Speaker #0Parce que je suis persuadé qu'en écoutant leurs solutions, ça va te donner les clés et la motivation pour dépasser tes limites d'aujourd'hui. Le mental, ça se travaille. Et ça commence maintenant avec Esprit Vertical. Est-ce que tu savais que pendant une compétition, ton cerveau n'était pas capable de recevoir les informations techniques ? Je suis sûr que tu as déjà vécu ça. Tu viens de rater ton run, t'es déçu. Et là, ton coach ou un de tes parents vient te voir et te donne direct l'erreur technique que tu as fait. Et même ce que t'aurais dû faire. À ce moment, tu te sens encore plus mal. Tu culpabises, tu remets un run, c'est même... encore pire. Alors dans cet épisode, je vais t'expliquer pourquoi tu réagis comme ça, pourquoi à ce moment-là les conseils techniques t'enfoncent alors qu'ils sont censés être là pour t'aider. Et surtout, je vais t'expliquer comment sortir de ce piège. Le week-end dernier, j'étais au sélectif pour l'équipe de France Jeunes de vitesse. Quand je suis arrivé là-bas, j'ai vu des jeunes qui avaient largement le niveau de sélectionner. Ils avaient 6 runs, 6 runs même pas en duel. juste en individuel, les uns après les autres, pour réaliser le temps minimal pour entrer en équipe de France. Parmi tous ceux qui étaient présents, certains savaient qu'ils étaient capables de le faire ce chrono, puisqu'ils l'avaient déjà fait à l'entraînement. Alors bien sûr, il y a la pression de l'événement, l'enjeu de ce moment qui peut jouer sur la performance, mais il y a aussi, puisqu'il y a plusieurs runs, la façon dont ils vont gérer les débriefs et les retours pour remettre un run. la façon dont ils vont gérer les débriefs et comment ils vont rentrer, retourner, mettre un run. Et justement, je voudrais revenir avec toi dans cet épisode, comment on gère un débrief, comment on passe d'un run à l'autre et comment on s'améliore ou au contraire, on peut complètement perdre le fil. Le sélectif commence et ça commence d'ailleurs par deux runs de practice, deux runs où les athlètes, les grimpeurs peuvent juste... retrouver leurs sensations avant que ce soit chronométré et que ça compte. Lors de ce premier run, c'est normal, tout le monde trouve un peu ses marques, il y a plein d'erreurs techniques, c'est plus comment je rentre dans ma combustion, comment je fais pour être de plus en plus fluide, c'est là la clé qui est la plus importante. Puis vient le deuxième run, et là, certains commencent à mettre des bons temps, et dans leur tête, forcément, ça les met en confiance, ils se disent, ok, c'est bien, je suis bien, je suis dans ma grimpe, je suis prêt à lâcher mes runs. Et c'est à ce moment précis que j'entends tous les coachs lâcher leurs injonctions. Allez, tu dois être régulier. Allez, tu pousses sur ses pieds. Et je vais t'expliquer pourquoi un peu plus tard. À mon sens, ces conseils-là, ils sont contre-productifs. À mon sens, ils ouvrent une porte vers quelque chose que tu ne peux pas maîtriser. Ce n'est pas ce à quoi tu penses. Le practice se termine et là, les premiers runs commencent. Ceux qui avaient fait un bon temps lors du practice, au premier run, ils cafouillent et rien ne fonctionne. À ce moment-là, ils reviennent vers leur coach et leur coach passe en mode solution technique. Ah ouais, regarde le pied là, il faut que tu attendes plus pour monter le genou, pour appuyer plus fort, d'abord les deux mains, là là tu t'étais crispé, etc. Je vais t'expliquer maintenant pourquoi ça, ça ne fonctionne pas. Quand tu échoues ou quand tu descends d'un essai, ton cerveau détecte une menace de perdre, de décevoir, d'être jugé ou de rater encore. Et à ce moment-là, quand tu as cette peur-là, tu actives ton système d'alerte, c'est-à-dire dans ton cerveau, ton aminal et ton système nerveux sympathique. Ton corps, à ce moment-là, il bascule en mode survie. Respiration courte, accélération cardiaque, tension musculaire excessive. Et quand tu es dans ce système-là, ton cerveau, il n'est plus connecté à la logique. Il est en mode émotionnel, en mode réaction. Et donc, toutes les solutions techniques qu'on va t'apporter, tu ne pourras pas les intégrer. Voir même, en fait, tes erreurs techniques et tes