- Speaker #0
Bonjour à tous et à chacun. Vous écoutez le podcast et maintenant, je suis Patrice Marcadé. La semaine passée, vous avez écouté Sylvie Locteau, co-directrice de la revue Tour de Parole du Centre Social de La Rochelle, la fabrique du lien social Christiane Faure. A l'occasion de la sortie, de leur centième numéro. Je vous propose de poursuivre notre enquête afin de percer le mystère de la longévité de cette revue papier en écoutant son autre co-directeur, Gildas Kerdoncuff. Bonjour, Gildas Kerdoncuff. Pour te présenter, est-ce que tu pourrais nous raconter comment tu es arrivé à t'impliquer dans cette revue ?
- Speaker #1
L'histoire, c'est une grande disponibilité d'esprit parce que je n'ai plus d'activité professionnelle. Et un jour, mon épouse a ramené à la maison une revue qu'elle avait trouvée dans un local, dans un centre social du centre-ville. Elle me dit « Tiens, j'ai trouvé ça, je ne sais pas ce que c'est » . Et en fait, c'était le journal Tour de Parole. Alors ma curiosité naturelle et mon esprit libre m'ont dit, je vais regarder ce qu'il y a dedans. Et le contenu du journal m'a un peu bluffé, et surtout un article qui était assez long, écrit par Thierry, et le titre de l'article s'appelait « Espérer » . Et donc, ça m'a interpellé, j'ai dit mais qu'est-ce qu'il y a dans cet article pour qu'il soit intitulé comme ça ? Et j'ai lu son article, et en fait c'était son histoire un peu fracassante. Un ancien rochelet qui était parti très loin pour différentes raisons, et qui est revenu à La Rochelle. Et en revenant à La Rochelle, il espérait, il a écrit son histoire. Alors ça c'était, moi ça m'a touché. Et je me suis dit, mais qui est derrière ce journal pour pouvoir publier une histoire comme ça ? Et je me suis dit, c'est quand même un peu particulier, parce que vraiment ça m'avait touché cette affaire-là. Et donc je me dis, je vais rencontrer Thierry pour savoir pourquoi il écrit dans le journal et qui il est exactement. Et voilà, on a été boire un petit café ensemble au Café de la Paix à La Rochelle. On a tous mes rendez-vous importants ensemble au Café de la Paix à La Rochelle. Et Thierry m'a raconté son histoire et il m'a dit, écoute, si tu veux, tous les lundis après-midi, on se retrouve au centre social au tiers. Et puis tu verras. Voilà, l'histoire a commencé comme ça. Et je suis venu et je suis jamais reparti. Je suis resté.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y a vu dans cette histoire qui a pu t'accrocher comme ça ?
- Speaker #1
Il y a deux choses. Première chose, c'est que lui ose se livrer sur sa vie personnelle dans un journal public tiré à l'époque à 9000 exemplaires sur la Rochelle. Je me dis que ce n'est quand même pas rien parce qu'écrire c'est aussi s'exposer. Deuxième question, on s'est dit qui est derrière ce journal ? qui est le rédacteur en chef, qui est le directeur de publication, pour pouvoir oser, parce qu'il faut avoir une certaine audace quand même. Et dans ce numéro de ce journal, je ne me rappelle plus quel numéro, il y avait d'autres articles qui étaient aussi un peu du même acabit. Et voilà, ma curiosité m'a dit, mais qui est derrière ce journal pour pouvoir publier des belles histoires comme ça, touchantes, humaines, sans donner de leçons. L'histoire a commencé comme ça.
- Speaker #0
Comment tu as été accueilli ?
- Speaker #1
Je suis arrivé dans ce groupe qui était déjà constitué, c'était un groupe bienveillant, très divers. Je suis arrivé discrètement, ils m'ont demandé qui j'étais. J'étais très discret sur mon passé et sur qui j'étais. Mais écoutez, je viens voir, je viens découvrir qui vous êtes parce que ça m'interpelle profondément.
- Speaker #0
Et tu ne peux pas nous en dire plus sur ton passé justement ? Est-ce que tu peux nous dire un peu qui tu es toi ?
