- Speaker #0
Madagascar, une mission, mille questions. Soigner ailleurs, se questionner ici. Une série documentaire de Florence Etcheverry. On est arrivés là à l'hôtel ? Oui. Ok, on est à Talal Arif. On va peut-être pouvoir se reposer un peu. C'est impressionnant parce qu'en même temps, je trouve ça beau. Et en même temps, c'est super pauvre et il y a un espèce de paradoxe, tu vois, de trouver ça beau, en fait, les couleurs, les gens. C'est quand même la misère. Épisode 1, l'envie de bien faire. Quand on part en mission, on a toujours de bonnes raisons. En tout cas, on croit qu'on en a. En 2022, Julie, une ancienne invitée du podcast, m'a proposé de l'accompagner deux ans plus tard sur une mission. J'ai dit oui, sans trop réfléchir. J'avais envie de vivre cette aventure avec elle. J'aime sa parole, sa posture et son expérience. J'étais curieuse et j'avais en tête d'en faire un récit pour le podcast. Mais pas comme je l'aborde ici aujourd'hui. Je me suis inscrite, mon assistante Cécile a tenu à venir. C'était inattendu, mais évident. Et puis je n'y ai plus trop pensé. Deux mois avant le départ, le stress est monté. J'ai appelé le président de l'association. je lui ai parlé de mes doutes, il m'a rassurée. Ce serait une expérience inoubliable. J'en sortirais transformée. Je l'ai été au-delà de ce que j'imaginais et pas de la manière dont lui, il l'imaginait. Avec Cécile, on a préparé nos affaires, des sacs à dos, du matériel, des anesthésiques, des gants, des instruments. On a vérifié nos vaccins et on est partis.
- Speaker #1
Il y avait des masques. Des masques, c'est bon. Tu crois vraiment qu'on a besoin de parapluie ?
- Speaker #2
Non. de me laisser là-bas.
- Speaker #3
Franchement, Donc après, quand j'allais à la pharmacie, j'ai fait une ordonnance. Combien je peux en mettre à ton avis ?
- Speaker #2
8 boîtes. Ah ouais ? Oui.
- Speaker #0
Ce que je n'avais pas prévu, c'est que ce voyage allait m'ébranler. Faire voler en éclat mes certitudes, remettre en question mes gestes, mes intentions, ma place. Ce podcast, c'est une tentative. Une tentative de comprendre. Pourquoi part-on ? Et à qui ça sert vraiment ? Cet épisode part d'une expérience personnelle, celle d'une mission dentaire que j'ai vécue et des interrogations profondes qu'elle a fait naître en moi. Pour comprendre ce que j'avais vécu, j'ai eu besoin de confronter mon ressenti à d'autres voix. Des voix de chercheurs, de chercheuses, de personnes de terrain, de philosophes. Leur éclairage a été précieux, mais je ne prétends pas être exhaustive. Ce podcast ne donne pas toutes les réponses. Il n'est ni une réquisition, ni une vérité figée. Il est un cheminement. Et je tiens à le dire clairement, je ne remets pas en cause l'aide humanitaire, loin de là. Je sais combien elle est vitale, précieuse, urgente parfois. Ce que je questionne ici, ce sont les formes qu'elle peut prendre, et les angles morts que parfois elle laisse derrière elle. Avant d'aller plus loin, je dois vous donner un peu de contexte. Cette mission durait 15 jours. Elle rassemble les 4 groupes d'une vingtaine de soignants chacun. Médecins, spécialistes, infirmiers, infirmières. Nous nous sommes retrouvés à Tanna pour un briefing général, avant d'être répartis sur 4 zones éloignées des grandes villes et de tout accès facile aux soins. Deux groupes sont partis à l'ouest, le long du fleuve Tiribina, deux autres à l'est, sur le canal des Pangalans. Avec Cécile, nous étions dans le groupe le plus au nord des Pangalans, sur la côte de l'océan Indien. Pour nous, la mission consistait exclusivement à extraire des dents. Pas de prévention, pas de soins conservateurs. Mais ça, nous le savions dès le départ. Entre les journées de briefing et les trajets, nous avons eu quatre véritables jours de soins. Mais très vite, un malaise s'est installé, subtil, diffus, mais persistant. Il y avait la fatigue bien sûr, le manque de repères. Mais il y avait surtout cette sensation étrange, celle de ne pas comprendre. Je ne parle pas seulement de la langue. Même si la barrière linguistique était réelle, les consultations passaient par une interprète. Et dans cette traduction, certainement beaucoup se perdaient. Le ton, les nuances, les émotions.
