- Pierre
Bonjour et bienvenue sur Entretien Pharmaceutique, le podcast qui parle des pharmaciens d'aujourd'hui et de demain. Une pharmacie est-elle avant tout un commerce ou un lieu de soins ? C'est la question qui est au cœur de mon échange ce jour avec le Dr Alexis Laffitte. Pharmacien d'Officine et membre du réseau Origine, Alexis défend une vision assumée, celle d'une pharmacie davantage tournée vers la clinique, le conseil, le service de et l'accompagnement des patients. Au cours de cet entretien, nous avons parlé du modèle économique des officines, de la rémunération des actes cliniques, de la place du pharmacien dans le parcours de soins et plus largement de ce que pourrait être la pharmacie de demain. Que l'on partage ou non sa vision, une chose est sûre, les questions qu'il soulève concernent toute la profession. Bonne écoute à vous. Docteur Alexis Laffitte, bonjour. Bonjour. Merci pour ton temps et bienvenue sur la chaîne.
- Alexis
Merci à toi déjà de m'inviter, c'est déjà super sympa de ta part.
- Pierre
Merci, merci.
- Alexis
Alors,
- Pierre
je t'ai remarqué sur les réseaux sociaux, notamment LinkedIn, et ce qui est intéressant avec toi, c'est que tu portes une voix, une opinion très poussée sur la vision de la pharmacie. Toi, tu as, on va dire, un aspect clinique de la pharmacie d'officine. Oui,
- Alexis
très intéressant.
- Pierre
Et je trouvais ça intéressant, parce que moi, auparavant, j'ai interviewé d'autres personnes. notamment André Borg qui lui déformait une vision plus commerciale du métier. J'avais aussi interviewé Danny Ross qui lui est en Angleterre, qui avait aussi une vision clinique. Du coup, je me suis dit qu'avec toi, on aurait la vision pharmacie d'officine version clinique en France. Alors pour te présenter, tu es pharmacien d'officine.
- Alexis
Totalement.
- Pierre
Tu as fait tes études à Poitiers. Tu es détenteur d'un DU d'orthopédie. membre aussi d'origine le réseau, on en parlera tout à l'heure et tu exerces la pharmacie d'officine avec ta vision bien précise et justement c'est pour ça que ça m'intéresse et je pense que ça va intéresser aussi les auditrices et les auditeurs de voir ton point de vue je
- Alexis
ne sais pas si j'ai oublié quelque chose ah non, t'as rien oublié c'est très bien, après moi qu'est-ce que je pourrais dire pour moi c'est que oui je suis porteur d'idées Merci. Après, chacun doit faire son petit chemin pour lui. Et après, c'est selon le titulaire qui aura la pharmacie, ce sera son idée qu'il doit pourvoir, qu'elle soit commerciale ou non. Moi, je suis juste là pour donner deux, trois idées.
- Pierre
Tout à fait. Eh bien, écoute, je te propose de commencer avec la première question. On a déjà commencé à donner des éléments de réponse. Mais alors, quand tu vois la pharmacie d'officine d'aujourd'hui, est-ce que tu vois d'abord un commerce ou un lieu de soins ?
- Alexis
En vrai... Des fois, je suis dubitatif envers soit un commerce, soit un lieu de soins. C'est comme si deux mondes se confrontaient d'un côté, les petites pharmacies qui, elles, pour survivre, on va essayer de faire un peu plus de commercial, mais il y avait quand même une envie de faire de la clinique, de faire du bon soin avec moins. Et à l'inverse, on voit des techniques de supermarché, entre guillemets, avec des promotions à gogo. des pratiques vraiment qui sont propres à la grande distribution dans certaines pharmacies que moi, entre guillemets, je ne comprends pas. Je comprends, entre guillemets, le fait qu'il faut faire du soin, mais je ne comprends pas le fait d'utiliser des techniques de supermarché pour arriver à avoir un flux constant comme ça.
- Pierre
D'accord. Justement, pour ma question de la suite, est-ce que tu penses que le modèle économique actuel des pharmacies d'officine poussent un peu les pharmaciens à s'éloigner de leur rôle clinique ?
- Alexis
Si on regarde de façon factuelle la pharmacie d'aujourd'hui, j'ai l'impression que oui. C'est que certaines pharmacies, certaines grosses pharmacies vont dire non, on n'est pas les plus cliniques parce que nous, on peut déléguer nos ventes à des vendeurs en pharmacie ou à des préparatrices en pharmacie ou des préparateurs pour que le pharmacien ait sa... ça... Il y a son rôle de clinicien totalement. Mais maintenant, j'ai plus l'impression qu'on met plus d'énergie à créer un conseil qui n'est pas en rapport avec un besoin réel. Ça va être plus le besoin économique de la pharmacie plutôt que le besoin du patient. Je peux donner un exemple tout simple. Un rhume passe tout seul en 7 jours. Ce que dit la science, c'est qu'on peut donner du sérum-vie, des pipettes, on se fait des lavages de nez et en 7 jours, c'est passé. Et si on regarde certaines pharmacies, non, il faut donner les capsules de vie essentielles, tout l'arsenal thérapeutique qui va de... Je ne suis pas contre donner un ou deux produits. C'est juste que si on écoute certains pharmaciens, il faudrait faire tout le temps une augmentation du panier moyen. Et je sais qu'il y a dans certaines pharmacies, il y a certains pharmaciens titulaires qui regardent le panier moyen. de chaque personne. Et ça, pour moi, c'est... On n'est plus du tout dans un respect du soin, mais là, on essaie juste de « rembourser » les investissements du titulaire en question. Donc là, on n'est plus dans le soin, on est juste dans une gestion économique.
- Pierre
Justement, c'est la bonne transition pour la prochaine question. La question provoque. Est-ce qu'il y a un pharmacien qui cherche à faire du chiffre et nécessairement un mauvais pharmacien ?
- Alexis
Au revoir. J'ai envie de te dire oui et en même temps non. C'est un peu comme la phrase des inconnus, c'est y a-t-il une différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Est-ce qu'il y a un bon et un mauvais pharmacien ? En fait, j'ai envie de dire non, parce que la pharmacie d'Officine s'est construite comme ça depuis 70 ans et c'est un commerce. Il y a beaucoup des détracteurs du groupement origine qui vont nous dire oui, mais vous ne comprenez pas, la pharmacie, elle est là. inscrite au registre du commerce. Donc, maintenant, c'est normal que la pharmacie fasse du commerce. Oui et non. Je comprends bien que pour un chef d'entreprise pharmacien, on doit nous payer, on doit se payer nous-mêmes, payer nos employés, les impôts, les charges, il faut la faire tourner. Donc, ils font un chiffre. Il n'y a aucun problème à ça. Mais en fait, c'est comment, le modèle économique, c'est de faire comment faire en sorte que ça soit éthique sans avoir besoin d'être un vendeur de tapis. Désolé de le dire comme ça, mais comment faire un bon usage de cet exercice pour faire du soin et non du clientélisme. Après, pour moi, le centre de la chose, c'est quelles sont les techniques qui sont utilisées. Et si, moi, je préfère faire... un bilan de médication partagé, un BPM à 60 euros une fois, je préfère faire ça une fois que faire plein de petites ventes additionnelles de 2-3 euros de marge pour arriver après à 60 euros directement.