- Speaker #1
Moi je suis un Rochelet d'adoption depuis plus de 40 ans. Je suis arrivé ici pour travailler. Je n'ai jamais trouvé une bonne raison de quitter la Rochelle. Donc je suis resté là. Et moi les gens m'intéressent. Et les gens qui sont autour de moi, là où je vis. voilà j'aime bien les gens et donc j'étais dans un service public ...occuper des gens, donc ça m'a habité aussi. Et là j'ai rencontré des habitants de La Rochelle qui étaient bienveillants, qui parlaient de la ville, qui parlaient de la vie autour d'eux, et c'est comme ça que le journal se construit. Et ça m'a certainement rejoint à cet endroit-là, parce qu'il n'y avait aucune ambition extraordinaire, Il n'y avait rien de démesuré si ce n'est un ancrage local avec les pieds dans la colle, chacun autant qu'on est dans la vie rochelaise. Une grande simplicité, une grande vérité aussi. C'est certainement tout ça qui m'a interpellé parce que j'y suis toujours et j'y trouve toujours mon miel, j'y trouve toujours beaucoup de sens.
- Speaker #0
Non seulement tu y es, mais tu as pris du galon.
- Speaker #1
J'ai eu des engagements associatifs assez forts avant, où j'ai eu peut-être une appétence pour la communication, où j'ai eu besoin de communiquer, où j'ai eu des expériences intéressantes. Dans ma vie professionnelle aussi, à la fin de ma vie professionnelle, j'ai eu aussi des responsabilités en communication. Donc de ce fait-là, j'ai dû parler des gens avec qui je faisais des choses, avec qui je travaillais, avec qui je verrais. Et puis voilà, tour de parole, c'est glisser un petit peu là-dedans, tout doucement, et ça rejoint un petit peu, c'est un peu peut-être mes compétences et ce qui fait sens à ma vie.
- Speaker #0
Mais communication, c'est un mot, bien évidemment, qui me colle à la peau aussi, mais dans lequel les gens mettent des choses très différentes. Quand on dit « je travaille dans la communication » , ça veut dire une chose, et puis « je fais de la communication » , ça veut dire une autre, et pour moi, la communication, c'est important, ça veut dire autre chose. Pour toi, ça veut dire quoi ?
- Speaker #1
Pour moi, la communication, c'est travailler la patte humaine. J'aime bien cette expression-là parce qu'il y a plusieurs ingrédients, parce que ça se malaxe, parce qu'on n'est jamais sûr de ce que ça va donner. C'est de la pâte humaine. Sans trop parler de ma vie professionnelle, mais malgré tout, j'étais sapeur-pompier professionnel en charge de services de communication et des relations avec la presse des pompiers de charles-maritimes. Une mission très très vaste, mais à travers cette mission-là, j'ai dû parler à l'extérieur, en communication externe, de ce qui faisait le réel de la vie des sapeurs-pompiers, de la mission des sapeurs-pompiers, parce que j'avais été au contact pendant 25 ans avant avec mes collègues en intervention. Et puis j'ai dû aussi travailler de la communication interne pour qu'on tous ensemble, les 2500 personnes de la maison, puissent œuvrer ensemble pour que le service public réponde à toutes ses missions. Donc j'ai dû aussi travailler avec toutes les strates de cette administration-là. Donc j'ai travaillé la pâte humaine. J'ai compris comment c'était compliqué, mais comment c'était important. voire même essentiel, de valoriser les gens, d'aller les questionner, de voir quelles étaient leurs problématiques, quelles étaient leurs aspirations, quel était le sens de leur métier, j'ai travaillé tout ça. J'ai eu des engagements associatifs assez forts aussi dans le milieu culturel. Une compagnie de théâtre a organisé un festival où il a fallu promouvoir un peu ce qu'on faisait, les idées fortes qu'on portait et tout ça, avec des gens qui étaient dans cette association, les bénévoles, les salariés et tout ça. Donc là aussi c'est de la pâte humaine. Et il me semble, je n'aime pas trop avoir de certitude, mais il me semble qu'à travers ce que je suis, ça me parle et j'ai peut-être des compétences, peut-être pour travailler tout ça. Il me semble que c'est un peu ça qui m'habite, travailler avec des gens quels qu'ils soient. avec leur talent mais aussi leur histoire avec leur travers pour que des belles choses puissent naître et donner donner de l'espoir, donner des raisons d'espérer dans ce monde qui est un peu à genoux, des fois un peu chaotique, c'est ça qui m'habite.
- Speaker #0
Un peu désespérant, oui. Eh bien écoute, je commence à mieux comprendre quel sens tu mets au mot communication. Pour toi, c'est à la fois le fait de faire passer un message à un autre, mais c'est aussi gérer la relation, c'est aussi gérer le face-à-face, c'est aussi gérer la relation d'un homme avec un groupe, avec un collectif. Donc, tu t'es engagé dans Tour de Parole. Tour de parole, tour avec un S et parole sans S. On pourrait imaginer le contraire, mais à l'origine ça a été choisi comme ça.
