- Speaker #0
Bonjour à tous et à chacun, je suis Patrice Marcadé, vous écoutez le podcast et maintenant, en cette période de vœux, s'il y a quelqu'un pour lequel nous souhaitons le meilleur, c'est bien pour nos enfants et nos petits-enfants. Lorsque vient le délicat moment de les mettre en piste, Pour entrer dans la compétition de la vie professionnelle, les parents sont confrontés au délicat choix de l'écurie qui laisse espérer le meilleur classement à l'arrivée. Une amie envisageant de mettre sa fille dans un collège de tradition ignatienne, sachant que j'avais fait huit années d'internat chez les jésuites, sollicita mon avis. Je fus très flatté que l'on reconnaisse mon expertise dans ce domaine. J'avais l'impression de l'avoir payé suffisamment cher, dans tous les sens du terme, pour pouvoir avec assurance me positionner en sachant. Je commençais donc à pontifier sur les bénéfices et les inconvénients, les vertus et les bleus à l'âme de ce système éducatif qui dépasse largement. La simple préparation au baccalauréat. Plus j'avançais, je voulais être précis, concret, factuel, plus je m'apercevais de la complexité du sujet et de mon ambivalence. Sur l'éducation des jésuites, contrairement à ce que je pensais, ma religion n'était pas faite. Ayant le bonheur de poursuivre, à 80 ans passés, la relation amicale qui m'unissait à deux de mes amis de collège dans les années 50 à Tivoli, Xavier Barraud et Hervé Mazot, je leur proposais de venir à mon aide. Dans le cadre de mon podcast disais-je pourquoi ne ferions-nous pas un petit épisode témoignage, un petit travail d'enquête et d'introspection quelle était la réalité de notre vie de garçon en internat à cette époque. Avons-nous été préparés à franchir les « et » qui nous attendaient ? Avons-nous été placés à l'arrivée ? Avons-nous gardé le goût de l'équitation en un mot que sommes-nous devenus à cause de cette éducation ou grâce à elle ? je suis très reconnaissant à mes amis d'avoir accepté le principe de ce travail personnel délicat et impliquant mes chers amis donc nous y voilà nous allons faire ce podcast projet de podcasts dans lequel nous allons essayez d'évoquer notre vécu à Tivoli dans les années 50 alors que nous étions en cuir de courte et que nous quittions les jupes de nos mères. Alors, avant toute chose, est-ce que vous voulez vous présenter ? Qu'est-ce que vous voulez dire pour que les auditeurs sachent qui vous êtes, quels sont les hommes que vous êtes maintenant ? Xavier,
- Speaker #1
tu veux dire ? A la sortie de Tivoli, j'ai fait avec difficulté des études médicales. Une fois médecin, j'ai exercé en Dordogne puis en Corrèze. Maintenant je suis retraité, autrement j'ai eu une vie familiale classique, mariée, deux enfants et des petits-enfants. Bien,
- Speaker #0
Hervé Mazot. Hervé ?
- Speaker #2
Oui, Patrice tu as dit qu'on était entrés au collège en quittant les jupes de nos mères. Je ne suis pas sûr qu'on les ait complètement quittées et en tout cas on retrouvait la soutane de nos bons pères. Donc j'ai quitté Tim O'Leary en 1962 après le bac et j'ai passé une licence de lettres classiques, ce qui m'a orienté, j'allais dire de manière évidente, vers l'enseignement, un peu malgré moi. Et j'ai enseigné donc les lettres classiques jusqu'en mes 62 ans.
- Speaker #0
Vous ne voulez rien ajouter de plus ? Pour l'instant, que vous ayez fait vos études à Thivoli ou que vous les ayez faites au lycée Montaigne, ce serait à peu près pareil. Là, ce que vous racontez, on ne voit pas une marque typique, le saut de l'enseignement ignatien. Alors, venons-en au vif du sujet. Pour que les auditeurs se rendent compte un peu de ce que c'était que rentrer en 6ème dans les années 50, ça serait bien qu'on partage avec nos auditeurs un peu un élément du règlement intérieur, pour qu'ils se rendent compte un peu de ce qu'a représenté une journée. Alors qu'est-ce qui veut nous donner le règlement intérieur de Thivoli ? En 1900, tu as celui lequel ?
- Speaker #2
Je vais bien commencer par la matinée, tu feras l'après-midi.
- Speaker #0
C'est le règlement de quelle année ça ?
- Speaker #2
Alors ça c'est le règlement de 1955 qui a un peu évolué après mais...
- Speaker #0
1955 très bien, vas-y.
- Speaker #2
D'abord les choses ordinaires : 6h30, levé des 3e, 2e et 1e divisions. 6h50, prière à la chapelle, étude. 7h, levé des 4e et 5e divisions. 7h50, les externes doivent être arrivés dans leur division. Sainte messe. 8h25 déjeuner pour les internes et pour les externes qui ont fait la sainte communion. Etude de leçons pour les externes. 8h30 arrivée des élèves de 6e, le lundi, jeudi et jour férié. Ils arrivent à 7h50. 8h50, classe ou études. 9h45, récréation.
- Speaker #0
Si tu veux, on peut s'arrêter là d'abord. Je pense qu'il y a déjà pas mal de choses à raconter avec ce lever. Alors, quel est le souvenir que vous avez de ces levées ?
- Speaker #2
qui n'est pas mentionné dans l'emploi du temps, mais c'est le début de la journée, en s'adressant à Dieu, Bénédicamus Domino répond...
- Speaker #1
Déo gratias.
- Speaker #2
Voilà. Parce qu'il est fait mention. Ça,
- Speaker #0
c'était le surveillant qui disait Bénédicamus Domino...
- Speaker #2
En allumant les lumières.
- Speaker #0
En allumant les lumières, et nous répondions déo gratias.
- Speaker #2
En balançant les couvertures hors du lit.
- Speaker #0
En balançant les couvertures hors du lit. ce qui n'était déjà pas rien. Ça veut dire à la fois que nous sortions des limbes, du sommeil, mais ça veut dire aussi que nous ouvrions notre lit au regard de la foule. et donc il y avait cette... on se levait et qu'est-ce qui se passait après, Xavier ?
- Speaker #1
On devait se faire, je ne sais pas, une petite toilette rapide.
- Speaker #0
Du chat. Il y avait une petite prière aussi.
- Speaker #2
Ah bon, moi je ne me souviens plus.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
c'est après la prière.
- Speaker #2
En sortant du dortoir, je crois. On s'arrêtait à la chapelle. Oui,
- Speaker #0
mais attends, c'est vrai, c'est moi qui me trompe là. Mais après avoir ouvert le lit, on avait besoin de satisfaire un besoin naturel. Et comment ça se passait ? Naturellement. Moi je me souviens que l'on se mettait à la queue leu-leu, c'est le cas de le dire, à la porte du dortoir pour attendre qu'une place soit disponible parce qu'il y avait deux toilettes qui étaient dans le couloir et il y avait un petit escalier là, vous vous souvenez, un petit placard et il y avait deux toilettes là-dedans. Mais combien pouvait-on être dans ce dortoir ?
- Speaker #2
Tu parles de quelle ville ? De Toit des Petits,
- Speaker #0
de la Villa Bayonne.
- Speaker #2
Au deuxième étage, au second. Il y en avait deux à la Villa Bayonne. Il y avait celui du second qui était immense et il y en avait un au premier.
- Speaker #0
Ah bon ? Moi, celui du second, je ne le vois pas.
