Speaker #0Je m'appelle Annelise. Avant cette relation, j'étais une femme indépendante, très investie dans mon travail et dans ma vie de famille. Je suis quelqu'un qui suis énormément dans le contrôle et qui ne demande jamais vraiment d'aide à personne. Je travaillais et je travaille comme aide médico-psy. C'est un métier que j'exerce avec vocation. J'ai toujours voulu faire ça, depuis de nombreuses années d'ailleurs, auprès de personnes à leur domicile. J'avais une vie professionnelle, j'avais mes responsabilités, mon enfant à gérer, mes projets. Je payais tout. Je travaillais, je gérais ma vie et je n'avais pas besoin de quelqu'un pour exister. Je n'ai jamais eu besoin de quelqu'un pour exister. Mais par contre, c'est vrai que j'ai toujours eu ce besoin de vouloir construire ma vie avec quelqu'un, dans le respect, dans l'amour. C'est ce qui me manquait, on va dire, pour être comblée. Je sortais donc d'une séparation avec le père de mon fils. C'était une relation qui avait été difficile sur la fin, destructrice sur certains aspects, mais il n'y a jamais eu de violence. Physique, jamais. Aujourd'hui, avec le papa, on s'entend très très bien. On est poings et mains liés pour notre enfant, surtout depuis l'annonce de son handicap. J'étais dans une période où j'avais besoin de retrouver, lors de cette rupture, un équilibre, où j'avais besoin d'être écoutée, j'avais besoin d'être aimée, désirée. Et quelque part, j'étais aussi dans une forme de dépendance affective. Ça, je le reconnais, j'ai fait vraiment une introspection dessus. Et donc, c'est un peu dans cet état de fragilité que j'ai rencontré Monsieur X. Donc, ce Monsieur X avec qui j'ai vécu les violences. Et je le nomme Monsieur X pour préserver son anonymat, comme dans le livre que j'ai écrit. Je n'étais pas une femme faible. Je ne me suis jamais estimée être une femme faible. Je n'étais pas une femme incapable de prendre des décisions, bien au contraire. J'étais simplement, enfin je pense, une femme comme beaucoup d'autres qui a ses fragilités, ses besoins effectifs, l'envie de croire, on va dire, à une belle histoire. Mais je pense que ma grande erreur, ça a été de ne pas écouter mes ressentis et mes intuitions. Je ne me suis pas du tout. Écouter correctement. Ni moi, ni Mérusantini, dans mes limites. Au début, ça allait. Tout allait bien. Mais vraiment qu'au début, j'avais rencontré quelqu'un que je ne pensais pas du tout dangereux. Parce qu'il était vraiment dans la communication, vraiment à l'écoute. Il donnait vraiment la pression d'être présent, protecteur, attentionné. En fait, il avait ce côté vraiment sauveur. Et ça dégageait un certain charisme en lui. Et c'est vrai que quand on traverse une période où on a besoin de se sentir entouré, protégé, c'est vraiment le profil qui les séparait. Et donc, il parlait beaucoup de lui, de ses expériences, de ses frustrations, de ce qu'il avait vécu, de ses traumatismes. Donc du coup, il était vraiment auto-centré sur lui. Donc je faisais vraiment preuve d'écoute. Mais par contre, il pouvait avoir des excès de colère, où au départ, ce n'était pas forcément dirigé vers moi, mais il disait facilement par contre que ce n'était pas grave, que c'était son caractère, qu'il avait eu ses blessures, qu'il fallait le comprendre. Et au pire, il s'excusait très vite, et il donnait toujours des explications à ses actes, à ses excès de colère. Et c'est pour ça que... que je suis un peu passée outre dès le départ parce que c'est ce qui rend certaines histoires difficiles à identifier. C'est qu'on ne tombe pas amoureuse de la violence directement, mais on tombe amoureuse d'une personne qui ne va pas montrer directement ce dont elle est capable et qui va de suite, dans une extrême douceur parfois, excuser ses excès de colère, qui va donner une explication et une argumentation à chaque excès de colère. Oui, il y a eu des signes, mais pris séparément, ça pouvait sembler insignifiant. Une colère ici, une remarque là, une réaction disproportionnée, une frustration, de la jalousie. Je trouvais une explication quasiment à tout. Et pour le coup, j'avais un grand soutien qui donnait des explications absolument à tout. Donc ça me confortait moi-même dans mes explications. Et en fait, c'est justement comme ça que l'on peut... prise, elle peut commencer, c'est que c'est pas forcément quelque chose de spectaculaire qui arrive d'un seul coup, c'est des petites choses. Et petites choses par petites choses, ça devient important. Alors on s'adapte, on modifie une petite habitude, puis une autre. Et sans vraiment s'en rendre compte, c'est vrai qu'on commence à vivre en fonction des réactions de l'autre. Et petit à petit, je m'en suis vraiment rendue compte. J'ai adapté ma façon de vivre, ma façon d'être, ma façon de penser, en fonction de ces réactions. Alors aujourd'hui, je sais que certains de ces premiers comportements auraient dû m'alerter, m'interpeller. Et je pense que ça m'a interpellée dans mes ressentis, dans mes intuitions. Mais j'étais tellement focalisée sur le fait de construire une nouvelle histoire et de cette fois pas la rater, qu'à ce moment-là, je ne regardais pas avec les mêmes yeux et avec les bons yeux, pour le coup. Eh bien, l'emprise, elle s'est installée progressivement. Justement, au point que je ne pouvais pas dire, voilà, aujourd'hui, je suis sous emprise, j'ai besoin d'aide. Ce n'était pas aussi clair que ça. Ce n'est jamais aussi clair que ça, l'emprise. Donc, il y a eu un contrôle permanent. Il y a eu la jalousie, les reproches, les justifications permanentes que je devais donner. Il fallait expliquer où j'étais, avec qui j'étais, pourquoi j'avais parlé à telle personne et pendant combien de temps. Il fallait que je raconte de A à Z ce que je disais à la personne, ce qu'on s'était raconté. Enfin, même si c'était avec une amie. Même mon travail, en fait, ça pouvait devenir un sujet de conflit. Et le fait que je travaille auprès de patients hommes ou d'infirmiers hommes que je pouvais croiser chez les personnes à leur domicile, ça pouvait provoquer des réactions, mais d'une excessivité. D'insultes et j'en passe. Et alors là, ça se lâchait devant la famille, etc. Et voilà, donc il y avait aussi le téléphone, la surveillance, les soupçons. Je finissais toujours par réfléchir avant de parler pour éviter un conflit. Mais au final, ça n'évitait rien du tout. Et par exemple, je prenais mon téléphone pour m'éclairer la nuit, pour aller aux toilettes. C'était un sujet de conflit. Comme si j'allais me cacher aux toilettes pour envoyer des messages en pleine nuit, alors que je n'avais pas les yeux en face des trous. mais enfin Il y avait toujours, toujours un traquage permanent. Alors je faisais attention à ce que je disais, je cherchais les mots pour éviter une colère, mais au final, ça n'évitait rien du tout. Et donc c'est là, en fait, que j'ai commencé à comprendre que l'emprise, elle ne consiste pas uniquement à interdire quelque chose, mais elle