- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode. Avant de commencer, un petit message pour tous ceux qui ne sont pas encore abonnés. Pensez à le faire, des étoiles, des commentaires, et si vous souhaitez en savoir plus sur tout notre écosystème, le lien est en description. Un mot de notre sponsor, vous commencez à le connaître, il nous accompagne depuis le début de la saison. C'est Epal, c'est une plateforme du programme Erasmus+, pour la formation des professionnels de la formation des adultes en Europe. Epal valorise des projets... européens autour de la santé mentale et du bien-être. Alors rejoignez cette plateforme sans publicité et cette communauté engagée. Comme d'habitude, toutes les infos sont en description. Merci à eux pour leur soutien et nous, on est reparti pour une plongée dans notre univers.
- Speaker #1
En mouvement. C'est une balade en nature avec des invités inspirants pour améliorer votre état d'esprit et vous aider à passer à l'action.
- Speaker #2
Bonjour Marion, en tout cas on est ravis d'être là avec toi aujourd'hui après une semaine très très intense de notre côté sur Paris. C'est le moment propice pour se promener en nature avec un invité et qu'on a plein plein de questions à te poser. Et la première question qu'on aime dire c'est est-ce que tu peux nous expliquer où est-ce qu'on va marcher pendant une petite heure ?
- Speaker #3
Et oui avec plaisir, donc déjà merci beaucoup à vous deux de m'avoir invitée. Ça me fait hyper plaisir d'aller me balader, ça fait un break dans ma journée et en plus pour parler de nos sujets passionnants. Et donc là on va aller se balader dans la forêt de Saint-Leu. Donc moi j'habite à Saint-Leu-la-Forêt dans le Val d'Oise. Et donc comme son nom l'indique, il y a une magnifique forêt. Et donc j'ai décidé d'aller vous emmener là. Tout simplement parce que c'est à côté de chez moi, c'est joli et il y a moins de bruit de voiture. Et aussi parce que moi la forêt c'est un écosystème que j'adore. J'ai grandi à côté d'une forêt et je pense que ça a nourri mon engagement environnemental. Donc c'était aussi un beau symbole par rapport à ça.
- Speaker #2
Tu peux nous expliquer un peu comment a évolué cette relation avec la forêt ? Parce qu'aujourd'hui c'est vraiment au cœur de tes activités, je dirais même au quotidien. D'une manière plus générale, c'est quoi ta relation avec la nature ?
- Speaker #3
Alors moi, comme je te le disais, j'ai grandi dans un petit village dans le Val d'Oise, à côté d'une forêt. Et donc j'allais souvent me balader quand j'étais petite et ça a contribué à me sensibiliser à l'environnement parce que j'étais un peu dans... dans un environnement naturel et ça m'a appris à aimer la nature. Et aujourd'hui, comme je travaille chez Ferme d'avenir, on n'est pas forcément sur des thématiques forêts, mais on est sur des thématiques arbres, parce qu'on fait de l'agroforesterie. L'agroforesterie, c'est le fait de planter des arbres sur des fermes. Donc voilà, ça permet de reboucler la boucle.
- Speaker #2
On parle beaucoup justement en ce moment, et à très juste titre, de reconnexion à la nature, comme si un peu les humains avaient tendance, en vivant dans les villes, à être beaucoup moins connectés à cette nature-là. Qu'est-ce que ça change, toi, dans ton quotidien, et notamment en tant que directrice générale de Ferme d'avenir, d'être aussi connectée à la nature ? Qu'est-ce que ça te procure ?
- Speaker #3
Je pense qu'il y a deux ordres dans ce que ça me procure. Ça me procure de l'apaisement. Quand on est un peu stressé, qu'on a une vie à mille à l'heure, c'est toujours très apaisant, je trouve, de se retrouver entourée d'arbres, d'être au vert, de sentir cette odeur de forêt et d'être vraiment immergée dans la nature. Donc ça, je trouve que c'est très agréable. Et puis ça permet aussi de se reconnecter à pourquoi on fait ça. Je trouve que l'émerveillement, la beauté, ça contribue à l'envie de protéger ce qu'il y a autour de nous. Donc en tout cas pour moi, ça nourrit beaucoup le sens de ce que je fais. De me dire que c'est cette beauté-là que par mes activités quotidiennes, j'essaye de préserver.
- Speaker #2
Et du coup, ça pose une question qui est finalement dans la continuité de ce que tu viens de dire. Est-ce que tu penses vraiment aux enjeux écologiques qui se cachent derrière ? justement cette nature et ce qu'elle te procure. En fait, je pense que tu as envie de le préserver de par tes actions au quotidien. Est-ce que ça t'inquiète, ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui et surtout les politiques qui sont menées dernièrement ?
