- Speaker #0
Bienvenue dans la quatrième saison de Everything Happens for a Reason, le podcast dédié au métier de la création. Je suis Lily Bonnet et je soutiens la créativité au sens large depuis plus de 25 ans. Manager, agent, business coach, j'accompagne les indépendants et les organisations des industries créatives dans leur expansion. Mon but, c'est d'insuffler plus de créativité dans le management et de management dans la créativité. Dans ce podcast, j'accueille le 15 de chaque mois un ou une invitée avec qui j'explore les aspects business, management, stratégie, communication, opérationnel de leur métier. De près ou de loin ? ils ont tous en commun une profonde créativité qui les porte. Alors j'ai à cœur de vous faire découvrir des personnalités, des visions et des rêves. Et si vous appréciez ce podcast pour les sujets qui y sont abordés, vous serez aussi certainement sensibles à sa qualité audio. Et ça, c'est grâce à Philippe Drevet, musicien, et aussi mon mari, qui en signe l'identité sonore, la musique originale et la réalisation de chaque épisode. Tout se passe pour une raison. Un amour inconditionnel pour, je cite, les spaghettis bolognaises, les aéroports, son chat et les vieilles universités. Sébastien Gaffari est architecte et designer. Il est notamment connu pour ses trumeaux. Alors c'est quoi un trumeau ? C'est un terme d'architecture qui signifie... qui qualifie l'espace d'un mur entre deux fenêtres. Si vous ne voyez pas ce que c'est exactement, je vous invite à consulter son site et son compte Instagram qui en regorge. Nous nous sommes rencontrés en 2024, alors qu'il était finaliste de Design Parade à Toulon. En binôme avec Sarah Guedes, ils y présentaient Palazzo, conçu comme une terre d'accueil pour les migrants qui ont dû tout quitter. Ce qui résonne d'ailleurs avec sa propre histoire. Car ses parents, d'origine libanaise, ont fui la guerre civile. Alors dans cet épisode, nous avons notamment parlé, évidemment, de l'histoire des Trumeau et de sa fascination pour cet élément ornemental. De l'impact qu'a eu le concours Design Parade sur sa carrière, de sa rencontre déterminante avec India Madhavi et comment elle continue à le suivre et le conseiller. De l'importance de l'enseignement qu'il a embrassé dès son diplôme. et de la place que tient l'expérimentation dans toute sa démarche de concepteur. Et bien sûr, de tous les autres aspects qui font la vie d'un architecte slash artiste-auteur slash enseignant. Alors même si la majorité de ses projets sont à Paris, Sébastien vit, travaille et enseigne à Bordeaux. Un choix de vie qu'il ne changerait pour rien au monde. Car c'est là qu'il se sent finalement le plus aligné avec lui-même et avec son chat. Bonjour Sébastien.
- Speaker #1
Salut Lily.
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, je vais bien,
- Speaker #0
merci. Ça se voit.
- Speaker #1
Je suis souriant.
- Speaker #0
Toujours remarque.
- Speaker #1
Assez,
- Speaker #0
assez.
- Speaker #1
Je suis assez sociable, on va dire.
- Speaker #0
C'est ça. T'es un oiseau de campagne mais sociable à la ville.
- Speaker #1
En fait, j'aime bien la rencontre. C'est vrai que ça me fait plaisir de rencontrer des personnes et de parler avec eux. Alors, j'aime bien la rencontre dans un cadre, on va dire, où généralement c'est assez créatif, il y a la stimulation. Parce que j'aime bien aussi être seul, quand même.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. On va en parler. C'est le balancier. C'est inhérent à ton activité aussi, je pense, finalement. Avant de rentrer dans les détails, dans le vif du sujet, tu le sais, ce podcast est intitulé « Everything happens for a reason » et j'aimerais savoir ce que ça veut dire pour toi. Qu'est-ce que ça évoque ?
- Speaker #1
Alors, moi je pense que les choses qu'on invoque arrivent tôt ou tard. Je pense que déjà, c'est une première indication quand on travaille, quand on croit en des choses, quand on teste, quand on expérimente et qu'on échoue. persévérant. Je pense vraiment que les choses que l'on a en tête se produisent.
- Speaker #0
Je suis tellement d'accord. J'aime beaucoup que tu parles d'échec, parce que c'est pas très français. C'est vrai que c'est une conception qui est assez anglo-saxonne, cette notion que l'échec est une opportunité. Moi, j'y crois énormément. Ça fait partie d'ailleurs de la créativité. Le fait vraiment d'entraîner sa créativité, c'est comme tu viens de le dire, en essayant, en essayant et en échouant.
- Speaker #1
Pour toi,
- Speaker #0
c'est indispensable.
- Speaker #1
Oui, mais en fait, moi, je pense même qu'il n'y a pas d'échec. Dans notre métier, qui est en tout cas dans le domaine de la création, il n'y a pas d'échec. Il y a des tentatives. Et en fait, c'est ces tentatives-là qu'il faut aimer très fortement. et donc je pense que ça s'apprend on apprend à aimer les tentatives à aimer les actes manqués et donc moi vraiment j'enlace les échecs et les tentatives parce que c'est inhérent au process ça
- Speaker #0
tu l'as tu l'as appris de toi même ou est-ce que t'as eu même des professeurs qui t'ont encouragé ?
- Speaker #1
All right. Alors, on va dire que ça s'apprend quand même dans le temps. Parce que quand on est jeune étudiant et qu'on se retrouve dans un contexte où on ne connaît pas encore nos capacités, où on est dans une forme de découverte, l'échec peut être très dur à intégrer, à accepter. C'est souvent d'ailleurs signe d'abandon pour plein de personnes. C'est aussi un signe d'épuisement. On est quand même tout le temps dans une forme de recherche de nous-mêmes qui n'aboutit pas forcément à un résultat. Donc c'est quand même, quand on est jeune, très difficile à accepter. Mais on va dire que dans le temps, et en aimant quand même ce que l'on fait, on commence à aussi apprécier l'échec. parce qu'on est dans une découverte et que finalement cette découverte-là, on commence à comprendre qu'elle est utile, parce qu'elle nous ouvre sur d'autres pistes auxquelles on n'aurait pas pensé. Et donc, moi je pense que c'est quelque chose que j'ai appris tout seul en réalité. J'aurais aimé, j'avoue, avoir un enseignant, un référent, enfin une référence. en tout cas un adulte avec son expérience qui me disent tu verras l'échec fait partie intégrante de ton métier. Ça j'aurais aimé qu'on me le dise vraiment clairement. Disons que je l'ai vraiment plutôt découvert et je l'ai apprivoisé.
- Speaker #0
C'est joli, apprivoisé. Évidemment on va en parler parce que... enfin Tu es enseignant aussi, et c'est une grande partie de toi. Est-ce que toi, tu essayes justement de transmettre notamment ça aux étudiants ?
- Speaker #1
Oui. Alors, il faut savoir que je suis enseignant dans l'école où j'ai été étudiant.
- Speaker #0
Ah, c'est la même école, l'école de Condé, donc, à Bordeaux ? Oui,
- Speaker #1
qui n'était pas Condé à l'époque. C'était une école indépendante, une petite école indépendante. On était 200 peut-être, grand max, étudiants. Et donc moi j'ai vraiment aimé être étudiant. J'ai adoré être étudiant. Ça a été mes plus belles années de découverte sur moi-même et sur mes capacités à m'exprimer. Ça a été une découverte, vraiment. Et donc, j'ai poursuivi. Après, je suis allé en école d'architecture. J'ai eu mon diplôme d'architecture. Et dès que j'ai eu mon diplôme, je suis revenu dans cette première école, cette école de design qui est devenue l'école de Condé. Et j'ai demandé à être enseignant. Donc,
- Speaker #0
très vite.
- Speaker #1
Direct après mon diplôme.
- Speaker #0
C'est rare.
- Speaker #1
En fait, c'est parce que j'ai eu une... peur... Incroyable, quand j'ai fini mes études, j'ai eu très peur que la recherche s'arrête. J'ai eu comme ça une prise de panique où je me suis dit mais merde...
- Speaker #0
C'est pas grave. Oups, un gros... Vous auriez vu sa tête.
- Speaker #1
Oui parce qu'en fait normalement je suis vulgaire.
- Speaker #0
Moi aussi. Ok bon ça va alors.
- Speaker #1
Mais je me suis dit, là, la recherche va s'arrêter. Qu'est-ce qui va se passer ? Parce qu'en fait, pour moi, l'école est un laboratoire de recherche. J'ai été passionné pendant huit ans à faire mes études. J'ai adoré faire plein de projets différents. Et en fait, il s'est passé que j'ai eu mon diplôme et là, un grand vide. Je me suis dit, mince, je vais devoir aller en agence. Et en fait... potentiellement toute cette stimulation, cette matière grise que j'ai accumulée, potentiellement, je ne vais pas pouvoir la réutiliser ou je n'aurai pas autant de stimulation. Bref, une panique absolue.
- Speaker #0
Pour toi, il était clair qu'une fois que tu étais diplômé, tu allais en agence. Tu ne te mettais pas à ton compte tout de suite.
- Speaker #1
Oui, parce que je n'avais pas les armes, je ne me sentais pas prêt et puis j'avais besoin encore de... D'apprendre, en fait, quand on sort de l'école d'architecture, d'ailleurs on nous le dit souvent, on apprend l'architecture mais on n'apprend pas à être architecte.
- Speaker #0
C'est très juste.
- Speaker #1
Et en fait, c'est en agence qu'on apprend à être architecte, se confronter à la réalité, à des responsabilités, aux clients, au budget, tout ce qu'on n'apprend pas à l'école, on l'apprend en agence. Donc en fait, ma formation n'était pas terminée en réalité, et elle ne l'est pas pour les étudiants qui sortent avec un diplôme, la formation n'est pas terminée. Ils doivent continuer à se former en agence. Voilà. Et donc, à tort, j'ai cru que le monde s'arrêtait. Et donc, je me suis dit, je vais continuer à être dans des écoles, mais autrement qu'en étant étudiant. Et donc, je suis devenu enseignant pour rester étudiant. Rejette. Vraiment. Donc ça, c'est tout de suite un vrai choix. Je me suis dit, je vais rester dans ces écoles, en fait. Et je vais être un étudiant plus pour mes étudiants. Et donc, comme ça, je pouvais continuer à absorber plein de sujets différents, des concepts, des problématiques, des sujets de société transdisciplinaires.
- Speaker #0
Tu vois, j'adore parce que parfois, les enseignants, déjà, attendent d'avoir quand même acquis une certaine expérience avant de pouvoir prétendre à l'enseignement. Et aussi certains, un peu old school, se positionnent un peu ce qu'on appelle en posture haute, c'est-à-dire s'estiment supérieurs aux étudiants, parce que sachant, entre guillemets. Et toi, c'est l'inverse. J'adore. C'est-à-dire que tu t'es dit, je veux continuer à explorer, à apprendre. Et donc, trouver un moyen de rester dans l'école, je trouve ça génial.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'être enseignant, c'est aussi accepter qu'on est encore en apprentissage.