vient modifier notre propre comportement. Avant même que l'autre ait besoin de demander quoi que ce soit. Et c'est limite nous qui devons, dans la vérité, mentir. dans notre quotidien, on cachait des choses parce qu'on sait que ça va provoquer un conflit énorme. dangereux, alors que de base, il n'y a rien à se reprocher et on n'a rien fait de mal. Je suis devenue quelqu'un qui se justifiait tout le temps. Encore aujourd'hui, je me justifie, mais des fois, on me dit, mais Alice, pourquoi tu te justifies ? Enfin, t'as pas à te justifier. Même moi, je le dis des fois à des amis, mais pourquoi tu te justifies ? Alors que moi-même, je le fais encore. Ça m'a tellement marquée. Alors oui, je suis devenue quelqu'un qui se justifiait énormément. Je pouvais passer du temps à expliquer quelque chose de parfaitement banal pendant je ne sais combien de temps, parce que j'avais peur que ce soit mal interprété. Et encore là, c'était mal interprété, donc c'était encore sujet de conflit. Mais bref, je faisais attention à mes gestes, à mes paroles, aux personnes que je regardais, aux personnes qui pouvaient me regarder. Je baissais tout le temps les yeux, même devant sa propre famille, devant ses propres frères et soeurs. Enfin, c'était... Bref, surveiller l'ambiance. Je pouvais sentir une tension, essayer immédiatement de la faire redescendre. Au final, ça ne servait strictement à rien. C'était un échec cuisant tout le temps. Et surtout, je me suis progressivement éloignée de moi-même. Alors oui, je me suis éloignée des autres, de mes amis, qui ne comprenaient pas forcément. Alors, mes meilleurs amis, si, ont vite compris. On m'a accompagnée comme ils le pouvaient, même si c'était difficile, ma famille. Mais je me suis éloignée de moi-même. Je ne fonctionnais pas seulement selon ce que j'avais envie de faire ou ce que je pensais être juste. Non, je fonctionnais selon lui et ce que ça risquait de déclencher chez lui. Je vivais en fonction de lui, tout tournait autour de lui, de M. X. Et ça, c'est une des choses pour moi les plus terribles dans l'emprise et l'installation de l'emprise. C'est qu'à un moment... On ne vous contrôle même plus uniquement de l'extérieur. Là, c'est clairement, on commence à vous contrôler de l'intérieur. Il retournait tout le temps les situations à son avantage. Tout le temps. Une dispute pouvait commencer par quelque chose qu'il avait fait ou dit. Et ça finissait avec moi qui me demandait ce que j'avais encore fait de travers. Par contre, c'est vrai que j'ai été du tempérament à ne pas lâcher le morceau. C'est-à-dire que jusqu'au dernier moment, quoi qu'il en coûte, je lui disais, mais non, mais ce n'est pas ça la réalité. La réalité, c'est ça. Alors ne retourne pas de situation une fois de plus. Sauf que bon, évidemment, ça ne menait à rien et ça ne menait qu'au pire. Mais en fait, il pouvait me faire comprendre que sa colère, ça venait toujours de mon comportement. Donc si je répondais... J'étais agressive, si je me taisais, j'étais froide, si je me posais une question, j'étais méfiante, si je cherchais à comprendre, je devenais soi-disant compliquée. C'était tout le temps de ma faute. Donc c'est vrai qu'on allait chercher toujours ma réaction, en gros j'étais coupable de ma réaction, mais on ne se posait jamais la question de pourquoi j'ai eu cette réaction, quelle en est la cause. Ça a toujours été ça. Que ce soit lui-même, que ce soit ses amis proches avec qui il est resté en contact, que ce soit sa famille. Moi, ma seule protection, c'était de crier comme je le pouvais. Ah bah mince, on disait que j'étais hystérique. Mais alors que non. La conséquence, c'est que je n'étais pas écoutée. La conséquence, c'est qu'on me traitait mal. La conséquence, c'était sa violence et son emprise. Et c'est ça, c'est qu'on n'allait jamais voir la cause réelle. On accusait toujours la conséquence. Les mécanismes, il y avait la culpabilité, la peur, beaucoup. L'espoir, les excuses, les promesses. En fait, je disais tout le temps qu'il ne me faisait pas peur. Mais c'était tout le contraire. C'était tout le contraire. C'est que j'avais peur pour moi, j'avais peur que... Que ça se passe devant mon petit, que... C'était compliqué, hein. Et vraiment, cette culpabilité. De me dire, mais comment j'en suis arrivée là ? Comment, moi, une femme forte, j'arrive pas à m'en sortir ? Comment je fais pour excuser des choses que j'aurais jamais excusées avant ? Qui dépassent autant mes limites, alors que je lui dis tout le temps que mes limites sont dépassées ? Mais bon, je respectais pas mes propres limites, au final. Donc je pouvais me dire, il est pas toujours comme ça. Il est très gentil quand il revient, quand ça ne se reproduit plus, mais au final, ça se reproduit toujours. Parce qu'il y avait des moments où tout redevenait calme. C'est justement ce qui entretient un peu l'espoir. Donc, il y avait des périodes. Et en fait, je cherchais ce que j'avais fait pour provoquer à chaque fois la situation. Tout le temps. Sur ces retournements de situation, c'était constant. Et en fait, au lieu de me demander pourquoi quelqu'un avait choisi de me faire du mal, je cherchais ce que j'avais fait pour mériter cette réaction. Donc au final, il réussissait très bien à me culpabiliser. C'était tout le temps de ma faute. Tout le temps. Et c'est pour ça que j'ai autant changé ma façon de faire, ma façon de vivre et ma façon de penser. C'est là que l'emprise, elle est dangereuse. C'est qu'elle vous fait chercher la solution en vous. Alors que le problème, il ne vient même pas de vous. Il vient du comportement de l'autre. Parce que c'est l'autre qui a décidé d'être violent et de passer à l'acte. Je me dis toujours, il y a des couples. Tous les couples, à un moment donné, peuvent se disputer, ne pas s'entendre sur quelque chose, etc. Mais de là à passer à la violence psy et à la violence physique, c'est que c'est un choix. Et ce n'est pas tous les couples qui font ce choix-là. Heureusement, j'espère bien. Ça a été progressif. Les violences, elles sont devenues avec une certaine progressivité dans la relation, de plus en plus évidente. Donc il y a eu d'abord des gestes, il y a eu des comportements violents vers les objets, la nourriture, l'environnement. Je me souviens d'un soir où il était en colère, il a fait péter tout le plat de sauce tomate des murs au plafond et il est parti. Passer la nuit à tout nettoyer, le lendemain à tout repeindre. Donc oui, c'était très axé sur l'extérieur. Sinon, ça commençait par les menaces et les gestes. Les gestes sans me toucher. Mais le coup de l'assiette de sauce tomate qui a été jetée, qui a fini par recouvrir le plafond, ça a été un truc de fou. Ça a été dingue. Après, oui, il s'en est pris à ma voiture. Donc j'ai eu une patiente. La fille d'une patiente, en fait, qui a été témoin parce que c'est arrivé dans sa propriété, il m'a suivie jusqu'à sa propriété. Et j'ai eu quand même la sécurité de me bloquer dans ma voiture. Sauf que, je