Speaker #0Ma grand-mère maternelle, Aline, était une personne importante dans ma vie. Toute mon enfance, jusqu'à ce que je parte à Lyon pour les études, je passais tous les mercredis après-midi avec elle. Quand je repense à ma grand-mère avant son entrée en EHPAD, En fait, j'ai énormément d'images et de sensations qui me reviennent. Déjà, je la vois avec son chat, Mystic Gris, qui était toujours sur ses genoux, autour d'elle. J'ai aussi l'odeur du beurre, parce que ma mamie cuisinait beaucoup, beaucoup au beurre. Et surtout, elle faisait revenir le chou-fleur à la poêle dans du beurre. Et c'était incroyable, j'adorais ça. Elle cuisinait aussi beaucoup de tourtes à l'abricot. J'ai énormément de sensations, d'images, de choses qui me reviennent en tête. Avec ma grand-mère, on avait une relation plutôt pudique. Parce que je pense que c'est quelque chose de familial, ancré du côté de ma famille maternelle. Tout le monde est assez... On ne décrit pas franchement ses émotions. C'est une génération différente aussi. On ne décrit pas comment on se sent. En tout cas, pour ma grand-mère, moi c'est vrai que je le fais beaucoup dans ma vie personnelle. Et puis je suis psychologue, donc je prône ça, le fait de pouvoir dire quand ça ne va pas, dire aussi quand ça va. Mais avec ma grand-mère, il n'y avait pas ça parce qu'elle n'était pas là-dedans. Mais du coup, tout son amour, ses émotions, elle nous le transmettait à travers justement le fait de nous cuisiner un gâteau, le fait de faire des choses pour nous. C'était surtout à travers la nourriture, à travers le fait de venir au gars là-dedans. C'était plutôt sa présence qui montrait son amour. Comme je le disais, on parlait peu d'émotions du fait de cette relation pudique les uns aux autres dans ma famille. Pourtant, je savais... Avec ma grand-mère, il y avait ce lien, ce lien fort construit finalement avec les années. Comme voilà, tous les mercredis, j'étais chez elle. En fait, c'était un moment privilégié que j'avais avec elle. Et puis, on a fait énormément, énormément de parties de belote à deux. J'ai un souvenir très, très fort et ému de ces moments de jeu avec ma grand-mère. Et c'était ça aussi l'amour qu'on se portait, le fait de pouvoir être ensemble. Ma grand-mère est entrée en EHPAD, je n'ai plus exactement les dates, mais je crois que c'était deux ans et demi, trois ans après le décès de mon grand-père, parce qu'en fait sa cognition a commencé progressivement à décliner, et elle se sentait aussi... très seule. Au début, son entrée en Ehpad s'est plutôt bien passée parce qu'en fait, comme elle se sentait seule, elle est arrivée, il y avait du monde, mais ça a été quand même très douloureux pour elle de quitter sa maison et notamment de quitter son shop. Elle posait souvent des questions sur son chamistique, comment il allait, comment ça se passait pour lui. Et c'est vrai que ça, ça a été difficile. Mais voilà, son entrée en EHPAD s'est plutôt bien passée. C'est finalement plus tard, au fil des mois, que les choses sont devenues de plus en plus compliquées pour elle à l'EHPAD. En entrant en EHPAD, ma grand-mère, elle a quitté sa maison, elle a quitté ses repères, elle a quitté son chat, comme je le disais. Sa maison était aussi juste à côté de la maison de ma tante. Et c'est vrai qu'elles se voyaient beaucoup. Donc, en fait, toutes les habitudes étaient bouleversées. Donc, ça a été... Mais comme toutes les personnes âgées, c'est vrai que c'est un bouleversement énorme de rentrer en EHPAD. Et c'est aussi une dernière demeure. L'EHPAD, on le sait. Et ça, c'est vraiment difficile pour tout le monde de se dire que... C'est le dernier endroit de vie de ma grand-mère. Et comme mamie ne nous disait pas trop les choses, on n'a pas su si elle y a pensé ou pas. Mais en tout cas, comme je disais, au fil des mois, j'ai commencé à sentir que c'était quand même difficile d'être là-bas. Parce qu'elle nous demandait quand elle allait rentrer parfois. Et en même temps, il y avait aussi les troubles cognitifs qui faisaient qu'on se demandait si elle se souvenait de tout. Ce n'était pas facile à vivre tout ça. Le mal-être de ma grand-mère en EHPAD s'est fait progressivement, comme je disais. Elle n'a