- Speaker #3
Oui, ça m'inquiète. Je pense que tous les Français, on a été extrêmement touchés par l'été 2026. La sécheresse, la canicule, tous ces feux de forêt, justement, c'était très impressionnant. Et ça a vraiment, je pense, fait écho à beaucoup de personnes de montrer que notre écosystème, il est fragile. et qu'on peut le perdre très très rapidement. Tiens là c'était mon ancienne maison. Voilà donc je vous fais vraiment la visite guidée de Saint-Leu. Et donc oui les politiques, comme beaucoup, je pense qu'ils ne sont pas à la hauteur. Ce n'est pas tant les politiques, c'est la société dans son ensemble en fait. Même nous dans notre manière de vivre, on n'est pas toujours à la hauteur des enjeux. Et donc il y a eu des prises de conscience qui sont de plus en plus fortes. Quand on voit des catastrophes qui touchent nos territoires, mais il y a encore des progrès à faire, et donc j'espère que les actions d'associations comme les nôtres, ça permet d'aller encore plus vite et un peu plus loin.
- Speaker #4
Et c'est vrai que du coup, ça me fait poser la petite suite, mais est-ce que tu arrives à profiter d'aller juste en nature, sans penser aux enjeux, ou justement, à chaque fois que tu es en nature, tu penses à tous ces enjeux ?
- Speaker #3
Je ne sais pas trop. Je... Je pense que ça dépend, ça dépend avec qui je suis, ça dépend dans quel état d'esprit. Je pense que quand on est vraiment engagé, moi ça fait depuis que je suis enfant que je suis sensible à ces sujets-là. Je travaille depuis 15 ans dans le secteur, donc c'est quand même toujours un peu dans un coin de ma tête. Et on va dire, je pense plutôt au positif, je pense, quand je suis dans cet écosystème-là, qu'au négatif. C'est-à-dire que ça va plutôt me redonner de la force de... Voir la beauté et la force du vivant et cette capacité un peu de régénération quand on voit un arbre pousser ou de l'humus en forêt, moi ça me procure plutôt ça. Et j'essaye de ne pas penser à justement les forêts qui sont parties en fumée.
- Speaker #4
Tu vois la robustesse et la résilience de nos écosystèmes.
- Speaker #3
Exactement.
- Speaker #4
Comment t'aimerais qu'on te présente ? Comment tu te présentes en règle générale ?
- Speaker #3
Comment je me présente ? Souvent en personne engagée.
- Speaker #4
Engagée ça c'est sûr. Pas trop de doute.
- Speaker #3
Oui, oui, non, mais ça, oui, ça, je pense que l'adjectif engagé, c'est quelque chose qu'on me colle souvent et que je porte au plus profond de moi. Donc souvent, on me présente comme ça, en me présentant aussi avec les différentes casquettes que j'ai, notamment avec Ferme d'avenir. Mais je suis aussi une maman, donc on peut aussi parler de ça. J'ai des jumeaux de 8 ans que j'emmène souvent en forêt. Et donc, dans l'éducation que j'essaye de leur donner, j'essaye aussi de les sensibiliser à ces enjeux-là et de leur offrir des... Des loisirs qui sont beaucoup plus en lien avec justement la nature que les écrans par exemple, c'est pas facile parce qu'ils font partie d'une société où tout les poussent à avoir envie de la dernière console, etc. Mais j'essaye de tenir bon et de plutôt essayer d'organiser des jeux de pistes en forêt, leur proposer d'aller camper, ce genre de choses.
- Speaker #4
Aujourd'hui en tant que directrice du coup même de Ferme d'avenir, comment toi tu décris la transition écologique ? Et je pense d'ailleurs que c'est un... Très bonne question pour parler surtout de Ferme d'avenir et ce que vous apportez aux gens qui veulent s'engager davantage dans une agriculture peut-être plus verte.