ne sais pas, j'étais prise de panique, j'ai voulu sortir de la voiture. Mais évidemment, quelle bêtise, parce qu'il s'acharnait sur la portière de ma voiture, donc il a cassé la portière de ma voiture. Donc il a repayé les frais, enfin voilà. Mais ce qu'il a stoppé, c'est que la fille de ma patiente est sortie par sa fenêtre et a demandé si tout allait bien, donc lui s'est sauvé. Mais ça a commencé, ouais, ça a commencé réellement sur les autres objets, ouais. Mais après, il s'en est très très vite pris à moi, à m'arracher les cheveux, à me bousculer la tête, etc. Les violences physiques, c'était des violences invisibles. Et il s'en vantait. Il s'en vantait parce qu'il me l'a toujours dit. J'ai appris à faire mal physiquement sans laisser de traces visibles. Donc, tu n'auras rien à prouver à personne parce que je ne te laisserai aucune preuve. Évidemment, j'ai eu d'autres preuves. Mais voilà, en gros, il s'en vantait. J'ai connu les clés de bras, j'ai connu les étranglements, à perdre mon souffle avec ses bras, à me caler contre le sol, la tête contre le sol, à m'arracher les cheveux dans la voiture à plusieurs reprises. Après oui, en violence invisible, il y avait les violences psy à fond, les insultes, les humiliations, les menaces, la surveillance constante. Ils me suivaient de... partout, il me suivait en allant chercher mon fils chez son père parfois le soir et là encore il y a des témoins des voisins, il y a le père de mon fils qui ont commencé à m'alerter sur ses comportements il y avait des reproches permanents et en fait j'avais tout le temps cette sensation de jamais être suffisamment bien jamais dire ce qu'il fallait jamais se comporter comme il fallait C'était toujours moi le problème. Et puis, il pouvait y avoir une humiliation devant d'autres personnes, ça ne le gênait même plus. Devant ses amis, sa famille qui le protège encore aujourd'hui, ou qui minimise l'effet. Évidemment, c'est toujours moi le problème derrière. Mais bon, j'ai coupé tout lien avec ce genre de personnes, parce que de toute façon, ça ne m'apporte rien. Mais bref, lorsqu'une personne, en fait, elle vous rabaisse devant les autres, elle ne vous fait pas seulement du mal à vous sur le moment. Et elle attaque l'image que vous avez de vous-même, de votre intégrité. J'avais peur de ces réactions constamment. Vu que personne ne voit rien sur votre corps, il a raison à quelque part. C'est que vous ne pouvez pas vous plaindre sans montrer d'autres preuves réelles. Donc je me sentais vraiment seule. Ouh là là, la peur. La peur, évidemment. Mais même si je disais tout le temps, je n'ai pas peur de toi, tu ne me fais pas peur. En fait, j'avais peur que ça aille trop loin et que je ne puisse plus me sauver. Dans les moments de violence, j'avais peur de mourir. Et là... La seule chose qui me faisait fuir, sur le moment, c'était de penser à mon fils. C'est fou, j'arrivais plus à me sauver moi-même. Après, il y a eu la honte, beaucoup. La culpabilité, la confusion. Et puis la fatigue, la charge mentale. Mon Dieu, la fatigue psychologique. Je pouvais avoir peur de faire quelque chose de banal. Peur de dire quelque chose qui allait déclencher une dispute. J'avais peur tout le temps de tout. qu'une personne me regarde. J'avais peur qu'une personne me regarde et qu'il interprète mal la situation. Même je baissais les yeux, j'avais peur qu'une personne me regardait et qu'il me fasse une réflexion sur moi-même. Mais c'était la folie. Il y avait une forme d'épuisement. D'épuisement, de charge mentale, c'est ça. On passe du temps à surveiller son environnement, à essayer d'éviter les conflits. Au final, on finit par avoir plus d'énergie du tout pour soi. Moi, je me rends bien compte parce que durant la relation, tous les grands projets que j'avais, je n'arrivais pas à les mener à terme. Et de toute façon, je n'y pensais même plus parce que c'était lui, c'était ses projets, c'était son avenir. Et puis moi, je me focalisais sur mon travail, sur mon enfant, sur ma charge mentale, sur ma fatigue. Je n'avais plus le temps de rien. Je n'avais même plus le temps de voir mes amis, de voir ma famille. Je me renfermais sur tout. Donc, je n'avais plus d'énergie pour ma propre vie. Elles ont profondément abîmé mon estime de moi pendant la relation. Après, j'ai eu une reconstruction qui a été évidente parce que j'ai coupé les liens, mais bon bref, on en parlera plus tard. Mais ça a abîmé sur le moment l'estime que j'avais envers moi-même. Ma confiance en moi, mon estime, tout. Et j'ai commencé à me demander si j'étais réellement celle que j'avais toujours été. C'était le questionnement de ma vie. C'était même plus une introspection à ce stade-là. Donc j'étais indépendante, je travaillais, je gérais ma vie, je me suis retrouvée à douter de choses tellement simples, alors que je payais tout, je gérais tout le monde, je motivais la personne, et moi, derrière ça, j'étais écrasée. J'étais écrasée. J'avais besoin de justifier mes actes tout le temps, j'avais peur du jugement, j'avais fini par croire certaines choses qu'on me répétait, et vu que tout le monde... Et lui-même minimisait les choses. Je me disais, mais je deviens folle. Les violences psychologiques, elles ont quelque chose de particulier. Elles peuvent détruire une personne sans laisser de bleu, sans laisser de traces visibles. Si je suis restée, ce n'est pas parce que j'acceptais les violences. Parce que je ne m'écoutais pas, je le sentais en moi, mais je ne m'écoutais pas. Ce n'était pas parce que j'aimais souffrir. Ce n'était pas parce que je n'avais aucune personnalité. Bien au contraire, mais j'étais prise dans un mécanisme d'emprise. Et il y avait la peur, il y avait la culpabilité, il y avait l'espoir à chaque fois, les promesses. Il y avait les périodes d'accalmie. Et ces périodes d'accalmie pouvaient pour quoi être très positives. Et il y avait la perte de confiance en moi. Et je n'ai jamais voulu me l'avouer, mais il y en a eu, en grande partie, ça a été à cause de ça. Je n'avais plus la force de partir. Plus ça s'aggravait, moins j'avais de force. Et partir physiquement d'une maison, c'est une chose. Encore, j'avais de la chance parce que c'était mon propre appartement. Donc, ma protection, c'était toujours de lui dire, en fait, tu fais tes valises, tu pars, Mais il arrivait tellement bien à revenir. Par contre, sortir psychologiquement de cette emprise, là, c'est une autre. C'est vraiment une autre chose. Et j'en étais incapable. Incapable. Mais du début à la fin, je l'ai protégée. Et moi, ça me mettait en danger. Et lui, je le protégeais, oui. Et c'est d'où le titre de mon livre, c'est N'appelle pas la police. Parce qu'après chaque violence, il disait je t'en supplie, je t'en prie, n'appelle pas la police, tu ruinerais ma vie et mes projets. Il me le disait tout le temps. Donc je portais cette culpabilité de me dire... Si je parle, ça va être encore pire et je vais lui détruire sa vie. Alors que clairement, il n'avait