pas été dans cette détresse du jour au lendemain. C'est quelque chose qui s'est vraiment installé. Mais j'ai compris qu'elle n'était vraiment pas bien quand déjà, elle n'a plus voulu se lever. Elle ne voulait plus quitter son lit. Elle ne voulait plus mettre son dentier. On a commencé à la déplacer en fauteuil roulant. Là, j'ai vraiment commencé à me dire, mais en fait, on passe à côté d'un truc. Elle n'est pas juste triste d'avoir quitté son chat, elle n'est pas juste triste que mon grand-père ne soit plus là. J'ai senti qu'elle se laissait aller quelque part. Et ça, ça a été déterminant pour moi. J'y ai beaucoup pensé. J'ai même essayé d'interroger par rapport à son chat, si on pouvait le faire venir. Mais en fait, il y a peu de solutions en EHPAD. Et c'était... difficile de voir tout ça. Le jour où ma grand-mère m'a demandé de l'amener, en fait, je revenais du mariage d'amis. Donc, c'était le lendemain du mariage. Je passais pas très loin et j'ai voulu m'arrêter voir ma grand-mère. Et j'étais toute seule avec elle. Et en fait, ça a été très dur parce que dès que je suis arrivée dans sa chambre, j'ai vu qu'elle n'allait pas bien. Elle était effondrée, elle était assez incohérente aussi. Malgré tout, on a beaucoup parlé toutes les deux à ce moment-là. Je ne sais pas à quel point elle était 100% consciente de ce qu'on se disait ou de qui j'étais, parce que parfois elle me confondait avec ma mère. Malgré tout, elle m'a dit qu'elle... Pardon, c'est assez émouvant. Elle m'a dit qu'elle en avait marre d'être ici, qu'elle voulait retrouver ses parents. Et en fait, je n'avais pas de solution. En tant que psychologue, j'ai les clés pour accompagner les gens, pour accompagner la détresse. Mais c'est vrai que quand ça touche personnellement, les choses sont quand même différentes. mais je... Quelque part, je crois que je savais que les mots ne pouvaient pas forcément l'apaiser. Mais on s'est quand même dit des choses et puis on s'est pris la main. Et en fait, on s'est tenu la main, on s'est dit des choses. Et j'ai appelé ma mère. qu'elle l'ait aussi un petit peu au téléphone, ça me semblait important. Au final, je suis partie au bout d'un moment et puis elle était quand même plus apaisée parce que je lui ai dit qu'elle faisait ce qu'elle pouvait. Je lui ai aussi demandé pardon de ne pas venir assez. Mais voilà. On a partagé un moment, toutes les deux. J'ai eu l'impression de lui dire au revoir ce jour-là. Mais voilà, ça a été un moment fort. Et ça a été un petit peu le déclic pour moi, pour plein de choses. Pour comprendre encore plus ce que vivaient les personnes qui vivent une institutionnalisation. comprendre encore plus les familles et dans son regard j'ai senti qu'il se jouait des choses importantes en tout cas. En fait dans ce emmène-moi j'ai entendu bien plus qu'une simple demande j'ai compris que ma myéline était lasse de ce quotidien était lasse de euh... d'attendre. Elle m'a vraiment verbalisé le fait qu'elle attendait de mourir. Ça m'a d'ailleurs beaucoup marquée et beaucoup fait cogiter sur la dépression des personnes âgées, à quel point on le banalisait. Mais à ce moment-là, moi... Physiquement, émotionnellement, j'ai ressenti un appel au secours, une demande de partir. Et en tant que petite fille, c'est vrai que ça m'a bouleversée. C'est aussi un sentiment d'impuissance que j'ai ressenti à ce moment-là. Parce que j'aurais voulu l'emmener chez moi, ma grand-mère. J'aurais voulu, j'en avais même parlé à ma mère, mais en fait, on se rend compte que dans la société, tout est difficile parce qu'on doit travailler, on doit potentiellement fonder un foyer, et en même temps, qu'est-ce qu'on fait de nos aînés ? Enfin, je veux dire, quand on travaille en 35, en 39 heures, finalement, c'est encore plus dangereux qu'il y ait une personne âgée. encore plus avec des troubles cognitifs, encore plus avec de la dépendance chez nous. Rien n'est pensé, je trouve, aujourd'hui, pour qu'on puisse accueillir nos aînés chez nous. Donc c'est vrai que j'avais déjà à la base cette envie d'écrire un roman sur les personnes âgées et le lien entre une personne âgée et sa petite-fille. Mais là, ce jour-là, ça a été vraiment le déclic pour moi. Et j'ai