Speaker #1En juin 2025, j'ai été diagnostiquée d'un cancer du sein HER2 positif avec une métastase osseuse au niveau d'une vertèbre. Moi, en début d'année, l'année dernière, vers janvier, j'ai senti une boule au niveau de mon sein. Alors, je n'ai pas du tout pratiqué l'autopalpation, c'était tout bêtement sous la douche. En me lavant, j'ai senti une boule. Sur le coup, oui, le cancer traverse l'esprit, mais très rapidement. Je me suis dit que c'était sûrement rien, sûrement un kyste bénin. Et j'ai laissé couler. Sauf que cette boule me faisait quand même mal. Elle était assez dure. Et du coup, en mars, j'ai eu rendez-vous avec ma gynécologue pour autre chose. Je lui en ai donc parlé. Elle m'a auscultée. Et effectivement, elle aussi, elle n'était pas trop inquiète. Pareil, elle m'a dit ça doit être un kyste. Mais elle m'a dit je vous prescris quand même une échographie au cas où. Donc moi, ces mots n'étaient pas du tout alarmants. donc j'ai pris rendez-vous et près de chez moi pour faire une échographie. Les délais étaient de deux mois. Donc on m'a donné rendez-vous fin mai et je n'ai pas cherché à avancer le rendez-vous ou aller dans un autre endroit parce que j'étais vraiment sûre que ce n'était rien du tout et que ce n'était pas urgent de le faire. C'est ce qui s'est passé, j'ai gardé mon rendez-vous. Donc j'ai eu rendez-vous le 26 mai, l'an de mon anniversaire, pour faire cette échographie. Et c'est lors de l'échographie que la radiologue avait l'air un peu inquiète. Je ne sais plus ces mots, mais je sais qu'elle m'a envoyée directement faire une biopsie. Elle m'a dit, vous êtes jeune, il ne faudrait pas passer à côté de quelque chose. Donc, il faut faire cette biopsie. Donc, début juin, j'ai été faire la biopsie. On m'a refait une échographie, on m'a fait une mammographie. Et j'ai dû attendre à peu près dix jours les résultats. Donc, ma médecin traitant m'a envoyée vers une gynécologue spécialisée dans tout ce qui est cancer gynécologique pour la voir. Donc, elle m'a dit, c'est elle qui vous donnera les résultats, qu'ils soient bons ou pas. Donc j'ai attendu le 12 juin pour avoir ce rendez-vous. Donc pour ce rendez-vous, j'ai été accompagnée de mes parents. Uniquement ma maman m'a accompagnée au tout début dans le cabinet parce qu'on ne savait pas exactement ce qu'elle allait nous annoncer. Et moi, réellement, jusqu'au dernier moment, je pensais que c'était bénin. Et j'étais à mille lieues de penser qu'elle allait m'annoncer que c'était un cancer. Donc quand elle nous dit les termes, c'est très compliqué, c'est violent. On se prend clairement un tsunami dans la figure. Ma maman et moi, bien évidemment, on s'est effondré en larmes en premier temps Et moi après, j'ai plus pleuré, j'étais complètement ailleurs J'avais l'impression que mon esprit était sorti de mon corps C'était très compliqué Ensuite, on a demandé si mon papa pouvait monter Donc elle lui a réexpliqué Elle a redit la même chose qu'elle venait de nous dire Et après ça, elle m'a donné un autre rendez-vous Parce qu'ils savent très bien que quand ils nous disent tous ces termes On écoute à moitié et... Il y a beaucoup d'informations. À ça, on a suivi énormément de rendez-vous médicaux. Les 15 jours qui ont suivi, c'était prise de sang, IRM sur IRM, TEP scan. Et c'est au TEP scan qu'on s'est rendu compte que j'avais une métastase, que le cancer s'était déjà propagé, qu'il avait commencé à se propager sur une de mes vertèbres. Moi, je n'avais pas de signe forcément avant-coureur, à part cette boule que j'ai sentie en premier. J'avais de la fatigue. Pas forcément alarmante de la fatigue due au travail. Je pensais que c'était le travail. J'avais des douleurs lombaires, mais pareil, pas plus inquiète. Vraiment, à part ça, je ne me sentais pas mal dans mon corps. Et rien ne m'indiquait que c'était un cancer. À part vraiment cette boule au dernier moment que j'ai sentie. Et le soir de l'annonce, à la base, on avait prévu d'aller boire un verre avec mon frère et mon copain. Donc toute la journée, ça a été très compliqué