- Pierre
À matcher ton bilan.
- Alexis
Exactement, c'est ça. Et après, c'est ce que moi je vois avec la population, c'est qu'à force d'avoir des techniques, entre guillemets, un peu comme ça commercial, on en vient à faire croire à la population qu'on est des épiciers.
- Pierre
Oui, oui.
- Alexis
Et donc du coup, et après, c'est que même nous, en tant que, entre guillemets, en tant que pharmacien entrepreneurial, on va dire ça comme ça, les labos nous disent, on peut avoir des challenges, on peut avoir un euro par boîte, des choses comme ça. Et ça, quand dire comment on peut avoir une indépendance vis-à-vis d'un laboratoire ou... une indépendance intellectuelle pour tel ou tel produit si on a toujours le prisme de si je vends tel labo ou telle boîte, je vais avoir 1 ou 2 euros par boîte. C'est les techniques qui me dérangent le plus au point. C'est tout ça.
- Pierre
Oui, ce n'est pas tant le fait qu'il faille, effectivement, comme tu dis, faire tourner la boutique, sur un plan financier, mais c'est la façon de le faire.
- Alexis
Parce que... Si on prend des modèles origines qui ont marché, c'est Jérémy Assaïa, Goulard-Barral-Bohénec, pas de promotion, pas de vente obligée, on est juste vraiment sur le soin. Ils ont des chiffres d'affaires et des EBE qui sont au-dessus de la moyenne nationale. Donc du coup, on se dit qu'avec moins, on peut faire mieux. Et c'est ça, entre guillemets, qui est encourageant.
- Pierre
Très bien. Écoute, tu viens de répondre à la prochaine question. qui était ce qu'on peut faire de la pharmacie clinique sans fragiliser économiquement le modèle.
- Alexis
Après, moi, je pourrais t'apporter d'autres choses. Moi, j'ai envie de dire oui totalement. C'est qu'en fait, la pharmacie clinique n'est pas juste guindée à une pratique hospitalière. En fait, je pense que c'est surtout le temps qu'on y consacre réellement qui est chronologique. C'est le fait de la mettre en place. Si elle est mise en place et qu'elle est efficace, on n'a pas besoin de passer 20, 30, 40 minutes au comptoir avec quelqu'un. Si on a des processus qui sont optimisés, avec ou sans IA, on peut le faire. C'est surtout une volonté des titulaires. C'est que quand il y a certains titulaires qui nous disent que c'est entre 6 à 8 minutes maximum par patient, sinon je perds de l'argent. je préfère prendre 3-5 minutes de plus pour écouter, mieux analyser. Le patient sera beaucoup plus reconnaissant. Parce que si un patient se sent écouté, compris et accompagné, Un, c'est le plus important et lui, c'est ce qu'il va retenir. La personne, si je lui donne ses boîtes en trois minutes top chrono et qu'après, il va lui dire, c'est un épicier, il ne m'a rien dit. Moi, si je prends un peu plus de temps, j'essaie de voir ce qui ne va pas, comment optimiser ci ou ça, ça peut prendre deux, trois minutes de plus. Nous, on va faire de la pharmacie clinique et après, on pourra soit réorienter sur un bilan de médication, soit sur un entretien, soit sur un… Maintenant, il y a les bilans de prévention qui sont activés et qui, maintenant, on peut tous faire.
- Pierre
Oui, puis accessoirement, c'est aussi un patient qui est susceptible de revenir par la suite.
- Alexis
Exactement. En fait, j'ai envie de dire comment valoriser la pharmacie clinique. En France, c'est surtout comment choisir sa patientèle. Et je dis vraiment patientèle. Je ne parle pas des clients. Je pense que... L'avantage de l'ancien système, c'est qu'il prévaut qu'il faut beaucoup de flux. Et donc, des flux, on va les avoir via des pubs. Des pubs, maintenant, en plus, avec les tendances TikTok ou des choses comme ça, dans les pharmacies type commercial, on va avoir des affiches vues sur TikTok ou vues sur les réseaux sociaux. Et donc, ça, ça va engendrer, entre guillemets, de la petite marge. Mais c'est des ventes qui vont être sporadiques, très restreintes et qui ne vont pas amener beaucoup. beaucoup de marge, alors qu'une personne âgée qui est là, entre guillemets, jusqu'à preuve du contraire, son insuffisance cardiaque, son diabète, elle ne va pas le perdre dans trois mois.
- Pierre
Donc,
- Alexis
entre guillemets, ça c'est a priori. Après, avec des mesures higiénodysétiques, on peut réduire les médicaments, mais cependant, entre guillemets, c'est pas du tout la même... C'est pas la même typologie de personnes qu'on attend. C'est surtout ça.
- Pierre
Oui, tout à fait. Très bien. Comme mentionné en introduction, tu es membre du réseau Origine.
- Alexis
Oui,
- Pierre
tout à fait. Je te propose de présenter un peu ce qu'est le réseau Origine. Quelle est la philosophie derrière ce réseau ?
