travaillez sur les sujets. Et donc on a la capacité effectivement chez les enfants, chez les jeunes. et notamment en milieu éducatif, en milieu scolaire, avoir les bons outils pour que les jeunes développent ce qu'on appelle des compétences prosociales. Et progressivement, se muscler, le lien social c'est un muscle. Quand vous ne l'entretenez pas, comme une personne sédentaire n'entretient pas sa capacité physique, elle perd progressivement sa force motrice. Le lien social c'est exactement la même chose. Quand un jeune ou un moins jeune perd... pour différentes raisons son muscle social, progressivement, elle perd aussi sa capacité à retisser des relations. Donc en fait, il faut se remuscler socialement, développer progressivement des choses. Et ça, par contre, aujourd'hui, ce qui est super intéressant encore une fois, c'est qu'on a les méthodes, on a les outils pour ça.
- Speaker #0
C'est fou parce qu'en philosophie, on dit que l'humain est un animal sociable par nature. Et aujourd'hui, on se rend compte que cette nature presque, elle a disparu. Et d'après ce que tu dis, moi, ce qui m'intéresse, c'est de savoir À qui ça profite finalement qu'on n'ait plus de lien social comme ça ?
- Speaker #2
Oui, c'est intéressant que tu l'évoques. Moi, ça me fait penser à l'autre versant parce que c'est ce à quoi on fait face. C'est qu'il y a une économie du lien. Il y a un marché du lien. Moi, je ne suis pas dupe. C'est-à-dire que j'ai conscience aussi qu'on est dans un environnement qui est fait d'opportunités, qui a un certain nombre d'acteurs, y compris ceux qu'on côtoie au quotidien. qui sont aussi traversées par des enjeux liés à l'opportunité que ça peut représenter. Et je pense que tu as tout à fait raison. Je pense que la déconnexion sociale profite à un certain nombre d'acteurs qui, effectivement, bâtissent des modèles pour répondre à ce besoin, mais d'un point de vue très particulier. Aujourd'hui, quand on voit les évolutions, notamment dans le monde du numérique, et notamment, je pense, à l'IA, l'IA conversationnelle, les compagnons IA sont faits justement pour répondre à ça. Or... Les vraies questions qu'on devrait avoir en face, c'est est-ce que ça va réellement vous permettre à vous...
- Speaker #0
être un peu ciblé par tous ces acteurs opportunistes, est-ce que ça va réellement vous permettre de muscler votre muscle social ? Et ça aujourd'hui, on a un certain nombre d'éléments pour nous dire oui, sans doute un peu, mais il y a peut-être bien d'autres recettes à envisager. Donc oui, il faut être vraiment conscient du marché du lien, de tous ces acteurs opportunistes qui existent aujourd'hui.
- Speaker #1
Ce qui est marrant, c'est que là, tu disais, il y a l'IA qui a évolué. On a des IA conversationnelles qui vont plutôt dans notre sens que d'éviter le conflit. Pourquoi on ne valorise plus l'entraide, selon toi ?
- Speaker #0
Je pense que c'est sans doute un des moteurs de l'engagement. Bâtir une société où il y a de l'entraide, du soutien social entre les personnes. C'est vrai que je n'ai pas véritablement de réponse à... pourquoi il y a si peu d'entraide aujourd'hui. Moi, je pense qu'il y en a beaucoup. Au contraire, je pense qu'elle est rendue peu visible pour différentes raisons. On est dans une société aussi qui a du mal à valoriser ce qui fonctionne. Moi, au quotidien, je vois énormément de... Là encore, la semaine dernière, j'étais avec un... Je rencontre très souvent des acteurs et je suis vraiment quasiment quotidiennement surpris par tous ces mouvements d'entraide. Je pense que l'être humain, il est... Il est spontanément tourné vers l'autre, en fait. Il est spontanément tourné vers l'entraide. On a envie de se soutenir les uns et les autres. Et je crois que c'est ça aussi qu'il faut, c'est le message à faire passer et surtout parfois à réactiver auprès des populations. On est quand même dans un espèce de pessimisme ambiant, un peu la méfiance de l'autre.
- Speaker #2
Alimenté aussi peut-être par le numérique ?
- Speaker #0
Oui, certainement. Oui, certainement. Je pense qu'il y a vraiment cet enjeu à remettre en mouvement, à refaire confiance. Ce que je dis là, je pense qu'il ne faut pas le penser comme une forme d'injonction, mais je pense que plutôt dans une forme de conscientisation, prendre conscience que l'autre n'est pas nécessairement méfiant, il a peur de vous. Non, il peut être aussi très souvent un vecteur d'entraide. Je suis étonné, récemment il y a un rapport de l'OCDE qui est sorti. qui montrent qu'en France, justement, on est un pays où, effectivement, par rapport à nos voisins de l'OCDE, où la population a souvent tendance à penser qu'il y a moins de soutien social possible, il y a moins d'entraide possible. Or, je pense qu'on peut, justement, spontanément refaire vivre un petit peu ça et, effectivement, plutôt baser nos rapports sur cette confiance possible entre les personnes.
- Speaker #1
Ça me rassure justement sur le fait que, oui, justement, je pense qu'on pense négativement, beaucoup trop négativement, alors qu'en fait, toi, au quotidien, tu vois des gens qui s'engagent et qui sont fiers d'accompagner l'Iersone.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #2
Et on aura l'occasion d'y revenir. Je pense que tu as pas mal de témoignages à nous partager qui peuvent nous donner envie de se mettre en mouvement. Et c'est tout l'ambiance de ce podcast, finalement. Si on fait un peu marche in arrière et tu nous as parlé de ce prémice avec ce jardin partagé qui a été une des causes de ton engagement aujourd'hui, est-ce que tu peux te présenter de la manière dont tu le souhaites ? Qui es-tu ?