- Speaker #0
On l'est tous.
- Speaker #1
Oui, on est en apprentissage et de toute façon, on est devant une génération en constante évolution. On a une nouvelle génération à chaque nouvelle année.
- Speaker #0
Bien sûr, chaque promo.
- Speaker #1
Donc, tout se rejoue chaque année. Des nouveaux enjeux se rejouent chaque année. Et donc, nous, ça nous oblige à être en éveil tout le temps, à nous requestionner, à être... en veille à avoir une mise à jour de manière perpétuelle. Et moi, c'est ce que je cherchais. C'est vraiment ce que je cherchais en tant qu'enseignant. Et puis, moi, je trouve que ma pratique, en tout cas mon affinité de pratique, est de réaliser du concept. Et donc là, je suis dans tout simplement un grand terrain de jeu qui est l'école où je peux Merci. aider des étudiants à générer des concepts de projets et poser des problématiques sociétales.
- Speaker #0
Donc tu interviens en quelle année ?
- Speaker #1
Moi je suis référent du master architecture, intérieur et scénographie. Donc master 1 et 2 et je suis tuteur de tous les PFE de mes étudiants. Donc c'est quand même...
- Speaker #0
PFE,
- Speaker #1
projet de fin d'études. Et donc c'est quand même une vraie responsabilité. C'est un vrai engagement.
- Speaker #0
et donc ça me prend du temps j'allais dire c'est un énorme volume horaire ça marche en semestre ?
- Speaker #1
ça marche en semestre j'ai deux semestres dans l'année c'est quand même toute l'année j'ai mon été donc c'est chouette après un temps plein enseignant fait qu'on a quand même un peu le temps à côté pour pouvoir exercer, avoir une vie professionnelle parallèle.
- Speaker #0
Qui est aussi indispensable à ta pratique d'enseignement, je pense.
- Speaker #1
Oui, en fait, les deux sont complémentaires. Et aujourd'hui, je ne me vois pas être enseignant sans être professionnel. Et je ne me vois pas être professionnel sans être enseignant. C'est vraiment deux profils qui me conviennent aujourd'hui. Mais en tout cas, oui, j'ai un super Google Agenda. Je suis super bien organisé.
- Speaker #0
C'est ça, t'es obligé.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Mais ça me passionne vraiment et j'en ai besoin. Aujourd'hui, c'est un vrai besoin d'être en contact avec les étudiants. C'est une respiration. C'est une vraie respiration quand on crée sa structure à côté. et qu'on a des contraintes budgétaires, des contraintes techniques, des échéances, des comptes à rendre, quand on arrive à l'école et qu'on est face à des étudiants qui se posent des vraies questions, des vraies problématiques créatives, et que... On est là, nous, pour les aider. On est là pour les éclairer aussi, pour les amener vers d'autres domaines. Ça nous fait du bien. Ça fait vraiment du bien à tout le monde.
- Speaker #0
Tu sais ce qu'ils disent de toi, tes étudiants ?
- Speaker #1
Non, et c'est tant mieux. Je n'ai pas forcément envie de savoir ce qui est dit. Je pense... En tout cas, j'essaye d'être le prof que je n'ai jamais eu. Donc, j'ai vraiment...
- Speaker #0
Sacrée pression, non ?
- Speaker #1
C'est un essai, c'est une tentative. C'est une tentative. Non, en fait, c'est juste que j'essaye d'en avoir conscience. C'est-à-dire que j'ai eu des enseignants en école d'architecture. C'est une époque particulière, ça a été un type d'enseignement, on a charrété, ça a été un peu dur. Et j'ai la chance de repenser ça aujourd'hui en tant qu'enseignant. C'est-à-dire comment ne pas reproduire ce que j'ai vécu et en même temps quelle pédagogie je souhaite transmettre.
- Speaker #0
Tout en les préparant quand même aussi à la réalité du métier.
- Speaker #1
Oui, il faut les préparer à la réalité du métier. Et il faut les préparer de manière générale, à la vie. Et donc aussi à des parcours qui peuvent être différents. Moi, je suis très sincère avec eux. Je leur dis qu'on est sur un domaine qui permet d'avoir plusieurs métiers. En tout cas, ça peut aussi juste être une étape pour après faire autre chose. Donc, on les éclaire au maximum. On est à l'écoute. Et moi, je respecte beaucoup les choix de mes étudiants sans jugement.
- Speaker #0
Donc, en parallèle, tu as évidemment cette activité de design et architecture. Et en fait, je vais raconter quand même rapidement. J'aime bien toujours comment on s'est rencontrés. On s'est rencontrés en 2024 à la Design Parade à Toulon. Tu étais finaliste avec Sarah Guedes, ton amie Sarah. Le projet s'appelait Palazzo. C'est marrant parce que vous étiez dans la salle qui était juste à côté de celle d'Alice et Mathia que j'ai accompagnée pendant plusieurs mois et qui avait reproduit un train. une cabine de train c'était magnifique ils ont d'ailleurs eu le prix Jeune Public et en fait j'ai adoré aussi ce que vous aviez fait avec Sarah et alors toi en fait Tu as été repéré notamment pour les trumeaux. Tu vas nous expliquer parce que c'est un mot que tu dois employer 25 fois par jour au moins. C'est ta passion, on t'associe à ça. D'ailleurs, c'est là qu'India Madavit a repéré. Ensuite, tu vas nous raconter, mais tu as pu faire un projet avec India. Déjà, explique-nous ce qu'est un trumeau. Et surtout, comment toi, tu l'as réinventé d'une certaine façon ? Enfin, en tout cas, comment tu l'as réapproprié exactement ?
- Speaker #1
Oui, alors déjà, moi, je vais reparler un petit peu de la Design Parade avant.
- Speaker #0
Oui, tu as raison.
- Speaker #1
Déjà, c'est un concours qui me tenait à cœur, que j'ai fait avec Sarah Guedes, qui est une amie de longue date. C'est vraiment une binôme dans ma vie. et donc elle est très importante pour moi on est très connectés on a fait beaucoup de projets ensemble d'ailleurs on a d'abord été collègues avant d'être amis d'ailleurs et ensuite on n'a plus été collègues mais on est restés amis et donc on a fait ce projet Palazzo parce qu'on voulait parler de déracinement et donc Donc... C'était un sujet qui nous tenait à cœur.
- Speaker #0
Par vos histoires personnelles respectives ?
- Speaker #1
Par nos histoires personnelles, on voulait parler de la relation entre le patrimoine et le déracinement. Et quel rôle peut avoir l'architecture d'intérieur dans des vies qui sont un peu déracinées ? Quel rôle, en tout cas protecteur, l'architecture d'intérieur peut avoir ? devenir. Il peut être source aussi de refus. Donc Palazzo, c'est quand même l'image épinale. On voulait explorer l'image épinale de Palazzo qui est la maison, le foyer séculaire, immobile qui traverse le temps.
- Speaker #0
Je peux lire d'ailleurs le texte si tu me permets. Ce salon accueille deux déracinés. Amis, ils cheminent ensemble. On ne sait pas d'où ils viennent ni où ils vont. Dans ce lieu à l'abandon, mais chargé d'une longue histoire qui leur fait désormais défaut, ils s'inventent un foyer séculaire, avec cet art d'habiter qui n'existe que dans leur tête. Pour tous ces passants qui ont dû quitter leur maison et qui ne savent plus où s'ancrer, il existe un palais.
- Speaker #1
Ça c'est un texte que j'ai écrit. C'est marrant parce que vous parliez de texte. parce que c'est avant tout, c'est aussi en tout cas un projet qui se lit. Parce que le projet est avant tout un récit. Et donc au début, c'était une poésie, c'était un conte en fait, qui avait été écrit par Anne-Fleur Multon, qui est écrivaine. Et donc c'était un premier texte qu'on avait déposé le jour. Pour concourir, on avait déposé un texte, un conte. C'était le conte Palazzo. On suit deux voyageurs qui traversent les paysages. C'était un poème assez lumineux. C'était un très beau conte qui n'avait ni unité de temps ni de lieu.
- Speaker #0
Donc universel.
- Speaker #1
Voilà. On a été pris sur la base de ce texte. C'est génial. Et pour la deuxième phase, il fallait qu'on complète le projet et le dossier avec des images. Sauf qu'on a proposé une réinterprétation de ce texte, où on a tout simplement proposé les interlignes du texte. En fait, ce texte, ce conte avait un sens caché. Et donc, en fait, on explique que ce ne sont pas deux voyageurs, mais ce sont deux migrants. On explique qu'en fait, ils fuient un pays en guerre. Et en fait, ce poème qui était très éliminé, en fait, devient en vrai un vrai texte engagé. Alors que c'est exactement le même texte. Et donc, c'est là où Palazzo prend tout son sens. Donc, c'était à la deuxième phase où là, en fait, c'est Palazzo comme une terre d'accueil. Et donc, ça parle vraiment de ces personnes qui ont dû quitter. Un pays qui ont dû quitter leur maison, leur mobilier et partir avec une valise. Et où est-ce qu'on s'ancre ? Où est-ce qu'on va se ressentir en sécurité ? Où est-ce qu'on peut reconstruire une famille ? Se sentir chez soi. Mais un patrimoine aussi. Moi, je crois aussi au matériel. Donc Palazzo parle de ça aux portes de la Méditerranée.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
parce que le principe de la design parade, c'est toujours que le thème en filigrane, c'est la Méditerranée.
- Speaker #1
Et donc, ça me permet d'introduire le trumeau. Parce que le trumeau, pour moi, est aussi une image que l'on a dans les vieilles maisons, dans les châteaux, dans les maisons de famille, dans les chais aussi. donc on a ces trumeaux là qui sont des trumeaux domestiques c'est assez fascinant parce que ça a une définition complètement floue donc en fait c'est assez incroyable il y en a plusieurs parce que ça peut être porteur, ça peut être ornemental c'est tout simplement un pan entre deux baies, c'est ça la définition ça ne veut rien dire typiquement. C'est clair, c'est tellement vague. Et c'est ce qui me plaît, c'est cette ambiguïté-là. C'est que moi, j'ai en tête le trumeau ornemental qui est le trumeau de cheminée qu'on va dire que tout le monde connaît parce que on le voit souvent dans les appartements osmania. On voit ces miroirs ou ces peintures qu'on menuisait avec un miroir en sous-bassement au-dessus des cheminées. Donc ça, ça s'appelle un trumeau. C'est un code très fin 18e, début 19e. C'est un statut qui est assez fascinant parce qu'il est à la fois immobilier, parce qu'il est scellé au mur, à la cimèse, et il est à la fois mobilier parce qu'il peut quand même se décrocher. Certains trumeaux peuvent se décrocher et donc peuvent avoir un statut de toile ou de meuble. Et donc, moi, c'est cette étrangeté-là qui est dans les arts décoratifs. C'est cette étrangeté d'ambiguïté entre immobilier et immobilier qui m'a toujours fasciné. Et ce qui m'a aussi toujours plu, c'est que le trumeau est toujours une centralité dans la pièce. Et donc, c'est... Mais de par la cheminée. C'est se réunir autour de la cheminée, le foyer, et donc l'image même du foyer domestique. Donc, moi, le trumeau m'a... toujours fasciné parce qu'étant enfant j'allais chez des amis ils avaient ce que je n'avais pas c'est à dire des maisons séculaires avec des trumeaux eux ils avaient des palazzo moi je n'en avais pas et donc j'ai décidé de créer des constitutifs de palazzo c'est à dire des trumeaux qui sont en fait des Adieu ! des entités auxquelles on peut se rattacher pour créer des ancrages. Et donc, mon travail de designer a été évidemment de ne pas réutiliser le trumeau comme on le connaît, telle une antiquité.
