- Arthur
Un métier, une passion, des réussites, des échecs et pourtant ils ont tous trouvé leur vocation. Aujourd'hui, ils donnent leur voix pour t'aider à répondre à la question « et si c'était moi ? » . Dans cet épisode, on part à la rencontre de Inês qui va nous parler de son métier d'aide-soignante. Alors Inès, bien le bonjour, merci d'être avec nous aujourd'hui. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler un petit peu de toi et de ton quotidien ?
- Inês
Moi je m'appelle Inès et je suis aide-soignante en maison de retraite. Je travaille auprès des personnes âgées pour les aider dans leurs actes de la vie quotidienne.
- Arthur
Et pour te décrire en trois mots, que nous dirais-tu ?
- Inês
Je dirais que je suis quelqu'un d'empathique, qui aime prendre soin des autres et qui fait passer le bonheur des autres avant le mien.
- Arthur
D'accord, donc il se dégage une certaine sensibilité, une bienveillance des qualités humaines. plus que nécessaire pour les métiers du paramédical. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu plus de ton parcours, de tes études, de tes expériences ?
- Inês
Alors moi, j'ai fait un bac pro ASSP, donc accompagnement, soins et services à la personne. J'ai réalisé des stages en maison de retraite, mais aussi en soins à domicile et en soins infirmiers. Et en fait, la maison de retraite, ça a été vraiment ma voie. Je me suis lancée dans ça à 15 ans. Les vacances scolaires, les jours fériés, j'allais travailler en vacation. A la fin de mon bac, j'ai décidé d'arrêter mes études, de ne pas continuer et d'aller travailler directement en enquête soignante faisant fonction en maison de retraite.
- Arthur
Et juste avant de passer à ta vie professionnelle, est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur tes stages ? Est-ce que tu as eu du mal à les trouver ?
- Inês
J'ai réalisé des stages dans le domaine du soin. Je pouvais aussi le faire dans le milieu de l'animation, mais c'est vrai que le soin m'intéressait plus. C'est des stages qui ont été pour certains très longs. J'ai eu des stages de trois semaines, mais j'ai aussi eu des stages de deux mois. Donc on est un peu dans un entre-deux où il faut qu'on trouve notre place sans trop s'imposer non plus. Pour trouver des stages, en tout cas, ce n'est pas compliqué du tout parce que c'est vraiment un milieu où on trouve. Et même si on ne trouve pas dans le soin, on en trouvera ailleurs. Sinon, non, je n'ai pas eu de difficultés particulières en stage.
- Arthur
D'accord. Et suite à l'obtention de ton diplôme, la professionnalisation très rapide, est-ce que ça a été source de difficultés pour toi ?
- Inês
Je suis dans un milieu où il n'y a vraiment pas de difficulté pour trouver du travail. Comme j'avais un bac ASSP, on m'a appris beaucoup plus facilement parce que c'est un bac qui est dans le soin. C'était des endroits en plus où j'avais fait des stages, donc ça ne les dérangeait pas de me prendre. Mais je sais que ce qui est compliqué, c'est souvent le fait qu'on soit jeune, de s'imposer dans notre milieu où c'est souvent des gens qui ont beaucoup d'années d'expérience.
- Arthur
Donc on a ces deux variables, l'effort débouché, le besoin de recrutement dans le secteur. Et d'autre part, ces stages, est-ce que tout ça, ça t'a permis de faire ta place, de gagner en maturité et de confirmer rapidement cette appétence pour ce secteur ?
- Inês
Ça m'a toujours intéressée. J'ai toujours dit que je travaillerais au contact des gens parce que c'est ma façon d'être. J'aime bien venir en aide aux autres.
- Arthur
D'accord, donc ça fait partie de toi, c'est ta personnalité. Tu es vraiment taillée pour ce type de métier. Justement maintenant, le métier d'aide-soignante, qu'est-ce que tu peux nous en dire ?