- Speaker #0
Je suis... C'est vrai que je me définis souvent comme un professionnel de santé. C'est vrai que j'ai démarré ma carrière comme infirmier. Et ça m'a... Je pense que ça m'a amené... Justement, comme vous l'évoquiez, dans cette forme d'entraide, dans cette relation à l'autre qui est quand même particulière, cette forme de lien qui est tournée vers l'autre dans l'idée de le soigner. Et en fait, tout au long de ma carrière... Durant ces 15 années, j'ai travaillé dans différents secteurs d'activité et de soins. J'étais très surpris de voir l'isolement présent et la solitude présente quasiment chez toutes les personnes que j'accueillais, je soignais. C'est un sujet qui s'est presque imposé à moi petit à petit. J'ai évolué dans ma carrière ensuite comme dirigeant, mais toujours avec ce souci de l'environnement dans lequel se situe la personne. Et très souvent, effectivement, la solitude, la déconnexion, l'isolement des personnes étaient très présents. Donc moi, je suis un acteur engagé, j'ai envie de répondre à des besoins sociaux. Puis un autre élément qui fait ce que je suis, c'est aussi, je suis issu d'un milieu qui est milieu ouvrier, avec ce lien de proximité qui est dans ma culture aussi avec les personnes, et peut-être aussi cet engagement à répondre à l'injustice. réduire les inégalités. J'ai aussi souvent cette attention de se dire à qui ça s'adresse, mon action. Il faut que je touche ceux qui en ont le plus besoin en premier lieu. C'est ce qui me définit aujourd'hui, cette volonté de réduire les injustices et beaucoup plus de justice sociale.
- Speaker #2
Est-ce que justement tu penses que les milieux ouvriers ou le milieu du... Les soins, par exemple, sont des exemples peut-être à suivre pour entretenir ce lien social et qui doit peut-être être superposable à d'autres milieux sociaux qui perdent ce lien au fil du temps, qui n'y prêtent pas attention.
- Speaker #0
Oui, je pense certainement. C'est intéressant que tu évoques, puisqu'on réfléchit à un événement dans les Hauts-de-France, qui est ma région d'origine, terre ouvrière. Je trouve qu'on se demandait comment on allait parler exactement dans cet événement. Je trouvais intéressant de parler de la culture ouvrière, parce que je trouve que c'est un peu délité. le pays c'est désindustrialisé et je trouve qu'au contraire c'est une culture qui est super intéressante de par les valeurs que ça sous-tend, la proximité, justement l'entrée, le soutien. Je trouve que c'est effectivement des notions dans l'évolution de notre société qui se sont un petit peu perdues. Je trouve que oui, il y a certainement un vrai intérêt à faire revivre ça. C'est vrai que les métiers du soin et les métiers du champ social... Ce ne sont pas nécessairement les métiers les plus valorisés dans notre société. Effectivement, je pense qu'on aurait tout intérêt à écouter ces professionnels, à leur permettre de nous dire aussi ce qu'ils font de leur quotidien, ce qui les anime au quotidien et à quel point aussi... Souvent, quand on les interroge, on met en avant la souffrance, leurs difficultés, et à juste titre. J'aimerais bien aussi les entendre parfois un peu plus sur... Comment ça les fait grandir aussi, parce que cette relation à l'autre, elle est formidable. C'est un vrai vecteur de développement aussi de soi, en fait, en tant que personne. Et ça, je trouve que tous ces métiers, on devrait un peu plus les entendre sur ce côté-là. Pas seulement sur les difficultés éducatives qui sont tout à fait importantes à avoir en tête, mais aussi sur, finalement, cette force du lien dans le développement de Chagrin, et en particulier dans ces métiers.
