- Speaker #0
Escapade dans les terroirs avec Rémi.
- Speaker #1
Jean-Claude Virenque, je suis agriculteur et éleveur en brebis laitière. Je produis du lait dans la filière de Roquefort et je suis président de la coopérative Natera.
- Speaker #0
On sait très bien que quand on est plusieurs, on fait souvent des choses que tout seul on n'arrive pas à faire. J'ai l'impression, en venant ici en Aveyron, que le côté coopératif est quelque chose de très prégnant dans ce territoire, dans ce département. Est-ce que vous le confirmez ?
- Speaker #1
Ce n'est pas une impression, c'est une réalité. Merci de ce constat. Effectivement, je pense que le territoire, avec ses difficultés, forme aussi un peu notre caractère. Et donc, on sait très bien qu'en étant réunis, nous pouvons faire des choses assez exceptionnelles. La preuve, c'est pour ici à Valadie. la chance qu'ont eu les viticulteurs de s'unir pour créer ce caveau à Valadie et puis nous-mêmes dans la coopérative des éleveurs essentiellement des éleveurs nous avons pu créer différentes coopératives qui aujourd'hui forment Natera et même le groupe Natera
- Speaker #0
Alors Natera est né de la réunion de deux coopératives c'était une volonté politique au départ pas technique ?
- Speaker #1
Bien sûr, alors déjà une coopérative elle est bicéphale, il y a un côté directeur et un côté élus avec des présidents et les présidents ou des administrateurs pour parler en termes un peu plus techniques, les administrateurs c'est des paysans, c'est les agriculteurs, ce sont les sociétaires de la coopérative. Nous avons analysé ensemble les agriculteurs à la fois ex-Unicorps comme vous le dites et ex-CAPEL c'est à dire les territoires de l'Aveyron, de la Loosère, du Lot, de la Corrèze, que nous avions des valeurs communes, nous avions un objectif commun c'était valoriser nos territoires, valoriser nos productions. Nous avions des outils en commun, des coopératives, et nous avons jugé opportun, au vu du contexte économique global qui nous entoure, de s'unir pour être encore plus résilients.
- Speaker #0
Alors cette union aujourd'hui, être président d'une telle coopérative, qui commence à représenter un territoire assez important, être président d'une telle coopérative, c'est une responsabilité vis-à-vis de l'ensemble des coopérateurs, mais c'est une responsabilité qu'il faut pouvoir porter ailleurs, j'imagine.
- Speaker #1
C'est une responsabilité qu'il faut qu'on porte ailleurs, qu'on porte à travers nos produits aussi essentiellement. Puisqu'en fait, notre mission c'est de nous réunir pour faire nos achats. On achète en commun dans la coopérative, mais notre volonté, une des missions premières de la coopérative, c'est de valoriser les productions que nous faisons. Donc la coopérative valorise essentiellement le gros du chiffre d'affaires et fait avec nos animaux, que nous vendons en vif ou après abattage. Et la coopérative a aussi, bien sûr, la section viticole comme aujourd'hui. La coopérative valorise aussi des céréales et c'est vraiment notre métier que de valoriser, que de mettre en marché nos productions de façon réunie.
- Speaker #0
Alors on entend souvent parler par les journalistes de façon générale, mais également par d'autres types d'associations de consommateurs, de la rivalité qu'il peut y avoir ou des problèmes qui peuvent exister. entre le producteur et la grande distribution, avec au milieu souvent les industriels. Comment, en tant que coopérateur, donc représentant les agriculteurs, on peut arriver à porter cette mission auprès justement des industriels et des distributeurs ?
- Speaker #1
Alors, dit différemment, vous êtes en train de dire que nous sommes entre le marteau et l'enclume. Nous, on essaye que les deux se rencontrent le moins possible, sinon on souffrirait. Notre mission est à la fois d'écouter les éleveurs, de porter leur message en termes de besoin de valorisation, mais je pense que je suis paysan, nous sommes paysans les administrateurs et on sait à peu près ce qu'il nous faut faire et notre mission c'est aussi d'écouter le consommateur via nos distributeurs et de trouver les liens qui peuvent nous réunir et la façon que nous avons de mettre en marché. Après c'est vrai qu'il y a des exemples flagrants où l'industrie agroalimentaire où la distribution a pu prendre des marges abusives et qui révoltent les agriculteurs. On en est conscients. Nous essayons de trouver des chemins différents, nous essayons d'ouvrir des voies différentes. Un exemple c'est que nous avons créé en commun il y a une dizaine d'années un réseau de distribution alimentaire avec les Halles de l'Aveyron où nous essayons au quotidien de fournir à nos concitoyens qui sont clients chez nous, une nourriture issue de nos exploitations.