parce qu'il faut prévenir. toute la famille, il faut prévenir les amis qui sont proches de nous, il faut... Voilà, et c'est vrai que c'est beaucoup de peur, de pleurs. Et j'ai tenu quand même à aller boire ce verre le soir même, parce que je ne voulais pas rester chez moi ruminée, je ne voulais pas non plus que la maladie change ma vie. Et c'est quelque chose que j'ai essayé de garder tout au long des traitements. J'ai essayé de rester telle qu'elle, de continuer ma vie le plus normalement possible, même si c'est... C'est impossible d'être pareil. On doit arrêter le travail, on doit s'écouter plus. On a beaucoup plus de fatigue, beaucoup d'effets indésirables. Donc on doit jongler avec les rendez-vous médicaux, avec notre santé. Mais entre tout ça, je voulais continuer à avoir une vie le plus normale possible. Ne pas être vue vraiment comme une personne malade. Donc j'ai continué à voir mes amis, à faire des week-ends avec mon chéri, des restaurants. Dès qu'il y avait des repas en famille, je faisais tout pour y assister, même si c'était parfois compliqué parce qu'on est très fatigué et autres. Mais j'ai toujours tenu à être présente dans ces moments-là pour ne pas que le cancer m'enlève ça. Mais malheureusement, le cancer, ça bouscule et ça change quand même la vie et la vision de l'avenir. Par exemple, pour les femmes comme moi en âge de procréer. qui n'ont jamais eu d'enfant, on nous parle de la préservation de fertilité et de congeler nos ovocytes parce que les traitements, notamment la chimiothérapie, peuvent nous rendre stériles par la suite et ça peut être quelque chose qu'il faut aborder, ça doit être quelque chose qu'il faut aborder. Alors moi, je n'ai pas eu la chance de faire cette préservation de fertilité parce qu'il fallait commencer les chimiothérapies très rapidement au vu du stade de mon cancer. La préservation de fertilité demande beaucoup de rendez-vous en amont, des piqûres d'hormones, beaucoup de choses. Et moi, je n'avais pas le temps. J'avais déjà tous les rendez-vous médicaux principaux à faire avant la chimiothérapie. J'ai dû me faire opérer pour la mise en place de la chambre implantable, par laquelle on va recevoir après la chimiothérapie. Et c'est vrai que je n'ai pas eu cette chance, donc j'ai quand même eu un rendez-vous. pour en parler, pour faire un examen, pour voir à peu près ma réserve ovocitaire, qui était plutôt bonne, donc on m'a quand même rassurée sur l'avenir. Mais voilà, il est quand même incertain et je n'ai pas eu cette chance. Donc j'ai eu un rendez-vous avec mon oncologue qui m'a annoncé mon protocole. Donc on m'a annoncé 18 séances de chimiothérapie, une chumorectomie, donc on m'a dit que je conserverai ma poitrine. et 33 séances de radiothérapie. Simplement, au milieu de tous ces rendez-vous médicaux, on a un rendez-vous avec un ou une généticienne pour parler justement de la génétique et faire une prise de sang où il faut attendre à peu près deux mois pour avoir les résultats. Moi, quand on a reçu les résultats, on m'a annoncé que j'avais une mutation au niveau d'un gène. Donc le gène TP53, c'est un gène qui est présent chez tout le monde. C'est un gène qui est suppresseur de tumeurs. Il empêche la multiplication des cellules anormales, donc des cancers. Et en fait, quand il y a une mutation de ce gène, il devient inefficace. Et du coup, les cellules endommagées se divisent beaucoup plus rapidement. Donc, on appelle ça le syndrome de l'ifroménie. C'est une prédisposition héréditaire au cancer. Donc, on m'a annoncé que j'allais potentiellement pouvoir avoir un autre cancer, notamment un cancer du cerveau, du côlon, du sang ou de l'utérus. Et le cancer du sein fait partie de ce syndrome. Donc moi j'ai ce cancer actuellement, donc c'est déjà compliqué. Pour toute personne qui a un cancer, forcément on a la peur de la récidive. On vit à la fin des traitements avec cette peur et il faut apprendre à vivre avec. On a déjà beaucoup de rendez-vous et d'examens de contrôle à la fin. Mais moi j'ai compris très rapidement que ça allait être une