- Speaker #2
Et puis dans les médias, on en entend très peu parler aujourd'hui. L'image que renvoient ces milieux sociaux, elle est trop négative à nos yeux. Il doit être fait de cette manière quoi.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #2
Tu es aujourd'hui aussi à la tête, tu es directeur général de la Fédération Française pour les liens sociaux, donc la FFLS. Est-ce que tu peux nous expliquer comment cette association est née et quels sont ses objectifs aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, alors la Fédération Française pour les liens sociaux, c'est une association qui est née en 2014 environ. Elle a mis quelques mois pour se structurer. c'est une association qui œuvre sur le développement des liens sociaux en France au niveau national. Elle a démarré sur la base d'une étude européenne, qui m'a scotché véritablement quand je l'ai lue, cette étude qui montrait que 15% des Français se déclarent seuls la plupart du temps. C'est plus de 10 millions de personnes, vous en côtoyez nécessairement quelques-unes tous les jours. Quand j'ai regardé, au travers de ces chiffres, très souvent on n'arrive pas très bien à voir ce que c'est. Là, sur cette étude, on avait effectivement, moi j'ai encore en tête une carte européenne, et ce qui m'avait fasciné, pays de la fraternité, la France, on était le pays en Europe le plus touché par ce phénomène. Je me suis dit, mince, mais c'est incroyable, quoi, de se dire que France, pays de la fraternité, on se retrouve en Europe parmi les pays sans doute les plus déconnectés socialement. Donc, ces chiffres, ils ont été confirmés il y a quelques semaines, par rapport à l'OCDE, moi qui m'a d'autant plus... Encore une fois scotché, on pourrait même dire que maintenant on n'est plus le pays de la fraternité, très franchement on est le pays de la solitude. Et ça, moi je le dis avec un peu d'émotion, mais ça me malmène même intérieurement. Et donc effectivement je ne pouvais pas, avec mes collègues cofondateurs de cette fédération, on s'est dit, il faut faire quelque chose. Donc on a eu effectivement envie d'agir, on a eu aussi envie d'agir avec efficacité, et c'est vrai que la fédération... C'est notre approche, une approche basée sur les preuves, sur la littérature. Et puis l'autre particularité de ce sujet, c'est vrai qu'il est fascinant. Le sujet des liens sociaux, c'est un sujet éminemment fascinant parce que c'est un sujet qui traverse beaucoup de pays au niveau mondial. Et donc la grande chance qu'on a, c'est qu'on est sans doute très en difficulté, très en retard, mais qu'on a effectivement tous ces exemples internationaux qui sont super inspirants. Et donc je travaille, la Fédération travaille. À l'échelle européenne, internationale, on est membre d'un groupement international et c'est vrai que l'enjeu pour nous c'est aussi de rattraper ce train qui est en marche. Le pays est fracturé, il est émietté, il n'y a sans doute jamais eu autant de déconnexions entre les personnes mais nous on est convaincus de notre capacité à aussi... Rattraper ce train, monter dans le train déjà et rattraper ce train et effectivement l'autre intérêt de la fédération et c'est aussi ça qu'on a voulu faire, on a ce terrain de jeu en quelque sorte, la France qui est bourrée d'initiatives. On s'est dit, effectivement, quand on a rencontré un certain nombre d'acteurs au début de la fédération, on s'est rendu compte que le grand paradoxe, c'est que ces acteurs-là étaient eux-mêmes isolés. Très souvent, très hyper localisés, sur un territoire donné. On a eu envie de créer cette maison, la fédération, où les gens se retrouvent, ces porteurs d'initiatives vont échanger, vont pouvoir aussi s'inspirer les uns des autres, s'inspirer des données de la littérature. Aujourd'hui, carrément, on a vraiment besoin de changer d'échelle, on a besoin d'aller plus loin. Penser des solutions beaucoup plus globales, des solutions beaucoup plus fortes. Et ça, effectivement, c'est aussi un de nos enjeux, notamment au niveau des politiques publiques. Faire comprendre que ce sujet, ce n'est pas un supplément d'âme. Ça peut l'être, mais ce n'est pas que ça. C'est un sujet majeur, c'est une infrastructure vitale pour notre société. C'est aussi vital que l'électricité, que l'eau, moi, souvent, je le dis. Donc, pour ça, il faut être à la hauteur. Donc, on a besoin que les politiques s'en saisissent, qu'on développe une vraie stratégie au niveau national. Donc il y a un vrai enjeu pour nous de plaidoyer. On est l'un des rares pays au sein de la C2 qui n'a absolument aucune stratégie. C'est quand même très interpellant. On est à la fois le pays de la solitude aujourd'hui, et en même temps, en face, il n'y a effectivement pas la stratégie. Donc notre propos, il reste positif, il reste combatif, et on a besoin aujourd'hui d'aller plus loin. Et moi, là où je suis très confiant, c'est sans doute qu'il y a énormément de contraintes, de difficultés qui sont là. Mais c'est aussi toutes les forces vives. Moi, encore une fois, je suis très surpris au quotidien. J'ai des gens qui me contactent spontanément, qui me disent « j'ai envie de faire quelque chose » , mais parfois j'ai aussi des acteurs qui me disent « je fais déjà quelque chose, je voudrais aller plus loin, qu'est-ce qu'on peut faire ensemble ? » Donc aujourd'hui, c'est ça la France. Donc la fédération est là pour eux, et là pour aller beaucoup plus loin.
- Speaker #2
Tu t'es présenté aussi comme un professionnel de santé, et en parcourant... le site internet de la Fédération, il y a un terme qui m'a surpris, c'est ce côté préventif aussi par rapport à la santé. Le fait de ressentir de la solitude aujourd'hui, comment expliquer que ça peut être, et c'est déjà, un enjeu de santé publique ? C'est dans l'urgence, en fait.
