Speaker #0Entre-temps — Saison 5, épisode 5 : Déléguer, ce n’est pas se décharger — c’est partager
Ça pourrait résonner familier. Vous confiez une tâche à un collaborateur ou à un proche, et pourtant vous continuez à y penser, vous vérifiez, vous corrigez, vous allez même parfois refaire une partie du travail derrière. Ou, à l’inverse, vous laissez faire sans regarder — et vous découvrez le résultat bien trop tard, quand il n’est plus temps d’ajuster. Dans les deux cas, quelque chose ne fonctionne pas. Et pourtant, vous aviez délégué.
Bonjour, je suis Jean-Claude, Chronotier et artisan du temps. Ici, dans Entre-temps, je vous aide à transformer votre emploi du temps en allié, pas à pas, sans pression. Mon objectif ? Vous donner des clés simples mais puissantes pour plus de clarté, de sérénité et une vie alignée avec ce qui compte vraiment pour vous. Bienvenue dans Entre-temps, le podcast pour reprendre la main sur votre temps et sur votre vie.
Bienvenue dans Entre-temps. Ici, on ne cherche pas à remplir le temps — on explore comment on peut l’habiter. Je suis Jean-Claude Blaimont, Chronotier.
Dans cette série, on parle de la relation et de tout ce qu’elle fait à notre façon de vivre notre temps. Aujourd’hui, on s’intéresse à un sujet souvent présenté comme une solution miracle pour gagner du temps : déléguer. Sauf que déléguer peut créer autant de tension que la tension qu’elle devrait enlever. Et c’est un peu ce qu’on va voir — pas uniquement sous l’angle des trucs et méthodes, mais dans la relation que la délégation entretient avec notre façon d’habiter le temps.
Un rappel habituel avant d’aller plus loin : chaque mercredi à 19h, heure belge, je retrouve ceux qui ont envie d’échanger sur leur rapport au temps, sur ce que ça veut dire d’habiter son temps. C’est gratuit, c’est ouvert à tous, et ça ressemble plus à une conversation entre personnes qui se rencontrent qu’à un séminaire. Cependant, ce mercredi 14 octobre, il n’y aura pas d’Heure du Temps — je serai en Bourgogne chez un ami de très longue date, rencontré à l’université. Ça fait presque 50 ans et on est toujours en contact. Je ferai d’ailleurs un épisode sur l’amitié et la relation au temps, c’est un sujet qui m’a touché de plein fouet très récemment. Je vous en reparlerai. Mais l’Heure du Temps existe toujours — simplement pas le 14.
Deux postures, même résultat
On a des responsabilités — qu’on soit entrepreneur, manager, parent, parent solo, personne au foyer. Et souvent, on ne peut pas tout faire seul. À un certain moment, il faut confier des choses aux autres. Et c’est là que beaucoup se retrouvent coincés entre deux postures qui semblent opposées, mais qui ont en réalité le même résultat.
Soit on garde le contrôle — on surveille, on corrige, c’est ce qu’on appelle le micro-management — et finalement on reste chargé mentalement comme si on faisait tout soi-même. Ce n’est pas le but. Soit on lâche complètement, on confie et on disparaît — et on prend le risque d’être déçu ou de devoir tout rattraper au dernier moment, parfois trop tard.
Dans les deux cas, ce temps et cette énergie qu’on pensait libérer deviennent eux-mêmes une source de tension supplémentaire. Soit pendant le processus quand on veut tout contrôler, soit après parce qu’on se rend compte que ce n’est pas du tout ce qu’on voulait.
Ce que j’observe très fréquemment chez les managers et les entrepreneurs, c’est cette confusion. Beaucoup pensent qu’on a le choix entre tout contrôler ou tout abandonner. En réalité, abandonner n’est pas de la délégation — c’est se décharger. Et la bonne approche est, comme souvent, quelque part au milieu.
Ce qui pousse vers l’un ou l’autre extrême, c’est souvent le niveau de stress dans lequel se trouve la personne qui délègue, ou la confiance qu’elle a — ou n’a pas — en la personne à qui elle confie la tâche.