- Speaker #3
Oui, alors nous chez Ferme d'avenir, on parle vraiment de transition agroécologique. Donc agroécologique, c'est l'ensemble des pratiques inspirées du vivant qui veulent transformer l'agriculture pour qu'elle soit plus vertueuse d'un point de vue environnemental et social. Et donc il y a plusieurs courants dans l'agroécologie. des courants que les gens connaissent déjà très bien, comme par exemple l'agriculture bio, qui est une agriculture qui se passe de pesticides de synthèse ou d'engrais azotés. Mais il y a d'autres courants, d'autres pratiques, comme l'agriculture de conservation des sols, l'agroforesterie dont j'ai parlé un petit peu tout à l'heure. L'ensemble de tout ça, ça forme la grande famille de l'agroécologie. Et nous, chez Ferme d'avenir, on essaye d'aller encore plus loin, en expliquant que ce n'est pas seulement les pratiques que tu mets en place qui définissent ton modèle agroécologique, mais aussi les résultats que tu as. Parce que des fois, il y a des... querelles de chapelle entre les différents mouvements. Et nous on essaye de dire que le plus important c'est quand même de trouver des modèles qui permettent de respecter les limites planétaires, respecter nos capitaux naturels et de respecter les humains qui travaillent sur ces modèles et ainsi que les consommateurs. Et donc nous on a une vision vraiment systémique, on a essayé de véhiculer à travers un outil qu'on appelle la fleur de l'agroécologie et qui présente les grands enjeux de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain et qui montre l'évaluation des fermes par rapport à cet outil.
- Speaker #4
Et du coup, c'est vrai qu'on a parlé un petit peu des politiques, mais du coup, est-ce que vous menez des plaidoyers auprès justement des politiques publiques pour faire changer les choses ? Est-ce que ça fait partie de vos missions ?
- Speaker #3
Non, pas plus que ça. Alors nous, on a un message politique, un manifeste. On n'a pas d'équipe dédiée pour faire du plaidoyer au sens où on aurait des gens qui tentent de faire changer les lois en faisant des rencontres politiques, etc. Mais par contre, on porte un message de plaidoyer, un véritable manifeste. qui dit que les agriculteurs aujourd'hui ont deux métiers. Un premier métier qui est celui de produire notre alimentation, pour lequel ils sont reconnus par la société et rémunérés pour le faire. Et un second métier qui est celui de préserver nos biens communs. Il faut bien comprendre que les agriculteurs aujourd'hui s'occupent finalement de 50% du territoire français et donc on leur demande, en changeant des pratiques, de porter la transition de 50% de ce territoire alors qu'eux-mêmes ils sont sur des modèles qui sont extrêmement fragiles. Et donc si on veut demain qu'ils fassent la transition, il va falloir les aider financièrement et trouver un moyen de rémunérer les services qu'ils rendent à la société. Parce qu'un agriculteur qui demain stocke du carbone, régénère la biodiversité, protège notre ressource en eau, finalement il va faire des bénéfices à la société et faire même des économies à terme. Des économies sur la dépollution de l'eau, des économies à la sécurité sociale, en laissant les frais de santé liés au cancer par exemple, il y a plein d'exemples comme ça. milite pour transformer ses coûts curatifs en coûts préventifs. Et que finalement, on finance plutôt la transition des pratiques agricoles qui vont, à terme, permettre à la collectivité de faire des économies.
- Speaker #4
Vous n'avez pas de plaidoyer, je te trouve quand même bien à l'image aujourd'hui. Tu portes quand même une image. Et je pense qu'avant que tu sois DG, tu portais aussi beaucoup cette image, non ?
- Speaker #3
Oui, oui, je faisais beaucoup de porte-parole là parce que j'aime bien ça. Et donc, j'aime bien... Prendre la parole en public, j'aime bien prendre le temps de rédiger le fond de ma pensée sur un sujet, de le publier sur les réseaux sociaux, de confronter mon point de vue avec d'autres, de débattre. Donc dans ce contexte-là, oui, je porte la parole de Ferme d'avenir depuis un moment. Mais c'est vrai que, comme je te le disais, on porte vraiment un message politique et on aimerait bien à terme avoir quelqu'un à temps plein qui aide à porter ce message auprès des politiques. Là, j'ai quelques rendez-vous parfois avec des politiques, mais c'est... C'est plutôt ponctuel et on n'a pas encore les moyens d'avoir quelqu'un qui fait ça à temps plein.
- Speaker #4
Et tu l'as déjà un petit peu dit, mais qu'est-ce qui aujourd'hui fait que ça fasse partie de ton projet professionnel en soi ? Parce que ton engagement que tu portes aujourd'hui, c'est 100% ton projet aussi professionnel. Et est-ce qu'il y a quelque chose d'autre que le fait que tu aies grandi auprès de la nature ?
