- Speaker #0
Le Point Éco avec fidèle au poste Florent Vabon, économiste chez Ecofi. Florent, l'actualité est naturellement dictée par les politiques des banques centrales et par les changements à la tête des banques centrales, notamment à la tête de la Fed. Le nouveau patron de la Fed, le nouveau Jérôme Powell, s'appelle Kevin Varch. Il ressemble un peu ou pas du tout à Jérôme Powell ?
- Speaker #1
Pas tellement.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut dire de lui ?
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut dire de lui ? On peut dire qu'il a déjà été à la Fed, de 2006 à 2011. Alors, il n'était pas chairman, mais il faisait partie du comité de politique monétaire de la Fed. Auparavant, on peut dresser un portrait de robot de lui en disant qu'il était plutôt au quiche, faucon, favorable à un durcissement de la politique monétaire, notamment au moment où l'économie américaine sortait de la grande crise financière. Alors, il n'est pas que ça, mais on retient de lui, principalement, qu'il était favorable à... un dégonflement du bilan de la Banque centrale américaine et des positions plutôt dures s'agissant des pressions inflationnistes.
- Speaker #0
Ok, juste si je peux me permettre, depuis qu'il est parti, on a quand même le sentiment qu'il a passé son temps à critiquer la Fed.
- Speaker #1
Effectivement, oui, il est assez critique vis-à-vis de la Fed, il est critique vis-à-vis de la communication opérée par la Fed, la fameuse forward guidance, mais aussi la manière dont... dont sont communiquées les prévisions d'inflation, de croissance, les fameux dots également. Mais surtout, ce que l'on retient de lui sur la période toute récente, c'est qu'il a été nommé par Donald Trump et qu'on a eu l'impression qu'il a tout fait pour lui plaire et pour essayer d'aller dans son sens que de baisser les taux.
- Speaker #0
Alors justement, on va essayer de regarder tout ça. Moi, le premier élément qui me surprend, vous me dites si vous partagez ou pas, c'est que la Fed a deux mandats, l'inflation et l'emploi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Moi, j'ai l'impression que ce gars-là, il est emploi, il est inflation. Emploi, il ne connaît pas.
- Speaker #1
Inflation. Les premiers mots lors de son audition ont été « inflation is a choice » . Il y a eu une phrase ensuite, mais le premier mot qu'il a prononcé, c'est l'inflation. Il n'a pas vraiment parlé de l'emploi. Et donc, de ce point de vue-là, on avait l'impression de retrouver Kevin 1.0, l'ancien Kevin, celui qui était plutôt au quiche. Mais peu de temps après, au fur et à mesure de l'audition, on a eu quelqu'un qui a essayé en tout cas c'est mon impression, de manière un peu opportuniste, de pouvoir justifier des baisses de taux ?
- Speaker #0
Alors, on va regarder justement. Un, il nous dit que l'inflation est un choix, et puis la partie suivante de la phrase, c'est de dire que c'est un choix de politique monétaire, parce qu'en fait l'inflation c'est un phénomène monétaire. Lui il dit que s'il y a trop d'argent dans le circuit, ça génère de l'inflation. Est-ce que ça, ça ne va pas nous ramener éventuellement le 1.0 ? C'est-à-dire, je vais dissocier ma politique ? en termes de taux d'intérêt et dissocier ma politique en termes de taille de bilan ?
- Speaker #1
Pour être tout à fait franc, il n'a pas été très précis sur ces points-là. Et donc, de ce point de vue-là, effectivement, sur la partie dégonflement du bilan ou la partie critique sur l'expansion monétaire qui a eu lieu avec les quantitative easing, etc., il a assez peu été loquace, je dirais. Il s'est beaucoup plus concentré sur l'inflation, sur ses perspectives en matière de politique monétaire, mais surtout sur l'inflation. Et donc, en fait... J'ai quand même eu l'impression qu'il y avait une forme d'opposition, une sorte de combat intérieur entre le fait de dire que l'inflation, il faut la juguler. Il a notamment été très critique vis-à-vis des décisions qui ont été menées par la Fed en 2021, en 2022. Il a dit Il a dit qu'effectivement, ils ont laissé filer l'inflation et qu'elle s'est installée parce qu'ils n'ont pas agi en conséquence rapidement. Et en même temps, il a utilisé, on y reviendra peut-être, une mesure d'inflation spécifique pour essayer de justifier le fait que les pressions inflationnistes sont quand même en train de redescendre malgré tout.
- Speaker #0
Est-ce qu'il n'est pas en train de casser quand même les codes ? Vous nous dites là, on est en train... Avant, il y avait le PCI qui était l'indicateur qui était mesuré par la Fed. Là, il nous en trouve un autre. Il nous dit le truc que vous adoriez, la forward guidance, c'est-à-dire vous dire ce que je vais faire. Vous allez oublier. J'ai eu le sentiment de rentant de Greenspan. C'est son modèle,
- Speaker #1
il l'a cité.