Déléguer, c’est partager
Déléguer, ce n’est pas se décharger. C’est partager. Et cette distinction, pour moi, est importante — parce qu’elle change la posture quand on l’adopte.
Quand on se décharge, on transfère le problème sur les épaules des autres en donnant très peu d’informations. Tu peux t’occuper de ça ? — et on passe le dossier sans plus. Quand on partage, on reste responsable du cadre, tout en laissant à l’autre un espace de liberté pour qu’il puisse faire à sa manière. Et là, le focus est sur le résultat attendu plutôt que sur la façon d’y arriver.
Votre manière de faire et la mienne, ce sont deux choses tout à fait différentes. Ce qui compte, c’est de définir : qu’est-ce qui doit être fait, dans quel délai, avec quel niveau de qualité — et puis laisser la personne trouver son propre chemin. Ce n’est pas de l’abandon, c’est de la confiance encadrée.
Un peu comme un GPS, vous pouvez revenir de temps en temps pour faire le point. Si c’est une délégation d’un mois, peut-être une fois par semaine au début, puis un peu moins en approchant de la livraison, quand vous aurez des choses plus concrètes à revoir ensemble. Mais l’espace est là — la personne peut avancer sans être observée en permanence.
J’ai accompagné un entrepreneur qui me disait qu’il déléguait beaucoup. Et pourtant, il était toujours épuisé. Quand on a regardé ensemble comment il déléguait, on a vu qu’il confiait ses tâches sans préciser ce qu’il attendait, sans délai — la date existait dans sa tête, mais il ne l’avait jamais communiquée. Alors il revenait frustré parce que ça n’avançait pas. Évidemment. Il n’avait pas fixé de date.
Et comme il n’améliorait pas sa façon de déléguer, il vérifiait en permanence, corrigeait, recommençait certaines choses. Je lui ai dit — avec un terme un peu fort, mais juste — que ce n’était pas de la délégation, ni du travail partagé. C’était comme prendre ses affaires et les décharger à la poubelle en disant débrouille-toi avec ça.
Dès qu’il a commencé à clarifier dès le départ, à poser le cadre dans la première réunion de délégation, quelque chose s’est détendu — beaucoup moins de stress de son côté. Et j’ai eu la chance de travailler également avec les personnes à qui il déléguait, et de voir comment elles devaient se dépêtrer avec si peu d’informations. Ce n’est pas de la théorie — j’ai vu les deux côtés de la même situation.
Trois pistes concrètes
La première : clarifier dès le départ. Beaucoup de tensions dans la délégation viennent d’un manque de précision au moment où on confie la tâche. Avant de déléguer, posez bien sur la table ce qui est attendu — le niveau de qualité, le délai, et le moment où vous ferez le point ensemble. Parce que si vous dites on se fait un point le mardi et le jeudi de 9h à 9h30, ça change l’idée de contrôle. Ce n’est plus vous qui arrivez de façon aléatoire pour vérifier par manque de confiance — c’est planifié. La personne sait qu’il y aura un point, et elle peut avancer en toute confiance entre ces moments-là.
Et une petite astuce en bonus : une fois que vous avez fait cette étape de clarification, demandez à la personne de vous redire avec ses mots ce qu’elle a compris de la mission que vous venez de lui donner. Cinq minutes de clarté au départ peuvent éviter des heures de correction ensuite.
La deuxième : accepter qu’il y a une autre manière de faire. L’autre ne va pas faire comme vous. Ça ne veut pas dire que ce sera moins bien — ça sera différent. Si le résultat est juste, livré dans le cadre convenu, la manière d’y arriver peut varier. Accepter ça en pratique — pas seulement en théorie — libère énormément d’énergie. Surveiller la façon dont quelqu’un travaille quand le résultat est bon, c’est une dépense d’énergie qui ne sert à rien. Et en plus, la personne n’arrive pas à avoir confiance dans son travail — elle pense qu’elle ne fait pas bien, ce qui lui crée aussi une charge mentale inutile.
