Speaker #1Mon premier souvenir qui me revient comme un point de départ, c'est celui où le chirurgien qui a réalisé la décompression orbitaire me regarde droit dans les yeux et me dit « Vous allez avoir les opérations de reconstruction à la hauteur de vos exigences esthétiques » . Et c'est vrai que cette phrase m'avait marquée parce que je m'étais dit « Ah, enfin quelqu'un qui a compris comment je fonctionne et ce dont j'ai besoin » . Et ça a été pour moi le lancement de toute cette aventure, si on peut dire ça comme ça. Comment j'ai découvert que j'avais une maladie de base d'eau ? J'ai une maladie de base d'eau très jeune, à 15 ans. C'est dû à un trauma psychologique, à un choc émotionnel. Je ne pourrais pas dire lequel, parce que malheureusement, j'en ai eu beaucoup. Mais voilà, j'ai eu une maladie de base d'eau et une hyperthyroïdie très très jeune. Les symptômes ont commencé à 15 ans et les médecins ont validé le diagnostic vers mes 16 ans. J'ai grandi avec cette maladie. On ne me l'a pas diagnostiqué tout de suite parce qu'on pensait que mes changements d'état d'humeur et émotionnels étaient liés à mon passé et aussi à l'adolescence. Ce qui n'était pas le cas. Et ce que ça a changé dans mon corps, c'est que pendant très longtemps, j'ai eu des tachycardies, des bouffées de chaleur incontrôlables, des grosses pertes de poids et énormément de haut et de bas. Alors pas de dépression. mais beaucoup de montées de colère, très dures à gérer. Au point où les médecins, à force de ne pas poser de diagnostic sur ce que j'avais, la maladie a pris de plus en plus de place dans mon quotidien, jusqu'au jour où je me suis retrouvée par terre, incapable de bouger, parce que j'avais trop de bouffée de chaleur, que je ne contrôlais plus mon corps. donc plus mes organes dont par exemple le fait de ne plus contrôler quand je devais aller aux toilettes ça arrivait comme ça et je crois que ça a été le plus dur, j'ai été épuisée physiquement mentalement et le regard que ça a changé sur moi, je pense que je le comprenais pas j'ai mis du temps à le comprendre j'ai mis du temps à comprendre cette maladie, ce que c'était ce que ça avait engrangé et ce que ça avait changé en moi, que ce soit mon gloître mon énorme tioué donc cou très gros, très gonflé et mes yeux, je pensais que c'était moi, c'était naturel, c'était ça faisait partie de moi en tout cas vraiment j'avais un vrai complexe avec mes yeux et je pensais que j'avais des gros yeux globuleux et que c'était comme ça et en fait au début quand mes yeux ont commencé à gonfler ça me faisait des crans dans les grands yeux et les gens me disaient t'as des beaux yeux, t'as des beaux yeux, jusqu'au jour où on a arrêté de me le dire et qu'on a commencé à se moquer de moi et en fait les gens ont tellement normalisé ma maladie comme si ça faisait partie de moi parce qu'ils n'arrivaient pas à poser de diagnostic tout de suite dessus que moi-même je les normaliser Et en fait, je me suis rendue compte que j'avais une exophtalmie, je devais avoir la trentaine, sans mentir. Donc ça arrivait très tardivement. Mais j'avais des migraines, des sécheresses oculaires, des douleurs au niveau des cervicales liées à l'exophtalmie que je vivais avec en fait. Ça faisait vraiment partie de mon quotidien. Donc quand on m'a parlé de décompression orbitaire par rapport à mes yeux, c'était très compliqué pour moi. Je me trouvais vraiment très moche avec mes yeux. Et j'ai commencé à me renseigner parce que je voyais un peu des infos passer sur l'hyperthyroïdie, l'hypothyroïdie, la maladie de base d'eau. C'est là que j'ai vu qu'il y avait aussi l'exophtalmie qui était liée à cette maladie. C'est là que j'ai compris qu'en fait, j'ai été exophtalme dans mon enfance. Qu'à l'âge de 25 ans, j'ai eu une ablation complète de la thyroïde parce qu'on n'arrivait pas à trouver un traitement définitif. Et que je commençais à avoir des nodules sur ma thyroïde, donc on me l'a retiré à 25 ans. Et c'est là où mon exophtalmie a... commença à diminuer et est devenue séculaire. Et du coup, vers mes 26-27 ans, j'avais une exophtalmie séculaire définitive de grade 1 bilatérale avec un œil plus gros que l'autre, avec du coup un pstosis et d'autres complications oculaires liées à ça. Donc en fait, au début, moi, quand j'ai commencé à me renseigner, je me suis dit « Ok, en fait, je peux me faire opérer. Je peux faire ce qu'on appelle une décompression orbitaire. Je peux avoir des yeux normaux et je vais le faire. » Donc j'ai commencé à faire des examens, sauf qu'en fait, les premiers thalmologues, les médecins, ne voulaient pas me faire cette opération. Ils m'ont dit franchement, un bilatéral, pas besoin, ça se voit pas. Et en fait, c'est ce truc-là qui m'énerve le plus chez les médecins, c'est que c'est eux qui décident si oui ou non c'est acceptable. Parce qu'en fait, au niveau des douleurs et de la gêne, c'était supportable au quotidien. C'était plus l'aspect esthétique et puis historique aussi par rapport à la maladie, moi, que j'avais besoin de tourner la page. Mais c'est les médecins en fait, en France, qui décident si oui ou non c'est acceptable esthétiquement parlant. Et ça, si moi je décide que mon reflet dans la glace est insupportable pour moi, j'accepte en aucun cas qu'un médecin décide si oui ou non ça l'est. Donc j'ai pas lâché l'affaire, j'ai continué jusqu'à trouver un chirurgien spécialisé en décompression orbitaire, très connu, privé, que j'ai payé. Et c'est avec lui qu'on a parlé de décompression orbitaire. Et moi, quand on m'a parlé de décompression orbitaire, j'en étais très contente. J'étais rassurée et je voulais faire cette opération. Et donc, lors de cette première intervention, il y a quand même un truc marquant qui s'est passé. C'est que quand je suis arrivée dans la salle d'opération, les médecins, le médecin, les infirmières et tout ça, avaient perdu mon scanner et mon IRM orbitaire. Qu'on doit faire avant chaque opération, on fait des radios, etc. Surtout pour l'opération qu'ils allaient réaliser. Ils avaient besoin de voir où ils allaient et ce qu'ils faisaient. Et du coup, ils n'arrivaient pas à trouver mon scanner et mon IRM orbitaire. Et juste avant de m'endormir, je me souviens du chirurgien qui m'a regardée comme ça. Je ne sais pas s'il pensait que j'étais déjà endormie ou pas. J'avais les yeux ouverts, je le voyais, je n'étais pas complètement