- Alexis
Alors, du coup, je vais essayer de parler avec ce que moi je connais d'Origine et ce que moi j'interprète d'Origine. Je vais y arriver. Alors pour moi, Origine, c'est comme dit... Jérémy Assayag, c'est un courant de pensée, une philosophie pour les pharmaciens qui veulent faire moins commercial et avoir une démarche beaucoup plus éthique de leur travail. Après, si j'ai bien compris toute l'histoire, c'est Jean-Patrice Folcourt en 2011, un vieux pharmacien. S'il m'écoute, je l'aime toujours, même si c'est un vieux. Il va peut-être me dire que je suis un petit con, mais bon, ce n'est pas grave. Donc il a fait... Il a fait une thèse de façon très mercantile. Il a essayé de savoir comment au mieux rémunérer le pharmacien. Il ne s'est pas dit, moi, je vais essayer de mettre mes idées dans ma thèse. Non, il a regardé le contexte économique. Il a regardé comment se faire le plus d'argent en étant pharmacien. Et en fait, il s'est rendu compte que c'était le médicament. Et en plus, d'autant plus dans sa démarche, c'est qu'il a vu que tout ce qui était les à côté, la parapharmacie, et c'est ça qui avait tendance à faire baisser la marge du pharmacien. Donc après, il a influencé Barbara Le Boenek, qui plus tard a créé Origine avec Jérémy, et Jérémy est un disciple de Barbara. Comme eux se disaient eux-mêmes, ils pensaient qu'Origine, ça serait un petit peu à Lyon, entre deux Zulu-Berlus, entre guillemets. qui ont une pratique différente. Et en fait, à force de discuter, entre guillemets, avec plein de gens, et même moi, pendant un temps, j'étais sur des groupes Facebook pour une reconversion. En fait, on n'est pas si seul quand on dit que sur les groupes de reconversion de pharmaciens d'officine, il y a 5000 personnes. Je ne pense pas qu'il n'y ait totalement que des pharmaciens, mais le nombre de pharmaciens en France inscrit à l'ordre. on peut pas tous les prendre parce que tous les pharmacies ne sont pas inscrits à l'ordre mais cependant quand on dit 5 000 ça commence à faire c'est pas négligeable donc du coup là on sent qu'il y a une vraie crise et pas juste parce qu'il y a 300 pharmacies qui ferment par an en fait je pense que c'est ce que me disait la première fois que j'ai vraiment parlé avec Jérémy c'est on s'est rendu compte que qu'on n'a pas fait six ans d'études minimum pour être des vendeurs de labos On n'a pas fait six ans pour juste donner notre boîte. On a vraiment une vocation à être des professionnels de santé avant tout. Sur plein de petits aspects un peu, on pourrait penser comme anecdotiques, mais genre un refus de dispensation. Si on le fait vraiment, on y va jusqu'au bout. Ce n'est pas le patient qui va dire, si vous ne me le donnez pas, j'irai à côté. C'est ça en fait qui nous dérange, c'est qu'en fait, il y a un clientélisme du soin. C'est ça un peu qui... En fait, si elle a envie d'aller à côté, ok, mais c'est le mec d'à côté qui prendra la responsabilité. Et la responsabilité, là, pour nous, en tant que pharmacien, c'est quelque chose qui est très important. On ne va pas mettre en danger quelqu'un parce qu'on a envie d'avoir 3 euros de plus de marge.
- Pierre
Donc, le réseau Origine, on l'associe au concept de Slow Pharmacy, donc effectivement... Une pratique centrée sur le patient, un peu moins sur l'aspect commercial, mais du coup, comment ça se présente en pratique ?
- Alexis
Alors, je ne pense pas qu'il y ait une seule façon de faire. Comme je l'ai dit encore, comme origine, c'est une philosophie. En fait, c'est un peu écrit dans le titre « slow pharmacy » . C'est le but de réduire quelque chose. On va essayer de réduire la pharmacie. Donc du coup, le dogme d'origine, c'est de réduire les flux. On est là, comme j'ai dit juste avant, on est des professionnels de santé, on n'est pas des vendeurs. On n'est pas des vendeurs de la peau, on n'est pas des vendeurs d'allégations de santé. Donc là, si je dis ça, je vais me prendre toutes les foudres de tous les pharmaciens commerciaux, parce que ça va être contre-intuitif. Je vais leur dire, on va essayer de réduire les flux, réduire les flux placients, tout réduire. Et là, je vais me prendre toutes les foudres, ça je suis sûr. Mais quand je dis réduire les flux, c'est surtout les flux de patients. on va laisser place aux patients et pas aux clients. Ce que nous dit Jean-Baptiste dans sa thèse, c'est que 20% des ordonnances patients amènent plus de 80% de la marge de toute la pharmacie. Donc on va essayer de mettre tout l'accent sur ces patients-là. Après, dans l'exercice des gens de chez Origine, c'est minimum, on est aux alentours de 60, 65, 75 voire. plus de pourcentage d'ordonnances. Et après, c'est les à côté. Alors que quand on regarde Lafayette, Pharmabest, eux, ils sont à l'inverse. Eux, ils sont à 40% d'ordonnances pour 60% de paras. Donc du coup, si on parle de réduire les flux, c'est aussi on réduit les flux de commerciaux. Parce qu'en fait, c'est toute une organisation. On va essayer de faire tout passer par le groupement ou le grossiste pour faire des grosses commandes. sur 6 mois, voire un an. Donc du coup, comme on va avoir des grosses commandes, on va avoir des meilleurs prix, mais ce qui est bien, c'est que ces prix, on va pouvoir le répercuter sur le patient, mais en plus, il y aura beaucoup moins de logistique. Si on a un robot, on peut faire part automate, et après, il y a un truc qui est important chez Origine, c'est la première chose qu'on veut dans les pharmacies Origine, Ce que j'ai compris et ce qu'eux ont, entre la porte d'entrée et le pharmacien, il ne doit rien avoir. C'est une porte, une salle d'attente, le pharmacien. Point. Pas de matelinéaire.
- Pierre
Pas de rayon, pas de vitrine.
- Alexis
Et donc, c'est là ce qui est bien. Pas besoin d'avoir de personnel pour faire du fasting. Pas besoin d'avoir... 3000 rayonnistes, pas besoin d'avoir de préparatrice pour faire des étiquettes, parce que tout est en back-office. Donc du coup, on fait des économies sur la logistique, le personnel. En plus, en France, je pense qu'un des coûts les plus lourds, c'est le personnel. Donc du coup, si avec deux fois moins de personnes, on arrive à faire un même chiffre qu'une pharmacie normale, c'est d'autant mieux. C'est-à-dire qu'on aura une meilleure marge. mais donc du coup C'est ce que nous reprochent les pharmacies un peu. Non, c'est surtout ce que nous, on remarque. Il y a une vraie dissonance entre ce que la pharmacie d'aujourd'hui a mis dans la tête des patients, comme quoi une pharmacie, ça devait être de la para, un petit peu de médicaments, parce que quand même, on est une pharmacie. Mais sinon, le maximum, c'est de la para-pharmacie, du conseil, du soin de confort. Et c'est compliqué. d'arriver dans cette arène avec des pharmaciens qui ont tellement été... embrigadé, ça fait un peu complotiste ce qu'il dit comme ça, mais non, c'est qu'on a été éduqué, même moi, tout le monde a été éduqué comme ça, de vouloir une pharmacie avec des médicaments, certes, mais ce que je vois toujours sur LinkedIn, c'est les gens qui s'autoproclament comme acheteurs pour les pharmacies, en disant que leur mode de fonctionnement sur les... les achats de pharmacie sont les meilleurs et donc du coup avoir les meilleurs prix pour les pharmacies. En gros, tu as des acheteurs en pharmacie qui vont te vendre des produits miracles et qui vont te dire que le sujet porteur en France en 2026, ce n'est pas le médicament, ça ne sert à rien. Le médicament, il faut oublier. Mais la crème miracle et la parapharmacie, ça, ça va marcher. Alors... Moi, ce qui me fume, c'est que je regarde la pyramide des âges et je me dis « Waouh, la population est vieillissante. » Là, ça pourrait être jackpot pour toutes les personnes qui veulent faire de la slow pharmacie parce qu'il y aura de plus en plus de personnes âgées. Il y aura de plus en plus de personnes âgées. Il y aura de personnes qui vont vouloir aller en pharmacie parce que ce sera beaucoup trop cher. Les jeunes, ils ne vont pas aller en pharmacie pour... ils vont aller prendre le conseil à la pharmacie ou ils vont regarder sur les réseaux sociaux ou ils vont écouter leur influenceur préféré.
