- Speaker #0
De ce versant de préparation mentale à cet âge-là, je trouve que c'était intéressant parce que tu te dis « Ok, alors ça marche comme ça, comme ça, moi j'ai cette problématique, cette problématique, comment je peux essayer de l'agencer ? » Plus tu commences tôt, je dirais, plus tu as conscience du fonctionnement général et plus tu peux trouver la manière dont toi, tu vas utiliser ces ressources.
- Speaker #1
Bienvenue sur Esprit Vertical, le premier podcast sur la préparation mentale. en escalade. Pour ce troisième épisode, je t'emmène à la rencontre de Naïl Emelio. En bloc, elle a tout gagné chez les jeunes, elle est championne d'Europe en titre chez les seniors et a déjà deux podiums à Saint-Palmarès en Coupe du Monde. On pourrait croire que sa jeune carrière était toute tracée et pourtant, ça a été loin d'être un long fleuve tranquille. Comme tu vas le découvrir, ça n'a pas toujours été facile. Elle a dû faire face à des périodes de doute, elle a dû affronter la peur du regard des autres et a même failli un jour tout arrêter. Je te laisse découvrir tout ça. Bon épisode à toi.
- Speaker #2
Merci Naïlé, merci d'être là avec moi aujourd'hui.
- Speaker #0
Ouais, avec plaisir !
- Speaker #2
Je vais te présenter un peu le contexte de l'interview. Comme je t'avais dit, je crée un podcast sur la préparation mentale en escadre. Beaucoup ne se rendent pas compte de la dimension et de l'impact que ça a sur leur performance. Et souvent, ils ne savent pas comment s'aider ou comment justement démarrer ça. Et je me suis dit que d'interviewer deux athlètes qui partagent les mêmes difficultés... peut-être ça peut les encourager et leur faire prendre conscience de certaines choses. Tiens, je me demandais, pourquoi tu as accepté de faire cette interview avec moi ?
- Speaker #0
Parce que je trouve que justement, la dimension psychique dans le sport et pour moi dans l'escalade, c'est quelque chose d'hyper important et d'hyper subtil. Et souvent, on donne des parcours, des idées assez spécifiques et assez pointées dans le sens où on te dit si tu veux être compétent en compétition sur tel ou tel thème, il faut faire ça, Et moi, je trouve que j'ai eu un parcours Je vois... différents et atypiques, en tout cas sur ma préparation mentale. Du coup, je trouve ça intéressant d'y réfléchir et de le partager pour aussi montrer à qui ça intéresse qu'il y a différentes façons de faire, il y a différentes façons de le percevoir et de s'approprier la préparation mentale. Donc, c'est surtout pour ça que ça m'intéressait de faire ce podcast aussi avec toi.
- Speaker #2
Très bien. Du coup, est-ce que tu peux te présenter rapidement, tant qu'athlète ?
- Speaker #0
Je m'appelle Naïl Emégnan, j'ai 20 ans, je fais de l'escalade à... près depuis que je suis née. J'ai grandi à Chambéry et là, je vis toujours actuellement à Chambéry. À côté de l'escalade que je fais à haut niveau, je suis étudiante infirmière et j'essaye de jongler entre les deux pour avoir une vie bien remplie.
- Speaker #2
Tu as commencé l'escalade depuis toute petite, même depuis que tu es née. À quel âge tu as commencé les compétitions d'escalade ?
- Speaker #0
Moi, du coup, j'ai commencé les compétitions d'escalade hyper tôt. Je ne sais pas quel âge on a dans la catégorie microbes, mais maintenant, ça n'existe même plus les microbes.
- Speaker #2
Oui, c'est les U10. c'est ça ?