- Speaker #0
Ou très bourgeois, justement. Ou très bourgeois,
- Speaker #1
mais plutôt de se questionner de quel statut peut avoir le trumeau aujourd'hui en 2026. Et là, ça devient intéressant. donc quel code esthétique qu'est-ce qu'il veut dire aujourd'hui est-ce qu'il peut retrouver sa place de centralité dans un intérieur qu'est-ce que le reflet dans nos intérieurs et donc plus je rentrais dans ce sujet et plus j'avais des questions qui se formaient c'était un entonnoir inversé Vraiment, c'est un vortex.
- Speaker #0
C'est un vortex,
- Speaker #1
mais passionnant. J'ai commencé à chiner des trumeaux. Ça m'a permis aussi de rentrer dans des demeures auxquelles je n'aurais jamais pu rentrer. Dans des châteaux, dans des grandes villas, dans des grandes maisons centenaires. C'était drôle parce que j'arrivais dans des lieux vides.
- Speaker #0
Et le seul élément qui restait, c'était le trumeau. Parce que les gens ne savent pas si ça fait pas. On peut l'enlever ? Les gens, pareil, se questionnent. Est-ce qu'on doit le laisser ? Est-ce qu'on peut le prendre ? Du coup, je devais venir avec des visseuses, avec des pieds de biche, pour arriver à sortir des trumeaux. Et en décrochant des trumeaux, j'y ai découvert des secrets. Parce qu'en fait, il se trouve que les trumeaux sont des cachettes secrètes qui se transmettent de génération en génération, étant donné que le trumeau est immobile. Et donc, j'ai pu découvrir des mots, des lettres, des bijoux,
- Speaker #1
des relevés de comptes derrière les châssis.
- Speaker #0
Donc ça, je garde, j'ai des choses là.
- Speaker #1
J'allais dire, t'as tout gardé. Oui,
- Speaker #0
j'ai des trésors. C'est pas tout le temps, ça n'arrive pas tout le temps, mais j'en ai quand même pas mal.
- Speaker #1
Tu vas faire une expo un jour ?
- Speaker #0
Je verrai, je ne sais pas ce que je vais en faire encore. Mais ce qui est intéressant, c'est que le trumeau permettait aussi d'arborer des symboles, des messages. Donc soit les armoiries de la famille, ça pouvait être aussi des valeurs religieuses. C'était aussi synonyme de protection, donc ça protégeait la demeure. Donc il y a quand même aussi toute une valeur, on va dire, une aura en tout cas, qui fait que le trumeau a résisté dans le temps.
- Speaker #1
Je t'interromps parce qu'il y a un truc qui me fascine dans ce podcast, qui me dépasse complètement. c'est les liens entre les invités, entre les épisodes, sans que ce soit voulu. Tout à l'heure, avant qu'on commence, on parlait de la colophane, puisque tu es de la région bordelaise et tu as écouté l'épisode avec Sylvain Gobeil, qui est gêmeur, qui récolte la résine et fabrique de la colophane, notamment de musique. Et là, tu parles de symboles et l'épisode juste avant le tien, c'est Julia Coleo, qui, elle, peut être parle beaucoup de géométrie sacrée et elle crée notamment des peintures et des vêtements porteurs de symboles pour venir notamment te protéger. Je trouve que c'est assez magique, justement. Je trouve ça génial comment ça s'enchaîne encore une fois, sans que ce soit voulu. Everything happens for a reason. Bref, je t'interromps parce que j'ai trouvé très beau que tu parles comme ça autant de symbolique. Parce que je ne savais pas qu'il y avait tout ce sens-là sur les trumeaux.
- Speaker #0
Oui, en fait, je pense que d'ailleurs, c'est intéressant que tu parles de symbolique, parce que je pense que c'est vraiment ce qui m'attire à chaque fois que je fais un projet. Je construis une narration.
- Speaker #1
Tu commences par une histoire ? Tu commences par des mots ?
- Speaker #0
Je commence par des mots, je commence par une histoire, mais... Mais j'essaye de trouver aussi, j'essaye de comprendre ce que je fais et j'essaye en tout cas d'avoir un regard et de partager ce regard-là. Et ça, je pense vraiment que c'est inhérent au designer. Et donc, quand on parle de symbolique, d'ailleurs, moi, je me qualifie comme designer quand je fais un trimond et pas artiste, pas forcément artiste. Parce que déjà, j'ai un médium, j'ai créé mon propre médium. Donc, j'ai vraiment fait du design de surface. J'ai fait de l'expérimentation pure pour trouver mon médium à moi qui, en tout cas, revisite le reflet à ma manière, on va dire. Oui,
- Speaker #1
presque déformée, évocative.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment le reflet qui va créer un nouvel imaginaire du monde réel auquel nous sommes confrontés. Et donc, pour parler de symbolique et de symbole, je pense que c'est quand même le cœur de notre travail de trouver aussi du sens à ce que l'on fait. Et donc, je pense qu'en effet, la notion de symbolique, elle est hyper importante. Et en tout cas, pour ma part, elle est centrale. Dans tout ce que je réalise, j'y trouve en tout cas... Une croyance que je partage, des symboles, des valeurs en tout cas, qui permettent de faire vivre l'objet fini. Parce que d'ailleurs, je pense qu'être designer, ce n'est pas faire un objet fini. C'est tout ce qu'il y a en amont.
- Speaker #1
C'est ce que tu disais tout à l'heure, tout ce processus, cette recherche.
- Speaker #0
C'est... En fait, on est... Je trouve qu'on est entouré d'objets très beaux tout le temps, que tout est nommé design, c'est-à-dire tout nouveau mobilier qui sort est intitulé design. Et en fait, ça devient compliqué à comprendre quel est le rôle du designer. Et je pense d'ailleurs que tout mobilier très beau qu'il soit n'est pas forcément du design. Parce que je pense que le design ne définit pas un objet fini. Je pense qu'il définit plutôt une démarche. Et donc, le designer va parler plutôt de relations, de regards, de relations avec le monde. En effet, alors de poésie, je pense aussi. Et il va essayer en tout cas de concilier des... des contraintes et en tout cas des paramètres qui sont très actuels, qui peuvent être la technique, la technologie, le geste, l'artisanat, la notion de consommation et la notion de pérennité. En fait, c'est toutes ces questions qui vont définir, en tout cas je pense, un objet design.
- Speaker #1
Quand on s'est vus tous les deux au salon Matter & Shape, où c'est d'ailleurs là que je t'ai proposé de venir dans le podcast, donc ça c'était au mois de mars, parce que tu étais présent sur le salon avec Mathilde, on va en parler après, mais tu m'as dit, pour moi, être designer, c'est travailler l'invisible. Je ne sais pas si tu t'en souviens.
- Speaker #0
J'ai dit ça ? Oui, tu as dit ça ! J'étais au quatrième jour de salon. C'est ça ! debout, sans être assis.
- Speaker #1
Je l'ai noté parce que j'ai trouvé ça déjà très beau, évidemment, mais surtout, je trouve qu'avec ces deux mots, justement, tu synthétises la démarche.
- Speaker #0
Oui, je pense qu'en effet, je vais un peu paraphraser ce que je viens de dire, mais je pense que le design, c'est tout ce qui est avant et après l'objet. Et en fait, l'objet, c'est qu'un moyen, il va exister. Mais en fait, la démarche, elle vient avant et elle se nourrit et elle s'enrichit encore après. Donc oui, je pense que...
- Speaker #1
Je crois qu'on peut arrêter là.
- Speaker #0
On arrête tout.
- Speaker #1
On va rester là-dessus, comme diraient les psys. C'est génial. C'est très juste.
- Speaker #0
Voilà, mais après, voilà. Et donc, je pense que je t'ai dit... En vrai, je pense que je t'ai dit que... Je travaille l'invisible, c'est parce que je travaille l'invisible. Quand je travaille le reflet à travers le trumeau, je travaille le parfum. Donc c'est aussi tous ces médiums-là qui sont invisibles, mais pourtant bien présents dans un espace. Et c'est vrai que ça me fascine, ça me plaît d'avoir cette conscience-là. Et encore une fois, c'est un prétexte pour créer des narrations, de toute façon.
- Speaker #1
Évidemment, le parfum, on va en parler parce que c'est une énorme actualité en plus pour toi. Et pas que. Je voulais rebondir sur la Design Parade. Outre la rencontre avec India Madhavi, qui a été quand même assez déterminante, notamment toi, ça vous a apporté quoi de le faire ? Pourquoi vous avez voulu le faire et qu'est-ce que ça vous a apporté ?
- Speaker #0
Tu parles de la Design Parade ?
- Speaker #1
Oui, c'est parce que j'ai dit. Pardon. Non, en fait,
- Speaker #0
je ne sais pas.