endormie du tout. Ils injectaient à peine l'anesthésie générale. Et il a dit, c'est pas grave, on va faire ça de tête. Et moi, je me suis dit, il dit ça pour me décontracter, pour rigoler. Mais très sérieusement, aujourd'hui, je pense. Je pense sincèrement qu'il a fait cette opération de tête. Ce n'est pas possible. Donc, ce qui s'est passé, c'est qu'une décompris sur orbitaire, ils sont venus fracturer... Pas fracturer. La fracture, c'est ce qui s'est passé de façon excessive. En fait, ils sont censés enlever des petites couches osseuses du plancher orbitaire au niveau sinusal pour que toute l'infection graisseuse de l'exophtalmie, c'est qu'elle ait l'air, soit retirée et que les yeux puissent rentrer correctement dans l'orbite. qu'il soit bien repositionné, qu'il n'y ait plus de douleurs, qu'il n'y ait plus de craines, et un aspect esthétique convenable et acceptable. Ce qui s'est passé, c'est que ce chirurgien a fait une décompression excessive, très excessive. Et les douleurs au réveil ont été vraiment atroces. Et je me suis rendue compte, et j'ai commencé à sentir que quelque chose n'allait pas, et que ce n'était pas normal. dès mon réveil. Parce qu'en fait, le chirurgien avait cousu mes deux yeux, il les avait bandés, et je sentais des décharges électriques au niveau de mon oeil gauche. Mais je ne souhaitais à personne de ressentir cette douleur. Et je savais que ce n'était pas normal parce que c'était trop douloureux. Et surtout, que je m'étais bien renseignée avant au niveau des douleurs, que j'allais sur des forums. Je me suis inscrite sur un groupe Facebook de femmes qui faisaient elles aussi des décompressions orbitaires et aucune ne parlait de douleur à ce niveau-là. Et c'est là où j'ai compris que déjà ça n'allait pas. En fait, je sentais que tous les nerfs de mon œil gauche étaient... étaient touchés, en fait. Et du coup, c'est là où vraiment j'ai senti que c'était pas normal. Et deux mois après, quand mes yeux commençaient à vraiment dégonfler, et qu'en fait, j'ai vu que j'avais un œil qui partait. Mais, alors excuse-moi du terme, je vais le dire, qui partait en couille. Voilà, clairement, il partait dans tous les sens. Il avait pas du tout la même forme que l'autre. Je commençais à avoir un creux au niveau de la paupière supérieure. Il devenait tout petit. Et en fait, au bout de deux mois... C'est là où j'ai compris qu'il y avait quelque chose qui n'était pas normal, mais j'ai gardé encore espoir. Parce qu'en fait, jusqu'au bout, pendant trois ans, on m'a fait espérer des changements qui ne sont jamais arrivés. J'ai appris que mon plancher orbitaire était fracturé au bout de cinq mois. J'ai eu cette information par mail de la part d'un médecin que je ne connaissais pas. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'il a fait la décompression orbitaire. Mais quatre mois après, il m'a réopéré. Et en fait, lors de la première consultation post-opératoire, donc après la décompression emblétaire, à aucun moment, il m'a dit qu'il y a quelque chose qui n'allait pas. Et en fait, il était tellement agressif lors de ce rendez-vous-là que je n'ai pas osé parler. Et en fait, ils étaient un peu à deux sur moi. Et c'est comme s'ils voulaient m'empêcher de m'exprimer. Je l'ai vraiment ressenti comme ça. Et du coup, je n'ai pas osé parler. Je me suis dit, attends, fais du confiance, c'est quand même une opération compliquée, il va te réopérer une deuxième fois. Et moi, il faut savoir que j'avais un projet de voyage à l'étranger où je devais rejoindre ma sœur qui habitait en Asie. J'avais un projet de danse là-bas et de photographe. Et du coup, il savait que je voulais respecter certains délais. Donc, il m'avait dit pas de souci, on continue les opérations. De toute façon, tout ne se fait pas en une étape. Maintenant, il faut traiter tes paupières, etc. Et après, le résultat sera bien mieux. C'est vrai qu'avant, quand je lui disais « Vous pensez que j'aurais des yeux de la même taille et symétriques ? » Il me disait « Oui, oui, bien sûr, ne t'inquiète pas. » Et c'est vrai qu'à ce rendez-vous-là, quand je lui avais dit « Mais vous pensez que ce sera OK, que mes yeux vont être en état normal après cette deuxième intervention ? » Et il m'a dit « Ah ça, j'en sais rien, je ne sais pas, je ne sais pas du tout. » Je me suis dit « Mais pourquoi là, il switch et il change ? » Et en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que moi... Toutes ces interventions, toutes ces étapes, je les vis toute seule, je les fais toute seule. Et du coup, j'avais mon copain à cette époque-là qui m'accompagnait beaucoup sur mes premières opérations, mais j'avais quand même ce truc de solitude très fort parce qu'émotionnellement, j'étais toute seule. Et du coup, je n'ai pas de famille derrière qui me tournait sur ça et qu'on ne peut pas demander à nos amis de s'impliquer plus que ce qu'il nous faut dans ces choses-là aussi. Et du coup, j'étais très influençable et je me laissais vite, comment dire, écrasée par le pouvoir médical. Au début, je donnais énormément raison au médecin. Je me disais, si le médecin me dit ça, c'est que c'est vrai. Donc ne le remets pas en question et fais-lui confiance. Donc il m'a fait une deuxième intervention pour, soi-disant, améliorer l'état de mes paupières et s'y maîtriser mes yeux. Et du coup, je suis montée à Paris pour cette intervention-là. Parce que normalement, il opère généralement à Paris et il fait des missions de temps en temps dans le sud de la France, là où j'habite. C'est pourquoi la décompression ambitaire s'est faite dans le sud de la France et j'ai dû monter à Paris pour la deuxième intervention, qui nécessitait juste une nuit où je restais dans un hôtel proche de la clinique. Et je subis du coup cette opération où il devait faire une correction du ptosis de l'œil gauche parce que... Vu qu'en fait, mon plancher orbitaire était fracturé, mais que je ne le savais pas, je pense que le chirurgien le savait, mais il ne me l'a pas dit. Ce qui s'est passé, c'est que lui, dans sa tête, et attention, là, je suppute, parce que je n'ai pas d'explication de pourquoi ça s'est passé comme ça. Je pense qu'il a fait une correction du pstosis et il a fait un fox-size sur mon nez gauche. Incompréhensible. Pour, je pense... camoufler le fait que mon œil gauche était plus petit que mon œil 3 dû à l'énoftalmie. L'énoftalmie, c'est