Speaker #0Ce qui est important, ce n'est pas ce qu'on dit, mais c'est ce que l'autre comprend, me disait récemment Reynald, mon informaticien préféré, qui est aussi autiste et très très intelligent. Il continue en me disant, du coup, pendant longtemps, j'étais dans des phases d'hyperverbalisation pour être sûre d'être bien compris par mon interlocuteur. Entre parenthèses, là c'est moi qui rajoute, notamment moi, dans nos relations de travail. Mais malheureusement, j'étais généralement mal compris. Parce que la plupart des neurotypiques fonctionnent par interprétation, alors que moi, je fonctionne plutôt par explication des faits. Je suis Maya, et dans ce podcast, au titre « Taquin fait un effort » , on tente de décoder le monde des TSA et le monde classique l'un pour l'autre, pour mieux se comprendre, pour se respecter, et tant qu'à faire, arrêter de faire trop d'efforts et de se faire violence. Pour en savoir plus sur mon travail et mes projets, vous pouvez me rejoindre sur les réseaux sociaux, pour échanger avec d'autres auditeurs du podcast, il y a un groupe Discord privé. Vous pouvez me faire signe et je vous donne le lien. Et nouveauté, l'un de ses supers auditeurs, Olivier, a créé un groupe de paroles et d'échanges entre adultes autistes. Ce groupe se retrouve toutes les semaines en visio, avec ou sans caméra. Si ça vous intéresse d'échanger en petit comité avec des personnes qui vous ressemblent et qui écoutent ce podcast, eh bien, faites-moi signe. Pour le prochain épisode, rendez-vous le 1er février ou abonnez-vous pour être prévenu. Et je vous parlerai de mon chien. Ou plutôt, pourquoi est-ce qu'on se force à faire des choses qui nous font du mal. Et oui, mon chien a quelque chose à voir dans cette histoire. Ensuite, on poursuivra la série sur le couple. Et sur ce teasing un petit peu décalé, je poursuis aujourd'hui avec le second volet de la communication. Des clés pour essayer de la comprendre et apprendre à se dire les choses de façon à être entendue. Mais aussi de façon à entendre ce qu'on a à nous dire. Alors voilà le plan pour aujourd'hui, on va commencer avec des choses très concrètes comme la distance physique pour identifier les normes de la plupart des gens et voir si vous vous positionnez autrement. Le temps pour répondre, pour savoir selon la situation ce qui est attendu et que vous n'êtes pas forcément obligé de faire. Les moyens à utiliser selon la situation pour éviter d'envoyer un recommandé à l'épicerie pour connaître ses horaires ou de tutoyer votre big boss en assemblée générale. On passe ensuite à des concepts un peu moins concrets comme les cinq étapes d'apprentissage qui pourront éclairer pour savoir où on en est et où en est notre interlocuteur dans la relation. En cinquième chapitre, on verra comment faire changer d'avis quelqu'un et si c'est possible, voire judicieux. On se demandera ensuite quel pourcentage se joue dans la communication au niveau verbal et quelle est la part et l'importance du non-verbal dans notre communication et si les autistes sont privilégiés ou pas sur ce point. Spoiler ! Pas vraiment. Dans le septième chapitre de cette chronique, on se demandera pourquoi de nombreux autistes sont plutôt en mode logique qu'affectif. On explorera aussi si du cœur ou de la tête, l'un est meilleur et s'il faut choisir. Et avant de conclure, on parlera du temps qui peut être notre ami. Allez, c'est parti pour la distance. Donc on commence par des notions basiques pour faciliter la communication. Chez la plupart des gens, on peut... Repérer une distance physique sociale, une distance entre proches et amis, et celle-ci serait d'un bras et demi. Donc selon Reynald, mon informaticien préféré, toujours prêt à sortir un trait d'humour, c'est pour ça que ça coûte un bras pour un autiste d'avoir un ami. Voyons maintenant les distances étudiées, normées, dans une population