- Speaker #0
Ah ouais, complètement. C'est sûr, je pense que moi, en tant que professionnel de santé, je rencontrais régulièrement des gens qui ressentaient la solitude, mais c'est vrai que je me sentais pas concerné, en fait, en tant que professionnel de santé. C'est-à-dire que vous avez en face de vous un... Un patient atteint d'un cancer qui vous parle de son isolement lié à sa maladie. Il est malade, il a été hospitalisé, il n'a plus d'emploi, son réseau amical s'est effrité. Et en tant que professionnel, je ne me sentais pas concerné. Je regardais cette solitude comme un objet intime et personnel. Et quand j'ai commencé à travailler sur le sujet, j'ai appris plein de choses. Vous avez près de 10 ans de travaux de recherche qui vous montrent que la solitude augmente de plus de 20% votre mortalité. Donc on sait aujourd'hui effectivement que le fait d'être seul, c'est une composante de votre vie sociale qui est sans doute un peu dommage, mais en fait c'est beaucoup plus que ça, c'est un impact indéniable sur votre santé très directement. On sait aujourd'hui que ça accroît bon nombre de maladies physiques, les gens seuls sont des gens qui sont beaucoup plus en surpoids, il y a beaucoup plus de risques de maladies neurodégénératives. Il y a encore quelques temps j'ai échangé avec un berger qui vit seul en permanence, mais qui n'avait pas conscience que le fait d'être seul, même en l'acceptant, C'est un risque. Quand je lui ai dit que j'avais probablement beaucoup plus de risques de développer une maladie d'Alzheimer d'ici quelques années, je peux vous dire que ça fait cheminer. Donc maladie physique, maladie mentale, on sait aujourd'hui que le fait de ressentir cette solitude, c'est un risque de développement de maladies psychiques. Donc un professionnel de santé, quel qu'il soit, devrait s'en saisir et se dire que la vie sociale des gens, ça le concerne en fait. Bien sûr qu'il n'a probablement pas le temps et plein de choses qui le... qui l'empêche finalement d'aller sur ces enjeux-là. Et nous, on est là pour ça, justement, pour lui amener des outils, lui amener des méthodes. Mais oui, la solitude des gens est un enjeu de santé indéniable. Donc quand vous avez plus de 10 millions de personnes qui ressentent ça au quotidien, vous imaginez, vous mettez en face la dépense de santé. Alors au Royaume-Uni, ils ont commencé à chiffrer, à dire que la solitude, c'est un vrai impact économique. Et c'est probablement le cas en France. Nous, on manque d'études médico-économiques. Je ne vois pas, on a tout intérêt à y aller, quoi. en termes de politique publique, de santé, au niveau national, au niveau des professionnels eux-mêmes. Aujourd'hui, un médecin généraliste, quand il rencontre son patient, nous on a formé il y a quelque temps 15 professionnels sur la métropole de Lyon, des médecins généralistes, il doit détecter la solitude, il doit en parler avec son patient, quel qu'il soit, au moins une fois dans la prise en charge. Il doit pouvoir lui proposer des choses, des ressources, comment on peut développer ce muscle social. Donc, pour moi, c'est... C'est exactement l'équivalent de la sédentarité. Quand vous voyez quelqu'un assis aujourd'hui, toute la journée, vous ne pouvez pas ne pas réagir. Vous pouvez dire que là, le fait d'être assis, ça malmène sa santé. Le fait d'être seul, c'est pareil. Donc il faudrait qu'on puisse effectivement... introduire ce sujet beaucoup plus dans le dialogue entre professionnels et patients. C'est qu'on soit effectivement dans une consultation avec son généraliste ou qu'on soit effectivement dans une prise en charge. Je parlais tout à l'heure des personnes atteintes de cancer, portant de maladies chroniques. Ça doit être aussi un enjeu du parcours de chaque personne.
- Speaker #2
Est-ce que tu peux nous donner un exemple ? assez concret ou de terrain que tu as vécu dans ton expérience ces dernières années sur la magie du lien social et vraiment ce qu'elle peut procurer chez nous, les êtres humains, et les bienfaits. Très concret, qu'est-ce que ça peut nous procurer d'être en lien ?
- Speaker #0
Moi, j'ai eu la chance de travailler en collectivité sur un espèce de terrain de jeu vraiment exceptionnel. Je pense à la ville de Saint-Etienne, où j'ai eu la chance d'assumer des responsabilités au sein de la collectivité dans... dans un service qui développait justement des actions de santé. Et c'est vrai que j'étais très surpris dans les actions qu'on menait, de voir à quel point effectivement cette solitude était très présente. On prenait en charge des enfants et des familles. Alors les enfants étaient en surpoids, on peut dire, victimes de stigmatisation, de regards difficiles de leur environnement. Et en fait, cette situation personnelle engevait de la solitude et la déconnexion. Et en fait, notre prise en charge, elle était tournée autour du surpoids. poids, comment on peut le prendre en charge avec des nutritionnistes, médecins associés, tout ça. Mais on avait aussi toute une préoccupation quant à la vie sociale de chaque enfant, comment on peut effectivement les réinscrire dans un parcours qui développe justement leurs liens sociaux à leur environnement. Et moi j'ai vu des jeunes changer incroyablement, reprendre en main leur parcours personnel et c'est vrai que c'est assez exceptionnel de voir la force du lien, cette capacité du lien à entraîner un mouvement Merci. positif aussi parce qu'en fait c'est investir le lien c'est c'est vraiment une espèce de boule de neige c'est à dire vous progressivement la personne reprend en main sa vie elle développe effectivement c'est plus duré de sites scolaires c'est beaucoup plus de satisfaction personnelle donc quand vous investissez le lien vous améliorez considérablement la qualité de vie des personnes et ça a des répercussions qui sont incroyables en fait chez chaque personne qui le vire mais encore une fois je pense ça demande ça demande du temps ça demande un environnement qui soit soutenant, on attend souvent à responsabiliser la personne, de dire, il n'y a qu'à, vas-y, fonce, finalement, tu es bien entouré. Là, par exemple, on est à Lyon, on pourrait dire, tu as plein d'opportunités, mais c'est un peu plus compliqué que ça. Par contre, c'est indéniable. L'environnement, il est indispensable. Si vous avez un environnement qui est insécurisant, qui est très carencé, et je pense notamment à toutes ces personnes qui sont dans des conditions extrêmement difficiles, Merci. C'est vrai que vous aurez beau leur dire « il n'y a qu'à, il faut qu'on » , je pense que ça ne marchera pas bien. Il y a vraiment des conditions préalables pour que le lien se développe. C'est pour ça que nous, on est vraiment aussi dans une préoccupation qui est à la fois comportementale, comment les personnes peuvent progressivement développer des comportements prosociaux, mais on est aussi, et je pense que c'est vraiment, à mon avis, la grande priorité aujourd'hui, c'est de développer des environnements dans lesquels vous vivez, qui soient réellement des environnements prosociaux. Dans les villes aujourd'hui, je publie régulièrement des textes et récemment, il y a un texte qui m'a marqué. Je crois que c'est un professeur à la Sorbonne qui disait que la première chose qu'il faut vous demander quand vous avez une personne qui vit seule et qui vous explique sa solitude, c'est de lui demander si sur son quartier il y a des bancs, si il y a des lieux de rencontre. En fait, je crois qu'avant tout, c'est ça qui devrait nous préoccuper, c'est comment s'aménagent les territoires, quels sont les... Réelle opportunité d'échange, de rencontre que l'on a aujourd'hui. Et aujourd'hui c'est une préoccupation qui doit être beaucoup plus soutenue chez nos élus, et je pense en particulier lors des prochaines élections municipales, je crois que c'est un enjeu fort. Quels sont les territoires que l'on veut demain ? Est-ce que c'est les territoires où chacun se replie dans son précaré ? Ou est-ce que c'est les environnements qui facilitent la rencontre ? Parfois la friction, et la friction c'est normal, il faut de la friction dans nos relations, c'est important. Mais pour ça, il faut qu'on ait un environnement qui nous permette ça. Et ça, je crois que c'est aussi un message important.