- Speaker #0
ouais voilà et ben moi j'avais fait des compétitions en cabri ça veut dire que c'était en dessous des microbes ah ils ont inventé cabri en Savoie c'était vraiment histoire de dire bon t'as envie de faire une compétition mais t'es trop petite t'es cabri allez hop mais je sais pas du coup j'ai pensé je pense aux alentours de mes 8 ans enfin c'était hyper tôt ouais hyper tôt à 8 ans qu'est-ce qui t'intéresse dans faire la compétition en escalade ? et ben honnêtement moi ce qui m'intéressait c'était faire de l'escalade grimper avec mes copains et m'amuser Et après, vu que je suis rentrée à Chambière-Escalade et que j'étais déjà un peu dans le groupe compétition, on faisait des compétitions, mais je n'étais pas motivée plus que ça par la compétition ou pas. C'était juste m'amuser, avoir envie de grimper, profiter avec les copains, se tirer la bourre dans les blocs.
- Speaker #2
Du coup, ce n'était pas du tout un enjeu pour toi d'aller en compétition, de faire un résultat ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #2
Tu ne te projetais pas du tout là-dessus ?
- Speaker #0
En cabri-microbe, non. Après, à partir de Poussin-Bajamin, tu commences un peu… Ciao ! L'entraînement s'intensifie et du coup, ça pousse tes envies et tes attentes. Mais en cabri, tu grimpes deux fois par semaine parce que c'est trop amusant. Et puis, c'est tout. Ce n'est pas la question de savoir si tu as envie d'être performante ou pas.
- Speaker #2
OK. Du coup, là, tu arrives en Benjamin et tu me dis, là, l'entraînement s'intensifie un peu plus. Tu sens qu'il commence peut-être à y avoir des attentes. C'est quoi tes rêves à ce moment-là en escadre ?
- Speaker #0
Eh bien, nous, on a eu la chance déjà, dès les années en Benjamin, d'avoir la possibilité de... faire des compétitions en mode open international. C'était surtout de diff, mais on avait fait une compétition internationale en bloc. Et là, ça m'a donné goût un peu à la compète et à cette dimension un peu du challenge de savoir être performante sur un moment donné, un instant T, où tu dois tout mettre en place pour essayer d'être au meilleur niveau. Et ça, c'était cool parce que je l'avais découvert un peu sur le circuit national, mais il n'y avait pas énormément de compétition. Et directement d'être lancée dans le grand bas un peu à l'international, ça m'avait montré que c'est hyper marrant de rencontrer d'autres nations, de partager d'autres choses avec des étrangers. Et un peu cette richesse de se dire, l'escalade, pour l'instant, c'est un loisir, mais ça peut devenir un versant de ma vie hyper riche et hyper intéressant sur plein de points de vue, sur la personne que je suis, comment je vais évoluer, comment j'ai envie de pratiquer le sport. Et ça, c'était hyper riche, dès les années Benjamin, en fait.
- Speaker #2
Ah ouais, donc là tu as 12-13 ans ? projette dans cette vie-là ?
- Speaker #0
Oui, carrément. Surtout que je trouve à cette période-là, c'est un peu la période où tu idéalises beaucoup de modes de fonctionnement, beaucoup de personnes où quand tu es plus jeune, tu ne te rends pas trop compte de ce que c'est et quand tu es un peu plus vieux, tu prends... En tout cas, pour moi, je prends un peu plus de recul par rapport à ces vidéos. Mais là, oui, c'était vraiment... Je me disais, j'ai envie d'être comme Kim Jane, de faire un couple du monde. de grimper comme elle, elle grimpe trop bien et du coup de faire des compétitions à ce stage-là à l'international ça m'a vraiment montré que c'était un truc que j'adorais et que je trouvais ça trop fun de partager avec des copains et copines partir en week-end pour grimper avec des étrangers, c'était quand même le rêve
- Speaker #2
Ok, donc toi t'avais l'ambition de ressembler à Kim Jane à cette époque ?
- Speaker #0
Ouais, c'était vraiment mon idole et j'ai jamais eu d'idole dans ma vie Parce que, je ne sais pas, en grandissant, j'en ai déduit que ce n'était pas le mode de fonctionnement que j'avais envie d'avoir. Et que c'était un peu, je ne sais pas, ça ne me convenait pas trop. Mais quand j'étais petite, c'était vraiment Kim Jane, la reine. C'est toujours vraiment une figure de l'escalade. Mais quand j'étais petite, c'était vraiment mon rêve d'être comme elle.
- Speaker #2
Ok. Qu'est-ce qu'elle a représenté pour toi ?