- Pierre
Ou le chat GPT.
- Alexis
Ou le chat GPT, exactement. Alors ça, je ne peux même pas dire mieux. Après, ils vont venir prendre ton conseil et après, ils vont l'acheter où ? Sur Internet.
- Pierre
Oui, c'est clair.
- Alexis
Quand on dit la force d'origine, ce que moi, je voudrais dire aux personnes qui sont dubitatives de ce type d'exercice, ça va être plutôt de me dire bas tout ce qui va être stable, les médicaments, le monopole, normalement, il va toujours rester.
- Pierre
Oui, on va partir du postulat qui va rester.
- Alexis
Oui, qui va rester. S'il reste, alors que la parapharmacie, les trains TikTok ou les promotions sur Amazon seront toujours là aussi, et donc du coup, eux vont nous prendre cette part de marché et les volumes, nous, on ne pourra jamais accuser les volumes qu'a Amazon, Leclerc. donc nous on ne pourra jamais vraiment faire face à leur prix donc autant ne pas s'embêter dans nos têtes et dans notre trésorerie avec des choses qui nous servent qui a du confort à part, je suis pour avoir de la gamme dermatome et pas de la paraplaisir je fais une très très grosse différence entre les laboratoires dermatologiques qui sont là qui a vocation à traiter certaines pathologies Cependant, d'autres, à part de l'esthétisme ou juste pour avoir un parfum, personnellement, je les redirige. Je préfère ne pas... Quand je dis que je n'ai pas les compétences, je pourrais juste leur dire que tous leurs produits ont plein d'allergènes. Donc, voilà.
- Pierre
Oui, et puis après, c'est ce que tu disais aussi, il me semble, dans un de tes posts, c'est que si toi, tu as le sentiment que tu auras un produit qui peut apporter un bénéfice, ben voilà. tu le prends, tu n'es pas contre c'est ça,
- Alexis
et après c'est surtout que il y a juste une dérive que j'aimerais bien mettre en ligne il y a plein de sans doute beaucoup de pharmaciens j'en ai entendu de 3 ou 4 titulaires qui disent, oh je m'en fiche je vais lui vendre ça, au pire ça fait pas de mal au pire ça fait pas de mal je me dis, ouais Mais c'est quoi la relation de confiance que tu auras avec ton patient ? Le patient, lui, ne va pas s'en rendre compte intérieurement. Toi, tu sais que tu l'as berné. Après, il y a des gens, il y a des extrémistes qui vont dire « Oui, je préfère donner du GFZ, même qu'un CH, au lieu qu'un Alprazolam. » Entre l'homéopathie et un anxiolytique ultra-puissant avec une tolérance monstrueuse, oui, ça, on n'est pas nés de la dernière pluie. Cependant... des choses à base de plantes ou la nouvelle trend des compléments alimentaires à base de précurseurs. Quand on nous dit que le GABA, que certains produits à base de GABA pourraient fonctionner, le GABA ne passe pas la barrière hémato-encéphalique de 1, de 2. Il reste au niveau intestinal et après, le labo nous dit non mais vous comprenez, c'est les bactéries qui l'utilisent.
- Pierre
Ils font le boulot.
- Alexis
Ou encore mieux, je vais terrer le nom de ce laboratoire parce que là, je pense que je pourrais... Pendant un temps, pour moi, j'avais un truc magique. C'était les ovules avec des probiotiques dedans. Une personne, quand il y a une femme après une cystite, voulant remettre un petit peu de flore au niveau de sa flore vaginale, j'ai dit pourquoi pas ? En plus, la voie locale est très bien. Cependant, quand j'ai un stage de 6, il y a 4 ans, bref, ils ont été enlevés du marché. Pour ce laboratoire, nous a mis un complément alimentaire, des probiotiques pour la flore vaginale, par voie orale. Je me suis dit, mais alors ? Du coup, on donne des bactéries qui vont aller dans l'intestin. Et qui, après, quand elles sont dans l'intestin, qu'est-ce qu'elles font ? J'ai eu la réponse la plus lunaire du monde. La réponse la plus lunaire de la représentante. La représentante était très gentille, sinon, avec ça. C'était, elle passe dans le sang, alors ?
- Pierre
Oui, peu de formation à faire.
- Alexis
Alors, une artère fenestrée. Les artères... Alors, elles sont quand même très petites. Un lactobacille, c'est quand même assez gros. Donc, si une bactérie passe dans le sang, alors, si moi, je fais passer ça dans le sang, je pourrais mettre un A380, si vous voulez. Je vais faire passer un A380 dans un tuyau de jardinerie. Donc, du coup, je dis OK, quand même. Un autre représentant de ce même labo passe et je lui redemande la même question. Je fais, mais comment ça se fait, du coup ? Il me fait... Non, mais vous comprenez, quand vous prenez par vos orales ce complément alimentaire, les bactéries vont arriver au niveau du tube digestif, ils vont aller au niveau du rectum, vont descendre et vont eux-mêmes remonter jusqu'au vagin. Et alors là, je me suis dit, c'est encore l'une. La bactérie, elle a quand même un GPS qui va faire entre... Elle est forte. Elle est très, très forte. Et après, comme il m'a vu ma tête, il m'a dit, oui, mais vous comprenez, quand la femme... C'est notre un peu le truc. Quand la femme s'essuie, elle fait de haut vers le bas. Je dis, non, c'est l'inverse. Et donc là, comme il a vu que je n'étais pas né de la dernière pluie, bref, du coup, j'ai fait comprendre que, j'allais pas dire à une dame qui venait d'avoir une cystite de s'essuyer du haut vers le bas. Ça veut dire que je ramène toutes les bactéries qui lui ont causé cette cystite juste avant. Bref. C'était très marrant quand même à écouter. C'est ça qui m'a un peu embêté, c'est que le fait de se dire de base, ça ne fait pas de mal, ça permet à certains de se dédouaner de certaines pratiques qui sont juste là pour remplir le portefeuille du titulaire que plutôt d'avoir une réelle efficacité sur la patientèle. Pardon pour cette digression. Non,
- Pierre
non, mais... Le but, c'est d'avoir un point de vue différent. Et puis après, chacun fera son jugement. Mais non.
- Alexis
Exactement.
- Pierre
Ça fait des bonnes histoires, des bonnes anecdotes.
- Alexis
Exactement. Ah ben là, j'en ai plein, si tu veux.