- Speaker #1
Tu peux lui dire de fermer les yeux, de penser qu'elle est avec ses copines ? Qu'elle ouvre un tout petit peu plus.
- Speaker #0
Mais il y avait aussi autre chose, une distance plus profonde, culturelle, symbolique, invisible. Comment être sûr de ne pas heurter, de ne pas projeter, d'intervenir à bon escient et non à côté ? À ce moment-là, je ne savais pas que ce sentiment avait déjà été décrit et analysé. En vérité, quand j'ai commencé à vouloir réaliser cette série de podcasts, j'ai d'abord sollicité ma petite cousine, Marianne Schmittlin. Elle travaille dans l'humanitaire depuis plus de 10 ans. Quand je lui ai raconté mon expérience, elle m'a dit mais il n'y a rien qui va dans ce que tu me racontes. Ce n'est pas de l'humanitaire, ça. C'est du volontourisme. J'avais déjà des doutes sérieux sur l'utilité des soins que j'avais prodigués et sur la démarche du projet. Mais là, ça m'a saisie. Elle m'a envoyé des articles sur le doux no harm, sur les dérives du volontourisme. C'est comme ça que j'ai contacté Chloé Sanguinetti, et que mon travail a pris un tout autre chemin.
- Speaker #3
Alors du coup, moi je m'appelle Chloé Sanguinetti, j'ai 37 ans, j'habite à Paris et je suis la fondatrice et directrice d'un studio de communication qui s'appelle Unagi Studio qui produit des formats de communication principalement pour des acteurs humanitaires et du développement. Il y a dix ans, j'ai produit un documentaire qui s'appelle The Voluntourist sur le sujet du volontourisme qui interroge des volontaires qui sont en placement de volontariat. sur leur motivation, ce qu'ils pensent de leur impact. J'ai aussi interviewé des acteurs locaux sur ce qu'ils pensaient de cette « mode » . Et depuis, le film a été vu beaucoup plus de fois que ce que j'avais un peu anticipé. C'est un chemin assez intéressant parce qu'il y a pas mal d'organisations qui s'en sont emparées, qui l'ont utilisé comme un outil pédagogique, et il a servi comme outil de sensibilisation autour de ces questions de volontarisme. La raison pour laquelle moi je me suis intéressée à ce sujet, c'est parce que moi-même j'ai fait un placement de volontarisme quand j'étais plus jeune. J'avais 19 ans et je suis partie au Vietnam, à Hanoi, donner des cours d'anglais pendant une semaine à des enfants des rues. Encore une fois, c'est comme ça que l'opérateur avec lequel je suis partie les présentait en fait. Et pendant cette semaine-là, je me suis rendue compte, il y a plein de choses qui m'ont questionné en fait. Déjà, je n'étais pas prof. Tout était mal organisé, tout était décousu, et je n'arrivais pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui me dérangeait à ce moment-là. Et c'est au fil de mes études après, parce que j'ai fait des études en action et droit humanitaire, que j'ai continué à questionner l'engagement, etc. Et à la fin de mes études, je suis partie faire un long voyage pendant lequel j'ai filmé ce documentaire. Et en fait, les questions que j'ai posées aux volontaires, c'était un peu des questions que je voulais me poser à moi-même. Donc en moi-même, j'étais partie.
- Speaker #0
Ensuite, j'ai sollicité Flora Bastiani. Elle est philosophe et s'intéresse à l'éthique dans le soin. Elle était déjà intervenue dans ma série sur l'argent. Quand je lui ai parlé de Madagascar, elle m'a dit qu'elle avait justement travaillé sur ces questions. Moi, je me demandais si le fait de soigner loin, dans des conditions très différentes, auprès de populations pauvres et vulnérables, ça changeait quelque chose d'un point de vue éthique. On me disait souvent, ce qu'on fait là-bas, ce n'est pas comparable avec ce qu'on fait en France. Ce sont des contextes différents. D'accord ? Mais est-ce que pas pareil veut dire sans cadre ? Est-ce que c'est vraiment mieux que rien ? Ou est-ce que ça peut être pire que rien ? Et puis, je me suis aussi demandé pour qui on partait. Est-ce qu'on part vraiment pour aider l'autre ? Ou pour se faire du bien à soi ? Pour assouvir un besoin de reconnaissance ? Flora Bassiani m'a fait comprendre que l'éthique ne commence pas sur place, mais dès la décision de partir.