- Speaker #1
Moi non plus. Au Ville de la Bayonne, je ne vois qu'un dortoir. Moi aussi,
- Speaker #0
je ne voyais qu'un dortoir. C'est là que c'est intéressant que nous puissions confronter nos vécus. Mais moi je me souviens très bien, et j'insiste là-dessus, me tortiller en faisant la queue. pour attendre le moment d'aller faire pipi. Ça, c'est sûr.
- Speaker #1
Je n'ai pas du tout de souvenirs. Moi, j'ai le souvenir d'une toilette rapide où on se débarbouillait avec de l'eau glacée. Puis c'est tout.
- Speaker #0
Ça, c'était la toilette au sens de se laver. Ça, c'est sûr. On avait un petit lavabo, de l'eau froide.
- Speaker #1
On se lavait les dents quand même.
- Speaker #0
Oui, on se lavait les dents avant le déjeuner.
- Speaker #1
Avant le petit déjeuner, comme c'était à Mils-le-Droit.
- Speaker #0
Et on est en science. Oui, mais je pense que pour les gens qui écoutent, ça ne va pas d'où tout soit que 50 mômes de 12 ans soient en silence pour se lever, pour aller se laver, pour aller épicer, que tout ça, ça se passe en silence.
- Speaker #1
De toute façon, il y avait toujours le silence, sauf les récréations en fait. Exact. Parce que même au réfectoire, il y avait le silence.
- Speaker #0
Oui, donc ça, ça se passait dans un bâtiment, on appelait ça la Villa Bayonne, c'est un bâtiment qui était à l'extérieur du collège. Il fallait traverser la route pour revenir dans le collège. Donc ce que nous faisions est... Là, on a tous un souvenir un peu exceptionnel. C'est la traversée de 1956.
- Speaker #2
Dans la neige. Le 22 février, je crois.
- Speaker #0
Le 22 février 1956, où on s'est retrouvés...
- Speaker #2
Isolés.
- Speaker #0
Oui, isolés. On a traversé ça. Ils avaient fait une tranchée pour aller...
- Speaker #2
Je me demande si la tranchée ne s'est pas faite au fur et à mesure qu'on avançait. Il y avait des factotums. Je ne suis pas sûr, mais il me semble garder le souvenir d'un factotum qui, avec l'appel, faisait une tranchée pour nous permettre de traverser.
- Speaker #0
Passer la rue. En direct ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #2
Je me souviens.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Bon, donc ça, c'était une année exceptionnelle, 56 à Bordeaux, ce n'est pas tous les jours qu'on a de la neige. Et donc, une fois qu'on avait franchi la route, qu'on avait pénétré à l'intérieur du collège, qu'est-ce qui se passait ?
- Speaker #2
Bien, on allait en études tout de suite. Non, prière à la chapelle.
- Speaker #0
Prière à la chapelle, en même temps, moi je ne le revois pas très bien ça. La prière à ce moment-là... Non, moi non plus. Xavier ?
- Speaker #1
C'est indiqué mais je ne regarde pas le souvenir. Oui, oui, moi je ne me regarde pas le souvenir non plus.
- Speaker #0
On allait en études pour préparer nos leçons et préparer les cours qui allaient venir après. Et on est en études jusqu'à
- Speaker #2
8h. Jusqu'à la messe ? Jusqu'à la messe.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #2
7h50.
- Speaker #0
7h50, oui. On sortait pour aller à la chapelle.
- Speaker #2
Mais c'est obligatoire, tous les jours, pour tout le monde.
- Speaker #0
Mais c'est obligatoire, tous les jours, pour tout le monde. Alors on le dit avec d'autant plus de fierté que c'était... nous sommes la dernière génération à avoir vécu ça. Après nous c'était... ça a...
- Speaker #2
Ça a commencé avec nous. En terminale c'était plus obligatoire. Oui mais c'était pour avoir des résultats au bac en fait.
- Speaker #0
pourquoi tu dis ça ?
- Speaker #1
parce que c'est ça, ça nous faisait un peu d'études supplémentaires c'est tout et comme ça ils avaient peur d'avoir des échecs monstrueux
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #2
en 1962, la messe n'est plus à 8h, elle est à 11h20. Et elle était facultative.
- Speaker #0
Bon,
- Speaker #2
pour les terminales en tout cas. Parce qu'effectivement, il fallait assurer le pourcentage de réussite au bac.
- Speaker #0
Vous êtes sévère, j'aurais jamais dit ça. Bon, donc on allait à la messe et de cette messe que nous avons vécue tous les matins, quels souvenirs vous gardez ?
- Speaker #2
De cette grande messe ? beaucoup d'ennui pour ma part. Ce que je préférais c'était les petites messes disons, puisqu'il y avait quand même à l'époque pas mal de jésuites dans l'établissement et chaque curé devait dire sa messe le matin. Et donc engager... selon des critères divers et variés, certains d'entre nous pour venir servir la messe. Donc il y en avait dans la sacristie de la chapelle à l'infirmerie, dans la chapelle du premier étage, j'en vois pas d'autres.
- Speaker #1
Moi je souscris à ce que dit Hervé, puisque je me souviens d'avoir servi la messe d'un vieux prêtre. Pour moi c'était vraiment... j'avais l'impression de lui rendre service, c'est le cas de le dire. Je servais la messe mais je servais ce vieux curé qui avait toute ma compassion parce qu'il avait 90 ans. Donc ça, c'était les côtés un peu facultatifs et qui étaient agréables. Pour ce qui est de la messe générale où tout le monde était, c'était vraiment l'ennui, ça c'est sûr aussi, mais c'était un moment de méditation, on peut penser à toute autre chose aussi, on peut réfléchir, se relaxer...
- Speaker #2
La communion n'était pas obligatoire,
- Speaker #1
je crois.
- Speaker #0
Non, non, elle n'était pas du tout obligatoire.
- Speaker #1
Elle était conseillée. Par contre, en règlement,
- Speaker #0
elle était conseillée. Elle était conseillée et moi, personnellement, je me souviens d'en avoir usé. Je ne dirais pas abusé, mais usé certainement. Et que c'était un temps... Pour moi, c'était un temps sérieux et un temps religieux et un vrai temps religieux. Je l'assume comme tel.
- Speaker #1
Tu as toujours confondu ? Communion et communication !
- Speaker #0
Si tu veux, mais tu as raison, j'ai un peu confondu les deux pendant la suite de l'histoire, c'est tout à fait juste. Mais l'histoire des messes aux vieux prêtres dont vous parlez, moi je me souviens d'avoir servi la messe au Père Laporte dans l'infirmerie, dans une chapelle quand on était à genoux il y avait les portes, on touchait la porte de sortie donc c'est dire l'exiguïté de l'affaire et je me souviens surtout d'une odeur d'urine qui me prenait au nez mais qui était insoutenable. Je me souviens j'avais peur de tomber dans les pommes tellement ça sentait mais c'était incroyable et ce pauvre Ce pauvre vieillard un peu hérétique qui était là, c'était tout. Je comprends, je partage ta compassion si tu veux. Hervé, tu ne te souviens pas de ça ?
- Speaker #2
De l'adurine, non.
- Speaker #0
Ah oui, tu ne te souviens pas ?
- Speaker #2
De l'exiguité de cette chapelle, oui, parce qu'en fait je pense qu'il y avait des doubles portes que l'on pouvait ouvrir pour que les élèves qui étaient dans la infirmerie puissent assister à la messe.