surveillance beaucoup plus poussée. Alors, il y a une part où on est rassuré parce qu'on se dit qu'on sera vraiment surveillé, que s'il y a quoi que ce soit, cette fois, ça sera observé très rapidement, que ça sera détecté. Mais il y a aussi de la peur parce qu'on se dit, j'ai déjà assez avec un cancer. Alors, les autres ne sont pas présents, bien évidemment. Il ne faut pas penser que ça va forcément arriver, mais ça nous travaille. et on se dit que... Ça sera beaucoup plus de rendez-vous médicaux, beaucoup plus d'examens. C'est ce qui s'est passé. À la fin de l'année, j'ai dû refaire des IRM. Ma mère est lombaire par rapport à ma métastase, mais j'ai dû aussi refaire des IRM du cerveau, du corps entier. Ça engendre d'autres rendez-vous. J'ai aussi très mal vécu cette annonce. Alors, pas autant que la première annonce, bien évidemment, mais c'était quand même difficile à encaisser et à digérer. Donc mon oncologue, à la suite de cette annonce, m'a dit que je ne pourrais pas faire de radiothérapie parce qu'ils se sont rendus compte, avec les années, que les personnes atteintes de ce gène qui faisait de la radiothérapie déclenchaient beaucoup plus rapidement, dans les années qui suivent, ces fameux cancers dont on nous parle. Donc pour éviter le plus possible de les déclencher, il faut éviter la radiothérapie. Donc moi, on m'avait aussi parlé de la thérapie ciblée. Donc ça, c'est ce que j'avais dans mon protocole associé à la chimiothérapie. Donc c'est une petite cure qu'on vient nous faire dans la cuisse toutes les trois semaines. Donc ça, ça permet d'éviter déjà de traiter associé à la chimiothérapie. Mais dans le temps, ça permet d'éviter la récidive. Donc c'est une petite cure que je vais continuer pendant plusieurs années. directement à l'hôpital, là où je faisais mes chimiothérapies. Je n'ai pas vraiment de délai, je ne sais pas exactement pendant combien de temps, mais je sais que ça peut durer deux, trois ans. Donc ça, la thérapie ciblée, c'est d'actualité. Mais du coup, on m'a changé mon protocole et on m'a dit que je ne pourrais pas faire la radiothérapie. Suite à l'annonce de ce gène, il a fallu trouver une alternative de traitement, de solution. Donc on m'a proposé la mastectomie. La mastectomie, c'est une ablation du sein. À la base, ce n'est pas ce qui était prévu parce que d'enlever la tumeur et de faire de la radiothérapie, c'était censé suffire. Et vu que je ne peux pas le faire, on m'a dit qu'il faut enlever tout le sein pour être sûre de ne prendre aucun risque de récidiver. Et le fait que j'ai ce gène, je peux potentiellement avoir un autre cancer du sein. Donc il fallait aussi, bien sûr, si je le souhaitais, enlever le sein qui n'est pas malade. Donc c'est une décision que j'ai prise assez rapidement. Bien évidemment, ça a été compliqué, surtout en tant que jeune femme. Mais j'en ai parlé avec mon entourage, avec mon conjoint. Et c'était une décision que j'ai prise parce que je me suis dit, je préfère bien évidemment enlever tout ce qui a enlevé et ne jamais récidiver, je l'espère, ou ne jamais déclencher d'autres cancers, plutôt que de conserver un sein qui peut potentiellement être touché de nouveau par le cancer. Donc c'est encore quelque chose de très difficile, mais il faut y aller. Donc moi j'ai eu mes 18 chéniothérapies du mois de juillet au mois de novembre. J'ai fini début novembre.
Speaker #0Et à la suite, j'ai eu rendez-vous avec ma chirurgienne pour parler de l'opération. Et elle m'a de suite proposé, quatre semaines après la fin des chimiothérapies, de m'opérer. Donc à ce moment-là, au détraitement, on est énormément fatigué. On est épuisé autant physiquement que mentalement de tout ce qu'on a déjà subi. Mais on sait que ce n'est pas fini et qu'il faut encore tenir. Moi, je préférais que ça soit très rapide, que ça soit fait le plus tôt possible pour pouvoir pas parce que je savais que dans tous les cas, je n'allais pas avoir le choix. Je savais que ça allait arriver, donc je préférais que ça soit fait très rapidement. Donc, le minimum qu'il faut