Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode de ma série d'été consacrée aux croyances managériales. Aujourd'hui, je vais m'attaquer à une quatrième croyance. C'est une croyance qui est passablement discutée dans les entreprises aujourd'hui. C'est cette croyance qui dit qu'il ne faut pas montrer ses émotions quand on est manager. Alors d'un côté, il y a passablement de personnes qui pensent qu'un manager doit toujours... garder la maîtrise, rester très rationnel et ne rien laisser paraître. Et puis de l'autre, il y a quand même un certain nombre de personnes qui défendent l'idée qu'on peut finalement être authentique, qu'on peut exprimer ce qu'on ressent quand on est manager. Alors pour ma part, je suis assez convaincue, alors je le dis avec du recul, c'est vraisemblablement pas ça que j'aurais dit au début que je manageais, puis d'ailleurs je vous partagerai aussi un petit peu mon expérience par rapport à ça. Moi... je suis convaincue qu'on peut être un manager authentique. Alors bien sûr, et ça je le répète souvent dans les différentes thématiques que je traite dans ce podcast, c'est que c'est une question d'équilibre. Mais que clairement, je suis convaincue qu'on peut manager avec notre authenticité et qu'on peut exprimer quand on est manager ce qu'on ressent. Pour moi, la vraie question, c'est plutôt finalement, c'est comment on va exprimer Merci. de manière la plus juste possible nos émotions, que ce soit aussi au bon moment et surtout aussi sans faire porter nos émotions ou ce qu'on ressent aux autres, que ce soit à nos collaborateurs, que ce soit à notre hiérarchie ou à toute personne avec qui on est finalement souvent en relation quand on a un rôle de manager. Et c'est vraiment cette croyance que je vous propose de déconstruire aujourd'hui, c'est celle liée à nos émotions. Alors déjà, peut-être pour démarrer, pourquoi les émotions, elles font encore, j'ai envie de dire, si peur quand on est dans le monde du travail ? Et la première chose que je peux dire, c'est que pendant longtemps, et c'est encore le cas quand même aujourd'hui, l'image du bon manager ou même du manager a été associée à quelqu'un qui montre beaucoup de solidité, quelqu'un de rationnel. Quelqu'un qui est finalement un peu inébranlable. C'est quelqu'un qui garde la tête froide, qui maîtrise les situations auxquelles il est confronté et qui ne va jamais se laisser déborder. Et dans cette représentation qu'on a du manager, montrer une émotion, ça peut rapidement être interprété comme, par exemple, une perte de contrôle. Ou même comme, et ça je l'ai aussi déjà, ressenti, vécu et observé, un manque de professionnalisme, ou même, j'irai encore plus loin, une fragilité, voire un manque de crédibilité. Donc vraiment, cette notion d'émotionnel qui ressort nous renvoie assez systématiquement au fait que ça représente une faiblesse quand on est manager. Et c'est vrai que je trouve que cette représentation, elle reste encore très présente dans notre manière de penser. dans le monde professionnel. Ce n'est pas quelque chose, j'ai envie de dire, c'est quelque chose sur lequel je pense que, aussi avec les nouvelles générations, c'est quelque chose qui est en train de gentiment se déconstruire. Mais j'observe toujours que c'est quelque chose qui est très présent, notre rapport assez difficile avec notre émotionnel dans le monde professionnel. Et je pense que ça peut aussi être lié à la culture d'entreprise. Il y a peut-être des cultures d'entreprise qui favorisent plus l'expression de nos émotions. Et puis d'autres cultures d'entreprise beaucoup plus traditionnelles, peut-être en pêche ou en tout cas, ça ne favorise pas cette expression des émotions. Ça peut être aussi lié à certains secteurs d'activité, à notre éducation, puisque finalement aussi, notre rapport aux émotions est beaucoup lié à notre éducation et aussi parfois au genre. Et puis là, par rapport à ma propre expérience, je l'ai moi-même vécu. Pendant longtemps, surtout dans les premières années que j'étais manager, j'ai... beaucoup, j'ai très souvent essayé de cacher mes émotions. Alors moi, je suis plutôt quelqu'un d'assez sensible, de très spontané et qui ressent les choses très, très fortement. Mais quand j'étais