- Speaker #0
Je faisais des tractions avec des sacs de ciment, c'était en mode Rocky dans la grange. Je voyais les petits gars de Chambéry qui faisaient 10h d'entraînement par semaine, moi j'y allais 1h par semaine, genre j'avais juste aucune chance. Et peut-être que ça a été ça le déclic à me dire, ah putain, tu t'entraînes dans ta grange alors que tous les autres ils sont dans des pôles espoir et tout, et t'arrives à être en équipe de France. Moi c'est Antoine, j'ai 25 ans, bientôt 26.
- Speaker #1
Tu passes de je gagne tout c'est facile parce que c'est dans mon territoire, à d'un coup tu te rends compte qu'il y en a qui sont beaucoup plus forts que toi, qui ont plus d'entraînement comme tu dis.
- Speaker #0
Ma plus mauvaise, on va dire, peut-être saison, c'est l'année où je m'étais le plus investi depuis le début. T'es là, tu grimpes vachement en dessous de ton niveau que t'as à l'entraînement. Tu trembles, t'es pas précis, t'as mal au ventre. T'es un peu bridé, j'avais l'impression, sur mon escalade en compétition.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu te disais qui te mettait autant la pression ?
- Speaker #0
Tu t'es entraîné un an pour ça, t'avais l'impression d'être plus fort que tout le monde. Et au final, tu te fais battre par tout le monde.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu savais pertinemment que c'était tes potes, mais c'était aussi tes pires ennemis là-dessus, parce que c'est à celui qui allait faire le meilleur résultat sur cette compétition qu'il allait avoir plus de chances de partir en Coupe du Monde derrière.
- Speaker #1
D'un point de vue mental, on dit oui, je dois travailler ma confiance en moi. C'est pas un truc magique qu'on peut décréter J'ai confiance en moi ou pas confiance en moi En fait ça vient avec le temps,
- Speaker #0
ça vient avec des expériences positives A ce jour on va dire j'ai jamais vécu Une émotion aussi forte que Quand il y a une compétition, ce que t'as dans depuis des années C'est en train de se produire et que tu sens que
- Speaker #1
T'es proche et qu'il faut que tu donnes tout pour l'avoir Quel conseil tu donnerais à un jeune Qui aujourd'hui s'entraîne énormément Voir même est en pôle Qui justement est dans ce je dois performer Je dois avoir des résultats Quel conseil tu lui donnerais ?
- Speaker #0
Je lui dirais une...
- Speaker #1
Et ben salut Antoine !
- Speaker #0
Salut, toi aussi !
- Speaker #1
Deux Antoine, trop content de te recevoir aujourd'hui pour parler de la dimension mentale dans le haut niveau et dans l'escadre et tiens, ça m'intéressait, toi pourquoi t'as voulu venir aussi aujourd'hui faire la route depuis Grenoble pour qu'on puisse se voir en parler ?
- Speaker #0
Ben ça fait déjà, on va dire, la deuxième personne qui me sollicite pour ce genre de contenu et je trouve ça intéressant de faire Partager mon état d'esprit et tout mon chemin que j'ai acquis au cours de toutes ces années d'escalade. J'ai un chemin atypique, un peu sorti de nulle part. Je pense qu'il y a des petits gars ou des filles qui peuvent peut-être se voir à travers moi et ça peut peut-être les inspirer pour plus tard. C'est toujours ça, intéressant de pouvoir donner ce genre de trucs.
- Speaker #1
Ok, trop bien, ça va être super d'écouter ton partage là-dessus. Avant qu'on commence, qu'on aille vraiment dans le cœur du sujet, qu'est-ce qu'on a besoin de savoir sur Antoine Girard pour mieux te comprendre ?
- Speaker #0
Bon, je peux me présenter rapidement si tu veux. Moi c'est Antoine, j'ai 25 ans, bientôt 26. Je viens de la Haute-Loire, au milieu de la France où il n'y a pas grand-chose.
- Speaker #1
Monistrol Vertical ?
- Speaker #0
J'ai fait plusieurs clubs dans la Haute-Loire. Saint-Genest-Malifaux, de base j'ai grandi même dans le... J'ai fait une petite escale dans le Rhône quand j'étais tout petit, où j'ai commencé l'escalade à Vertige. Et après je suis rentré là où j'ai toute ma famille en Haute-Loire. Donc j'ai fait un peu de canton-grimpe à Saint-Genest-Malifaux. Après je suis allé à Monistrol Vertical parce que j'avais mon entraîneur là-bas. Et après je suis parti, Chambéry, Valence, et me voilà aujourd'hui dans ce studio.
- Speaker #1
Ok. Est-ce que pour toi le haut niveau ou l'escalade, la dimension compétition, c'était quelque chose qui était directement présent chez toi quand t'as commencé ou c'est venu avec le temps ?
- Speaker #0
J'ai commencé de manière un peu aléatoire. On va dire que je me cherchais un peu un sport à faire. Mon père était plutôt branché foot, ma mère plutôt branché pas foot. Du coup elle m'a inscrit à l'escalade de manière un peu par défaut, la même année où j'ai attaqué le foot. Donc je crois que c'était en 2007, pas 2017, ça aurait été un peu tard. 2007, donc dans le Rhone, j'ai fait un an de foot où vraiment j'étais nul, et puis les petits ils étaient pas trop sympas avec moi, à l'époque j'avais les cheveux longs, ils disaient que je ressemblais à une fille, je savais pas faire de jongles. J'étais tout le temps sur la touche, donc vraiment le foot c'était pas terrible, j'en ai fait un an, mais un an vite fait quoi. Et en même temps j'ai attaqué l'escalade, et tout de suite on m'a inscrit aux compétitions, je crois dès la première année, donc j'étais en microbe, je crois j'ai fait plusieurs années de microbe, je sais pas si ça s'appelle toujours microbe, peut-être une oeuf ou quelque chose, mais à l'époque c'était microbe, et donc j'ai fait les coupes du run, et puis je crois que dès le début je les ai à peu près toutes gagnées, Donc il y avait quand même une... Peut-être qu'il n'y avait pas grand monde, peut-être qu'il y avait du monde, je ne sais pas, mais j'étais quand même pas trop mauvais comparé au foot où je n'étais pas capable de faire deux jongles, à l'escalade où je gagnais des compètes, je gagnais des coupes, je gagnais des sacs à cordes, moi j'étais trop content, je me disais, punaise, c'est chouette l'escalade, donc j'ai commencé là-dessus et j'ai commencé la compétition dès le début, tu vois, un peu à échelle départementale. Et après, je suis retourné en 2009 dans le club. Dans la Loire, j'ai continué la compétition. Là c'était un peu plus dur, peut-être parce que c'est les années où j'ai commencé à passer en poussin Benjamin et donc il y avait un peu plus de concurrence. Je sais qu'à l'époque, des moments où je faisais des tournois TNPB je crois que ça s'appelait, ou TRPB, et il y en a deux où j'ai fait troisième, où j'étais hyper content. Mais la plupart des autres je me faisais massacrer et je voyais les petits gars de Chambéry qui faisaient 10 heures d'entraînement par semaine, moi j'y allais une heure par semaine, genre j'avais juste aucune chance. Et c'était un peu les premiers électrochops que j'ai subis dans le mode de la compète en me disant ok, je gagnais tout avant, et là je ne gagne pas tout et je suis loin de ne pas tout gagner. Donc c'était les premières remises un peu en question, donc j'ai dû faire face.
- Speaker #1
Pas facile, tu avais quel âge à ce moment-là ? 10 ans ?
- Speaker #0
2009, c'est les années Poussin, Benjamin, donc entre 9 et 13 ans.
- Speaker #1
Comment tu fais entre 9 et 13 ans ? Tu passes de je gagne tout, c'est facile parce que c'est dans mon territoire. c'est mes premières compétitions donc j'ai l'habitude de juste gagner ça te paraît presque normal d'un coup tu te rends compte qu'il y en a qui sont beaucoup plus forts que toi qui ont plus d'entraînement comme tu dis comment tu vis ça à ce stade-là ?
