Speaker #0Bilingo, c'est le podcast dédié aux enjeux des langues dans le monde du travail, pour les entreprises bien sûr, mais aussi pour tous ceux qui rêvent de devenir bilingues. Je suis Danièle Talata, docteur en langues, fondatrice de Bilingo Formation et formatrice depuis bientôt 30 ans. Dans ce podcast, seule ou avec mes invités, on démonte les mythes les plus tenaces sur l'apprentissage des langues et on apprivoise de nouvelles techniques. On parle sans langue de bois des vrais enjeux, quand la maîtrise des langues devient stratégique.
Alors, prêts à changer de perspective ? C'est parti pour un nouvel épisode de Bilingo !
Bonjour et bienvenue dans ce premier épisode de Bilingo, le podcast qui aide DRH et salariés à mieux comprendre les enjeux de l'apprentissage des langues et à progresser sans culpabilité. Aujourd'hui, on attaque une idée reçue qui fait beaucoup de mal. Peut-être avez-vous entendu dire autour de vous, une personne, un collègue, un membre de la famille, ou pire, vous-même, dire « je ne suis pas fait pour les langues, je n'ai pas ce don, je n'y arriverai jamais » .
Dans cet épisode, on va voir ensemble pourquoi cette croyance est fausse scientifiquement, comment notre cerveau est câblé pour apprendre, et quelles stratégies concrètes validées par la recherche vous pouvez utiliser pour avancer à votre rythme. L'objectif ? Vous donner envie d'essayer et d'y croire.
Je vais donc présenter trois idées préconçues, trois idées fausses sur nous et notre capacité à apprendre une langue. Alors il paraît qu'il vaudrait mieux être doué pour apprendre une nouvelle langue. Deuxièmement, deuxième idée préconçue, chacun aurait son style d'apprentissage, ce serait mieux de le connaître. Et enfin, troisième idée fausse, pour apprendre, il suffirait de le vouloir, ce serait une... question de volonté. Alors voilà, je compte bien vous convaincre en désinguant ces trois idées reçues en direct avec vous.
Premier point, est-ce que certains d'entre nous seraient des cas désespérés et ne pourraient pas apprendre une autre langue que leur langue maternelle, les pauvres ? Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est que tout le monde a un cerveau câblé pour apprendre des langues. Nous sommes tous équipés pareil, nous, humains. Et d'un point de vue ... neuroscientifique, oui on va faire appel aux neurosciences, il existe deux zones principales du cerveau humain qui sont impliquées dans le langage. Alors retenez bien ces deux noms-là. La première c'est l'aire de Broca. Elle se situe dans le lobe frontal gauche, ça c'est pour la précision de la chose, et elle est responsable de la production de la parole et de la syntaxe. C'est donc grâce à l'aire de Broca qu'on parle et qu'on produit, qu'on fabrique, qu'on construit des phrases pour s'exprimer. L'autre région du cerveau, c'est l'aire de Wernicke, dans le lobe temporal gauche, encore pour être précis. Et cette aire de Wernicke, elle est impliquée dans la compréhension du langage. D'un côté, on produit le langage, on parle, et de l'autre côté, on comprend le langage, on assimile un message, on saisit un message.
Alors, chez tous les humains, quels qu'ils soient, ces zones se développent dès l'enfance et elles restent actives toute notre vie. et même après un AVC ou une lésion. Le cerveau peut parfois même réorganiser d'autres zones pour compenser. C'est ce qu'on appelle, alors encore un terme intéressant sur lequel on reviendra régulièrement parce qu'il est central en termes d'apprentissage, c'est ce qu'on appelle la neuroplasticité.
Alors la notion de don, je ne suis pas doué, je n'ai pas le don des langues, cette notion est en réalité un amalgame entre des différences d'exposition à la langue, de motivation et peut-être encore plus de stratégie efficace ou non. Le cerveau, si on veut, c'est comme une salle de sport. Tout le monde naît avec les muscles pour marcher, courir, soulever des poids. Mais si on ne s'entraîne jamais, on ne progresse pas. Donc pour les langues, les muscles sont déjà là, Broca, Wernicke, les deux aires dont nous avons parlé. Mais il s'agit de les solliciter, de les stimuler.