- Speaker #1
C'est marrant parce que dans ce que tu dis, c'est vraiment la notion de... En tant qu'infirmier, en tant que professionnel de santé, on le voit très bien, mais quand tu prends en soin une personne, tu la prends en soin dans sa globalité et son environnement. Il est important, comprendre l'environnement de la personne c'est hyper important.
- Speaker #0
C'est indispensable.
- Speaker #1
Et c'est vrai qu'aujourd'hui on se rend compte qu'on a un peu scindé tout ça.
- Speaker #0
Ouais, il y a cette nécessité de regarder... Moi je crois que ça devrait être même la première préoccupation. Avant de se pencher sur les comportements, les connaissances de chacun, c'est important, notamment dans les comportements de santé, mais un comportement s'inscrit dans un environnement. Par contre, là où c'est difficile, c'est la complexité. Très souvent, quand vous commencez à aborder ces questions-là, c'est que c'est complexe, il faut effectivement investiguer, mais c'est indéniable. Aujourd'hui, ça devrait amener les professionnels à être beaucoup plus dans une approche globale, une approche qu'on qualifie de systémique. Regardez les composantes du système. Un individu, c'est un individu dans un milieu. Quand vous intervenez auprès d'un enfant, d'un jeune, il est dans un milieu donné et vous ne pouvez pas faire l'impasse là-dessus. Si vous faites l'impasse, que vous ramenez effectivement votre préoccupation sur l'individu seul, vous avez toutes les chances que ça se termine en impasse aussi, c'est-à-dire vraiment ce manque de profondeur. Et c'est aujourd'hui les vrais problèmes que l'on a en santé mentale, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans des approches qui sont très individualisées, qui prennent en compte l'environnement de façon assez... pauvres en fait, quand on travaille sur les questions de santé mentale au travail, on se rend compte qu'on est effectivement plutôt dans un souci de corriger des comportements ou des souffrances, mais sans réellement prendre en compte quels sont les déterminants de cette souffrance, qu'est-ce qui amène ces difficultés. Alors je ne dis pas que c'est simple, par contre il faut effectivement avoir cette préoccupation. Ça demande aussi de prendre en compte les choses beaucoup plus dans le long terme, dans des évolutions beaucoup plus longues. Alors ça aussi, c'est une vraie difficulté aujourd'hui. On est dans des approches qui sont souvent court-termistes. On veut que les comportements évoluent rapidement. Or, ça ne peut pas se passer comme ça. On sait aujourd'hui que quand vous interagissez sur un environnement, si vous travaillez de façon systémique, il faut travailler sur les composantes du système. Et ça, ça demande un peu plus que du one-shot, 30 minutes. demande effectivement une approche un peu plus globale dans la... Alors je ne dis pas par contre que c'est impossible, mais c'est véritablement, à mon avis, la meilleure approche si vous voulez être impactant.
- Speaker #2
On en est convaincus. Parce qu'on fait... Ça nous parle énormément. Quand on intervient auprès des jeunes, on n'intervient jamais une fois. Ça ne marche pas.
- Speaker #0
Bah oui.
- Speaker #2
Si on revient un peu à ton parcours et à ce qui t'a mené là où tu es aujourd'hui, à la Fédération française pour les liens sociaux, qu'est-ce qui t'apporte ce travail aujourd'hui au quotidien ? Comment c'est palpable ?