- Speaker #0
on va dire que j'ai mis un moment à avoir le déclic à l'époque j'étais au club de Canton Grimpe à Saint-Germain-l'Ifo et je me faisais entraîner par Marine Largeron qui avait été championne de France quand elle était un peu plus jeune Elle a quand même pas mal d'expérience, donc je sais qu'elle m'avait quand même apporté pas mal de choses. Et puis l'entraînement était beaucoup plus strict qu'à l'époque où j'étais tout petit, où c'était un peu la moitié de la garderie, on s'amusait, c'était la bonne école, c'était tranquille. Là, on commençait à s'entraîner un peu plus pour les compétitions, donc toujours à un rythme insuffisant, on en faisait une fois par semaine. Et puis j'étais dans un groupe performance où on avait une heure et demie toutes les deux semaines en plus. Je n'ai pas suffisant, mais il y avait quand même une implication un petit peu supérieure par rapport aux premières années. Et tout ça, ça a mené à ma première ou deuxième année minime, sûrement ma deuxième année minime, où j'ai fait mes premiers championnats de France. Et sur, on va dire, une espèce de hold-up, je me retrouve à faire huitième de ces championnats de France.
- Speaker #1
Ok. En bloc ?
- Speaker #0
Ouais, en bloc. Alors que je faisais quand même un peu plus de la diff de base, parce qu'il n'y avait pas de mur de bloc en Haute-Loire, tout simplement. Il y avait un petit pan. On s'amusait à faire des blocs mais c'était pas terrible. Et je me suis dit, putain, pas mauvais quoi. Pour vraiment, en grimpant une fois par semaine, j'étais au milieu des gars, il y avait Léo Ferreira, il y avait plein de gens qui sont encore forts aujourd'hui. Il devait avoir Sam Ezeu à l'époque. Et je me suis dit, punaise, Nathan Martin. Et donc je me suis dit, punaise, 8ème, pas si mauvais franchement pour quelqu'un qui s'entraîne quasiment pas. Il y a peut-être un truc à jouer et puis cette compétition elle avait été complètement folle parce que je me faisais massacrer tout le long et une demi-heure avant la fin là il y a le pote, enfin le père d'un pote qui était aussi présent il me semble il m'attrape, il me fait bon, un peu il me secoue, il me fait là tu vas faire ça, tu vas faire ça puis j'avais fait tous les blocs dans les 30 dernières minutes j'étais quasiment sûr d'aller en finale et bon j'étais pas à l'époque c'était 6 et pas 8 en finale, j'étais pas passé en finale mais j'en garde un super souvenir et ça m'avait grave motivé et à l'issue de ça j'ai construit mon pan dans ma grange avec mon papy et que j'ai amélioré d'année en année. Peut-être qu'il y a des gens qui connaissent, c'est l'AMEC Climbing, ça s'appelle. Maintenant, c'est un gros panneau. Ce n'était pas du tout ça à l'époque. Avant, c'était un truc tout miteux avec des matelas de déchetterie en bas. Mais du coup, j'ai commencé là-dessus. Grâce à ça, j'ai pu passer d'un entraînement par semaine encadré à... En fait, j'en faisais tous les jours chez moi. J'avais acheté quand il y avait des prises que je n'arrivais pas à tenir. J'essayais de les acheter ou je faisais des prises à moi en bois. Je me souviens à l'époque, je ne sais pas, je devais avoir... 15 ans, 14 ans, je faisais des tractions avec des sacs de ciment. C'était en mode Rocky dans la grange. Mais du coup, j'ai commencé un peu là-dessus, à m'entraîner tout seul dans ma grange. Je me souviens, il faisait froid l'hiver. Mais c'était vraiment un peu Rocky dans sa grange.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'anime à ce moment-là, pour passer d'un entraînement une heure et demie par semaine, à dire, je vais faire Rocky dans ma grange, je vais soulever des sacs de ciment. Je ne sais pas,
- Speaker #0
il y avait cet élément des championnats de France qui avait été déclencheur. Peut-être que mes parents avaient un peu pris conscience. Ils m'avaient pris une planif à la Team Caillou après, où j'avais ma planif de muscu, où ça me faisait un peu une régularité dans ce que j'avais à faire dans ma grange. Et puis il y avait aussi cet aspect simple de logistique. Avant, il y avait toujours ma mamie qui devait me trimballer à droite à gauche, de temps en temps ma mère aussi. C'était hyper contraignant, surtout à l'époque, je lui avais école tous les jours. Donc là je rentrais chez moi, je faisais 10 mètres, j'allais dans ma grange. Au lieu de m'ennuyer de jouer à la console ou de faire rien, j'allais grimper. Ça m'occupait quoi, au début c'était plus pour ça. Et je sais pas, je m'en souviens pas tant, je sais pas s'il y avait une réelle conviction derrière tout ça d'objectif ou de niveau, mais juste ça me faisait kiffer à l'époque. Et puis un peu il y avait cet aspect... Cet aspect-là qui m'anime toujours, c'est un peu améliorer ma structure chez moi et mon pan, faire mes prises, faire ma structure, tout faire moi-même. Et ça faisait un peu quelque chose en mode clash of clans ou jamais faire mon village tout doucement. C'était ultra valorisant de se dire, putain, ça c'est moi qui ai fait, je grimpe dessus. C'était cool.
- Speaker #1
Ok, à la fois tu construis ton environnement et tu te construis toi, c'est ça qui t'anime et qui te fait passionne ?
- Speaker #0
Puis j'étais grave bricoleur, donc vraiment je pouvais passer des week-ends entiers dans ma grange.
- Speaker #1
pas forcément à grimper enfin voilà ok donc là si je comprends bien c'est juste cette passion de la grimpe cette passion de toi, progresser, découvrir etc et tiens à quel moment ça devient plus qu'une passion ça devient un vrai objectif,
- Speaker #0
un vrai truc où tu te dis ok peut-être c'est mon futur là-dessus c'est dur à dire je pense que ça s'est construit un peu au niveau, un peu progressivement après j'ai eu mes premières sorties en XT A Blo, je me souviens avec le club de Monistrol, et là c'était la révélation, je me suis dit mais c'est trop bien le bloc, donc l'appartement j'ai complètement arrêté la diff quasiment, genre ça devait être en 2017-2018, donc j'avais 17-18 ans, la première fois que j'ai fait vraiment un trip dehors, tu vois avant j'étais allé une journée ou deux, et puis le fait que j'avais mon pan, d'aller grimper dehors, et genre je suis allé dehors et direct j'ai fait mes premiers 7-7, tu vois en sautant toutes les étapes d'avant, j'ai fait mais faut que j'arrête de faire de la voix franchement, genre je fais des trucs 15 fois plus durs en bloc alors que j'en ai jamais fait. En voix, je suis dobé au bout de deux dégaines. Franchement, c'était moins drôle. Donc à partir de ce moment, j'ai arrêté la voix complète. Et puis je me suis mis au bloc à fond. Et d'année en année, ça m'a motivé de plus en plus.
- Speaker #1
T'avais quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #0
À partir de minimum 2, où je devais avoir 16 ans, je dois dire, 2016. Donc ça faisait quand même quelques temps que je m'entraînais pas mal chez moi. J'ai à peu près fait tout le championnat de France chaque année. Je faisais huitième à tout le championnat de France, à peu près. de manière générale entre 8 et 9ème je crois que tous mes championnats de France Jaune j'ai la même stat quasiment où je faisais 8ème et 9ème donc la position un peu frustrante parce que t'es pas en finale mais t'es quand même pas trop nul non plus mais t'es pas récompensé de tes efforts et en 2017 je crois ou 2018 je sais plus je suis sur une espèce de hold-up où j'étais allo sélectif à Karma et j'avais gagné et donc je m'étais retrouvé en équipe de France Jaune et peut-être que ça a été ça le déclic à me dire ah putain et Merci. Tu t'entraînes dans ta grange alors que tous les autres ils sont dans des pôles espoir et tout et t'arrives à être en équipe de France, ça m'a grave motivé quoi. Et bon je m'étais un peu fait tuer à l'international, j'avais fait 21 et 11 peut-être sur une coupe d'Europe sachant qu'à l'époque il y avait un peu moins de monde qu'aujourd'hui. Mais ça m'avait quand même hyper motivé et je pense qu'à partir de ça je me suis vraiment entraîné et toutes les autres années jeunes n'ont pas payé mais après en senior ça s'est quand même bien mieux passé.