- Speaker #1
il a été nommé comme ça dès le départ pour donner la parole aux gens et comme il y a des tours à la Rochelle il y avait un jeu de mots qui était très très bien et qu'on n'a jamais voulu changer d'ailleurs et on ne s'est même jamais posé la question de savoir si on pouvait le changer ou pas il a fait sa place comme ça dans le
- Speaker #0
paysage rochelais il est trop bien le titre il n'y a rien à changer et écrire à plusieurs c'est pas de la tarte C'est écrire seul, c'est pas facile, mais écrire à plusieurs, ça relève un peu du défi, pour moi.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Alors comment tu gères ? Donc on donne un peu de soi, de sa tripe, de ce que l'on est. Et quand on soumet ce que l'on a écrit à un public, le public dit « ouais mais moi j'aurais mis ça autrement, j'aurais mis une virgule ici, j'aurais pas mis ce mot là, etc. » Et à ce moment-là, très souvent on va réagir d'une façon très épidermique, c'est-à-dire en fait tu... Tu trahis mon texte, quoi. Comment leur faire avaler ça ?
- Speaker #1
Eh ben, oui, je suis tout à fait d'accord, mais il se trouve qu'à tour de parole, ça se passe bien. C'est bluffant. Pour moi, c'est bluffant. Jamais j'aurais pu croire, j'aurais cru, qu'on puisse travailler un journal de cette façon-là. Tout est fait ensemble. Tous les lundis après-midi, on se retrouve pendant deux heures, ce groupe-là. On a été jusqu'à 13 ou 14, maintenant on est un peu moins nombreux. Les idées d'articles, on les valide en commun. Tiens, moi j'ai rencontré tel assaut, j'ai entendu parler de telle personne, tout ça. Je pense que ça trouverait sa place dans le journal. Alors on lui dit après, ok, d'accord, mais c'est quoi l'idée force que tu veux nous partager ? L'idée première c'est quoi ? Parce qu'on peut se perdre aussi en décrivant une asso. Pourquoi cette asso t'interpelle ? Pourquoi cette personne t'interpelle ? Pourquoi tu as envie de raconter ça ? Alors, on creuse un peu, on dit moi ce qui m'interpelle c'est vraiment ça. Ah bon, ben écoute, donc ok, on va lire tous ensemble, l'idée de l'article c'est celui-là. Bon alors vas-y, tu fais ton enquête, tu questionnes, tu reviens avec ta copie, voilà, 1500, 2000, 2500 caractères, voilà. J'essaye de trouver une illustration pour que le journal soit joli. Et puis, le rédacteur part avec cette mission-là. Il revient un jour, trois semaines après, et dit, ça y est, j'ai mon article. Belle rencontre. C'était vraiment bien. Il arrive avec son article. Il fait des photocopies. Chacun des rédacteurs présents ce jour-là a la photocopie de l'article. Ce n'est pas lui qui le lit, c'est un autre membre de l'équipe qui lit l'article pour le découvrir. Comme ça. Il le lit et tous ont réagi pour savoir est-ce que ça répondait à la commande, est-ce que c'était fidèle à l'idée de départ. Voilà, premier tour de table. Et puis après, on peut rectifier, on peut discuter sur le fond. On prend le temps de faire les choses à tour de parole et ça, c'est un luxe incroyable. C'est un trimestriel, donc on a le temps de le construire. Deuxième lecture, la même personne relit le texte plus lentement. Dans la lecture, il dit aussi la ponctuation, parce que la ponctuation est importante. Voilà, et au fur et à mesure, on corrige. S'il y a des fautes d'orthographe, ça peut arriver, des fautes de construction de phrases, une ponctuation qui n'est pas bonne, est-ce qu'on met trois petits points ou est-ce qu'on met etc. La typographie, on est très garant aussi de la typographie. On a une belle langue française, on a un guide typographique sous le bras qui nous aide bien aussi à savoir si il faut mettre une majuscule, s'il faut mettre des acronymes ou pas, on est très précis là-dessus. Et puis le rédacteur qui a fait l'article, c'est lui en dernier recours qui valide ou pas les remarques que l'on fait. Et tout ça, ça se fait à 5-6 ans. 7, 8, 9, 10 autres en la table. Et à la fin de la session, on a corrigé un ou deux articles peut-être, et tout le monde est d'accord, rien n'est content quoi. Alors ce qui se passe là, moi jamais j'aurais cru que ça aurait pu se passer, parce que comme vous le disiez exactement, c'est se livrer, c'est donner un peu de ses tripes d'écrire un article, surtout qu'on essaie de raconter des histoires. Je reviens à ma patte humaine de ce qui se passe dans la ville. Donc on met un peu de sa personne, on met un peu de son vocabulaire, de sa sensibilité. Et malgré tout, on s'expose à ce petit groupe-là, modestement, dans une salle de la fabrique du lien social. Et ça se passe comme ça. Et c'est assez bluffant. Et voilà, le rédacteur repart avec sa copie un peu corrigée et tout ça. Il retourne chez lui, il refait ses corrections et il repasse ça à tout le monde. Et l'article est validé. Et c'est