- Speaker #0
mais l'odeur bien donc ça c'était la messe avec avec le prêche avec il
- Speaker #1
y avait un site et une messe de commenter avec presse et sans pression les deux catégories selon lui oui
- Speaker #0
Oui mais...
- Speaker #2
Les jours ordinaires il n'y avait pas de prêche.
- Speaker #0
Ni d'accompagnement. Je revois le Père Lacouag se frotter la barbe tout en nous parlant de la Sainte Vierge.
- Speaker #1
Oui mais c'était les jours où il y avait...
- Speaker #0
Les jours où il y avait prêche. Bon, sur la messe vous n'avez rien d'autre à dire ? moi je me souviens d'un de mes amis qui lit qu'avait mis sous sa housse de micelles qui avait mis un livre dedans et je me demande si c'était pas toi Xavier.
- Speaker #1
Ah peut-être, mais je dis que j'ai médité. J'ai vu dans le règlement qu'on n'avait pas le droit d'amener des livres de l'extérieur, moi j'en ai amené beaucoup Je n'ai pas vu pas prier ça, sans doute.
- Speaker #0
Oui. Bon. Donc sur la messe, moi c'était un temps fort de la vie, c'est un des... c'est un des temps qui a marqué toute ma scolarité, surtout du premier cycle. C'était vraiment un temps...
- Speaker #1
Je vais faire une petite remarque par rapport à la messe, c'est que moi j'ai bénéficié par rapport à vous d'une année antérieure au petit collège, donc là on n'avait pas de messe. pas de messe et là c'était la messe. Je le levais plus tôt et tout était plus rude.
- Speaker #0
Oui, mais tout était plus rude et quand même toi tu as le privilège d'être rentré en pension en 7ème alors que tu étais vraiment un enfant à cette époque-là.
- Speaker #2
Un minot.
- Speaker #0
Un minot. Bon, donc avançons dans la matinée. On revient de la messe, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #2
Le petit déjeuner.
- Speaker #1
Oh,
- Speaker #0
bien bon Banania !
- Speaker #1
Moi je me souviens d'un café au lait dégueulasse avec de l'huile dessus et de la peau, le lait qui faisait de la peau. la peau dessus, des tartines coupées bien gros, de la margarine de guerre et de la confiture identique.
- Speaker #2
Ces années-là, en 1955, on avait droit à la la caissette.
- Speaker #1
La caissette.
- Speaker #2
Les provisions.
- Speaker #1
Ah oui, on peut parler des provisions, mais ça, ça prouve... Ah,
- Speaker #2
mais c'était pour le petit-déjeuner. C'était pour tout.
- Speaker #0
Surtout pour le petit-déjeuner.
- Speaker #2
Ah non, parce qu'il y avait du saucisson, des pâtés, de tout. Il me semble qu'on n'avait accès qu'au petit-déjeuner et à la caissette.
- Speaker #0
Je suis d'accord. On avait accès à ça, ces cassettes qui étaient sur le côté gauche, là, et qui avaient été données par les parents et dans lesquelles on avait... Et qui était...
- Speaker #1
Ça devenait du fromage, c'est bien.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et on était privés de ça quand il y avait du bruit.
- Speaker #1
Ah oui, c'est ça.
- Speaker #0
Je me souviens, privés de cassettes.
- Speaker #1
Mais ce système de cantine, c'est... Alors on retrouvait bien sûr dans notre emploi du temps beaucoup de choses de la prison, quoi. Parce que la promenade, le mot "promenade" qu'on retrouve pour les jeudis, là c'est pas tous les jours mais c'est des mots de... le parloir, c'est des termes de prison qu'on retrouve et c'est : qu'on avait c'était des cantines et ça c'est aussi des mots de prison. Les prisonniers ont des provisions personnelles. En ce moment c'est du shit, nous on n'avait pas ça mais on avait du saucisson quand on est à la maison.
- Speaker #0
On avait la messe à la plage. Tu as tout à fait raison, je n'avais jamais fait le pont avec le vocabulaire d'un prison.
- Speaker #1
Le vocabulaire du règlement est tout à fait celui des prisons, moi Darmanin me l'a dit.
- Speaker #0
Oui, ça je n'avais pas fait le pont, mais tu as tout à fait raison. C'était exactement ça. Et il faut l'imaginer, il fallait voir comment on accédait au réfectoire. Vous vous souvenez de ce couloir ?
- Speaker #1
En silence. Toujours en silence.
- Speaker #0
En silence et en rang, de chaque côté. Et on avançait, et on se mettait dans un jet, puis une rangée, etc. C'était en silence, oui.
- Speaker #2
Quand je suis revenu à Thiboli pour consulter les archives, c'était une fin de classe, c'était méconnaissable. Le couloir de la chaussée, d'abord il y avait des filles partout, et tout ça, ça circulait, ça parlait, rien à voir avec ce qu'on a connu.
- Speaker #0
Rien. Mais c'est pour ça qu'il faut qu'on témoigne, parce qu'après nous, personne ne pourra expliquer vraiment ce que c'était comme... Mais tu as raison, c'était un système qui ressemblait beaucoup à la prison. Oui. Bon, donc...
- Speaker #1
La douche, je pense que la douche hebdomadaire aussi c'était...
- Speaker #0
Alors ça,
- Speaker #1
on a parlé tout à l'heure de l'hygiène,
- Speaker #0
oui, il y avait effectivement une douche hebdomadaire dans un bâtiment qui ressemblait fort à un camp de concentration.
- Speaker #1
Et dans lesquelles ? à l'occasion d'une promenade on nous avait amené voir une exposition sur les camps de concentration, dans un âge qui était quand même relativement petit. Je sais qu'à 10 ou 11 ans on avait été voir ces images de camps de concentration et après moi quand j'allais prendre la douche ça m'impressionnait beaucoup c'est vrai. Mais réellement bien sûr je mettais un peu de distance mais...
- Speaker #0
T'avais fait le pont !
- Speaker #1
Et alors il y avait aussi le regard des surveillants. des douches qui était un regard tout à fait... qui me fait penser à Louis Malle dans "Au revoir les enfants" quand le gamin est dans la baignoire. Ça c'est...
- Speaker #2
Vous vous rappelez le cérémonial des douches dans ce bâtiment ?
- Speaker #1
Ah bah oui mais c'était presque au sifflet quoi ! C'était au sifflet !
- Speaker #2
On entrait, déshabillez-vous, asseyez-vous, entrez... Savonnez-vous ! Non, lavez-vous, savonnez-vous...
- Speaker #1
Ah oui oui c'est sûr ! Oui, mais ça c'est la prison.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #0
Avec la petite... Moi je me souviens du petit siège qu'il y avait à l'entrée des douches.
- Speaker #1
À l'extérieur ?
- Speaker #0
Oui, où on était en slip en train de trembler parce qu'il faisait un froid de canard. Je me revois trembler sur le...
- Speaker #1
Mais pour se voir c'était dur parce qu'il y avait tellement de fumée à l'intérieur. On ne voyait pas trop l'être.
- Speaker #0
Oui mais il fallait imaginer ce que ça représentait comme séparation, comme rupture par rapport au mode de vie à la maison quoi. Ça n'avait rien à voir d'une part Parce qu'on était tout le temps avec des gens, on était avec des collectifs tout le temps. Et d'autre part parce qu'on ne nous parlait pas à des personnes, on parlait à des groupes. Celui qui s'adressait à nous parlait à des groupes. Je revois les « Rincez-vous ! » et quand on se retrouvait plein de savon et qu'il avait tourné la manette et qu'on pouvait plus rincer, on ressortait... La tête basse et vraiment, c'était vraiment bizarre. C'est pour ça que les externes qui vivaient en même temps que nous, ils n'avaient aucune idée de ce que nous vivions, nous les pensionnaires.