jeune manager, je suis devenue à 23 ans manager, j'ai beaucoup vu d'autres managers qui étaient avec beaucoup plus d'expérience, beaucoup plus âgés que moi et que j'observais, parce que je me nourrissais aussi beaucoup des personnes que j'observais dans mon entourage professionnel. Finalement, ces personnes, elles ne montraient pas leurs émotions. Et moi, comme j'étais jeune, j'étais une femme. Finalement, je me suis rapidement dite que si je montrais ma spontanéité, mon côté assez sensible, j'allais être perçue comme trop sensible, pas assez solide pour ce rôle. En plus, j'étais très jeune et surtout que ça allait avoir un impact sur ma crédibilité. J'allais être pas crédible dans mon rôle. Alors, ce que j'ai fait, c'est ce qu'on fait quand on va essayer de cacher les choses. On va se barricader. Je me suis construite une carapace. Et puis, je pense que cette carapace, elle m'a certainement protégée à certains moments, mais avec le recul et avec l'expérience, je me suis aussi rendu compte que le fait de construire cette carapace, de beaucoup me protéger de ce qui venait de l'extérieur pour ne pas montrer ce que je ressentais, ça m'a aussi éloignée en partie de moi-même. Finalement, je ne pouvais pas être moi-même. Et puis, ça m'a aussi éloignée de mes collaborateurs, des personnes qui m'entouraient. Parce que j'ai mis... Vraiment une barrière très forte pour me protéger, pour protéger les autres. Mais finalement, cette barrière, elle m'a aussi beaucoup distancée des autres. Et on oublie parfois quelque chose qui est très simple. C'est qu'avant d'être manager, on est avant tout un être humain. Et un être humain, ça forme un tout. Nos émotions, elles font partie intégrante de nous. Donc, on ne dépose pas nos émotions à l'entrée de l'entreprise. pour les reprendre à la fin de la journée. Non, nos émotions, elles vont être présentes avec nous tout le temps. Elles sont présentes dans nos décisions, dans nos interactions, dans nos silences aussi. Ça dit quelque chose de ce qu'on ressent aussi, même si on ne l'exprime pas. Dans notre manière d'agir, de réagir, dans notre manière d'écouter aussi, de ne pas écouter. Et le rôle central en tant que manager, c'est la relation humaine, c'est la relation aux autres. En tant que manager, on doit mobiliser, on doit rassurer, on doit recadrer, on doit annoncer des décisions, des choses agréables, des choses moins agréables. On doit gérer les tensions, accompagner les changements. Et tout ça, on le fait avec nos émotions, avec ce qu'on ressent. Et quand on est dans une relation humaine, forcément, ça dit aussi une dimension émotionnelle de la relation. Donc pour moi, vouloir supprimer les émotions dans le management, finalement, c'est vouloir supprimer une partie de la relation. C'est ce qui va nous driver aussi nos émotions. C'est ce qui nous fait vivre. C'est ce qui nous fait ressentir les choses. Et quand on est en relation, même professionnelle, on a besoin de faire ressentir les choses aux autres. Et une chose qui me paraît aussi extrêmement... importante et essentielle aujourd'hui, à l'heure de l'intelligence artificielle, qui prend une place de plus en plus importante dans notre quotidien, professionnel et personnel, je crois vraiment même que cette dimension humaine que sont les émotions, elle devient de plus en plus précieuse. Et que ça va encore même se renforcer avec le temps. C'est clair que l'IA, elle nous aide. à analyser des données, à structurer des informations, à gagner du temps sur des tâches répétitives, bien sûr. Mais par contre, comprendre ce qui est en train de se passer chez nous en tant qu'humains, chez une personne, percevoir une inquiétude ou accueillir une déception et ajuster sa posture dans la relation, ça, ça reste profondément humain. Et je crois aussi profondément que l'intelligence artificielle ne va pas. remplacer nos émotions. Donc là, nos émotions, elles ne sont pas un obstacle au management. Elles font partie intégrante de nous, donc de notre management, et donc on doit les utiliser. Quand on parle d'émotions, on en tire directement souvent une conclusion, c'est que montrer ses émotions, c'est tout laisser sortir. Et on imagine immédiatement un manager qui va exploser de colère, Qui