- Speaker #0
Quand j'avais 14 ans, j'aurais aimé qu'on me raconte les métiers peu connus, ceux qui n'existaient pas encore ou dont je ne comprenais rien, les métiers qui avaient du sens, parce que je ne savais pas que c'est ça que je chercherais plus tard. Pour vous, aujourd'hui, j'ai fait mon enquête pour que cette activité qui prend le tiers de notre vie éveillée ne soit pas choisie par hasard.
- Speaker #1
Je suis restée une semaine dans Nunavut à découvrir la culture inuit. Moi j'étais très surprise, en plein milieu de l'Arctique, dans un magasin, on a trouvé des ananas, de l'alcool. Toute cette importation de produits va rendre dépendants ces populations. Dans ces zones-là, les prisons sont pleines parce qu'il y a énormément de problèmes liés à ces consommations d'alcool. Donc on voit bien que la biologie n'a pas avancé assez vite pour eux. puisqu'il leur manque l'alcool il a, ce qui leur permet de dégrader l'alcool. Et quand on met un organisme dans d'autres conditions, les capacités d'adaptation, soit elles sont dans le bon sens ou évidemment il y a des choses qui peuvent faire défaut.
- Speaker #0
Que se passe-t-il lorsqu'une population est confrontée à des conditions qu'elle n'a encore jamais connues et pour lesquelles elle n'est pas faite ? C'est en remarquant les ravages de l'alcool importé chez les populations du Grand Nord canadien qu'Aurélie Dubreuil s'est posée cette question. Depuis 25 ans, elle se consacre à l'étude du vivant dans les mers et océans, de la Méditerranée jusqu'au milieu polaire. Et vous allez voir qu'en parlant d'océans, c'est aussi de nous qu'elle parle.
- Speaker #1
J'ai eu la chance de faire de la plongée avec un de mes oncles qui était médecin ORL, donc pour les oreilles, et qui s'occupait des plongeurs d'une équipe de chercheurs de l'Université de Nice. A l'époque, j'avais 13 ans, je me suis intéressée à ce métier de biologiste marin. Évidemment, on vit sur Terre. On ne peut pas forcément imaginer que dans l'océan ou dans la mer, on a une telle diversité d'êtres vivants. On a plus l'habitude de voir, de par leur taille, les poissons. Mais bien avant, au tout début de la chaîne alimentaire, on a ces algues qui sont vraiment indispensables. On m'a montré ce qu'étaient les algues, le phytoplankton, et j'ai gardé ça en tête. J'ai fait donc des études en écologie et en océanographie, puisque la biologie marine est une des disciplines que l'on retrouve notamment en océanographie, aux côtés de la physique, de la chimie, entre autres. J'ai d'abord travaillé sur une recréation d'un écosystème marin en Méditerranée. Quand on parle des micro-algues, c'est un monde magique. Une fois qu'on a vu au travers du microscope, on ne peut pas oublier ce qu'on voit. On a des formes géométriques, des formes sphériques. des formes avec des petites chaînes d'algues. Et à côté des algues, on a le zooplancton, donc la partie animale. Et tout ça bouge en fait comme un balai incroyable avec des couleurs. Et on se dit, mais quand même, dans une petite goutte d'eau, voilà tout ce qu'on peut avoir dans une immensité d'un océan. J'ai voulu essayer de comprendre, est-ce que finalement, il y a aussi de la vie dans la glace, à la base des icebergs ?
- Speaker #0
Les milieux aux conditions extrêmes, comme les pôles, révèle des aspects peu connus du vivant et de ses capacités d'adaptation. Et s'il fascine tant les chercheurs, c'est qu'ils sont en première ligne des changements planétaires.
- Speaker #1
Dans le métier de chercheur, on a une étape un peu clé qui est partir sur le terrain ou partir en mission. C'est aller explorer un milieu naturel à la recherche d'un certain type d'espèces. Parfois, ça fait l'objet d'une surprise. On va découvrir de nouvelles espèces. C'est extrêmement onéreux, une journée en bateau. Quand on part, comme pour ma part, sur un bateau scénographique ou un brise-glace, il y a toute la préparation en laboratoire, à savoir le nombre d'échantillons qui est prévu, comment le matériel va être analysé, stocké, prélevé, tous les jours, selon un parcours, des stations bien définies, indépendamment de la métaux, parce qu'on doit faire avec. J'ai eu la chance d'aller en Arctique faire une mission scénographique. Nous partageons donc le fruit de nos prélèvements avec des physiciens, des chimistes, des biologistes, des géologues, puisqu'on étudie aussi les séniments. Une mission, c'est aussi une aventure. Vous prenez plusieurs avions, un hélicoptère, vous atterrissez sur le brise-glace, et dès votre arrivée, on vous donne les perceuses et à vous de construire finalement une partie du laboratoire. et évidemment une partie où on aura la possibilité de se protéger en cas de houle. Pour pouvoir faire ces prélèvements, comme je disais à la base des icebergs avec différents petits outils, ça veut dire qu'on a une combinaison étanche, qu'on est sur un zodiaque et que si on tombe à l'eau, on nous a indiqué comment faire. Donc en biologie marine, d'abord on observe, on récolte et ensuite on va envoyer vers les laboratoires pour mettre en commun. et le travail ultime, c'est analyser les échantillons. Par rapport à la problématique qu'on a recherchée,
- Speaker #0
Parmi les sujets d'études des expéditions, on compte la présence ou la disparition de certaines espèces, la présence de polluants ou de particules inhabituelles, mais aussi l'un des plus gros problèmes actuels liés au réchauffement climatique, l'acidification de l'océan, un phénomène qui en modifie la chimie et menace sévèrement l'ensemble des espèces qui l'abritent.