attendre, c'est quatre semaines entre la fin des chimiothérapies et la chirurgie pour que le corps se remonte parce que la chimio, ça fait baisser les globules blancs, donc l'immunité. Et quand on subit une grosse opération comme ça à la suite, il y a des risques d'infection et des risques de complications. Donc, tout ça, ça m'a été exposé lors de mon rendez-vous avec la chirurgienne. Elle a été super, elle a été très douce, très à l'écoute et elle m'a bien expliqué. Elle voulait à la base m'opérer que du sein malade en priorité, bien évidemment, et programmer l'opération de l'autre sein quelques mois plus tard. J'ai demandé si c'était possible de faire les deux en même temps. Elle m'a dit que oui, mais qu'évidemment, au vu de mon parcours et le fait que j'avais déjà eu les chimiothérapies, c'était risqué, mais que c'était faisable. J'ai pris en compte les complications, tout ce que ça pouvait engendrer, mais j'ai quand même voulu tout faire d'un coup. Dans tous les cas, je savais que j'allais devoir le faire, que je n'avais pas le choix. Je préférais le faire d'un coup et que ça soit fini, plutôt que d'attendre ou de subir encore six mois après une opération. J'ai eu une double mastectomie. ainsi qu'un curage axillaire, donc des ganglions sentinelles qui se situent sous les selles. Tout ça, je l'ai fait le 5 décembre. Donc c'est en anesthésie générale, je suis restée hospitalisée, donc ça a été très compliqué. Pour moi, les chimiothérapies ont été compliquées, mais j'ai toujours plus ou moins réussi à tenir, à gérer les effets indésirables. Je pense que je l'ai quand même plus ou moins géré, mais c'est vrai que la chirurgie, c'est quelque chose que j'appréhendais beaucoup. Déjà, je n'ai jamais été opérée, à part pour la chambre implantable. Et c'est une grosse opération qui touche aussi à notre identité, à notre féminité. Surtout en tant que femme jeune, qui n'a pas eu d'enfant. On sait qu'une fois qu'on fait cette opération, ça ne sera plus pareil. On ne pourra pas vivre une maternité comme d'autres femmes, en termes d'allaitement ou autre. Donc c'est forcément des choses auxquelles on pense, même si... La priorité, c'est de guérir. Si on fait ça, c'est pour survivre, c'est pour combattre cette foutue maladie. Moi, j'ai choisi une reconstruction par prothèse, en discussion toujours avec ma chirurgienne. J'ai longuement hésité à rester à plat parce que j'avais peur des complications. Et je sais que souvent, il y a plus de complications quand on met forcément un corps étranger. dans son corps plutôt que si on n'en met pas donc j'avais peur de ces complications mais au début j'étais partie pour ne pas faire de reconstruction du tout mais on en a bien discuté et c'est vrai qu'après je me suis dit que j'étais quand même jeune et que c'était déjà compliqué de voir son corps changer donc je voulais le plus possible que ça se rapproche de mon corps d'avant même si évidemment ça ne sera jamais ma poitrine d'avant mais je pense que ça m'a quand même aidée à Merci. accepté, même si c'est très difficile, mais peut-être plus accepté que si je n'avais pas fait cette reconstruction. En tout cas, je parle pour ma part parce que je sais que ça peut être différent pour toutes les femmes. Je me suis dit que je verrais d'ici 10-15 ans, peut-être que j'en aurais marre, ou peut-être que je ne voudrais pas qu'on me remette encore des prothèses. Je me laisse le temps. Pour le moment, je suis jeune. Je pense qu'à 27 ans, pour moi, c'était... C'était légitime de faire cette reconstruction par prothèse. Mais ça n'empêche que ça met du temps à accepter. On met du temps à accepter. On voit notre corps changer. On voit les cicatrices sur tout le torse parce qu'on a les cicatrices de la chambre implantable. Là, il y a les cicatrices de la mastectomie. Moi, j'ai eu du mal à regarder mes cicatrices. J'ai mis du temps. J'ai mis un mois après l'opération. J'avais peur, j'avais peur de voir. Donc j'en parlais avec ma psychologue, bien évidemment. Elle m'a dit que j'étais obligée à rien et que je pouvais prendre