la conséquence d'un plancheur orbitaire fracturé parce que quand ton plancheur orbitaire est fracturé, ton œil tombe dans ton orbite donc il est forcément plus petit que l'autre œil qui, lui, a toujours son plancheur orbitaire. Et je pense qu'il a voulu camoufler tout ça. Donc moi, il m'a dit, c'est normal, ton œil paraît plus petit parce que ta paupière est trop longue, parce qu'il manque du gras au niveau de ta paupière supérieure, donc on va corriger ça. Et ça va s'y maîtriser. Moi, c'est ce qu'il m'a dit. Et en fait, ce qui aurait arrangé la situation, c'est qu'il me dise tout de suite, OK, il y a eu une erreur, il y a eu une surcorrection, le plancher orbitaire a été fracturé. Et là, il faut qu'on trouve une solution pour te reconstruire ton plancher orbitaire. Et après, on passe aux opérations esthétiques. Lui, ce qu'il a fait, c'est qu'il est directement passé à l'esthétique pour camoufler, en fait, le fait que j'avais pu plancher un orbitaire. Donc, il m'a fait une surcorrection excessive du ptosis. En fait, en gros, il a bloqué le muscle releveur de ma paupière supérieure gauche. Donc, je ne pouvais plus fermer ma paupière. Et il m'a fait un fox's eyes. Il a tiré mon cantus orbitaire gauche, de mon oeil gauche. Je ne sais pas, c'est comme ça qu'on dit, c'est le terme médicaux sont exacts. Du coup, je me suis retrouvée avec un œil en amande petit, avec un creux sur star sale au niveau de la paupière supérieure, qui était très conséquent parce que je n'avais plus de gras au niveau de la paupière de mon œil gauche, et une paupière que je ne pouvais plus fermer. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que le lendemain, j'ai eu une deuxième consultation post-opératoire le lendemain sur Paris. Je suis allée le voir pour regarder comment mon oeil allait, qu'il a enlevé le pansement, il a commencé à tamponner très fort sur ma paupière. Et en fait, j'ai fait une hémorragie. Donc mon oeil a commencé à couler. Et il m'a dit, oh non mais c'est pas grave, ça va se stopper. Mon copain à l'époque a dû aller chercher des glaçons dans le bar d'à côté pour qu'on puisse mettre de la glace sur mon oeil. Il m'a dit, ça va se résorber tout seul. Sauf que moi, j'avais réservé qu'un seul hôtel, qu'une seule nuit. Je me suis retrouvée dans un café à devoir attendre pendant cinq heures parce qu'il m'a... Il ne voulait pas me reprendre en charge tout de suite, de savoir si oui ou non ça allait se calmer. Donc j'étais dans le café, avec mon oeil en train de saigner, ça ne se stoppait pas, et de me dire mais qu'est-ce qui se passe ? Au bout de cinq heures, il accepte de me reprendre en charge, donc j'arrive à l'institut dans lequel il opérait. Et en fait, moi entre-temps j'avais mangé, j'avais bu, donc il me... Pour traiter l'hémorragie, il me reprend en anesthésie locale. Et là aussi, ça a été un enfer. Parce qu'en fait, il a au début essayé de cautéliser la partie qui était en hémorragie. Il n'y arrivait pas. Donc à la fin, ils ont décidé d'utiliser une espèce de poudre pour faire coaguler le sang. C'est une poudre qu'on utilise souvent pendant les opérations viscérales. Et en fait, ça a duré une heure. Et c'était horrible parce qu'il s'énervait, parce qu'il n'arrivait pas à calmer l'hémorragie. Et je le voyais, il frottait à l'intérieur, il découpait, il cotérisait, je sentais l'odeur et tout ça. C'était mon oeil, ça me faisait mal, c'était un cauchemar. Et à un moment donné, j'ai entendu l'infirmière qui lui a dit, mais là, il faut vous calmer. Si vous y allez comme ça, ça ne va jamais se calmer. En gros, il y allait tellement comme un bourrin que l'hémorragie n'allait jamais se stopper. Donc il a fini par stopper l'hémorragie, il a fermé mon oeil, il a remis un pansement. reparti parce que j'avais mon train et j'ai pris le train. En fait, j'étais tellement dans un état de fatigue psychologique, émotionnelle que j'ai pas été capable de réfléchir à, non, prends un hôtel sur Paris, dors cette nuit-là, reste près de l'hôtel, repose-toi. En fait, j'ai pas réussi à faire tout ça. J'ai pris des décisions hyper vite et j'ai pris le train. Et pareil, j'avais l'impression d'avoir des poutres verts dans mon oeil, des douleurs, mais en fait, je pense que j'ai enchaîné euh Des enchaînements de douleurs. J'ai vécu, je ne sais pas comment expliquer ça, des expériences au niveau des douleurs que je ne souhaite vraiment à personne. Mais je ne sais pas à cette époque-là comment j'ai fait pour ne pas tomber dans les pommes. Tellement ça faisait mal. Donc je m'excuse, ça a été un peu long. Mais parce qu'en fait, il n'y a pas eu qu'une opération. Il y en a vraiment eu deux qui ont été vraiment traumatisantes. Et donc suite à cette opération-là, j'ai attendu, j'ai eu un mois de post-op. pour voir mon œil, comment il évoluait. Et je suis allée voir l'assistante qui était dans le sud de la France, que je voyais régulièrement, qui était l'assistante de ce médecin en question, qui me suivait, elle, là où j'habitais. Et en fait, quand je suis allée la voir, moi, là, j'avais compris qu'il y avait un problème avec mon œil. Il était petit, il était moche, j'étais complètement défigurée. Et en fait, je me souviendrai toujours parce que... il y avait son assistante à elle. Donc c'est une ophtalmologue dans le sud de la France. Et elle était avec son assistante du coup dans le bureau de consultation, dans la salle de consultation. Et je commençais à pleurer. Je lui dis, là, c'est pas possible. Là, moi, j'avais un projet dans ma vie. J'avais un projet pro, j'avais un projet de vie. Je dis, là, je peux pas. Je dis, là, je suis complètement défigurée. Et comment vous voulez que j'auditionne en tant que danseuse avec un regard pareil ? que je continue mon métier de photographe, que je développe ma carrière, que je développe ma vie. Je disais, c'est pas possible. Et en fait, je la regardais et je regardais son assistante. Et son assistante, je voyais qu'elle me regardait avec des yeux où elle avait de la peine pour moi. Et en fait, j'arrêtais pas de dire, j'ai pas les mêmes yeux, je n'ai pas les mêmes yeux. Et son assistante, enfin, l'ophtalmologue me regardait, elle me disait, mais non, c'est pas vrai, vous avez les mêmes yeux. Et je voyais son assistante qui me regardait, qui faisait oui de la tête, en mode, t'as raison, t'as pas les mêmes yeux. Et l'ophtalmologue, elle persistait, elle