comme ça pour chacun des articles, y compris pour l'édito, que soit celui, soit moi, l'écrivain, ou un autre rédacteur, on ne s'approprie pas les éditos. Ça se passe comme ça pour tout, y compris pour les illustrations. Pourquoi tu as choisi cette photo ? Est-ce qu'on ne pourrait pas en trouver une autre ? La une, on met beaucoup de temps à choisir la une, pour que ce soit une belle photo, qui raconte bien les choses, qui donne envie, parce que c'est cette une qu'on voit quand le journal est posé quelque part. Donc voilà, moi j'arrête pas de dire que c'est un peuple de France qui se passe avec des gens qui sont ni journalistes, ni écrivains, ni profs de français, ni profs de quoi que ce soit. Ce sont des gens qui ont envie ensemble de raconter des histoires sur la vie.
- Speaker #0
Bien, et donc vous réussissez grâce... au process, si on peut dire, oui, c'est une espèce de process à faire en sorte que cette parole se structure, s'organise, s'échange dans un climat de relative sérénité. Bon, c'est déjà miraculeux par les temps qui courent qu'un collectif puisse fonctionner comme ça. Bon, vous n'êtes pas nulle part dans l'espace, vous êtes dans un centre social. et un centre social particulier qui bénéficie de locaux neufs, ce n'est pas toujours le cas, mais qui actuellement bénéficie de locaux neufs. Est-ce que tu peux nous parler un peu de la matrice dans laquelle vous êtes ?
- Speaker #1
Alors quand... moi je ne connaissais pas du tout les centres sociaux avant. J'avais travaillé avant avec la Fédération des centres sociaux parce que j'avais... Je connaissais le nom de centre social, mais ce qui s'est passé, j'avais jamais franchi les portes d'un centre social. Puisque peut-être comme beaucoup, bêtement, je croyais que les centres sociaux c'est fait pour des gens qui avaient des problèmes, alors que c'est pas du tout, pas du tout ça, bien au contraire. Dès que je suis rentré là, j'ai voulu en savoir un petit peu plus sur là où je mettais les pieds. J'aime bien savoir où je suis. Et les salariés qui étaient là me parlaient d'éducation populaire. Alors l'éduc-pop, pour moi, ça ne voulait pas dire grand-chose. Ça avait même un côté péjoratif. Qu'est-ce que c'est que ce truc-là ? Ça faisait un peu babacool. Enfin, je ne sais pas, j'avais des clichés dans ma tête. J'avais des clichés dans ma tête, mais qui étaient fondés sur rien du tout. Alors, j'ai voulu creuser un petit peu. J'ai mis du temps à comprendre ce que c'était que l'éducation populaire. L'émancipation, tout ça. Émancipation de chacun, tout ça. Chacun trouve sa place. Et voilà, maintenant j'ai compris ce qu'était l'éducation populaire. et Le journal Tour de Parole, l'activité journal Tour de Parole, est intégré pleinement dans les activités proposées par la fabrique du lien social Christiane Faure de La Rochelle, empreinte d'éducation populaire, comme tous les centres sociaux de France et de Navarre. Et j'ai compris que c'est exactement ce qui se passe chez nous. Il n'y a aucune... Aucune prise de pouvoir, aucun parti pris, mais ensemble, tant qu'on est avec notre histoire, chacun des habitants, chacune des personnes qui veut franchir la porte d'un centre social doit se sentir pleinement accueilli pour ce qu'il est avec son histoire, son jugement, son parti pris. Pour peu qu'il ait envie de s'insérer dans un groupe, il peut choisir, piocher, mais pour peu qu'il ait une idée. qui veuille faire des choses avec des gens, ben là il est pleinement accueilli et le centre social se met à sa disposition pour savoir comment il va pouvoir être accompagné pour pouvoir faire grandir son idée, la partager, la nourrir et éventuellement la développer. Donc c'est un mouvement de fond, une vague de fond populaire pour le coup. C'est peut-être le mot populaire qui fait un peu péjoratif mais... je le comprends bien. S'il a une idée, les centres sociaux, tout ce temps qu'ils sont, vont les accompagner, les accueillir, ils vont savoir comment ils vont pouvoir développer son idée avec d'autres. Ce mouvement de fond, là, est très très fort, un peu inhabituel dans notre monde d'aujourd'hui, dans le monde de l'entreprise, dans le monde... Même associatif dans le monde administratif, là j'en parle pas parce que tout est pyramidal, tout est descendant, tout doit huisseler, tout doit venir du haut alors que l'éducation populaire c'est l'inverse. c'est un mouvement de fond des idées des gens la pâte humaine, je reviens à ça qui est pétrie de plein de bonnes choses et dans un centre social on va pouvoir accueillir ces propositions accueillir ces envies-là les faire nettes, les faire gérer germée et pour qu'elle porte des fruits. Ce mouvement-là est hyper puissant. Je pense que pas grand-chose ne peut l'arrêter, mais il ne rentre pas dans des cases.