le temps que je voulais. Mon entourage, ma maman et mon conjoint ont vu les cicatrices de suite. Et ils m'ont dit... qu'elles étaient très bien faites, que le résultat était beau. Mais malgré ça, je n'y arrivais pas. J'ai commencé à regarder les cicatrices seulement presque un mois après. Donc j'ai commencé pendant les pansements, quand les infirmières venaient, qu'elles enlevaient le pansement. Je regardais d'en haut et ça a été déjà compliqué. Forcément, le plus compliqué, ça a été de voir mon reflet dans le miroir quand je n'avais plus les pansements. J'avais demandé à mon conjoint de m'accompagner. Et quand j'ai regardé, forcément, j'ai pleuré. Et je lui ai dit mot pour mot, j'ai l'impression de revenir de la guerre. Et ce à quoi il m'a répondu, mais tu as fait la guerre. Et clairement, je me suis vue mutilée. Je pense qu'on n'en a pas forcément conscience. Les gens n'en ont pas conscience. Mais moi, je l'ai sentie comme une amputation. Je sais qu'il y a des personnes qui se font... amputé de jambes ou de bras et la poitrine ça reste quand même une amputation. On nous enlève une partie de nous et il faut apprendre à se réapproprier son corps, à s'accepter comme ça. Surtout que pendant les chimiothérapies, il y a déjà un changement physique, notamment la chute des cheveux. Moi c'est quelque chose que j'ai beaucoup appréhendé. Quand on m'a dit que j'allais faire de la chimio, c'est ce qui m'a... forcément les effets indésirables nous angoissent, mais moi j'ai beaucoup eu peur de cette chute de cheveux. Ça peut paraître superficiel pour certains, mais j'avais des cheveux très longs, très épais, et c'était mon identité. Et puis je me suis dit, en fait, surtout la maladie, elle nous impose déjà beaucoup de contraintes et beaucoup de choses. Et j'ai dit, c'est encore quelque chose que la maladie vient m'imposer. Et je n'ai pas choisi ça, ce n'est pas moi qui l'ai voulu. Et je pense que c'est ça qui est le plus dur. Moi, j'ai eu de la chance de garder mes cheveux jusqu'à la 13e chimio. Bien évidemment, ils étaient quasiment tombés. J'avais des trous sur tout le crâne. Mais j'arrivais à les camoufler avec des foulards, surtout que c'était en plein été. J'avais déjà coupé court mes cheveux au carré dès l'annonce pour limiter les dégâts. Mais en fait, chaque shampoing, c'était une angoisse. Chaque shampoing, c'était une torture parce que déjà, ça faisait mal au cœur chevelu. Ça a fait une sensation de tiraillement. On a les cheveux qui nous tirent, qui nous font mal. Et au-delà de ça, psychologiquement, de voir cette grosse touffe de cheveux dans l'évier à chaque shampoing, à chaque brossage, c'était très dur. Mais je n'arrivais pas à passer le cap. Je n'arrivais pas à me dire que j'allais devoir me raser. Je sais que pas mal de femmes ont préféré des... Les premières chimios, quand ça commençait à tomber, quand elles se retrouvaient avec des poignées de cheveux dans les mains, elles ont préféré raser immédiatement. Moi, je n'y ai pas voulu. Je n'y arrivais vraiment pas. Mais du coup, je m'imposais une souffrance quand même à chaque douche. Et jusqu'à la 13e chimio, donc au mois d'octobre, j'ai voulu tenir. Et je pense qu'inconsciemment, on a espoir que ça ne va pas nous arriver, qu'on va réussir à conserver les cheveux qui nous restent. Je pense qu'on est un peu dans le déni, jusqu'au jour où je me suis rendue compte que ce n'était plus du tout possible. Déjà, même si j'avais les foulards, mais moi quand je me voyais sans foulard à la maison, ce n'était pas possible. Et puis en plus, je m'infligeais vraiment de la souffrance à chaque douche, à chaque shampoing. Donc j'ai pris la décision de raser début octobre, un mois avant la fin de mes chignots. Et pour moi, ça a été un moment très difficile. J'ai été chez une coiffeuse spécialisée, accompagnée de mes parents et de mon conjoint. Pour moi, ça a été un moment très difficile. J'en ai souffert, j'ai beaucoup pleuré. Mais à partir du moment où j'ai rasé, il y a quand même une forme de soulagement. Une forme de soulagement de se dire