Speaker #1Tout a commencé par un simple jeu, entre guillemets. C'était censé être un jeu et j'avais seulement 11 ans. J'ai fait confiance à la personne qui était censée me protéger. Les attouchements, ils ont commencé à mes 11 ans. Moi, j'étais vraiment un enfant. Certes, mon corps est changé, mais à mon époque, par rapport aux jeunes filles de maintenant, aux enfants de maintenant, on n'était pas aussi... il n'y avait pas les réseaux. Enfin, je me rappelle que j'étais encore en primaire. Donc, on ne nous apprenait pas encore tout ce qui est rapport à touchement et tout. Donc, je ne connaissais rien du tout. Pour moi, ce n'était rien de grave puisque c'était mon géniteur et il devait me le protéger. En fait, je ne savais pas que c'était grave. Pour moi, ce n'était rien. En plus, comme il m'a dit que c'était un jeu, donc je l'ai cru. Parce que c'est un jeu. Ce cauchemar a duré 14 ans. Donc, c'était toute ma vie, en fait. Et à la maison, en fait, ça se passait normalement aussi. Je peux dire ça comme ça. Je me comportais normalement. Je faisais... En fait, je faisais tout ce qu'un enfant ou une jeune fille pouvait faire chez ses parents. Donc, je faisais le ménage, je faisais le manger, je m'occupais de mes frères et sœurs, j'allais en cours, je sortais. J'avais une vie normale, alors qu'à l'intérieur de moi, j'étais détruite. Peu de gens ont vu ce côté-là. Pendant très très longtemps, je me disais que c'était de ma faute. J'ai détesté mon corps, parce que je me disais, c'est parce que mon corps a changé. Si mon corps n'avait pas changé, je n'aurais pas vécu tout ça. Je me rappelle, je disais chaque fois à une de mes meilleures copines, Je préférais quand j'avais 8 ans. Et elle ne comprenait pas. Elle me disait genre, Ardèle, mais pourquoi tu dis ça ? Je dis non, juste comme ça. J'ai détesté mon corps pendant très très très longtemps. C'est maintenant à 32 ans que j'essaie de faire la paix avec ça. Mais c'est super dur. C'est super dur. Je n'ai pas eu une enfance... En fait, quand les gens ne connaissent pas l'histoire, mon histoire, ils pensent que j'ai eu une enfance normale, alors que pas du tout. La vie... Dans ma famille, chez mes parents, c'était un cauchemar pour moi. Pour moi, ma génitrice a toujours été au courant. Elle a préféré protéger son mari, protéger son mariage, que de protéger son enfant. Pour moi, elle a toujours été au courant. Pour vous dire qu'à l'heure actuelle, j'ai porté plainte. Elle ne me croit pas. Elle ne me croit pas. Elle est toujours avec son mari. Donc pour elle, c'est plus important. Comment je me sens ? En fait, je ne sais pas comment expliquer ça. Ça m'a énormément blessée. Même si avec ma génétrice, on n'a jamais été proches, mais j'aurais aimé avoir un soutien de sa part parce que c'est quelque chose qu'on ne souhaite à personne. Et de là, déjà le fait qu'elle m'a posé la question, est-ce que c'est vrai ? Ça m'avait déchiré le cœur. Mais bon, c'est la vie malheureusement. Ce 14 ans de cauchemar a énormément changé sur mon comportement envers les hommes. Je sais que je suis très, très, très dure avec les hommes, limite agressive. J'ai pas de pitié. Ils me font vraiment pas pitié. Limite même leur faire du mal, ça me fait même du bien. Je pense que s'il n'y aurait pas eu tout ça, je serais une autre personne. Mais ça m'a forgée, si je peux dire ça. Ça m'a donné un caractère super dur. Je suis très très dure avec tout le monde, surtout avec les hommes. Et j'ai une carapace que tout le monde ne veut pas rentrer, en fait. Qu'est-ce qui a fait qu'après ces longues années, j'ai décidé de porter plainte ? C'est un déclic. Je suis allée voir une kinesiologue et c'était la première personne que j'en parle. C'était à mes 30 ans et c'est elle qui m'a conseillé de porter plainte. Figurez-vous que je n'osais même pas parce que je lui disais que non, personne ne va me croire. Je vais me retrouver seule, il y aura tout le monde contre moi, je n'ai pas de preuves. Et elle, elle m'a dit d'aller porter plainte, qu'il n'y a pas une limite. Même si ça s'est passé il y a 10 ans, même si ça s'est passé il y a 15 ans. Et je suis allée porter plainte 2-3 mois après le rendez-vous avec la kinesiologue. Je reçois des menaces de la part de ses frères, donc de la famille paternelle, qui me menace à chaque fois qu'ils me voient dans des événements familiaux. Mais je trouve ça tellement pathétique, parce que pour moi, des adultes avec un minimum d'intelligence, si je veux être polie, ne se comporteront pas comme ça. Mais voilà, ils se comportent comme ils ont dû se comporter. Et il n'y a pas de souci. Pour mon bien-être, et comme ils n'arrêtent pas de me menacer à chaque fois, donc j'ai décidé de couper le pont avec la famille paternelle. Et franchement, je n'ai aucun souci, je me comporte très très bien. En fait, ça ne change absolument rien à ma vie. La reconstruction est vraiment très très difficile. C'est un très très long chemin. Si je vous dis que je suis guérie, c'est un mensonge. Je suis au tout début de ma guérison. Je plonge, je replonge dans la dépression. J'essaye d'aller mieux, de vraiment prendre soin de moi, de faire tout ce que j'aime, de vraiment sortir. Il faut savoir que moi, j'ai un petit chien. Elle s'appelle Per et elle m'aide aussi à aller bien. Et je suis entourée de gens merveilleux. J'ai ma famille. Du côté de ma mère, j'ai mes amis. Et franchement, je sais que le chemin n'est pas facile, mais je sais que ça ira mieux d'ici quelques années. Dans ma communauté, l'ancêtre, c'est quelque chose de très tabou. Il faut savoir que la plupart des familles, on ne croit pas les victimes. Ou soit, on demande à la victime de ne pas dire ça partout. et de pardonner son agresseur, mais quand même de continuer à le fréquenter parce que c'est ton père, c'est ton oncle, c'est ton frère, c'est ton grand-père, c'est l'ami de la famille, etc. Donc on ne permet pas à la victime de guérir, de faire entendre sa voix. Donc par mon témoignage, je veux vraiment que ces choses changent parce que je sais que dans ma communauté, il y en a énormément, mais personne ne parle pas. peur. On a énormément peur. Et c'est pour ça que je dis la honte doit vraiment changer de camp. À la petite fille que j'étais, j'aimerais lui dire merci. Merci pour tout ce qu'elle a fait dans ma vie. Merci d'avoir été cette petite fille incroyable. La force qu'elle a, moi je ne l'ai pas aujourd'hui. Je suis en admiration. Cette petite fille-là, elle mérite tout, elle mérite le monde, parce qu'elle a été tout simplement parfaite, elle a été courageuse. Je l'aime de tout mon cœur. À toutes les personnes qui vivent aujourd'hui ce que j'ai vécu, j'aimerais vous dire, ce n'est pas de votre faute, ce n'est pas de votre faute. Ce n'est pas votre corps le problème, ce n'est pas vos vêtements le problème, ce n'est pas de votre faute. N'ayez pas honte de parler de votre histoire, n'ayez pas honte de porter plainte, n'ayez pas honte de dénoncer ces monstres qui détruisent des vies des milliers de personnes. N'ayez pas honte de parler. Car aujourd'hui, la honte doit changer d'écran.