- Speaker #0
Elle a représenté tout ce que j'aime dans l'escalade. Et je crois que c'est surtout la beauté. Dans le sens, la beauté du geste, la beauté de... de l'exécution, de l'escalade. Quand tu la vois grimper, c'est vraiment joli. Tu ressens vraiment quelque chose à travers elle et ça te fait ressentir des choses. Et c'est ça que je trouvais hyper chouette. Je me disais, waouh, là, je regarde un spectacle. Et j'aime bien cette idée de la compétition, on fait pour nous, mais je trouve ça chouette de réussir à dégager quelque chose pour les autres qui nous regardent. Donc, c'était vraiment la figure parfaite de ce que j'imaginais pour moi.
- Speaker #2
C'est marrant parce que tu me dis, la compétition, c'est le regard que tu as sur toi, mais aussi le regard qu'il a que les autres ont sur toi ? Et comment, à cet âge-là, justement, tu vis le regard des autres sur tes performances, sur comment tu es en compétition ?
- Speaker #0
Eh bien, je dirais que moi, à cet âge-là, je le vivais assez mal dans le sens où, de un, à cet âge-là, tu ressens les émotions beaucoup plus fortes que quand tu vieillis. Je pouvais vite être déçue, beaucoup pleurer, être en colère et tout ça. Et du coup, je n'aimais pas du tout partager cette image de moi. Et en même temps, c'est des émotions tellement intenses que tu as du mal contrôlé et que du coup t'es obligé d'être comme ça ça me frustrait de me dire mais je suis en train de pleurer sur une compétition tout le monde me voit pleurer et c'est pas nécessaire alors je passe pas un si mauvais moment que ça c'est juste, voilà, c'est le temps d'appréhender un peu toutes ces émotions d'apprendre à se canaliser, mais du coup c'était difficile de pleurer, d'être en colère et tout ça et j'essayais de l'être le moins possible mais ça a pris du temps et ça s'est pas fait en un claquement de doigts du coup c'était dur pour moi et il y avait aussi le deuxième truc c'est que J'avais déjà un bon niveau à cette époque. Les gens qui me regardaient et tout ça, ils avaient déjà une attente de performance envers moi. Et moi, je n'étais pas encore hyper capable de gérer, de me l'approprier, de passer au-dessus. Du coup, ça a ajouté de la frustration et de la colère à mes performances et de comment je réagissais sur les compétitions.
- Speaker #2
Ah, OK. Tu sentais déjà les attentes des autres à ce stage-là ?
- Speaker #0
Oui, un peu de la compétition dans le sens où, même à ce stage-là, il y a beaucoup les parents qui sont présents. Et donc, nous... Donc, entre jeunes, tu ne fais pas trop la compétition à cet âge-là. Enfin, tu essaies de faire ce que tu peux et puis voilà. Mais je trouvais que c'était surtout les parents des autres enfants, par exemple. Ils savent que tu es forte et du coup, il y a un regard un peu plus… Je ne peux pas vraiment le catégoriser, mais voilà, un regard un peu plus insistant, un regard un peu plus… Ah ben, attends, là, il y a Naïlé qui grimpe, tout le monde s'arrête. Il faut qu'on regarde les méthodes et tout, alors que ce n'est pas spécialement, tu vois. Genre, je grimpe un peu comme tout le monde, mais c'était juste… Vu qu'il s'attendait à ce que je sois forte, il y avait toujours un regard en plus sur moi. Ça, c'était assez difficile à gérer, je pense, surtout à cet âge-là.
- Speaker #2
Ouais, je comprends. Et souvent, on n'a pas le choix de ressentir ces émotions-là et cette frustration ou cette pression. Qu'est-ce que tu te disais, toi, à ce moment-là ? Tu étais en Benjamin, à ce moment-là ? Tu as 12-13 ans. Qu'est-ce que tu te disais à ce moment-là ?