- Speaker #2
Non, c'était des touristes les externes.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, c'était des touristes.
- Speaker #1
Moi j'appelle ça, en réfléchissant à tout ça, je dis, c'était la solitude dans la promiscuité. C'est vraiment des choses, ces deux concepts qui normalement ne vont pas ensemble. Nous on avait ce pouvoir magique d'être dans la promiscuité et d'être seul.
- Speaker #0
Moi j'ai retrouvé ça à l'armée. C'est pour ça qu'à l'armée je n'ai pas été du tout dépaysé. J'ai retrouvé des sensations qui étaient inscrites en moi déjà. Bien, donc là nous en sommes dans notre journée.
- Speaker #2
Petit déjeuner.
- Speaker #0
Petit déjeuner.
- Speaker #2
Avec les caissettes. On a fait une digression mais bon. Après qu'est-ce qu'il y a ? On va en classe à 8h50.
- Speaker #0
Alors raconte comment on allait en classe.
- Speaker #2
En silence, en rang par deux.
- Speaker #0
On était tous dans l'étude, bras croisés en attendant que notre classe soit appelée.
- Speaker #2
On peut rappeler ce qu'est une étude parce que je ne pense pas que ça existe à l'heure actuelle. Chaque division, c'est-à-dire chaque niveau d'études était parqué si je puis dire.
- Speaker #1
Consigné.
- Speaker #2
dans une grande salle,
- Speaker #1
entreposée,
- Speaker #2
voilà, dans une grande salle où chacun avait un bureau, un pupitre, avec un couvercle qui se relevait. J'y pense parce que j'ai eu ma première colle grâce à ce couvercle.
- Speaker #1
Ça, ça m'étonne. Tu as été collé dans ta vie ?
- Speaker #2
Oui. Oh là !
- Speaker #0
Il nous aura fallu attendre 70 ans pour le savoir.
- Speaker #2
Il avoue enfin. Deux fois. Bon. Non, non. J'avais... On était répartis ou divisés ou regroupés, je ne sais pas, en équipes dans ces divisions. Par deux rangs.
- Speaker #1
Oui, c'est surtout à la fin qu'il y avait des équipes. Non. Non, non,
- Speaker #2
mais par des équipes dans le même local. Et j'avais dans mon équipe le fils d'un... je ne le nommerai pas, le fils d'un papetier qui rapportait régulièrement des cartons, des billes, des encriers, etc. Et un jour il avait monté dans ce casier un toboggan. Il y avait une étagère sous le bureau dans lequel il avait placé une bouteille en verre. Et il mettait une agate dans ce toboggan et ding, voilà. Et j'étais responsable de cette équipe et donc un jour je reviens de classe, tous les pupitres de cette équipe avaient été ouverts et il y avait une colle rose dans chacun.
- Speaker #1
ma seconde colle oui mais c'était une punition générale alors ça aussi moi je n'avais pas pensé jusque là ça c'est vraiment des scandales les punitions générales oui là je n'ai jamais
- Speaker #2
jamais encaissé parce que moi je n'avais pas le toboggan dans mon bureau mais j'étais responsable de l'étude et ça m'a je pense un peu dégoûté du centre responsabilité
- Speaker #0
Je ne me souvenais pas du tout ces équipes dans les premières divisions, enfin c'était dans les classes du 6ème et 5ème c'était une préfiguration de ce qui allait suivre après en seconde première et terminale mais si on parle des punitions générale. Xavier, tu as l'air d'être sensible à ça. Est-ce que tu as des souvenirs précis de punition générale ?
- Speaker #1
Moi, ça ne me vient pas. Je n'ai pas réfléchi à la question. Ça ne me vient pas spontanément.
- Speaker #2
...souvenir dans le grand dortoir du second dont vous... J'ai l'impression que vous ne le savez pas.
- Speaker #1
Oui, oui,
- Speaker #0
mais vas-y.
- Speaker #2
C'était Vareille qui surveillait et qui avait un don pour allumer tous les interrupteurs avec un coup de poing. donc je ne sais plus pour quelle raison il y avait un congrès et donc vers 10-11h allumage des feux on s'habille et on descend à l'étude faire des lignes alors je complète
- Speaker #0
Le témoignage, c'est un témoin oculaire qui l'atteste. J'y étais. Mais je me souviens que le bruit en question, c'était une bille qui parcourait le dortoir, une bille qui roulait donc sur le plancher, donc qui faisait un bruit très très reconnaissable. Et ça provoquait le fourrir, ça provoquait l'hilarité dans les rangs, dans les lits. Et je revois très bien le geste dont tu parles pour rallumer les feux. Et nous sommes descendus et nous avons fait une dictée à marche forcée. Et je me souviens de cette idée de dictée à marche forcée. C'est-à-dire qu'il a lu un texte en disant que la dictée après... serait corrigée et que toute faute serait sanctionnée. Et donc, je me revois écrivant et ma main se crispant parce que je n'arrivais pas à écrire suffisamment vite. D'où l'idée de quitte dictée à marche forcée. Et je me souviens très bien de ça comme étant... Un exercice douloureux, douloureux au sens propre du terme, physiquement. Et en plus de ça, qui nourrit le sentiment d'injustice. Parce que je ne suis pas responsable, ce n'est pas moi qui ai mis la bille. D'où la colère vis-à-vis des autres, etc.
- Speaker #2
On en est où là ? On va en classe.
- Speaker #0
Oui, on va en classe, oui.
- Speaker #2
On a trois heures de cours.
- Speaker #1
Non, deux heures.
- Speaker #2
Non, classe 8h50, 9h45, 10h05 classe et 11h05 classe.
- Speaker #0
Bon, et la classe caractérisée par quoi pour nous ?
- Speaker #2
On montait en classe en silence.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
En rempart 2.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
On attendait à la porte de la classe que le prof nous invite à entrer.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
On entrait et on restait deux. debout aux places qui nous avaient été assignées. Et quand le prof nous disait de nous asseoir, nous nous assayions.
- Speaker #1
Il y avait quelquefois des prières aussi ?
- Speaker #0
Il y avait des prières avant. Si, si, il y avait des prières. Il y avait un jour, seul mari ou un autre père.
- Speaker #1
Peut-être pas tous les profs, peut-être qu'il y avait des...
- Speaker #0
Non mais ça faisait partie du règlement et c'est dans le règlement. Il y avait des prières et après la prière...
- Speaker #1
Au moins un signe de croix...
- Speaker #0
Et après la prière on pouvait s'asseoir.
- Speaker #1
Et puis l'entrée en classe, ça dépendait... On était soit content si on aimait bien le prof et pas content si c'était une matière qui nous embêtait ou le prof était nul.
- Speaker #2
Ce n'est pas propre à l'enseignement jésuite.
- Speaker #0
Alors sur les classes, on peut quand même préciser... que nous avions la caractéristique de ne pas avoir certains cours, par exemple de sciences naturelles. Pour toi qui as fait médecine, Xavier, tu n'as pas fait de sciences naturelles avant un terminal.
- Speaker #1
Oui, mais je ne sais pas si dans les autres établissements il y avait des sciences naturelles beaucoup.
- Speaker #0
Au lycée ? Dans les amusements publics, oui.
- Speaker #1
Si, si.