- Speaker #3
Ouais, ouais, ouais. En fait, il y a une anecdote que je raconte souvent, c'est que... Quand j'étais petite, grandir à la campagne, entre les forêts et les champs, mes parents avaient un grand jardin, c'était vraiment un peu le paradis pour les enfants, des grandes parties de campagne. Et moi je prenais un peu tout ça pour acquis, parce qu'évidemment j'étais petite, je ne connaissais que ça. Et un jour mon père m'a dit que profites-en bien, parce que ça se trouve quand tu seras grande, tes enfants n'auront pas la chance de connaître ça. Et je me souviens avoir été complètement interloquée en lui demandant mais comment ça, mais pourquoi ? Et il m'avait répondu, est-ce que voilà, il y a les animaux qui sont en voie de disparition, les humains coupent les forêts, enfin voilà. Donc peut-être que dans 30 ans, en fait, un jardin comme ça ou une forêt comme ça, il n'y en aura plus. Et ça m'avait vraiment bouleversée. Et puis c'était aussi les années 90, donc il y avait, je trouve, avec le recul, déjà pas mal de contenus qui sensibilisaient à ces enjeux-là. Par exemple, il y avait le clip de Michael Jackson, Earth Song, qui est sorti dans les années 90. Ce clip, il est magnifique. Outre le débat sur Michael Jackson, il y avait un message qui était très très fort. Je me souviens aussi d'un dessin animé, pas beaucoup de gens qui connaissent, mais c'est un dessin animé qui s'appelle Zach et Christa et la forêt de Fenergeli ou un truc comme ça. Et donc c'est pour les enfants, mais dans l'histoire c'était des humains qui sont transformés en fées dans la forêt amazonienne. Et en fait il y a un grand tracteur qui arrive pour couper la forêt amazonienne. Et donc voilà, il y a toute une histoire où ils se battent et il y a vraiment une chanson où il y a un monstre de pétrole qui avale la forêt. Et je trouve que de faire des films comme ça dans les années 90, tout était dit. Là, je l'ai re-regardé. Je l'ai retrouvé sur YouTube, ce clip. Enfin, en fait, c'est ce que plein d'influenceurs écolos disent aujourd'hui. C'est très, très ludique. Et j'avais aussi ma prof de français qui m'avait fait lire un bouquin qui s'appelle L'Or Bleu, je crois, de Daniel Martini-Golbe. Alors là, c'est vraiment, je te le dis de mémoire. Et en fait, c'était un roman d'anticipation qui se passait dans le futur. Et en fait, dans le futur, il y avait des problèmes d'eau. Et donc les humains prenaient des douches de brumisateurs, de vapeur d'eau. Et en fait, on voyait le monde, comment il serait si on avait des problèmes d'eau. Et tout ça, c'était des livres que j'ai lus, des dessins animés que je voyais et qui nourrissaient tout ça. Donc à l'école, j'étais déjà hyper sensibilisée. J'avais monté un club nature pour sauver les arbres. Ensuite au collège, j'avais monté un club environnement pour récupérer le papier dans les salles de classe. Tu vois, j'étais un peu en mode, bon, ok, il y a un problème. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Et du coup ça a vraiment marqué le reste de ma carrière parce qu'en fait c'était pour moi tellement urgent. Tu vois même quand on entendait les problématiques autour du trou dans la couche d'ozone, que je me disais mais en fait on arrête tout maintenant et tout le monde doit s'y mettre quoi, c'est important. Et donc je ne me voyais pas faire autre chose, c'était obligatoire, il y a eu une urgence. Bon bah avant de réfléchir à quoi que ce soit, il faut qu'on traite cette urgence et donc c'est là-dedans que je vais travailler. Ah je souffle là, c'est fou ! Ça monte hein !
- Speaker #4
En fait, ce qui est bien à chaque fois, c'est que nos invités marchent et parlent en même temps. Donc ils font un double sport. Et nous, on écoute, tu vois, c'est ça qui est bien. On vous fait bosser.
- Speaker #3
Là, ça monte fort et du coup, je fais mon cardio pour la journée.
- Speaker #4
Et du coup, en fait, tout ça, on va dire qu'aujourd'hui, ça t'est récompensé avec quand même un beau titre de Marianne du Climat 2025.