standard. Ici, ça a été étudié sur les Nord-Américains. On parle de distance officielle, la distance sociale, la distance avec les amis, et... la distance avec les proches, la distance personnelle, et enfin la distance intime. Donc la distance officielle, lointaine, elle serait de 8 mètres, et plus proche, la distance officielle minimale serait de 3,75 mètres. Donc là, on parle de la distance dans un concert, par exemple, par rapport avec la star, dans un meeting avec un politicien. On est entre 3,75 et 8 mètres. Vous ne pourrez pas être placé plus près de l'intervenant. La distance sociale, elle serait entre proche 1m30 à minima et lointaine, on va jusqu'à 3m75. Là, c'est la distance qu'on va utiliser, mettre en œuvre dans une situation entre un professionnel et un client. Avec son médecin, ça permet de faire une connivence sans rentrer dans la sphère intime, sans intimité. Ça serait une très mauvaise idée, d'après le psychologue Cyril Malka, dans une distance sociale avec son patient, de rester complètement rigide derrière un bureau à 4 mètres. Mais ça serait une très mauvaise idée aussi d'être sur le divan à côté de lui. Il y a vraiment cette distance entre 1,30 m et 3,75 m. La distance sociale avec les amis, je vous l'ai dit à l'instant, on parle d'un bras, un bras et demi. La distance... personnelle, donc là avec sa famille, je dirais, avec ses enfants, son conjoint, on parle de 50 centimètres à 1,30 mètre. La moyenne c'est plutôt 80 centimètres. Et la distance intime proche, elle est de zéro. Et intime lointaine, entre guillemets, elle serait de 15 à 45 centimètres. Évidemment, ce n'est pas possible dans toutes les situations. Quand vous êtes dans une foule ou dans dans un bus bondé. Et du coup, la plupart des gens... pour imposer une distance plutôt émotionnelle et pour contrebalancer cette distance physique qui n'est pas possible, vont regarder au loin, vont lire un livre. Dans le bus debout, ça va être compliqué. Mettre un casque, ça va permettre d'asseoir un petit peu une distance sociale qui est nécessaire, mais c'est quelque chose qui demande beaucoup plus d'énergie. Et puis, évidemment, c'est compris comme une agression quand les gens se rapprochent trop. Et là, ça peut être totalement involontaire, parce qu'une personne handicapée, une personne qui a une culture différente de la vôtre, qui vient d'un autre pays, plus on va au sud, plus les distances sont raccourcies. Donc quelqu'un du sud ou qui a une culture très différente, de quelqu'un qui a l'habitude d'avoir toujours une grande distance selon les conditions, va pouvoir sembler agresser l'autre, alors qu'en fait, pas du tout. Passons au temps. Généralement, entre le moment où quelqu'un finit sa phrase et le moment où on peut parler, il y a une ou deux secondes. C'est beaucoup plus long. Plus on va au nord, au Danemark par exemple, qu'en France. Et plus on va au sud, plus ce temps est raccourci. Là encore, ça dépend de la culture. Selon la culture, on va avoir l'impression, réelle ou pas, que l'autre nous coupe la parole. Si en plus, vous avez un TDAH, Et avec l'aspect plutôt impulsif, ça va être très compliqué pour vous de laisser l'autre finir sa phrase, donc vous allez apparaître comme quelqu'un qui coupe la parole. Si vous êtes italien, là c'est plutôt l'art de parler tous en même temps. Après ce qui est rigolo, ce sont les autistes italiens qui ne supportent pas le manque de normes dans leur propre pays. Plus en détail, par exemple, le temps pour répondre à un mail professionnel. On met en général 24 heures. Si vous travaillez dans un service après-vente, mettez vraiment, ça c'est une recommandation personnelle, 24 heures entre chaque réponse, même si votre interlocuteur fâché répond du tac au tac. Parce que si vous répondez à son rythme, vous alimentez la spirale. En laissant 24 heures entre chacune de vos réponses, quel que soit le