- Speaker #0
Ah si, si, si. Tous les amusements publics. Oui,
- Speaker #1
non, mais si on parle de l'enseignement, alors là c'était vraiment nul.
- Speaker #0
Non, attends, pas de jugement à l'emporte-pièce, mais constatons qu'il n'y avait pas de sciences naturelles, il n'y avait pas de musique.
- Speaker #1
Oui, mais il y avait des gens qui étaient censés faire de la musique dans le règlement. justement.
- Speaker #2
Ah mais en cours particulier.
- Speaker #1
Ah oui, c'est ça.
- Speaker #2
Dessin, c'était en cours particulier. Il fallait payer.
- Speaker #0
Ah oui, il y avait des cours particuliers. Bon, ça n'était pas dans l'emploi du temps.
- Speaker #2
Mais nous avions des cours d'instruction religieuse.
- Speaker #0
Ah ! Alors, sur le côté instruction en tant que cours, qu'est-ce qu'on avait ? Que n'avaient pas nos petits camarades du public ? On avait l'instruction religieuse. On avait quoi encore ?
- Speaker #2
Tu veux dire en enseignement ou en pratique religieuse ?
- Speaker #0
Enseignement. On avait un cours d'histoire de l'Église. Il y a une composition d'histoire de l'Église, vous regarderez dans les... Je revois très bien le bouquin d'histoire de l'Église. C'était un enseignant particulier, l'histoire de l'Église ?
- Speaker #2
J'ai toujours été mauvais en histoire, mais alors en histoire de l'Église...
- Speaker #0
On avait l'histoire de l'Église, on avait l'instruction religieuse... Au point de vue enseignement, qui était des heures de cours.
- Speaker #1
Sans compter les lectures pendant les réfectoires où il y avait la vie des saints, qui était aussi l'instruction religieuse déguisée.
- Speaker #0
Ah oui, déguisée, mais qui faisait partie de notre formation religieuse, oui. On avance dans la journée, il y a les cours et puis on arrive à quelle heure ? On arrive à midi là ?
- Speaker #2
Oui, donc les externes s'en vont dans leur famille faire un bon petit repas. Oui,
- Speaker #0
des bisous avec leur maman.
- Speaker #2
On a une récréation à midi quand même. Ça doit être pour aller pisser ça.
- Speaker #0
Oui c'est vrai.
- Speaker #2
Après 12h20 le déjeuner. Alors déjeuner bien sûr en silence et on écoutait une lecture comme tu disais spirituelle. Très souvent c'était la vie de Saint Ignace de Voyola. On l'a eu plusieurs années.
- Speaker #0
Sur les repas, qu'est-ce qu'on peut dire d'autre qu'il y avait effectivement les lectures et on attendait à la fin... La permission de parler, vous ne vous souvenez pas de ça ? Qui était repoussé tout le temps. C'est-à-dire qu'on mangeait dans le silence, et puis quand on avait été très très sage, dans sa grande mensuétude, le surveillant donnait la permission de parler. Je me souviens de ce son qui montait tout de suite, les décibels qui montaient, et c'était... je ne me souviens pas de ça.
- Speaker #1
Non, je croyais que tout le repas était en silence. Ah non,
- Speaker #0
À la fin, c'était la récompense. Et ça faisait un bruit assourdissant. Et puis, bon...
- Speaker #2
Surtout dans le cerveau qui était un peu en sous-sol,
- Speaker #1
qui était un peu au très bas du plafond.
- Speaker #2
C'était le cave.
- Speaker #0
Et là, vous avez des souvenirs de la nourriture ?
- Speaker #2
Oui, oui, bon, les frites étaient mangeables. Les frites...
- Speaker #0
Et la salade frisée ?
- Speaker #2
Le bœuf bourguignon, qui revenait souvent.
- Speaker #1
Le foie de veau tout vert.
- Speaker #2
Oui, sur toutes les viandes, les beefsteaks, c'était une horreur, ça c'est sûr. Quand il y en avait, bon, c'était...
- Speaker #0
Est-ce que vous vous souvenez ? de ce personnage qui pour moi était un esclave il y avait le frère alvarez non mandarino mandarin ou d'un gros oui là ils n'étaient pas C'est plus le personnage de Zorro. Non, c'était le copain de Zorro. Mais moi je vois... Alvarez était très maigre celui-là. Mais je vois un personnage laïque qu'on appelait Clovis. et qui arrivait avec un gilet de corps en laine. Il avait toujours une petite allumette dans la bouche, quelquefois elle tombait dans la purée et il poussait son chariot comme s'il avait fait du patinage artistique. Et il arrivait entre les rangs de tous ces marmots C'était un personnage que si je devais... dessiner ça, je le mettrai dedans. Bon, on arrive donc à la fin du repas et nous repartons en études.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Nous repartons d'abord en récréation. Après le repas de midi.
- Speaker #1
Oui, déjeuner, récréation.
- Speaker #0
Et ces récréations, vous avez des choses à dire là-dessus ? vous avez des souvenirs ?
- Speaker #2
ah bah les souvenirs c'est que on était très mal considéré parce qu'on jouait pas au foot ça c'était le truc, on était des philosophes parce qu'on parlait tout le temps le long des barrières et qu'on ne participait pas à la liesse là tu es déjà en seconde ou en première ? non, non, non, même dans les petites oui, oui, oui si,
- Speaker #0
si, si, ça me fait plaisir que tu dises Je vous dis ça, Xavier, parce que l'histoire du philosophe avant l'âge, moi j'en ai un souvenir cuisant lors d'une lecture des notes où effectivement j'ai été traité de philosophe avant l'âge par le père Bergeron dans ce qu'on appelait la lecture des notes. en silence, qui attendaient tremblant qu'on leur lise leurs notes. Et je me souviens de mon cœur battant en entendant le pas du père Bergeron sur les carreaux, quand il ouvrait la porte et qu'il la refermait en la claquant une grande porte vitrée, nous étions tous tétanisés sur nos sièges.
- Speaker #1
Excusez-moi, il ne la refermait pas, il l'ouvrait en grand fracas et c'est le... Celui qu'on appelait le portier, qui était le plus près de la porte, qui l'a refermé.
- Speaker #0
Oui, ça il faut l'avoir vécu. Et monter les trois ou quatre marches de la... comment on pourrait appeler ça ? C'était un perchoir de chair, voilà, c'est ça, où venait se mettre le surveillant qui surveillait les sangs.
- Speaker #2
Bergeronette, c'est vrai.
- Speaker #0
Si on veut faire de l'esprit. Donc là, qu'est-ce qui se passait ? Qu'est-ce qu'il disait ?
- Speaker #1
Il lisait les notes de chaque élève, les notes de la semaine sous forme de lettres. J'ai un petit paragraphe sur les notes si vous voulez. A la fin de chaque semaine, chaque élève reçoit d'abord deux notes en lettres. Donc une de travail en études et une de conduite générale. Il reçoit de plus des notes qui sanctionnent l'application... Première note en lettres et le succès, deuxième note en chiffres. Elles sont données suivant l'ordre établi au tableau des notes scolaires. Anta très bien, A satisfaisant, A passable, E médiocre, E mal, I très mal, I grave.
- Speaker #0
et donc quand on se levait quand on notre nom était cité on se levait et devant le public et bailly ont récité le bergeron réciter nos notes je le revois la main tendue comme ça le préfet le préfet est il est ici tes nos notes mais moi j'en ai des souvenirs de l' C'est là que je me suis fait traiter, comme tu le dis, Xavier, de philosophe avant l'âge.