- Pierre
Non, je pense que... En off, si tu veux. Si tu veux. Alors, pour ma prochaine question, c'est vrai qu'on parle souvent des modèles de pharmacie d'officine en dehors de la France. Donc, notamment... Les historiques que sont les modèles anglais et canada. Est-ce que selon toi, la France devrait s'inspirer de ces modèles ? Et si oui, qu'est-ce qu'il y aurait à prendre ?
- Alexis
Pour moi, à mon propre avis, totalement. Il n'y a pas photo en fait. Après, il y a des gens qui vont nous dire « Non, mais le modèle des pharmacies commerciales, c'est le plus en rapport avec le modèle canadien. » Parce que les pharmaciens font vraiment de la santé. On n'est pas du tout sur la même chose. Pour le côté clinique, on n'est pas du tout sur la même longueur d'onde. Au Canada ou même en Angleterre, les pharmaciens peuvent prescrire des médicaments. Ils peuvent prescrire des médicaments sur des pathologies bénignes. Nous, on a la dispensation sous protocole qui est extrêmement minime. ils peuvent moduler les traitements. Et nous, en France, on reste vraiment comme des exécutants d'ordonnances. Même, j'ai un autre exemple, ils peuvent même prescrire des bilans biologiques. Prescrire des bilans biologiques. Mais en France, on dit, on ose dire ça, mais on est primé pour des farfelus. Et tu m'as dit que tu avais vu Dany. Dany, il me dit...
- Pierre
Moi, je prescris à des clients, je suis senior en pneu mot, je fais des consultations, de la conciliation, je prescris comme un médecin en France. Donc là, je me dis, mais attends, on est où en fait ?
- Alexis
Il fait de l'imagerie aussi.
- Pierre
Comment ?
- Alexis
Il fait de l'imagerie.
- Pierre
Comment spam ? C'est comme ça là. Mais après... Je ne vais pas cracher dans la soupe. Ce qui est vrai, c'est qu'en 15-20 ans, le boulot de pharmacien de phycine a bien changé quand même.
- Alexis
Oui, ça va dans la bonne direction.
- Pierre
Ça va dans la bonne direction.
- Alexis
Ça va dans une direction.
- Pierre
Exactement. Ce n'est pas si c'est la bonne, parce qu'en fait, on est vraiment à un tournant de notre histoire. C'est soit on part dans un côté clinique, soit on part dans un côté commercial. Les uns feront un choix, l'autre après. C'est qu'on a eu les trolls, la vaccination. On va se faire rembourser de nos bobos.
- Alexis
Osis,
- Pierre
ouais. Ouais, Osis, ça c'est bien. C'est très bien. Mais après, à chaque fois en France, le plus compliqué pour moi, je trouve, c'est les égaux. Que ce soit des médecins, des infirmiers, même de moi. Ça, on ne peut pas... Les médecins sont quand même assez silencieux. Enfin, les ordres sont silencieux. Les syndicats, beaucoup moins. Les syndicats de médecins sont quand même assez... J'ai pas envie de faire de politiciens sur les syndicats. Parce que là, ils sont bien capables de me faire taire. Mais bon, ça, c'est encore du complotisme. Et ça, il ne faut pas que j'y aille trop dedans. Mais bref. Donc du coup, non, c'est les égaux. C'est toujours la même histoire. C'est de l'argent. Si tout le monde était très bien payé, que ce soit un pharmacien, un médecin ou une infirmière, tout le monde... ou même une sage-femme, si tout le monde était bien rémunéré, personne ne se mettrait des bâtons dans les roues. C'est que c'est juste, on est juste mal payé à la sécu. Et après, je peux dire qu'en fait, les modèles, le modèle que moi j'espérais en France, ça serait un peu le modèle du dispensaire. C'est un peu, si tu vois un peu comment marchent les cabinets médicaux de station, C'est un cabinet médical avec des médecins, des infirmiers, des manips radio avec une radio. Les médecins font des échos. Si on arrive à mettre un cabinet de biologie médicale juste à côté pour faire les dosages, la pharmacie à côté, tout le monde bosse ensemble. On fait des mini-hôpitaux de campagne, un peu comme dirait Arthur Pierrot avec des centres de référence de soins primaires. Et comme ça, le pharmacien redeviendrait vraiment clinique. On laisserait la parapharmacie et tous les trucs de confort à des gens qui peut-être savent de ce qu'ils font. Peut-être, je ne dis pas qu'ils savent, mais au moins le pharmacien reprendrait son travail proactif sur l'ordonnance en elle-même. On pourrait faire des actions de pharmacie clinique. Moi, j'ai fait une thèse sur la déprescription. pour essayer de voir comment on pouvait faire mieux avec moins. Parce qu'en fait, les études « pleuvent » sur le fait qu'on a beaucoup consommé, qu'on surconsomme des médicaments, que ce soit en France ou dans le monde entier. Et en fait, on se rend compte qu'il y a des effets secondaires. Les IPP en premier, là, il y a des dernières études, déjà 20 ans, qu'on disait que toutes les benzos, il fallait les limiter. Maintenant, on est en train de voir que... La lévothyroxine chez les patients âgés, ce n'est pas vraiment la meilleure chose. Du coup, les pratiques avancent. C'est juste qu'il y a des gens qui sont bien dans leur siège, dans leur modèle, qui les ont fait fructifier. Du coup, quand on leur montre un modèle qui marche ou qui pourrait marcher à un demi-pied à côté, ça a tendance à faire un peu mal.
- Alexis
Oui, bien sûr. c'est un changement de modèle avec tout ce que ça implique tout à fait pour la prochaine question tu parlais de quelque chose d'intéressant c'était la perception qu'ont les patients des pharmacies et des pharmaciens et est-ce que les mentalités en France sont prêtes à accepter un pharmacien qui ferait plus de cliniques j'ai l'impression que des fois c'est un peu guindé au pharmacie
- Pierre
avec des gros chiffres d'affaires, des gros EBE, parce qu'en fait, ils ont le « luxe » de pouvoir se payer à un pharmacien, payer à faire que du BPM ou que des entretiens. C'est surtout ça. Et c'est pour ça que j'ai plutôt un avis d'une rémunération à l'acte. L'acte, il faudrait une grosse réévaluation de l'acte et une grosse revalorisation financière de l'acte pour que les petites pharmacies, au lieu d'être dictées par les labos et les ventes de parapharmacies, soient dictées par les actes cliniques qu'ils font. On avait des idées de comment faire en sorte que le pharmacien soit... rémunéré à faire une déprescription, par exemple. Il faut enlever une ou deux molécules, comment on pourrait le rémunérer ? Après, je pense que c'est surtout une affaire de génération.