nombre de mails qu'il vous envoie, vous gardez le contrôle sur le temps, vous lui laissez le temps de s'énerver tout seul. pour, de votre côté, lui apporter une réponse factuelle et efficace tout en manifestant, évidemment, la compréhension nécessaire face à son problème. Maintenant, selon les dossiers, ce n'est pas rare de laisser plusieurs jours avant de répondre à un mail. C'est plutôt même commun, il me semble. En tout cas, dans mon cas. En cas de doute, n'hésitez pas à poser la question autour de vous selon les us et coutumes dans votre métier. et puis ça va dépendre vraiment de votre métier, de la situation de l'interlocuteur. Maintenant par SMS ou pour répondre à un message WhatsApp, signal, Telegram et compagnie, et bien ça va dépendre des gens. Rares sont ceux qui répondent immédiatement ou alors ils vont le faire parce qu'ils sont en plein échange. Mais ça va être tout à fait normal et accepté que l'un ou l'autre s'interrompe en plein échange parce qu'ils sont en train d'arriver ou quelqu'un lui parle ou il reprend son travail. Ça ne pose aucun problème. Sur les apps type Messenger, Discord, les MP sur Instagram ou Facebook, les gens répondent la plupart du temps le jour même. Et entre un et deux jours. Et si vous n'avez pas de réponse, c'est peut-être qu'ils ont zappé ou qu'ils vous ont laissé en vue, qu'ils ne sont pas intéressés. Par rapport à des commentaires sur YouTube, Facebook, Instagram, là j'ai l'impression qu'il n'y a pas de règles. Mais quand quelqu'un s'énerve, comme tout à l'heure l'histoire du SAV, ça semble préférable de ne pas surenchérir. Au téléphone. Et bien finalement, de moins en moins de gens répondent au téléphone à titre personnel. Ce n'est pas conseillé à titre pro, il faut répondre. Mais à titre personnel, de moins en moins de gens, donc que vous soyez autiste ou pas, et certains n'écoutent même pas leur messagerie. Donc si vous êtes autiste et que vous détestez répondre au téléphone, décomplexez-vous, il n'y a pas de problème, ne répondez pas. Écoutez votre messagerie par contre au calme, quand c'est le moment pour vous. Comme ça, si c'est important, vous le saurez, les gens qui ont quelque chose d'important à vous dire, vous laissent un message. Pour répondre à la porte, et bien là pour le coup, à moins d'avoir identifié le duo d'une secte qui fait du porte-à-porte, la plupart des gens répondent et ouvrent, répondent à l'interphone, ouvrent la porte. Surtout quand on attend un colis depuis trois heures, à minima. Et la plupart des autistes se cachent en espérant qu'on ne les ait pas vus, ce qui est beaucoup plus compliqué pour réceptionner son colis. Maintenant, le temps de réponse dans une autre situation à l'invitation d'un membre de la famille qui veut vous inviter pour un barbecue, pour une sortie, pour une fête, etc. Là encore, la plupart des gens répondent en quelques jours, voire appellent pour convenir. « Ah bah écoute, merci, comment on fait tel programme, tel jour ? » Et pour maintenir le lien avec quelqu'un, les alistes, donc les personnes non autistes en général, elles se donnent des nouvelles, elles s'invitent. Et si elles le font plus, c'est que le lien est en train de se disloquer. Les autistes, eux, peuvent reprendre la conversation des mois plus tard sans avoir donné de nouvelles, comme si c'était normal. Et en effet, pour eux, c'est tout à fait normal. Et c'est pas un souci. Et dernier cas de figure pour répondre au serveur qui attend votre commande à table. Eh bien, chez les autistes, on a souvent un gros blanc. Sauf s'ils ont étudié le menu à l'avance. Et si, bien sûr, ce qui est prévu est bien sur la carte, tout va bien, mais en cas d'imprévu, ça peut donner lieu à un temps d'attente que le serveur peut recevoir comme plutôt désagréable, hélas. À présent, je vous livre les résultats d'un sondage portant sur les mêmes questions faits auprès de personnes avec TSA dans le groupe privé Discord dont je vous ai parlé tout à l'heure, qui s'est formé autour du podcast. Ça n'a pas valeur d'étude puisque l'échantillonnage est tout petit et que le protocole de questions est tout à fait discutable et discuté. Mais voici ce que ça a donné. Donc c'est plutôt récréatif là ce que je vous donne. 