- Speaker #3
Oui, ça a été vraiment une reconnaissance qui m'a beaucoup émue. J'avais jamais gagné de prix avant, donc c'était vraiment l'aboutissement effectivement de beaucoup d'efforts et de travail parce que quand j'ai commencé à vouloir travailler dans le milieu de l'impact, pas après mes études, tu vois, 22-23 ans, je ne connaissais rien, moi j'ai des parents qui sont restaurateurs, qui ont zéro réseau, j'ai aucune personne qui a pu me faire bosser dans la boîte du copain ou du machin, je ne connaissais personne et donc j'ai construit mon réseau petit à petit, rendez-vous après rendez-vous pendant 15 ans. Je fais à peu près un ou deux déjeuners réseau par semaine depuis 15 ans. Maintenant ça commence à faire pas mal de relations, de contacts, de compréhension des enjeux. Et puis c'est aussi beaucoup beaucoup de travail parce que quand on est passionné par ce qu'on fait, il y a toujours le pro et le perso qui se mélangent un petit peu. C'est-à-dire que quand je quitte le boulot le soir et que je vais à l'académie du climat ou à la Climate House pour voir une conférence... En fait, je ne sais pas si c'est du pro ou du perso, c'est un peu les deux. Donc ça peut être un peu dangereux parfois, parce qu'il ne faut pas non plus frôler le burn-out, et donc je m'en préviens un peu. Mais en tout cas, c'est passionnant à vivre. Et c'est vrai que tout, après les amitiés, les relations qu'on peut avoir, tout nous fait toujours un petit peu revenir à ces enjeux-là, parce qu'on se met à fréquenter des gens qui sont passionnés par les mêmes sujets, ou qui ont les mêmes combats. Ouais, bah c'est hyper dur. Moi, il y a quelques années, j'ai eu... Je pense pas que c'était exactement un burn-out, mais pendant trois semaines, j'ai été complètement out pour des raisons de santé, qui étaient un peu plein de choses mélangées, mais je pense que ça a quand même contribué. Et là, depuis, enfin, quand le rythme s'intensifie un peu, il y a des moments où je dis, « Ouh là là, tu tires un peu sur la corde, faut se reposer, quoi. » Donc, bah, s'enfermer dans une grotte pendant 15 jours, ça peut être une solution, mais c'est pas forcément accessible à tout le monde. Mais du coup... Ce qu'on a fait notamment dans la grotte avec Christian, de couper son téléphone, de ne pas avoir de notif, de ne pas penser au boulot, l'impossibilité de recevoir un mail, de se dire « je ne fais qu'un tout petit truc, 30 minutes » , rien du tout. Ça te force à couper et ça fait un bien cognitif. C'est vraiment incroyable. Pendant 15 jours, il s'est même passé des choses dans le monde importantes qu'on n'était pas au courant. Et je sais que j'essaye, même si ce n'est pas toujours facile, de reprendre un peu cette hygiène-là de temps en temps. Moi, je suis en garde alternée, mais quand je n'ai pas mes enfants, par exemple, et que je suis seule pendant un week-end, j'essaie justement de couper le téléphone, de ne pas allumer la télévision, regarder les infos qui peuvent être anxiogènes et tout, et de me déconnecter un peu pour retrouver la vie normale, aller marcher en forêt, voir des amis, et ne pas être toujours dans cette surconsommation d'informations.
- Speaker #2
C'est une des raisons pour lesquelles tu retournes dans la grotte dans trois jours. de se dire que ça fait des piqûres de rappel où justement tu déconnectes et tu te reconnectes à tes sens et à ce que tu vis dans le moment présent.
- Speaker #3
Oui, tout à fait. Là, j'y vais aussi pour donner un coup de main. Mais c'est vrai qu'avec l'année que j'ai eue en reprenant la direction générale, ça fait du bien. Je sens que ça arrive au bon moment.
- Speaker #2
Aujourd'hui, on l'a dit, tu es directrice générale de Ferme d'avenir. En tant que femme, est-ce que tu as le sentiment De devoir davantage prouver ta légitimité pour être à ce type de poste ou pas du tout ?
- Speaker #3
En tant que directrice générale dans le monde associatif, non. Parce que je trouve que c'est quand même un monde qui est assez progressiste. Et moi je suis quand même maman solo et je suis dans un groupe qui s'appelle le groupe SOS. Et donc j'ai eu une direction qui m'a fait confiance. Parce qu'ils auraient très bien pu se dire, oulala une maman solo qui a deux mômes toute seule une semaine sur deux, c'est peut-être pas le meilleur choix. Et en fait c'est jamais rentré en ligne de compte. Et donc ça, je trouve que c'est hyper appréciable. Par contre, peut-être dans le monde agricole, un peu plus, mais ce n'est pas forcément parce que je suis une femme. Je pense que c'est aussi parce que je suis urbaine. Même si j'ai grandi à la campagne, je ne viens pas du milieu agricole. Je ne suis pas une femme de terrain, je ne sais pas conduire un tracteur, je n'ai pas grandi sur une ferme, je n'ai pas un mari fermier. Et donc forcément, je pense que s'il y a des personnes qui ont envie d'avoir des a priori sur une Parisienne écolo, qui parlent d'agriculture, ils vont les avoir forcément. J'essaye de me détacher de ça en me disant que je porte un compas qui est juste, que j'essaye de me renseigner au maximum, d'aller sur des fermes, de les visiter, les fermes du réseau Ferme d'avenir, ou même de regarder plein de documentaires, de me renseigner sur ce monde-là et d'absorber le maximum et de faire aussi de la pédagogie quand je ressors les idées que des propres agriculteurs de notre réseau nous demandent de porter. Donc voilà, chacun met son talent un peu où il est. Et moi, je l'ai mis là.