- Inês
Ce métier, c'est beaucoup d'accompagnement. Donc moi j'aide aux actes de la vie quotidienne, donc les soins, ce qui est toilettes, aide au repas, change, habillage, déshabillage. Mais c'est aussi beaucoup de relationnels, donc on est souvent la dernière famille de ces gens qui sont là. On est beaucoup là pour eux, on doit prendre soin d'eux, ils nous confient beaucoup de choses, on est vraiment dans l'intimité de la personne. Elles nous confient des choses qu'elles ne confieraient pas à des gens qui viennent de l'extérieur. Et on devient vraiment leur famille, leur cocon. On crée une relation unique. Ils le disent eux-mêmes. On est des personnes qui sont là pour eux, qui prennent soin d'eux, qui, malgré la fatigue, ont toujours le sourire, les bons mots placés quand ils en ont besoin, qui comprennent en un sourire, qui comprennent en un regard quand ça ne va pas, qui traduisent même des gens qui ne parlent pas, qui traduisent en un regard ce qu'ils sont en train de ressentir. C'est beaucoup de non-verbal, c'est beaucoup de verbal et c'est beaucoup d'attention.
- Arthur
Et est-ce que cette intimité, elle ne va pas rentrer en opposition quelque part avec ta... posture professionnelle puisque ça implique une grosse charge mentale je suppose de travailler avec des personnes qui arrivent à la fin de leur vie en fait
- Inês
On le porte tous les jours, ça m'a renforcée parce qu'au début par exemple les premiers décès ça m'a beaucoup coûté parce qu'on s'y attache mais c'est aussi le principe même du métier, mettre une distance professionnelle mais on se déconnecte jamais, on pense toujours à ça on pense toujours à eux, ils nous demandent de venir les voir même si on est en repos donc en fait on ne déconnecte jamais, on porte beaucoup sur nous, on porte nos douleurs et on porte leurs douleurs aussi. On porte les douleurs des familles parce qu'on est aussi des accompagnants pour les familles. Donc, on ne déconnecte jamais vraiment et on porte beaucoup, beaucoup, beaucoup sur nos épaules.
- Arthur
Alors oui, il faut bien s'en rendre compte. Il y a beaucoup plus de profondeur dans ce métier puisqu'il y a l'affect qui rentre en jeu. Par rapport à ça, est-ce que tu penses qu'il y a d'autres clichés sur ton métier ?
- Inês
Oui, il y a beaucoup de clichés, des images un peu, je dirais, dévalorisantes. Du genre, les soignants prennent des pauses à rallonge, les soignants prennent mille pauses dans la journée, ils ne s'occupent pas de nos résidents, ils choisissent les résidentes qui vont prendre soin. C'est des clichés qui ne sont pas vrais et il faut le vivre pour savoir.
- Arthur
Et maintenant, avec un petit peu de recul, avec tes quelques expériences, tu aurais d'autres qualités essentielles à nous dire pour faire une bonne aide-soignante ?
- Inês
Il faut beaucoup de patience, savoir prendre soin de soi et prendre soin de son état mental et de l'état mental des résidents, il faut avoir une maîtrise de soi, vraiment. C'est avoir gardé son sang froid. Je dirais que c'est vraiment le principal. C'est la patience et la maîtrise de soi.
- Arthur
Super. Pour conclure cette interview, est-ce que tu aurais un mot à dire à ceux qui nous écoutent en ce moment et qui s'intéresseraient au métier d'aide-soignant et qui hésiteraient à se lancer dedans ?
- Inês
Je dirais, croyez en vous. Si vous avez envie de le faire, c'est parce que vous êtes fait pour ça. On n'est pas un jour en se disant je veux être aide-soignant. Ça se crée. Et on a tous la force et le mental pour le faire. Et même si au début, vous hésitez et vous vous dites, je ne suis pas sûre d'être faite pour ça, ça va aller, ça va le faire, vous allez y arriver. C'est un métier qui s'apprend. Ce n'est pas un métier d'usine, ce n'est pas un métier où il y a des tâches à réaliser. C'est un métier où on est nous-mêmes et on devient nous-mêmes. Il nous rend plus forts et il nous rend heureux, surtout.
- Arthur
Eh bien, c'est l'objectif pour tout un chacun, effectivement, de trouver un métier qui a du sens, qui nous rend heureux. Et Inês, visiblement, tu fais partie de ces personnes. Un grand merci à propos de ton partage de ce beau métier qui s'inscrit dans le domaine de la santé, du soin, du social, du paramédical, en espérant que celui-ci ait pu aider ceux qui nous écoutent en ce moment à s'intéresser et peut-être même se lancer dans ce large domaine. Et quant à nous, chers auditeurs et chères auditrices, merci de nous avoir écoutés jusque-là. Et on se donne rendez-vous très prochainement pour un nouvel épisode de votre podcast. Et si c'était moi, le programme qui vous aide à trouver votre voix.