va se montrer frustré dans une situation qu'il rencontre ou qui va déverser son stress sur son équipe. Mais montrer une émotion, ce n'est pas forcément perdre sa maîtrise ou perdre la maîtrise de ses émotions. Pas du tout. Ça peut simplement vouloir aussi mettre des mots sur ce que l'on ressent sans attendre une réponse en retour. Ça peut être, et très souvent on peut dire en tant que manager, cette situation. Elle me préoccupe. Là, on exprime une émotion. On n'est pas en train de perdre la maîtrise de son émotion, on est juste en train de l'exprimer. On peut dire, je suis déçu du résultat. Parce que nous avions défini un autre niveau d'exigence. Une nouvelle fois, on est en train d'exprimer son émotion qui est la déception. Et pourquoi on ressent cette déception ? Ou bien on peut dire, cette décision n'est pas facile pour moi non plus, mais je considère qu'elle est nécessaire aujourd'hui. Là, une nouvelle fois, on exprime en tant que manager une émotion qui est, Voilà quelque chose qui n'est pas facile pour nous à prendre. pourquoi elle est nécessaire. Une nouvelle fois, on exprime son émotion, mais on montre aussi qu'on est capable d'avancer. Et là, dans ces exemples, en tant que manager, on n'est pas en train de dramatiser la situation, on ne culpabilise pas les autres, on met simplement des mots sur ce qu'on ressent, sur ce qui est présent à ce moment-là. Et souvent, si on tente de cacher nos émotions, elles ne vont pas disparaître. Bien au contraire, elles vont ressortir d'une autre manière. On va utiliser un ton plus sec, on va montrer une impatience inhabituelle. Et ça ne va pas forcément s'entendre dans nos mots, mais dans notre posture, dans notre manière d'agir. Ou bien on va mettre une distance parce qu'on essaye de cacher une émotion, donc on va se distancer de quelqu'un. Ou alors on va prendre une décision sous le coup de l'agacement. Et souvent, en tant que manager, on pense que si on se dit qu'on ne doit pas montrer nos émotions, On pense que si on ne les montre pas... Les autres ne les perçoivent pas, mais bien au contraire. Il faut s'enlever de cette idée que si on essaie de cacher ses émotions, que les autres ne vont pas les percevoir. Ils vont les percevoir, ils vont les ressentir. Souvent, quand j'essayais de cacher mes émotions, je tentais de les cacher et mes collaborateurs, pratiquement systématiquement, ils percevaient qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Et moi, effectivement, j'agissais d'une manière qui me permettait finalement de ne pas les montrer. Et c'était de loin pas le bon chemin que... je prenais à ce moment-là. Et quand on a cette croyance comme quoi en tant que manager, on ne peut pas montrer ses émotions, c'est aussi parce qu'on oppose très souvent les émotions et la performance. Comme si un manager, il devait choisir être humain avec ses émotions ou être exigeant et viser la performance. Et personnellement, je ne partage pas du tout cette vision parce que pour moi, avoir une sensibilité et prendre des décisions difficile. On peut ressentir de la déception. Une nouvelle fois, on reste humain et recadrer avec fermeté les choses. Et on peut reconnaître la souffrance d'un collaborateur sans renoncer aux attentes liées à son rôle. Une nouvelle fois, tout peut se concilier. Et on peut aussi exprimer une inquiétude sans alimenter la peur. Donc, l'émotion n'empêche pas la performance. Alors j'aimerais vous donner maintenant quelques clés pour réconcilier... La première clé, déjà, c'est de ne pas confondre l'authenticité et la transparence totale. Être authentique, quand je disais que c'était possible aujourd'hui, et j'en suis convaincue d'être un manager authentique, ça ne signifie pas que vous devez tout raconter. Vous pouvez être sincère, une nouvelle fois, tout en conservant une certaine retenue. Donc voilà, c'est possible d'avoir une sincérité dans son management. tout en conservant une certaine retenue. Donc c'est une question de dosage, d'équilibre. Bien sûr que c'est de loin pas facile à trouver ce bon dosage, mais c'est possible. On ne doit pas simplement être dans les extrêmes. On doit trouver le chemin qui nous permet la sincérité et la retenue. La deuxième clé, c'est déjà de nous demander, quand