aucune honte à détruire la mienne, à détruire ma tête, mon psy, mon physique, tout. Il était tellement auto-centré sur lui et égoïste que c'est au moment de la dernière violence qu'il y a eu un déclic en moi où je me suis dit que ce n'était plus possible. J'ai eu ce déclic, mais... Bien trop tard, mais j'ai eu la chance de l'avoir. Attends. Donc, en fait, je pense que c'est important de comprendre que protéger quelqu'un qui nous fait du mal, c'est une conséquence de l'emprise. Ça, il faut le comprendre. Moi, je pouvais minimiser certaines choses. Je pouvais trouver des excuses parce que j'étais percée par ça. Je pouvais avoir peur que les autres le jugent ou que la situation devienne encore plus compliquée pour moi, pour lui, pour tout le monde. Donc je ne protégeais pas la violence parce que je l'aimais. Je cherchais vraiment simplement à maintenir un semblant d'équilibre. Je faisais croire en tout cas dans une situation qui n'en avait plus. Et je refusais l'échec. Je refusais de me dire qu'une nouvelle fois, j'avais eu un échec dans une relation. Mais bon, aujourd'hui, je comprends mieux ce mécanisme. Mais à l'époque, je ne pouvais pas du tout l'analyser avec autant de distance. La Anne-Lise qui parle aujourd'hui, ce n'est pas du tout la Anne-Lise qui était dans la relation sous emprise. La peur occupait une place énorme. Elle concernait... Pas uniquement la possibilité d'une nouvelle violence, c'était constant. C'était une peur constante. Du matin que je me réveillais jusqu'au soir où je m'endormais, parfois je m'en réveillais en pleine nuit en ayant peur qu'il me tue par excès de colère. Donc ça concernait tout, sa réaction, ses paroles, ses colères, ce qui pouvait arriver si je faisais quelque chose qu'il n'acceptait pas. Moi en me réveillant en pleine nuit, je le trouvais parfois en train de fouiller mon téléphone. Donc voilà, en fait, c'est vraiment la peur qui définit tout et qui finit par modifier les décisions. Donc on ne choisit plus forcément ce que l'on veut, on choisit ce qui semble moins dangereux. Et c'est ça qui est très important de comprendre, c'est que quand on vit sous la peur, ses choix ne peuvent pas être analysés comme ceux d'une personne qui se sent libre et en sécurité. C'est incomparable. Le silence, il découle de la honte. Il est difficile à briser parce que j'avais honte, j'avais peur de ne pas être crue, malgré le dossier de preuves quand même gigantesque que j'avais, les témoins, etc. Mais c'est me dire, si je parle... Tout va s'accentuer et je n'ai pas fini d'oublier, les procédures vont être longues, etc. Pour au final, ça se trouve, ne rien avoir en retour. J'avais peur du jugement, mais en fait aujourd'hui je me dis que le mauvais jugement, il est de personnes avec qui j'ai coupé les ponts. Et tant mieux, parce que les personnes avec qui j'ai des liens aujourd'hui me protègent sainement et me croient. Donc voilà, il y avait la peur des conséquences, comme je l'ai dit, surtout. Donc il y a aussi les mensonges, les premiers mensonges qui ne servent pas du tout à se protéger soi-même. Parce qu'est-ce que j'ai menti pour protéger l'autre et pour protéger ma relation de ce qui se passait vraiment, du jugement des autres, même du jugement de mes proches bienveillants, je ne voulais en parler à personne. Donc, évidemment... on cache ce qui s'est passé, on invente une autre explication, on minimise. Donc constamment, on ment. On ment, on ment, on ment, au détriment de nous-mêmes, mais on ment pour protéger l'autre. Et donc plus le temps passe, et plus ça devient difficile de dire la vérité, parce qu'on se demande comment les autres vont réagir, et au final d'être encore plus jugés, et d'être fautifs dans l'histoire, de ne pas avoir parlé, etc. Alors je l'ai dit précédemment, mais c'est vrai que cette phrase, elle représente en fait pour moi ce que j'ai vécu. Parce que « N'appelle pas la police » , c'est pas simplement un titre. Comme je l'ai dit, c'est vraiment une phrase qui a été prononcée dans ma réalité. Après les violences, après chaque violence, c'était la peur des conséquences, c'était le contrôle, c'était ce qu'il avait sur moi. Et c'est vrai qu'il me le disait tout le temps. « Protège-moi » . Ne tirer à la police, je t'en supplie, je pars de ta vie. Et ne tirer à la police, ça va détruire mes projets. Au final, il revenait toujours. Au final, je le protégeais tout le temps. Et je ne pensais plus à moi du tout. A l'époque, cette phrase, elle créait davantage la peur, la confusion. En fait, elle me rappelait à chaque fois qu'il y avait des conséquences si je parlais. Et que ça allait se retourner contre moi. et non que ça allait me protéger. Je pensais mal, mais je pensais comme ça. Elle participait vraiment à ce silence, cette phrase. Elle faisait vraiment partie de cette pression qui me poussait à garder ce qui venait de se passer. Donc oui, aujourd'hui, cette phrase, elle représente pour moi, c'est toute l'emprise que j'ai vécue. Elle représente beaucoup, mais elle représente beaucoup de mal. Elle représente la peur, le contrôle, le silence. Toute cette inversion terrible, en fait, où la personne, où M. X, il avait ce pouvoir et ce contrôle envers moi. Cette phrase, elle raconte que l'emprise, ça ne s'arrête pas au moment de la violence. Ça continue 24 heures sur 24 et l'emprise, elle continue comme ça autour d'elle avec ces phrases qui écrasent psychologiquement. Donc il ne suffit pas de faire peur ou d'empêcher la personne de parler, de lui faire croire qu'elle doit garder le silence, de lui faire porter toute la culpabilité. Cette phrase résume vraiment le mécanisme, elle résume vraiment que j'avais subi quelque chose de grave, je devais encore penser à lui et à sa situation, et que si je parlais, ça allait le détruire lui. Voilà ce que c'est l'emprise. C'est clairement votre vie. Elle finit par être organisée toujours autour de l'autre, même lorsque c'est l'autre qui vous détruit. Voilà. Oui, j'ai eu un déclic, mais le déclic, il n'est pas arrivé comme dans un film, avec une seconde précise où tout devient clair. Oui, il y a eu une accumulation. Oui, il y a eu une dernière violence qui a fait que j'ai pu être sauvée par des voisins, etc. Mais ça a été une accumulation, d'abord, de violence, de peur, d'humiliation, de situations que vraiment, je ne pouvais plus continuer à accepter. Et je n'arrivais pas à me sauver moi-même. Par contre, je me suis dit, je ne veux pas que mon fils soit un jour témoin traumatisé de tout ça et qu'il m'en parle. Donc, ça a été ça, surtout mon déclic. Donc oui, j'ai compris quelque chose en moi que je ne pouvais plus attendre, qu'il fallait que ça change et que sans réfléchir, il fallait que j'appelle la police. Donc oui, partir, ça ne signifie pas que la peur disparaît immédiatement. Bien au contraire, moi, les cauchemars ont continué pendant longtemps. Mais il faut savoir que partir, c'est aussi avoir peur de ce qui vient après, mais c'est de se dire, je dois me