- Speaker #1
Ok, comment tu fais pour toi être à chaque fois huitième, frustré de ne pas être en finale, finalement aller sur un coup de chance à l'international ? Alors un coup de chance, bien sûr on peut en parler, mais tu l'as mérité quand même ta place, tu as gagné ce sélectif. Et quand même, tu vois, certains peuvent dire, je tombe toujours du mauvais côté de la pièce, ou toi j'ai l'impression que tu vois plutôt le côté positif de dire, ah ouais mais en fait c'est possible. je peux y aller et je continue à tryhard. Comment, justement, tu vois ça ?
- Speaker #0
Si j'ai vu mal, c'est il y a longtemps quand même. C'est il y a dix ans. Donc, me dire ce qui me raccrochait, je pense que ce qui me raccrochait au début, c'est juste que je kiffais grimper et je kiffais aussi juste faire du panneau le soir chez moi. Ça me motivait grave. Donc, je ne me souviens plus exactement comment je vivais l'échec à cette époque. à cette époque-là, tu vois, peut-être mes premières huitièmes places au championnat de France, je ne vivais pas ça comme un échec, je vivais plutôt ça comme un trop ouf, j'ai gagné le sélectif, génial, tu vois, en équipe de France, j'étais trop content, donc c'était pas forcément un échec, tu vois, je pense, au début. Après, ça l'était plus, de refaire huitièmes chaque année, alors que je savais que j'étais de plus en plus fort, et qu'on va dire que je faisais de plus en plus de la merde sur les compètes et que je me retrouvais huitième, il y avait toujours cet aspect-là qui était un peu dur, mais il y avait aussi cet aspect-là où je me disais, mais Merci. Franchement physiquement t'es super fort mais t'es nul en cordeaux, t'es nul en dalles et tu te retrouves à faire le bloc 8, le bloc 9 de calife genre qui sont des bases physiques et t'es incapable de faire le bloc 1 des frances et souvent j'allais pas en finale à cause de ça en fait parce que j'avais pas fait le bloc 1 ou le bloc 2, je me souviens d'un bloc 2 une fois en fissure que tout le monde faisait, je l'avais pas fait et des fois c'était des dalles, des blocs super faciles que tout le monde faisait, en fait je faisais jamais de dalles, j'étais trop nul et du coup ça me motivait en me disant mais punaise tu combles cette lacune En fait tu te fais tout, tu vas progresser de ouf en terme de résultat, ça va être trop bien. Donc voilà mon pan je l'avais amélioré, j'avais construit une dalle qui s'incline, mes volumes, j'ai commencé à faire mes premières cordes hauts, mes premières dalles dessus. Bon ça c'était pas révolutionnaire mais c'était un petit plus quoi, un petit plus ouais.
- Speaker #1
Ok donc si je comprends bien, t'es ce petit gars qui est sur son panneau et juste qui... qui kiffent sa grimpe, qui kiffent à grimper dessus et ça, ça développe forcément si tu y passes tous les soirs un niveau physique de malade et justement quand on vient à te dire ah ouais mais en fait là j'ai le niveau ben là tu commences à avoir peut-être quelque chose à perdre, tu sens que t'es capable mais que ça marche pas et ouais comment tu le vis à ce moment là où t'es plus...
- Speaker #0
Ma plus mauvaise on va dire peut-être saison c'est l'année où je m'étais le plus investi depuis le début C'est quand j'ai déménagé au Pôle France, donc à Grenoble. J'ai intégré le Pôle France à Voiron, ça devait être en 2021. Et vraiment, c'était ma pire année où j'ai fait mes pires résultats. J'ai pas été pris en équipe, mais de loin. Et c'est peut-être l'année où j'avais le plus de stress et que j'arrivais pas à gérer. Parce que je me suis dit, cette année, tu fais des dalles, tu fais des cordeaux. En physique, t'es toujours pas mauvais. Et avec cette pression, j'ai pas su la gérer. Et je m'étais un peu écroulé, complet même. J'avais fait vraiment des résultats nuls cette année. et pour ça toujours pas facile je sais que là ça m'avait quand même coûté à poser plein de questions mais au final l'envie finit toujours par prendre le dessus et je finissais toujours par revenir et à me dire allez vas-y là tu y vas à fond et puis j'étais revenu d'année en année et puis ça s'était vraiment passé hyper bien toutes les années d'après où il y avait une progression vraiment constante en tout cas à ce niveau là
- Speaker #1
Ok Tiens pour revenir sur ce moment là qu'est-ce que tu disais qui te mettait autant la pression quand t'es arrivé au pôle ?
- Speaker #0
C'est dur à dire, mais c'est un peu une pression inconsciente des moments. Tu grimpes vachement en dessous de ton niveau que tu as à l'entraînement, tu trembles, tu n'es pas précis, tu as mal au ventre, tu ne sais pas forcément, c'est difficile à dire. Je n'avais pas l'impression d'avoir des pensées si négatives que ça, mais j'étais un peu bridé, j'avais l'impression, sur mon escalade en compétition. Et du coup, ça ne se passait vraiment pas comme je l'attendais.
- Speaker #1
Oui, je comprends. Et tu dis, petit à petit, ça finit par passer. Qu'est-ce que tu mets en place à ce moment-là ? Est-ce que tu te questionnes sur la dimension mentale ? Est-ce qu'on t'en parle à ce moment-là ou pas du tout ?
- Speaker #0
Pas tant. Je pense qu'à l'époque, c'était encore pas trop d'actualité. C'était en 2021, ça. Il n'y avait pas grand monde qui en parlait. Plus, je continue à m'entraîner. Je n'étais pas en équipe cette année-là. J'ai continué à faire des dalles, des cordeaux, même après la fin de saison nationale. Et de fil en aiguille, j'ai continué à progresser là-dedans. Et je trouve que j'ai fait beaucoup de contests privés aussi, beaucoup de Coupes de France à l'époque. Et je sais que pour moi, ça a beaucoup joué dans le sens où j'avais besoin de réussir à un stade de compétition aussi pour me sentir capable et après réussir à le reproduire. Et j'ai l'impression que je fonctionne un petit peu toujours comme ça. J'ai besoin de prendre la température, on va dire, pour me sentir à l'aise à ce niveau de compétition. et faire mes preuves. J'ai toujours eu du mal à réussir vraiment direct, faire un énorme résultat direct. Mis à part, on peut peut-être classer cette 8ème place au championnat de France quand j'étais tout petit. Il y a cet aspect mental, se sentir capable de pouvoir jouer dans ce type de compétition qui est à mon avis hyper important et que je me sens peut-être pas juste capable au début. de réussir à ce niveau-là, donc il a fallu un peu de temps pour que je prenne mes marques en tout cas.
- Speaker #1
Ok, donc tu veux dire que c'est plus sur la confiance en toi, la confiance dans ta capacité à résoudre ? C'est ça,
- Speaker #0
la confiance et y aller un peu sans pression, en se disant en mode je sais faire, de toute façon je l'ai déjà fait, j'ai déjà réussi à ce niveau-là, j'ai déjà battu ces gens, je m'entraîne avec eux, je les bats à l'entraînement, et tous ces petits éléments font que tu arrives quand même plus confiant et avec moins de pression sur ces événements en tout cas je trouve.
- Speaker #1
Ok ouais t'as plus de sentiments de légitimité ou t'as plus l'expérience et en fait la confiance souvent d'un point du mental quand on dit oui je dois travailler ma confiance en moi c'est pas un truc magique qu'on peut décréter j'ai confiance en moi ou pas confiance en moi en fait ça vient avec le temps, ça vient avec des expériences positives donc toi c'est ça que tu dis c'est en construisant petit à petit ce chemin en tous les jours retournant à l'entraînement en t'entraînant avec des gens de haut niveau là tu t'es rendu compte que
- Speaker #0
petit à petit t'avais les compétences tu pouvais te battre à égal avec eux et après je pense aussi ça dépend aussi vachement des gens il y a des gens qui ont un peu sur-confiance en eux et qui ont peut-être pas besoin de toutes ces étapes et de poser toutes ces pierres pour arriver à ce stade là mais je sais qu'il y a des gens si t'as pas une confiance en toi absolue dès le début c'est des éléments qui aident de ouf de choper toutes ces petites infos pour dire ok maintenant je suis capable je peux jouer à ce niveau là
- Speaker #1
Ouais super c'est important aussi je pense de le dire que les gens se rendent compte qu'il n'y a pas qu'un seul chemin et puis ce qu'on voit peut-être sur Instagram, sur les réseaux ou en vidéo on a l'impression que les gens sont arrivés d'un coup comme ça
- Speaker #0
Non c'est biaisé
- Speaker #1
Mais en fait c'est biaisé, c'est foutaise. Foutaise, en fait, il y a tellement d'étapes avant, il y a tellement de petits moments clés.