- Speaker #1
Pourquoi je fais une mission humanitaire ? Est-ce que je fais ça pour moi, parce que, par exemple, j'ai envie de voyager, de découvrir ce pays ? Là, c'est peut-être une des pires raisons, mais il y en a d'autres aussi. C'est pour mon CV, pour pouvoir dire à mes amis que j'ai fait ça et donc briller en société. Il y a beaucoup de mauvaises raisons de le faire. Si c'est pour apporter du soin, si c'est pour... Enfin, je ne voudrais pas dire qu'il y a des bonnes réponses et des mauvaises réponses. C'est simplement que sonder ses motivations, savoir pourquoi on est là. C'est déjà le début d'une réflexion sur qu'est-ce qu'on va apporter aux autres.
- Speaker #0
Et si, en croyant faire le bien, je n'avais finalement pensé qu'à moi ? Sur place, j'ai commencé à douter de mes motivations, à me demander si je n'étais pas venue pour me prouver quelque chose. Et puis il y avait ce regard que je portais sur l'autre, sur les patients, sur leurs conditions de vie, sur leurs réactions. Sans m'en rendre compte, j'étais peut-être prisonnière de stéréotypes. Et puis il y avait les photos. Celles qu'on prend sans y penser, dans la rue, des enfants, parfois même pendant les soins. On veut garder une trace, témoigner, partager. Mais à quel prix ? Je me souviens d'avoir posté quelques images et d'avoir ressenti un malaise. À mon retour, je les ai vite retirées. Parce qu'au fond, je ne leur avais pas demandé leur avis. C'est ce que décrit très bien l'anthropologue Maurizio Esposito de la Rosa. Il travaille sur Madagascar depuis presque 10 ans. Cette tendance à réduire l'autre à une image. Une image qui nous rassure.
- Speaker #4
T'as deux formes de... misérabilisme face à ces pays-là que l'Occident souvent présente, que d'un côté il y a la pauvreté extrême dans les situations de famine ou de guerre, etc., qui est affichée tout le temps aussi par les pubs humanitaires. Madagascar en fait partie, notamment avec la famine dans le sud et la sécheresse qu'il y a eu récemment. Et de l'autre côté, il y a les autorisations de « ils sont pauvres mais sont héros » , etc. Tu as les deux formes de misérabilisme qui sont présentes dans l'imaginaire même d'une personne comme toi, comme moi, quand on va dans ces pays-là. Après, la réalité est aussi entre les deux. c'est-à-dire moi quand je suis allé à Vivre en brousse, j'ai vu en effet une grosse pauvreté, mais qui contredit aussi le fait de dire que Madagascar, c'est le pays le plus pauvre au monde, parce qu'on vit avec moins de 2 dollars par jour. En fait, les gens, quand ils sont à la brousse, ils ont des lisières, ils ont souvent des élus, donc ils sont des pêcheurs, ils sont sur la côte, donc ils n'ont pas vraiment besoin d'argent. et après ils en ont besoin pour acheter des filets pour la pêche ou des outils dont ils ont besoin. Donc ils font des petits commerces aussi avec les produits qu'ils cultivent. Et c'est vrai que les gens qui vivent à la campagne, qui ont accès aux terres, aux animaux, à la pêche, etc., peuvent vivre de peu et sont bien. Par contre, c'est tous les gens qui vivent autour des grandes villes avec l'idée d'aller chercher un travail salarié, de gagner de l'argent. pas accès, disons, à des biens dans leur pays rural d'origine ou ils sont vraiment dans la misère. Dans une misère de laquelle c'est très difficile de s'en sortir parce que, voilà, sans argent, ils ne vivent pas. On le voit à Tanna, les gens dans la rue, etc., qui viennent avec l'espoir de trouver un travail, qui se retrouvent mondiaux dans les rues. La réalité est un peu entre les deux.
- Speaker #0
Deux récits qui masquent la complexité, les systèmes, les inégalités, et qui renforcent parfois le mythe du sauveur. Mais face à ces récits simplificateurs, j'ai aussi découvert une autre posture, celle d'un engagement réfléchi, structuré, encadré. J'ai compris que certains faisaient de l'aide leur métier. Pas un élan ponctuel, pas un projet de vacances, mais un véritable travail, avec ses codes, ses risques, ses exigences. Et c'est ce que m'a appris Marianne.