commencé à écrire les premiers mots de ce qui deviendra mon roman Le parfum des franges épanouies en fleurs à ce moment-là. Voir ma grand-mère souffrir autant, en fait, ça m'a beaucoup interrogée. Parce qu'avant d'être psychologue clinicienne en cabinet, j'ai travaillé en centre de rééducation fonctionnelle et en EHPAD. Et en fait, je me suis interrogée sur le sens de tout ça. Moi, je suis là pour des patients. Mais au final, l'essentiel, ma famille, justement ma grand-mère, eh bien j'ai eu l'impression d'être moins là pour elles que pour mes patients. Et en fait, ça m'a beaucoup questionnée sur le sens de tout ça. J'ai toujours pas de réponse aujourd'hui, parce que mon métier de psychologue, je le trouve formidable. Et il est important pour moi, et je trouve ça formidable de pouvoir accompagner des gens. Mais quelque part, quel est le sens de tout ça si on ne peut pas aider les gens qu'on aime le plus d'abord ? C'est pour ça que tout à l'heure je parlais de société, et que les choses n'étaient pas pensées finalement pour qu'on soit d'abord là pour ceux qu'on aime. En fait, quand on accompagne quelqu'un qu'on aime, déjà c'est un métier à temps plein. Et ceux qui font ça dans leur quotidien, c'est vraiment un métier, c'est difficile. Et il faut reconnaître ce métier de proche aidant. En tant que psychologue, j'accompagne des personnes qui sont aidantes d'un proche. Et c'est très difficile parce qu'on peut ressentir de... de la culpabilité, de ne pas faire assez. Il y a des enjeux aussi qui peuvent se jouer dans ce type de relation. Reconnaître aussi ses propres limites, ce n'est pas facile. Vraiment, être proche et danser, c'est un métier difficile qui n'est vraiment pas assez reconnu. La dépression chez une personne âgée est encore assez peu reconnue. On a souvent tendance à banaliser. La dépression, les idées noires, on parle de syndrome de glissement, mais on ne parle pas vraiment de dépression. Je pense qu'il y a énormément de choses qui font que déjà c'est difficile à repérer, puis c'est aussi difficile à accepter. C'est difficile à repérer parce qu'on a parfois tendance à confondre troubles cognitifs et dépression, alors que l'un peut aller avec l'autre, mais l'un peut aller sans l'autre aussi. Et c'est important de plus former, je pense, les soignants à reconnaître les signes de la dépression. Et je pense aussi qu'on a du mal à accepter tout ça, parce qu'encore une fois, comme je le disais tout à l'heure, on n'a pas vraiment de solution. Quelle est l'autre solution ? Qu'institutionnaliser son aîné qui a des troubles cognitifs ? C'est difficile et tout le monde se retrouve dans une situation où on ne sait pas quoi faire. En fait, c'est de la faute de personne, tout ça. Je pense qu'il y aurait des choses vraiment au niveau sociétal, au niveau politique à faire. Déjà au niveau des moyens. Moi qui ai pour le coup travaillé en EHPAD, c'est aberrant le peu de moyens qu'on donne aux gens. Parce qu'on parle beaucoup de la maltraitance en EHPAD. Mais en fait, on parle peu des conditions de travail. La maltraitance, elle est extrêmement rare, au sens où elle n'est pas volontaire, elle n'est pas voulue. Mais la maltraitance, c'est dans le fait de ne pouvoir doucher une personne qu'une fois par semaine, par exemple. Mais ça, ce n'est pas les soignants qui souhaitent ça. C'est parce qu'en fait, il n'y a pas assez de monde, il n'y a pas assez de moyens qui sont donnés. Et pour revenir du coup à la dépression, pour donner mon exemple, en fait, je travaillais dans un centre hospitalier et j'étais la seule psychologue dans tous les services du centre hospitalier et aussi à l'EPAD. Et notamment à l'EPAD, c'était un EPAD qui avait, je ne sais plus exactement, 85 résidents, je crois. Si je me souviens bien, oui, voilà, autour de 80 résidents. Et j'étais toute seule en psychologue, mais je ne travaillais qu'une journée et demi par semaine. Et en fait, il y avait énormément de besoins. Les résidents... Je ne peux pas donner de pourcentage, mais il y avait une proportion de résidents qui avaient besoin de soins psychiques. Mais en fait, je n'arrivais pas à aller vers tous ces résidents parce qu'en fait, on ne me donnait pas le temps. Il aurait fallu presque un temps plein, en fait, pour être vraiment là auprès des gens. Sauf que, je précise que du coup, c'était un EHPAD public. En fait, dans la politique aujourd'hui, on ne donne pas assez de moyens. pour que les choses aillent mieux. Je pense vraiment que les EHPAD pourraient être un lieu de vie qui pourrait convenir, qui pourrait être serein, qui pourrait être sain. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas, parce qu'il n'y a vraiment pas assez de moyens. Et les soignants sont aussi en souffrance, parce qu'ils font un travail colossal. Et ils ne sont pas reconnus, et ils sont très mal payés. Et en plus, ils doivent faire face à la fin de vie, à la mort et au mal-être des résidents. Et aujourd'hui, il faut que les choses changent à ce niveau-là. Parce qu'on a besoin de s'occuper beaucoup mieux que ça des aînés. Il y a vraiment des changements, des signaux qui doivent nous alerter. Je parle des personnes âgées, mais globalement, chez toute personne, quand il y a un changement au niveau de l'alimentation, que la personne va se mettre à beaucoup plus manger, ou au contraire à ne plus manger. Au niveau du sommeil aussi. à beaucoup plus dormir ou à beaucoup moins dormir que d'habitude, avoir moins d'envie, moins le goût de tout finalement. Là, il faut qu'on soit attentif, là il faut qu'on réagisse. Et quand une personne exprime clairement des sidés noirs, c'est important de ne pas du tout banaliser ça et de faire appel à des professionnels. Et si on reprend le cas de l'EHPAD et le médecin ou le ou la psychologue et à un tout petit temps, il n'est pas beaucoup là, quitte à faire venir quelqu'un de l'extérieur finalement. Mais c'est important de ne pas banaliser ça et de vraiment prendre en compte la souffrance. En fait, dans tous les cas, c'est important de ne pas rester seul. Quand on a une famille assez élargie, de pouvoir s'appuyer sur le groupe familial, mais aussi sur les professionnels. Et encore une fois, si les professionnels au sein des établissements n'ont pas assez de temps ou quoi que ce soit, c'est tout à fait possible de faire intervenir des professionnels de l'extérieur. Peu de personnes âgées consultent un psychologue parce que déjà, en fait, c'est une question de génération. En tant que psychologue clinicienne, dans mon cabinet, j'ai quelques personnes âgées, mais assez peu parce que finalement, encore une fois, dans les années 50 40, 50, 60, même 70, peut-être même 80, eh bien, la psychologie, c'était quelque chose qui n'était pas encore démocratisé. Aujourd'hui, les jeunes, et même les moins jeunes, viennent plus parler de leur souffrance. Il y a moins de tabous. Avant, les anciennes générations, il y avait beaucoup de tabous, beaucoup de pudeur au sein des familles. Ça, c'est en train de changer, et ça, c'est vraiment super. positif. Mais en fait, les psychologues, on est encore vus par les personnes âgées comme des sortes de médecins qui voient des fous. J'ai encore ça dans mon cabinet, ce genre de paroles-là. Mais en fait, moi je tiens vraiment à rassurer. En fait, on voit le tout venant. On voit juste des personnes qui ont besoin, à un moment donné, comme ça peut arriver à tout le monde, de consulter, de parler, de travailler sur soi. Et donc, je tiens vraiment à rassurer toutes les personnes. Vous pouvez voir un psychologue, vous êtes légitime à voir un psychologue, à partir du moment où vous en ressentez le besoin. Et ça ne fait pas de vous quelqu'un qui est fou. Après, du coup, cette discussion... emprunt de beaucoup d'émotions avec ma grand-mère, je me suis promis d'écrire un roman. Je me suis promis de parler de tout ça. Et au-delà de cette promesse, en fait, j'en avais besoin. J'avais quelque part besoin de réaliser symboliquement le rêve d'emmener ma grand-mère avec moi, comme elle me l'avait demandé, dans la vraie vie. si je peux dire ça comme ça, c'était pas possible Donc je me suis dit que j'allais écrire une histoire fictive, même si effectivement c'est inspiré très largement de ma grand-mère et moi. Mais c'est vraiment une fiction. Et bien dans cette fiction, j'avais besoin de faire partir une grand-mère avec sa petite-fille. Loin de la réalité, loin de la souffrance, loin du quotidien