- Speaker #0
Les réseaux c'est une mascarade, faut pas croire. C'est juste la vitrine du truc. Enfin, moi aujourd'hui, c'est pas l'image de moi-même que je veux refréter à travers le réseau, c'est une sorte de vitrine, d'un point de vue on va dire c'est... C'est intéressant, je pense que c'est une étape clé pour pouvoir vivre de ton sport aujourd'hui, les réseaux. Et c'est avant tout une vitrine de ce que tu as envie de montrer de toi, et ce n'est pas forcément ta personnalité que tu vas montrer aux gens de ton entourage aujourd'hui. Et je pense que c'est important, enfin pour moi, ça a été aussi un déclic important là-dessus, me dire... De toute façon, c'est du consommable, les réseaux, les gens, ils vont regarder ça trois secondes, ils vont l'oublier. Qu'un jour, tu mettes une connerie ou un truc qui ne te ressemble pas, personne ne va te juger là-dessus parce que dans une semaine, tout le monde l'aura oublié. Donc, avant tout, c'est une vitrine, entretenir ton image, mais c'est l'image que tu as envie de donner de toi. Et c'est quelque chose que je trouve assez intéressant à développer.
- Speaker #1
En gardant ce côté plutôt positif, pas négatif, mais juste, c'est une partie de toi que tu veux montrer.
- Speaker #0
Pas forcément intimiste, parce que le côté intime de toi, tu vas le garder pour tes proches. Mais voilà, c'est pour la communauté. Tu mets uniquement des blocs que tu topes, des blocs durs. Ah ouais, c'est impressionnant, il est trop fort. Mais en soi, t'es tombé 30 fois pour le faire le bloc. Si c'est pas 100, tu t'es entraîné des heures derrière. Et ça, tu le montres pas forcément, parce que ça intéresse pas les gens. Alors que si je voulais montrer un truc plutôt intime... Je mettrais comment j'en ai chié avant et je ne mettrais peut-être pas forcément que la réussite tout le temps, mais c'est parce que les gens ont forcément envie de voir tout le temps. Maintenant, je mets plutôt des choses sur les réseaux parce que je sais que ça va marcher. Plutôt qu'un truc qui me tient vraiment à cœur et je sais pertinemment que ça ne va pas marcher, je ne le mets pas. Je me dis que les gens dont je suis proche,
- Speaker #1
ils me connaissent,
- Speaker #0
ils sauront par où je suis passé. Et les autres, ils verront juste la réussite et je pense que c'est ce qu'ils ont envie de voir, la plupart des gens en tout cas.
- Speaker #1
Je trouve que là-dessus, je pense que les gens sont aussi friands de ça. On ne va pas parler de tous les réseaux et de toutes les façons de faire du contenu, mais je trouve que moi j'apprécie le fait qu'on monte le chemin. En termes de storytelling, je trouve ça super intéressant, comment on arrive à ça. Et l'escalade, en vrai, on passe 99% de nos temps ratés pour essayer 1%. Et ça, c'est important de le savoir.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Mais en fait, je pense que ça concerne une petite partie des abonnés qui sont intéressés par tous ces éléments. Mais on va dire dans ce système de consommation un peu de masse de contenu, tu regardes 10 secondes, tu ne vas pas t'attarder sur une histoire. C'est vraiment si tu es intéressé par la personne. Et donc, c'est hyper intéressant qu'il y ait ce type de contenu. Instagram en tout cas c'est pas la plateforme idéale pour repartager, les gens ils prennent pas le temps sur Instagram alors que sur Spotify sur 4 heures de voiture pour descendre dans le sud là ils vont se dire là j'ai une heure à me consacrer à ça, pourquoi pas j'écoute.
- Speaker #1
Pour monter à Fontainebleau et écouter justement les conseils d'Antoine Girard. Tiens bah aujourd'hui toi c'est quoi ton identité, c'est quoi comment tu te définirais par rapport au niveau, par rapport à ce que tu veux accomplir ?
- Speaker #0
Un peu ma façon de voir les choses ? Oui,
- Speaker #1
ta façon de voir les choses, ta façon, toi, qu'est-ce qui est important pour toi ? D'ailleurs, pourquoi aujourd'hui tu fais du haut niveau ? Pas pourquoi dans le sens, mais pour aller vers quoi ? Qu'est-ce qui t'inspire ?
- Speaker #0
Je pense que ma vision des choses, elle a quand même pas mal changé au cours des dernières années. Ce qui avant, c'était un peu, je dois réussir, je m'investis à fond. Et le fait de dire je dois, je pense que ce n'est pas ultra productif. Et aujourd'hui, je me dis que je kiffe ce que je fais, j'ai de la chance de ouf. Il y a des gens qui vont au taf tous les jours. La plupart des gens vont dans un taf qu'ils n'aiment même pas. Moi, j'ai aménagé toutes mes études. Bon, certes, j'ai pris mon temps. Je n'ai eu aucune relation sociale à l'école pendant des années, mais j'avais des super potes à l'escalade. J'attendais qu'une chose, c'était d'aller grimper. Encore, je suis en stage, je termine mes études. J'aime bien mon stage aussi, mais à côté, je kiffe grimper. Je me dis que j'ai trop de la chance de faire ça. Et il y a aussi ça qui me motive, me dire, est-ce que je vais être capable de trouver, si je ne fais pas ça, trouver quelque chose d'autre à côté qui me fait autant kiffer. Donc pour l'instant, je me dis plutôt maintenant, un peu, je me dis, tu as de la chance de faire ça depuis toutes ces années. Et en vrai, quand j'ai des moments de doute, je me dis, mais en fait, tu adores faire ça. Il ne faut pas arrêter parce que tu vas retourner dans un train de vie normal, aller au boulot. Peut-être que tu n'aimeras pas ce boulot. Donc continue, vas-y à fond et franchement c'est trop bien de vivre de ce qui te fait le plus kiffer. Et donc je le vois un peu comme ça maintenant, moins comme je dois réussir, mais en me disant, vas-y à fond, au pire si tu deviens dans Compète, t'iras grimper dehors, t'adores ça aussi, tu peux tout à fait en vivre aussi de la grimpe dehors, et que j'ai plein d'opportunités différentes de faire mon petit chemin et d'arriver à vivre de ma passion, et que peu importe ce qu'il arrive, si je m'investis à fond, j'y arriverai en fait, parce que c'est ça qui me motive et j'ai envie de faire ça plus tard.
- Speaker #1
C'est vrai que j'ai discuté avec un autre athlète en diff et lui il avait mis un petit peu sa carrière en stand-by et puis là il l'a repris et le déclic qu'il avait eu, il me racontait c'était en Coupe du Monde il y allait en tant que spectateur à Chamonix et en fait ce qu'il avait fait vibrer à ce moment-là c'est de sentir cette foule, cette énergie et de se rendre compte qu'au-delà du podium au-delà de la médaille de quelle place il allait faire c'était plutôt vivre ce genre d'instant et c'est vrai que ce sont des moments unique qu'on s'offre que ce soit tous les jours à l'entraînement parce qu'on va aux quatre coins du monde où on s'entraîne avec des gens incroyablement inspirants ou alors aller effectivement aux coupes du monde et là vivre des trucs de ouf et je trouve ça c'est Ouais bah il y a cet élément là aussi que en compétition tu vis des on va dire des émotions et des sentiments que tu
- Speaker #0
peux pas trop vivre au jour le jour si tu fais pas ça tu vois alors en extérieur t'as eu des émotions de fou Mais c'est complètement différent je trouve, c'est plus étalé, c'est moins intense sur le moment, t'as moins cet état de trance en tout cas que tu peux avoir en compète où tu ressens toute l'ambiance qu'il y a autour. A ce jour on va dire que j'ai jamais vécu une émotion aussi forte que quand il y a une compète et ce que t'as depuis des années c'est en train de se produire et que tu sens que t'es proche et qu'il faut que tu donnes tout pour l'avoir. Genre là t'as des émotions vraiment indescriptibles tu vois, c'est vraiment... C'est ce qui te fait aussi aimer la compétition. Tu vas t'entraîner des heures et des heures, peut-être deux ou trois minutes d'émotions folles, mais tu ne peux pas les vivre autrement.