La troisième : prévoir des points de passage. Déléguer ne veut pas dire disparaître et revenir quand tout est fini. Ça veut dire prévoir des moments pour faire le point — une fois à mi-parcours, une fois à la livraison au minimum. Ça vous permet de rester aligné sans surveiller en permanence, et ça sécurise les deux côtés. La personne sait qu’elle peut avancer sans être observée en permanence. Vous savez que vous n’aurez pas de mauvaise surprise au dernier moment.
Le mantra de cet épisode — à deux têtes encore
Déléguer, ce n’est pas se décharger. La confiance encadrée libère plus que le contrôle.
Ce qu’on ne dit pas assez sur la délégation
Certaines délégations seront imparfaites. Même de ma part. Bien que je connaisse le processus, il m’est arrivé de passer à côté de quelque chose parce que je n’étais pas calme au moment de déléguer. Ce que j’ai appris à faire : quand j’avais un travail à donner à quelqu’un, je ne le faisais pas immédiatement dès que ça apparaissait. Je prenais un rendez-vous avec cette personne et je me préparais — physiquement pour ne pas être tendu, mentalement pour avoir l’esprit ouvert. Mais même avec ça, il y aura des ajustements, des erreurs, des moments où vous devrez reprendre la main. C’est normal.
Et la délégation ne se maîtrise pas du premier coup. Vous allez l’affiner avec le temps, et vous allez rencontrer différents types de personnes — certaines comprennent en trois mots, d’autres ont besoin de trois phrases, d’autres encore de trois paragraphes. La chose la plus importante, c’est que la personne ait compris ce que vous attendez d’elle.
Ce que j’ai observé aussi chez les personnes qui déléguaient bien : elles ont accepté que la première fois avec quelqu’un, même avec de l’expérience, ça sera rarement parfait. Parce que la confiance et la compréhension se construisent dans la durée. Si vous êtes sérieux avec la délégation, essayez de continuer avec la même personne — elle va s’améliorer, et la relation de travail aussi.
Pour finir
Déléguer, ce n’est pas se libérer de tout. Ce n’est plus porter tout tout seul. C’est un partage. Et quand le cadre est clair, que la confiance est là, que les points de passage sont prévus, la délégation devient autre chose qu’une simple solution de secours. Elle devient une façon de travailler ensemble qui libère de l’énergie et réduit la charge mentale. Et ça vous permet de remettre cette énergie sur ce qui compte réellement pour vous.
Si vous déléguez mais que ça vous fatigue autant qu’avant, regardez simplement comment vous le faites. Est-ce que le cadre est clair ? Est-ce que vous laissez la personne travailler à sa façon ? Est-ce que vous avez prévu des moments pour faire le point sans surveiller en permanence ? C’est souvent dans ces questions simples que se cachent les réponses.
Et si vous avez besoin d’aller plus loin, je peux vous accompagner sur le sujet — contactez-moi directement via oruposa.com ou par mail, et on regarde ensemble. L’Heure du Temps est aussi là chaque mercredi à 19h — sauf le 14, je serai en Bourgogne.
Entre-temps, ce ne sont pas des recettes miracles, mais des regards différents sur ce que nous faisons au jour le jour, avec un seul objectif : mieux habiter son temps.
Je suis Jean-Claude, Chronotier. Vous n’avez pas le temps — vous êtes le temps. Parce que le temps, ce n’est rien d’autre que votre vie.
À très bientôt dans Entre-temps.
Merci d’avoir pris ce moment Entre-temps avec moi. Si cet épisode a résonné en vous, je vous invite simplement à le partager avec quelqu’un qui pourrait en bénéficier — ou encore mieux, à me laisser un petit mot. Vos retours sont précieux et ils nourrissent cette belle aventure du temps. Tous les épisodes et des ressources complémentaires sont disponibles sur oruposa.com, rubrique podcast.
Et surtout, prenez bien soin de votre temps — car au fond, ce n’est rien d’autre que votre vie.
À très bientôt dans Entre-temps