- Speaker #0
C'est vrai que ça a été une vraie opportunité, qui était d'ailleurs, pour être tout à fait transparent, qui n'était pas forcément dans mes projections de carrière première. Je me suis retrouvé sans emploi pour différentes raisons. Et avec cette possibilité, effectivement, de développer tout ce travail, je l'ai saisi parce que ça faisait sens pour moi, ça répondait à une... à un besoin social émergent en développement. Et donc, ça s'est fait comme ça. J'ai eu la chance, effectivement, dans mon parcours, d'envisager la santé avec ces trois piliers, santé physique, santé mentale, santé sociale. Et donc, aujourd'hui, effectivement, c'est super parce qu'il y a vraiment tout à faire. Il y a énormément d'acteurs à convaincre. Donc, c'est beaucoup d'énergie. La grande satisfaction que j'ai, c'est ces rencontres. Je crois que c'est aussi ça qui m'a... La rencontre, par exemple, aujourd'hui, qui n'aurait pas eu lieu sans doute sans la fédération, mais c'est une rencontre que je fais quasiment toutes les semaines. Alors je suis bousculé souvent, je suis aussi dans mes préjugés, dans ma manière de penser les choses, mais franchement, c'est ce que j'aime aussi dans la vie, d'être challengé, d'être confronté à la discussion, la friction, le rapport à l'altérité. Et ça se traduit dans mon quotidien aujourd'hui. Et c'est ce qui me... Alors c'est parfois un peu inconfortable. C'est vrai que je me dis, parfois je suis traversé en me disant peut-être que j'aurais dû faire autre chose, quelque chose d'un peu plus sécure, continuer mon parcours de dirigeant. Là, je me retrouve à la tête d'une organisation qui est certes super, moi je suis très heureux, mais qui est en face de plein de défis parce qu'on est tout petit, on a très peu... On a une durée d'existence qui est très réduite malgré tout, donc il y a tout à faire. Donc c'est très challengeant, mais si je fais le bilan de tout ça, je suis effectivement très heureux. Franchement, pour moi, j'espère pouvoir bâtir la France de demain. C'est vrai que je suis très attaché à mon territoire, à la France, et j'ai envie que ça soit autre chose. Je ne veux pas d'une France déconnectée. On sait que la déconnexion sociale entraîne beaucoup plus d'extrémisme, de polarisation dans la société. Je ne veux pas de cette France, donc je me bagarre vraiment aussi dans cette préoccupation-là.
- Speaker #2
Je peux te le dire, Arnaud, tu seras une pierre angulaire dans la conception de cette France de l'honneur, sans aucun doute. De manière un peu plus précise, est-ce que tu te souviens d'un moment avant, après, où tu t'es dit, je dois absolument m'emparer de ces enjeux-là, du lien social, et je dois faire plus ?
- Speaker #0
Oui, je pense que peut-être le constat par rapport à ça, ce que tu évoques, c'est peut-être pas un avant-après, c'est peut-être ce que je vois à l'étranger. C'est-à-dire que... Je suis très ouvert à l'international, j'ai une veille, je fais à peu près une heure de veille tous les jours. Je me nourris de... alors j'ai pratiquement, avec le temps, j'ai une veille qui s'est beaucoup plus orientée vers d'autres langues. Ça aussi c'est la magie du numérique, c'est quand même fabuleux. Ça aussi c'est quelque chose qui me fascine, c'est souvent on est un peu replié sur notre pays, alors c'est important, mais moi je suis ouvert. Je lis beaucoup plus le New York Times que Le Monde aujourd'hui. Je trouve qu'on a besoin de ça. Donc en fait, moi, c'est ça, souvent, la réaction que j'ai. Je ne suis pas envieux ou jaloux, mais parfois, je me dis, ben merde, on pourrait le faire, ça. Allons-y, quoi. Donc c'est aussi ce regard sur, effectivement, il y a un numéro de Courrier international qui est sorti il y a quelques semaines et qui fait un peu un espèce de panorama absolument fabuleux du lien social dans les autres pays. Et je me dis, mais voilà, toute cette matière. Et c'est ça qui m'enthousiasme, c'est de pouvoir effectivement intégrer tout ce savoir-faire, toutes ces initiatives. Alors il y a sans doute beaucoup de choses ici à améliorer, à développer, mais il y a aussi énormément de matières premières, d'expériences internationales qu'on pourrait développer. Et c'est souvent moi ce comparatif-là que je fais. Ça aussi, c'est peut-être un de mes travers, mais je regarde... assez peu en arrière. Je suis plutôt dans l'observation de ce qui se passe et ce qu'on pourrait faire de mieux demain.
- Speaker #1
Écoute, comme on a l'habitude de le faire...
- Speaker #0
On a une petite question qu'on pose à notre invité précédent et qu'on demande, sans connaître l'invité qui va venir, de poser une question. Et donc notre invité dernièrement a posé une question et je te la pose. Quelle est pour toi la différence entre réussir dans la vie et réussir sa vie ?
- Speaker #1
Ah, c'est une question philosophique.
- Speaker #0
Un petit peu, effectivement.
- Speaker #1
Moi, je dirais que c'est peut-être le rapport à l'autre. Mais bon, ça traduit le lien. Moi, je trouve que réussir sa vie, c'est faire le bien aux autres, en fait. Donc, je crois que c'est ça, avant tout. Effectivement, on peut avoir une belle vie réussie d'un point de vue économique, mais si en face de soi, les autres sont plus malheureux ou plus en difficulté, je trouve que ça ne joue pas de sens. Donc, c'est aussi ça qui me... qui me questionnent dans l'hypervalorisation actuelle. Je suis beaucoup sur LinkedIn, je vois effectivement toutes ces réussites individuelles, mais j'ai envie de dire à ces gens, qu'est-ce que vous avez fait de bien autour de vous, réellement, pour votre environnement ? Et aujourd'hui, c'est effectivement ça dont j'ai envie. Ce n'est pas nécessairement d'une vie où j'aurais épargné énormément d'argent, c'est plutôt d'une vie où je me serais dit à... à l'orée de ma vie, qu'est-ce que j'ai pu faire de toutes ces années pour les autres et qu'est-ce que j'ai pu développer ? C'est surtout ça qui m'anime au quotidien, avant tout.
- Speaker #0
C'est pas mal et en plus tu fais le lien parfait avec la suite parce que justement, quand tu dis que sur les réseaux et en particulier LinkedIn, effectivement on voit la réussite des autres, alors on n'imagine pas l'impact que ça peut avoir sur un jeune qui se dit « moi je ne peux pas agir » . Et en fait... j'ai presque envie de te dire aujourd'hui toi si tu avais un conseil à donner à un jeune justement qui voit tout ça comment garder espoir ?