me disait, mais non, vous avez les mêmes yeux, vous êtes encore goufflée. Et le pire, c'est qu'elle me prenait en photo, elle me montrait, elle me disait, regardez, vous voyez bien, c'est dans votre tête. Et en fait, je commençais à pleurer, à pleurer. Et là, elle me dit, mais vous avez une maladie de base d'eau, vous ne contrôlez pas vos émotions, c'est pour ça que vous pleurez, ce n'est pas parce que vous n'avez pas les mêmes yeux, c'est à cause de vos émotions, vous ne les contrôlez pas. Et moi, dans ma tête, je me dis, ok, là, elle me prend vraiment pour une imbécile. J'ai une maladie de base d'eau depuis 15 ans, déjà, j'ai été opérée, mon traitement est stable, je sais quand je pleure parce que mon traitement de la thyroïde n'est plus bon, et je sais quand je pleure parce qu'on a défiguré mon visage. Et elle commence à me dire des choses en mode, parce que je lui dis oui, parce que le pire, c'est que je m'excusais. Je lui disais oui, je suis désolée, mais moi, j'ai vraiment besoin d'avoir les mêmes yeux. C'est important pour moi. Et elle me répondait, mais qu'est-ce que vous croyez ? C'est important pour tout le monde d'avoir les mêmes yeux. Enfin, vraiment lunaire. Et suite à ce rendez-vous-là, j'ai compris qu'en fait, c'était fini. Je ne pouvais plus compter sur eux, qu'ils avaient gâché ma vie. Il fallait que je trouve une solution ailleurs. Donc, en fait, j'ai pris des photos de mes yeux. Et c'est là où j'ai envoyé un message à un chirurgien de Lyon avec une photo de mes yeux. Et lui, en fait, j'ai appris que j'avais un plancher orbitaire fracturé par mail de la part d'un chirurgien que je ne connaissais absolument pas, qui a juste vu mes photos et qui m'a dit, écoutez, c'est simple, il n'y a même pas besoin de scanner un DRM orbitaire. Il a dit, juste avec des photos, on voit que vous avez une fracture du plancher orbitaire. Je me suis renseignée sur ce que c'était. Et c'est là que j'ai compris qu'il y avait un problème. Et j'ai ressenti un soulagement parce qu'on a posé des mots sur quelque chose que je ne comprenais pas. Et qu'encore une fois, les médecins ont voulu me faire passer pour quelqu'un qui ne contrôlait pas ses émotions et qui dramatisait la situation. Donc, savoir que je n'avais plus de planche orbitaire, ça a été un soulagement plus qu'autre chose pour moi. Après avoir reçu le courrier, le mail du chirurgien de Lyon, qui m'avait annoncé du coup que j'avais un plancheur bitaire fracturé, j'ai continué à échanger avec mon chirurgien parce que j'avais l'espoir de lui faire... Comment dire ? Je voulais qu'il avoue qu'il avait fracturé mon plancheur bitaire et qu'il trouve une solution. J'avais encore cet espoir-là. Et en fait, je ne voulais pas le brusquer. C'est fou, c'est complètement fou. Je ne voulais pas le brusquer. Et du coup... Je lui disais, oui, est-ce que vous avez entendu parler du syndrome du sinus silencieux ? C'est un syndrome qui est lié aux fractures de planche orbitaire. Et je lui disais, peut-être que mon planche orbitaire est fracturée. Et en fait, entre-temps, j'avais fait faire un nouveau IRM et scanner orbitaire. Et je lui dis, parce que quand même, là, sur le compte-rendu de l'IRM orbitaire, ils disent qu'il y a un effondrement. mais ce n'était pas indiqué plancheur arbitère, c'était un autre terme médical qui était indiqué. Et en fait, j'insistais, j'insistais pas mal sur tout ça. Il a fini par me répondre en me disant « Oui, mais vous savez, il ne faut pas faire confiance aux images. » Et il n'arrêtait pas de trouver d'autres arguments, toujours pour me faire passer pour quelqu'un qui interprète mal les choses et qui ne comprend rien. Et du coup, il m'a proposé une autre opération. donc une autre anesthésie générale avec une greffe de gras une injection de crèses au niveau de la paupière supérieure qui n'allait en rien mais en rien du tout régler le problème du plancher orbitaire et je le savais définitivement en fait là il essayait juste de me mener en bateau et de m'endormir et en fait suite à ça j'ai annulé cette intervention parce qu'il me l'avait programmé et tout ça et je l'ai annulé je lui ai dit que j'avais besoin de temps pour réfléchir et je le recontacterai et en fait je ne l'ai plus jamais recontacté Et donc, je vais revenir sur ça. Quand il m'a dit de ne pas faire confiance aux imageries médicales, en fait, j'ai douté. J'ai douté. Je me suis dit, mais c'est moi qui suis folle. Et qui a raison ? Qui a raison entre moi qui vois mon visage complètement défiguré, enfin mes yeux du moins, le chirurgien de Lyon qui, juste avec des photos, me confirme que oui, j'ai eu une planche orbitaire, tous les symptômes que j'ai trouvés sur Internet qui correspondent à ce que j'ai en termes de fractures de planche orbitaire, et ce chirurgien. qui est censé être un des meilleurs chirurgiens thalmologistes de France, reconnu par ses pairs, qui me dit qu'il ne faut pas que je me fie aux images. Et je me dis, dans ce cas-là... Si on ne peut pas suivre aux IRM orbitaires, aux scanners, comment font les médecins ? En fait, j'étais perdue. J'étais complètement perdue. Ils m'ont fait douter de moi, mais du début à la fin. Je me suis sentie abandonnée, rabaissée, humiliée, dévalorisée. J'avais l'impression que c'était moins que rien parce qu'on ne voulait pas m'entendre, on ne voulait pas m'écouter, on ne voulait pas m'aider à me trouver des solutions. Complètement, je me suis sentie seule. Je me suis vraiment sentie seule. J'ai eu un sentiment d'injustice. Pourquoi, en fait ? Pourquoi tout ça arrive et pourquoi ça se passe comme ça ? Parce qu'en plus, je suis hyper conciliante. Ça veut dire que moi, j'ai conscience des risques. Si le chirurgien m'avait dit « Ok, stop, on a fait une erreur. On a trop fracturé et on va réparer. » Mais moi, let's go, on y va. Mais je ne comprends pas pourquoi ça s'est passé comme ça. Le fait de ne plus m'organiser dans le miroir, ça a été horrible pour moi. Ça a été vraiment horrible parce qu'en fait... Je pense sincèrement qu'avoir besoin de se sentir belle, ce n'est absolument pas quelque chose de superficiel. Et mon physique, c'est très important pour moi, c'est lié à mon histoire. Je n'ai vraiment pas eu une enfance facile. J'ai eu une enfance très, très violente psychologiquement et physiquement. Et je n'avais vraiment rien dans mon enfance, que ce soit de l'amour parental. un