protéger et je dois demander de l'aide ailleurs. Le jour où je suis entrée à la gendarmerie, déjà, je n'étais pas seule. Mes parents, ils sont venus immédiatement. Ils ont pris la relève sur ma voisine, donc ma mère a pu garder mon petit. Et mon père m'a accompagnée à la gendarmerie parce que vraiment, je ne pouvais pas être seule. Je ne pouvais pas me retrouver seule. J'étais confrontée à quelque chose que je n'avais jamais réussi à faire auparavant. Donc c'était de parler réellement, avec transparence, de ne plus mentir, de donner toutes les premières preuves que j'avais parce que ça a duré des heures. Ça a duré des heures. Et après, j'ai été reconvoquée, j'ai été recontactée. J'ai dû transmettre preuve sur preuve, témoignage sur témoignage. les noms de tous les témoins qui pouvaient m'aider, qui eux-mêmes avaient des preuves. Ça a été vraiment long pour moi de tout retenir et de me vider complètement l'esprit. C'est très difficile à raconter les violences. Il faut se le dire, il faut mettre des mots sur des choses qu'on a parfois essayé d'oublier, de cacher. Voilà, de mentir sur certains faits, etc. Là, il faut retracer tout correctement. Il faut apporter les preuves de ce qu'on avance. Dieu merci, j'en avais. Je ne l'avais pas effacé. Et en fait, lorsqu'on commence à parler, il y a une réalité qui devient réellement concrète. Et on ne peut plus simplement la repousser dans un coin de sa tête. Là, c'est vraiment factuel. Mais l'emprise, elle est surpuissante. Et c'est pour ça que, des fois, je m'en veux encore de me dire... comment j'ai fait ? Moi qui suis une femme tellement forte, comment j'ai fait ? Et pourtant, quand on vient à la gendarmerie, qu'on est réellement à bout, qu'on va parler, etc., c'est pas simple. J'avais peur, j'avais cette culpabilité, j'avais des réflexes qui étaient installés dans la relation, j'avais encore envie de mentir, de protéger la personne, mais pour le coup, j'ai fait partie de ces victimes qui ont été réellement... Très bien protégée en justice, j'ai été accompagnée par des gendarmes exceptionnels qui m'ont vraiment poussée, poussée, poussée jusqu'au dernier moment à porter plainte. Et moi, je leur disais, je vous raconte tout, je vous donne toutes les preuves, mais je vous en prie, je ne veux pas porter plainte parce que ça va être tellement long, je ne vais pas tenir moralement. Je veux qu'il y ait une trace dans son dossier, c'est tout ce que je vous demande, qu'il y ait une trace dans son dossier. Sauf que... Et je savais pertinemment que si je ne portais pas plainte et que je faisais un simple témoignage, il n'y allait pas avoir de traces bien spécifiques. Donc jusqu'au bout, ils m'ont poussé à porter plainte. Je n'ai pas voulu. J'avais très peur et je regrette fortement de ne pas avoir porté plainte. Parce que je sais que c'est pour protéger aussi d'autres futures femmes qui auraient pu se mettre avec lui et vivre la même chose. Mais en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'à la fin de mon interrogatoire, ils m'ont dit « Ok, on respecte votre choix, on note tout, on récupère toutes les preuves, on va vous contacter par mail et par téléphone pour recueillir toutes les preuves, les témoins, les témoignages, on va convoquer les témoins, etc. Et puis, on en rediscutera. » C'est ce qui s'est passé. Ça a été un petit peu long, mais c'est ce qui s'est passé. Et c'est ensuite que j'ai appris que l'équipe du procureur a décidé d'attaquer le mis en cause, donc M. X, sans mon accord. Donc c'est comme s'il y avait eu une plainte, mais entre guillemets sans mon accord, parce que les faits ont été prouvés, les faits ont été tellement, entre guillemets, graves. qu'il y a eu, sans mon accord, cette attaque-là envers le misant en cause. Et là, j'ai été informée directement par téléphone, par l'équipe du procureur, par la gendarmerie. J'ai eu un courrier à mon domicile, comme quoi cette personne allait être sous audience. J'ai été vraiment tenue au courant, très rapidement à chaque fois, de chaque étape de cette procédure judiciaire. Ensuite... Il faut savoir que du moment où j'ai parlé, cette démarche a été ininterrompue. Et j'en ai conscience, je fais vraiment partie de ces victimes qui ont été très bien accompagnées par la justice. Ça a été quelque chose de très fort pour moi, parce que malgré mes difficultés à aller jusqu'au bout, les faits avaient été tellement pris au sérieux, et j'ai vraiment eu de la chance que la procédure a pu continuer. Sans mon accord, et du coup aujourd'hui je me dis fort heureusement, parce que ça me fait réaliser quelque chose quand même d'important, c'est que la personne qui subit des violences, elle n'a pas la force de porter toute seule ce combat post-rupture, et qu'il existe vraiment des professionnels qui prennent le relais, et que c'est essentiel, parce que je me rends compte que je n'en avais pas la force, jusqu'au bout. Je ressentis le besoin d'écrire parce que déjà, j'ai toujours écrit. Alors, il y a eu juste pendant cette période de relation où j'avais plus d'inspiration, j'arrivais plus à écrire ce que je ressentais, etc. Mais là, je voulais vraiment pas que les choses restent dans ma tête, tout ce que j'avais vécu. J'avais vraiment besoin de mettre des mots, en fait, sur les violences, sur ce qui m'entourait, l'emprise, le silence, la culpabilité que j'avais, que j'ai encore de temps en temps, les mécanismes psy. tous ces cycles répétitifs, cette difficulté à comprendre pourquoi on reste, etc. Et vraiment, aujourd'hui, je me dis, ça a été autant un exutoire pour moi d'écrire que ça a été violent, que ça a été thérapeutique. Mais je me dis, tout ce que j'écris, ça transforme une partie de ce vécu en quelque chose qui peut servir à d'autres. Autant que ça me sert, ça peut servir à d'autres, à d'autres femmes qui l'ont vécu, à d'autres femmes qui le vivent, à des proches. pareil, qui l'ont vécu et qui le vivent, je me dis que ça peut faire écho. Et en fait, aujourd'hui, plus on me dit de me taire vis-à-vis de ce que j'ai vécu, plus j'ai envie de parler. C'est vraiment le sens contraire. J'ai envie de parler, de le partager. Et ça a été autant violent que thérapeutique. Je voulais vraiment raconter déjà ce que j'avais vécu. Parce que je le sais, parce que je l'ai appris, parce que je l'ai conscientisé. Ce que j'ai vécu, ce n'est pas propre à moi seulement, c'est une accumulation de cycles et de mécanismes qui se reproduisent et qui sont les mêmes d'une relation violente à une autre, en tout cas quasiment. Et je sais très bien que des personnes qui lisent, qui vont lire mon livre, vont se retrouver en ce que je dis. Alors oui, le témoignage permet de ressentir, mais l'explication, elle, elle permet parfois de comprendre. Même très souvent, et c'est pour ça que je veux vous les réunir les deux, c'est parce que je le sais que le fait d'expliquer pourquoi on commence à se justifier, pourquoi on peut perdre confiance en soi, pourquoi on peut protéger celui qui