- Speaker #0
Oui. Dans l'éducation populaire, Est-ce que tu ne trouves pas qu'il y a un double mouvement ? Éducation, c'est un mouvement pour moi qui va de celui qui sait à celui qui ne sait pas. Et populaire, ça veut dire que ça s'adresse à tous et que tous ont le droit de la parole. Ça serait plutôt ascendant, un mouvement ascendant et un mouvement descendant. Dans l'éducation populaire, je vois les deux. Et donc... C'est ce qui en fait la force et j'ai l'impression que c'est ce qui en fait ce qui t'étonne et pourquoi tu es admiratif devant ce mouvement-là.
- Speaker #1
Ils ont raison parce qu'ils accueillent les gens tels qu'ils sont, avec leur histoire, sans jugement, sans rien. Et ensemble, c'est là que... que je reviens à mon article « Espérer » , ce mouvement-là donne des raisons d'espérer, de croire en l'homme, quel qu'il soit, pour que les choses soient possibles. Moi, je ressens ça dans les centres sociaux de manière très très forte. avec un très grand professionnalisme des professionnels, des salariés qui sont là. Moi, je trouve qu'ils sont très justes dans leur attitude et croient en tout le monde. Ils nous poussent dans nos retranchements pour dire, mais si, allez-y, essayez, vous allez voir ce que ça va faire. Accueillez dans votre groupe, peut-être que ça va matcher. Elle a besoin de ça, il a besoin de ça. Ce mouvement-là est très, très fort. Voilà, moi j'en reviens donc à ce mouvement d'éducation populaire qui est là. Après, effectivement, on a cru...
- Speaker #0
Alors, pour la phrase, comment tu appelles ça ? Ce n'est pas un propos liminaire, c'est quoi ? Non, non, on a une citation.
- Speaker #1
Sur chaque une, on a une citation qui est en lien avec la une, mais qui est en lien avec l'histoire du journal,
- Speaker #0
qui est en lien avec ce qu'on raconte dans le journal. Voilà. Tout le monde a sa place. Alors, cette phrase, c'est « Tout ce qui est fait pour moi, « Sans moi et fait contre moi » signé Nelson Mandela. Alors ça quand même, ça mérite explication. Je redis la phrase « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi » Nelson Mandela. Sachant que cette phrase est choisie par un ancien pompier. Ça donne à réfléchir. Je ne l'ai pas choisie toute seule, mais on l'a choisie ensemble.