- Speaker #1
La Design Parade Toulon en particulier, en 2024, le fait d'être finaliste, d'avoir la chance d'être parmi les dix projets à être réalisés dans cet ancien évêché, etc. Qui maintenant, ça va être autre chose. Mais ce lieu qui est génial, où on déambule de projet en projet. Je sais qu'India, elle a repéré beaucoup de talents là-bas. il y a eu les Crafties, Maximilien Pellet il y a du beau monde elle a été quand même la présidente du jury de la première édition à l'invitation de Jean-Pierre Blanc et donc toi c'était le jury qui était présidé par Marion Maylander il y avait notamment Jean-Charles de Castelbajac mon idole tellement d'entre nous donc qu'est-ce que ça vous a apporté au delà de cette reconnaissance déjà
- Speaker #0
c'est vrai et que quand. Quand tu fais Design Parade, alors déjà, et tant mieux, tu ne t'attends pas à ce qui va se passer. Encore heureux. Tant mieux parce que c'est quand même un travail colossal, la Design Parade, pour les finalistes. On est un mois à temps plein à faire un espace. Alors on est aidés, il y a des partenaires et la ville à Noailles est quand même incroyable et nous porte vraiment. Mais vous construisez votre projet.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
et puis c'est vraiment un engagement à temps plein. Et en effet, il faut créer un projet qui a quand même une vraie pertinence en très peu de temps. Et donc, ça demande vraiment une énergie en soi, une énergie qui est en nous, qui doit être totalement... exprimer justement elle doit être disponible donc en fait on est quand même à 100% pour ce concours là et il y a des enjeux on le sait moi j'ai voulu faire la design parade avec Sarah parce que je pense qu'on était aussi arrivé à un moment donné dans notre vie où on ressentait le besoin de nous exprimer Euh... plus librement, plus justement, et de sortir les choses qu'on a à dire aussi. Voilà, c'est tout. Et donc, c'est une opportunité pour nous. Et après, il faut saisir l'opportunité, parce qu'en effet, dès que ça commence, c'est un train qui est à mille à l'heure, et il faut être dans le train à tout prix, il ne faut pas rater le train. Et parce qu'il faut être présent, et il faut en effet être à la hauteur aussi de ce qu'on a construit. Donc il faut communiquer, exprimer le projet justement, avoir les bons mots.
- Speaker #1
Oui parce que tu as tous les visiteurs, tu as les journalistes, tu as tout le jury.
- Speaker #0
Oui c'est un exercice complètement dingue. Et on nous demande de nous définir alors qu'on est en pleine construction. C'est quand même pas facile. Mais c'est une chance, c'est une vraie chance. et Et heureusement que je n'ai pas été conscient que tout ce que nous avons fait à Palazzo était des projets en soi. En fait, chaque entité qu'on a réalisé sont en réalité des projets en soi qui peuvent être isolés ou qui peuvent avoir leur propre vie après pour notre pratique, plus tard. Et heureusement qu'on n'en a pas conscience.
- Speaker #1
sur l'instant
- Speaker #0
T et donc quand j'ai fait le trumeau je me suis jamais dit que ça allait prendre cette ampleur pour moi c'était aussi important que le fauteuil que j'avais fait à côté donc certes c'était une pratique artistique que j'avais, je le renie pas mais c'était une pratique assez discrète que j'avais quand même mis au point depuis 4 ans donc évidemment que j'avais envie de le montrer mais jamais je me serais dit voilà c'est ce qui va interpeller en tout cas et après c'est vrai que pour la rencontre avec India je pense que déjà c'est un projet qui a pu la toucher et je pense qu'on a des parcours similaires Donc, voilà, je pense que sans forcément argumenter plus, les connexions se créent parce que c'est des parcours qui s'attirent, je pense. C'est des esthétiques qui s'attirent, en fait. C'est des cultures qui s'attirent. Et donc, voilà, c'est un peu indicible, mais je pense qu'il y a eu une attraction qui s'est faite. mais de manière... Après, voilà, quand... Quand je disais que les choses arrivent tôt ou tard, quand on les invoque, je pense que c'est vrai. Parce que quand elle a vu les trumes, elle a tout de suite pensé à un projet.
- Speaker #1
Donc Pomo ou autre chose ? Pomo. Elle y a tout de suite pensé.
- Speaker #0
Elle m'a tout de suite dit j'ai un projet. Elle t'en a parlé tout de suite. Tout de suite.
- Speaker #1
Ah tu vois.
- Speaker #0
Moi, je ne captais rien, parce qu'en fait, il y avait tellement de gens. Donc voilà, mais elle me dit, j'ai un projet, je t'en parlerai et tout ça. C'est en Norvège.
- Speaker #1
Un musée, donc Pomo, à Trondheim.
- Speaker #0
Un musée à Trondheim, et donc ça m'intéresserait d'avoir des trumeaux. J'ai fait ok, super. Et en fait, c'est fou. L'histoire, elle est folle, parce que... Elle me dit, ça a Trondheim, je ne sais pas si tu vois où c'est. Je lui dis, je vois très bien où c'est.
- Speaker #1
Et c'est ça qui est fou, tu m'as raconté. Raconte-nous pourquoi tu sais où c'est, Trondheim.
- Speaker #0
Je sais où c'est parce que j'y ai vécu. Donc c'est quand même fou.
- Speaker #1
C'est quand même, ce n'est pas Paris justement, c'est en Norvège. C'est bien paumé.
- Speaker #0
C'est quand même une assez grande ville. C'est une assez grande ville parce que c'est une ville étudiante. Et donc moi j'ai fait ma quatrième année d'archi à Trondheim.
- Speaker #1
C'est fou.
- Speaker #0
Et donc du coup je connais très bien la culture norvégienne et je connais très bien Trondheim. Et donc quand elle me dit que ça se situe à Trondheim et notamment à l'ancienne poste, je lui dis mais je connais très bien ce bâtiment, je vivais à côté de l'ancienne poste.
- Speaker #1
Mais elle a dû halluciner non ?
- Speaker #0
Oui, mais j'hallucinais plus en fait. Mais c'était drôle et donc c'est là où voilà c'est juste. Je pense qu'il ne faut pas trop réfléchir, il faut se laisser porter et accepter aussi les événements.
- Speaker #1
Et donc quand elle t'a reparlé du projet plus en détail, tout a été assez facile dans ta tête ? Comment tu as développé le projet ? Comment vous avez collaboré ? Est-ce que tu avais une carte blanche ? Ça m'intéresse. Je la connais bien, évidemment, India.
- Speaker #0
India, elle est super parce qu'elle laisse la place aux gens avec qui elle collabore. Donc, c'était assez plaisant pour, en réalité, une première expérience. Il faut savoir que j'ai commencé le projet avec India, le design par exemple n'était toujours pas terminé.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Oui, donc c'était costaud. Donc, on était encore dans le...
- Speaker #1
À l'évêché.
- Speaker #0
On était encore à l'évêché, voilà. J'ai pu très vite être en contact avec les chefs de projet qui s'occupaient du Pomo. On parlait des miroirs. Il faut savoir que c'est les toilettes du musée. J'ai une passion toilette, des aéroports et musées. Je trouve ça fascinant. J'étais hyper content d'avoir ce lieu-là. C'était retravailler le reflet. Ça me plaît. plaît aussi que mon travail qui a sa propre narration peut aussi s'incarner dans des identités qui ne sont pas les miennes. Dans des lieux qui ont leur propre histoire et qui ont aussi leur propre identité. J'aime bien ça. Mais parce que je suis architecte. Et qu'il n'y a rien, je trouve ça très noble de faire aussi que le trumeau devienne un aménagement intérieur. Je trouve ça très beau en fait. et que son histoire presque se décale pour se connecter à de nouveaux lieux. Je trouve ça très beau. Et donc, c'est ce qui s'est passé. Presque, ce n'était finalement plus le langage du trumeau comme moi je l'avais initié. Il est devenu autre chose, mais tout aussi pertinent.
- Speaker #1
Et donc, tu as été à Trondheim ? Oui, du coup, j'y suis allé plusieurs fois pour faire sur place.
- Speaker #0
Du coup, c'est quand même du vitrage. Donc, du coup, il y avait des miroirs qui m'attendaient là-bas. Et donc, j'ai pu faire les trumeaux sur place. Il y avait quand même 12 mètres carrés. Donc, c'était un peu balèze.
- Speaker #1
Tu as passé combien de temps ?
- Speaker #0
Je suis resté, je crois, la première fois, j'y suis resté trois semaines.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Temps plein. Et ça m'a plu de rester. Et c'est marrant parce que j'étais pas reparti depuis quand même un peu plus de dix ans. et du coup je connaissais plus personne mais je connaissais très bien la ville C'était une relation très étrange.
- Speaker #1
Retrouver cette familiarité. Sans connaître personne.
- Speaker #0
C'était fou. Rien n'avait changé. C'était assez génial. Je suis reparti après pour l'inauguration. C'était pareil. C'était hyper intéressant parce qu'on rencontre plein de gens. On permet aussi de faire voir notre travail. Donc, forcément, c'est stimulant. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que moi, j'aime bien rencontrer des gens parce qu'en fait, ça me permet de parler de mon travail. Et vu que j'aime bien parler de mon travail...
- Speaker #1
Mais d'ailleurs, le musée, après tout ce travail d'India, ils ont eu des prix, etc.
- Speaker #0
Oui, et donc, pour revenir à la place que laisse India aux artistes... c'est qu'elle fait attention à nous, elle fait attention à ce que l'on soit cité, à ce que l'on soit visibilisé aussi, de manière juste. Et pour nous, c'est une vraie chance. C'est une vraie chance parce que derrière, c'est pareil, ça nous permet de réavoir du projet aussi derrière. Mais c'est marrant parce qu'on aurait pu se dire, bon voilà, le projet est terminé, C'était sympa. Merci, au revoir India, c'était chouette. Eh bien pas du tout. Elle est tout le temps présente. On est tout le temps en contact. Elle observe beaucoup ce que je fais. Et en fait, j'apprécie énormément d'avoir son regard sur ma pratique. Et je bois ses paroles, accessoirement.
- Speaker #1
Je te comprends.
- Speaker #0
Donc voilà. Mais je pourrais me permettre de ne pas être d'accord avec elle aussi. Oui, bien sûr. Et elle serait, je pense, contente.
- Speaker #1
Oui, elle aime bien ça.
- Speaker #0
Tant que c'est intelligent,
- Speaker #1
elle aime ça.
- Speaker #0
Ça me fait plaisir qu'elle soit encore là et qu'elle continue à me conseiller.
- Speaker #1
Ça m'émeut beaucoup que tu dises ça parce que je vis la même chose avec elle. Moi, ça fait plus de cinq ans que je suis partie et on est toujours proches. On a déjeuné ensemble il n'y a pas très longtemps. J'ai un lien avec elle qui est entre le mentor, la figure maternelle, d'une façon aussi évidemment. En plus, elle est née le même jour que ma mère qui est décédée. J'ai des liens forts avec India. Et je suis comme toi. Je trouve qu'elle est d'une intelligence et d'une perpétuelle... Elle ne reste jamais sur ses acquis, India. C'est une des choses que j'aime beaucoup. et elle adore, comme tu le dis, collaborer avec des gens différents. Elle est très ouverte, justement, pareil comme toi, à la rencontre. Elle la saisit et tout de suite elle a cette vision de ce que ça peut donner et elle a cette générosité d'embarquer dans son sillage.
- Speaker #0
Oui, exactement. Oui, elle révèle beaucoup de personnes. Et nous, ça nous fait quand même gagner pas mal d'années.