- Alexis
Oui,
- Pierre
c'est vrai. Les années face de la pharmacie, entre les années 70 et 97, jusqu'à la MDL, c'était bien. Ils n'avaient pas la marge dégressive d'ici. Les prix n'étaient pas chers. Ils pouvaient faire le truc qu'ils voulaient. C'était autre chose. Alors que nous, on se fait reprendre par la sécu. On se prend des induits de sécu parce qu'on n'a pas fait un tiers payant sur générique. Voilà, ils se faisaient de l'argent alors que nous, on est plus étriqué. On fait faire beaucoup d'économies à la sécu, mais la sécu ne nous le rend pas pour une dispensation adaptée. 10 centimes. 10 centimes. Notre expertise pour réduire des boîtes est de 10 centimes. Alors que sur 12 boîtes de Doliprane, on leur fait faire une vingtaine d'euros, 10 centimes. C'est-à-dire que ça va dans leur sens. Cependant, nous, on n'est pas rémunérés. Après, il y a des gens qui vont dire, oui, mais les ROS, les ROS, oui, mais les ROS, elles ont baissé. Donc du coup, je vais faire un peu crier tous les autres pharmaciens en disant, pour moi, la maison est en flamme, notre profession est en flamme. Moi, j'aimerais peut-être être la boule de démolition pour... Essayer de faire bouger un peu les assureurs. Pour dire, bon, là, l'économie officinale, c'est soit on est obligé de faire de plus en plus de supermarchés, donc des regroupements de pharmacies pour avoir de plus en plus de grosses pharmacies avec des millions et des millions, ou soit on défend une pharmacie de proximité avec une revalorisation de l'acte à fond, avec une baisse de la dépendance des volumes. Et avec plein de petits actes en plus qui pourraient être là pour nous aider. Genre la dispensation à l'unité, par exemple. C'est ce que je veux. Il y a Antoine Priou qui a pris une suspension de six mois pour avoir fait des dispensations à l'unité. Et je crois en plus qu'elle était actée à l'époque. Elle était actée au niveau de la loi, mais comme lui le faisait dans un cadre un peu plus flou, ça ne s'est pas passé. Cependant, entre guillemets, dans un contexte de pénurie, et que quand il y a les gens qui, pour une dose d'antibio, qui n'aurait eu aucune incidence sur le traitement global, nous disent « bah ouais, mais il me faut une boîte en plus » . Plus une boîte en plus, plus une boîte en plus dans chaque pharmacie en France, on est dans une telle pénurie qu'il y a un moment où il faut qu'on soit juste, intelligent et raisonné. Par exemple, sur le cas de la dispensation limitée, on pourrait dire que sur les traitements courts, type benzodiazépine, pour éliminer la tolérance et la dépendance, on pourrait en avoir. Alors, combien de gens on voit sous buprénorphine parce qu'ils étaient à croix la codéine ? On en voit beaucoup. Parce qu'à la base, c'était sans ordonnance. Après, ça a été mis sous ordonnance. Mais certains pharmaciens continuaient à la vendre malgré cette indétection. Du coup, on arrive à des extrêmes. Donc, pourquoi ne pas faire de la dispensation à l'unité et qu'on soit rémunéré là-dessus ? Et donc, du coup, ça va être... Soit on va dans un modèle ultra commercial. Et donc là, on est dans la consommation pure et dure, modèle capitaliste à la dure, à l'américaine. Ou soit, on peut aller après dans le cas d'Antoine Priault, qui, lui, est vraiment extrême à l'autre bout. qui pour moi, il y a sur certains aspects, je ne suis pas du tout en accord avec lui.
- Alexis
Oui,
- Pierre
j'avoue. Dans beaucoup d'aspects, je suis d'accord, mais pas dans celui-ci. Mais il y a un juste à avoir, de se dire, j'ai envie que mon patient soit bien, mais en même temps, j'ai envie d'être féminéré. Et c'est ça qu'ont entre guillemets peut-être les pouvoirs publics ou les syndicats n'ont pas encore compris. C'est peut-être ça, je ne sais pas. Là, c'est une question ouverte, je n'ai pas encore de réponse là-dessus.
- Alexis
Non mais c'est intéressant, après encore une fois ton point de vue est précieux.
- Pierre
Exactement.
- Alexis
Je pense qu'il se passe des choses, j'ai l'impression, dans le milieu de pharmacie d'officine. Toutes les opinions, c'est une bonne chose.
- Pierre
Après, moi, quelqu'un qui m'avait dit « Oui, il faudrait que tu débattes avec les grands, les gens des syndicats, type les groupements, ou des choses comme ça, parce que pendant un temps, ils te disent... » Alors, pour moi, c'est ignominie de dire « l'honoraires-tu » . Je ne sais pas si tu as dû voir ça, c'était l'union des budgets...
- Alexis
J'ai vu quelque chose dans ce sens.
- Pierre
Dans ce sens-là, comme quoi, l'honoraires-tu... L'honoraire culte, la pharmacie d'officine, les seules choses qui ont « augmenté » depuis des années, à part la marge des médicaments augmentée, la rétribution des groupements augmentée, la rémunération des labos augmentée et le chiffre d'affaires des pharmacies a baissé. Où est le problème ? Est-ce que c'est les groupements qui sont... trop d'argent et qui les redistribue pas ça on sait pas après ça dépend si c'est vraiment un groupement collaboratif ou si c'est des fonds de pension qui les ont donc les fonds de pension ou les groupements mutualistes c'est pas du tout les mêmes règles mais donc du coup voilà est-ce que certains pharmaciens sont prêts à avoir des pharmaciens d'officine totalement cliniciens bah Moi, j'aimerais que dans toutes, il y en ait une. Mais est-ce que c'est le souhait des titulaires ? Après, comme dit très bien notre code de déonto et que certains titulaires ont oublié, c'est que l'art de la pharmacie, qui est chose d'individuel, que notre indépendance, ça doit être sans limite et on ne doit pas être influencé, que ce soit financièrement ou moralement. Donc du coup... j'espère qu'on puisse tous devenir cliniciens pour le bien de nos patients écoute j'ai envie de dire on verra on aura la réponse peut-être prochainement comment dire après après moi je peux te dire un petit truc comme ça c'est que quand je parle avec des profs à la fac Et après, avec des officinaux, ils nous disent que la pratique de l'officine et la pratique de la fac n'est pas la même. Je dis que oui, parce que nous, on nous dit qu'on sera des professionnels de santé. On a une expertise médicale et pharmaceutique. Pour qu'après, on devienne des vendeurs de labos ou des gestionnaires financiers. Il y a des profs qui nous disent qu'il faudrait être encore plus clinique. Et après, il y a des officinaux qui nous disent qu'il ne faut pas faire ça. plutôt des masters de gestion, on pourrait devenir vraiment des chefs d'entreprise. Voilà.
- Alexis
Justement, c'est encore une fois une bonne transition parce que je voulais te poser cette question au niveau formation cette fois-ci. Si tu défends une approche clinique de la pharmacie et de la phycine, est-ce que tu penses que la formation actuelle est adaptée justement pour une pratique plus clinique ?