foyer, un confort de la nourriture très souvent, j'avais pas tout ça et je sais que les gens me disaient souvent que j'étais jolie, même malgré mon exophtalmie et du coup je m'étais toujours dit t'as pas d'amour, t'as pas d'argent t'as pas de confort, t'as pas de vrai foyer, mais au moins t'es belle et en fait je me suis raccrochée à ça toute ma vie et c'est vrai que Ça m'a toujours aidée parce que j'ai toujours senti que pour des entretiens, pour des opportunités, pour des projets artistiques, pour des trucs, j'arrivais à obtenir certaines choses parce que les gens me trouvaient agréable socialement parlant et esthétiquement parlant. À aucun moment je me vante, je ne me considère pas plus belle que les autres ou n'importe qui. Je pense juste qu'il y a des avantages à se trouver jolie, à ce que les autres nous trouvent jolie. Et c'est bon, j'ai déjà eu pas beaucoup d'armes dans ma vie, j'avais au moins ça et ça m'a vraiment aidée. Donc quand je me suis regardée dans le miroir et que je me suis trouvée laide, ça a été tellement difficile pour moi parce que j'ai l'impression qu'on m'avait retiré la dernière chose qui m'avait aidée à me construire toute ma vie. Où je me suis dit purée là on m'a enlevé quelque chose de vraiment important pour moi. Et même si je sais que j'ai bien d'autres atouts, ça a quand même été le pilier, ça pour me défendre dans ma vie dans beaucoup de choses. Et ça a été hyper dur pour moi. Ça a été hyper dur pour moi parce que quand je parle aux gens, j'ai besoin de les regarder dans les yeux. J'ai besoin qu'on me trouve belle. J'ai énormément besoin de me trouver belle. J'ai besoin d'avoir confiance en moi. J'ai besoin d'avoir de l'estime pour moi parce que j'ai un gros manque de confiance en moi et de l'estime de moi liée au traumatisme que j'ai vécu dans mon enfance. Donc, je me suis construite aussi avec ça. Et là, j'ai eu l'impression qu'on m'enlevait tout ce qui faisait que j'arrivais à... à avoir de l'élan pour me dire ok, let's go, va à fond sur ce projet artistique parce que j'avais confiance en ma chat, ma façon de parler, ma façon de regarder les gens. Je savais que je pouvais obtenir certaines choses avec mon côté sociable, etc. et communicatif. J'étais chargée de communication dans la musique donc c'est pas pour rien. Tout ça était un atout pour moi et ça m'a brisé, ça m'a vraiment brisé. Et c'est un trauma aujourd'hui que que j'ai encore du mal. Je suis encore à plein de dents, en fait. Donc, je devais partir vivre au Japon. Tout était organisé. Et en fait, c'est bizarre parce que j'ai eu comme un soulagement quand j'ai dû tout annuler. Parce qu'en fait, j'ai eu un sentiment de défaite complet. Mais en fait, ça faisait tellement... Ça faisait cinq mois. que j'avais compris qu'il y avait un problème et que j'étais dans un état d'urgence, que d'annuler tous ces projets-là, ça m'a soulagée parce que je me suis dit « Ok, là maintenant, je vais rentrer en guerre et je vais résoudre ce problème parce que je ne peux pas rester comme ça. » Et en fait, dans le coin de ma tête, j'avais cette frustration de « Je ne peux pas partir au Japon tout de suite, mais j'ai cette détermination de me dire « Ok, là c'est la guerre et j'y vais. »
Speaker #0Sauf que je ne pensais pas que la guerre allait durer aussi longtemps. Là, il faut savoir qu'en trois ans, j'en suis à 20 opérations. Je continue parce que je sais qu'il y a bien pire dans la vie. Je le sais parce que j'ai vu des gens se battre pour leur vie, contre des maladies vraiment très dures. Et moi, je me bats pour mon « esthétique » , même si j'ai beaucoup d'infections et beaucoup de problèmes. Je ne me bats pas pour être en vie. Et c'est ça qui m'aide à ne pas lâcher. C'est qu'en fait, je n'ai pas le droit. Je n'ai pas le droit d'être faible. Et je n'ai pas le droit de me victimiser parce que je considère qu'il y a des gens qui ne s'y battent pas bien pire et qui ne lâchent pas. Donc si eux ne lâchent pas, moi je n'ai pas le droit de lâcher. Donc vraiment, c'est ce qui me fait tenir. J'ai eu un moment très dur où j'ai perdu la vue quelques minutes. Et en fait, quand ce moment-là est arrivé, c'est vrai que... J'ai un peu d'émotion quand j'en parle parce que là, toutes ces questions me font repenser à beaucoup de choses et je ne pensais pas que ça allait être aussi difficile d'y répondre. En fait, il y a des jours où j'ai envie de vraiment tout abandonner, tout laisser tomber. Et quand j'ai perdu la vue sur mon égo, à ce moment-là, désolée, ma voix part dans les aigus parce que là, c'est vraiment difficile d'en parler. Je ne pensais pas que ce serait aussi dur. Je me suis dit, ok, c'est bon, abandonne ton œil, laisse tomber. Et en fait, il y a des jours où j'aimerais juste avoir un œil de verre, et plus d'infection, et du coup plus d'opération, et plus de combat. Genre plus d'attente, plus rien. Donc, quand j'ai perdu la vue, ça a été très bizarre, parce que je me suis sentie soulagée. Et en fait, quand je suis revient, parce que cette opération où j'ai perdu la vue, c'était au Japon. Quand le docteur Kashima est venu me voir en urgence et il m'a dit écoute, là toutes les graphos que tu as faites, on va devoir les retirer. Parce que pour moi c'est plus important que tu retrouves la vue. J'ai pleuré et je lui ai demandé de sortir de la chambre parce qu'en fait je ne voulais pas. Je ne voulais vraiment pas qu'il m'opère. Je ne voulais pas me retrouver de nouveau avec un œil qui retourne dans son orbite et de me ressentir moche à nouveau. Je ne pouvais pas en fait. Bon, on l'a fait quand même et j'ai retrouvé heureusement la vue de mon oeil gauche. Mais c'est vrai que ça a été un moment compliqué. Il me reste de la place pour faire confiance à mon médecin qui s'appelle le docteur Kashima, qui est un médecin japonais puisque je suis partie me faire soigner au Japon. Je ne ferai plus jamais confiance à un médecin français, à un centre laboratoire de scanner français. J'ai vécu aussi beaucoup de maltraitances là-bas. J'ai énormément de respect et de confiance au professeur A.N., l'hôpital militaire de Marseille. C'est lui qui m'a récupérée après le chirurgien de Paris, qui m'a greffé une plaque en titane pour remplacer mon plancher orbitaire, même si ça n'a pas arrangé les choses. Il a fait du mieux qu'il pouvait. Il a aussi... créfait du muscle dans ma paupière supérieure gauche. C'est grâce à lui que je peux fermer mon nez gauche aujourd'hui. C'est le seul homme qui j'ai du respect et une confiance. Parce qu'en fait, pendant plus d'un an, j'ai traversé toute la France pour essayer d'obtenir des réponses et de trouver des chirurgiens qui acceptaient de m'opérer. Et très honnêtement, les médecins français sont lâches. Ils ont peur. Et en fait, ils n'en ont rien à faire. Si votre cas est trop compliqué, ils vous donneront de l'espoir. lors des premières consultations, ils vous feront payer. Et ils vous feront croire que oui, ils peuvent vous aider. Parce que j'ai l'impression que ça gonfle leur ego. Et après, ils vous gossent tout le monde. Enfin, je dis ça, je généralise, mais en tout cas, c'est ce que moi, j'ai vécu. C'est vraiment ce que j'ai vécu pendant trois ans. Et ça a été épuisant. Et plus jamais, plus jamais, j'irai voir un médecin en France. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que depuis octobre 2025... J'ai décidé de partir au Japon parce que suite à la crève de plaques en titane que j'ai eue sur mon oeil gauche pour remplacer mon plancher orbitaire, en fait, j'ai des infections à répétition parce que le chirurgien de Paris a trop ouvert un sinus gauche, ce que je ne savais pas. Et en fait, j'ai un problème au sinus qu'on n'arrive pas à déterminer. Je fais des sinusites chroniques et les sinusites chroniques se connectent à ma plaque en titane sous mon oeil gauche et du coup, ça s'infecte. à répétition Et quand j'ai vu qu'esthétiquement, tous les médecins... Là, sincèrement, j'ai vu tous les chirurgiens maxillofacials de France et tous les chirurgiens ophtalmologues de France. Je les ai tous vus, j'ai dépensé tout mon argent pour aller les voir. J'ai complètement mis de côté ma vie et ma carrière pour ça. Et quand j'ai vu qu'ils m'avaient tous ghosté un à un, mais vraiment un à un, j'ai décidé de partir en Asie, j'ai décidé de partir au Japon parce que j'ai ma soeur qui habite au Japon. Et j'ai été prise en charge par la clinique oculofaciale de Tokyo. Et j'ai été prise en charge par le docteur Kashima. Donc là, depuis le mois d'octobre, je suis en post-opératoire depuis maintenant 5 mois parce que j'en suis à ma 10e opération. On a essayé au début avec le docteur Kashima de ne pas retirer toute ma plaque en titane parce que c'est une opération très risquée. Et j'ai eu complication sur complication. Donc, j'ai enchaîné plus de dix opérations. Et mes journées ressemblent à quelqu'un qui est un espèce de zombie médical. Ou c'est long et je suis fatiguée. Donc, j'ai encore de l'espoir, je ne lâche pas. Mais mes journées ressemblent à un jour mon infection arrive et un jour elle repart. Un jour je me sens bien et un jour je ne suis pas bien. panique parce que je vois qu'on n'arrive pas à se remettre en place et j'appréhende tout le temps la prochaine complication médicale. Je ne sors pas, je ne voyage pas. Je suis en tourisme médical. Donc il n'y a pas de moment de joie, c'est juste une espèce de parcours du combattant. Clairement c'est ça. Ma vision double au quotidien, difficile parce qu'une vision double, il faut savoir que ça donne la nausée et des vertiges. Donc la plupart du temps, je ferme mon œil gauche et quand je sors, je mets un cache-œil. Ou quand je fais mes vidéos aussi, parce que du coup, c'est comme ça que tu m'as connue, mais je parle de mon histoire sur TikTok, ça me fait du bien. Je mets un cache-œil la plupart du temps parce qu'en fait, une vision double, c'est hyper handicapant, vraiment. Mais il y a pire. C'est difficile, mais il y a pire. Je dis souvent que mon mal est invisible, mais que les regards des autres peuvent blesser. En fait, très honnêtement, ce qui est difficile, ce n'est pas le fait que les gens me regardent bizarrement. Parce que bon, déjà, là maintenant, je suis en Asie. Depuis maintenant cinq mois, il faut savoir qu'au Japon, les gens sont très respectueux du bien-être des uns et des autres. Donc au Japon, je n'ai aucun mauvais regard. Je me sens très safe. Donc ça m'a énormément fait du bien. C'était une vraie thérapie pour moi de partir au Japon parce que du coup, ça m'a aidée à sortir, à me calmer face à la monoxyté sociale que j'avais développée. Mais en France, ça a été très dur. Vous savez comment sont les hommes et comme ils aiment nous aborder sans qu'on leur demande quoi que ce soit dans la rue. Et souvent, c'est arrivé que des garçons m'abordaient parce qu'ils me voyaient de dos. A croire que ce que j'ai de dos est la seule chose qui est maintenant attractive. Mais du coup, je me faisais souvent accoster par des hommes qui me voyaient de dos. Et quand je me retournais, vraiment, ils étaient en mode choqué. C'était en mode « Ah, mais qu'est-ce que t'as ? T'as un œil de verre. Mais pourquoi ta tête, elle est comme ça ? » Et en fait, le truc qui switchait, c'était plus de la drague. Ça devenait un espèce de questionnement un peu moqueur comme ça, qui était assez inconfortable. Ouais, j'ai eu quelques moqueries dans les transports en commun, mais bon, ça reste, ça va. Qui est le plus dur, en fait, c'est pas ça. Le plus dur, c'est quand on explique aux gens de notre entourage qu'on se sent mal dans notre peau à cause du changement esthétique de notre visage et qu'on se retrouve face à des femmes, la majorité, qui vont me dire, que ce soit mes amis proches ou pas mes amis proches, « Oh mais ça va, ça se voit pas. Maintenant, nous, on a l'habitude. T'es toujours belle. Faut que t'arrêtes de bloquer sur ça. » Et moi, en fait, ces gens-là, j'ai juste envie de leur dire, « Venez, je vous défonce votre... » planche orbitaire. Comme ça, vous vous retrouvez avec un œil qui tombe dans votre orbite avec un regard complètement difforme qui ne correspond pas à vos yeux normaux avec lesquels vous avez grandi toute votre vie, parce qu'il faut savoir que la décompression a été excessive des deux yeux. Le planche orbitaire Ausha été fracturé, mais mon œil droit s'est retrouvé énormément rentré aussi. J'ai des tout petits yeux par rapport à mon visage. Je suis à moitié cabile, à moitié française. Les cabiles ont des grands yeux. Donc c'était normal pour moi d'avoir des grands yeux, malgré l'exophtalmie. Je me suis retrouvée avec des tout petits yeux, avec un strabisme, donc les deux yeux qui se rejoignaient au milieu, et un plancher orbitaire fracturé, donc avec un œil renfoncé dans