pas... Parce que tu as oublié de monter le genou, parce que tu n'as pas poussé assez fort et que tu as voulu te précipiter. En fait, elles sont la conséquence de ce que tu as ressenti à ce moment-là, de la crispation que tu as eu à ce moment-là. Et quand tu ne prends pas ça en considération, voilà ce que ça donne. Les coachs donnaient des solutions techniques, les athlètes essayaient de les appliquer ensuite sur le mur. Eh bien, le run d'après, ce n'était pas mieux, voire même c'était pire. Ou alors, ils corrigeaient cet endroit-là, mais ça pêchait à l'endroit d'après. Ils rentraient dans ce cercle vicieux de « qu'est-ce qui se passe ? » Pourquoi j'y arrive plus ? Je ne sais plus grimper. Peut-être que je n'ai pas du tout le niveau. Ou alors, je vais complètement rater cette compétition. Mon sélectif, je ne vais pas pouvoir aller en équipe de France. Jugement, dévalorisation, inhibition. Résultat, ces jeunes n'ont jamais réussi à faire les chronos dont ils sont vraiment capables. Ils étaient crispés. Et même s'ils arrivaient parfois à terminer leur run dans un plutôt bon temps, tu sentais qu'à chaque mouvement, ils forçaient. Ils étaient crispés, ils s'arrachaient, ils se battaient contre la voie, alors que normalement, c'est censé être fluide, c'est censé être léger, c'est censé être rapide. Donc à ce moment-là de l'épisode, tu as compris déjà que ton cerveau, il est soit en mode logique, soit en mode émotionnel. Quand tu descends d'un run, tu es d'abord en mode émotionnel. Et c'est justement là-dessus que tu dois d'abord travailler, avant de pouvoir aller te reconnecter à ta logique, à ce que tu vas mettre en place. Et tu vois, là on parle de vitesse, mais ça peut très bien, tu as compris, se caler sur le bloc ou sur la diff. Puisque dans ce format-là, ils avaient 6 runs. C'est comme un peu toi en bloc où tu as 5 runs. Ou alors en voie, quand tu as plusieurs voies à faire. Et bien justement, c'est maintenant qu'on va regarder comment on fait pour basculer d'un run à l'autre. Déjà, la première étape, justement, c'est de reconnaître cette émotion-là. Comment tu te sens après ton run ? De t'interroger là-dessus. Voir même comment tu t'es senti avant ton run. Est-ce que tu étais crispé ? Est-ce que justement tu étais relâché ? Est-ce que tu étais vraiment focus sur ton attitude ? Ou alors tu étais concentré juste sur un élément technique et pas connecté sur tout l'ensemble de la voix ? Ensuite, qu'est-ce que tu penses de ton run ? Avant même de recevoir des conseils, juste demande à regarder ton run. Pour regarder en entier, factuellement, pas uniquement ensuite sur ce que tu as ressenti. Mais factuellement, qu'est-ce qui s'est vraiment passé ? Ça, ça va te permettre de basculer en mode logique. Et là, tu vas analyser. qu'est-ce que tu as bien fait et qu'est-ce que tu peux améliorer. Et ensuite, tu vas à la fin chercher c'est quoi l'attitude, l'intention qui permet de solutionner ce truc technique. Parce qu'en vitesse, comme en bloc ou en difficulté, le jour de la compétition, c'est pas le jour où tu vas chercher à apprendre des nouveaux gestes. C'est pas le jour où tu vas innover ou inventer des choses qui n'existaient pas. C'est le jour où justement tu vas utiliser tous tes outils que tu as déjà. Donc au final, la solution technique, tu la connais déjà. Tu sais le faire mille fois à l'entraînement. Par contre, c'est quelle attitude, quelle intention tu mets en place pour l'exprimer le jour J. Et ça, c'est vraiment une grande différence. Alors, pour illustrer un peu tout ça, je vais te raconter aussi pourquoi j'étais là. J'étais là parce que, justement, j'accompagnais un de mes jeunes, que je suis en préparation mentale, mais surtout aussi en entraînement. Et j'étais là, du coup, pour l'aider, le coacher. Déjà, il est venu ce jour-là pour exprimer sa grimpe à lui. Et ça, c'était vraiment une intention très claire chez nous. On a mis aussi une autre intention en place pour exprimer sa grimpe. Qu'est-ce qu'il faut ? Il faut être fluide. Parce que la vitesse, c'est pas qui pousse le plus fort ou qui tire le plus vite, mais en fait, le secret c'est qui est le plus fluide. Et c'est pas moi qui le dis, c'est même