qui peut être pas facile. J'ai imaginé ce voyage littéraire. Parce que je suis allée au Laos. Et en fait, au Laos, j'ai vu beaucoup de choses qui m'ont interpellée. J'ai trouvé ce pays assez formidable dans sa façon de vivre, dans sa façon d'être, dans le bouddhisme aussi. C'est une philosophie de vie que j'ai trouvée vraiment très intéressante. Et en fait, tout s'est déroulé. À quelques semaines d'intervalle, cette discussion avec ma grand-mère et mon voyage au Laos, du coup en fait, dans ma tête, tout s'est un petit peu mêlé et j'ai décidé de construire une histoire à partir de tout ça. À travers Constance et Françoise, les protagonistes de mon roman Le parfum des frangipaniens en fleurs, j'ai vraiment voulu raconter l'amour qu'on peut se porter entre générations. J'ai vraiment voulu décrire ce lien spécial qu'on peut avoir avec son aîné ou avec son petit enfant. Ces deux femmes sont inspirées de ma grand-mère et moi, même si encore une fois ça reste de la fiction. Mais en fait j'ai distillé des petits hommages. À ma grand-mère, même à mon grand-père, dans ce roman, je parle souvent des fleurs. Et c'est vrai que dans le jardin de mes grands-parents, il y avait très souvent, tout le temps même, des fleurs et notamment des roses, des roses jaunes. En fait, il y a, au-delà de l'amour qu'elles se portent toutes les deux, ces deux femmes, mes deux héroïnes, eh bien, il y a beaucoup, beaucoup de clins d'œil. Et je sais pertinemment que ma famille, en lisant mon roman, reconnaîtra les clins d'œil. Dans mon roman, Constance dit « Depuis son entrée en EHPAD, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle ne veut plus se promener, plus lire, presque plus manger. Même si ça me tord les viscères de l'avouer, j'ai cette certitude qu'elle se laisse aller. » Quand j'ai écrit ce passage, c'était... pour le coup quelque chose que je ressentais moi. Le fait que ma grand-mère soit l'ombre de qui elle a été, et ça a été important pour moi de poser ces mots, pour que finalement les lecteurs puissent aussi observer ces signaux-là et puissent potentiellement réagir s'ils voient ça. chez leurs parents. Ma grand-mère est décédée en février de cette année. Le fait qu'elle soit partie avant la sortie du livre a été compliqué pour moi. Son départ a été douloureux pour moi. Mais j'ai ressenti beaucoup de frustration et un sentiment d'échec. de ne pas avoir pu lui offrir ce roman, de ne pas lui montrer tout l'amour que je ressens pour elle, même si je sais qu'elle le savait. En fait, comme justement il y a cette pudeur dans ma famille, comme elle, elle me préparait du... du souffleur au beurre, moi j'aurais voulu lui apporter ce roman. Et le fait d'avoir manqué de quelques mois, oui j'avoue, c'est encore difficile à accepter. J'aurais voulu lui dire beaucoup de choses comme toute personne qui perd quelqu'un. On réalise toujours trop tard des mots qu'on voudrait avoir. Et c'est important justement de pouvoir dire ou faire ce qui nous semble important. En fait, ce qui est rigolo, c'est que ma grand-mère ne lisait pas. Et en fait, je sais pertinemment qu'elle n'aurait pas lu mon roman. Mais en fait, j'aurais juste voulu lui offrir comme témoignage symbolique, comme juste un objet qu'on offre. Et juste pouvoir lui dire... Pardon, c'est émouvant. J'aurais juste voulu lui dire que... que ce roman-là, il est pour elle, et que j'ai écrit pour elle. Si j'essayais d'imaginer sa réaction quand je lui aurais offert mon livre, en fait, du fait de sa pudeur, ma grand-mère, elle n'aurait pas dit grand-chose. Je pense qu'elle aurait juste dit « Ah, ok, super, super, bien, bien. » Elle répétait souvent les mots comme ça. « Bien, bien. » Et... En fait, je l'imagine juste faire ça et ça me fait sourire pour le coup. Aujourd'hui, ce roman est particulièrement important pour moi parce qu'il vient dire des choses qui justement le sont importantes. Il vient parler de ces deux femmes, de leur relation, de leur amour. Il résonne particulièrement en moi. Je pense qu'il restera le roman le plus important. Ce qui est beau, je trouve, c'est que les mots ont le pouvoir de rendre hommage et de rendre éternel les gens. Quelque part, je continue de faire vivre ma grand-mère à