nous fait du mal, pourquoi partir c'est si compliqué, ça va aider des personnes à déjà dire ok je reconnais quelque chose dans ce que j'ai vécu, ok je me reconnais dans ce qui est écrit, mais au-delà de ça, d'avoir une explication à ces ressentis-là. continuer à se sentir seule dans ce qu'on ressent. Mon parcours professionnel m'a permis de mettre des mots sur certains mécanismes. Et il y a une chose pour le coup importante à savoir, c'est que connaître la psychologie ne rend pas forcément immunisé contre l'emprise. Moi, j'y suis tombée, j'ai mis le nez dedans, et pourtant je me sentais capable de passer au-delà de tout ça, parce que j'avais des connaissances, j'ai un parcours professionnel qui fait que... Et même en ayant des connaissances, On tombe dedans parce qu'il y a des choses qui nous dépassent, parce qu'on est pris dans une relation qui nous dépasse. Ce regard m'a aidée à comprendre les mécanismes, il m'a aidée à analyser sur tout. Évidemment, je n'ai pas fait tout ça seule, j'ai été aidée, j'ai demandé de l'aide, je me suis beaucoup renseignée, j'ai énormément lu aussi. Et oui, ça m'a permis d'analyser certains comportements, à ne plus considérer que tout ce qui s'est passé, c'est une simple succession de disputes, bien au contraire. Voilà, ça m'a aidée énormément, mais j'ai eu besoin aussi de l'aide extérieure pour comprendre. Alors, le plus important pour moi, et c'est vraiment ce que je veux faire comprendre, c'est que... La victime, elle ne sera jamais responsable de la violence qu'une autre personne choisit d'exercer contre elle. Il faut, mais vraiment il faut, que la culpabilité et la honte soient dans l'autre camp. C'est vraiment pour moi le point principal à dire et à faire comprendre. Ensuite, il faut qu'elle comprenne que les violences conjugales ne commencent pas forcément par un coup. Ça commence... parfois doucement, et ensuite c'est progressif, et ensuite ça prend beaucoup de place. La violence, ça peut commencer doucement, ça s'accentue et ça devient vraiment quelque chose qui prend toute la place dans une relation. Il ne faut pas se dire que ça va changer. Il ne faut pas se dire que c'est passager. Quelque chose d'aussi ancré chez la personne, ça ne change pas. Il ne faut pas qu'on ait ce syndrome du sauveur en nous de se dire, oui, mais elle a vécu telle ou telle chose. Oui, mais ça va penser. Oui, mais je crois au fait qu'elle va changer. S'il vous plaît, non, Pensez à vous, restez centrés sur vous. Respectez-vous dans vos limites, c'est le plus important. Alors oui, les violences conjugales, elles peuvent commencer par une simple remarque, une jalousie, un contrôle, une humiliation, une surveillance, une culpabilisation. En fait, c'est toutes ces choses. Si on banalise ces premiers signes, oui, ces signes-là peuvent progressivement prendre. énormément de place. Donc il faut vraiment qu'elles comprennent qu'elles ne seront jamais responsables de la violence qu'une autre personne choisit d'exercer contre elle. C'est le plus important. Écrire m'a permis de reprendre ma voix, de reprendre ma force que j'avais perdue. Donc oui, oui que l'écriture m'a permis de reprendre une partie de ce que les violences avaient tenté de m'enlever. Parce que les violences m'avaient appris à me taire, à me justifier, à avoir parler. Donc avec ce livre, c'est moi qui choisis les mots. C'est moi qui raconte ce qui s'est passé dans ma réalité et sous couvert de preuves toujours, évidemment. C'est moi qui décide de ce que je veux transmettre. Je ne peux pas changer mon passé. Ok, c'est une certitude, mais je peux décider de ce que j'en fais aujourd'hui, de ce que ça va m'apporter et de ce que ça va apporter aux autres, que les autres y croient ou non, que des personnes de mon passé y croient ou non. Ça, ce n'est plus mon problème. Mais aujourd'hui, j'ai retrouvé ma voix, j'ai retrouvé cette force de pouvoir m'exprimer et de me dire, j'ai envie de m'exprimer. Que tu le veuilles ou non, je m'exprime. Je dirais la jalousie excessive et le contrôle. Alors ça, c'est vraiment... ça fait partie de mon quotidien tout de suite. Mais c'est surtout la jalousie, le contrôle excessif, les remarques répétées sur les fréquentations. Tout ce qui fait... que ça va vous bousculer dans votre façon d'être, dans votre façon de faire, dans votre quotidien, où vous vous dites « mais mince, je suis transparente, je fais tout ce qu'il faut pour que la personne ait confiance en moi et ça ne suffit pas » . Donc voilà, la surveillance du téléphone, les reproches permanents, les humiliations, le besoin de se justifier sans arrêt. Je dirais de regarder ce que ces comportements provoquent en vous. Est-ce que vous commencez à avoir peur de parler ? Est-ce que vous changez votre comportement pour éviter une réaction ? Est-ce que vous avez l'impression de marcher sur des oeufs ? Est-ce que vous vous excusez alors que vous ne comprenez même plus pourquoi ? C'est ces changements-là qui sont importants à écouter. Alors aujourd'hui, j'ai le recul de dire, parce que je suis dans une relation aussi très saine, de me dire, ok, c'est normal d'être transparente dans un couple. C'est normal que, voilà, nous on a accès au téléphone de l'autre, sans problème, et c'est pas pour autant qu'on va fouiller dedans, parce qu'on s'écoute, parce qu'on se comprend, on se rassure, et naturellement on a confiance en l'autre. parce que les limites sont imposées naturellement, on n'a pas besoin de les dire. Pourquoi elle ne part pas ? Pourquoi elle est restée ? Si elle reste, c'est qu'elle accepte. Voilà, la deuxième, c'est ça. C'est si elle reste, elle accepte. Donc, elle n'a pas à se plaindre, entre guillemets. Donc, non, rester dans une relation sans emprise ne signifie pas accepter la violence. D'accord ? C'est des choses qu'on entend, mais au final, c'est des paroles qui viennent de personnes qui n'ont pas vécu de violence. Voilà. Il y a aussi cette idée que les violences conjugales sont forcément visibles. Non, les violences psychologiques peuvent détruire quelqu'un sans laisser de traces sur le corps. aussi. Et voilà, je voudrais qu'on arrête de croire qu'une personne victime de violences, elle est forcément une femme faible. Moi, j'étais indépendante, je travaillais, je payais tout, je gérais ma vie. Et pourtant, j'ai été prise dans une emprise. Voilà. Et j'estimais être une femme très forte. Qu'elle détruise, tout simplement. Elle détruise progressivement l'identité, la confiance en soi, l'estime de soi aussi. Une insulte répétée, ce n'est pas seulement une phrase désagréable, c'est une humiliation répétée qui finit par modifier l'image que l'on a de soi. Donc, c'est une violence et ça, il faut arrêter de le minimiser dans la pensée commune. Le contrôle, il finit par modifier notre façon de vivre, c'est une certitude, c'est factuel. La peur, elle finit par modifier nos décisions. Donc, il ne faut pas attendre qu'une personne ait des marques sur le corps. pour considérer qu'elle subit