Et ça, ça me fait penser à Jean-Christophe, un salarié de 57 ans qui se disait trop vieux, pas fait pour les langues. Et après quelques mois de formation et donc d'apprentissage progressif, il est revenu vers moi, un petit peu timide, mais tout souriant, pour me confier qu'il était aux anges. Parce que maintenant, dit-il, j'arrive à retenir le vocabulaire plus facilement grâce à la révision régulière de mes listes. Je sens que c'est beaucoup plus facile qu'avant. Et ça, voilà, il avait l'air tout joyeux de m'avouer ça. et bien si on avait eu la présence d'esprit et peut-être aussi les moyens de faire une IRM du cerveau de Jean-Christophe avant le début de sa formation et après, on aurait pu observer une augmentation de la matière grise dans les zones du langage. Cette matière grise qui aurait été le témoin de la multiplication des connexions neuronales qu'il a faites depuis le début, en assimilant ses connaissances et en les activant.
Deuxième point, on nous parle de styles d'apprentissage. Chacun aurait le sien propre. On serait plus visuel qu'auditif ou encore kinesthésique. La réalité, c'est qu'en fait, on est tout à la fois et c'est comme ça qu'on appréhende le monde par nos différents sens, par l'ouïe, par le toucher aussi. Mais là, on parle de langue, donc on va peut-être se limiter à ces trois canaux qui sont le visuel, l'auditif et le kinesthésique. Le kinesthésique, ça concerne le mouvement. Un acteur de théâtre va pouvoir, par exemple, s'appuyer sur son corps, sur les mouvements, qui marqueront un texte pour mémoriser ce texte-là. Se lever correspond à un début de réplique, à un mot bien précis, et le mouvement enclenche le début de sa phrase. Mais en réalité, ce qui compte dans l'apprentissage, et notamment dans l'apprentissage des langues, ce ne sont pas juste les styles d'apprentissage, mais les stratégies actives et variées qui vont être mises en place. La théorie des styles d'apprentissage, elle est aujourd'hui largement remise en cause par la recherche. Mais en revanche, ce qui marche, ce sont des stratégies basées sur la mémoire, l'attention et la répétition espacée. Alors, la répétition espacée, c'est par exemple cette méthode qui permet de revoir à intervalles croissants pour une liste de vocabulaire, des connaissances, de fraîches connaissances pour renforcer la mémoire à long terme. Un autre principe validé par la recherche, c'est l'élaboration, c'est-à-dire associer un mot à des images, un mot à des histoires, un mot ou un groupe de mots, une expression à des histoires, à des situations pour mieux le mémoriser. C'est par exemple ce qu'on peut proposer en formation lorsqu'on a une liste de vocabulaire, plus ou moins longue, mais qui relève de concepts plutôt abstraits. alors pour les mémoriser il est peut-être probablement plus facile de les intégrer de les insérer dans une histoire. Alors moi, j'encourage souvent mes apprenants à insérer cette liste de vocabulaire dans une histoire qui les concerne, qui relève de leur vécu, de leur expérience personnelle, professionnelle, et si possible en faisant référence à un événement positif, parce que la mémoire fonctionne mieux dans le ressenti positif. Donc cette élaboration permet de retenir le vocabulaire ou de retenir de nouvelles connaissances sur le plus long terme. Et enfin, un autre principe validé par la recherche, c'est la production active. Dans le passé, l'école avait cette idée un peu fixe que l'apprenant était comme un gros réservoir et le sachant, donc le professeur, était celui qui déversait tout son savoir dans ce réservoir et l'apprenant n'avait plus qu'à digérer toutes ces connaissances qu'on lui avait déversées. Aujourd'hui, on sait que ça ne fonctionne pas. comme ça, ou en tout cas ça ne fonctionne pas très bien comme ça. La preuve, on oublie beaucoup de choses qu'on nous a comme ça inculquées. Par contre, si on devient maître de son apprentissage en étant actif et en le produisant de manière active, c'est-à-dire parler, écrire, utiliser la langue, ça c'est activer ses connaissances. L'inverse serait plutôt de lire passivement ou d'écouter passivement, ce qui n'est pas inutile, ce qui a aussi son intérêt. mais de loin pas aussi important que la production active.