- Speaker #1
Ouais c'est une question importante c'est vrai que je pense qu'il y a un mécanisme qui s'opère sur les réseaux sociaux qui est un mécanisme de comparaison je crois que c'est vraiment je crois qu'on a besoin aujourd'hui de nuance et de prudence c'est-à-dire de regarder les choses souvent avec une espèce d'esprit critique. J'inviterais chaque jeune peut-être à prendre un peu de recul sur toutes ces publications, parce que qu'est-ce qu'il a recherché exactement, qu'est-ce qui est voulu. C'est peut-être avoir un esprit qui ne soit pas uniquement d'être séduit, mais d'être aussi un peu prudent sur ce qu'il observe. Je crois que c'est peut-être le premier message que j'aurai, et puis ensuite de prendre ça peut-être avec un peu plus de distance aussi. parce qu'effectivement, ça reste une composante des algorithmes. On sait qu'il y a cette volonté de mettre en avant, de pousser un peu un certain type de contenu. Et ça, je pense qu'il peut y avoir une forme aussi d'instrumentalisation. Moi, je pense qu'il faut aussi amener les jeunes à prendre conscience de ça dans le numérique, dans les usages. Ce sont des acteurs du numérique, donc il faut leur permettre de réellement être responsables de leur usage. Donc j'inviterais sans doute les jeunes. On manque aujourd'hui cruellement de nuances, on manque vraiment de propos qui soient peut-être un peu plus complexes, un peu moins simplistes. Tout ce qui est mis en avant aujourd'hui par les algorithmes, c'est une forme aussi parfois d'une forme d'instrumentalisation de chaque jeune. Donc voilà, c'est peut-être mon message, c'est pas très concret, mais j'inviterais...
- Speaker #2
Quelque chose de plus concret, il s'invite au jardin partagé, quartier de la Confluence. Ouais, exactement,
- Speaker #1
il serait bienvenu.
- Speaker #0
Et je pense que effectivement, en tant que dirigeant, en tant qu'ayant repris la direction, je pense que tu as eu des moments de doute dans ta vie, et pas d'ailleurs que en tant que directeur. Oui, j'en ai eu plein. J'en ai encore aujourd'hui. Je pense qu'on est rempli de doutes, mais aujourd'hui, je pense que plus qu'avant, peut-être que tu as trouvé des méthodes pour moins douter, y aller.
- Speaker #1
Oui, je crois qu'il y a énormément d'émotions. On vit au quotidien des émotions qui sont parfois désagréables. J'ai connu le handicap dans ma vie. Il s'est invité dans ma vie. C'était un peu une intrusion dans ma vie. Ça m'a fait louper plein d'opportunités. Parce que physiquement, c'est vrai que je ne pouvais plus aller sur certains postes. Et du coup, ça m'a challengé aussi. Je le vis plus comme un challenge personnel. Peut-être avec le temps, j'ai appris peut-être à réagir un peu moins dans l'émotion. Et aussi, méfiant un peu avec mes émotions. être beaucoup plus attentif à ce que je ressentais, à ce que ça m'amenait aussi dans certains comportements parfois un peu impulsifs, faire preuve d'un peu plus de raison, faire preuve parfois d'un peu plus de nuances. Ça, c'est peut-être l'enseignement principal que j'ai eu dans ma vie qui m'a amené peut-être à digérer justement ces émotions et puis me dire aussi que c'est des formes d'enseignement. Je crois que c'est assez fabuleux de se dire... dans la vie de tous les jours, qu'on a un certain nombre de signaux qui nous sont comme ça presque imposés et qu'on peut en faire quelque chose. On peut effectivement en faire un espèce d'enseignement pour nous permettre de continuer à progresser, d'agir peut-être différemment. Et ouais, c'est sans doute l'enseignement de ma vie aussi qui me permet aujourd'hui de ne pas subir parce que je crois que c'est parfois effectivement aussi malheureusement, la vie nous amène les personnes à vivre des choses. extrêmement difficile et à subir la situation plus qu'en être acteur. Et ça, ce n'est pas du tout mon vécu actuel. J'ai beaucoup de chance pour ça.
- Speaker #0
Et magnifique transition parce que si j'ai un jeune... Il fait des transitions tout seul. C'est très bien. Justement, si j'ai un jeune qui me dit et ce n'est pas qu'il me dit, qu'il nous a dit, si aujourd'hui, je veux agir... mais je ne sais pas par où commencer. Et tu en parlais et c'est très intéressant parce qu'il y en a qui t'appellent et qui te disent « je peux faire des choses, j'ai envie de… » Mais aujourd'hui, si tu as ce jeune-là qui est prêt à vouloir faire quelque chose mais qui ne sait pas par où commencer, qu'est-ce que tu lui montres ?