l'orbite. C'était hideux. Et c'était hideux pour moi. Et ce n'est pas parce qu'en fait, mon amie va me dire qu'elle, elle a accepté mon regard et que pour elle, ça devient acceptable. Ça doit être acceptable pour moi. Moi, tout ce que je veux, c'est que quand je dis à quelqu'un « je me sens laide parce que c'est clairement visible que je suis difforme des yeux » , ne me rassure pas. Accepte que je me sens laide et que ce soit médicalement prouvé par des scanners et des IRM et que c'est un fait, tu vois. que mes yeux sont déformés. Juste, ne me dis pas que je dois l'accepter parce que toi, tu l'as accepté, parce que je reste persuadée qu'une personne qui se retrouve avec un plancher orbitaire fracturé et une décompression orbitaire excessive détesterait son visage et fera tout pour s'en sortir. Et moi, là, le message que je veux faire passer, c'est en fait, si vous avez quelque chose qui vous met mal à l'aise sur votre visage, je ne prône pas la chirurgie esthétique, même si moi, je suis pour la chirurgie esthétique parce que je considère qu'on n'a qu'une vie. et que si tu veux être beau dans ta vie, go, fais-le. Sans changer d'identité, sans être dans l'excès, il faut arrêter de tout le temps penser que parce que quelqu'un va se refaire le nez, après il va se refaire tout son visage. Non, la plupart des gens sont stables et la plupart des gens sont réfléchis. Donc si tu n'aimes pas ton nez à cause d'une maladie ou à cause juste de parce que tu n'aimes pas ton nez ou il y a quelque chose qui te gêne sur ton visage, sur ton corps, change-le avec la médecine esthétique parce qu'on a de la chance de pouvoir le faire. Par contre... Fais très attention, vois plusieurs médecins, ne te fais pas opérer en France, mais juste fais-le. Et c'est pas parce que ta voisine ou ta collègue de boulot va te dire que ton gros nez c'est acceptable pour elle, que toi tu dois te forcer à l'accepter. Et c'est pas parce que ta famille va te dire, oh mais non t'es née comme ça, on t'a fait comme ça, aime-toi comme ça. Si toi t'es trop malheureux, juste change-le. Juste change-le parce que vraiment on n'a qu'une vie. Et c'est pas parce que moi j'ai vécu un trauma médical que ça doit empêcher les gens de... De se battre et de tout faire pour être heureux parce que le bonheur, ça passe par l'amour de soi aussi. Qu'est-ce qui m'aide à ne pas sombrer, même quand tout me semble trop lourd ? J'en sais rien. Je ne sais pas. Je pense que j'ai un instinct de survie assez puissant. Et j'ai l'espoir de me dire que je vais trouver une solution. De toute façon, je n'ai pas le choix, je vais trouver une solution. C'est ça qui me tient. C'est que je ne reste pas comme ça. Sincèrement, je ne reste pas comme ça. Je trouverai une solution, vraiment. C'est ça qui me fait tenir. Mais ouais, je sais pas, il y a une espèce de lumière à l'intérieur de moi qui me fait avancer depuis toujours, depuis que je suis enfant. J'ai traversé une période de dépression. Je m'en suis rendue compte parce qu'en fait, je pense que je traverse une période de dépression depuis trois ans maintenant. Mais en fait, malheureusement, je suis forte mentalement. Donc malheureusement, j'ai un esprit combatif qui fait que je lâche pas et j'arrive à aller au-delà de cet état dépressif. Très honnêtement, je vais être très honnête, je pense que prendre des antidépressants aujourd'hui me ferait du bien. Sauf que je suis en Asie, là j'ai pas la force d'aller voir un psychologue asiatique, tout est dans une autre langue et tout, j'ai pas l'énergie. Je me fais confiance, je sais qu'il y a des moments qui sont plus durs que d'autres, je sais qu'il y a des moments où je suis... complètement épuisée mentalement. J'ai plus de force ni pour parler aux gens, ni pour envoyer des messages, ni pour faire quoi que ce soit. Mais je me laisse jamais sombrer plus bas que le tolérable. Je vais passer peut-être 3-4 jours à rien faire, à manger, que des conneries. En fait, ce qui m'aide, c'est le big watching. Ça m'aide et ça m'aide pas. Parce que du coup, je suis dans l'inaction et on le sait tous très bien que... Être dans l'inaction nous fait encore plus penser à nos problèmes et plus penser à nos problèmes nous les fait exister encore plus. Mais en même temps, ça m'aide aussi. Donc en fait, j'essaie de trouver un équilibre entre ces moments où j'ai besoin de juste être un ventre sur pattes devant Netflix. Et Desperate Housewives m'a énormément aidée pour ça, ainsi que la série Viking. Et manger des trucs cools. Et après, je remonte et je ressemble et je remonte et je ressemble. Mais je sais que je tiens et que je suis forte. Et je pense que c'est ça qui m'aide. Sincèrement, ma communauté sur TikTok est super cool. Enfin, ma communauté pour qui je me prends. J'ai 6 000 abonnés, d'accord ? Mais il y a quelques filles qui sont toujours là. Il y a les filles de mon groupe sur Facebook à qui je fais un gros bisou aussi. Elles ont monté une cagnotte pour moi, pour m'aider à financer mon projet. elle s'en charge parce que moi j'ai pas le courage de le faire je me sens trop honteuse de demander de l'argent à qui que ce soit elle m'aide, elle me soutienne il y a Francesca aussi de la clinique oculofaciale de Tokyo qui m'aide J'ai ma copine Nagiba, chez qui je suis en ce moment, qui m'aide aussi. J'ai quelques personnes qui m'aident. Et en fait, ce qui a été fou, c'est que quand j'ai commencé à poster mon vrai visage sur TikTok, parce qu'au début, je mettais des filtres, donc on ne pouvait pas voir que j'avais vraiment un problème aux yeux. Et en fait, un jour, j'ai pété un câble. J'ai dit OK, c'est bon, je me montre. Et en fait, les gens, ils ont été d'une gentillesse. Mais vraiment, je n'ai aucun haters. Et en fait, ça m'aide. Et ce que je trouve... tellement mignon, c'est que dès que je poste pas des vidéos ils me laissent des commentaires en mode ça fait 6 jours que t'as rien posté est-ce que ça va ? comment tu vas ? ça a été un petit moment de joie en mode ok t'as pas tout raté t'as pas tout raté t'es un petit peu buzzé sur tiktok c'est cool enfin au delà du buzz je plaisante mais c'est vraiment ce truc de me dire putain y'a des gens c'est vraiment ce truc de me dire Il y a des gens, ils s'intéressent à ce que je vis sincèrement et ça me fait du bien. Aujourd'hui, même si tout n'est pas terminé, qu'est-ce qui me donne la force d'avancer, de redevenir