- Speaker #0
Eh bien, j'essaye justement de faire abstraction de tout ça. Je n'ai pas été... dans la gestion de tout ça. Et j'ai plutôt essayé de mettre ça sous le tapis et de me dire, pour le moment, je fais tout ça parce que je m'amuse et que j'ai envie de rigoler, de faire plus du jeu, tu vois. Et je me raccrochais à cette partie jeu, à cette partie plaisir avec les amis et tout ça. Et je mettais un peu le reste sous le tapis en me disant, je ne sais pas, c'est les à côté, c'est le défaut du jeu un peu, tu vois.
- Speaker #2
OK. Un peu le revers de la médaille.
- Speaker #0
Ouais, voilà. Un peu le revers de la médaille, ça, bon, bah, c'est comme ça. Et puis, vu que je m'amuse bien avec mes copains à côté, ça compense.
- Speaker #2
OK. Après, tu arrives en U16 et très vite, je crois, tu gagnes tout au niveau national. Tu enchaînes les podiums, voire les victoires en Coupe de France. Et comment tu gères à ce moment-là la pression, ces attentes ? Parce que là, tu n'es plus seulement la petite Benjamin dans son coin, en Savoie, en Eura. etc. Comment tu gères cette pression quand tu arrives en U16 ?
- Speaker #0
Là, en U16, je sais que j'ai commencé la préparation mentale parce qu'on avait une préparatrice mentale au club et il me semble qu'une fois par semaine, on avait justement des séances en collectif. Tout le groupe a un peu compétition, on avait des séances de préparation mentale et une fois par semaine, c'est énorme. Tu apprends énormément de choses. C'est là que j'ai commencé un peu à prendre les billets que j'avais besoin, à comprendre un peu comment ça fonctionnait. Ça m'a vite Merci. En fait, c'était un problème que j'avais mis sous le tapis, mais je l'ai assez vite sorti du tapis, réglé et appréhendé.
- Speaker #2
Est-ce que tu peux en dire plus sur quel était ce problème-là ?
- Speaker #0
C'était plus par rapport à la gestion du stress, à la gestion du regard des autres, à comment appréhender la compétition, les résultats, qu'est-ce qu'on avait envie de partager, de ressentir et comment on avait envie de le faire. Et ça, c'était intéressant de se positionner là-dessus pour se dire comment est-ce que j'ai envie de le faire. comment dans les faits ça marche d'avoir un peu un apport théorique de ce versant de préparation mentale à cet âge-là. Je trouve que c'était intéressant parce que tu te dis ok, alors ça marche comme ça, comme ça. Moi, j'ai cette problématique, cette problématique. Comment je peux essayer de l'agencer ? Plus tu commences tôt, je dirais, plus tu as conscience du fonctionnement général et plus tu peux trouver la manière dont toi, tu vas utiliser ces ressources. Je dirais que la préparation mentale en UCES, ça m'a pas mal aidée justement à gérer mes émotions, à comprendre pourquoi j'étais frustrée. comment je pouvais gérer ça et à essayer de le canaliser. Mais encore une fois, ce n'était pas le fait de faire des séances de préparation mentale qui m'ont fait m'améliorer. C'était le fait de comprendre comment ça se passait, de le mettre à hauteur de ce que je vivais et d'ensuite, petit à petit, compétition après compétition, trouver les choses qui marchaient pour moi. Ce n'est pas faire de la préparation mentale, ce n'est pas une recette miracle, c'est comme s'entraîner. Il faut trouver son propre process, ses propres... besoin et sa manière de fonctionner.
- Speaker #2
Oui, carrément. Dans préparation mentale, on a préparation. Et c'est pas une recette miracle, trois exercices de respiration qui font que, tiens, d'un coup, ça marche.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #2
Et ce que tu dis, c'est passer par l'intelligence émotionnelle, apprendre à comprendre c'est quoi ces émotions et qu'est-ce qu'on vit.
- Speaker #0
C'est ça. Et à se dire, avoir aussi un peu la conscience de se dire, on me donne plein de pistes et il faut que je sois assez curieuse et assez motivée pour la tester, même si potentiellement, ça ne va pas marcher tout de suite. Il faut se dire, voilà, je vais tester ça, après je vais tester ça, je vais tester ça, et à force de chercher et de travailler, je vais atteindre le point que je souhaiterais, mais il faut garder la motivation de se dire, c'est petit à petit, c'est une brique après une brique.