Alors ce qu'il faut retenir c'est qu'apprendre une langue c'est comme apprendre à jouer d'un instrument, ce n'est pas en regardant des vidéos de piano que vous saurez jouer, ça on le sait, mais c'est bien en posant les doigts sur les touches, sur le clavier et en répétant de manière régulière qu'on arrive à une certaine dextérité des doigts et bien au niveau de l'apprentissage des langues on est dans cette activation, dans cette manière de... d'activer nos connaissances, de les répéter, de les réutiliser pour finalement les intégrer, les assimiler et les maîtriser.
Ça me rappelle un des RH que j'ai accompagné, dont le niveau d'anglais était déjà bon, voire très bon, et il s'est rendu compte que lire des articles en anglais pour lui, entre deux séances de formation en petit groupe, ça lui apportait énormément en termes de vocabulaire, de réflexes syntaxiques. Il reproduisait beaucoup plus facilement des structures de phrases qu'il avait croisées de manière répétée et qui traduisaient bien son mode de pensée à lui. Donc voilà, ça fonctionnait parfaitement. Il a donc insisté auprès de ses salariés sur la lecture d'articles, mais il n'associait pas cette lecture d'articles à une pratique orale. Donc il ne leur a pas proposé de formation à proprement parler. Et puis nous en avons parlé, nous avons échangé. et quand il a ajouté des séances de profondeur, production active, c'est-à-dire vraiment quand il a invité ses salariés à parler anglais dans le petit groupe qu'ils arrivent à former, eh bien, tous se sont mis à progresser d'une autre manière. Et de ses propres mots, les progrès ont été trois fois plus rapides.
Donc, par cet exemple, on comprend bien qu'il s'agit de mobiliser différents canaux, à tour de rôle ou à la fois, pour stimuler nos zones d'apprentissage différemment. Ça me rappelle également au souvenir de mon expérience de l'enseignement. à Londres, dans une excellente grammar school, où chaque leçon devait prévoir une variété d'activités, chacune reposant sur un canal différent. La leçon alternait les canaux pour une meilleure concentration, d'abord, et aussi pour permettre au cerveau de solliciter de manière complémentaire le cerveau, donc différentes zones du cerveau. C'est une excellente manière de maintenir l'attention, d'ailleurs, à un niveau qui permet l'assimilation des nouvelles connaissances. mélanger les canaux, un peu d'auditif, un peu de visuel, du kinesthésique surtout pour les plus jeunes, mais pas seulement, parce que dans mes formations par exemple, j'aime aussi inviter tout le monde à se lever, à échanger en binôme, et puis hop, au bout de quelques minutes, changer de binôme, pour avoir justement ce mouvement, cette fraîcheur de l'instant, qui fait que l'échange est un peu plus spontané, et on ose se répéter, parce que l'idée c'est aussi de revoir ce qu'on a réussi à formuler, et Vous voyez comme l'auditif, le visuel, le kinesthésique, ces trois canaux permettent l'apprentissage à eux trois. Il ne s'agit pas de choisir l'un ou l'autre. Un autre exemple qui est maintenant très répandu et qui est un bon exemple, une bonne pratique, c'est de regarder une série en VO sur Netflix ou toute autre plateforme de streaming. Ça, c'est une excellente manière de s'exposer à la langue étrangère. Notre canal visuel est vivement sollicité, donc ça c'est très bien, mais aussi notre canal auditif, puisque bien sûr on tend l'oreille, et puis on peut même s'appuyer sur les sous-titres pour avoir une meilleure compréhension orale. Et tout ça contribue à une meilleure compréhension de ce qui se dit et de ce qui se déroule. Mais est-ce que ce sera suffisant, c'est la question, pour ensuite se lancer dans une conversation en anglais ou en allemand ? si on n'a pas fait travailler la zone du cerveau, justement, qui sert à la production active de la parole ?