- Speaker #2
Qu'est-ce que tu as appris sur le leadership en prenant de plus en plus de responsabilités au fil des années, en prenant également la parole, parce que tu l'as très bien dit et à très juste titre, tu as de plus en plus pris la parole sur ces sujets-là. Qu'est-ce que tu as appris ?
- Speaker #3
Moi, ça m'a un peu, en toute modestie, étonnée au début, parce que j'avais des gens qui me disaient que j'avais du leadership ou des fois qui utilisaient le mot « inspirante » . Et moi, je ne me sentais pas inspirante particulièrement. Et donc, ça m'étonne toujours un peu quand il y a des gens qui me disent ça. Ça me touche. Mais je pense que c'est surtout que c'est un message qui vient du cœur. Et donc quand ça vient du cœur et qu'on est alignés, forcément ça sonne juste et ça sonne vrai. Et sur le leadership, je ne sais pas, je pense que c'est prendre des risques, c'est les assumer. C'est aussi essayer d'embarquer des équipes en donnant l'exemple. Pour moi, l'idée, ce n'est pas dire aux autres ce qu'ils doivent faire et comment il faut le faire, c'est en le faisant avec eux. Et donc ça, c'est quelque chose que j'essaye de faire chez Ferme d'avenir, c'est quand il y a un truc relou à faire, on en fait tous un petit bout. Moi, ça m'arrive aussi de faire de la paperasse que je n'ai pas envie de faire. Ça m'arrive aussi de, de temps en temps, déposer des dossiers de demande de subvention. Ça m'arrive de se taper les trucs relous. Je ne fais pas que des posts sur LinkedIn et des interventions ou des podcasts. Je me tape aussi pas mal de trucs un peu relous. Et donc, je pense que l'idée, ça, ça contribue aussi à faire que les gens, ils ont envie de nous suivre.
- Speaker #2
Et quand on dirige une association qui est aussi engagée et qui essaye de fédérer autant de monde, est-ce que toi tu prônes le fait qu'il faut parfois partager ses doutes et ses inquiétudes à son équipe ou au contraire il faut les garder pour soi et essayer de les gérer en self-control ?
- Speaker #3
Les doutes par rapport à quoi ?
- Speaker #2
Les doutes par rapport au projet, est-ce que je dois atteindre mes objectifs, est-ce que je suis au bon endroit, est-ce que mes remises en question je les partage à l'équipe ? Ou au contraire, je fonce, je suis dans l'action et ça suffit.
- Speaker #4
Je vais même creuser un peu plus loin, mais c'est parce que nous-mêmes, nous sommes dirigeants d'associations. Et c'est parfois, effectivement, surtout dans le début, on a beaucoup, beaucoup de doutes. Est-ce qu'on va avoir les financements ? Est-ce que ça va tenir ? Est-ce que les partenaires vont rester ? Et c'est vrai que c'est plus sous cet aspect-là. Est-ce que tous ces doutes, tu les gardes plutôt pour toi ou vous les partagez justement en équipe ?
- Speaker #3
Non, nous, on partage beaucoup de choses. Tous les mois ou tous les deux mois, on a une réunion en fonction des saisons avec toute l'équipe. En fait, on fait une fois par mois et une fois sur deux, c'est en présentiel. On a des gens répartis un peu partout en France et moi, je plaide plutôt pour la transparence. Alors pas sur tous les sujets, évidemment, il va y avoir des problématiques RH et tout dont on ne parle pas. Mais par exemple, sur le budget, moi, je commence toujours mes réunions en montrant le budget, où il en est, notre pilotage, où on en est par rapport à nos objectifs, combien il nous manque pour finir l'année. Je trouve que c'est hyper important pour mobiliser les gens, qu'on soit tous à partager, enfin on est dans le même bateau, donc on doit savoir le bateau où il va, est-ce qu'il est en danger ou pas. Et puis aussi pour que les gens comprennent le contexte dans lequel on est. Si l'association est en bonne santé ou si elle est en fragilité, c'est hyper important que les gens qui travaillent là, ils le sachent, pour que tout le monde ait des bonnes idées en fait. Et même sur la stratégie, moi je suis plutôt celle qui va synthétiser. Et proposer une stratégie aux gens, parce que si on est cinq têtes à le faire, ça ne va pas fonctionner. Par contre, je demande l'avis des uns et des autres et je me nourris de ce qui me remonte tous. Donc de temps en temps, on va faire des réunions, un peu de brainstorm tous ensemble. Et il n'y a qu'une personne qui en synthétise, mais par contre, on se nourrit des idées de tout le monde.