- Speaker #1
Mais on trouvait que c'était exactement ce qui se passe chez nous. Et dans les centres sociaux, fort sur qui, il faut faire avec. Moi, je ressens ça comme l'accueil inconditionnel des centres sociaux. Je ne parle pas que de la fabrique. Ils sont là pour tous les habitants, avec les habitants. Voilà, si c'est sans moi, ça fait contre moi. Ce mouvement-là, nous on trouvait qu'il était peut-être un peu à contre-pied, je ne sais pas comment l'expliquer ça, mais toujours est-il qu'on nous l'a dit déjà, cette phrase-là, elle fait réfléchir, elle pose question. Ben oui, mais c'est exactement ce qui se passe dans les centres sociaux. C'est fait pour eux, avec eux, c'est pas sans eux. Si c'est fait sans eux, c'est fait contre eux. Ça veut dire que ça ne répond pas à la demande des gens, ça ne répond pas aux besoins. Ils sont pleinement associés. La preuve en est, c'est qu'à l'Assemblée Générale de la Fabrique du Lien Social, on est 300, à chaque fois on rajoute des chefs, parce que les gens se sentent accueillis, intégrés, participants, pleinement acteurs de ce qui se passe. Donc il faut faire avec les gens. C'est peut-être ce que les politiques devraient lire un peu plus, je pense. Mais toujours est-il que... Et nous, dans notre journal, c'est exactement ce qui se passe. On fait tout ensemble. Il y a un assentiment après de tout le monde. Tout le monde est fier de distribuer les similes exemplaires dans toute la rochelle. Parce qu'on le fait ensemble. Moi, je le ressens un peu comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire qu'en choisissant cette... Cette phrase, tu mets l'accent sur le fait que vous ne vous situez pas en tant que sauveteur. Vous ne vous situez pas. C'est pour ça que je m'amusais à souligner et à rappeler que c'était un pompier qui disait ça, parce que, justement, c'est l'affirmation que... dans le travail social, on n'est pas sauveteur, on est facilitateur, on permet à des actions de se faire avec les gens en fonction de leurs désirs, en fonction de leurs souhaits, mais on ne leur dit pas ce dont tu as besoin et ce qui est bon pour toi, ça serait.
- Speaker #1
On n'est pas donneur de leçons, rien, on n'est pas du tout, on n'est pas en surplomb, on est avec. Moi, être avec, dans le terme d'éducation, même l'éducation nationale, l'éducation parentale, dans l'éducation, pour moi c'est être avec. Moi, ce mot-là m'habite, c'est être avec. Pas en surplomb, accompagner, écouter, entendre, répondre, répondre à la demande, être en soutien et tout ça, mais voilà, c'est être avec. C'est ce qu'on fait dans notre équipe. Il y a des gens qui arrivent avec moult problèmes personnels, des problèmes lourds même. Il y en a qui arrivent avec des charges lourdes. Ils nous disent, là je suis resté quelques temps dans votre journal, j'ai été accueilli pour ce que j'étais, ça m'a bien aidé, ça m'a redonné confiance et maintenant je vais repartir et poursuivre ma vie. On l'a accueilli pour ce qu'elle était, cette personne-là. On a été avec elle sur son chemin pendant un certain temps, sans donner de leçons, sans surplomb, sans être avec, écouter. C'est un peu ça le journal, je crois.
- Speaker #0
On ne peut qu'être admiratif et la force du collectif fait que le collectif devient éducatif parce qu'il permet à l'individu de dépasser ses propres problématiques, ses propres freins, le collectif lui fait passer un cap. Et ça, c'est tout à fait remarquable. Je ne voudrais pas qu'on termine sans avoir titillé sur l'histoire de l'IA. Parce que pour moi, du point de vue de l'éducation populaire, l'IA c'est vraiment un sujet C'est vraiment une préoccupation. Et quand on dirige un journal comme vous le faites, Sylvie et toi, vous allez être confrontés à l'IA. C'est-à-dire que les gens vont venir avec des textes qui auront été écrits sur leur prompte, à partir de leur désir, mais enfin, ce sera quand même l'IA qui l'aura rédigé. Comment vous allez vous situer ? en tant que directeur de la publication.
- Speaker #1
On n'est pas naïf là-dessus aussi,
- Speaker #0
on en parle dans le numéro 100,
- Speaker #1
dans les dernières pages, parce qu'on s'est un peu projeté sur la lignée du journal. On a parlé bien sûr un peu de l'IA. Moi je dis que l'IA c'est vraiment le contraire ou l'inverse de ce qu'on essaye de faire dans notre journal. Nous on parle avec nos tripes de la vie des gens. avec nos mots, avec notre ressenti, voilà c'est ça. Et j'en reviens à ma patte humaine, l'IA c'est un peu le contraire de ça à mon avis, et notre force, notre force peut-être, c'est qu'on gère simplement des habitants qui ont une appétence pour... la ville qui les accueille, là où ils sont, là où ils vivent. Et que même si la technologie est là, c'est sûr que notre journal, on le fait avec un super logiciel, c'est la fabrique qui nous fait la mise en place, mais la technologie de l'IA, pour nous, elle est contraire aux valeurs qu'on porte.