- Speaker #1
Tu m'étonnes. Enfin voilà, c'est-à-dire qu'elle le fait avec des gens où elle sait que ça va fonctionner. Tu vois, c'est pas avec tout le monde aussi, évidemment. C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait du répondant en face. Parce que India, c'est une sacrée locomotive aussi, tu vois. Ah oui,
- Speaker #0
ça envoie un projet.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #0
oui. Non, non, mais c'est sûr. Mais voilà, donc c'est vrai que c'est... Enfin... En fait, le contexte design parade nous propulse pas mal. Je pense que ça dépend aussi de la volonté de chacun. Je pense qu'il y a des candidats qui n'ont pas non plus cette vocation ou qui voient la Villanoaille comme une étape et après vont aussi vers d'autres parcours. Et il y a certains profils qui prennent la Villanoaille et le design parade vraiment comme un tremplin. Les deux parcours sont top. Il n'y a pas de souci. Mais du coup, il faut prendre ce qu'il y a à prendre.
- Speaker #1
On parlait de Matter & Shape tout à l'heure. Qu'est-ce qui a fait que... Tu as eu envie de participer à ce salon ?
- Speaker #0
En fait, c'est encore une fois une question de connexion. En fait, c'est India qui m'a fait rencontrer Dan Tolley, qui est le curateur, avec Mathieu Pinay, de Matter & Shape. Et donc, Dan est devenu aussi un ami. Et donc, on s'est vus à Pomo. et ensuite on s'est revus à Paris plusieurs fois et donc il m'avait proposé de mettre à disposition des miroirs au shop déjà pour la première édition l'année dernière t'avais déjà des miroirs je me souviens et donc c'est vrai que j'avais eu des bons retours donc ça fait plaisir et en effet c'est aussi pour moi aussi une chance d'être dans un cadre aussi exigeant avec des talents et donc oui ça me permet aussi de en fait j'ai besoin, enfin on a tous besoin de validation, de confirmation de se confronter et donc moi voilà ça m'a permis aussi de me donner du crédit pour continuer ma pratique c'est dur un salon,
- Speaker #1
c'est dur d'être là à présent à tous
- Speaker #0
Oui, c'est physique C'est clairement physique Il faut le dire quand même C'est hyper dur parce qu'il faut on rencontre beaucoup de gens, il y a un flux hallucinant il faut expliquer son travail faire une remise à zéro à chaque nouvelle personne Un peu comme vous avez fait dans la design parade Pareil Mais donc oui c'est un petit marathon de 4 jours où tu n'es pas assis Merci. et la peur de rater quelqu'un.
- Speaker #1
Une opportunité, quelqu'un d'important. Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Mais bon, moi, je crois aux rencontres qui se font de manière hasardeuse. Donc, ce n'est pas un souci. Mais donc, il y a Matter and Shape. En effet, ça nous permet... de rencontrer plein de gens auxquels on n'aurait pas accès. Et donc, des potentiels porteurs de projets, des gens intéressés, des curateurs, des galeristes. En fait, c'est à la fois pro et particulier, c'est assez intéressant. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai.
- Speaker #0
C'est très hétérogène. Mais il y a autre chose dont on ne parle pas forcément, c'est que nous, designers, ça nous permet de rencontrer d'autres designers. Et c'est peut-être ce que je retiens le plus,
- Speaker #1
finalement.
- Speaker #0
c'est que je me suis fait des super potes Robinson qui était juste à côté de toi ça a été assez génial c'est plutôt moi en vrai je retiens ça aussi c'est chouette parce que je pense que d'ailleurs on n'en parle pas trop, on parle beaucoup de notre travail mais on parle pas assez de la solidarité qu'il peut y avoir entre designers et moi je suis pour en tout cas cultiver euh euh une bienveillance entre designers donc en fait on est une petite équipe entre designers, on s'appelle souvent on se fait des briefs en fait on est quand même très seul c'est une réalité seul face à notre production à nos doutes à des acteurs aussi qui sont là pour nous mais malgré tout on est seul et donc je trouve que la communication entre designers et entre artistes elle est extrêmement importante Merci. On doit avoir un discours commun, on doit défendre aussi des valeurs qui nous représentent. Et donc je trouve que c'est très important de cultiver aussi la fraternité, je ne sais pas comment on peut dire ça, entre créatifs. Et donc les salons nous permettent ça. Alors si on le veut bien, c'est à nous de faire cette démarche, mais on le veut bien généralement.
- Speaker #1
C'est très juste ce que tu dis. La solitude, c'est exactement aussi là que moi j'entre en scène dans mon accompagnement, parce que c'est exactement parce que je sais ce que c'est d'être seule quand on est indépendant. Même quand on a une équipe de 2, 3, 10, 20 personnes, on est seul. à son poste de dirigeant d'entreprise slash directeur de création surtout quand tu as cette double casquette qui est lourde à porter quand même et je trouve ça c'est intéressant ce que tu dis c'est pour ça aussi que j'aime bien il y a certains réseaux qui se forment aussi pour ça, pour échanger et on croit qu'il y a de la compétition mais il n'y en a pas franchement la seule compétition c'est avec nous même ouais très juste
- Speaker #0
Je crois que là, vraiment... En fait, ce serait faire fausse route. Je pense de... Alors, c'est tentant. C'est forcément, on est influençable.
- Speaker #1
Et puis on se compare. Mais bien sûr, on se compare.
- Speaker #0
Mais on se compare à des démarches qui sont complètement différentes. Donc en fait, c'est pas comparable. Et je pense que le vrai sujet, c'est nous avec nous-mêmes. Je pense qu'il faut avoir confiance en soi et il faut aussi être sincère. Je pense que quand on est dans une démarche sincère, il n'y a pas vraiment de sujet. Je pense qu'on est juste dans la bonne direction.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut juste construire sa propre histoire, ne pas essayer d'être quelqu'un d'autre. J'adore ce que tu as ton petit accent du sud-ouest.
- Speaker #1
Ça revient des fois.
- Speaker #0
Que j'aime tellement, puisque c'est à moitié chez moi. Alors justement, on le disait, tu es enseignant à Bordeaux, tu vis toujours dans la région bordelaise. Ça m'intéressait de savoir, donc tu viens très régulièrement à Paris, évidemment, tu as un pied-à-terre, etc. Ça m'intéresse de savoir comment tu vis le fait de... pas être à Paris, alors que quand même, on le sait, la « saine design » , entre guillemets, est-ce que tu as ce faux mot, ce « fear of missing out » , ce sentiment de « ah mince, je ne peux pas être là pour tel vernissage » , « ah, je ne suis pas là pour tel événement » , ou au contraire, c'est génial, ça te fait du bien de ne pas y être obligé. Comment tu vis le fait d'être en province ? Parce qu'il faut le dire, on est quand même dans un pays où il y a une... Voilà, c'est un vrai sujet.
- Speaker #1
C'est central.
- Speaker #0
comment tu le vis ? est-ce que tu as hésité à être à Paris ?
- Speaker #1
comment tu articules tout ça ? alors j'ai pas de faux mots premièrement le seul faux mot que j'aurais c'est pas être avec mon chat donc voilà non non en fait moi j'ai fait des choix les choix ils sont faits tu les assumes oui oui je les assume et en fait je sais ce qui me convient aussi J'aime la ville. En fait, j'aime les deux. Moi, j'ai fait le choix de ne pas choisir. Et c'est un choix. C'est déjà un choix. Donc, je n'ai aucun souci avec ça. Donc, j'habite à Bordeaux. J'y suis très heureux. Et en fait, j'aime ma vie là-bas. J'ai besoin de calme. Non, mais j'ai besoin de calme. J'ai besoin de verre. C'est très important au quotidien. Et justement, je ne veux pas vivre dans cette animation constante qui, d'ailleurs, perturberait ma concentration. Voilà, j'aime être dans des environnements où c'est vrai que je suis assez casanier, en vrai. J'aime être chez moi, mais parce que j'ai construit aussi... Un lieu où je me sens en sécurité, où je me sens bien, je suis avec mes objets qui sont familiers. Il y a l'odeur de chez moi, c'est très important aussi.
- Speaker #0
On va y revenir au parfum.
- Speaker #1
Tout ça, j'y accorde beaucoup d'importance, depuis toujours. Et donc, c'est un lieu où je peux créer et je me sens très bien. Je me sens aligné avec moi-même quand je suis dans cet espace-là. Je voulais aussi une maison où je peux ouvrir aux quatre vents, donc ça veut dire que je peux ouvrir toutes les façades de chez moi et je suis entouré d'un jardin. Et ça, c'est très important pour moi, c'est-à-dire que l'air circule dans la maison.
- Speaker #0
Tu me fais rêver là, je te jure !
- Speaker #1
Et ce qui ne serait pas envisageable dans Paris. Donc voilà, tout ça a une vraie importance, c'est pas du tout anodin. superflu et après à côté de ça j'aime venir à Paris et puis c'est Bordeaux maintenant c'est 2h15 il n'y a pas de problème c'est très bien connecté j'aime venir à Paris je regroupe mes clairement on va se le dire tous mes projets sont à Paris quasiment 90% de mes projets sont à Paris donc je viens une fois par mois pendant au moins une semaine ou je... Ça peut être même deux fois par mois, peut-être plus. Mais en tout cas, je suis très heureux aussi quand je viens à Paris parce que je peux faire le plein de musées, de cultures, de rencontres, aller aux galeries, aller voir mes amis qui sont ici aussi et qui travaillent pour moi et avec moi. Et donc, c'est important. Cette stimulation-là, elle m'est autant importante et utile. que le calme dont j'ai besoin. Et puis tu sais,
- Speaker #0
moi je suis persuadée que quand on vient et qu'on voit les gens comme ça, en fait on les voit vraiment et peut-être même plus que si t'étais à Paris et on trouve toujours des excuses pour reporter. Ça peut aussi participer justement à une vie plus en conscience au global.
- Speaker #1
Oui, je pense que quand je viens et que je cale des vrais moments avec les personnes avec qui j'ai envie de voir, en tout cas, c'est un temps qui est consacré à 100% pour eux. Donc, moi, ça me convient bien. Et je suis aussi très content de rentrer. Quand je rentre, il y a aussi la notion de partir, de quitter Paris et revenir dans mon petit refuge.
- Speaker #0
que d'ailleurs je ne communique pas ça me va très bien j'ai fait le choix de ne pas montrer ce lieu c'est préservé donc oui c'est intime et donc c'est important alors justement le parfum parce que c'est une dimension importante tu le dis d'ailleurs sur ton site que tu aimes concevoir même un parfum pour chaque projet d'architecture Oui. Et là, trône sur la table la balle de tennis, le bouchon balle de tennis. Et puis, amateur and shaped, t'avais aussi... Le parfumoir. Le parfumoir. Il y a aussi cette notion, j'adore ta carte de visite, c'est comme du papier d'Arménie. C'est du papier qu'on peut brûler, qui a aussi des notes, je crois, de Olliban et Bain-Join. Exactement. Ce qui sont deux... bien renseignés parce qu'en fait je les aime beaucoup en plus j'aime particulièrement ces deux senteurs je suis très très sensible aux parfums aussi comme toi et d'ailleurs j'aime parce que tu dis, je ne sais pas si tu t'en souviens attends que je reprenne mes notes parce que c'est tellement joli aux cartes de visite que l'on jette une réponse, anticiper sa propre disparition Comme ça au moins, si vous me jetez, non, juste brûlez-la.