- Speaker #1
Quel conseil tu donnerais à un jeune qui aujourd'hui s'entraîne énormément, voire même est en pôle, ou sent qu'il peut aller en équipe de France et pas loin, et qui justement est dans ce « je dois performer, je dois avoir des résultats » . Quel conseil tu lui donnerais ?
- Speaker #0
Je lui dirais de faire un peu comme moi, d'essayer de relativiser, de dire « gars, t'as de la chance, à côté de tes études, peut-être que ça te fait kiffer, peut-être que ça ne te fait pas kiffer, je ne sais pas, mais là, t'es en train de faire un truc que, franchement, c'est trop bien, t'adores faire ça, vas-y à fond, et vu que c'est ça que t'adores faire, autant s'y investir à fond et voir ce que ça donne, sans forcément se mettre de pression, parce qu'en soi... » Tu te loupes pour que tu réussisses, t'aimeras toujours autant l'escalade derrière si t'es vraiment passionné, on va dire. Et que l'escalade, la chance qu'on a, c'est qu'il y a plein de facettes différentes. C'est pas comme, je sais pas, le bowling. Tu dois faire des matchs de bowling, on va dire. Tu peux pas aller faire du bowling dehors à Fontainebleau, donc ça marche pas. Et donc l'escalade, je trouve ce qui est génial, c'est qu'il y a plein de facettes, plein de moyens différents de réussir. Et que si ça ne marche pas dans quelque chose, tu peux faire juste quelque chose d'autre. Et tout autant kiffer ton escalade. Je pense qu'il ne faut pas se mettre de barrière ou de contrainte de résultat vis-à-vis de ça. Parce que déjà la vie est quand même plutôt longue, tu as le temps. Si tu es au lycée, tu as peut-être encore 15 ans devant toi pour progresser. 15-20 ans pour progresser. Il y a encore des exemples de gars qui ont 50 ans, ils font des huissées dehors. On a de la chance d'avoir un sport qui a une longévité de ouf dedans.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on a parfois l'impression que tout se joue cette année et si à ce championnat de France je ne réussis pas c'est foutu.
- Speaker #0
C'est ça. Après il faut avoir aussi le soutien derrière. Il y a toujours cet aspect financier, avoir les parents qui sont d'accord d'accompagner dans un premier temps. Et ça tout le monde n'a pas la chance de les avoir. Mais si on a des parents qui sont un minimum investis derrière, ils comprendront tout à fait que parfois ça peut mal se passer. Et si on s'investit à fond et de la meilleure des manières. Bah forcément un jour ça va finir par marcher, d'une certaine manière selon moi, mais voilà faut pas se mettre la pression vis-à-vis de allez cette année je donne tout, je veux réussir cette année, plus ça va finir par marcher, je sais pas quand, on va voir, incha'Allah ça va marcher, je sais pas quand mais ça va marcher, et plutôt de voir les choses, pas se mettre de deadline, dire ça va finir par marcher et je fais tout ce que je peux pour que ça marche un jour quoi.
- Speaker #1
Ouais ce que disait Sam d'ailleurs sur ce photo il est là. Dans le dernier épisode, dans le dernier interview avec lui, que justement, pour lui, c'était mathématique l'entraînement. En fait, si tu t'entraînes régulièrement, que tu fais les efforts, en fait, un jour ou l'autre, c'est sûr, ça va marcher. Et c'est plus comment tu construis ce chemin pour que tu prennes du plaisir dedans, pour le faire le plus longtemps possible. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. plutôt la clé et j'ai l'impression que c'est un peu aussi le paradoxe qu'ils doivent comprendre parce que paradoxalement quand tu te détaches du résultat tu te détaches de cette pression de je dois faire ça cette année et ben c'est même là où tu es le plus performant ouais bah c'est tout l'intérêt de j'ai fait de la prépa mentale et c'était vraiment j'en fais toujours d'ailleurs et c'était vraiment l'enjeu arriver à se détacher de ce résultat et et avoir cet état d'esprit en disant je kiffe l'escalade j'y vais juste pour kiffer avec cette compétition parce que franchement j'adore ça, j'adore les sensations j'y vais pour jouer plus que pour gagner cette compétition après toujours inconsciemment t'as quand même vachement envie de la gagner cette compétition mais il faut arriver vraiment à se détacher de tout ça et y aller et se dire bon allez j'y vais à fond comme à l'entraînement là je prends les blocs un par un je m'amuse, je joue jusqu'à la fin puis si ça marche pas bah tant pis j'aurai perdu sur ce bloc là je m'occupe du suivant tu vois mais vraiment avoir cette attitude là moi je trouve Merci. Ça a joué pour moi, où je ne me disais plus, allez vas-y, celui-là tu dois le faire, sinon c'est un peu foutu. Tu te donnes tout ce que tu peux, tu vas le faire, et si tu ne le fais pas, tant pis, il t'aura fait tout ce que tu pouvais faire. Ta partie est un peu comme une partie de fléchette ou un tournoi d'échecs, tu peux perdre une manche, mais tu vas gagner la suivante. C'est un peu voir ça comme... comme un jeu ou un combat de boxe où tu prends un coup mais tu en redonnes un autre derrière et plus le voir comme ça, j'ai l'impression, pas le voir comme je dois à tout prix tout gagner, il peut y avoir des bas, des hauts et puis ça va quand même marcher au bout d'un moment.
- Speaker #1
C'est intéressant et du coup tu m'as dit que là tu avais fait de la préparation mentale là-dessus, à quel moment tu t'es dit ok il faut que je travaille sur cet aspect mental ?
- Speaker #0
Je dirais qu'il y a eu plein de déclics. Il y a eu le premier déclic où je ne faisais que du panneau. J'ai progressé physiquement mais j'étais nul en cordeaux en dalles. Après j'ai commencé à faire des cordeaux des dalles. J'ai progressé et du coup j'étais à peu près fort partout on va dire. Et après je me suis dit qu'est-ce qui me manque ? L'aspect mental, je n'ai jamais bossé dessus. En vrai ça peut être intéressant, je pense qu'il y a plein de choses à savoir. Et puis c'était à l'époque, j'ai commencé il y a deux ans. Et il y a de plus en plus de personnes qui commençaient à en parler. C'était déjà prouvé dans d'autres sports que ça fonctionnait. Donc je me suis dit essaye et voir. C'est quelque chose qui n'est pas forcément quantifiable, mais en soi, à part un peu d'argent, tu n'as pas grand chose à perdre. Donc voilà, je me suis lancé, j'ai essayé, ça m'a plu. Si ça se trouve, j'aurais fait des résultats encore mieux sans la prépa mentale, je n'en sais rien. Peut-être pas, je ne sais pas. C'est difficile, tu ne peux pas le quantifier. Mais dans tous les cas, je suis hyper satisfait de mon évaluation mentale et de ce que je mets en place aujourd'hui, de ce niveau-là. Et j'ai l'impression que ça me permet aussi de prendre beaucoup plus de plaisir et de recul dans ma pratique du sport aussi en fait. Et de ne pas m'écraser après un échec, de rebondir beaucoup plus vite en relativisant tout un tas de choses. Et à me dire, voilà, me rappeler tout ce qu'on a dit avant. Tu as de la chance, tu kiffes faire ça, il faut continuer.
- Speaker #1
Ouais, effectivement, on ne peut pas mesurer l'impact comme sur, je ne sais pas, une traction. Laisse-toi savoir exactement combien tu pourrais soulever plus. Par contre, ce que tu dis, c'est que toi, ça t'aide énormément à voir ça dans la durée. Parce que l'enjeu du haut niveau, ce n'est pas une saison, comme on a dit juste avant. C'est plusieurs saisons, comment tu progresses tout au fil de ces saisons. Donc toi ça t'a aidé à aussi garder ce fil et pouvoir rebondir, c'est ça ?