- Speaker #2
Oui, mais ça a dû être après repris par des surveillants, par des gens qui étaient témoins de ce truc. Et c'était tous ceux qui ne faisaient pas du foot qui étaient des pseudo-philosophes.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que c'était des petits... Moi j'entendais ça, c'était des petits prétentieux. C'était une humiliation publique, on peut dire. Oui, c'était une humiliation publique. C'est... Vous avez des souvenirs sur ces histoires de lettres, non ? Heureuses ou douloureuses ?
- Speaker #2
Moi pas trop. Moi c'est le genre de truc qui me glissait dessus, franchement. Je ne sais pas si il y avait un rapport avec les Bénets éminentaires et optimés, ça correspondait ?
- Speaker #1
Ça c'était trimestriel.
- Speaker #2
C'était trimestriel. Alors je me souviens d'une fois j'ai eu un éminenter. et que j'ai écrit ah oui parce qu'il y avait le courrier comme on devait adresser aux parents ça aussi alors j'ai écrit à ma mère donc elle était censée dire la lettre faites mousser mon éminent terre auprès de papa
- Speaker #1
C'est vrai. C'est peut-être le seul que j'ai vu, je ne sais pas si c'est vous. Tu veux des détails sur les témoignages ?
- Speaker #0
Oui, dis bien.
- Speaker #1
Alors chaque mois, on mérite un témoignage mensuel éminentaire s'il n'en a pas eu de note inférieure à 1. Le témoignage optimé s'il n'y en a pas plus de 3 AE. Le témoignage béné s'il n'y en a pas de notes inférieures à AE. Le témoignage peut être supprimé si les AE sont trop nombreux. Bon, après c'est ce à quoi donnent droit les témoignages. C'est peut-être un peu long ça.
- Speaker #0
Oui, ça a donné, c'était quand même de la monnaie pour sortir.
- Speaker #1
Moi je m'en souviens parce que j'ai chialé pendant huit jours quand je suis entré en sixième. d'avoir quitté les jupes de ma mère mais vraiment je suis allé et donc le premier samedi je me demandais si je pourrais revenir chez moi, si mes parents pourraient venir me chercher et en fait l'éminent air permettait, c'était sur un carton avec quatre coins, et ces quatre coins permettaient aux internes de sortir le samedi soir. Enfin chaque coin. Donc avec un éminent air on pouvait sortir, partir chez soi quatre fois. Avec un optimé deux fois et avec un béné une fois.
- Speaker #0
voilà moi j'ai un petit souvenir de ça pour une sortie exceptionnelle qui avait été sollicitée, que j'avais sollicité et que mes parents avaient sollicité quand mon frère a eu une permission pendant la guerre d'Algérie il est revenu à la maison et ce samedi-là, qui était un samedi unique, les parents et mon frère avaient souhaité que je puisse quitter le collège et venir passer le week-end à la maison.
- Speaker #2
Ils étaient trop bons.
- Speaker #0
Et je me revois le cœur battant, attendant... à la porte du père préfet pour entrer dans la porte à double bâton et dire : "voilà la lettre qu'a fait mon père, je sollicite exceptionnellement la permission d'aller à la maison samedi soir, parce que mon frère en Algérie, revenait d'Algérie, et c'était un moment un peu exceptionnel. Et je revois Bergeron se diriger vers le grand classeur noir sur lequel il y avait les notes de tous les élèves. Marcadé, Marcadé, toc, Patrice Marcadé, toc, toc. Alors il y a un moment de suspense, je me revois dans ma culotte courte et puis le verdict tombe. Il fait oui, non, nuit, puis le verdict tombe mais vous avez 11 en histoire et géographie, c'est pas une note qui est à la hauteur. Clac ! Il a refermé le grand glaceur noir, adieu l'insorbite. Je suis sorti, adieu mon frère, adieu tout, et je me revois aller pleurer à l'extérieur, terminé. Et ça, c'est caractéristique parce que ça à la fois se disait « Mais M. Marcadet, vous aviez des notes que ce n'est pas digne de vous d'avoir un 11 en histoire et géographie » et c'était aussi « Allez casse-toi, ce n'est pas bon » . Et ça, c'est vraiment une blessure que j'ai gardée. au fond de mon cœur. Pourtant,
- Speaker #2
alors du voisin qui n'était pas un tendre non plus, était peut-être plus coulant que Bergeron, parce que moi je sais que pour les noces d'argent de mes parents, je ne méritais pas de sortie, et je crois que finalement j'avais pu partir exceptionnellement pour cet événement qui ne me plaisait pas plus que ça. D'ailleurs, c'est une autre histoire !
- Speaker #1
Est-ce que vous vous rappelez ce qu'il y avait à la... comment on entrait dans le bureau du préfet ? Quand on faisait la queue, on se pissait au froc en attendant. Et il était très bricoleur le préfet. Il avait bricolé un truc où s'allumait en vert entrée et en rouge attendait. Maintenant c'est dérisoire parce qu'on trouve ce genre de trucs partout. Mais là c'était bricolé dans... Et il y avait un son !
- Speaker #0
Il y avait un son ! Ça s'accompagnait d'un son quand il y avait entré. Je me souviens de la peur physique que j'avais de rentrer là. C'est-à-dire qu'on refermait la porte avec un double bâton.
- Speaker #1
Oui, tu as parlé des doubles bâtons, effectivement.
- Speaker #0
Une porte avec un... Et en plus c'est là qu'il y avait des portes avec rembourrage quoi, comme dans les... comme dans les... chez les notaires ou... pour ne pas entendre. Et le fait qu'il y ait cette porte qui isolait du son, ça voulait dire que ce qui se passait à l'intérieur n'était pas très catholique,
- Speaker #1
c'est le cas de le dire. Ce préfet-là, il aimait beaucoup la musique et il s'était bricolé des baffles gigantesques. Et je pense que les portes isolantes, c'était pour qu'il puisse... Bergeron ? Oui. Qu'il puisse écouter la musique sans que ça dépasse.
- Speaker #0
C'est rigolo que tu évoques ça, parce que moi ça faisait partie des souvenirs que je voulais qu'on remémore. Est-ce que vous vous souvenez avoir été, avoir eu le privilège d'aller... Un certain dimanche soir, écouter de la musique. Moi je me souviens de la symphonie héroïque à laquelle j'avais été convié dans son bureau. Oui sa chambre, l'absurde, mais c'est dans son bureau. Et nous étions, on était 4-5, c'était très peu, on était assis par terre et... Nous écoutions religieusement, c'est le cas de le dire, la symphonie héroïque. Bergeron était à son bureau et il faisait ses affaires. Et nous on était là, tétanisés, et nous écoutions avec cette enceinte effectivement qui faisait toute une porte. Et dans les années 50, des enceintes qui faisaient une porte, ça n'existait pas.
- Speaker #2
C'était chez les disquaires.
- Speaker #0
C'était chez les disquaires, chez les pros. C'était tout à fait étonnant parce que... ça c'était un objet de luxe. Or la pauvreté fait partie des vœux. Voilà. Bien.
- Speaker #2
Moi je n'ai pas eu cette chance d'aller dans le bureau de Bergeron écouter l'Héroïque. Moi je ne me souviens que de la musique qu'on faisait à la Villa Bayonne quand on faisait des espèces d'ateliers où on présentait des disques et tout ça. Oui, ça c'était le côté les moins raté de notre éducation quand même. Ils faisaient des petits efforts.
- Speaker #0
C'était en autonomie, c'était nous qui faisions ça.