- Speaker #1
Donc ça c'est fabuleux. Alors ça c'était vraiment, ça c'est marrant parce que c'est issu d'une discussion que j'avais eue avec Aurélien Jauneau, où j'étais allé à un événement avec lui. Et j'ai débarqué dans cet événement avec énormément de prospects. Et j'y suis allé. les mains dans les poches sans carte de visite donc là Aurélien me dit mais t'es complètement fou c'est une folie absolue et en fait c'est à quoi je lui ai répondu que je ne crois pas en la carte de visite, c'est vraiment un truc je trouve que c'est un lieu déjà je trouve que c'est vulgaire c'est terrible j'ai toujours trouvé ça un peu vulgaire de mettre, mais je sais pas pourquoi
- Speaker #0
Ça, ça se voit en analyse, à mon avis. Oui,
- Speaker #1
peut-être. Mais bon, bref, il me dit, non, ce n'est pas concevable. Il faut des cartes de visite. Sinon, comment on fait ? Je fais déjà Instagram. J'ouvre mon téléphone. Je leur donne mon compte Instagram. Et puis, on s'envoie des messages. Et en fait, ça m'avait quand même travaillé, cette histoire de carte de visite. Mais voilà, je lui avais répondu que de toute façon, il va se passer quoi ? Je vais choper une carte de visite. Moi, je vais la donner. Il va la garder. Il va arriver chez lui, il va la jeter. C'est évident. Il va la mettre sur sa table d'entrée, son meuble d'entrée, et puis ça va aller dans un tiroir et terminer. J'avais vraiment cette image, et je l'ai toujours, de la carte de visite qui est entassée, qu'on abandonne et qu'on oublie. Et en fait, je me suis dit, je vais peut-être en faire un projet. Finalement, parce qu'en fait, Finalement, je me suis dit, attends. C'est vrai que la carte de visite, c'est quand même pas con. C'est quand même pas bête. Mais au lieu de... Du coup, avec ce constat de cette carte de visite qui est jetée à chaque fois, autant anticiper la propre disparition de la carte de visite. J'adore. Et moi, je travaille tous les jours. J'allume un papier d'Arménie devant mon ordi. Avant de commencer, j'appuie sur le bouton de l'orgue et j'allume la papier d'Arménie. J'attends 5-10 minutes et après je peux m'installer. J'ai des papiers d'Arménie depuis toujours, tous les jours. Je me suis dit que je vais faire une carte de visite en papier dansant. J'ai bricolé, comme je fais toujours, les parfums je les fais chez moi. Donc je me suis renseigné et puis j'ai trouvé la bonne recette après plusieurs tentatives et pas échecs. Et donc in fine, on y arrive. Et en effet, je trouvais ça chouette de se dire que finalement, les personnes peuvent partir avec cette carte et peuvent, quand ils en ont marre, brûler la carte de visite et laisser comme ça une trace olfactive à l'intérieur. de cet espace domestique, finalement, je trouvais que ça résonnait plutôt assez bien avec mon travail. Et sur cette histoire de parfum, en fait, le parfum, moi, je suis venu... Déjà, le parfum, c'est pareil, ça démarre toujours d'une rencontre. Donc là, la rencontre, c'est Dorothée Duré, qui est parfumeuse à Bordeaux, qui a eu pendant longtemps une très belle boutique de parfums de niche. Et en fait, ça a été avant tout une rencontre. Elle m'a sensibilisé au parfum de niche et c'est devenu une passion. Je me suis rendu compte que le parfum était aussi un médium. très créatif pour pouvoir raconter des histoires, pour pouvoir créer des liens aussi entre les personnes, pour pouvoir se remémorer aussi de... Oui,
- Speaker #0
j'allais parler de souvenirs parce qu'en effet...
- Speaker #1
Se remémorer à la fois d'espaces, de gens, de choses, d'objets, enfin de plein de choses, en fait. Voilà. Et donc, voilà, ça a été une première approche, en fait. Donc, j'ai commencé à m'approcher... à prendre pas mal de références, rencontrer aussi des parfumeurs. Et donc, j'ai commencé à avoir une sacrée collection aussi. Là où avant, je ne portais qu'un seul parfum, aujourd'hui, j'en ai 30 dans mon tiroir. Donc, il y a vraiment cette notion aussi que le parfum peut t'accompagner selon ton humeur. selon ce que tu portes, selon le temps selon la météo selon la saison selon le moment de la journée ça peut être le soir t'as pas forcément envie d'avoir la même odeur que le matin donc il y a tout toute cette possibilité là aussi d'assemblage qui fait que le parfum peut être un jeu et finalement un habit Merci. un habit et qu'on peut tester et qu'on peut porter comme on le souhaite alors celui-ci là, cette balle de tennis et la balle de tennis donc voilà ça c'est on va dire le dernier projet en tout cas que je suis en train de sortir c'est un an de recherche quand même un an de recherche olfactive pour pouvoir réaliser l'odeur de la balle de tennis neuve et oui c'est important de dire neuf. Pourquoi ? Parce que j'ai une fascination pour l'objet. Il faut le savoir, la balle de tennis, je ne fais pas de tennis. Je ne fais absolument pas de tennis. Mais en tant que designer, la balle de tennis m'a toujours fasciné parce que je trouve que c'est l'un des objets les plus réussis en termes de design qui existent. C'est une sphère, donc c'est une forme parfaite. Ça a une... odeur qui est très particulière. Une couleur jaune fluo qui est très reconnaissable.
- Speaker #0
Ça rebondit.
- Speaker #1
Ça rebondit, donc c'est ludique. C'est dufteux. C'est vrai qu'au toucher... C'est un truc de fou. C'est vraiment un objet quand on l'analyse bien, c'est quand même un objet parfait. et donc moi l'odeur de la balle de tennis elle m'a quand même toujours fasciné vraiment ce moment quand on ouvre le tube qui est comme une boîte de conserve il y a vraiment ce système de décapsulage et donc il y a vraiment de ce tube là il y a vraiment un air qui sort quand on décapsule il y a ce premier air qui est à la fois donc La pressurisation de cette terre, de ce tube, qui sort comme ça. Et donc, on a cette odeur-là de balneuve. Et donc, c'est à la fois un mélange de caoutchouc neuf, de métal froid, qui est en fait le métal de la boîte.
- Speaker #0
Ah, yes !
- Speaker #1
Et le feutre, il y a le feutre dufteux aussi. qui a cette odeur-là.
- Speaker #0
Je suis en train de le sentir pour expliquer au micro.
- Speaker #1
Et il y a cette air pressurisée, cette air encapsulée, qui a aussi une odeur. Ce qu'il faut savoir, c'est que le bouchon devient le diffuseur. C'est ça,
- Speaker #0
c'est ce que je me disais.
- Speaker #1
Tu poses la balle de tennis, c'est le bouchon, et tu peux parfumer la balle de tennis. Et en fait, ça peut diffuser tout simplement cette odeur-là pour l'avoir soit en parfum de corps, parce que tu peux le mettre sur... Il a été construit comme un parfum de corps, mais tu peux l'utiliser en parfum d'intérieur. Et en fait, ce qui est fascinant, donc on a fait plein d'essais avec le laboratoire avec qui on a travaillé.
- Speaker #0
Il y a un peu de citron.
- Speaker #1
Il y a tellement de choses. Oui, mais là, c'est quand même assez complexe.
- Speaker #0
Oui, j'imagine.
- Speaker #1
Puis tu as les notes de tête,
- Speaker #0
les notes de cœur. Oui,
- Speaker #1
alors c'est un parfum qui est assez stable, je trouve, qui n'évolue pas trop et c'est assez chouette. C'est quand même assez difficile aussi de faire un parfum qui évolue peu.
- Speaker #0
Oui, c'est clair.
- Speaker #1
Et voilà, c'était vraiment le défi de se rapprocher, déjà d'être dans une forme de radicalité sur l'odeur, et de se rapprocher au plus près de cet objet, qui est quand même aussi un objet industrialisé. Ce sont des surfaces techniques. Et c'est aussi faire un contre-pied avec des... des parfums qui vont plutôt parler d'artisanat, qui vont parler de poésie, de narration, etc. Moi, je voulais reconstruire cette poésie, mais finalement avec des objets industriels qui sont nobles, parce que c'est notre enfance aussi. C'est une forme de pop culture. Et ça fait partie de nous. Et on peut concilier aussi des objets qui ont été faits de manière industrialisée, en tout cas en série et poésie. Les deux vont avec. Et ça me plaisait de réunir ces deux entités qui ne sont pas peut-être censées se rencontrer. Mais je trouvais que c'était justement assez beau d'avoir une posture émotionnelle sur cet objet.
- Speaker #0
Et donc, là, nous, on diffuse le 15 juin. Tu fais le lancement le 1er juin. Et en fait... Quel est l'objectif ? Oui, exactement. Parce que tu n'es pas parfumeur, justement. Donc, en effet... Et voilà.
- Speaker #1
Donc, moi, je reste designer. Donc, en fait, je ne suis pas parfumeur. Ça ne va pas sortir dans les boutiques en parfum niche.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
À 1500 bouteilles. Pas du tout. Donc, déjà, c'est un parfum d'art. Ça a été vraiment conçu comme un parfum d'art. Donc, ça sort, pour l'instant en tout cas, en 50 bouteilles. Ce qui est très peu.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Voilà. C'est voué à être communiqué, à être aussi distribué pour des personnes qui peuvent peut-être y avoir un potentiel pour le développer. Mais en tout cas, ça pourrait être un parfum pour des événements, pour des installations artistiques. Ça peut être aussi un parfum de corps. En fait, moi, ce que j'aime, c'est que c'est un parfum qui va générer du projet. Il a été vraiment construit, conçu pour ça, comme ça. Donc, je serai ouvert aux opportunités.
- Speaker #0
Génial. Et tu as fait un packaging aussi ? Oui,
- Speaker #1
le packaging, ce sera un tube de balle.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Et ce qui est assez chouette, c'est que le parfum, quand on le met sur soi, on ne l'associe pas forcément à la balle de tennis tout de suite et il va... très bien au corps.
- Speaker #0
Je me sens sur mes doigts et en effet, ça se mêle très bien à la peau.