- Speaker #0
Bien sûr, pour écrire nos articles, on va, comme tout le monde, on clique et on va chercher des renseignements et tout ça pour écrire juste, pour écrire vrai, pour bien écrire. Mais il me semble que l'on ressent dans ce que l'on écrit, dans les textes que l'on écrit et que l'on valide, qu'il y a beaucoup de nous, de notre ressenti, de nos tripes, de nos sentiments, de notre vocabulaire. Loin de nous d'aller chercher des... Ça ne nous est jamais arrivé en communauté de rédaction d'aller sur l'IA pour chercher un titre, un article ou quoi que ce soit. Non, jamais, jamais. Ça n'a jamais transpiré dans notre... Malgré tout, il ne faut pas être naïf. Il est arrivé que des gens viennent dans notre groupe parce qu'ils trouvaient que c'était un journal qui était bien et tout ça, pour écrire un peu un journal publicitaire sur la Rochelle et tout ça. Et la personne, sans qu'on lui dise, elle a bien vu que ce n'était pas du tout ça, notre journal. Ce n'était pas du tout ça. Nous, on ne vend rien. On ne fait la promotion entre guillemets commerciale de rien. Il faut quand même des annonceurs pour financer notre journal, certes, mais dans ce que l'on écrit, il n'y a rien de tout ça. On malaxe ce que nous sommes avec la vie des gens qui vivent dans cette ville-là et qui ont envie de tisser des liens et de raconter des histoires, raconter ce qui les fait vivre, ce qui les fait vibrer. Je ne pense pas que l'IA puisse faire ça.
- Speaker #1
Vous souhaitez pouvoir le distribuer plus largement, vous souhaitez quoi ?
- Speaker #0
C'est simplement une question financière. Si on avait le budget, on l'attirait, quand moi je suis arrivé au journal, il y avait 9000 exemplaires qu'on distribuait allègrement dans toute la ville. Après, plus on tire, on a des impressions, plus ça coûte. Voilà, des subventions municipales ont été diminuées, elles ont été réattribuées en partie après. Ce qui fait qu'on a maintenu le navire à flot, comme on dit, à 6000 exemplaires. On a un tout petit peu de mal à trouver du partenariat pour financer le journal aussi, des annonceurs, mais on se bat pour ça. On espère qu'avec la sortie du numéro 100 et la communication qu'on a fait autour, ça va être su. Et donc on trouvera des partenaires pour nous aider. Mais on ne couvre pas tout la Rochelle. 6 000 exemplaires, il n'y a plus de 6 000 boîtes à lettres dans la Rochelle. On ne couvre pas tout la Rochelle. Après il faut des partenaires mais il faut aussi avoir les moyens de ses ambitions. Je suis garant de ça. Pour le moment l'histoire est belle. On prend tout ce temps qu'on ait beaucoup de plaisir à travailler ce journal. Les gens qui sont dans le groupe ne sont pas tous rédacteurs. Il y en a qui ne sont là que pour faire des corrections. D'autres qui ne sont là que pour distribuer parce que ça leur va bien. Donc on accueille tout le monde. avec sa spécificité, sa capacité du moment et tout ça. Certains n'écrivent pas pendant six mois parce qu'ils ne sont pas bien à leur tête, mais ils sont là pleinement quand même et ils peuvent participer à la correction, à la distribution. C'est vraiment un lieu d'accueil assez incroyable. Chacun vient avec ce qu'il est. Maintenant, si on arrive à développer le journal, ce qui n'est pas forcément notre première ambition, mais malgré tout... Pourquoi pas tirer un oeuf ou 10 000 exemplaires un jour si on en a les moyens, mais après il faut aussi avoir les moyens de les distribuer, il faut avoir les moyens de ses ambitions. Donc pour le moment l'histoire est belle, ne la gâchons pas, continuons comme ça, mais voilà en étant vigilants sur un avenir peut-être un peu plus radieux, j'en sais rien. Toujours est-il que la fabrique du lien social, ses administrateurs et ses salariés, ils étaient présents le lundi 1er juin quand on a fait la fête de la sortie du centième numéro, étaient là et les petits mots qu'on a reçus nous encouragent encore à poursuivre.
- Speaker #1
l'aventure et peut-être à la développer mais si on en a les moyens mais ça serait vraiment lamentable pas vraiment très triste que vous n'ayez pas les moyens de poursuivre cette action parce que vraiment si vous faites une action pour cent utile et un peu je dirais même une action sans flagornerie indispensable par les temps qui courent parce que c'est faire la démonstration que des gens d'une façon bénévole, pas pour un intérêt pécuniaire, travailler ensemble, écrire les uns sur les autres, écrire les uns pour les autres, c'est une démonstration, vous montrer que c'est possible. que c'est possible, on n'est pas obligé d'être dans un système marchand, dominé par le fric, on n'est pas dans un système de pouvoir, on n'est pas dans un système de pression, on peut respecter la liberté, c'est un enjeu de santé publique ce que vous faites, donc vous devriez recevoir des subsides de partout.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Pour la cause. Le tour de parole s'adresse essentiellement à un public de personnes âgées. Est-ce que ça veut dire que vous avez renoncé à ouvrir à des personnes plus jeunes ? Est-ce que vous avez fait quelque chose en direction du public jeune ?