- Speaker #0
Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé. Donc, pour vous, c'est un peu la galère en tant qu'économiste ? Il va être moins lisible ?
- Speaker #1
Moi, je suis dans une position où j'attends avec impatience le moment où il va aborder la conférence de presse. J'essaie de... de m'imaginer comment est-ce qu'effectivement il va concilier cette envie d'en dire moins, mais d'en dire quand même beaucoup. Et sur l'inflation, et sur le fait qu'il ait été nommé, et le contexte inflationniste actuel, je pense que malgré tout, ça n'est pas anodin qu'il cite l'inflation en premier lieu, et je m'attends néanmoins, et c'est pas très très consensuel, à ce qu'il durcisse le discours lors de la réunion du mois de juin, qu'il ne monte pas les taux, mais qu'il durcisse le discours.
- Speaker #0
Alors, on rentre, puisque vous nous dites, vous nous parlez de l'évolution des taux, On va être très honnête. Juin. mois très important, BCE, Banque du Japon, Fed, évolution des taux. On regarde juste le mois de juin. Vous nous dites donc, au niveau de la Fed, il ne bougera pas les taux, mais il faudra l'écouter.
- Speaker #1
Il va falloir être très attentif aux mots qui sont pris, comme toujours, j'ai envie de dire, j'enfonce une porte ouverte, mais plus spécifiquement maintenant, parce qu'effectivement, c'est un nouveau chairman, il faut l'écouter. Et par ailleurs, s'il est véritablement intéressé ou en tout cas inquiet de l'inflation, des pressions inflationnistes, il a tout lieu de l'être actuellement. Donc, on va voir comment il va piloter cela, comment les autres membres de la Fed vont aussi le suivre ou pas. Donc les votes contre vont aussi compter. Ça va participer, mine de rien, à la Forward Guidance.
- Speaker #0
Pronostique pour juin de dire qu'aux Etats-Unis, ça ne bougera pas. BCE, vous actez le fait que ça va baisser ?
- Speaker #1
Je pense que c'est inéluctable. Ça va monter en juin. Ils se sont un petit peu trop avancés là-dessus. Les pressions inflationnistes, il est vrai, ont augmenté, mais de manière assez cohérente avec les scénarios qui ont été dessinés lors de la réunion du mois de mars. Donc ça va monter, mais moi je suis un petit peu plus prudent sur la suite des événements.
- Speaker #0
On y reviendra.
- Speaker #1
On y reviendra.
- Speaker #0
Banque du Japon.
- Speaker #1
Banque du Japon, c'est délicat. Je pense que là, on est sur un jeté de pièces, mais je serais plutôt enclin à penser qu'ils vont monter les taux.
- Speaker #0
Ok, maintenant on se livre à un exercice. Les prévisions à échéance fin d'année. Donc on regarde l'heure simple du second semestre et on va faire ces trois zones. Et je vais vous demander, grosso modo, ce que nous disent les marchés quand on les regarde. Ce que vous, vous pensez ? Si on regarde la Fed, vous dites « statu quo pour juin » , que disent les marchés d'ici la fin de l'année ? Que dit Florent Vabon ?
- Speaker #1
Dès le début de l'éclatement de la guerre, on a dit « statu quo » . Les marchés étaient encore dans l'idée de baisse de taux. Depuis, ça a été totalement effacé. Nous, on n'a pas changé notre scénario. Par contre, on l'a changé de façon très récente, où on anticipe désormais la possibilité que la banque centrale américaine puisse augmenter ses taux dès le troisième trimestre de cette année. Donc d'ici la fin de l'année, ça ferait une hausse de taux.
- Speaker #0
Ok, donc vous nous dites stabilité à court terme, mais potentiellement il pourrait y avoir une hausse au second semestre.
- Speaker #1
Ce qui n'est pas ce que les marchés anticipent par ailleurs.
- Speaker #0
BCE, qu'anticipe les marchés, qu'anticipe les coffres ?
- Speaker #1
Pour le dire très simplement, les marchés sont entre 2 à 3 hausses de taux sur l'ensemble de l'année 2026. Nous, on est plutôt 1 à 2, voire même plutôt 1 que 2.
- Speaker #0
Ok, donc là, vous êtes plutôt...
- Speaker #1
Assez aligné avec le consensus, on ne va pas se mentir, mais en léger décalage.
- Speaker #0
Japon.
- Speaker #1
Japon, une ou deux.