- Speaker #4
On entend énormément parler de climat, d'effondrement, d'urgence. Bon, je ne vais pas te faire tout le tableau, je pense que tu le connais, il est plutôt anxiogène. Comment on fait pour ne pas rester paralysé face à un problème ? Et je pense que là pour le coup ça pourra aider beaucoup de nos jeunes auditeurs.
- Speaker #3
Bah, hop, voilà, donc j'ai failli me casser la gueule en direct.
- Speaker #4
C'est pas filmé, c'est bien.
- Speaker #3
Je pense que c'est en passant... Ouais, c'est ça, donc on vous parle de transition en faisant de l'acrobranche. Voilà, c'est rigolo. Tu sais où on va là, parce que moi non.
- Speaker #4
Je sais pas, je vois un chemin, donc...
- Speaker #3
Les aventuriers des bacs à sable. J'ai oublié la question. Ah, comment on passe à l'action ? Non, comment on lutte ? Comment on est moins inquiet ? Bah, moi, c'est en passant à l'action, quoi. C'est aussi pour ça que j'ai eu envie d'aller vers le monde agricole, parce que je suis fascinée par le pouvoir du vivant. Et je trouve que l'agriculture, c'est un des seuls secteurs qui a vraiment cette capacité régénérative. où tu peux avoir une zone qui est dégradée et grâce à des pratiques agricoles vertueuses, tu peux la régénérer. Et donc je trouve que c'est vraiment en passant à l'action et moi en voyant même à toute petite échelle, parce que Ferme d'avenir ce n'est pas une énorme association, et même à l'échelle individuelle, tu te dis bon ben je vais dans le bon sens et je contribue à un mieux qui est peut-être une goutte dans l'océan, mais au moins c'est ma goutte et c'est comme le colibri finalement.
- Speaker #4
Et du coup, un jeune qui se pose la question, j'ai vraiment envie de m'engager, mais je ne sais pas par où commencer. J'ai envie que ça ait du poids, ce que je fais. Qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #3
C'est une très bonne question que je me suis posée il y a 15-20 ans. Comme je te le disais, moi, je n'avais aucun réseau particulier. Et donc, ce que j'ai essayé de faire, c'était un peu de colorer mon CV pour montrer mon engagement à des potentiels futurs recruteurs dans ce milieu-là. Et donc, par exemple, quand j'étais en master, j'ai décidé de dédier mon mémoire de fin d'études à un sujet à impact, qui était à l'époque la crise alimentaire de 2008. Donc c'était déjà, en plus c'est rigolo, déjà un sujet agricole. Donc voilà, dédier un mémoire de master, ça ne coûte rien, c'est du travail, mais je veux dire, c'est accessible à tout le monde. Ensuite, j'ai fait des stages, des missions humanitaires ou du bénévolat, ce qui permet aussi de démontrer un engagement. Pareil, de faire des rendez-vous un peu réseau. Au début, ce n'est pas facile, surtout quand on est jeune, qu'on manque d'expérience. Alors, je ne visais peut-être pas tout de suite des DG ou des profils comme ça, mais petit à petit, je m'étais mis un objectif vraiment. Mais à 24 ans, premier boulot, j'étais là, je veux faire un rendez-vous réseau par semaine. Et donc, dès que j'avais l'opportunité, je ne sais pas, un client, quelqu'un que je voyais à l'époque sur Twitter, je lui proposais un déj. Et donc, petit à petit, au bout d'un an, ça fait quand même un sacré paquet de personnes. Il y en a même qui sont depuis devenues des amis. Et ça construit un réseau et au bout de 15 ans, ça pèse quoi. Donc faites des petites choses comme ça. Et honnêtement, si en plus maintenant, avec tout ce qui existe, gratuitement pour se cultiver sur les sujets. Nous, à l'époque, les podcasts, il n'y en avait pas. Des docus en ligne, il n'y en avait pas non plus. On a l'air vieux quand on dit ça. Moi, je lisais, j'ai lu tous les bouquins sur l'écologie dans les années 2010. J'allais à toutes les conférences. Il y avait plein de sites qui référençaient des conférences. Maintenant, je pense qu'il n'y a pas une soirée sur Paris sans qu'il y ait une conférence sur un sujet. Écoutez plein de podcasts, c'est gratos. Les docus en ligne sur France TV ou sur Arte, pareil, c'est gratos. Donc en fait, il y a quand même une pléthore de manières de se cultiver, d'apprendre des choses sur une thématique ou une sous-thématique qui vous intéresse, que ce soit l'eau, l'énergie, l'agriculture, le climat. Et ça vous permet de crédibiliser votre profil, sans oublier quand même de développer des compétences métiers. Effectivement, on veut des gens qui sont engagés, qui soient cultivés sur le sujet, mais c'est aussi important d'avoir... des compétences à mettre au service des organisations.
