Speaker #0Ok. Maintenant, allons plus loin. Ne nous réfugions pas dans des généralités. Je vais essayer de m'appliquer davantage. Dans ces épisodes, mon ami Hervé s'est adressé directement à moi et m'a dit « Patrice, j'ai l'impression que de nous trois, c'est... » Je crois qu'il en est sorti le mieux. Ça m'a beaucoup surpris et je ne lui ai pas répondu. Maintenant, c'est le cas de le dire, que nous avons franchi le pont des âges, regardons les traces laissées par mon éducation jésuite dans ma vie. Lorsque j'ai fait le prof, je me suis inspiré de ce que j'avais vécu. J'ai organisé des combats à mort de vocabulaire latin. J'ai partagé ma classe en émule, un des principes de base de la pédagogie historique de jésuite, mais aussi j'ai fait partie de l'école moderne, le mouvement pédagogique de Célestin Freinet. Les méthodes actives étaient pour moi une évidence, ayant fait une overdose de cours magistraux. Lorsque j'ai quitté l'enseignement pour faire de l'audiovisuel, de la vidéo au pédagogie, J'ai eu l'occasion de revenir à Tivoli pour assister à la mue de nos salles d'études en studio de télévision. Tivoli était devenue alors une référence nationale dans le domaine de l'utilisation de l'audiovisuel pour l'enseignement. On était passé de la carte postale pédagogique à l'ère Marconi. Les jésuites reprenaient la télé. tête du combat pédagogique. La loi Debré n'y était sans doute pas pour rien. Plus tard, lorsque j'ai fait de la communication et plus précisément que je suis intervenu dans les problèmes de relations dans la cité et l'entreprise, écrivain public audiovisuel, la maison de la communication, neige Merci. pas voulu soigner ma propre privation de parole en donnant la parole aux autres. La frustration causée par ce silence réglementaire que nous avons subi du soir au matin et du matin au soir durant des années, pendant l'internat, a exacerbé une fin d'expression et d'échange. C'est sans doute pour ça... que nombre de journalistes de renom et d'hommes politiques sortent de chez les jésuites. Comme tu me l'as rappelé, Xavier, j'ai souvent rapproché, voire confondu communion et communication. C'était mon combat, mon acharnement à prêcher la bonne parole qui est pour moi la cohésion, je ne dirais pas l'amour, mais la... tolérance entre les personnes dans la société et la bonne entente à l'intérieur des équipes de travail, tout ça ne tombe pas du ciel. Quoique la formation religieuse intensive que j'ai subie durant toutes ces années n'y est peut-être pas pour rien. De messe en sermons, de retraite en lecture de vides saints, nos pères spirituels nous ont forgé un surmoi inoxydable. le trip. paix de chevalier du Christ, ce qui pouvait être parfois encombrant à l'orée de la puberté. Dans mon entêtement à constituer des groupes porteurs de projets tout au long de ma vie professionnelle, n'ai-je pas été fidèle, bien plus que je ne le pensais, à ce que l'on appelait les équipes en première et terminale, ces petites unités d'élèves en autodiscipline. à l'initiative de projets autonomes, était présenté comme le sas vers la liberté, après le tunnel de l'obliquissance que constituait le premier cycle, sixième, troisième. Notre triomphe vire par la solidité des liens qui nous unissent après soixante-dix ans de compagnonnage, malgré nos séparations, nos différences, voire nos différents. Est-ce que ce triumvir ne doit pas quelque chose au bain dans lequel nous avons été plongés si violemment ? Le cordon ombilical qui nous rattachait à notre famille n'était pas encore refermé, que nos parents confiaient au soutane noir des jésuites le soin de jouer les blouses blanches pour accélérer la cicatrisation. Pour conclure, une image s'impose à moi. En pénétrant dans le bâtiment du collège, je réalise que je ne suis pas entré dans une banale école, dans un lycée, mais dans un composteur, dans un dispositif permettant de transformer des déchets biodégradables en engrais naturels dans un espace aménagé, dans lequel on utilise... posent des déchets organiques pour qu'ils se décomposent naturellement et deviennent un compost qui nourrira les plantes et favorisera leur épanouissement. Nous n'étions pas grand chose à l'arrivée, nous ne savions pas grand chose en entrant, ça nous a été dit et répété. En renonçant à être les petites personnes égocentriques et narcissiques que nous nous préparions à devenir Vu notre péché originel, en nous dépouillant des peaux inutiles, nous avions quelque chance de devenir le ferment de la terre, et ça, quel que soit le prix, c'était un challenge intimidant mais exaltant pour une âme bien trempée. Alors le composteur s'est refermé sur nos corps, nos esprits, nos imaginaires, nos histoires. nos peurs et nos envies, et nous sommes entrés en interaction avec le milieu. Le milieu dans toute sa complexité, qu'il soit humain, les condisciples, les enseignants, les surveillants, les religieux, les personnels, qu'il soit animal, je ne vois pas d'animaux, qu'il soit végétal, les platanes, les pelouses, minéral, le sable, la cour, la cendre de la... piste de course, la terre rouge du tennis, olfactif, les odeurs de cantine, de l'encens, de la craie, du désinfectant sur les carreaux des couloirs, de la sueur après le sport, du linge sali, sonore, des salles de classe, des salles d'études, des claquements des casiers, des réfectoires, des chapelles, qu'ils soient gustatifs. Le goût du pain sec, des pâtes de fruits, des frites. Des micro-sentiments sont petit à petit apparus. La peur s'est confondue avec la jalousie, l'envie, le dégoût, la colère, l'admiration, le désir, la confiance, et ont prospéré dans la promiscuité du composteur. Mutadis, mutandis, nous sommes devenus, pas encore poussière, mais matière. Les jésuites sont connus pour leur plasticité, leur capacité d'adaptation. À notre tour, nous avons pénétré des milieux différents, nous avons pris la forme et respecté les formes qui convenaient pour nous faire accepter. Au terme du processus, ce collège composteur fertilise le milieu et accomplit ainsi, selon moi, la mission que le pape Paul III a confiée à Ignazio Loiola en 1548 en créant le premier collège jésuite à Messines. J'en connais qui diront qu'un projet éducatif visant à devenir compost, c'est un peu... confrontant pour les jeunes. Nous savons tous que nous sommes mortels, mais de là à en faire un projet de vie, il y a un pas que nous ne saurions franchir sans notre viatique, le sens de l'humour. Et sur la musique du petit train de la mémoire, si vous vous souvenez, que nous allons refermer provisoirement peut-être cette évocation de notre scolarité dans les années 50 chez les jésuites, si vous voulez apporter votre contribution à notre réflexion, réagir à nos propos, écrivez-moi patricemarcade.com Je vous remercie pour votre écoute, je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode de Et maintenant.