qu'on ne va plus les voir sur l'oreiller, ou dans nos mains, ou sur la brosse. et que... On arrive à la fin, pour ma part, c'était la fin des traitements un mois après. Donc, je me suis dit, ça va repousser. Mais je ne regrette pas d'avoir fait comme ça. Parce que beaucoup m'ont dit, mais tu ne regrettes pas de t'être infligée autant de souffrance. Tu n'aurais pas mieux fait de raser dès le début. Mais je pense que je n'étais vraiment pas prête. Et je pense qu'il faut attendre d'être prête pour le faire. Et ne pas écouter ce qu'on nous dit ou ce qu'on nous conseille. Et faire vraiment ce que nous, on veut et ce qu'on ressent le mieux pour nous. Après, une fois rasée, bizarrement, ça va, je ne me suis pas trouvée si moche que ça. Mais c'est vraiment, pour moi, j'appréhendais parce que la chute de cheveux s'associe à la maladie. Forcément, quand on a nos cheveux ou même, voilà, moi je mettais des cheveux. On sort dans la rue, personne ne sait, personne ne se doute de rien. Mais au-delà du regard des autres, c'est son propre regard. Moi, je disais, quand on me dit oui, t'as peur de raser parce que t'as peur du regard des autres, je disais non, j'ai peur de mon propre regard dans le miroir parce que je savais très bien que quand je sortirais, je camouflerais tant bien que mal, je mettrais des foulards, j'avais une perruque. Donc je savais que j'arriverais plus ou moins à le cacher, Alors que... Quand on se regarde, nous, dans le miroir, on ne peut pas se cacher. On est mis à nu et on réalise encore plus qu'on est malade. Et je pense que c'est ça le plus difficile à accepter. Parce qu'il y a une forme de déni quand on nous fait l'annonce, quand on a beau subir tous les traitements, c'est concret. Mais en même temps, on est dans le déni parce que, je ne sais pas, j'ai l'impression qu'on se dit toujours qu'on va se réveiller, que c'est un cauchemar. Et quand il y a la chute de cheveux, pour ma part, ça concrétisait encore plus la maladie, encore plus que les traitements, encore plus que la mise en place de la chambre implantable. Donc j'ai réussi finalement à passer le cap. Et dans toutes les étapes de la maladie, dès l'annonce, j'ai toujours été très bien entourée par ma famille, par mon conjoint, par mes amis. Je sais que c'est une chance absolue. Il y a des personnes qui ne sont pas entourées et déjà c'est très difficile. Donc si on n'est pas entouré, j'ose même pas imaginer. Donc pour ça, je remercie mes proches. Je sais que ce n'est pas facile pour les personnes qui nous accompagnent de près ou de loin parce qu'ils souffrent aussi, parce qu'il y a toujours cette peur de ne pas savoir faire ou d'être maladroit avec nous. Moi, j'ai toujours tenu à ce que mes amis, mes proches ne changent pas leur façon d'être avec moi. Parce que certes, je suis malade, mais je suis toujours la même personne. Et je sais que pour certaines personnes, justement, ça a été compliqué. Mais je ne leur en veux pas. Je sais que ce n'est pas facile. Ce n'est pas facile pour nous, mais ce n'est pas facile pour eux. J'ai été très bien accompagnée par mon conjoint. Il a toujours été là. Il m'a soutenue dans tous les moments difficiles. Parce que j'ai été entourée, mais c'est vraiment lui qui a été mon plus gros soutien. Dans le sens où c'est lui qui voyait vraiment tous mes états d'âme. toutes mes angoisses le soir, quand je pleurais, quand tout sortait, c'est lui qui subissait ça avec moi parce qu'à côté de ça, j'essayais de le cacher. En fait, j'ai toujours essayé de ne pas montrer, de protéger mon entourage parce que je me disais qu'il le savait que je n'étais pas bien, mais s'il ne le voyait pas, ça irait mieux. Donc, j'ai toujours plus ou moins caché. J'ai toujours gardé ma... Ma joie de vivre, mon humour. J'essayais de faire passer des choses par l'humour pour leur montrer qu'il fallait dédramatiser la chose, même si c'était quelque chose d'horrible. Et il n'y a vraiment que quand j'étais chez moi le soir, parce que c'est surtout le soir que les angoisses surviennent, évidemment. C'est dans ce moment-là que