des violences. C'est une violence, la violence psychologique. Il faut être présent. Il faut rester présent. Il ne faut pas forcément arriver en disant quitte-le immédiatement, fais-ci, fais-ça. Parce que c'est lui porter encore plus de culpabilité. Et si la personne est sous emprise, elle peut se refermer et ne plus parler du tout. Donc, ce n'est pas ça du tout qu'il faut faire. Par contre, il faut lui rappeler qu'elle peut parler, qu'elle est écoutée et qu'elle sera écoutée. qu'elle ne sera pas jugée et qu'elle est bien entourée. Donc il faut qu'elle puisse parler à des proches de confiance. Et une phrase simple comme « je suis là si tu as besoin, je t'écoute, je reste présent pour toi » , mais ça compte énormément. C'est clairement les « pourquoi tu restes ? » « Pourquoi tu ne pars pas ? » « Tu aurais dû le quitter depuis longtemps, mais comment tu as fait pour faire ça ? » « Moi, je ne serais jamais restée. » « Moi, s'il m'avait fait ça, j'aurais fait ça. » En fait, ces phrases, elles peuvent sembler simples, mais elles ajoutent de la culpabilité à quelqu'un qui en porte déjà énormément au quotidien. Donc il faut comprendre que la personne ne reste pas forcément parce qu'elle veut cette situation, elle peut rester parce qu'elle a peur, parce qu'elle est sous emprise. C'est le gros problème de l'emprise, parce qu'elle ne sait plus comment partir, parce qu'elle pense que partir c'est dangereux. Et le fait de conscientiser tout ça pour la personne, c'est très dur. Donc plus elle se sentira écoutée, plus... elle aura des chances de sortir de cette emprise. Par contre, plus on va lui rajouter de la culpabilité, plus elle va se renfermer et plus ça va être grave. Alors, les professionnels font un super boulot, mais j'aimerais leur dire de mesurer la difficulté qu'il y a à parler. Lorsqu'une personne arrive devant vous, elle peut avoir mis des mois ou des années à trouver le courage de prononcer quelques phrases ou parfois à s'effondrer de pleurs devant vous. Donc oui, il faut écouter sans juger, comprendre que les contradictions, les hésitations, même les retours en arrière ne signifient pas forcément que son histoire est fausse. Une personne sous emprise, elle peut avoir beaucoup de mal à raconter les choses dans l'ordre. Moi, ça a été mon cas, j'ai eu besoin de temps, j'ai eu besoin de réunir quand même beaucoup d'éléments. Donc oui, elle peut minimiser encore. À ce moment-là, elle peut protéger l'auteur des violences. encore à ce moment-là, et ce sont parfois justement des conséquences de l'emprise. Moi, je tiens quand même vraiment à souligner que j'ai été hyper bien accompagnée. Je fais partie de ces victimes qui ont eu la chance d'être très bien accompagnées sur le plan de la justice. C'est des professionnels qui ont agi avec rapidité, qui m'ont vraiment cru, écouté, qui m'ont vraiment accompagnée, qui ne m'ont pas pressée non plus. Ma reconstruction passe par plusieurs choses. D'abord, apprendre à me faire confiance à nouveau. Évidemment, j'ai perdu confiance en moi sur certains points. Ce n'est pas le plus dramatique me concernant, mais j'ai quand même dû retrouver cette capacité à écouter mes ressentis, sans immédiatement me dire que j'exagérais, etc. Après, et pour moi, c'est vraiment le plus difficile, c'est travailler sur le pardon et sur la culpabilité que j'ai encore. Donc c'est vrai que je suis encore très dure envers moi-même. Il faut que j'accepte la femme que j'étais, avec ses décisions, ses peurs, ses erreurs, et sans continuer à la juger. Je me juge encore de façon très dure. Et je combats aussi encore certains cauchemars, donc c'est de moins en moins récurrent, mais ça fait partie de mes souvenirs. La reconstruction n'est pas terminée, et je l'assume. Elle continue, elle continue dans le bon sens parce que je sais qu'aujourd'hui je suis très bien entourée et que je suis devenue quelqu'un de très positif, en tout cas redevenue, et que donc j'attire le positif. J'ai redécouvert ou découvert une force. Une force, mais pas dans le sens de me dire je suis invincible, pas du tout. Mais j'ai découvert que vraiment, je pouvais tomber et me relever et me dire qu'après chaque grosse, grosse tempête, il y a vraiment une fin, il y a un soleil qui arrive derrière. Cette reconstruction n'est pas évidente. Il faut beaucoup de temps, il faut être vraiment très bien accompagné, il faut s'ouvrir aux autres parce que justement l'emprise vous renferme, mais la reconstruction ne doit pas se faire seule selon moi. Il ne faut pas rester dans cette solitude de se renfermer. J'ai remarqué que je pouvais avoir peur, mais continuer malgré cette peur et que je pouvais être blessée sans être définitivement détruite. Donc j'ai aussi retrouvé... mon indépendance, ma capacité à décider pour moi et pas pour les autres. Et c'est surtout cette partie de moi qui avait besoin de reprendre sa place. Décider pour moi, simplement pour moi, sans que quelqu'un agisse dans cette prise de décision. Alors je ne me regarde plus uniquement à travers ce que j'ai subi. Je sais que ce que j'ai vécu, ça m'a profondément marquée. Je ne veux pas forcément le montrer sur les réseaux. Je vais toujours montrer du positif, montrer que je me suis relevée, etc. Mais il faut savoir que derrière, il y a eu beaucoup d'explosions en moi, beaucoup d'introspections, beaucoup de moments très difficiles. Je sais que ces blessures sont encore présentes à certains moments. C'est très rare, j'y pense. mais... Je refuse maintenant de réduire mon identité à ces violences. Aujourd'hui, je suis très bien accompagnée. J'ai fait le deuil de certaines amitiés qui n'en étaient pas aussi. J'ai recréé de très bons liens. J'ai effacé aussi énormément de liens négatifs de mon passé. Et voilà, je suis une femme qui a vécu cela, mais je suis aussi une femme qui avance, qui travaille, qui aime, qui construit, qui écrit, du coup, et qui transmet. Et j'ai vraiment ce besoin de transmettre et d'être dans le partage avec autrui et dans le partage avec celles et ceux qui ont vécu des choses similaires à ce que j'ai vécu. Voilà. Oh, waouh ! C'est dur de dire ça, mais j'aimerais lui dire qu'elle n'est pas folle, qu'elle n'est pas trop sensible ou trop, trop, tout simplement, qu'elle n'est pas responsable des violences qu'elle subit. En fait, c'est surtout ça le plus important. C'est toujours dur de se dire qu'il y a encore des femmes et il y aura encore des femmes qui vivront ça, plus ou moins grave. En fait, pour moi, il n'y a même pas d'échelle de gravité, c'est juste grave. Et si elle commence à avoir peur de parler, si elle se justifie sans arrêt, si elle change sa façon d'être pour éviter une colère, si elle ne se reconnaît plus alors que quelque chose mérite d'être regardé, il faut que ces choses-là soient regardées. Il faut qu'elle s'exprime, il faut qu'elle s'ouvre et qu'elle demande de l'aide, quelle qu'elle soit. Je voudrais surtout qu'elle sache qu'elle a le droit de demander de l'aide. C'est le