- Speaker #2
Est-ce que tu penses qu'on peut avoir de l'impact sans réseau ?
- Speaker #3
Oui, parce que finalement, demain, un citoyen lambda, qui n'a peut-être même pas un poste à impact, mais qui, dans sa vie de tous les jours, se pose les bonnes questions et fait des choix judicieux de consomme-action, comme on dit, il a de l'impact. On n'est pas tous obligés de devenir DG porte-parole et de monter une assaure. Demain, si vous limitez vos déchets, que vous mangez moins de viande, que vous achetez en circuit court, vous avez déjà un impact. Et ça peut être autre chose si... Vous, votre sensibilité, ça vous porte plus sur faire du vélo ou même sur des thématiques sociales. En fait, n'importe qui, aujourd'hui, peut avoir un impact. On n'est pas obligé d'être la star en haut de l'affiche.
- Speaker #4
Comment on trouve... Alors toi, tu l'as trouvé très jeune, donc je ne sais pas si la question sera peut-être moins pertinente, mais comment est-ce qu'on trouve son engagement ?
- Speaker #3
Je pense qu'il faut réfléchir aux thématiques qui nous touchent, voire qui nous bouleversent. Il y en a qui n'en ont pas. Moi j'ai des neveux, des cousins, des machins, ils ne sont pas de thématique particulière, mais si vous sentez que quelque chose vous touche, même si ce n'est pas forcément écolo, que ce n'est pas le climat, sauver la planète, et que pour vous c'est peut-être, je ne sais pas, le handicap, parce que vous connaissez quelqu'un ou vous avez dans votre famille quelqu'un porteur de handicap, ou si c'est, je n'en sais rien, faire des maraudes, je ne sais pas, n'importe quel sujet, mais si ça vous touche et que ça vous émeut, c'est que ça bouge quelque chose en vous à un endroit où... Voilà où ça vous touche, donc c'est ça qu'il faut cultiver, qu'il faut creuser.
- Speaker #2
Du coup, la question de notre dernière invitée, c'était qu'est-ce qui te pousse à te lever le matin ?
- Speaker #3
Franchement, c'est mes enfants qui me réveillent à 6h du mat. Non, je plaisante parce que du coup, je suis une jeune maman entre guillemets, mais d'être heureuse et on ne peut pas être heureux dans un monde demain où tout se casse la gueule et où tout peut s'effondrer à cause d'un désastre écologique. Et donc, ce qui me pousse, c'est d'essayer de m'occuper de mes enfants, de préparer leur avenir et d'avoir fait tout ce que je pouvais pour éviter le pire. Ma question pour le prochain invité, c'est de savoir est-ce que tu es plutôt optimiste ou pessimiste ?
- Speaker #4
Pourquoi c'est important pour toi de se mettre en mouvement ?
- Speaker #3
Pour ne pas pouvoir un jour avoir mes enfants qui me disent mais qu'est-ce que tu as fait pour nous prévenir de ça ? Moi, je suis assez anxieuse face à tous ces bouleversements. On parle beaucoup de transition écologique, mais rien que le contexte géopolitique. L'IA, enfin je veux dire, on a des raisons d'être un peu angoissés en ce moment quand même. Sur la géopolitique, l'IA, je ne peux pas faire grand-chose. Pour le coup, ce n'est pas mes sujets. Mais en tout cas, sur la transition écologique, je me dis au moins, je me mobilise et je me mets en action. Et donc, au moins, j'aurais fait ma part et j'aurais potentiellement contribué à ce que ce soit un peu moins pire.
- Speaker #4
Et c'est une très belle fin de podcast. Merci, parce qu'en plus, tu nous parles de transmission. Et je trouve que ça va très bien avec le rôle du parent. Le rôle des médias et du podcast, c'est de nous transmettre aussi des informations. Donc merci, merci beaucoup Marion.
- Speaker #3
Merci à vous.
- Speaker #1
La balade s'achève ici. Respirez un instant, laissez les sons autour de vous s'apaiser. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le avec quelqu'un qui compte pour vous. Parce qu'ensemble, en avançant pas à pas, on remet du sens, du lien et du mouvement dans nos vies.