mon conjoint a été mon pilier le plus solide. Il n'a jamais changé son regard envers moi. Je me suis toujours sentie profondément aimée, profondément désirée. Et ça, c'était très important. Il m'a apporté, surtout dans ces moments où notre corps change, notre rapport au corps est différent. On perd confiance en nous. Mais c'est aussi, la maladie nous apprend aussi beaucoup sur nous. Et on se rend compte que quand on est une bonne personne, on le dégage et c'est très important. Il y a une phrase que j'aime beaucoup, que j'utilisais bien avant la maladie, c'est « aucune beauté ne brille plus que celle d'un bon cœur » . Et pour moi, ça a encore plus fait écho durant la maladie, parce que je me dis que le physique, il changera forcément à un moment dans notre vie. Mais quand on est une bonne personne, je pense que c'est le plus important de rester telle qu'on est, de ne pas changer, même si les épreuves de la vie... Ils sont difficiles et même si on vit l'enfer, il faut rester tel qu'on est. J'ai aussi ressenti beaucoup de culpabilité au début, de faire subir ça à mes proches, subir ça à mon compagnon, même s'il me disait que je ne l'avais pas choisi, que ce n'était pas ma faute forcément. Moi, j'ai vraiment ressenti cette culpabilité parce que je me disais si je n'étais pas dans leur vie, ils ne subiraient pas tout ça avec moi et ils ne vivraient pas ça. Autre chose qui a été importante pour moi, c'est l'accompagnement d'autres personnes qui vivaient la même chose que moi, d'autres femmes. Au tout début de l'annonce, bizarrement, je me suis mise à avoir que des vidéos, que des témoignages sur le cancer sur les réseaux sociaux. Mais ça m'a permis d'échanger avec ces femmes-là. Je trouve que c'est bien parce qu'on se porte. Et encore une fois, notre entourage est très important pour nous. Ils se mettent à notre place, mais ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Tandis que ces personnes-là qui vivent la même chose que nous, on sait qu'elles nous comprennent à 100%. On sait que si on a des questions, si on a besoin de se confier et qu'on a peur de le dire à nos proches parce qu'on a peur de les inquiéter. Je trouve que c'est un bon refuge aussi d'avoir un soutien d'autres femmes. Moi, ça m'a beaucoup aidée. Je sais qu'il y a beaucoup de femmes qui ont créé des réseaux sociaux pour en parler. Et je trouve ça super. Je trouve que c'est très important. Moi, je n'ai pas fait de réseaux sociaux particuliers. J'ai juste partagé spontanément ce que je vivais à travers mes réseaux sociaux personnels. Je sais que pour certains, ça peut être particulier. Il y en a qui se demandent pourquoi on partage tout ça, pourquoi on s'expose. Ils pensent peut-être qu'on veut attiser la pitié, mais pas du tout. Au contraire, déjà, il y a une part de libération à faire ça. Et en plus de ça, au-delà d'en ressentir le besoin, c'est aussi un besoin d'aider les autres. et on se dit que si à notre échelle, on peut aider par nos vidéos, par nos... Notre parcours, on peut aider d'autres personnes qui vivent la même chose ou qui vont vivre la même chose. Je pense que c'est super important. Si je devais donner un conseil à des personnes qui vont vivre la maladie, ça serait de faire étape par étape. C'est vraiment le plus important, step by step. Moi, c'est ce que je me disais parce que quand on nous fait l'annonce et qu'on nous annonce tout ce protocole, ça nous paraît insurmontable. Et on ne sait pas comment on va faire. On a tendance à angoisser sur le après, alors qu'on n'a déjà pas fini de vivre le moment présent. Pareil, par exemple, pour les chimiothérapies, quand j'ai su que j'allais avoir l'opération, la mastectomie, j'ai commencé à angoisser, alors que j'étais encore en chimiothérapie. Et je me suis dit, attends, pour l'instant, le plus important, c'est le traitement actuel. C'est absolument traiter la tumeur. Tu verras après au moment voulu. Et je pense que ça m'a beaucoup aidée. Et aussi de se faire confiance. Quand vous avez un doute sur votre état de santé, sur un symptôme, il faut vous