- Pierre
Alors pour moi, si on se base entre guillemets juste sur le côté clinique, Ça dépend des facs. Ça, c'est vraiment... Je pourrais en dire à Poitiers, on est quand même bien lotis. Il y a des choses qui sont bien, il y a des choses qui ne sont pas bien. Comme dans toutes les facs, nous, c'était bien. Il est parti à la retraite quand j'étais en troisième année. On avait un prof de médecine qui nous faisait toute la virologie. En fait, nous, il nous donnait la clinique. Symptômes Cliniques, en gros, là, ils nous faisaient quasiment un cours de médecine et après, ils nous donnaient les médicaments. Après, ils nous faisaient vraiment un cours de pharmaco. Et ça, c'était vraiment bien, parce qu'on avait vraiment tout, À l'inverse, on a eu des profs qui nous donnaient des listes du Vidal qui étaient un petit peu, voire totalement, quand il y a cette Vidal recopiée, mais qui m'avait le fait. Et donc, du coup, la moitié des molécules n'étaient plus sur le marché.
- Alexis
Ah oui !
- Pierre
Oui, on a eu des belles coquilles. Mais après, c'est que nous, on a eu de la chance. On a eu Antoine Dupuis, l'ancien président de SFPC. Et donc, que j'ai côtoyé pour m'aider pour ma thèse. Et c'est se dire qu'on a des éminents, entre guillemets, qui veulent aller dans le sens de la clinisation. Bref, un truc pour dire que l'officine, ce n'est pas juste un espace de vente. mais vraiment un espace de soins et ça c'est inhérent à tous les gens chez Origins c'était que quand je vois ça sur les dans les annonces de pharmacie en disant, sur 300 m², il y a 245 mètres de surface de vente. Je me dis, mais de vente ? Même la sémantique qu'on utilise est importante. C'est que là, on n'est plus dans un exercice purement clinique. Quand on dit ça à un jeune qui sort de la fac, on dit, tu as de la surface de vente. Si on ne lui parle pas, tu auras des... on va lui montrer ce qu'il y a à vendre, les gammes, les rayons bébés, le rayon dentaire, le rayon shampoing, mais on ne va pas lui montrer le local ortho. Si, le local ortho, si, parce que des fois, il y a des petites ventes à faire. Mais les locaux pour faire les BPM, le local vaccination, oui, parce que tout le monde s'y est mis. Parce qu'ils ont vu que, quand même, si on faisait beaucoup de vaccination, ça pouvait rapporter. Du coup, ils font de la vaccination. C'est ça, moi, qui me dérange. C'est qu'on met plus en clin l'aspect commercial que l'aspect clinique. Alors que pour moi, en tant que jeune pharmacien, pour moi, mettre un sorti de la fac et lui donner des responsabilités sur un EHPAD qui est à côté de la pharmacie pour faire des bilans et avoir une conscience pluriprofessionnelle avec les médecins, les infirmiers à côté, les kinés. où toute l'équipe professionnelle à côté est beaucoup plus intéressante intellectuellement que de dire, bon, alors du coup, je vais t'apprendre comment gérer de façon financière ta marque parce que je vais te donner ce laboratoire à faire. Donc du coup, c'était comme ça l'année dernière. Il faut que tu essaies d'avoir de meilleures remises commerciales. Pour moi, un pharmacien est un professeur de la santé qui doit prendre la... la dimension du soin de ses patients et ne doit pas être en premier lieu un gestionnaire de son patrimoine de 1 et de 2. Ce n'est pas parce que le titulaire a fait de mauvais choix, parce qu'il n'a pas assez négocié. Il ne doit pas mettre...
- Alexis
Il doit mettre sur le dos.
- Pierre
Voilà, c'est ça que je voulais dire. Il ne faut pas qu'il mette son erreur sur le dos de ses adjoints. ses préparateurs en disant « Regarde, tu n'as pas assez vendu ci, tu n'as pas vendu ça. » Tu n'es pas capable de le prendre. Si tu sais que tu ne vas pas marger ou c'est parce que de façon très personnelle, tu aimes bien cette marque, vends-la par toi-même. Quand je vois dans certaines pharmacies, on m'a dit « Il faut que tu vendes ça parce que j'ai envie de m'en débarrasser. » Non, j'ai fait comprendre que ce n'était pas « moi » de vendre. Moi, je n'y crois pas à ton truc. Par principe, si je ne crois pas à ton truc, je ne vais pas pouvoir bien le conseiller. Du coup, je ne vais pas pouvoir bien le vendre. C'est ça qui est un peu embêtant.
- Alexis
Oui.
- Pierre
Donc, si les nouveaux pharmaciens qui sortent aujourd'hui de la fac sont bien préparés aux enjeux cliniques ? Oui, parce qu'on apprend un bilan biologique. On apprend toute l'interpro. la PACES, s'il y avait un seul avantage à la PACES, c'est qu'on était tous ensemble. Donc, on a tous des copains, des potes qui sont soit médecins, soit kinés. Donc, du coup, on arrive quand même à avoir un côté pluridisciplinaire qui est fou et qui est très bénéfique pour nous. De deux, est-ce qu'ils sont formés à la pratique, entre guillemets, de gestion commerciale ? Non, non.
- Alexis
Oui, ça se passe bien.
- Pierre
Merci. Ce n'est pas parce qu'on fait 4 heures obligatoires de gestion RH vite fait en 6e année, où on a des cours de management, ou tout ça, que ça va nous faire... Je pense, honnêtement, les intervenants sont très bien à chaque fois. C'est juste qu'on est tous sur notre téléphone, on essaie d'écouter, mais... Si la personne lit son diapo pendant trois heures, même quelqu'un d'érudit sur le management, il ne va pas écouter tout le temps. On avait des cours de stratégie d'achat. Il pourrait être bien. Mais moi, qui ai un niveau maths et de gestion moins 12, avec un petit peu une phobie administrative, en essayant de... de comprendre un peu la chose, c'était quand même ultra dur.
- Alexis
C'était pas de la matière, on va dire.
- Pierre
C'était pas de la matière, et en plus, le comble, le comble être en... être en rattrapage de compta alors que mon père est commissaire au compte, expert comptable. Je n'ai pas du tout la fibre des chiffres. Si on écoute les pharmaciens d'officine aujourd'hui, non, on n'est pas assez formés à la gestion RH. Et oui, on est trop clinique, on est trop scolaire. Ils vont tous le dire. Oui. Bon,
- Alexis
on va se faire chaud.
- Pierre
Non, on est trop scolaire, on est trop clinique. Mais quand dire, c'est moi, ça que je voudrais dire, c'est qu'on peut dire que je suis hors de la fac. Ça fait moins de cinq ans que je suis sorti de la fac, je suis déjà aigri de ce travail. C'est ça qui m'embête.
- Alexis
Ça, c'est pas normal.
