Speaker #0Bienvenue dans ce troisième épisode de cette série d'été consacrée aux croyances managériales. Alors tout au long de l'été, je vous propose de déconstruire, à travers ces différents épisodes du podcast entre nous, ces croyances managériales qui paraissent assez logiques quand on est manager, mais qui influencent souvent, voire beaucoup, notre manière de manager et souvent on ne s'en rend même pas compte. Alors aujourd'hui, je vais déconstruire avec vous une croyance qui tombe particulièrement bien en cette période de vacances. C'est la croyance « je dois toujours être disponible pour mon équipe » . Je suis sûre qu'elle va vous parler de manière très actuelle. Alors vous préparez votre départ en vacances ou alors vous êtes peut-être même déjà en vacances et vous écoutez quelque part cet épisode de podcast. Alors, malgré le fait que vous avez sûrement tout bien organisé votre départ, que vous avez fait le point avec vos collaborateurs sur les dossiers en cours, vous êtes en vacances et vous gardez votre téléphone à portée de main. Vous allez consulter vos e-mails, même de manière très brève. Vous allez peut-être même, et je n'en doute pas, répondre à un message parce que vous vous dites « au cas où, je le fais » . Et finalement, sans vous en rendre compte, vous ne déconnectez jamais vraiment de votre travail et de votre rôle de manager. Et derrière cette disponibilité permanente se cache souvent quelque chose de bien plus profond. Alors qu'est-ce qu'elle dit cette croyance liée à la disponibilité du manager ? Quand un manager pense qu'il doit toujours être disponible pour son équipe, il ne parle pas seulement de la disponibilité. dans son agenda, du temps à disposition. Il parle très souvent de sa place. Parce que derrière cette croyance qu'il faut être disponible, il faut toujours être disponible pour ses collaborateurs, il y a cette question. Si mon équipe, elle peut fonctionner sans moi, est-ce que j'ai encore de la valeur ? Et même si on ne l'exprime jamais de cette manière, nous sommes déjà nombreux à avoir ressenti ça un jour. Cette question d'utilité, de valeur, est moi la première quand j'étais manager. Quand on a passé ou quand on passe des années à être celle ou celui qui règle les problèmes, qui répond aux questions et qui est sollicité en permanence, il faut parfois accepter que la meilleure preuve de notre travail soit justement d'être un peu moins sollicité. Mais pour faire ce switch, c'est... pas du tout facile. Pour changer de perspective, changer de posture, ce n'est pas toujours confortable. Et lorsqu'on prend un peu de recul aussi avec cette croyance, on découvre souvent que le fait d'être sollicité, ça nous rassure. Parce que nos collaborateurs viennent poser leurs questions, le téléphone sonne, les messages arrivent et tout ça, ça va nourrir notre sentiment. Et je crois vraiment fondamentalement que cette question, que cette croyance liée à la disponibilité, elle nous relie surtout à notre besoin de se sentir utile. Le sentiment qu'on a notre place dans le système, dans l'équipe, le sentiment qu'on est important, qu'on compte, et ça c'est profondément humain, j'en suis persuadée. Mais lorsque notre valeur de manager est dépassée, dépend du fait d'être constamment sollicité, là, la disponibilité, elle devient une manière d'exister dans notre rôle. Et c'est là que cette croyance, elle devient limitante, voire même enfermante. Elle nous enferme vraiment et elle nous empêche d'exister dans notre rôle de manager d'une autre manière. Parce que notre rôle de manager va bien Alors, pourquoi cette croyance, elle est clairement, clairement limitante, même si on ne se rend pas forcément compte ? Clairement, être disponible, c'est une qualité. C'est une qualité qui est aussi recherchée auprès d'un manager, ça c'est sûr. Par contre, être disponible en permanence, ça, c'est pas... une qualité. Parce qu'à force de répondre à tout, tout le temps, on finit aussi par renvoyer un message, finalement, je suis toujours là. Et surtout, vous pouvez toujours compter sur moi, vous pouvez toujours passer par moi. Et moi, ça, ça me rappelle aussi quand j'étais manager, surtout dans les premières années où j'étais dans cette croyance qui me limitait clairement, chaque fois que je m'absentais, je disais « Mais quoi qu'il arrive, vous pouvez m'appeler. » C'était pour moi une manière de me dire « je suis utile, même en vacances ou même quand je ne suis pas là, j'ai toujours un peu envie de rester accrochée, avoir ce lien avec mon équipe pour me sentir utile pour eux » . Et puis petit à petit, cette disponibilité finalement, elle devient la norme. L'équipe, elle prend l'habitude de solliciter son manager au moindre doute. Et le manager, lui, va finir par croire qu'il ne peut jamais vraiment s'absenter. Et