on ressent une émotion, pourquoi on ressent cette émotion ? qu'est-ce qu'elle dit finalement de notre état d'esprit ? Qu'est-ce qu'elle nous renvoie ? Si j'ai une frustration, c'est de pouvoir expliquer qu'est-ce qui fait que je suis frustrée ? Je suis frustrée pourquoi ? Et déjà de pouvoir mettre des mots sur ce qu'on ressent, sur l'émotion qu'on ressent et d'essayer de trouver la source de ce ressenti, c'est déjà un pas qui va nous permettre de pouvoir l'exprimer aux autres. Et c'est la troisième clé, c'est de se demander Comment je vais l'exprimer, cette émotion, aux autres, à mes collaborateurs, à ma hiérarchie, aux personnes avec qui je suis en relation ? Et est-ce qu'elle va aider la personne ou l'équipe à comprendre la situation ? Est-ce que ça va permettre de créer de la clarté, de renforcer la relation ? Ou est-ce que je vais chercher surtout à me soulager ? Alors, c'est clair que si je cherche surtout à me soulager en l'exprimant, ce n'est peut-être pas le bon chemin. Par contre, si je cherche à renforcer la relation, à donner de la clarté, à l'exprimer pour pouvoir faire comprendre aussi la situation, sans tomber dans la victimisation bien sûr, là... il est bon de l'exprimer. Et une fois que j'aurais vraiment pu mettre des mots sur cette émotion, j'aurais pu l'exprimer, là, c'est déjà un très bon chemin qu'on peut faire. La quatrième clé, c'est de toujours, quand on exprime une émotion aux autres, ce qu'on ressent aux autres, c'est de parler en « je » . Vraiment de parler pour soi. De dire, par exemple, comme je donnais dans les exemples tout à l'heure, je suis préoccupée par cette situation. Plutôt que... vous me mettez dans une situation impossible. L'émotion, c'est la nôtre. Alors, elle doit être nommée sans que ça devienne une accusation. C'est pour ça qu'il faut vraiment rester sur le « je » . Et enfin, une autre dimension qui me paraît extrêmement importante quand on parle de l'émotionnel, c'est de pouvoir accueillir les émotions des autres sans chercher immédiatement à les corriger ou à les faire disparaître. Un collaborateur, Comme nous, en tant que manager, il peut être déçu, il peut être en colère, il peut être inquiet. Et reconnaître son émotion ne signifie pas forcément lui donner raison, ça signifie simplement entendre ce qu'il traverse. Et ça, c'est aussi très très important. Et plus on arrive, nous, à mettre des mots sur nos propres émotions, à les exprimer aux autres, mieux aussi on arrivera à reconnaître les émotions des autres. et à en faire quelque chose d'utile. Une nouvelle fois, pas forcément donner raison à l'autre parce qu'on reconnaît, mais à s'ajuster aussi, à ajuster notre posture par rapport à ce que la personne traverse. Donc en conclusion, je ne crois vraiment pas qu'un bon manager soit celui qui cache ses émotions. Je ne crois pas non plus que ce soit celui qui les exprime sans filtre, donc une nouvelle fois dans une extrême ou dans un autre. je crois qu'un bon manager C'est celui qui est capable de reconnaître ce qu'il ressent, de comprendre l'impact que cela a sur les autres et de choisir la manière la plus juste pour l'exprimer. Et ce que je peux vous dire, c'est que je n'ai de loin pas été toujours une bonne manager. Par contre, ce que j'ai pu observer avec l'expérience et avec le recul, c'est qu'à chaque fois où j'ai réussi à mettre des mots personnellement sur ce que je ressentais, de me questionner sur ce que cette émotion que j'avais à ce moment-là, elle voulait dire, j'ai aussi mieux réussi à être en relation avec les autres et donc à aussi mieux me positionner dans mon management. Alors, si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet, j'avais, il y a quelques mois, consacré un épisode de podcast à la manière de travailler concrètement avec ses émotions en tant que manager. C'est l'épisode... 14. Je vous mettrai le lien dans la description de l'épisode parce que ça peut vous donner quelques repères pour les reconnaître, pour les comprendre et décider quoi en faire. Je vous retrouve dans deux semaines pour déconstruire une cinquième croyance managériale. En attendant, je vous souhaite toujours de passer un très bel été et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode d'Entre nous.