On parlait tout à l'heure de la fameuse ère de Broca. Alors là, pas si sûre. Voyons la troisième idée reçue, selon laquelle on peut apprendre, quel que soit l'environnement. C'est une question, ce serait une question de volonté. Mettre en place une formation est une excellente idée. et faire participer les plus volontaires, les plus motivés aussi, superbe. Seulement, il est aussi important de veiller à la qualité de l'environnement que l'on crée autour de la formation et dans la formation d'ailleurs aussi pour garantir l'efficacité de l'apprentissage. L'environnement et l'émotion sont des catalyseurs. Nos émotions jouent un rôle clé dans la mémoire et l'apprentissage, grâce notamment à l'amidale et l'hippocampe, encore deux zones du cerveau dont on reparlera. mais elles sont essentielles par rapport à ce facteur émotion qui joue un rôle clé. C'est-à-dire qu'un climat de stress, il inhibe l'apprentissage, alors qu'un environnement bienveillant, stimulant, le favorise.
Alors on peut imaginer par exemple notre cerveau comme un jardin. Si le sol est fertile, c'est-à-dire s'il y a un bon environnement, si vous arrosez régulièrement, c'est-à-dire que vous pratiquez régulièrement, et si le soleil est là, c'est-à-dire les émotions positives, alors vos plantes, les mots, les structures, les phrases poussent et prennent forme. Ou au contraire, si le sol est sec ou qu'il y a de l'ombre, c'est-à-dire du stress, de la peur, rien ne prend. Ça me fait penser à une entreprise dans laquelle je suis intervenue. Les salariés avaient honte de parler anglais devant leurs collègues. Alors, c'était compliqué pour une formation en petit groupe, mais après avoir instauré des coffee breaks en anglais, donc dans une ambiance plutôt détendue, avec des jeux et sans pression, et bien leur participation... à doubler et leur progrès était clairement visible. Alors, pour résumer, nous avons tous un cerveau câblé pour apprendre une langue. Les zones de Broca et Wernicke sont là pour ça. Ceux qui comptent, ce ne sont pas des dons mais de bonnes stratégies. Répétition espacée, production active, exposition variée et enfin, l'environnement et les émotions sont essentielles pour que vos efforts portent leurs fruits. Donc, en un mot, personne n'est nul en langue.
Au contraire, ma conviction profonde, c'est que tout le monde peut devenir bilingue. On a juste besoin de la bonne approche, donc des bonnes méthodes, techniques, outils variés que l'on s'appropriera, et du bon climat pour réussir aussi. Dans chaque épisode, je vais vous inciter à l'action, une première action, un premier pas vers le bilinguisme. Aujourd'hui, pour ce démarrage tout frais, tout beau, je vous invite à choisir parmi les quatre liens de podcast deux en anglais et deux en allemand, que j'ai laissé en description de ce podcast, et d'écouter un épisode du podcast de votre choix. Votre mission, si vous l'acceptez, sera d'écouter cet épisode de votre choix trois fois d'ici le prochain épisode de Bilingo, c'est-à-dire exactement dans une semaine. Merci d'avoir accueilli Bilingo, le podcast, et d'avoir écouté cet épisode. Si vous l'avez aimé, abonnez-vous, partagez-le avec un collègue, un ami. et écrivez-moi pour me dire quel est votre plus gros frein à apprendre une langue. À très bientôt, see you soon, and bis bald !