- Speaker #2
J'ai travaillé pour différentes organisations, j'ai travaillé pour Handicap International, j'ai travaillé pour le Comité international de la Croix-Rouge, pour une organisation britannique qui fait du déminage qui s'appelle MAG, et pour une organisation danoise de protection qui s'appelle le Conseil danois pour les réfugiés. J'ai majoritairement et principalement travaillé au Sahel, donc au Tchad, au Niger, au Nigeria, au Togo, au Bénin, au Sénégal. Et j'ai eu une expérience aussi d'un an et demi en Afghanistan. Moi, je suis spécialisée dans le domaine de l'action contre les mines et dans la réduction de la violence armée. Donc, je travaille principalement sur des projets de déminage. Donc, moi, je coordonne des projets de déminage. Donc, ça va de chercher des fonds, écrire des rapports, coordonner des activités sur les terrains, évaluer la qualité des projets sur le terrain. Et je travaille sur du déminage, de la prévention, donc l'éducation en risque de mine, pour prévenir les risques, pour prévenir les gens, comment reconnaître le danger et comment y répondre. Je travaille sur de l'assistance aux victimes, donc comment on fait quand une personne a été blessée ou a été tuée par un engin explosif et comment lui apporter tout le soutien nécessaire, que ce soit un soutien physique, médical. psychosociale, réintégration économique. Et puis je travaille aussi beaucoup avec des autorités dans les pays dans lesquels je travaille pour essayer de travailler avec eux sur la durabilité des projets, pour essayer de faire en sorte que l'action contre les mines et le déminage fassent partie des priorités nationales. On aide des autorités nationales à mettre en œuvre des projets aussi. On les appuie techniquement. On essaie de travailler avec eux pour faire en sorte que que les initiatives soient durables dans le temps.
- Speaker #0
Après avoir échangé avec Marianne, ma cousine, j'ai lu, j'ai creusé, j'ai travaillé, j'ai aiguisé mon sens critique. Je suis tombée sur des articles, des textes, des analyses. Et j'ai compris que mes doutes, sur place, n'étaient pas isolés, qu'ils étaient partagés, qu'ils étaient légitimes. Mais ça m'a coûté du temps, de l'énergie, de la charge mentale. Parce qu'accepter que ce que l'on a fait n'est peut-être pas juste, pas utile, voire contre-productif, ce n'est pas facile. Parce que certains... me verrait comme une semeuse de troubles. Mais tant pis, je préfère en parler. Et moi, je n'avais pas été formée. Je n'étais pas préparée. J'étais juste animée par l'envie d'aider. Mais est-ce que ça suffit, l'envie d'aider ? Est-ce que le désir sincère de faire du bien peut remplacer une réflexion, une formation, une vraie connaissance du terrain. J'étais partie avec l'idée que j'avais quelque chose à offrir. Mes compétences, mon temps, ma bonne volonté. Mais personne ne m'avait dit que ce serait plus complexe, que le bien, ça se fabrique, ça se construit, ça se questionne. Je ne m'étais pas interrogée sur l'impact de ma venue, ni sur la manière dont j'allais m'intégrer à une équipe. Je ne savais pas qui décider, ni pour qui on était là. Et cette ignorance, je la découvre après coup. C'est dur à avaler, parce que j'aurais dû m'en douter, parce que j'aurais pu m'informer, parce que j'aurais voulu faire mieux. C'est là que Chloé Sanguinetti m'a parlé d'une boîte à outils. Un ensemble de questions à se poser avant de partir. Moi, je ne l'avais pas. Et pourtant, ça aurait pu tout changer.
- Speaker #3
Ces outils-là, c'est plutôt des questions à se poser à soi-même qui potentiellement t'empêcheront d'avoir un impact négatif. Donc, se demander pourquoi tu pars, effectivement, quelles sont tes compétences, combien de temps j'ai sur place, est-ce que je connais le pays, est-ce que je connais la situation politique du pays, est-ce que je suis préparée à mon départ, est-ce que je suis prise en charge à mon retour et avec quel organisme je pars. En fait, c'est possible aussi de faire des recherches, de demander à d'autres volontaires qui sont déjà partis avec cet organisme ce qu'eux en ont pensé. Mais ce n'est pas une recette magique pour éviter de tomber dans des travers, c'est sûr.