- Speaker #0
Ok. Maintenant, je voudrais qu'on regarde les taux longs. Parce que là, on est sur les taux courts. Vous, aujourd'hui, dans vos prévisions, vous aviez mis quoi à peu près comme estimation pour les taux longs, si on regarde l'Allemagne et les États-Unis ?
- Speaker #1
Il y a une grande diversité de pays au sein de la zone euro, mais globalement sur l'Allemagne, on était aux alentours de 3%. On a très peu changé. C'est à peu près l'encre sur laquelle on est fixé depuis maintenant quelques semaines, quelques mois. Il faut savoir que ça bouge beaucoup avec l'évolution des prix du pétrole. Il faut aussi se dire, a priori, il y a quand même pas mal de choses qui sont anticipées par les marchés. Toutes choses égales par ailleurs à ce stade des événements géopolitiques en termes d'augmentation des taux, en termes d'inflation. Et donc, on serait plutôt enclin à envisager une stabilité sur les taux longs européens, bien sûr.
- Speaker #0
4,5 sur les États-Unis, c'est un bon niveau ?
- Speaker #1
Comment ?
- Speaker #0
On dit 3 sur l'Europe, on dit 3 sur l'Allemagne, 4,5 sur les États-Unis.
- Speaker #1
Oui, c'est à peu près ça. Sachant qu'en zone euro, la particularité, c'est que vous avez quand même des pays où, tactiquement, ça vaut plus le coup d'y être, etc. Mais on ne va pas rentrer dans ce détail-là.
- Speaker #0
Du coup, on fait quoi sur les taux ?
- Speaker #1
Nous, on est plutôt favorable à des tensions d'actifs obligataires, en termes de classe d'actifs, en termes de vues sur les classes d'actifs. il y a du portage On vient de le dire, on n'anticipe pas tellement de tensions très fortes sur les taux longs. Donc on est plutôt à l'aise avec l'idée qu'il y a du portage et qu'on a une vue relativement positive sur cette place d'actifs.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on parle de l'IA d'un point de vue économique, parce que ça peut avoir des incidences aussi sur les marchés financiers.
- Speaker #1
Et sur la banque centrale.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut en dire ? Déjà, question l'IA inflationniste ?
- Speaker #1
Il y a débat. Moi, je pense qu'à court terme, c'est inflationniste et peut-être qu'éventuellement, à long terme, c'est désinflationniste. Pourquoi à court terme ? Parce que déjà, ce que l'on voit, c'est que le prix des composants électroniques pour aller alimenter les data centers, nos ordinateurs, etc. ont considérablement augmenté. Donc, on a d'ores et déjà la possibilité de voir dans les chiffres d'inflation le fait que... Il y a un effet IA inflationniste sur, à proprement parler, la matière première qu'il s'agit d'utiliser pour développer les outils d'intelligence artificielle. Ensuite, on peut se dire que si ça engendre plus de croissance, notamment via des dépenses d'investissement, de l'effet richesse, parce que les marchés financiers sont guidés par l'intelligence artificielle et que les ménages en profitent, c'est un peu inflationniste aussi à court terme. Mais mon point, il est plus structurel, c'est de dire que finalement, par les gains de productivité qui pourraient être enregistrés par l'intelligence artificielle, Moi, je pense qu'effectivement, il va y en avoir. La question, c'est de savoir sur quel horizon. On pourrait avoir ce qu'on appelle le taux neutre, dont on a déjà parlé souvent, le taux d'équilibre dans l'économie américaine et dans l'économie mondiale, qui pourrait légèrement augmenter et qui justifierait peut-être des politiques monétaires qui resteraient plus hautes. plus longtemps en termes de taux directeur.
- Speaker #0
Est-ce que ça génère des équilibres dans votre façon de penser en termes de classe d'actifs entre les Etats-Unis et l'Europe ?
- Speaker #1
Évidemment, puisqu'on a une concentration très importante des performances, que ce soit aux Etats-Unis, dans les pays émergents et un petit peu en Europe, sur cette thématique de l'intelligence artificielle. C'est une tendance sur laquelle il faut d'une certaine manière surfer. Après, il y a le gérant-action. Donc il y a plusieurs manières de... d'adresser cette thématique, plus ou moins détournée, plus ou moins indirecte. Mais ce qui est sûr, c'est qu'effectivement, je pense qu'ici il y a une chose à retenir, c'est que sur la séquence récente, une grande partie de la performance des marchés d'action est très liée à cette thématique de l'intelligence artificielle. Et je ne suis pas capable, il faut être très honnête, de savoir quand est-ce que ça va s'infléchir. Il faut diversifier par contre. Nous, ça reste quand même le maître mot, c'est la diversification géographique et de thématique.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Florent Vavois. Du coup, j'irai chercher justement sur ce sujet-là, entre le marché américain et le marché européen, Olivier Deberanger, qui est dans quelques instants l'homme dans l'actu.