- Speaker #2
Ok, brique après brique, et d'expérience en expérience, montée en compétence. On reviendra sur cette partie un peu gagnant d'expérience. Justement, t'arrives sur tes années U18. Je crois que tu fais même deuxième au championnat de France senior. Parce que ça y est, tu peux enfin te surqualifier, etc. Et là, démarre vraiment ta carrière internationale parce que tu es qualifiée pour les premières Coupes du Monde.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Là, qu'est-ce que c'est pour toi, ce gap-là ? Comment ça s'est joué en toi ?
- Speaker #0
Alors là, par contre, je trouve qu'il y a un vrai gap de passer sur les compétitions senior. Et moi, je sais que toute ma première saison de Coupe du Monde chez les seniors, je n'ai pas du tout réussi à m'exprimer parce que je trouve que je n'avais pas l'expérience nécessaire et que je me faisais drôlement écraser. un peu comme... Un retour en Benjamin où je me faisais écraser par les attentes, mes émotions, la frustration, la déception et toutes ces sensations qui sont hyper fortes et que du coup, je n'arrivais pas du tout à gérer parce que j'étais dans un nouvel environnement. J'ai un peu tout perdu et d'un coup, je me suis dit « Oula, ça y est, je suis retour en Benjamin, merdouille ! » Tout ce que j'ai appris jusqu'à là, j'ai drôlement du mal à les mettre en place et ça m'a pris... Enfin, pendant toute la saison, je n'ai pas réussi à... à prendre ce recul et analyser un peu ces compétitions, de pourquoi ça ne marchait pas. Et ça m'a pris du temps un peu de comprendre que finalement, ce que j'avais acquis, vu que j'avais passé une nouvelle étape, il fallait que je me le réapproprie. Et ça, je n'avais pas compris. Dans ma tête, j'étais là. J'ai déjà travaillé sur tous ces points. Si j'en suis arrivée là, c'est que c'est acquis. Qu'est-ce qui cloche ? Je ne sais pas, mais ce n'est pas ça. Et en fait, non, vraiment de chercher... de comprendre et d'essayer de revivre un peu ces compétitions pour ressentir plus précisément les sensations, les émotions que tu as vécues, ça te permet de te dire, ah oui, mais attends, en fait, c'était acquis, mais pas sur cette échelle-là. Sur cette échelle-là, c'est des choses qui ne sont pas acquis et qu'il va falloir retravailler.
- Speaker #2
Tu veux dire que quand l'enjeu a augmenté d'un cran, comme par exemple, chez certains, quand ils sont en qualification, c'était pour l'instant ça leur challenge, ça y est, ils arrivent enfin à gérer ça et là, ils arrivent en finale. Et là, ils arrivent en finale, en fait, c'est un nouvel apprentissage.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et puis, il faut un peu... Enfin, je trouve, sur des domaines comme ça, il faut... refaire un panel de ce que tu as déjà appris pour voir si ce que tu as déjà appris n'est pas justement imperfectionné sous une autre forme parce que c'est une autre dimension. C'est un peu, je ne sais pas, je n'ai pas d'exemple, mais c'est un peu si tu fais de la force d'oie que tu es super forte au niveau, par exemple, des compétitions régionales. Et si tu arrives sur les compétitions nationales, tu as une super force d'oie pour ton niveau régional, mais ça t'empêche. de performer au niveau national parce que c'est le cran au-dessus. Mais ça ne veut pas dire que tu es nulle en force d'oie. Il faut juste réajuster pour remonter un peu les curseurs. Il ne faut pas dire que ça, c'était acquis, donc c'est acquis. Il faut toujours un peu rechercher, même sur ses acquis, qu'est-ce qui pourrait être encore amélioré.
- Speaker #2
Ok, très bien. Et du coup, est-ce que ça correspond à cette période quand on avait discuté quand on était allé à Voirou ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Tu me dis, à ce moment-là, tu ne prends plus de plaisir en compétition ?