- Speaker #0
Ouais c'est ça, garder la motive et savoir ce que c'est ma direction en quelque sorte, où je vais, où j'ai envie d'aller. Et ça fait un peu une ligne directrice que tu suis et qui te permet d'être plutôt stable tout au long d'une saison et de ne pas avoir une grosse dépression pendant six mois. J'ai loupé. C'est les France dans un an l'année prochaine, mon prochain objectif, ça fait chier quoi, qu'est-ce que je vais faire pendant un an ? Et non, tu te mets des autres objectifs, progresser en site, ça peut être des objectifs de résultats, d'autres compétitions, des objectifs dehors, ça peut être des objectifs débiles, genre je veux venir faire une traction sur du 8mm fin août, et ça permet un peu d'échelonner cette progression. Et puis à terme, du coup, d'atteindre d'autres objectifs, mais de garder le cap, garder la motive. Et je trouve que c'est hyper important pour ça aussi.
- Speaker #1
Ok. Et tiens, pour revenir un peu plus dans le concret, ces dernières années, tu étais souvent qualifié en Coupe d'Europe. Tu as fait d'ailleurs des très beaux résultats. Tu as fait des médailles, etc. Tu étais toujours un peu à la recherche de ces qualifs en Coupe du Monde. Et là, cette année, il y avait eu la simulation, je m'appelle à la Zipet. Tu étais super fort. On se dit, voilà, Antoine. Il est vraiment en canne. Et malgré ça, tes championnats de France se passent pas très bien.
- Speaker #0
Pas bien.
- Speaker #1
Pas bien, on s'est croisés d'ailleurs quelques jours après à Véa, on en avait parlé. Ouais, raconte-nous un peu ces championnats de France qui s'étaient joués en toi. Comment t'as vécu ça ?
- Speaker #0
Pour remettre tout dans son contexte, ça faisait on va dire je pense quasi 4 ans que j'étais en... en équipe de France chaque année. Donc première fois, Coupe d'Europe, je crois que c'était même avant que je vienne à Grenoble, c'était pendant Covid, j'en avais pas fait parce que ça a été annulé. Mais les vrais, ça devait être 2022, les premières que j'ai faites. Donc j'ai dû faire, ça doit être ma quatrième saison. Donc au début, j'étais refait et étape en étape, au bout d'un moment, quand ça faisait trois fois de suite que je faisais les Coupes d'Europe, que je devais faire mes preuves, j'avais envie d'aller en Coupe du Monde. C'était l'étape d'après et c'était tellement dur de... Tu y allais un peu, ok j'y vais pour kiffer à cette Coupe d'Europe, mais en fait je dois faire un podium parce que sinon ma saison elle s'arrête là.
- Speaker #1
Ouais, ça a été dur aussi.
- Speaker #0
Donc c'est aussi à ce moment-là que j'ai attaqué la prépa mentale parce que c'était hyper dur mentalement d'y aller, d'aborder une compétition comme ça, surtout dans le sens où tu y allais avec les Français, tu savais pertinemment que c'était tes potes, mais c'était aussi tes pires ennemis là-dessus parce que c'est à celui qui allait faire le meilleur résultat sur cette compète qu'il allait avoir le plus de chances de partir en Coupe du Monde derrière.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc c'était hyper dur mentalement en fait ces compètes parce que... C'était jamais fini, tu passais les qualifs, ok, tu passais les demi, ok, et t'arrivais en finale, t'avais d'autres pays qui étaient hyper contents, ils allaient te sélectionner pour toutes les Coupes du Monde cette année et l'année d'après, et toi tu disais, bah non, pour l'instant j'ai rien, moi j'ai même pas une Coupe du Monde, si je suis pas sur le podium, c'est foutu quoi. Et encore des moments t'étais sur le podium et tu faisais aucune Coupe du Monde derrière. Donc c'était vraiment la guerre, et un peu cette situation de devoir prouver tout le temps, tout le temps. C'est quelque chose qui me fatiguait et j'avais envie d'aller en année et de dire j'ai plus envie de passer par les Coupes d'Europe, j'ai envie d'aller direct en Coupe du Monde et de faire mes preuves, prendre mon expérience là-dessus. Et donc je pense que la prépa mentale a joué énormément là-dessus en tout cas.
- Speaker #1
C'était quoi le déclic qui t'a permis de passer de c'est la guerre, faut que je fasse mes preuves, parce qu'on a parlé de plaisir le savon et en même temps...
- Speaker #0
La première année en Coupe d'Europe, il y a eu toute une étape de prise de conscience que j'étais capable de jouer. Tu vois, la première, je l'ai fait 12, 4, puis 3. J'ai dit ok, je peux faire des podiums. L'année d'après, j'ai fait 2 podiums. Je crois que j'ai fait 2 et 3. L'année d'après, j'ai fait 4 et 2. Donc, il y avait un peu cette régularité qui... Je sentais que j'étais capable de réussir à ce niveau. J'y arrivais quasiment systématiquement. Et quand ça se passe comme ça, tu as envie juste de passer à l'étape du dessus. Tu dis bon, ce niveau, ok, validé. Maintenant j'ai envie de jouer dans la cour des grands et de passer à l'étape du dessus. Et donc cette année, je me sentais surfort tu vois, donc je me suis dit bon cette année c'est mon année là. Franchement t'es hyper fort, t'as jamais été aussi fort, aussi polyvalent tu vois. En bordeaux franchement j'étais pas si nul que ça, en dalles j'étais super fort, en physique toujours vraiment fort. J'avais comblé mes lacunes sur les arquées où c'était pas forcément mon point fort. Je me suis dit cette année ça va le faire c'est sûr. Et donc en plus il y avait eu Basset Simul et la Zipette, tout un tas de circuits où j'étais super fort, ça se passait bien partout. Je m'étais fait inviter sur plein d'événements, des sortes de contests internationaux. J'avais fait le deuxième à tous. Bon ça aurait pu être mieux mais ça aurait pu être pire aussi. Il y avait une super régularité et c'était ça que je cherchais depuis des années. Cette régularité qui était à mon avis le truc hyper important pour réussir quand tu as un one shot comme ça chaque année au France. Si t'es pas régulier, c'est un peu tu roules être russe, ah bah merde, loupé, à l'année prochaine. Alors que si t'es régulier tout le temps, tu sais que t'as toutes tes chances de réussir, tu vois. Puis l'année d'avant, j'avais fait ma finale au France, où je m'étais dit, bah c'est bon, le déclic il est passé, finale au France, tu l'as faite. T'avais jamais fait ça toute ta vie, même en jeune. Là, tu l'as fait en senior, c'est bon, le déclic il est passé, cette année c'est à toi. Et là, j'arrive au France et je me viens de mes complets, enfin, même pas je me viens de temps, parce que j'étais en forme. mais le tour me convenait pas j'ai pas réussi à m'exprimer c'était hyper dur à gérer parce qu'il y avait deux blocs un peu plus facile au début et après les deux qui étaient dans mon style c'était les deux derniers mais ils étaient super durs et j'ai pas réussi à faire la différence là dedans et donc là franchement ça a été dur de fou quoi il y avait pendant deux semaines c'est comme beaucoup de gens tu as envie de tout arrêter tu fais mais c'est déprimant de faire la compétition tu vois tu t'entraînais un an pour ça tu avais l'impression d'être plus fort que tout le monde et au final tu te fais battre par tout le monde et du coup ça remet beaucoup de choses en place je me souviens il y avait 3 semaines jusqu'au sélectif et il y avait 2 semaines où c'était rude j'allais grimper pour grimper pour essayer d'entretenir le niveau parce que je savais que j'allais aller au sélectif dans tous les cas parce qu'il ne faut pas abandonner comme ça il reste une chance Mais bon, comme c'est un cumul entre les deux, quand tu fais 16e à un truc, tu fais ok, ils en prennent, il y avait genre 3 spots pour aller en Coupe du Monde, c'est mal engagé quoi. Et du coup, la dernière semaine du sélectif, j'avais fait quand même pas mal de prépa mentale pendant ces deux semaines pour essayer de remonter la pente, pareil, essayer de dépolariser, qu'est-ce que j'y gagne à me viander, tu vois, j'avais réservé mon voyage à Rockland, juillet-août, donc j'y vais toujours. Je me disais, c'est pas grave, tu te loupes, tu vas faire du panneau pendant 6 mois, continuer à faire 3 dalles, 3 cordes pour entretenir ton niveau, et puis tu iras tuer au clan dans juillet-août et tu vas t'entraîner pour ça, et ça va être trop bien.