- Speaker #2
Oui, c'est ça, oui. On nous permettait.
- Speaker #0
On nous permettait d'eux, oui.
- Speaker #1
Oui, mais c'est grâce à vous que j'ai découvert la musique classique. Enfin, grâce à ces ateliers auxquels vous m'avez... Ah ben oui, parce que mes parents, la musique, non.
- Speaker #0
ça c'est vraiment une des caractéristiques aussi de cette éducation que nous avons eue, cette imprégnation, ce milieu, c'est qu'il y avait quand même des choses qui se passaient, qui étaient parallèles, qui étaient... suscitées mais qui n'étaient pas organisées formellement, mais qui n'est pas interdite, mais auxquelles on était conviés, etc. Et avec l'histoire de la musique classique assis sur la... J'ai raccroché un autre souvenir, c'est celui des bandes dessinées. Chez le père Exbraïa.
- Speaker #2
Exbraïa, oui, oui.
- Speaker #0
Vous vous souvenez, les bandes dessinées en 1950, les bandes dessinées c'était quand même pas grand chose. Lui, il en avait une bibliothèque complète, il en avait un mur complet.
- Speaker #2
Il était belge d'origine.
- Speaker #0
Tu as raison, tu as raison.
- Speaker #2
Oui, c'est pour ça que la Belgique et la BD...
- Speaker #0
Tu as raison.
- Speaker #2
Moi j'avais commencé ça en septième justement. Alors justement pour moi ça ne m'étonnait pas trop ça. Parce qu'au petit collège ils faisaient lire aussi Tintin.
- Speaker #0
Mais... tu te souviens quand on y allait pendant l'étude le dimanche on demandait un billet, un exéat pour aller chez le père Hexbraya écouter de la lire de la BD et qu'on se retrouvait
- Speaker #2
L'appareil assis par terre.
- Speaker #0
Assis par terre avec notre BD, en silence, et Exbraya était assis sur son ruteuil, je vois exactement où il était, et lui-même lisait des BD, ou son brévière, c'était l'un ou l'autre, et nous, nous lisions en... en silence nos BD c'était un moment où on avait le sentiment d'être un petit peu privilégiée parce qu'on avait été autorisés à ça.
- Speaker #1
- Je n'ai pas connu ça. Mais tu parlais d'ex-EHAT, il faudrait peut-être expliquer ce que c'est.
- Speaker #0
- Vas-y.
- Speaker #1
Parce que là, à part les déplacements collectifs en groupe, en classe, on ne pouvait pas circuler dans le collège. Et si on n'avait pas un... un laissé-passer ? Alors le laissé-passer, ça pouvait être soit l'ex-EHAT qu'ils sortent pour aller voir un prof, un curé, etc. Un aumônier,
- Speaker #2
un confessé ?
- Speaker #1
Ah non, ça c'est autre chose. C'est autre chose ?
- Speaker #2
Il y avait des bons spéciaux pour les confessions ?
- Speaker #1
Oui, ça permettait donc de sortir de l'étude et de circuler dans le collège. passé le billet de confession, que l'on remplissait tel jour à telle heure, qui était ramassé, distribué donc au confesseur demandé et le confesseur demandé renvoyait le billet et on pouvait donc circuler dans le collège, aller voir ça. ce confesseur. Et je crois que c'est tout.
- Speaker #0
Et tout le monde voyait, nos petits camarades voyaient si nous demandions, et le surveillant voyait, ou ne demandions pas à nous confesser. Ça avait un côté public quand même cette affaire privée.
- Speaker #1
L'après-midi, il y a les trois... Non, il n'y a que deux cours l'après-midi.
- Speaker #2
C'est pour ça que je viens avec deux matins.
- Speaker #1
14h30 et 15h30 et ensuite à 16h30. Ça c'était en 55 mais je pense que ça a été modifié. En 1962 c'était un peu différent. On avait la récréation à 16h je crois. Et on devait commencer les cours à 14h.
- Speaker #0
14h-16h. La récréation, quel souvenir vous avez de cette récréation de 16h ou 13h30 ?
- Speaker #1
Ça dépend des mois. Parce qu'au mois de mai il y avait un rassemblement devant la statue de la Vierge pour chanter... Le mois de Marie, quoi. Le mois de Marie, oui.
- Speaker #2
Non mais il y avait un goûter aussi, qui était dans la cour de récréation, avec des pâtes de fruits.
- Speaker #1
Ce n'était pas du pain sec ?
- Speaker #2
Du pain sec et des pâtes de fruits quelquefois, il me semble.
- Speaker #0
Oui, quelquefois il y avait des pâtes de fruits, c'était le dimanche surtout quand il y avait... Mais autrement c'était un cajot de pain sec. Et je me souviens moi de la curée. pour obtenir un morceau de pain. Et je me souviens même avoir pris une paire de claques à la volée, parce que nous étions tout un groupe, une grappe qui se battait pour avoir un morceau de pain. Et tchac ! Il y a eu une volée générale, une bise, une gifle générale, et je me souviens avoir pris une... Une paire de claques là, qui m'avait beaucoup humilié. Bon, donc il y avait ça, et après on attaque, après la récréation...
- Speaker #1
4h30 ? Il y a une demi-heure de... je ne me rappelle pas, je crois que c'est une lecture spirituelle, une lecture encore, 4h30 à 5h.
- Speaker #0
Il y a une dizaine de chapelets ?
- Speaker #1
Oui, c'est possible.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est spécifié dans le...
- Speaker #1
Oui, oui, non, il ne faut pas perdre l'habitude.
- Speaker #0
Il y avait une dizaine de chapelets, ce qui n'était qu'une dizaine de chapelets, ça prend un certain temps, puis après il y avait la lecture religieuse.
- Speaker #1
Oui. Et après l'étude alors de 5 à 7, la fameuse étude qui était réservée pour les internes, faire leur travail du lendemain ou le travail qu'ils ont fait. s'en faire et certains jours il y avait des compositions. Et hélas nous n'avons pas d'éphéméride, c'est dommage, qui donnait le calendrier du trimestre avec la programmation de toutes les les compositions.
- Speaker #0
Ah oui, moi je me souviens beaucoup de ces devoirs-là. Tu t'en souviens, Xavier, de ça ?
- Speaker #2
Pas trop. Moi j'étais très imperméable, je crois. C'est fou parce que... Ah oui,
- Speaker #0
c'est fou. C'est fou la protection que tu as mise pour...
- Speaker #2
Ah oui, oui, j'étais très défensif.
- Speaker #0
Ah oui, tu étais très défensif. Moi je suis rentré dedans.
- Speaker #2
Je ne sais pas te dire ce que c'est. Moi Bergeron, je ne l'ai jamais considéré comme un monstre. Du voisin, par contre, j'ai dans le nez par rapport à ma sortie. Ma sortie, après mon résultat au bac, ils m'ont demandé quand c'est que je passais le ras de la repêche. Je trouvais pour terminer mes 9 ans à Thiboli, c'était vraiment d'une finesse. d'une délicatesse.
- Speaker #1
Vous trouvez les résultats du bac ?
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #2
Alors je m'attendais à... Oui, les résultats ont été publiés depuis longtemps. Moi, je vais rechercher mes affaires, je le croise et il me dit alors, paro, quand est-ce que vous passez dans la repêche ? Je trouvais que pour terminer comme bouquet final, c'était d'une finesse vraiment complètement...
- Speaker #0
C'était l'humiliation ?