- Speaker #1
Et enfin, c'est tout le travail de statistique, de traitement des données, d'analyse. Sur la base des échantillons, les biologistes ont utilisé par exemple le Zooscan, qui permet d'identifier les différents types d'espèces qu'on va retrouver. Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, on a la capacité, à partir des images, de pouvoir identifier et de dénombrer le nombre d'espèces.
- Speaker #0
Parcourir le monde pour étudier les océans, c'est la mission que s'est donnée la Fondation Tara Océans depuis le début des années 2000, avec sa goélette Tara transformée en laboratoire flottant.
- Speaker #1
Des données que l'on peut avoir. Ça va être des échantillons collectés de l'ADN, donc ça va être de la génétique. On va avoir des données satellitaires qui sont appelées aussi la couleur de l'eau. On va pouvoir déterminer si on a une eau considérée verte avec une quantité d'espèces phytoplanktoniques plus importante. Et c'est très important parce que le phytoplankton, donc les algues au même titre que les végétaux terrestres, vont capter la lumière, utiliser le CO2 de l'atmosphère et vont réaliser la fameuse photosynthèse qui va produire de la matière organique. donc des algues encore, et de l'oxygène.
- Speaker #0
La photosynthèse, star des phénomènes naturels, a débuté sur Terre à partir d'une simple bactérie et absorbe une partie du dioxyde de carbone de notre atmosphère. On lui doit la vie, ni plus ni moins.
- Speaker #1
L'océan produit 50% de l'oxygène dont on a besoin. Les eaux froides, ce sont les eaux avec une concentration d'oxygène beaucoup plus importante et la circulation océanique jusque dans le Pacifique va venir. oxygéné toutes ces eaux. On a la possibilité, par toutes ces mesures, de pouvoir avoir finalement un bilan de l'état de santé de l'océan. Et aujourd'hui, on voit la présence évidemment de macroplastiques, de microplastiques qui vont venir être un des composants nouveaux et artificiels de la chaîne alimentaire, puisqu'on va en retrouver des microparticules dans tous les maillons. Et puis nous, on est en bout de chaîne. Évidemment, on retrouve trouve des microplastiques dans nos assiettes.
- Speaker #0
Et au passage, dans nos organes.
- Speaker #1
Je suis ambassadrice de la fondation Tara pour former les jeunes générations aussi. C'est extrêmement important de sensibiliser dès l'école primaire et le collège. Quand on sait ce que l'on a, ou qu'on connaît son environnement, on aura envie de le protéger. Le plastique, c'est un matériau qui a été structurant pour notre société depuis les années 1960. Donc, C'est compliqué, on ne peut pas l'enlever comme ça. Par contre, oui, agir, moins de plastique pour les emballages à usage unique, essayer qu'il y ait des filtres dans les machines à laver pour éviter qu'on ait des microplastiques qui s'enfuient après dans les réseaux d'assainissement et qui terminent dans le milieu naturel.
- Speaker #0
L'ultra fast fashion, cette production massive de textiles, majoritairement synthétiques et donc productrices de plastique, est incompatible avec un océan en pleine santé.
- Speaker #1
Notre santé ? C'est une seule santé comme celle de l'océan et des êtres vivants qui nous entourent. On a vu post-Covid que l'homme finalement pouvait être très fragilisé par sa biologie propre. Connaître la biodiversité, la protéger, c'est aussi se donner les moyens de pouvoir trouver des solutions dans la nature pour nous faire face à des potentiels pathogènes.
- Speaker #0
On peut se représenter la Terre comme un gigantesque corps humain dans lequel chaque élément qui le constitue est connecté à tous les autres et joue un rôle. Faites disparaître ne serait-ce qu'une variété de bactéries de votre corps et c'est votre santé qui trinque. Dans la nature, c'est pareil. Toutes les espèces, sans distinction, participent à la santé du système global. Même celles qu'on ne voit pas au premier coup d'œil, celles qui piquent, qui te dégoûtent ou que tu trouves moche.
- Speaker #1
J'ai été contactée pour une mission du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris qui partait en Patagonie sur un glacier pour essayer de comprendre quels étaient finalement les micro-organismes, algues et bactéries, qui servaient de garde-manger à un petit dragon de Patagonie.
- Speaker #0
Une espèce d'insecte qu'a priori tu ne remarquerais même pas.