- Speaker #0
Oui. Parce que justement, je rentre dans ce processus de frustration, de déception. Et moi, comme je l'ai dit depuis le début de l'interview, c'est que les squelettes, pour moi, c'était vraiment un jeu. Et là, ça ne devient plus du tout un jeu, où le jeu, en tout cas, n'est plus marrant. Du coup, je trouve que ça a été dommage, dans le sens où ça me fatigue de dépenser autant de temps et d'énergie pour être frustrée, être parfois en colère et ne pas profiter du moment, alors que C'est des moments qui ne dépendent que de moi. C'est moi qui me l'offre à moi-même de participer à des compétitions. Personne ne me force et du coup, ça ne vaut pas le coup d'être dans cet état-là. Je perds goût à la compétition. Je me dis, je ne m'amuse pas du tout. Ce n'est pas ce que j'ai envie de faire. Qu'est-ce que j'ai envie de faire justement ? Comment j'ai envie de le faire ? Et c'est pour ça que je perds un peu goût à tout ça.
- Speaker #2
Et comment tu as cassé ce cercle vicieux de frustration ? Tu t'amuses moins en compétition, du coup, tu as moins envie d'y aller, du coup, tu es frustré, etc.
- Speaker #0
Et bien justement, je n'ai pas réussi à le casser et je me suis un peu forcée jusqu'à arriver à une sorte de burn-out sportif, dans le sens où je me disais, ça va aller, ça va s'améliorer, Ausha, compète après compète. Et au bout d'un moment, je me suis dit, mais là c'est bon, je ne veux plus jamais faire de compétition de ma vie, j'en ai marre, c'est trop. Je pense que je suis allée beaucoup trop loin dans cette démarche de me dire... Je ne sais pas ce qui se passe. Je m'accroche et j'y vais quand même. Et je suis allée trop loin parce que ce n'était pas nécessaire. J'aurais pu éviter un peu ce burn-out de la compétition qui m'a coûté beaucoup d'énergie et qui m'a demandé beaucoup de ressources après. Je pense que j'aurais pu faire ça beaucoup plus progressivement et revenir petit à petit sur comment ça se passait, qu'est-ce qui se passait mal, pour éviter d'en arriver là. Parce que là, c'était quelque chose qui s'est plutôt imposé à moi d'arrêter que vraiment un choix de me dire Je me suis dit que j'en pouvais plus, il fallait que j'arrête. C'est à ce moment-là où je me dis que j'arrête l'escalade pour une durée indéterminée.
- Speaker #2
Donc là, on est en quelle année ?
- Speaker #0
C'était de septembre 2018 à septembre 2019, il me semble.
- Speaker #2
Ok. Pendant un an, tu te dis...
- Speaker #0
Au début, je m'étais dit que peut-être que je n'en ferais plus jamais carrément. Et puis, même de l'escalade. Et j'ai arrêté l'escalade pendant trois mois. Après, j'ai repris l'escalade parce que j'aimais trop ça quand même. Et du coup, petit à petit, je les reprenais. Mais c'était complètement aléatoire. Des fois, je grimpais trois fois par semaine. Des fois, je ne grimpais pas. Des fois, je grimpais une fois par semaine. C'était vraiment au feeling. Et puis, au bout de cette année de pause, je me suis dit qu'il y a quand même beaucoup de choses que j'aimais et il n'y a quand même pas beaucoup de choses que j'ai besoin de changer ou du moins améliorer pour reprendre plaisir. dans la compétition comme quand j'étais plus petite. Du coup, je suis motivée de reprendre ça. Et donc, j'ai repris l'entraînement 2020, par là.
- Speaker #2
Et tiens, quand tu me dis, j'ai quelques petites choses à améliorer, à changer, c'était quoi les choses que tu avais à changer ?