- Speaker #0
Et c'est justement cette absence de préparation, cette illusion d'aller faire le bien sans s'interroger, qui fait écho à une autre parole, celle de Flora Bastiani. Elle m'a dit quelque chose de simple, mais de radical. Si le but, c'est moi-même, alors ça ne peut pas être éthique. La quête personnelle, l'amélioration de soi, Ce n'est pas un mal en soi. Mais si c'est la seule boussole, alors ce n'est plus du soin. Car le soin, c'est une rencontre, un lien, une responsabilité partagée.
- Speaker #1
Le problème de la quête personnelle, c'est que justement, il n'y a pas de visée éthique. C'est-à-dire que c'est très très bien de vouloir vivre autre chose. Ça s'entend, il y a des moments de la vie, oui. où le quotidien ne correspond plus, on a besoin de prendre du recul, on peut avoir le sentiment qu'en vivant autre chose, en revenant, on va pouvoir repenser ses pratiques, par exemple, quelque chose comme ça. Mais en fait, la quête pour soi, c'est à son propre service, c'est-à-dire qu'en vue de moi, je mets des moyens en œuvre. Ça n'est pas incompatible avec l'éthique, ce n'est pas ce que je veux dire, mais ça ne peut pas constituer une forme d'éthique. parce qu'en fait, là où c'est moi le but, là où c'est moi la finalité de mon action, m'améliorer moi-même, me donner du temps pour penser, appréhender les choses différemment, là où c'est moi qui suis mon but, ça n'ouvre pas à un cheminement éthique parce que l'éthique, elle naît de la rencontre.
- Speaker #0
Tu lui diras si elle a mal, elle me le dit, elle lève la main, elle me le dit. Ce que dit Flora. m'a profondément remuée. Parce qu'au fond, si je suis honnête, j'étais aussi partie pour moi, pour vivre quelque chose de fort, pour retrouver du sens, pour me sentir utile. Mais si, comme elle le dit, le soin est de la rencontre, alors pourquoi ne m'étais-je pas sentie en lien ? Pourquoi ce malaise, ce décalage ? Chloé, elle, elle a ressenti la même dissonance. Mais des années plus tard, en regardant en arrière, en menant ses propres recherches. Et ce qu'elle a découvert, c'est une forme de honte.
- Speaker #3
Ça, c'est aussi très problématique. C'est pour ça qu'il y a une certaine honte, en fait. Je me suis sentie tellement bête de m'être dit que j'étais meilleure que ces personnes-là, en fait. C'était vraiment ça, tu vois, de me dire, mais il y a des profs vietnamiens sur place, mais je me prends pour qui, en fait ? Un peu, c'était ça. Et donc, c'est difficile, je pense qu'elle vient de là, la honte, un peu, parce que quand tu te rends compte du problème, déjà, le problème, c'est assez facile à comprendre, quand on te le met en face, et après, tu te dis, ok, j'aurais pu éviter ça depuis longtemps, en fait. Il faut faire une vraie introspection sur soi-même. Il faut déconstruire des idées préconçues qu'on peut avoir en se posant des questions sur soi-même, c'est-à-dire est-ce que je vais vraiment aider sur place ? Est-ce que mon impact va être durable ? Est-ce que j'ai des compétences qui répondent à un besoin ? Est-ce que je réponds à un vrai besoin local ? Et surtout, il y a plein d'autres questions à se poser aussi. Pourquoi je pars ? C'est quoi vraiment qui m'intéresse là-dedans ? Est-ce que j'y vais ? Forcément, personne ne va jamais dire j'y vais pour me faire mousser et mettre des photos sur Instagram. Mais si on déconstruit vraiment, ça peut en faire partie et ça peut aussi poser problème.
- Speaker #0
Moi aussi, j'ai eu honte. Mais aujourd'hui, je veux comprendre et raconter. Je suis partie avec l'envie de bien faire. Je suis revenue avec une foule de questions et le désir de les poser à voix haute. Dans l'épisode suivant... je raconterai ce qui s'est passé sur le terrain, les soins, les conditions, les premiers doutes. Si vous aimez cet épisode, n'oubliez pas de laisser des étoiles, un commentaire et de le partager. Vous pouvez aussi participer à la Cagnotte Tipeee pour soutenir mon travail et que ce podcast reste libre et indépendant. Merci à Pauline Bussy pour le montage et à Maxime Moitieu pour la musique originale.