- Speaker #1
Ok, donc là c'est te raccrocher sur d'autres parties, d'autres objectifs ? Oui,
- Speaker #0
fixer d'autres objectifs et de me voir que ma vie en fait elle s'arrêtait pas à ces frances, qu'elle s'arrêtait pas à ce sélectif et que si je me loupais, dommage, je fais chier, mais c'était pas si grave en fait, j'allais quand même faire une saison kiffée ça faisait 4 ans que je suis pas allé à Rockland, j'adore cet endroit, j'ai trop hâte d'y retourner et que dans tous les cas, quoi qu'il arrive... Et puis encore pire, si je fais toutes les compètes, je vais être moins fort que si je m'entraîne que pour Rockland. Donc essayer de voir des côtés, ok, si je me loupe, c'est peut-être pas si mal non plus, c'est pas horrible. Donc vraiment dédramatiser la situation, et après se rappeler plein d'éléments. Sur les trois derniers sélectifs, j'avais déjà fait trois fois deuxième ou deux fois deuxième. Je me suis dit, les sélectifs, ça me correspond de ouf, c'est des bases physiques, c'est moins recherché, c'est des blocs classiques. Tu sais faire, chaque année tu fais deuxième quasiment au sélectif. Là au France, tout le monde s'est viandé quasiment. Il y a plein de gens qui étaient attendus, qui font le même résultat que moi. Donc je me dis, en fait on est tous dans le même panier. On relance les cartes au sélectif. Et puis celui qui fera le meilleur résultat, il va aller en Coupe du Monde. Donc voilà, j'y suis allé un peu en mode, ok vas-y, à fond, joue. Un peu comme on a parlé juste avant. Et puis si tu loupes, c'est pas grave. Et puis si tu réussis... tant mieux tu vois ça va être hyper cool et ça a marché de fou Max gagne et donc je fais premier du premier tour et troisième du deuxième ça c'est jouer à vraiment pas grand chose et le deuxième tour je fais pas un tour de fou mais j'arrive un peu à sortir mon épingle du jeu dans mes qualités physiques même si j'ai merdé dans quelques blocs et j'arrive quand même à finir deuxième de sélectif et du coup ça me propulse en coupe du monde et du coup là j'étais refait et en fait ça montre que un peu de... Enfin, il faut toujours s'accrocher au final. C'était un peu le dénouement pas inattendu parce que j'y croyais quand même au fond de moi. Mais c'était vraiment le petit truc qui pouvait montrer que si tu t'accroches et tu t'investis, parfois ça ne marche pas du tout et parfois ça marche hyper bien. C'est un peu comme disait Sam, on va dire, c'est mathématique, ça finit par marcher un moment. Dès le moment où ce n'est pas le bon moment, on va dire peut-être le petit coup de bol, le petit coup de réussite qui a fait que c'était le bon moment. Et que ça s'est hyper bien passé et que c'était cool, vraiment cool là-dessus.
- Speaker #1
Peut-être le fait d'avoir un peu tout perdu entre guillemets au France, peut-être recentrer, dépolariser sur le fait de, ok, est-ce que c'est grave, pas grave, finalement j'ai plein d'autres choses à vivre. Du coup, t'y arriver avec un regard neuf, plus avec je dois performer en Coupe du Monde, mais juste, je dois me donner à fond, tenter ma chance à fond et te concentrer sur toi, tes capacités. Et ça t'a permis de te connecter à ta grimpe ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il y a de ça. En fait, c'est un peu ce mode, j'ai rien à perdre et j'y vais à fond. Il y avait ça. Et puis après, on va dire que c'est toujours chiant de louper une compétition, mais ça te fait toujours une piqûre de rappel que, OK, je suis fort, mais je ne suis pas immortel. Je peux largement me faire tuer par tout le monde assez facilement. Tout le monde est fort. Et je pense que c'est toujours intéressant d'avoir ces piqûres de rappel parce que ça te remet à l'ordre et te dit, OK, là, il faut que je m'entraîne à fond. Parce que derrière, il y a plein de gars forts qui ont envie d'aller en Coupe du Monde, en Coupe d'Europe. Et il ne faut pas lâcher. Ils sont tous méritants, ils sont tous forts. Déjà, c'est une chance d'y être. Et ils sont tous super forts, donc il ne faut négliger personne. Il faut se battre à fond, quoi qu'il arrive.
- Speaker #1
C'est ça, c'est que le jour J, on commence tous avec zéro top, zéro zone. Quand on s'appelle Mejdi, Antoine, Sam, on est tous à zéro top, zéro zone. Et c'est ce qu'on met en place à ce moment-là qui fait la différence. Comment on vit ça.
- Speaker #0
tout peut se passer en fait c'est ça qui est beau du coup t'as fait ta première Coupe du Monde de la saison ouais raconte-nous un peu comment ça s'est passé pour toi j'avais quand même des ambitions parce que l'année dernière j'avais fait deux Coupes du Monde et la première que je fais l'année dernière du coup c'est quasiment ma première Coupe du Monde j'en ai fait une il y a très longtemps mais j'avais été prévenu deux jours avant ça a été le fiasco total là j'avais vraiment clairement pas le niveau que j'étais en train de faire mais mettre la tente et mes affaires, mes crash pads dans la voiture qu'on m'a dit ok dans deux jours tu pars pour ta première coupe du monde ok c'était chouette mais je m'étais fait éclater et l'année dernière j'avais fait une dixième place, ça m'avait grave motivé un peu comme ce déclic que tu sens je trouve la progression elle n'est pas linéaire elle est un peu par déclic des moments et j'avais eu l'impression d'avoir ce déclic tu vois l'année dernière et du coup cette année j'y allais je fais bon cette année tu as les trois premières coupes du monde Le déclic a été passé, là tu vas y aller à fond, ça va bien se passer. Bon ça s'est pas bien passé, c'est les choses qui arrivent. J'ai dû faire 45, mais voilà comment on en discutait juste avant l'interview. J'étais hyper fort, et un peu comme au France cette piqûre de rappel qui fait que même quand tu te sens hyper fort, bah parfois ça peut pas se passer comme ça. prévu là j'ai passé ma compète a pas concrétisé à tomber au dernier move donc le niveau il était là clairement il a manqué des petites choses tu sais pas forcément d'où ça vient ce démon ça peut être la faute a pas de chance des moments ça peut être des petits problèmes de gestion c'est dur de savoir donc c'est pas le moment de tout remettre en cause et bah pareil là j'ai continué à j'étais beaucoup moins accablés qu'après les france parce que C'est toujours plus facile de se raccrocher à quelque chose quand tu as d'autres objectifs qui arrivent très vite derrière. Tu vois là j'ai encore deux coupes du monde pour sûr, peut-être une troisième, une quatrième, une cinquième, on verra ce qui arrive. Mais du coup là c'était facile, je sais ok bon celle-là c'est fini, tu apprends, tu tires ce qu'il y a à en tirer et puis tu te concentres sur les autres. Et tu vas à fond aux autres là et pareil je me redisais les choses hyper importantes genre tu as de la chance de ouf, là tu vas voyager, tu vas faire des coupes du monde, c'est toujours ce que tu as rêvé de faire. Là t'étais en Chine, t'étais avec les meilleurs, t'as appris plein de choses, c'était cool de ouf, allez tu te sers de ça pour le réinjecter dans la suite et tu te concentres sur la suite et c'est qu'une étape, parfois ça va pas, parfois ça va bien et ça se passera forcément bien sur une des prochaines étapes et c'est qu'une histoire de temps et il faut savoir être patient et ça va finir par arriver.
- Speaker #1
Ok ouais, belle leçon. Et du coup ce week-end au moment où on enregistre, tu vois ta prochaine étape du coup à Berne.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as envie d'y vivre ?