- Speaker #0
Justement, ces choses-là, c'était plus savoir un peu pourquoi je faisais de l'escalade, comment je faisais de l'escalade et comment j'avais envie de le faire, dans le sens où... j'étais un peu rentrée dans une routine depuis mes années jeunes de la compétition parce que du coup, ça faisait déjà dix ans que je faisais de la compète. Et du coup, j'avais un peu ce truc de me dire je ne vais pas aux compètes comme je me brosse les dents tous les jours. Ça ne doit pas être une attitude, une routine classique. Ce n'est pas ça que j'ai envie. Ce n'est pas pour ça que je fais de l'escalade et que je fais de la compétition. C'est pour que chaque compète, chaque événement soit quelque chose où j'apprenne, où je profite. qui me fasse plaisir. Et du coup, c'était vraiment aller chercher au fond de moi qu'est-ce que j'avais envie de faire et comment je voulais le faire pour pouvoir réussir à profiter sans que ça me coûte de l'énergie. Ouais,
- Speaker #2
ok, je comprends. C'est vrai que souvent, quand on grandit, au début, quand on est enfant, on pense, ok, qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que j'ai envie de faire ? qu'est-ce que je fais ? Après, on gagne un peu en maturité, on se dit, ok, bah, comment je le fais, ce truc-là, pour prendre du plaisir dedans ? Et après, c'est vraiment quand on grandit vraiment, qu'on se dit, ok, mais en fait, pourquoi je le fais ? Pourquoi ça me passionne, et pourquoi ça ? Et une fois qu'on a ce pourquoi, bah, en fait, c'est plus facile derrière de savoir comment le faire, et qu'est-ce que je fais concrètement. Ok, très bien. Donc là, tu décides de reprendre, et on est en quoi, septembre 2019, c'est ça ?
- Speaker #0
Je me souviens plus trop, mais en tout cas, j'ai fait un an en pause, et quand j'ai repris l'entraînement, Du coup, c'était assez dur au début. Parce qu'après un an de pause, même si j'avais continué à grimper, tu repars quand même vraiment zéro. Et ça, ce n'était pas facile à vivre. Mais c'était assez chouette de se dire, de trouver des gens dans ton entourage qui continuent à t'aiguiller et à t'orienter pour que tu puisses retourner à ce niveau auquel tu cherches.
- Speaker #2
C'est qui ces gens dans le club, dans ta famille ?
- Speaker #0
Oui, la famille aussi, parce que c'est vrai que je n'en ai pas trop parlé, mais c'était hyper dur de dire, j'ai 18 ans et je prends la décision de faire une pause escalade. Tout le monde autour de moi ne comprenait pas vraiment. Ils se disaient, tu fais ta crise d'adolescente, ça y est, tu veux faire la fête, tu veux grimper, et puis voilà. Et en fait, c'était assez dur pour moi de me dire, ce n'est pas du tout pour ça que je le fais. Et il y a des choses beaucoup plus profondes en moi qui font que j'ai besoin de faire cette pause. Et je ne me sentais pas du tout compris et accompagnée par le cercle autour de moi. Pas mes proches, mais le cercle juste après de mes proches. Un peu l'entourage, quoi. Et ça, j'avais trouvé ça dur de se dire, peu importe ce qu'ils pensent, je le ressens comme ça et je vais au fond de ce que j'ai envie de faire et comment j'ai envie de le faire. Ça, ce n'était pas facile. Mais du coup, ce petit cercle de personnes proches qui étaient autour de moi, qui me disaient, fais comme tu veux et comme toi tu le sens. Et quand j'ai repris l'entraînement, elles étaient là aussi pour me dire « C'est hyper bien, si tu as envie de le faire, fonce. » Et ça, ça m'a pas mal motivée aussi.
- Speaker #2
Ok, chouette. Donc, ce que tu veux dire, c'est vraiment ton cercle intime, tes parents, tes frères, tes sœurs, eux, ils comprenaient complètement ton choix et ils te soutenaient comme le choix que tu faisais ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ils cherchaient à comprendre ton de vrai et puis ils m'accompagnaient vraiment dans le sens où si tu as envie de le faire et que tu as réfléchi et que c'est comme ça que tu as envie de le faire, il n'y a pas de raison que tu fasses différemment. Ou alors, par rapport aux autres qui me disaient, non mais attends, tu ne te rends pas compte, si tu arrêtes l'escalade maintenant, tu ne retrouveras jamais le niveau ou tu n'arriveras jamais à reprendre ou que des trucs comme ça. Et c'était vraiment pas ce dont j'avais besoin. Du coup, c'était dur de se dire, mon choix, c'est une bonne idée.