- Speaker #1
Ça évolue différemment, ça devient autre chose et c'est aussi ça qui est chouette.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
En fait, c'est que j'ai une posture de designer dans le sens où c'est pas juste créer un parfum avec sa narration, c'est Je me suis vraiment posé la question de comment est-ce qu'on peut porter un objet sur soi. La notion de relation émotionnelle que l'on peut avoir avec un objet, que l'on a construit dans le temps avec un objet, comme on peut l'avoir avec un doudou, on va dire. C'était la question de comment est-ce qu'on peut porter l'odeur, comment est-ce qu'on peut se fusionner avec l'objet. plaisait d'autant plus que ce soit un objet un peu industriel comme ça. Je trouvais que c'était un beau contre-pied et finalement aussi sans jugement, un regard assez noble que l'on peut avoir avec des objets qui nous ont accompagnés toute notre vie.
- Speaker #0
Donc ça, c'est un peu la façon dont tu fais évoluer et notamment parce que tu as une communication assez forte déjà, même avant qu'on enregistre, tu as commencé beaucoup à communiquer dessus. Parce que pour toi, tu parlais tout à l'heure juste d'événements. C'est quoi un peu l'évolution souhaitée de tes activités ? Comment tu penses te développer ?
- Speaker #1
C'est une vraie question. Parce qu'en fait, la complexité d'être designer, c'est qu'on traverse les domaines tout le temps. Je passe du parfum au trumeau en faisant quand même, là je vais sortir un mobilier bientôt, donc on va dire la deuxième partie de l'année qui est en cours de production là. Et donc on traverse les domaines. Et d'ailleurs je pense que c'est une vraie complexité, c'est qu'on nous demande d'être spécialiste, d'être expert. moi je suis devenu par les yeux des autres, experts entre mots, alors que je n'ai pas forcément demandé, mais on devient spécialiste. Et à côté de ça, le designer doit être curieux et doit aller vers d'autres terrains. et donc doit être non sachant, aller vers des terrains inconnus. Et donc, la question de la structure derrière, elle est difficile, je trouve, à appréhender. Alors, moi, j'ai une structure.
- Speaker #0
Tu en as deux, même, non ?
- Speaker #1
J'en ai deux.
- Speaker #0
Tu vois, je me renseigne.
- Speaker #1
J'ai deux structures.
- Speaker #0
Une pour l'archi et une pour le design.
- Speaker #1
Oui, exactement. Et oui, parce qu'en fait, en tant qu'architecte, moi, je suis inscrit à l'ordre.
- Speaker #0
Voilà, j'allais dire, ce n'est pas les mêmes responsabilités, les mêmes assurances, etc. Exactement.
- Speaker #1
Donc, c'est quand même particulier. Et en design, on va dire, j'ai plus de liberté. Et avec le trumeau aussi.
- Speaker #0
Design slash art.
- Speaker #1
Slash artiste-auteur. Et donc, c'est vrai que ça me permet d'être plus libre. plus souple en termes aussi administrativement. Et donc, la question en effet se pose parce qu'il y a quand même un système qui est très plaisant d'être dans son confort à faire plein de protos, faire plein d'expérimentations, faire plein de prototypes, mais sans réel but mercantile. Et ça, c'est un vrai sujet en tant que designer, c'est qu'on se plaît à faire plein de tests. Mais je pense qu'il faut aussi qu'on réfléchisse à aller un peu plus loin des fois, à se faire un peu violence, à se faire confiance aussi, pour développer les objets pour qu'ils ne restent pas qu'à l'étape de prototype, mais qu'ils deviennent aussi des mobiliers ou des objets à être développés et proposés, édités.
- Speaker #0
Et là, tu as deux options. Soit c'est du design d'édition, C'est-à-dire que tu es édité par... un grand éditeur de design, etc. Soit c'est ta propre collectivité. Tu t'auto-édites,
- Speaker #1
mais il faut avoir un petit bagage aussi pour le faire. Oui, bien sûr. Ce n'est pas donné à tout le monde. Et donc, moi, aujourd'hui, c'est une question, en tout cas, c'est un vrai sujet de réflexion que j'ai quasi tous les jours sur ma stratégie de développement. Tout en étant, on va dire, humble et cohérent et aussi tout en maîtrisant ce qu'on peut. Ce qu'on est capable de faire avec les moyens qu'on a. Mais oui, le parfum, il est là. Aujourd'hui, j'ai pu éditer que 50 bouteilles, soyons clairs. Mais il a un but de pouvoir devenir projet. En tout cas, j'ai les formulations, j'ai passé les normes, j'ai tout ce qu'il faut en réalité. Donc j'essaye quand même de pressentir des choses. En tout cas, de pouvoir mettre les bases pour que derrière, il puisse devenir un vrai projet qui puisse se commercialiser, etc. Et c'est pareil pour le mobilier, en fait. La question se pose. C'est OK, on fait un prototype. Il est très beau. Il va peut-être aller en galerie. Ça va être chouette. Mais comment est-ce que derrière, une personne peut en acheter, le commander ? Est-ce qu'il faut faire des précommandes ? Est-ce qu'il est fabriqué à la demande ? Ou est-ce que j'ai un... Ou est-ce que j'en ai en stock ? Et c'est toutes ces questions-là.
- Speaker #0
Et toute la logistique si t'as du stock.
- Speaker #1
Exactement. Et ça, ce sont des vrais sujets.
- Speaker #0
Et ensuite le prix aussi.
- Speaker #1
Et le prix. Et donc, ça ce sont des questions qui existeront toujours, je pense. C'est clairement le cœur de mes préoccupations aujourd'hui.
- Speaker #0
Il faut qu'on en parle. C'est un vrai sujet qu'on a beaucoup abordé dans l'épisode avec Anthony Guéret, puisque lui, justement, il a vraiment cette double coexistence entre son mobilier de collection et le mobilier d'édition. Et en fait, l'un finance l'autre. d'une certaine façon justement parce qu'évidemment il y a cette réalité économique un éditeur va te permettre aussi d'être connu a priori internationalement selon la portée la présence sur les marchés de chacun mais c'est vrai que quand on rentre comme ça dans le mobilier c'est c'est un Ou alors tu restes dans de l'édition d'art et tu es en 8 pièces, etc.
- Speaker #1
Franchement, c'est un système qui peut aussi très bien fonctionner quand on est dans une forme d'optimisation. On autoproduit. Du coup, il y a très peu de charges. Mais du coup, tout ce que l'on gagne, on peut le réinjecter pour nous-mêmes. Il y a ce truc où on n'est pas forcément dans un système de développement, mais d'optimisation. Je pense que les deux orientations fonctionnent. Mais il y a des choix à prendre. En ce qui me concerne, je pense que c'est là où on pourrait reparler de Matter & Shape, mais je pense que les salons sont très importants pour nous. Parce que peut-être que c'est là où la rencontre se crée, c'est là où peut-être on va pouvoir rencontrer un éditeur, c'est là où on va avoir d'un coup 15 commandes. Et là, ça suffit pour après éditer. Exactement, financer. Je pense que c'est là où le proto a tout un rôle. C'est vraiment un objet qui va capter du projet et générer du projet. C'est pour ça que j'aime bien... Ce que je fais, j'aime bien qu'il m'appartienne pendant encore un temps. C'est-à-dire que je peux l'utiliser, il peut venir avec moi, je peux l'amener où je veux. je peux faire des belles photos, je peux l'amener dans 3-4 salons c'est important de l'avoir avec soi pour justement qu'il puisse devenir autre chose tu vois on parlait de Robinson Ferreux normalement
- Speaker #0
toutes ses lampes sont à la commande et puis il est représenté par Niloufar mais pour Matter & Shape il s'est dit je vais faire une lampe prête à porter, take away et qui était justement vendu et hop tu pouvais l'acheter et repartir avec et en effet c'était très intelligent de sa part complètement et je pense que c'est très pertinent c'est très pertinent parce que en effet du coup à un prix justement qui était aussi plus aligné la fabrication s'adapte mais je pense qu'en effet Euh...
- Speaker #1
Je pense qu'on peut faire les deux, c'est-à-dire qu'on peut faire l'objet réalisé à la commande parce qu'il a une certaine qualité, parce qu'il y a aussi cette notion même de sur-mesure qui est hyper entendable. Et après, il y a vraiment aussi la notion de l'objet que l'on veut tout de suite, parce qu'on est fasciné, parce qu'il y a l'acte d'achat qui peut se faire très rapidement. et parce que c'est disponible en fait et que la disponibilité elle est aussi précieuse moi je trouve finalement quand tu vends tes miroirs à la boutique de Matter & Shape ou même la boutique de Pomo à Trondheim c'est la même chose oui mais pour le coup alors complètement moi j'ai les deux c'est à dire je fais du sur mesure moi généralement c'est à la commande parce que les trumeaux, les grandes pièces sont à la commande Mais j'ai des petits objets, on va dire des petits miroirs qui peuvent être proposés dans des shops. Et là, en effet, c'est des plus petits prix et ça peut s'emporter direct. Voilà. Mais je pense qu'il faut avoir une agilité là-dedans et que l'un n'empêche pas l'autre et qu'il n'y en a pas un qui est de moins bonne qualité que l'autre non plus.
- Speaker #0
Entièrement d'accord.
- Speaker #1
C'est vraiment deux besoins, en tout cas, c'est deux réponses différentes.
- Speaker #0
Tu sais, je voyais un sujet très intéressant sur, c'était sur Quotidien, l'émission, sur la collab entre Audemars Piguet et Swatch. Là, ça vient de sortir, donc ça a fait un énorme buzz. Il y a eu des heures de fil d'attente. Et sur la question de pourquoi une collab comme celle-ci, et puis c'est vrai que ces collabs, ça a vraiment commencé un peu à l'époque de Colette, où il y avait des collabs entre des marques de luxe et de street. C'est vraiment comme ça que ça a été lancé, ou d'artistes et de luxe. Et là, il disait à quel point le fait de faire cette collab permettait à Audemars Piguet de renforcer la préciosité, l'aspect. unique et exclusif de la Royal Oak de cette montre en l'occurrence parce que finalement le fait de faire une collab qui est très pop et plus accessible vient vraiment renforcer l'image donc c'est intéressant ça ne vient pas la cannibaliser au contraire ça vient renforcer et j'y crois complètement aussi c'est très intéressant c'est intéressant que tu parles de collab
- Speaker #1
parce que moi je crois en la collab entre designers aussi parce qu'on parle beaucoup de collab de designers avec les marques c'est vrai beaucoup mais pas entre mais entre designers on en parle peu alors parce que j'entends il y a la notion d'auteur voilà
- Speaker #0
c'est vrai c'est un sujet on est créatif surtout en France parce que s'il y a bien un pays au monde peut-être où la propriété intellectuelle est forte c'est la France c'est le pays le plus fort pour ça
- Speaker #1
mais je crois aussi à la collaboration en tout cas à des énergies comme ça qui peuvent collaborer pour créer un seul et même objet ou une seule et même proposition et j'aimerais
- Speaker #0
que ça se fasse plus en tout cas moi j'y crois tu peux être à l'initiative de ça alors oui puis finalement quand t'as fait la design parade avec Sarah c'était déjà ça complètement
- Speaker #1
D'ailleurs, c'est marrant parce qu'à la Design Parade, nous, on avait invité des finalistes qui étaient aussi en même temps que nous, mais côté produits, qui étaient Sacha Parent et Valentine. Qui étaient à hier,
- Speaker #0
du coup, à la Design Parade hier. Voilà.