écouter. Parce que de plus en plus de cancers arrivent chez les jeunes. Ça n'arrive pas qu'aux autres. Et ça, c'est une phrase qui est vraiment réelle. Parce qu'on se dit, non, mais ça ne peut pas m'arriver. je ne fume pas, je ne bois pas, j'ai une bonne alimentation, je fais du sport, etc. Je suis trop jeune pour, mais malheureusement, ça n'arrive pas qu'aux autres. Donc écoutez-vous et faites-vous confiance. J'ai eu également de la radiofréquence. La radiofréquence a pour but de détruire la métastase osseuse par la chaleur. On vient placer une aiguille électrode dans la lésion qui se situe pour ma part dans l'os, au niveau de ma vertèbre. Et ça, ça se passe sous contrôle d'imagerie, en anesthésie générale. Donc je l'ai fait début janvier, un mois après la double mastectomie, donc un mois après avoir eu déjà une anesthésie générale. Donc c'était encore quelque chose d'éprouvant pour le corps et pour l'esprit. Aujourd'hui, j'ai encore des rendez-vous médicaux et des rendez-vous de contrôle, mais beaucoup moins présents que durant ces six derniers mois. J'ai de la kiné pour mon bras. là où j'ai eu la double mastectomie et où j'ai eu le curage. Donc j'ai la kiné pour mon bras pour retrouver ma mobilité et aussi pour améliorer l'aspect des cicatrices. Donc forcément, on arrive à la fin des traitements, même s'il y en a toujours, parce que ce n'est pas fini. Mais les rendez-vous médicaux, ça se passe et on passe dans la phase de l'après-cancer. Et c'est à ce moment-là aussi où c'est difficile. Je trouve qu'on parle beaucoup de l'après-cancer, mais on le sous-estime. Moi, la première, quand on m'en a parlé au début de mes traitements ou quand j'en entendais parler, je me disais, c'est pas possible que ça soit compliqué. Justement, on a fini. Enfin là, ce qu'on vit pendant les traitements, c'est déjà horrible. Ça ne peut pas être pire, mais honnêtement, c'est compliqué parce qu'on a plus de temps pour réfléchir. Forcément, le psychique prend le dessus sur le physique parce que pendant les traitements, on fonce tête baissée. On ne réalise pas, on n'a pas le choix, on ne réfléchit pas vraiment et on y va. On est en pilote automatique et on se dit juste qu'il faut tenir. Il faut que le corps tienne, il faut que le corps combatte. Et quand ça se calme, forcément, on n'a plus le temps de réaliser. On se retourne et on voit tout le chemin qu'on a parcouru. Et il y a aussi un décalage avec l'entourage, parce que leur vie, elle est la même. Leur vie a continué et c'est tout à fait normal. Sauf que nous, notre vie, elle a été mise en suspens pendant des mois. Et on attend de nous, parfois, qu'on redevienne comme avant, que notre vie reprenne là où elle s'était arrêtée avant l'annonce. Et c'est chose impossible. Oui, on va retrouver de la vie, mais c'est juste qu'il faut du temps pour se réapproprier cette nouvelle vie, ce nouveau corps, ce nouvel esprit. Il faut du temps. Il faut accepter que la vie, elle ne sera plus la même que celle qu'on a laissée avant tout ça, qu'elle va à présent être rythmée par des rendez-vous médicaux, des rendez-vous de contrôle et ceux à vie. Mais du coup, il y a toujours cette peur de la récidive, cette peur de développer d'autres cancers. Mais il faut apprendre à ne pas y penser tous les jours, à vivre pleinement et forcément plus intensément. Parce que la maladie, c'est quelque chose d'horrible. Mais il y a toujours une leçon à en tirer. Et je pense que ça nous fait nous découvrir, nous révéler. Moi, pour ma part, ça m'a fait prendre confiance en moi et me sentir capable. J'ai découvert une force que je ne soupçonnais pas avant les traitements. Et me dire que j'ai réussi et que maintenant que j'ai réussi, il faut absolument que je vive pleinement. Il faut laisser derrière nous les choses futiles, se concentrer sur l'essentiel, se faire confiance et s'écouter. Il faut aussi s'entourer des bonnes personnes, de personnes... vraiment sincère et qui nous élève. Et si ça paraît insurmontable sur le moment, il faut se dire que ça ne l'est pas et que forcément, tout passe.