- Speaker #2
Ouais, d'assumer vraiment ton choix, ouais.
- Speaker #0
C'est ça. Mais au final, si c'était à refaire, je le referais un milliard de fois.
- Speaker #2
À la suite de ça, du coup, tu décides de reprendre la compétition ?
- Speaker #0
Je crois que je reprends les compétitions, donc 2020. Après, du coup, 2021, je fais les premières compétitions pour me sélectionner en équipe. Donc, les sélectifs seniors et tout ça. Je fais des coupes d'Europe seniors. Je crois que ma meilleure coupe d'Europe, je fais sixième. Ensuite, je fais les championnats d'Europe jeunes que je remporte. Les championnats du monde aussi. Donc, la première fois où je suis championne du monde, c'était en 2021. C'était quand même ouf de se dire, j'ai repris l'entraînement mi-année 2020. Et là, un an après, en 2021, j'arrive à retourner au meilleur niveau et faire championne du monde. Mon premier titre, c'était quelque chose d'assez fort dans ma carrière. C'est ça, quand même.
- Speaker #2
Comment tu continues les compétitions à ce moment-là ?
- Speaker #0
Mais au début, c'était assez dur de se dire. Parce qu'en fait, forcément, je reprends l'entraînement en septembre 2020. Et donc, en février 2021, il y a déjà les premières... Ça fait six mois que j'ai repris l'entraînement. C'est rude, physiquement, mentalement, parce que forcément, je ne suis pas au niveau. Je n'ai pas assez repris, je n'ai pas assez regrimpé pour faire face aux meilleures françaises et tout ça. Et du coup, c'est dur de se dire, OK, l'objectif, c'est de revenir pour les championnats du monde. Tant pis si ça ne se passe pas bien. Tant pis si je ne suis pas à mon meilleur niveau. Il faut que je garde en tête mon cap et que je fonce jusqu'aux championnats du monde, mon objectif. Et je trouve que c'était hyper, hyper puissant d'avoir un coach qui croit en toi et qui croit en l'objectif que tu t'es posé. à plus ou moins long terme et qui, du coup, t'accompagne jusqu'à ce projet qui est assez loin et qui, malgré toutes les compétitions entre temps, vraiment te fait garder la tête haute en te disant « Rappelle-toi, on fait tout ça pour ça » et qu'au final, ça marche. C'est un truc complètement lumière à vivre. Là, je me dis c'est énorme ce qui se passe. C'est trop bien. C'est tellement content d'être là. C'est un truc de ouf. Maintenant, j'ai qu'une seule hâte, c'est de pouvoir performer chez les seniors. Sauf qu'en décembre 2021, je me ronds les ligaments croisés. Et du coup, là, c'est un peu... On coupe un peu l'herbe sous le pied, je commence vraiment à relancer la machine et crac !
- Speaker #1
Ce qui m'inspire dans cette première partie de l'interview, c'est que les épreuves qu'elle a affrontées lui ont permis de s'affirmer elle, qui elle est vraiment. Elle a pris conscience que sa valeur n'est plus définie par ses résultats en compétition, elle existe en dehors. La leçon que j'en tire, c'est qu'on pourrait croire que cette prise de conscience a diminué ses ambitions, mais justement non. C'est ce qui lui a permis de retrouver le goût de la compétition. Elle peut enfin jouer le jeu de façon libérée, sans avoir l'impression de jouer sa vie entière à chaque essai. Elle y retourne car elle aime ça. C'est ce qui la fait vibrer, mais ce n'est plus ce qui détermine qui elle est. Mais tout s'arrête de nouveau brutalement. par sa grave blessure au genou. Dans le prochain épisode, tu découvriras comment elle a fait face aux plus grands défis de sa jeune carrière. Comment elle s'y est prise mentalement pour passer de la période la plus sombre à revenir au plus haut niveau mondial. Je te remercie d'avoir écouté cet épisode jusqu'ici. Viens me partager en commentaire sur Instagram ce qui t'a plu, tes prises de conscience. Et je te dis à bientôt pour un nouvel épisode.