- Speaker #0
Donc vous êtes directement du producteur au consommateur, mais malgré tout, vous êtes tout de même lié à la grande distribution.
- Speaker #1
De toute façon, nous sommes effectivement liés à la grande distribution parce qu'on ne peut pas s'affranchir de la grande distribution. Les productions de Natera sont, comme beaucoup de productions, obligées de passer par ce créneau-là, le circuit court. C'est bien d'aller vendre avec des stafettes au bout du chemin, mais ce n'est pas suffisant. On a plus que ça à mettre en marché. Pour tirer notre revenu, on a quand même le volume de nos adhérents à sortir. Il faut que nous ayons des consommateurs au bout. Et effectivement, une partie de nos consommateurs passe par la grande distribution.
- Speaker #0
On a l'impression qu'on est en train de changer le paradigme. Notre société est en pleine mutation. Je suppose qu'il faut être à l'avant de tout cela. Aujourd'hui, comment pensez-vous porter la coopération vers l'avenir ?
- Speaker #1
Je pense que les distributeurs ont besoin de s'affranchir, d'acheter une certaine paix avec le monde agricole. Et nous pouvons aussi être... un maillon intermédiaire intéressant pour ça. Nous sommes en contact avec des grands distributeurs qui ont besoin de certaines filières ou quoi, pour mettre sur leur étal, parce que ce n'est pas suffisant que de vendre du tout-va ou de l'export. Ils ont aussi besoin d'avoir dans leur magasin, d'acheter un peu leur identité territoriale et à travers les coopératives, ils peuvent le retrouver.
- Speaker #0
Les agriculteurs ont fait le buzz dernièrement, mais c'était beaucoup lié à certaines élections. Aujourd'hui, on voit que Trump est en train de vouloir bousculer certaines choses. Comment ça va se passer sur l'international ? Parce que malgré tout, l'Aveyron fait partie d'un marché national, mais très concurrencé, puisque vous parliez de l'éleveur tout à l'heure, par des coopérations internationales qui passent par des marchés un peu spéciaux.
- Speaker #1
De l'Aveyron, aujourd'hui, Trump, est-ce qu'il nous fait peur ? il est possible qu'il y ait certains marchés qui changent vis-à-vis de... des États-Unis. Mais aujourd'hui, notre principale préoccupation sont les conséquences de la guerre en Ukraine et les relations avec des pays amis ou pas amis de Poutine. Parce qu'en fait, c'est là qu'aujourd'hui nos marchés se jouent. Je prendrais un exemple, le marché algérien où nous mettions énormément de gros bovins en Algérie. Poutine a plus ou moins imposé à l'Algérie de fermer quand même le marché avec la France pour un échange de blé. Et nos bovins ne vont plus en Algérie. C'est un exemple. Donc même que nous soyons agriculteurs au fin fond du Ségala ou dans le Valon de Martiac, ce qui se passe d'autre côté ou quelque part en Europe ou dans le monde nous impacte au quotidien. Il en est de même pour tout ce qui s'est passé avec la guerre en Ukraine, le prix de l'énergie, la raréfaction de certains engrais à un moment où les problèmes de logistique mondiaux qu'il y a eu a provoqué une flambée des prix. des engrais assez basiques que nous utilisions dans nos exploitations. On est soumis à des décisions qui nous échappent un peu quand même à ce niveau-là. Après, sur le marché, sur l'export aux États-Unis, on a quelques produits emblématiques qui vont un peu, le roquefort. Entre autres, pendant des décennies, les producteurs de roquefort ont accompagné ce marché avec un apport financier de la caisse des... des producteurs, qu'est-ce qu'il en sera demain ? On va d'abord attendre de voir quelles sont les nouvelles contraintes qui arrivent. Moi je pense qu'il ne faut pas crier avant d'avoir mal. Les gens ont raison d'avoir peur, mais pour l'instant on n'a pas encore eu de déclaration qui nous ait mis dans une situation dramatique. Pour l'instant.
- Speaker #0
Donc pour revenir à ce dont nous parlions au tout début, Heureusement que vous êtes réunis parce que ça vous permet justement d'être peut-être plus fort, d'avoir une voix plus forte pour pouvoir contrer tous ces inconvénients.
- Speaker #1
Je ne sais pas si nous pourrons contrer des décisions de type, pour en revenir aux dirigeants russes, mais ensemble nous savons que nous pouvons atteindre certains marchés. Le broutard, qui est un métier, le veau issu des vaches d'Aubras, qui est essentiellement une vache limousine, qui est un marché très important pour la coopérative Inatera. La loi du nombre est importante. Pour aller dans ces pays à l'exportation, il faut pouvoir être solide. Il faut être capable de charger des bateaux entiers, de se réunir. C'est facilitateur. C'est un plus pour défendre le producteur.