- Pierre
Ça, c'est pas normal. Et quand j'entends même, alors j'ai les gens de ma famille qui sont pharmaciens, et en fait, ils se disent, ils sont dans le même cas, quand ils me disent, il y a quelqu'un de ma famille qui m'a dit, je suis rentré dans tel groupement. Maintenant, je sais que je ne suis plus pharmacienne, je suis vendeuse. Quand j'entends certains anciens collègues qui sont dans des grandes villes, dans des grandes pharmacies, ils me disent la même chose. J'ai proposé à ma titulaire de faire des BPM et tout. Elle m'a dit non, c'est trop chronophage. Alors que c'est des pharmacies à 5-6 millions, ils pourraient avoir le « luxe » d'avoir des gens, quand il y a des gens pour faire ça.
- Alexis
Il pourrait y avoir un argumentaire en disant qu'au final, ce n'est pas du temps perdu tant que ça.
- Pierre
Exactement. Et puis après, la recherche change tout le temps. Entre le moment où je suis sorti de la fac, vraiment le jour où je suis sorti de la fac, le Forksiga a commencé à sortir et le... Putain, comment ça s'appelle ? Le Sacubit en entrée stau venait de sortir. Donc les inhibiteurs de la néprisine, moi je suis arrivé à la pharma en me disant « putain, il y a des trucs que je ne connais pas, il faut que je me mette à la page » . Et donc du coup, il y a vraiment des choses, et je pense qu'il y a certains pharmaciens qui ne font pas, j'ai l'impression qu'il y a certains anciens pharmaciens qui ne font pas l'effort de regarder et de se mettre à jour. Merci le DPC, mais le DPC, quand on devait remettre à niveau tous les anciens pharmaciens à la pharmacie clinique d'aujourd'hui, ça coûterait très cher à la sécu et puis même aux organismes. Les organismes souffraient des coulisses.
- Alexis
C'est un autre débat.
- Pierre
Comment ?
- Alexis
C'est un autre débat.
- Pierre
On arrête avec tous ces débats.
- Alexis
Deux questions pour conclure. Tu mentionnais un jeune pharmacien qui sortirait de la fac. Ma question, c'est un jeune pharmacien qui sortirait de la faculté aujourd'hui et qui souhaiterait exercer en officine et avoir une pratique clinique plutôt que commerciale. qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Pierre
En premier, la nouvelle génération, je ne sais même pas quelle génération ça serait, la Z, la Y, je ne sais pas. Mais il faut s'écouter en premier. Il faut s'écouter en premier. Il ne faut pas... Il y avait Alexandre Astier qui disait sur Hot Ones, une phrase un peu vraie que j'ai trouvée très... C'est ça qui m'a fait partir de la pharmacie. C'est si... Si dans ton année de boulot, tu as une journée où ça te fait chier, ça t'embête une journée, mais après, à la fin, tu n'en as qu'une journée sur une année, ça va. Mais si tous les jours, tu te dis, tu vas à reculons et tu te dis que le boulot t'emmerde, tu n'as pas envie d'y aller, là, change. C'est qu'en fait, pour les pharmaciens, on ne sera jamais entre guillemets en main, il n'y aura jamais de surpopulation de pharmaciens. Il y aura toujours des malades, il y aura toujours des morts, donc du coup, il y aura toujours de la demande. Il faut soit, entre guillemets, trouver la bonne personne au bon moment. Il faut avoir un petit peu de chance. Cependant, il faut aussi se la dégoter, cette chance. Et il faut surtout être en accord avec soi-même. Voilà, c'est ce que je lui dirais. Ne reste pas là si tu vois qu'un environnement est toxique, n'y va pas. Si tu te sens bien, reste.
- Alexis
Ça me semble plein de bon sens.
- Pierre
Après, des fois, on se dit, quand il y a certains pharmaciens qui disent « Je m'en fiche, je suis bien payé, même si je suis là que 3 jours et demi dans la semaine, c'est bon, je suis bien payé, je serre les dents. » Je fais « Oui, tu serres les dents 3 fois et demi par semaine, mais cependant, 3 fois et demi par semaine x 56. » Même si tu comptes tes 5 semaines de congé payé, bah ouais, non. C'est pas ouf.
- Alexis
Ouais, après effectivement, c'est au cas par cas. Très bien. Merci. Je te pose la dernière question que je pose à chacun de mes invités. Qu'est-ce que la pharmacie représente pour toi ?
- Pierre
Pour moi, la pharmacie, c'est un lieu de soins. Dans mon idéal, ça serait un endroit de soins où tout le monde pourrait être soigné de façon égale et qu'on ait une bonne rémunération selon notre soin. Plus on donne de soins, plus on est mieux payé. Dans le sens où la pharmacie, pour moi, c'est quelque chose de très bien parce qu'on connaît plein de choses. On a une diversité de connaissances qui est monstrueuse, mais on n'en utilise même pas 2% parce qu'on fait confiance à un certain labo ou à certaines personnes. Alors qu'on pourrait être expert en bien plus de choses. C'est ça que je reproche à la pharmacie d'aujourd'hui. Mais ce que je me dis, c'est un espoir pour les années à venir. C'est qu'on est au point. aux prémices de quelque chose d'encore plus beau et encore plus grand pour les patients. Poussons les petites voix qui veulent nous dire qu'on a envie de plus de cliniques, qu'on a envie de vraiment être des professionnels de santé.
- Alexis
Écoute, oui, Dani faisait le même constat, effectivement, qu'une maigre fraction de ce qui était appris, qui était utilisé après en pratique.
- Pierre
Mais c'est ça. C'est que... On peut prendre la... Je fais juste ça, une dernière...
- Alexis
Vas-y, vas-y.
- Pierre
Une parenthèse. C'est que quand on regarde un médecin, toute sa pratique, même si c'est un médecin ingé ou un spécialiste, il va utiliser tout le panel de ses connaissances. Dans sa méthodologie de sémiologie, il va voir un peu partout. Nous, notre rôle de pharmacien est vraiment guindé à être, désolé, un sous-fifre du médecin, un exécutant d'ordonnance, alors qu'on a tellement de talents qui ne sont pas du tout utilisés. Maintenant, il y a des pharmaciens qui cherchent des gens pour faire de la communication en santé dans leur pharmacie, alors que normalement, il faudrait juste faire du soin. Mais bref. Donc du coup, tout ça pour dire que si les petites voix, telles origines ou autres, commencent à se faire voir et qu'on se fait entendre par les syndicats ou même par les gouvernements qui vont arriver, en espérant que ça change, ce sera pour le meilleur, j'espère.
- Alexis
Super. Merci Alexis, merci pour ton point de vue.
- Pierre
Merci à toi Pierre.
- Alexis
Et écoute, je te souhaite le meilleur pour la suite.
- Pierre
Merci à toi. A bientôt.
- Alexis
Merci d'avoir écouté cet épisode d'Entretien Pharmaceutique. Si cet épisode t'a plu, pense à le partager et à laisser un commentaire sur ta plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire connaître le podcast. A très bientôt pour un nouvel entretien.