- Speaker #1
Qui en fait s'est retrouvée avec les grands vents à devoir s'adapter et à vivre sur le glacier. L'intérêt c'était justement de voir ces organismes qu'on appelle psychrophiles, donc là c'est en dessous de zéro, pour voir quelles étaient ces capacités. Ce qui est intéressant c'est que quand on met un organisme, vous pouvez faire le test, dans des conditions extrêmes de stress, Ils vont développer en fait... une efficacité incroyable de certaines fonctions.
- Speaker #0
Pense à la dernière fois que tu as dépassé tes limites pour quelque chose que tu voulais vraiment.
- Speaker #1
Par exemple, ça va lui permettre de développer une capacité antigel. Et ça, c'est très intéressant parce qu'il y a énormément d'applications quand on doit faire des transplantations d'organes, par exemple pour éviter que les organes ne gèlent. Évidemment que l'ensemble de ces recherches derrière, il y a aussi une utilité dans le milieu médical, dans le secteur aussi de l'agroalimentaire, puisque les algues ont une place importante pour nourrir les bêtes. Par exemple aussi, on peut retrouver des algues qui sont utilisées pour faire des biocarburants. Donc il y a un côté un peu magique entre d'abord regarder derrière un microscope et se rendre compte qu'en fait on a toute cette ingénierie cellulaire mise au service de grandes problématiques énergétiques. Petite anecdote, quand on voit les compagnies offshore qui vont puiser du pétrole dans l'océan, ce qu'il faut savoir, c'est que ce pétrole est issu de transformations de ce carbone qui était dans l'atmosphère, qui a été utilisé par les âles, qui ont fait de la matière organique. Cette matière organique va sédimenter. Il y a du carbone qui va être stocké, C'est finalement un pétrole qui vient des êtres vivants. Mais il a fallu des millénaires et nous, on vient prélever le milieu naturel.
- Speaker #0
Les processus naturels obéissent à un rythme propre, selon des rouages où rien n'est laissé au hasard. Mais voilà, Homo sapiens, lui, a besoin que ça aille vite. En valorisant tout ce qui lui fait gagner du temps, en surdéveloppant l'industrie, il a commis quelques dégâts irréparables autour de lui.
- Speaker #1
Pour faire ce métier, en fait, il faut déjà profondément aimer, observer, regarder autour de soi. Et puis c'est aussi travailler en équipe, se poser des questions pour faire avancer nos recherches, puisque une question va en amener une autre. On a besoin aussi de chercheurs qui ont cette capacité d'être des entrepreneurs, qui vont créer des start-up, avoir des idées assez novatrices, accepter de travailler avec des entreprises aussi. Il y a aussi ceux qui décident d'enseigner. Dans le cadre de mon évolution de carrière et de vie personnelle, j'ai eu cette opportunité que j'ai saisie. Le métier finalement de scientifique, c'est d'être en fait un état de ce que l'on a vu et de pouvoir donc s'exprimer ou de rédiger évidemment des rapports.
- Speaker #0
Comme les rapports du GIEC par exemple. Ces documents de plusieurs centaines de pages sont rédigés par des scientifiques et aident les décideurs politiques à mettre au point la législation en matière d'environnement. et à limiter le réchauffement climatique en toute connaissance de cause. Précieux et fort utile donc. Enfin, à condition de le lire.
- Speaker #1
Vous n'allez pas bien, le médecin va vous faire faire une prise de sang et c'est un laboratoire de biologie qui va vous donner vos résultats. Donc il va donner des éléments, des arguments pour que le médecin prenne une décision.
- Speaker #0
Et encore à propos de santé, la création d'aires marines protégées, des portions maritimes totalement préservées d'activités humaines, sont un remède que conseillent de nombreux défenseurs de l'environnement pour préserver nos mers et océans.
- Speaker #1
L'intérêt d'avoir une aire marine protégée, c'est de faire persister un écosystème adapté aux milieux que l'on connaît, avec ce qu'on appelle les espèces endémiques, c'est-à-dire qui appartiennent aux milieux. Pourquoi interdire les transports de gros paquebots de croisière ? Ça a évidemment un intérêt colossal. Vous venez d'un autre endroit, d'une autre mer, vous arrivez... Et vous venez poser, positionner d'autres espèces qui ont le potentiel de venir coloniser. On a toute une succession de causes à effet de dommages faits à la biodiversité.
- Speaker #0
Et demain, vous faites quoi au Révis du Breuil ?
- Speaker #1
J'aimerais reprendre le chemin de l'exploration, puisqu'il y a le nouveau laboratoire et une station pour étudier l'Arctique que Tara a financé, a construit. L'idée, c'est de pouvoir continuer à découvrir, partager les connaissances. Je pense qu'en 25 ans, ça a été un petit peu le fil conducteur de ma vie.
- Speaker #0
Merci Aurélie, on vous souhaite bonne route, sur terre, en mer, et pourquoi pas à bord de cette fameuse Tara Polar Station. Retrouvez bientôt d'autres épisodes de la série « Et demain, on fait quoi ? » , un podcast de Candice Corbel.