- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet difficile, un sujet encore trop souvent silencieux. Invisible et pourtant terriblement présent dans la vie de nombreuses femmes. Les violences faites aux femmes ne commencent pas toujours par des coups. Parfois, elles commencent par des mots, une remarque, une critique, un contrôle discret. Une peur qui s'installe doucement et parfois sans même s'en rendre compte. On franchit peu à peu la frontière de ce qui semblait autrefois impensable. Alors une question se pose, comment en vient-on à accepter l'inacceptable ? Existe-t-il un terrain psychologique ? émotionnelle, qui peut rendre certaines femmes plus vulnérables à ces mécanismes ? Et surtout, comment comprendre ces situations sans jamais juger celles qui les vivent ? Pour en parler aujourd'hui, je reçois Amanda Faurissier, thérapeute spécialisée en thérapie cognitive et comportementale. Vous pouvez d'ailleurs retrouver Amanda sur mon site internet dans la rubrique Conseil Expert, où je mets en lumière des professionnels qui accompagnent les femmes dans leur parcours de santé. Avec elle, nous allons essayer de comprendre ce qui se joue derrière ces relations où la violence s'installe parfois lentement, silencieusement, jusqu'à bouleverser profondément la vie des femmes qui les traversent. Vous écoutez Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. Excellente écoute. Un mandat dans votre travail de thérapeute. Est-ce que la question des violences faites aux femmes revient souvent dans les parcours des patientes que vous accompagnez ?
- Speaker #1
Malheureusement, c'est une thématique quasi omniprésente. Souvent, les patientes ne consultent pas pour violence, mais pour un épuisement, une anxiété généralisée ou une dépression. C'est en tirant le fil de leur histoire que l'on découvre une réalité faite de contrôle et de dévalorisation. C'est une pandémie silencieuse qui s'invite derrière de nombreux motifs de consultation.
- Speaker #0
Alors on imagine souvent la violence comme quelque chose de brutal, de visible, mais dans beaucoup de relations, elle semble s'installer beaucoup plus lentement. Comment commencent concrètement les premières formes de violence dans une relation ?
- Speaker #1
La violence ne commence jamais par un coup. Elle débute par ce que l'on appelle la phase de séduction. L'autre est l'homme idéal, puis par petites touches s'installent les premières micro-violences. Une remarque sur une tenue, une moue quand on sort avec des amis. On appelle ça la technique du pied dans la porte. On accepte une... petite concession, puis une autre. Et le seuil de tolérance se déplace sans qu'on s'en rende compte.
- Speaker #0
Avant même les violences physiques, il y a souvent des violences psychologiques, des remarques, des critiques, du contrôle. Pourquoi quand on les vit, ces violences sont-elles parfois si difficiles à reconnaître ?
- Speaker #1
Elles sont difficiles à identifier, car elles s'attaquent à la perception de la réalité. C'est le fameux gaslighting, donc le détournement cognitif. Le partenaire dit « tu es trop sensible » ou « J'ai jamais dit ça, tu l'as imaginé » . La victime finit par douter de son propre jugement plutôt que de douter de la malveillance de l'autre.
- Speaker #0
Dans votre cabinet, quand une femme réalise parfois pour la première fois qu'elle vit ou qu'elle a vécu une forme de violence, qu'est-ce que vous observez chez elle émotionnellement ?
- Speaker #1
C'est souvent la sidération, suivie d'un effondrement. Quand le voile se déchire, la femme réalise que l'image qu'elle avait de son couple et d'elle-même était un mirage. Il y a aussi une peur. immense. Si c'est vrai, alors ma vie entière est en danger.
- Speaker #0
La question qui guide cet épisode, c'est celle-ci. Est-ce qu'il existe, selon vous, un terrain psychologique ou émotionnel qui peut rendre certaines femmes plus vulnérables à ce type de relation ?
- Speaker #1
En TCC, on parle de schémas précoces inadaptés. Je m'explique. Certaines femmes, de par leur éducation ou des traumatismes passés, ont intégré des schémas de sacrifice de soi ou de manque d'affectivité. Si l'on a grandi en pensant que l'amour doit se mériter, ou qu'il est synonyme de souffrance. On n'est plus vulnérable au prédateur qui utilise ces failles. Mais attention, vulnérable ne signifie pas responsable.
- Speaker #0
On parle souvent du rôle de l'estime de soi. Dans ces situations, quel impact ça a concrètement sur ce qu'on accepte ou non dans une relation ?
- Speaker #1
L'estime de soi est notre système immunitaire psychologique. Si elle est basse, on accepte des traitements que l'on n'accepterait jamais pour une amie. Le partenaire violent... travaille d'ailleurs activement à détruire cette estime pour s'assurer que la victime ne se sente pas assez bien pour partir ou pour être aimée ailleurs.
- Speaker #0
On entend beaucoup parler d'emprise, mais ce n'est pas toujours très clair. Comment cette emprise psychologique se met-elle en place progressivement dans une relation ?
- Speaker #1
L'emprise repose sur le renforcement intermittent, c'est-à-dire le mécanisme de l'addiction. Le partenaire alterne entre l'horreur et des moments de lune de miel merveilleux. Le cerveau de la victime devient accro à ces moments de retour au calme, ce qui crée un lien traumatique extrêmement puissant.
- Speaker #0
Les violences psychologiques passent souvent par les mots. Dans les récits que vous entendez, est-ce qu'il y a des phrases, des paroles qui reviennent souvent et qui marquent profondément les femmes ?