- Speaker #1
Et donc, c'est des designeuses staffeuses. Et on avait demandé l'autorisation si on pouvait inviter une œuvre de Valentine et Sacha. dans notre espace. Et en fait, ils nous ont dit, non seulement vous pouvez, mais c'est la première fois qu'on nous le demande. Il n'y avait jamais eu d'invitation inter-finaliste. Et en fait, nous, c'était une évidence. Quand on a vu, en fait, ça a été, pareil, c'est issu d'une rencontre fortuite, on s'est retrouvés à la même table au resto. On a commencé à parler de notre travail, on s'est dit, nous, on veut votre miroir, on le veut dans notre espace, ça va être génial. Et en fait, direct après, on a fait une demande. Et en fait, aujourd'hui, on a des relations avec Valentine et Sacha qui sont importantes. On se suit. Voilà. Et parce qu'on a créé ce lien, en fait. Et moi, je crois en effet en ça. Mais de toute façon, la Design Parade, c'est quand même un gros catalyseur de designers. Même au sein même d'un espace. Nous, on a invité plein de designers pour nos mobiliers. Et c'est génial. On peut parler d'autres designers aussi.
- Speaker #0
Oui, mais ça revient exactement à ce que tu disais tout à l'heure sur cette fraternité, cette solidarité.
- Speaker #1
Oui. Mais voilà, même pour aller plus loin. Enfin, tu sais, il y avait l'exposition « Les nouveaux ensembliers à l'homobilier national » . Et je trouve que ce terme, il est... tellement juste, l'ensemble lié. Il est beau. Et je pense qu'on est en effet des ensembliers, c'est-à-dire qu'on met en lien, en tout cas, des designers, mais pas que, des artisans. Voilà, en fait, des savoir-faire. Je trouve que c'est tellement important, des matériaux, des savoir-faire, des artisans, des designers, des artistes. Et en fait, l'architecte, architecte d'intérieur, slash designer, on est censé être des ensembliers. On doit pouvoir faire rencontrer des talents.
- Speaker #0
C'est une belle ouverture sur le futur, tout ça. C'est une belle invitation à tout ce que tu peux encore faire et créer, et les ponts que tu peux mettre en place.
- Speaker #1
Oui, et comme encore une fois, je pense qu'il ne faut pas qu'on reste seul dans notre coin.
- Speaker #0
À Bordeaux. À Bordeaux, mais j'adore.
- Speaker #1
Je pense qu'il faut avoir tout. Et que oui, on n'est pas concurrent du tout. Ça, c'est vraiment se tromper, je pense.
- Speaker #0
Et l'enseignement, tu continues pour toi toujours autant ? C'est-à-dire que c'est important que ça reste ? Oui,
- Speaker #1
c'est là. Moi, je suis en CDI.
- Speaker #0
Ce qui te permet aussi, j'imagine, économiquement, d'avoir une certaine stabilité.
- Speaker #1
Oui, c'est important. Bien sûr que c'est important. Mais ce n'est pas un choix par défaut. Non, j'ai bien compris ça. C'est un domaine qui m'apporte beaucoup.
- Speaker #0
Est-ce que dans tes cours, justement, tu invites des designers ?
- Speaker #1
Oui, on essaye. Là, l'année prochaine, on va lancer, on appelle ça des disciplines indisciplinées.
- Speaker #0
Oh, j'adore ! Trop joli, le terme.
- Speaker #1
Et donc là, il y a vraiment la notion de... mélanger tous les domaines transdisciplinaires. Il va y avoir les architectes d'intérieur scénographe, les designers graphiques, designers produits et slash nouveaux matériaux et mode. Et donc, construire un projet commun avec toutes ces disciplines-là. Et donc là, c'est avec des partenaires, c'est avec des designers, des artisans. Et c'est hyper intéressant. Donc, on essaye quand on peut d'inviter des designers Oui, c'est clair. on fait des conférences il y a beaucoup de conférences des designers invités des architectes d'intérieur invités et vous faites des ponts avec tu parles de mode,
- Speaker #0
tu vois moi qui ai collaboré pas mal avec S-MODE il y a S-MODE à Bordeaux aussi est-ce que vous faites des ponts par exemple avec d'autres écoles ? Non,
- Speaker #1
alors on ne fait pas de ponts avec d'autres écoles je ne pense pas en tout cas je n'en ai pas connaissance mais en tout cas je sais que la section mode elle est très présente dans les autres sections à l'école moi j'ai fait des workshops mode, archi la mode et l'archi en plus c'est tellement lié c'était l'habit à porter il y avait vraiment la notion de comment est-ce qu'on pouvait construire un vêtement ou comment est-ce qu'on pouvait créer une architecture à porter il y avait ce truc un peu transdisciplinaire entre les espaces et les modes donc on essaye quand même de de faire croiser des domaines. Après, c'est quand même dans un système où il y a beaucoup de contraintes. Ils ont des échéances, ils ont plein d'autres matières. Et on ne les a pas aussi tant... Enfin, on ne les a pas non plus à des journées entières comme on le voudrait, en fait. C'est quand même des... C'est des cadences assez soutenues. Mais on arrive quand même... toujours à proposer des choses, en tant qu'enseignant en tout cas, on est une équipe où on propose quand même beaucoup de choses
- Speaker #0
Et dans l'absolu tu parlerais d'équipe avec tes pères pédagogiques est-ce que dans l'absolu tu aimerais avoir une équipe, un studio vraiment, etc. ou pour toi, tu préfères toujours rester assez indépendant et seul
- Speaker #1
En fait, moi, j'ai toujours été plutôt indépendant et seul. Je me suis quand même accompagné quand j'ai eu des gros projets. Je me fais accompagner ponctuellement. Mais c'est vrai que j'ai un peu toujours été un peu le seul dans le bateau. Aujourd'hui, moi, je ne me vois pas forcément être une agence. Je ne me vois pas être une grosse agence. je suis dans la notion des deux orientations entre le développement et l'optimisation, je suis plus pour l'optimisation c'est bien mais ça n'empêche pas je pense de faire de grandes choses quand même et de faire des choses malgré tout structurées donc je pense que c'est quand même tout l'enjeu malgré tout je pense que je discutais avec Axel sur ça et où Axel Ché, en fait, ils sont... Ils sont peu, très très peu. Il auto-édite tout, il fait tout lui-même. Donc c'est quand même un sacré sujet.
- Speaker #0
Et il a même décidé d'arrêter une de ses pièces emblématiques justement pour ne pas en être presque dégoûté. Ce n'est pas le bon terme, mais qui n'est pas une overdose. Il a décidé de l'arrêter et je trouvais que c'était hyper fort comme geste. Oui,
- Speaker #1
moi je trouve que c'est fort, c'est assumé. Et en fait, c'est réfléchi. et je trouve que c'est hyper intéressant d'avoir des référents comme ça qui peuvent nous montrer que c'est possible avec une structure mesurée et j'y crois et je pense d'ailleurs que c'est une démarche très actuelle, très contemporaine d'être dans cette échelle mesurée, maîtrisable parce que parce qu'on a aussi moi j'ai eu, enfin il y a quelque chose que j'ai qu'on ne peut pas avoir en agence, c'est quand même une sacrée liberté.
- Speaker #0
Liberté.
- Speaker #1
La vache, quoi. Et donc, ça va être difficile. Ça va être difficile de renoncer à ça. Vraiment. Et cette liberté-là, en plus, elle est active. C'est-à-dire qu'elle me nourrit pour faire du projet. Donc, elle n'est même pas passive ou c'est pas du temps perdu du tout. C'est un temps. très précieux et utile pour la production. Et donc, à partir de là, je ne vois pas comment je peux, aujourd'hui en tout cas, rayer ça, balayer ça.
- Speaker #0
On va terminer maintenant sur ton dernier mot. Ça pourrait être liberté, tu vois, presque. J'aime bien laisser à chacun vite. Je dois dire un mot ? Un mot sur lequel tu as envie de terminer.
- Speaker #1
Mais je l'explique ou non ?
- Speaker #0
Comme tu veux.
- Speaker #1
Ou tu te débrouilles avec ?
- Speaker #0
Vas-y, dis, on verra.
- Speaker #1
Non, non, mais moi, je pense que... Enfin, oui, j'ai un mot qui vient en tête, c'est l'intuition. Moi, je pense vraiment, il n'y a pas... En fait, je pense que c'est le mot clé qui est très important. et je pense qu'il faut faire confiance en son intuition et que c'est un paramètre qui est valable qui a une vraie valeur donc il faut faire confiance en son intuition et tout ira bien et tout va bien se passer non vraiment et en design vraiment je pense qu'en design dans les milieux créatifs l'intuition elle est très importante
- Speaker #0
C'est le titre de l'épisode de Julia Coleo dont je te parlais, je te dis honorer son intuition. Parce qu'elle m'a dit à un moment dans l'entretien, elle m'a dit j'essaye de vraiment être responsable vis-à-vis de mon intuition et de l'honorer.
- Speaker #1
Moi aussi, je prends très au sérieux mon intuition. Moi aussi, ouais. Voilà, je vraiment, et je le dis ça à mes étudiants d'ailleurs, je le dis prenez au sérieux ce que vous avez... ce qui vient comme ça parce qu'en vrai si c'est venu alors après voilà je veux dire c'est pas forcément tout n'est pas tout n'est pas pertinent tout n'est pas du génie non parce que ça se construit aussi encore une fois mais je pense que oui je pense qu'il faut se faire confiance et déjà d'être à l'écoute il faut s'écouter magnifique on va terminer là dessus voilà
- Speaker #0
Merci Sébastien.
- Speaker #1
Merci à toi pour cette discussion enrichissante.
- Speaker #0
J'ai adoré. Avec la balle de tennis qui trône.
- Speaker #1
Pour se parfumer.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous suivez ce podcast depuis longtemps, j'aimerais vous remercier pour votre fidélité. Si vous êtes arrivé ici par hasard, ou plutôt pour une raison, j'espère que vous aurez envie de le partager et de vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Ce podcast est en autoproduit. Sachez que vos écoutes, vos partages, vos commentaires, vos 5 étoiles sont le meilleur et le plus précieux des soutiens. J'adore aussi recevoir votre feedback. Alors n'hésitez pas à me contacter sur Instagram, Lily Bonnet Management, ou sur LinkedIn, ou par mail. lbm.lilibonnet.com Merci encore et n'oubliez pas que everything happens for a reason.