moi, je l'entends Souvent, beaucoup, quand je discute avec mes clients, c'est finalement « je ne peux pas m'absenter » . Et petit à petit, cette disponibilité devient la norme. L'équipe prend l'habitude de solliciter son manager au moindre doute. Et le manager, lui, il va finir par croire qu'il ne peut jamais vraiment s'absenter. Et d'ailleurs, je l'entends souvent auprès de mes clients, ce sentiment que finalement, on devient presque indispensable. Pas du tout le cas. Et cette croyance-là, liée à la disponibilité, elle a un coût personnel énorme. On ne récupère jamais complètement, quoi qu'il arrive, quand on reste connecté, quand on reste relié à son travail, on ne récupère jamais complètement. Il ne faut pas s'en cacher. Et un manager qui ne récupère pas vraiment, il revient rarement avec toute l'énergie et le recul, Donc... il a besoin pour lui, mais dont aussi son équipe a besoin. Et par les temps qui courent, c'est d'autant plus important de pouvoir revenir d'une période d'absence avec toute l'énergie et le recul dont on a vraiment besoin. Et cette croyance, elle est aussi souvent entretenue par la culture d'entreprise. Et ça me paraissait hyper important aussi de l'évoquer ici dans cet épisode parce que c'est vraiment... Une dimension dont on parle assez peu quand on parle de cette croyance liée à la disponibilité, mais qui selon moi joue énormément aussi dans cette croyance. Cette croyance, elle n'est pas toujours uniquement personnelle. Elle peut être aussi alimentée par la culture de l'entreprise. Et dans certaines organisations, répondre à un mail pendant les vacances, c'est presque devenu la norme. On valorise les personnes qui sont joignables, celles qui répondent le soir, qui répondent le week-end. et qui répondent pendant leur congé. Et comme si cette disponibilité permanente était aussi un peu une preuve de leur engagement. Alors forcément, quand on évolue dans ce type de culture d'entreprise, ça devient beaucoup plus difficile de lâcher prise sur sa disponibilité. Parce qu'on lutte finalement, pas seulement contre sa propre croyance, mais aussi contre le sentiment d'aller à contre-courant de ce qui est valorisé dans son entreprise. Et pourtant, être un manager engagé ne signifie pas être disponible 24 heures sur 24. Alors, comment lâcher prise sans culpabiliser ? Lâcher cette croyance liée à la disponibilité ne signifie pas devenir indisponible. Bien sûr qu'il existe des situations où vous, en tant que manager, et votre équipe a réellement besoin de vous. Une crise importante, un conflit, une décision qui ne peut pas attendre, il y a clairement certaines circonstances qui vont exiger votre présence et votre disponibilité. Et ça, ça fait clairement partie de votre rôle de manager. Donc le problème, ce n'est pas d'être disponible quand la situation l'exige. Le problème, c'est clairement de croire que vous devez l'être en tout temps. Votre rôle n'est pas d'être présent à chaque instant. Votre rôle, et ça je le répète aussi souvent dans mes épisodes de podcast, c'est vraiment de créer les conditions pour que votre équipe, elle puisse avancer, même quand vous n'êtes pas là. Donc accepter d'être moins sollicité demande aussi d'accepter que votre rôle en tant que manager, il évolue. Au début, on a souvent, en tant que manager, le sentiment d'exister grâce à ce qu'on fait. Ça me fait penser à une situation récente que me partageait une cliente qui vient de prendre un poste avec de grosses responsabilités et qui s'est fait cette réflexion, c'est finalement lors d'une absence pour vacances de deux semaines, elle s'est rendue compte que finalement, son équipe avait très bien fonctionné sans elle. Alors ça lui faisait un petit peu un sentiment partagé, bizarre aussi par rapport à son besoin de reconnaissance, mais en même temps, elle a conscientisé que son rôle n'était pas. justement d'avoir une disponibilité permanente, mais de créer ses conditions cadres pour laisser son équipe évoluer, avancer sans elle. Et avec l'expérience, c'est vrai qu'on découvre que notre valeur, elle se mesure moins dans notre disponibilité qu'à la capacité de notre équipe à avancer sans nous. Et pour moi, c'est vraiment ça qui crée la différence, parce que aussi c'est un peu notre équipe, elle ne grandira jamais si elle ne peut pas fonctionner sans nous. Donc le jour où votre équipe peut vraiment fonctionner sereinement pendant que vous vous êtes absent, ce n'est pas le signe que vous êtes devenu inutile, c'est peut-être même le meilleur indicateur que vous faites bien votre travail de manager. Je vous retrouve dans deux semaines pour déconstruire une nouvelle croyance managériale. Et en attendant, je vous souhaite un très bel été et surtout, si vous êtes en vacances, de vraies vacances. À très vite d'entre nous !