- Speaker #2
Hein ? Soit vraiment de la compétence qui n'avait pas percuté et que j'étais reçu, mais soit c'est vrai qu'il voulait m'humilier, oui. Mais je ne l'ai pas pris comme ça, moi j'étais content.
- Speaker #0
Non mais c'est... c'est genre, peut-être que c'était une plaisanterie.
- Speaker #2
Je ne sais pas, mais venant de lui, moi ça m'a vraiment choqué. Autre anecdote avec du voisin pour rester avec lui, un dimanche après-midi il y avait une matinée de la Valkyrie au Grand Théâtre et j'avais demandé d'augmenter le... L'éventail de la sortie, puisque les trois actes d'Aval-Kiri, je ne pouvais pas entrer à 5 heures à Thiboli. Mais il n'a pas voulu. Alors je me suis forcé les deux premiers actes, mais le troisième acte, j'étais... Non,
- Speaker #1
c'est curieux, parce que moi je lui ai demandé d'aller voir Béjar un soir. Et il m'a autorisé... Et il m'avait donné une clé du portail qui est avenue Félixfort. Il a dû se tromper de clé et donc impossible de ouvrir ce portail. Et donc j'ai dû passer l'avenue d'Aizine, il y avait un mur qui s'écroulait plus ou moins. Donc j'ai dû escalader, j'ai dû faire le mur.
- Speaker #2
Dans le mauvais sens ! Voilà.
- Speaker #1
J'avais été très surpris qu'ils m'autorisent.
- Speaker #2
Moi j'avais bien été autorisé à aller voir mon oncle parlait de Teilhard de Chardin, c'était le soir aussi.
- Speaker #0
Oui mais voilà, ça ne me paraît pas... C'était impossible de se refuser ça quand même.
- Speaker #1
Teilhard il n'était quand même pas un auteur de sainteté.
- Speaker #0
Non, non. C'est à ce que... A propos des stars du monde de jésuites, vous vous souvenez du Père Duval ?
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Vous vous souvenez quand il était venu, vous le revoyez dans la cour ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ah c'est moi qui ai le souvenir de ça. J'ai le souvenir quand le père Duval... Donc, comme disait Georges Brassens, la calotte chantante. Et un jour il est venu, il a descendu les marches du perron et il s'est avancé dans la cour des grands. Et donc ça a été tout de suite un événement et donc on s'était mis un peu en grappe autour de lui. Et il y a un de nos condisciples qui s'était dégagé et qui avait dit on va faire la quête. pour faire une plaisanterie puisqu'il y avait une attraction et il y avait du public qui dit on va faire la quête. Et je me souviens que Duval l'avait regardé, comme il savait le faire, il au pluriel, il savait le faire et il lui avait dit pourquoi vous avez besoin d'argent ou je ne sais pas quoi. Il l'avait scié, le gars qui avait fait cette plaisanterie, il avait été descendu, mais exactement comme on a tous... des quantités d'exemples de ces humiliations publiques, de ces trucs qui piquent comme mon histoire de philosophe avant l'âge. J'ai plein d'autres choses comme ça.
- Speaker #2
Vous passez le rôle de contrôle. Vous passerez le rôle.
- Speaker #0
Oui c'est ça. C'est ce genre de truc où on vous remet à votre place.
- Speaker #1
Je suis en train de chercher, je n'ai pas de souvenir de ça. Ce n'est pas possible que je n'en ai pas. Il doit être...
- Speaker #0
si ce n'était pas simple pour nous, ce n'était pas simple pour eux. Je revois... J'ai eu le souvenir du persil recteur quand nous y étions et je le revois arpentant les couloirs la nuit avec son chapelet et il secouait son chapelet je percevais qu'à travers l'agitation de ce chapelet il y avait l'agitation de son cerveau et que d'ailleurs il a quitté il s'est marié enfin il a quitté le pauvre
- Speaker #1
19h15 il y a une récréation, 19h30 le dîner et après une étude. Et à 21h la récréation propice.
- Speaker #2
Oran ? Propice oui !
- Speaker #1
C'est dans cette récréation que j'ai eu ma première colle, ma première retenue. Je vous ai raconté. Oran ? Ça me surprend toujours ça parce que j'étais en sixième, un petit sixième traumatisé par sa rentrée, je ne sais pas si c'était loin de la rentrée. C'était une période où il y avait des pétards, ces pétards qu'on faisait éclater en les frottant comme une allumette. Bien sûr, après le premier, ça a été tout de suite interdit. Et au cours de cette récréation propice avant d'aller monter au dortoir, on était devant les pissoirs et il y a un gars qui n'arrivait pas à allumer son pétard. Je lui prends des mains, je l'allume et je le fais péter. Évidemment, tout le monde est rapatrié dans les thunes et on m'a demandé qui c'était. Donc j'ai levé le doigt. Et j'ai eu ma première colle rose.
- Speaker #2
Et tu as évité une punition générale pour les autres, ça c'est bien, bravo !
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Ah ben ça...
- Speaker #1
J'en suis fier.
- Speaker #2
Ah oui ?
- Speaker #1
Non, c'est donc je ne suis pas fier, ils ne m'ont pas foutu une colle. En fait, ils m'ont laissé le choix entre une colle ou bien de moi-même, j'acceptais de ne pas revenir chez moi un samedi.
- Speaker #2
Ah oui ?
- Speaker #1
Ça c'était dans la...
- Speaker #0
- Ah c'est ça !
- Speaker #1
- Éducation ignatienne. - Ça,
- Speaker #0
c'est intéressant. Vas-y redonne cet exemple parce que ça montre quand même des choses.
- Speaker #1
- La perversité...
- Speaker #0
- Vas-y, redis l'alternative pour le gamin que tu étais.
- Speaker #1
- Je n'en suis pas sûr. En tout cas j'avais le choix entre accepter de ne pas rentrer chez moi...
- Speaker #0
Accepter de ne pas rentrer chez toi ?
- Speaker #1
De ne pas partir un samedi soir, ou bien si je n'acceptais pas, qu'est-ce que je pourrais avoir ? Une colle. Une colle avec les inconvénients de la colle, c'est-à-dire quand tu avais une colle rose, tu avais un I.O.
- Speaker #0
Ah non, il y a I.O. surtout.
- Speaker #1
Donc une note qui t'enlevait tous les témoignages du trimestre. C'est un peu curieux comme alder. Je ne sais pas si ça marche. ça ne marche pas parce que...
- Speaker #0
Non c'est trop fort ça.
- Speaker #1
Je me fais des nœuds. Je sais que dans l'alternative il y avait l'acceptation de mon plein gré et je ne sais pas quelle pouvait être la contrepartie.
- Speaker #0
Mais ça, il faudrait trouver d'autres exemples comme ça. L'histoire d'avoir des choix entre le plein gré, Ça fait partie bien du système, ça. C'est-à-dire nous confronter à être notre propre juge, à nous juger, nous évaluer, nous noter. C'est ce qu'on a fait après dans le second cycle. En équipe, où on se notait soi-même. Bon, sur le premier cycle, pour terminer cette première journée là...
- Speaker #1
On oublie, à 21h10, prière à la chapelle et coucher.
- Speaker #0
Ainsi s'achève le premier épisode de une journée à Tivoli dans les années 50, évocation à trois voix de notre vie ignatienne. Si ce documentaire vous a intéressé, vous pouvez toujours nous rejoindre : écrivez-moi à patricemarcade@gmail.com comme Hervé Mazot, Xavier Barraud et moi-même. Vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour le deuxième épisode. À bientôt !