- Speaker #0
Notre groupe est intergénérationnel déjà, on a des jeunes actifs, ça va de 30 ans à 95 ans, donc il est vraiment très large. Mais depuis plusieurs années, on voulait donner aussi la parole à tout le monde, y compris aux jeunes. Donc avec le collège Framantin, qui est un ancrage au centre-ville, un des rédacteurs allait à l'intercours de midi rencontrer un groupe de jeunes constitués, en accord avec la direction du collège bien sûr, pour que des articles puissent être écrits par la main des jeunes, pour que la voix des jeunes soit publiée. Donc on l'a fait pendant des années avec le collège Fort-Mantin, on l'a fait aussi et on le fait toujours avec le périscolaire de l'école primaire Massieu, qui est aussi un ancrage au centre-ville, donc on leur a donné la parole et ils ont des choses à dire pour Noël l'année dernière. C'est eux qui nous ont parlé du Père Noël par exemple. On l'a fait aussi avec la maison de retraite d'EHPAD Massieu, qui est aussi un ancrage du centre-ville, pour donner la parole aux anciens. Et ce n'est pas parce qu'ils sont en EHPAD qu'ils n'ont pas le droit de dire et de parler. On leur a donné la parole aussi. Donc on est très sensibles à l'intergénérationnel sur le quartier et sur la ville. Et on fait tout pour qu'ils puissent aussi s'exprimer dans leur journal, dire avec leurs mots, leurs ressentis, ce qu'ils ont envie de partager. Après maintenant dans le lectorat de tour de parole, là c'est un petit peu un mystère, on ne sait pas trop. On imagine que le lectorat n'est pas forcément parmi les plus jeunes, mais on n'en sait rien. On a essayé de tester un peu notre lectorat, on n'a pas eu beaucoup de réponses. Effectivement, il faut lire, nos articles ne sont pas très longs, mais je sais aussi, pour en avoir entendu parler, qu'il y a des jeunes qui le lisent, ça c'est sûr. Maintenant, quels sont les pourcentages ? On n'en sait rien.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais donner une adresse mail pour que les gens qui écoutent ce podcast et qui souhaitent vous contacter puissent le faire ?
- Speaker #0
Alors c'est une adresse mail générique de la fabrique du lien social, c'est tourdeparoletoutattaché.fr
- Speaker #1
Donc tour de parole avec un S à tour, pas de S à parole et tout attaché et après arrobase christianfort.fr Voilà tout ça attaché,
- Speaker #0
christianfort, tout ça attaché, fort, F A U R E
- Speaker #1
Rappelle-nous qui est christianfort ?
- Speaker #0
Alors Christiane Faure, c'était une personnalité incroyable. Allez voir sur internet, son passé est tellement riche, elle a fini dans les ministères, elle est empreinte d'éducation populaire, elle a insufflé tout ça en France et bien ailleurs aussi.
- Speaker #1
Dans les années 40.
- Speaker #0
Dans les années 40, oui, c'est ça. C'était une personnalité assez incroyable et qui avait le verbe haut. et qui vous aient dit vraiment ce qu'elle pensait, je pense qu'elle n'en a dérangé plus d'un, et merci à elle de nous avoir amené jusqu'ici.
- Speaker #1
Bon, très bien, merci.
- Speaker #0
Voilà, nous on y croit, on œuvre pour ça, pour ce qui nous consomme un grand bonheur, un grand plaisir, et une grande liberté.
- Speaker #1
Merci Gilles Cardoncuf pour ton précieux témoignage. Je crois avoir compris l'énigme... que je m'étais promis de résoudre, Tour de Parole a pu parvenir à son centième numéro grâce à l'engagement de tous les volontaires qui, comme Sylvie Locteau et toi, ont fait de la survie de cette revue une affaire personnelle. Vous y trouvez la joie de la rencontre, la cohérence par un... rapport à vos valeurs humaines et le plaisir d'écrire et de créer. Longue vie à tour de parole. Si cet épisode, ces deux épisodes vous ont intéressé et suscite questions et réactions, n'hésitez pas à m'écrire patricemarcade.com. Je vous souhaite un bel été.