belle un jour, de redanser, reprendre les photos et avoir une vie cool en fait. C'est ça, je veux juste avoir une vie cool et fun comme j'ai toujours voulu avoir aujourd'hui. Je suis en post-opératoire de ma dixième opération. Donc comme je te disais, j'ai été opérée et prise en charge par le docteur Kashima à Tokyo. On a pris la décision avec le docteur Kashima il y a maintenant six semaines de retirer ma plaque en titane. C'était très risqué parce qu'on n'arrivait pas à calmer les infections. Et de me faire une greffe osseuse au niveau de mon orbite gauche. Aujourd'hui, j'ai une nouvelle orbite en os artificiel qui, selon le docteur Kashima, les derniers scanners sont presque similaires à mon orbite droite. Donc là, je suis partie en repos chez mon ami Nagiba en Corée parce que je ne peux pas rester toute seule, c'est trop compliqué. Et que mon visa japonais de toute façon prenait fin, donc j'avais besoin de faire ce qu'on appelle un run visa, partir en Corée pour pouvoir après revenir au Japon dans quelques mois, dans trois mois. A voir, je l'espère, croisant les doigts, l'opération finale des paupières qui là est une opération d'injection de gras au niveau de la paupière supérieure gauche. Et un ajustement des paupières, qui là, sera purement de l'esthétique et qui n'est pas vraiment de la reconstruction médicale. Sauf que bon, là, actuellement, je suis en post-opératoire avec un œil plus gros que l'autre. Une double vision. Et c'est difficile parce que j'ai peur, en fait, que l'œil soit mal positionné. J'ai un strabisme assez conséquent. Je ne sais pas s'il est inflammatoire. Je ne sais pas si la crève d'eau a été trop excessive et que du coup, maintenant, l'œil ressort trop. Je suis épuisée. J'ai très peur de ça. Et j'ai refait des infections post-op, là, ces trois dernières semaines. Donc, je suis actuellement sous antibiotiques et en attente que l'inflammation baisse et que mon œil se replace correctement dans l'orbite. Donc, j'attends. Là, je suis en attente. En attente et en stress, très clairement. J'ai peur que l'infection ne se stoppe pas. qu'on soit obligé d'enlever les greffes osseuses. Mais nous allons reformuler, pour que cela n'arrive pas, je suis en attente que mon œil se positionne correctement dans l'orbite et que l'infection disparaisse bientôt. Voilà. Et que je puisse revoir correctement, parce que j'ai pas seulement une vision double, j'ai une perte au niveau des couleurs aussi, je vois plus le rouge et le jaune de la même manière qu'avant, mais ça, écoute, c'est pas très grave. Est-ce que j'espère un jour retrouver un visage équilibré ? C'est mon objectif définitif de me regarder dans la glace et de me trouver belle. J'ai besoin de ça, j'en ai besoin, j'en ai vraiment besoin parce que me trouver belle, c'est aimer toute une partie de moi que j'ai du mal à aimer à cause de tout ce que j'ai vécu. Et en fait, c'est encore un sujet qui est très dur à parler parce qu'on m'a vraiment fait quelque chose qui était important pour moi et qui me donnait de la force, donc je veux retrouver ça. Je veux vraiment retrouver ça pour pouvoir retrouver la personne que j'étais parce que... Parce que ma détermination, la force que je mets, l'énergie que je mets dans mon projet médical, je veux pouvoir le mettre dans mes projets créatifs, dans mes projets professionnels, dans mes projets avec mes amis et dans ma vie. Je veux arrêter de me battre pour tout ça. Donc voilà. Et si je pouvais mieux en mûrer quelques mots à la solenne d'avant tout ça, qu'est-ce que je dirais avec douceur ? Alors ça, c'est vraiment la question qui doit faire chier aller beaucoup de monde. Donc, si je pouvais murmurer quelques mots à la moide avant tout ça, je lui dirais que... Attends, parce que j'attends quelques minutes pour ne pas fondre en larmes. Je lui dirais que malheureusement, les difficultés ne sont pas finies, que ça va être encore très dur. Que je vais être encore très seule et que je vais devoir encore me battre énormément. Et que je lui fais confiance parce que je sais que c'est une warrior et que je sais que c'est une guerrière et qu'elle ne laissera pas tomber. Et qu'il faut qu'elle soit gentille avec elle-même et qu'elle soit douce avec les moments où elle craque et où elle lâche parce que c'est normal. qu'elle a besoin de ça et qu'elle va y arriver. Et voilà. Et pour finir, parce que oui, les choses ont été assez dramatiques, donc on va essayer de mettre un peu de good vibes dans tout ça. Avec tout ce que j'ai traversé, qu'est-ce que j'ai appris sur moi ? J'ai appris que, désolé, c'est pas joyeux, mais que la solitude est réelle pour tout le monde, mais qu'elle n'est pas dramatique. Et j'ai appris que j'étais forte. Franchement, je ne pensais pas. Je suis forte. Je suis vraiment super forte. Et j'espère que quand tout ça sera fini, je ne douterai plus une seule seconde de moi. Je me souhaite ça vraiment du plus profond de tout mon corps et de tout mon être. J'aimerais juste dire à toutes les femmes qui traversent des combats silencieux... Ça peut paraître un peu dur, mais je pense que c'est la meilleure chose à faire, ne pas se victimiser, ne vous victimisez pas. Ce qui vous arrive, ce n'est pas parce que c'est vous et que vous le méritez et que vous avez un mauvais karma. Je ne crois absolument pas au karma, je crois que la vie c'est dur. À aucun moment, qui a dit qu'en fait on allait naître sur Terre et que ça allait être facile ? Je pense qu'on mène toutes des combats hyper compliqués, surtout en tant que femme. Et du coup, il faut qu'on soit forte. Il ne faut pas qu'on se victimise, il faut qu'on soit forte, il ne faut pas qu'on laisse tomber, il faut qu'on se relève à chaque fois. Et de toute façon, on n'a pas le choix. Et en fait, par respect pour tous ces gens qui vivent dans des pays où ils doivent se battre pour leur vie, par respect pour toutes ces femmes, surtout en ce moment, qui se battent pour leur liberté, pour leurs droits, dans des pays où elles n'ont même pas la parole de se défendre, où elles sont complètement isolées. Et par respect pour toutes ces femmes qui se battent contre des maladies incurables, juste battons-nous. Juste levons-nous tous les jours, battons-nous. Soyons fortes. Et montrons à la vie qu'en fait, c'est difficile, mais ok, je peux le faire. Et de toute façon, on n'a pas le choix. Donc c'est comme ça, il faut y aller.