- Speaker #0
Il y a toujours cette envie de progression. Ma progression était quand même vachement progressive. Chaque année, je pensais à des paliers. Cette année, j'ai vraiment passé le palier de faire ma finale en Coupe du Monde. Et après, vivre ce déclic-là et continuer à progresser comme ça jusqu'aux prochaines Coupes du Monde. Donc ce que j'ai envie d'y vivre, je suis qu'il y a ma famille qui vient voir, enfin j'ai envie de kiffer, j'ai super hâte d'y aller. J'ai eu ce petit rappel à l'orgue en Chine, un peu comme j'ai eu en France. Il y a les qualifs, toi tu vises ta finale, mais chaque chose en son temps. Tu passes les qualifs, tu passes les demi, tu vas en finale et puis tu réussis en finale. Il y a toutes ces étapes et puis le niveau en Coupe du Monde est tellement dense que même si tu es proche, si tu n'es pas concluant dans les blocs, tu les tops. pas, tu fais 45ème et puis tu rentres chez toi. Il n'y a pas trop le droit à l'erreur, on va dire. Cette première étape, elle m'a un peu servi de piqure, de rappel. Elle m'a aussi servi je trouve dans le sens où mes capacités, mes forces au niveau national ne sont pas forcément les mêmes qu'à l'international. À l'international, ça ne va peut-être pas être le physique mon point fort, alors qu'au national, je sais que s'il y a un bloc physique, on va dire que j'ai 80% de chance de le faire.
- Speaker #1
Par rapport aux autres français ? Par rapport aux autres français,
- Speaker #0
donc je me dis ok lui c'est mon moment, bon j'ai chié la dalle avant mais bon celui-là je vais le faire. Alors qu'à l'international, il y a tellement de dégâts surforts physiquement que si c'est pas dans mon pur style, je peux même ne pas faire la zone des moments ça m'arrive.
- Speaker #1
Ça ça dépend pas de toi quoi en fait. Ouais c'est ça. Ça dépend des joueurs.
- Speaker #0
Donc j'ai mes cartes à jouer de partout, parce que les dalles à l'international ou les cordeaux elles sont pas forcément bien plus dures qu'aux nationales des moments.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai qu'en France on est réputé pour ça.
- Speaker #0
donc c'est un peu différent j'ai moins un gros point fort à l'international, un petit peu le petit couteau suisse qui passe partout j'ai ma carte à jouer de partout juste il faut que j'aille chercher les zones, les tops et d'avancer et prendre vraiment chaque bloc l'un après l'autre et juste faire le mieux que je peux des moments ça va être gratter une zone, gratter un essai et ça va faire la différence parce qu'en fait, je sais pas comment dire mais au niveau national, tu loupes un bloc tu perds 5 places En Coupe du Monde, tu loupes un bloc, tu perds 20 places en fait. Et puis tu mets un essai de plus, tu en perds deux. Donc des moments, ça se joue à tellement rien qu'il ne faut pas lâcher. En aucun cas, il faut se dire ok, c'est les qualifs, tu es hyper fort en ce moment, ça va se passer facile. Donc inconsciemment, peut-être c'est ce que je me suis dit en Chine, je ne sais pas. Je n'étais pas parti dans cet esprit-là, j'étais parti pour kiffer. Et vraiment kiffer ce que je fais, prendre du plaisir et tout. Et peut-être que, je ne sais pas, c'est des suppositions, peut-être que j'ai mis de côté le fait qu'il allait falloir que je m'arrache vraiment et que bon, kiffer, c'est un point. Mais il faut aussi s'arracher pour mériter vraiment ce que tu as envie d'obtenir derrière.
- Speaker #1
Ouais, c'est équilibré et assez subtil. Ça me fait beaucoup penser à ce que disait Sam aussi. Lui, ses étapes, ça a été vraiment de passer des qualifs au demi, puis des demi en finale, puis des finales à topper les blocs. Lui aussi, c'était le dernier move. qui lui avait posé problème et c'était vraiment lui le déclic c'était déjà de se rendre compte que chaque tour en son temps parce que quand lui il passait les qualifs il se disait ah je suis premier des qualifs c'est bon je vais faire finale sauf que non il y a les demi ça marche pas comme ça et
- Speaker #0
puis après pareil à la fin ah je suis dans les blocs je me manque bien ouais mais faut concrétiser finaliser ouais c'est ça en fait je pense qu'il faut avoir de l'estime en tout le monde déjà que tous les gars qui sont en coupe du monde même s'il vient du fin fond de Perrault Le gars, il a mérité sa place et il est hyper fort aussi en fait. Donc négliger personne, avoir de l'estime pour tous tes concurrents, ne pas se dire lui jamais il est capable de me battre, parce qu'en général ce type il finit toujours par te battre un moment, et quand il te bat ça te fait très mal.
- Speaker #1
Sur la comparaison ?
- Speaker #0
Oui, ne pas se comparer, se dire vas-y, tu n'es pas là pour te comparer aux gens, ce n'est pas un 100 mètres, à la fin il y a un classement, mais avant tout tu es là pour faire les blocs, c'est un peu un surpassement de soi, et c'est ça qui est dur à conscientiser, se dire... J'y vais à fond, je me bats contre les blocs, je me bats contre moi-même et pas forcément pour les gars qui sont autour de moi. Et ça c'est quelque chose à dire et je pense que je ne suis toujours pas exemplaire là-dessus. Quand je vois quelqu'un que je ne connaissais même pas qui revient juste derrière moi en topant le bloc où je n'ai pas décollé juste avant, tu fais « Ah merde, dommage, c'est pas cool quoi » . Mais du coup, je pense que c'est une bonne leçon d'humilité que j'ai appris en Chine. et une bonne piqûre de rappel qu'il faut se le garder et ça fait partie de l'apprentissage aussi
- Speaker #1
Ok, bravo pour cette leçon et effectivement en escadre on a tendance à voir le classement à voir se comparer alors qu'en fait le job il reste toujours le même que ce soit au niveau départ ou au niveau international c'est d'aller chercher la zone d'aller chercher le top et ça ça dépend uniquement de toi,
- Speaker #0
pas des autres et c'est faire ce job là qui est important Mais après c'est très dur de voir ça parce qu'on va dire que la vie c'est un classement un peu genre tu finis ton lycée, faut être premier de ta classe si tu veux aller dans telle ou telle école tu postules pour un boulot, faut avoir le meilleur des dossiers pour pouvoir être accepté et tu veux avoir des sponsors, faut être le premier donc en soi la vie c'est un classement, c'est hyper dur de se détacher de ce classement je trouve mais je trouve que c'est aussi un piège de s'y attacher trop parce que quand tu t'y attaches trop je pense que c'est aussi là que ça finit par pas fonctionner comme t'as envie que ça fonctionne
- Speaker #1
Ok Super intéressant, merci pour ce retour. Et pour finir, toi ce serait quoi la clé que tu as envie de retenir ? Le mot de la fin ?
- Speaker #0
Le mot de la fin, je dirais qu'il faut kiffer ce qu'on fait et à partir du moment où on n'est plus en train de kiffer et peut-être là se poser les questions, est-ce que j'ai vraiment envie de faire ça ? Est-ce que j'ai pas envie ? Et avant tout prendre du plaisir dans ce qu'on fait et la vie on n'en a qu'une quoi, donc autant en profiter à fond. Faire ce qu'on a envie de faire. Si un jour on n'aime plus l'escalade, ne pas se forcer à continuer. Ce n'est pas dramatique. J'imagine que tu auras d'autres passions à la place. Tu peux complètement switcher à faire du cricket si tu as envie. Je ne sais pas. Je pense qu'il ne faut pas se forcer et qu'il faut faire ce qui nous fait plaisir.
- Speaker #1
C'est comme ça qu'on peut accomplir des grandes choses.
- Speaker #0
Ce qui nous fait vibrer, ce qui nous fait kiffer, on y va à fond dedans. On voit là où ça nous mène. De toute façon, si on s'investit à 100%, ça va forcément finir par marcher un jour ou un autre. C'est qu'une question de temps. Et puis à partir du moment où on n'en peut plus, on en a marre, on arrête. Et puis peut-être qu'on aura à nouveau envie plus tard et qu'on reprendra. Mais je pense qu'il ne faut pas se forcer et juste faire ce qui nous fait envie et se poser les bonnes questions au bon moment aussi.
- Speaker #1
Ok. Merci beaucoup Antoine pour ces échanges. Et puis à bientôt.
- Speaker #0
Ouais. Ciao. Merci pour l'invitation.