- Speaker #1
Déjà procéder par étapes. Moi, je conseillerais aussi d'y aller progressivement, de prendre le temps, commencer par des choses simples, commencer aussi localement. Je pense qu'à mon avis... sur un quartier donné, sur un village donné. Il y a des tas de choses qu'on peut faire pour améliorer le quotidien des personnes qu'on a autour de nous. C'est vrai que le plus souvent, c'est aussi ça qui est extraordinaire en France, c'est qu'il y a énormément d'initiatives. Je conseillerais effectivement à ce jeune de s'intéresser à son environnement. C'est un formidable terrain de jeu, un quartier, un village. Il y a beaucoup de choses qu'on peut tenter. Et puis quand ce n'est pas le cas, quand effectivement... on a plein d'énergie, on a une conviction qui nous tient vraiment à cœur, pourquoi pas se lancer, initier quelque chose, commencer modestement, une petite brique. C'est vrai que là aussi, moi je rencontre beaucoup d'entrepreneurs, parfois très jeunes, qui sont hyper enthousiastes, mais qui ont souvent des plans sur la comète en quelque sorte. Donc moi j'essaie progressivement de les ramener à peut-être l'essentiel. commencer effectivement à tester une intention par petits morceaux de façon très itérative. Voilà, c'est aujourd'hui, l'actualité fait qu'on a l'impression qu'il y a plein de difficultés et de contraintes, mais on a aussi beaucoup de ressources, donc voilà, tout ça c'est important, et je pense que chaque jeune qui veut s'engager peut le faire demain, et moi on encourage ça justement au sein de la fédération, c'est effectivement ce mouvement. de l'engagement pour l'autre qui peut se traduire très concrètement et qui peut vraiment améliorer grandement la vie dans notre société.
- Speaker #2
On est complètement convaincus, je crois. On n'a pas besoin de réagir ou de rebondir à ces sujets-là. C'est quoi ta vision pour l'avenir du lien social en France ?
- Speaker #1
Ma vision, c'est déjà que les pouvoirs publics s'en emparent. Alors, je n'attends pas que ça, mais je pense que c'est vraiment indispensable. Il faut qu'on ait, alors si ce n'est un ministre de la solitude, comme il y en a eu au Royaume-Uni ou au Japon ces dernières années, Il faut qu'on ait une politique publique. Voilà, pour moi, ça sera un passage obligé des prochaines années. C'est indispensable. Et puis la France de demain, pour moi, c'est effectivement cette France qui peut-être rapprend aussi la proximité. Ce lien qui peut paraître pour beaucoup quelque chose de naturel, qui se fait finalement sans qu'on le dise. Mais je pense qu'il faut sans doute qu'on réapprenne ça, qu'on réapprenne l'altérité. dans un monde qui est traversé par un tas de mouvements qui nous amènent plutôt à nous méfier de l'autre, à nous replier sur soi. Et donc je pense que ça, il faut progressivement le réamener. Donc j'espère effectivement que la France de demain sera une France où on reprenne le goût de la friction, de l'échange. On a un pays dans son histoire qui a été traversé par tout ça, dans ses mouvements, dans ses évolutions. Et moi, je suis convaincu que c'est encore possible. qu'on peut effectivement retrouver ce goût du dialogue, ce goût de la conversation, ce goût de l'échange qui ne tombe pas uniquement dans une espèce de clivage, de polarisation, mais qui nous enrichit dans nos parcours, dans nos points de vue. Et ça, je pense qu'on a vraiment tous les ingrédients. Moi, c'est ça qui m'encourage à être optimiste, c'est que je pense qu'on a énormément de points d'appui en France et qu'effectivement, c'est tout à fait possible. Et donc, je reste confiant pour la suite.
- Speaker #0
Je pense que du coup c'est important de se remettre en mouvement et de se reconnecter les uns aux autres. Et je pense que je vais te laisser le mot de la fin.
- Speaker #2
Si tu arrives juste avant de dire le mot de la fin, est-ce que tu arrives à poser une question à un de nos prochains invités ? Tu ne le connais pas et tu peux lui poser une question qui va dans n'importe quelle direction, ça te sera propre.
- Speaker #1
Peut-être lui demander pour lui comment développer davantage le lien dans sa vie.
- Speaker #0
Très intéressant.
- Speaker #2
Très intéressant.
- Speaker #0
Et bien écoute, je te laisse le mot de la fin.
- Speaker #1
Déjà, je veux dire un grand merci, parce que c'est vrai qu'on a rarement ces moments où on peut se questionner soi-même sur ce qu'on fait, sur son parcours. Donc un grand merci à vous. Je suis très heureux, effectivement, qu'au travers de cet enregistrement, de ce témoignage, on puisse faire vivre aussi cet enjeu du lien social pour la France. pour nos territoires. Je crois que c'est un enjeu à la fois actuel et puis surtout un enjeu de demain. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci Arnaud.
- Speaker #2
Merci Arnaud pour ton témoignage. On est à Confluence, juste à côté du siège social de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Si jamais nos auditeurs veulent les taguer sur ce podcast pour qu'ils nous écoutent, ça peut être aussi très intéressant. Merci beaucoup. On est parti pour le jeu 120 BPM avec Arnaud Gouillard. C'est parti ! Est-ce que tu es plutôt matin énergique ou soir calme ? Soir calme. Tu es plus marche seule ou balade entre amis ? Balade entre amis. Tu es plus pluie rafraîchissante ou grand soleil ? Grand soleil quand même. Tu es plus ville ou campagne ? Campagne. Tu es plus silence ou musique à fond ? Silence. Tu es plus écouter ton corps ou suivre ton mental ? Suivre mon mental. Est-ce que tu es plus... improviser ou tout planifier ? planifier tu veux plus instant présent ou grand projet ? instant présent tu veux plus pause café ou pause nature ? pause café tu veux plus parler vrai ou garder pour toi ? parler vrai excellent en tout cas merci beaucoup merci à vous
- Speaker #3
La balade s'achève ici. Respirez un instant, laissez les sons autour de vous s'apaiser. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le avec quelqu'un qui compte pour vous. Parce qu'ensemble, en avançant pas à pas, on remet du sens, du lien et du mouvement dans nos vies.