travers ce roman. À travers le fait que des personnes vont pouvoir le lire, des personnes vont pouvoir lire aussi mes remerciements. J'ai écrit des remerciements qui m'ont beaucoup fait pleurer, qui ont une place très forte dans ma vie. C'est des mots que je n'ai pas forcément pu dire. Le fait que des lecteurs vont pouvoir lire ça, c'est un côté apaisant. rassurant parce que ma grand-mère elle va continuer de vivre quelque part grâce à tout ça ma grand-mère elle m'a transmis elle m'a transmis quelque chose de fort dans sa relation notamment avec mon grand-père et dans sa relation aux autres je dis pas que c'est toujours bien mais parfois pouvoir aimer sans que ça fasse trop de bruit, je trouve que ça a un côté aussi poétique. Attention, je fais quand même l'apologie de la communication, et c'est très très important de communiquer, de dire les choses, mais je trouve qu'elle avait une façon d'aimer très poétique, dans le fait de pouvoir faire des choses pour l'autre, et c'est dans les cinq langages de l'amour de Gary Chapman. Ça, c'est la psychologue qui revient. Dans les cinq langages de l'amour de Carrie Chapman, eh bien, notamment, il y a les services rendus et les moments de qualité. Et en fait, je crois que ma grand-mère, elle m'a inculqué ça. Le fait d'avoir des vrais moments de qualité, c'est-à-dire de jouer à la belote ensemble, de pouvoir aller... voir les fleurs dans le jardin ensemble, de passer vraiment des moments à être ensemble et pas juste l'un à côté de l'autre. Après avoir écouté cet épisode, j'aimerais quelque part que les auditeurs puissent profiter davantage de leurs proches. On le répète tout le temps, qu'il faut profiter des gens qu'on aime, donc ils sont là. Mais je sais à quel point c'est difficile avec la vie à mille à l'heure qu'on a tous. Mais je pense vraiment que des petits riens peuvent tout changer. Un petit coup de fil, une carte postale envoyée depuis son lieu de vacances, une petite attention, eh bien, c'est pas grand-chose, mais ça peut être énorme. Si ma grand-mère pouvait m'entendre aujourd'hui, je crois d'abord que... J'aimerais la remercier pour tous les moments de qualité qu'on a passés ensemble. Tout ce chou-fleur au beurre. Pour tous ces gâteaux à la confiture d'abricot, pour toutes les fois où elle est venue me voir à mes galas de danse, pour tous ces moments qui, à l'époque, ne paraissaient pas être grand-chose, mais qui, aujourd'hui, quand j'y repense et quand j'en parle, je les trouve juste magnifiques. Parce que je pense sincèrement... que l'amour et la beauté se trouvent dans les petites choses. À toutes les personnes qui accompagnent aujourd'hui un proche en souffrance, j'aimerais déjà dire bravo. Bravo pour ce que vous faites. C'est un travail colossal. C'est difficile. Ce n'est pas assez reconnu. Donc bravo. Merci aussi. Merci de faire ça pour eux. Parce que parfois... On ne pense pas toujours à remercier les gens qui le font, mais c'est vraiment hyper important. Et aussi, j'aimerais dire, vous n'êtes pas seul. En tout cas, si vous vous sentez seul, n'hésitez pas à vous appuyer sur des associations. N'hésitez pas à aller chercher sur Internet des regroupements de proches aidants. il y a des... Encore une fois, des associations, des groupes d'entraide. Je sais qu'il y a aussi des groupes de parole. N'hésitez pas à vous renseigner auprès de votre région, dans votre quartier. Il y a des choses qui existent, donc ne restez pas seuls. Mon roman, Le parfum des frangipaniers en fleurs, sort le 21 août 2026 chez France Basire. Donc c'est un roman qu'on pourra retrouver uniquement dans un premier temps chez France Loisir. Pas besoin d'être abonné pour avoir accès au roman. Par contre, il faut le commander sur internet, sur le site de France Loisir ou bien dans les librairies France Loisir et les relais France Loisir. N'hésitez pas aussi à me suivre sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram à Orane Dupont Autrice. Je poste régulièrement. mes actualités, les salons du livre sur lesquels je me rends, toutes mes dédicaces. Un grand merci à vous, auditeurs, de m'avoir écoutée jusque-là. Et bien sûr, un immense merci à Stéphanie de m'avoir invitée sur son super podcast Etat d'âme.