- Speaker #1
Ce sont souvent des phrases de disqualification, du type « sans moi, tu n'es rien » , « regarde-toi, qui voudrait de toi » ou « tu es folle, tu devrais te faire soigner » . Ces mots agissent comme un poison lent qui finit par devenir la voix intérieure de la patiente.
- Speaker #0
Beaucoup de femmes parlent de honte. de culpabilité. Pourquoi ces émotions prennent-elles autant de place dans ces situations ?
- Speaker #1
La culpabilité est un mécanisme de défense. Si c'est ma faute, alors j'ai le pouvoir de changer les choses en me comportant mieux. C'est moins effrayant que de se dire que l'autre est imprévisible et dangereux. La honte, elle, est le mur qui empêche de parler et qui isole la victime.
- Speaker #0
On entend souvent cette phrase, mais pourquoi elle ne part pas ? Mais quand on regarde la réalité, c'est rarement si simple. D'un point de vue psychologique, qu'est-ce qui rend le fait de partir si difficile ?
- Speaker #1
Il y a la peur physique, bien sûr, mais aussi la dissonance cognitive. Le cerveau essaie de réconcilier deux images opposées, l'homme qu'elle aime et l'homme qui la frappe ou l'insulte. S'ajoute à cela l'épuisement physique, psychique. Partir demande une énergie que la violence a précisément consumée.
- Speaker #0
Pour les femmes qui nous écoutent, quels seraient selon vous les signaux d'alerte à ne pas partir ? pas ignorer dans une relation.
- Speaker #1
Premièrement, l'isolement. Il critique vos proches. Deuxièmement, le contrôle. Il va vérifier votre téléphone ou vos dépenses. Troisièmement, le fait de marcher sur des œufs. Vous surveillez vos paroles et vos gestes pour éviter l'explosion et la perte de joie. Vous ne vous reconnaissez plus. Vous êtes l'ombre de vous-même.
- Speaker #0
Quand une femme vit ce type de violence, parfois sur la durée, Quels sont les impacts que vous observez le plus souvent sur sa santé mentale ?
- Speaker #1
On observe des états de stress post-traumatique, des troubles du sommeil, des douleurs chroniques, le corps parle évidemment, et surtout une dépersonnalisation. La femme a l'impression d'être vidée de sa substance.
- Speaker #0
Malgré tout, certaines femmes finissent par prendre conscience de la situation. Est-ce qu'il y a des éléments, des moments qui peuvent provoquer ce déclic ?
- Speaker #1
C'est souvent un événement extérieur, un mot d'un enfant, un acte de violence qui dépasse une limite ultime, la menace de mort ou la violence envers un tiers. Ou parfois, un simple regard de bienveillance extérieure qui agit comme un miroir. C'est le moment où la survie de l'individu redevient prioritaire sur la survie du couple.
- Speaker #0
Une fois la relation terminée, il y a un autre chemin qui commence, celui de la reconstruction. passe en général cet accompagnement en thérapie ?
- Speaker #1
En thérapie, on travaille par étapes. Première étape, la mise en sécurité physique et psychologique. Deuxième étape, la psychoéducation. Comprendre les mécanismes de l'emprise pour déculpabiliser. Et enfin, la restructuration cognitive, reconstruire l'estime de soi et briser les anciens schémas.
- Speaker #0
Pour terminer, j'aimerais vous poser une question importante. Est-ce que vous diriez que les femmes qui vivent ces situations se représentent un peu comme faibles ? Ou au contraire, il faut qu'elles sachent qu'elles développent une immense capacité d'adaptation pour survivre ?
- Speaker #1
Elles ne sont absolument pas faibles. Au contraire, elles ont développé des capacités de survie et d'adaptation surhumaines. Elles ont appris à lire les micro-expressions de l'autre, à anticiper le danger. Un encaissé d'inacceptable. Ce sont des athlètes de la survie. Le travail de thérapie est de réorienter cette force immense vers leur propre liberté.
- Speaker #0
Si une femme qui nous écoute aujourd'hui se reconnaît dans certaines situations dont on vient de parler, qu'est-ce que vous aimeriez lui dire ?
- Speaker #1
Ce que vous vivez n'est pas votre faute. La honte doit changer de camp. Vous n'êtes pas seule. Et il existe un chemin pour retrouver la lumière. Alors même si aujourd'hui... Le tunnel vous semble sans fin. Votre premier acte de liberté, c'est de briser le silence, même à voix basse.
- Speaker #0
Au fil de cet échange, nous avons compris que les violences faites aux femmes ne se résument pas seulement à des gestes. Elles peuvent être invisibles, silencieuses, progressives. Elles peuvent s'installer dans les mots, dans les regards, dans le contrôle, dans la peur, jusqu'à faire douter une femme de sa propre réalité. Et c'est peut-être là l'une des violences les plus profondes. Celle qui finit par faire croire que ce que l'on vit est normal, ou que l'on mérite ce qui nous arrive. Alors si vous nous écoutez aujourd'hui, que certaines choses évoquées dans cet épisode résonnent en vous, sachez une chose, ce que vous ressentez est légitime. La violence, quelle qu'elle soit, n'est jamais normale. Et surtout... Vous n'êtes pas seul. Parlez souvent la première étape. Demandez de l'aide aussi. Un grand merci à Amanda Forissier pour ses éclairages précieux sur ses mécanismes complexes. Vous pouvez retrouver ses ressources en description de l'épisode. Et merci à vous, auditeurs, d'avoir pris le temps d'écouter cet épisode. Chaque histoire est unique, mais certains parcours de santé s'entremêlent. Vous n'êtes jamais seul. Vous écoutiez Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. A très vite pour un prochain épisode.