plus important. Elle n'a pas besoin d'attendre que les violences deviennent encore plus graves pour considérer que sa situation mérite d'être prise au sérieux. Pendant trop longtemps, j'ai pensé que ce n'était pas assez grave ce que j'ai vécu. Ça l'a été. Et j'ai les preuves. Vous savez que ce n'est pas normal. Alors foncez, demandez de l'aide. Sauvez-vous. Je voudrais qu'elle sache qu'elle peut retrouver sa vie en fait. Retrouver sa vie, qu'il y a mieux. ailleurs. Et que même si aujourd'hui elle n'arrive pas encore à imaginer comment, il faut qu'elle s'en perçoive. Je lui dirais écoute-toi, écoute-toi toujours dans tes ressentis et tes intuitions. Si tu sens que quelque chose n'est pas normal, ne cherche pas à expliquer l'inexplicable. Du moment qu'une limite est dépassée, c'est déjà trop tard. Il ne faut pas l'excuser, pas une seule fois. Elle n'a pas besoin de devenir... plus petite que quelqu'un d'autre pour que cette autre personne se sente plus grande. Il ne faut pas qu'elle s'efface. Donc, il ne faut pas qu'elle ait honte, il faut qu'elle se protège. Et surtout, je lui dirais, protège-toi, protège ta vie, protège ta liberté, protège ta confiance en toi. Parce que tout ça, ça vaut plus que toutes les promesses du monde. Je voudrais leur dire de ne pas attendre de perdre qui elles sont pour comprendre qu'une relation n'est plus saine. Écoutez qui vous êtes, écoutez vos ressentis, écoutez votre intuition, parce que ce n'est pas une condamnation d'écouter son intuition, c'est un signal. Et quelque chose qui vous met mal à l'aise, c'est quelque chose qui n'est pas normal. Donc ne vous obligez pas immédiatement à croire que vous avez tort, que c'est vous le problème. et que vous abusez. À celles qui ont déjà vécu les violences, je voudrais dire quelque chose de très simple, c'est que vous avez le droit de vous reconstruire, vous avez le droit de repenser à vous, c'est une obligation, même si ce n'est pas un droit. Ce droit d'être heureuse, c'est une obligation aussi. Vous avez le droit de ne plus avoir peur. La plus grande victoire, ce n'est pas que le mise en cause comprenne. ou qu'il le regrette ou quoi que ce soit, même si vous le voulez profondément. Mais c'est que vous, vous ayez conscience de ce que vous ayez vécu. La plus grande victoire, c'est de vivre, c'est de retrouver sa liberté sans avoir à se justifier sans cesse, sans se sentir surveillée à chaque fois, sans que la personne prenne des décisions à votre place. Moi, aujourd'hui, j'ai cette vie-là. J'ai cette vie-là que j'ai toujours voulu construire. C'est une vie qui m'appartient. Une vie dans laquelle ce monsieur X, il décide plus de rien. Et c'est cette prise de force qu'il faut avoir et qu'il faut garder et qu'il faut même reprendre déjà dans la reconstruction. Je crois que c'est la plus belle réponse que je peux donner à ces violences-là. C'est de continuer à vivre, c'est de continuer à avancer et c'est de reprendre le contrôle de soi et de sa vie, morceau après morceau. Tout ce qu'on croyait avoir perdu, il faut... Pas le regagner, mais il faut pouvoir le construire à nouveau, différemment, mais il faut pouvoir le reconstruire. Je voudrais terminer, si tu me le permets, sur une chose qui me tient particulièrement à cœur. Une victime qui décide de ne pas parler de ses violences, elle mérite exactement le même respect, évidemment, qu'une victime qui décide d'en parler. L'une n'est pas plus courageuse que l'autre. Par contre, entre nous, entre victimes, on ne doit pas se jeter la pierre. L'une n'est pas plus importante que l'autre, ok. Chacune fait comme elle peut avec son histoire, ses peurs, ses blessures, les conséquences qu'elle est capable ou non d'affronter. Donc parler, on le sait, ça demande une force immense, mais se taire peut aussi être une manière de survivre. Donc je refuse que l'on oppose les victimes entre elles ou que l'on considère que celles qui parlent seraient plus légitimes que celles qui n'en ont pas la possibilité et inversement celles qui ne veulent pas. pas en parler. Et aujourd'hui, je n'ai plus à m'en dire l'écoute, la compassion, la reconnaissance de ceux qui ont toujours choisi de rester mauvais envers moi. Ça, c'est OK, une certitude. Donc, je n'ai plus à supplier quelqu'un de comprendre ce que j'ai vécu. Je n'ai plus à passer ma vie à expliquer ou à convaincre, à apporter toujours davantage de détails pour obtenir enfin le droit d'être entendu. Ça, c'est vraiment un point sur lequel je veux appuyer pour que tout le monde l'entende. Et surtout que certaines personnes ont fait leur choix. Certaines ont choisi de rester, de soutenir l'auteur des faits. Certaines ont choisi de croire une version plutôt qu'une autre, sans même chercher à entendre toutes les versions, sans chercher à comprendre ce qui s'était réellement passé, sans chercher à regarder les éléments qui ont finalement permis que les faits soient reconnus et que leurs responsables soient condamnés. Donc de ce fait, ce sont leurs choix. Ils leur appartiennent. Donc moi aussi j'ai fait les miens, j'ai choisi de ne plus me taire, j'ai choisi de parler de ce qui m'est arrivé et j'ai choisi d'écrire. J'ai choisi de mettre des mots là où on avait voulu mettre du silence. Je l'ai compris et maintenant j'applique. J'ai choisi de raconter les mécanismes de l'emprise, des violences, de la peur, de la culpabilité, mais aussi et surtout de la reconstruction. Je n'ai pas fait ce choix pour détruire quelqu'un, bien au contraire, je m'appuie sur des preuves. Sur l'anonymat, je me protège, mais je refuse désormais que mon histoire soit réduite au silence pour préserver le confort de ceux qui auraient préféré ne rien savoir, entre guillemets, ou qui protègent encore l'auteur des faits. Donc à sexes et ceux qui ont choisi de croire une version sans chercher à connaître l'autre, qui ont condamné avant même de chercher à comprendre, qui continuent encore aujourd'hui à remettre en cause la victime plutôt qu'à regarder les faits, j'ai quelque chose à dire et à vous dire. Je ne vais plus passer ma vie à essayer de vous convaincre, parce qu'à force de devoir prouver sa souffrance, on finit en fait par comprendre une chose terrible. C'est vrai, c'est une chose terrible, c'est que certaines personnes ne cherchent même plus la vérité et ne cherchent pas la vérité. Elles cherchent simplement la version qui leur permet en fait de continuer à croire ce qu'elles ont déjà décidé de croire au final. Voilà, donc non, je n'écrirai jamais ce livre pour être crue par ceux qui ont déjà décidé de ne pas me croire. Je n'écrirai pas pour obtenir leur approbation. Et je n'écrirai pas pour récupérer une place auprès de personnes qui ont choisi de m'abandonner lorsque j'avais besoin d'être entendue. Tout simplement, j'écris pour moi. J'écris pour remettre ma vérité là où le silence avait pris toute la place. Et surtout, j'écris pour celles et ceux qui vivent la même chose que moi et qui n'arrivent pas forcément à en parler.