des entraîneurs et des anciens athlètes de très haut niveau, comme Anouk Jobert, qui le disent tous les jours à l'entraînement. Pourquoi il faut être fluide en vitesse ? Parce que le jeu c'est comme un dragster sur une course. Quand il démarre... Il ne démarre pas juste le plus fort possible, mais il continue à accélérer tout le long et surtout il ne s'arrête jamais. S'il démarrait très fort mais qu'il s'arrêtait au bout de la troisième prise, au bout de 10 mètres, il devrait redémarrer, réaccélérer et ainsi de suite. Même s'il pousse très fort, à ce moment-là, quelqu'un qui va beaucoup moins vite à côté, mais qui est fluide, finira toujours devant sur la ligne d'arrivée. En vitesse, c'est exactement la même chose. C'est créer une vitesse de base, puis la maintenir et même continuer à l'augmenter. Donc c'est d'être fuite, de ne jamais s'arrêter. Et ça c'est à l'opposé de je dois pousser le plus fort possible qui risque tout simplement de te faire t'éjecter à la deuxième prise ou te zipper parce que tu es crispé. Donc on a cette intention qui est claire. C'est pas 10 choses. Pas pousse là, retiens là, tire là. Non, c'est juste fluide. Et donc cet objectif de performance, où on peut dire, plus en préparation mentale, on dit un objectif de moyen, il est simple, il est mesurable. Donc l'athlète que je coache ce jour-là, on va l'appeler Oscar, fait ses deux premiers runs de practice et commence son premier run de qualification. Ce qu'il faut savoir, c'est que juste avant lui, les deux qui passent font des beaux chronos. sont déjà fluides, sont déjà efficace dessus. Il part dans son premier run et ça marche pas. Il zippe, il repart, il zippe, il repart. Et ce run, je le filmais. Donc j'aurais pu regarder pourquoi il a zippé, ton pied était pas au bon endroit, tu as pas assez monté le genou, tu as poussé trop tôt, tu as poussé trop tard. Non. Quand il revient vers moi, je le regarde et je lui demande ok, comment tu te sens ? Qu'est-ce que tu penses de ce run ? Qu'est-ce qui s'est joué en toi ? Ce que je comprends à ce moment-là, c'est que bah ouais, les deux qu'il a vus avant ont fait des super conos. Et du coup, il s'est mis un peu la pression. Donc là, je lui remets un truc très simple en tête, c'est de dire « Ok, pourquoi t'es là ? T'es là pour montrer ta grimpe à toi. Tu as regardé les autres, tu t'es comparé et tu t'es oublié. T'as oublié qu'est-ce que tu devais mettre en place pour toi, pour être performant. » Je lui redemande « Qu'est-ce qu'on fait ? » « Ok, on est fluide, c'est juste dans cette attitude-là. » Il repart, du coup, pour son deuxième run. Et là, c'est bon, il pose son run, il est fluide. Toutes les erreurs techniques qu'il a faites, elles sont corrigées en fait. Je n'ai même pas eu besoin de lui expliquer pourquoi ça n'a pas marché. Au final, il a réussi à faire abstraction de l'enjeu du moment parce qu'il ne peut pas influencer dessus. Il ne peut pas influencer sur le fait que son prochain run le met ou pas en équipe de France. Ça, il ne peut pas influencer sur l'importance qu'a ce run-là. Mais ce qui peut influencer, c'est uniquement l'attitude, l'intention avec laquelle il part dans son prochain run. Et ce jour-là, eh bien, non seulement il a... continue à valider son ticket en équipe de France, mais en plus il a même réussi à descendre son chrono d'une demi-seconde. Ce que tu peux retenir de cet épisode au final c'est le corps et la tête, c'est pas deux choses séparées, c'est la même chose. Quand dans ta tête tu es en mode émotionnel, tu as peur de décevoir, d'être jugé, ton système nerveux sympathique s'active, ton amygdale s'active, ton corps se crispe, ta respiration devient plus courte et là c'est beaucoup plus dur d'être fluide. Et justement, c'est sur ce moment clé qu'il faut jouer. Est-ce que là, mon cerveau est en mode logique ou en mode émotionnel ? S'il est en mode émotionnel, je dois déjà refaire descendre cette charge, puis seulement après, je vais pouvoir aller ajuster mes solutions techniques. Une fois que c'est fait, tu reviens justement à quel état, quelle intention, quelle attitude tu vas avoir pour être performant. Je te dis à bientôt dans un prochain épisode. PIN DE CREMCHI