50% des votants répondent à un mail pro le jour même, donc chez les autistes du groupe. Et 25% entre un et deux jours. Ça ferait donc les trois quarts qui répondent entre zéro et deux jours. 90% ou 90% pour nos amis Suisses et Belges des votants répondent à un mail perso en moins de cinq jours. Dans le détail, il y a un tiers qui répondent jour même. Pour le mail perso, un tiers sous deux jours et le dernier tiers en moins de cinq jours. Pour les SMS, les WhatsApp et compagnie, 56% des votants répondent en quelques heures. Une personne dit qu'elle ne répond jamais et une autre qu'elle ouvre et qu'elle oublie. Et une dernière qu'elle ouvre, qu'elle réfléchit, qu'elle ne sait pas trop comment répondre et que le temps passe et qu'elle ne sait plus quoi répondre. Et le dernier des votants répond entre un et trois jours. Pour les MP, quel que soit le réseau, presque la moitié des votants répond le jour même et un tiers sous 24 heures. Vous êtes beaucoup plus rapide que moi. Pour une invitation, 44% répond sur 24 à 72 heures, 25% esquive, je vous adore, et 26% répondent en plus de 4 jours. Et enfin, à la question... Faut-il entretenir les liens avec les gens, donc détail des gens, les voisins, les rencontres, les connaissances ? 80% répondent non, on se parle quand on veut, même si ça fait longtemps. Et pour finir concernant le restaurant, près de 40% des votants dit se préparer en amont, regarder sur la carte, regarder le menu sur le net avant. Et 23% demandent au serveur de revenir. Il y a 15% qui se bloquent et 15% qui ne vont tout simplement pas au restaurant. et une personne a dit qu'au restaurant elle fait attendre le serveur si besoin et que c'est ok et je pense avoir reconnu qui a répondu ça dans le groupe Une personne spécialiste de l'assertivité. Dans les choses concrètes, rapidement, on va parler des méthodes à utiliser pour certains types de communication, très rapidement. Alors ça peut surprendre, en tout cas moi ça m'a vraiment beaucoup surpris. En Espagne, les gens utilisent WhatsApp pour candidater à un poste, pour postuler à une entreprise, parler avec les recruteurs. Bon, et puis les contacts avec son banquier aussi se font sous cette forme, via WhatsApp. Je ne suis pas certaine que ce soit les usines coutumes partout. Après, pour contacter quelqu'un comme un auteur, un créateur de contenu, on peut passer facilement par les réseaux. Pour un professionnel, ça peut être sur LinkedIn si vous préférez éviter le téléphone, mais vous n'avez aucune garantie de réponse, et puis beaucoup, à mon sens, de pubs et d'excès sur ce réseau. Pour prendre un rendez-vous médical, Doctolib est votre ami, là encore si vous voulez éviter le téléphone. certains professionnels qui ne sont pas sur Doctolib comme des pérédans à leur compte par exemple, ont un agenda en ligne et vous pouvez réserver facilement un créneau là-dessus. Évidemment, tout ça, ça va aussi dépendre de votre pays, de votre culture et de vous, de ce qui vous est possible ou pas. Passons maintenant au chapitre 4, les 5 étapes de l'apprentissage. Donc, je rappelle ici cette citation de George Box. qu'un auditeur me mettait en commentaire sur le dernier épisode et qui résume très bien les choses. Tous les modèles sont faux, certains sont utiles. Donc ici, je vous parle d'un modèle non exhaustif, imparfait, mais utile, les cinq étapes de l'apprentissage. On parle en premier de l'étape d'être un incompétent inconscient. Je ne sais pas que je ne sais pas. J'ignore que je ne sais rien. Le dialogue entre deux personnes incompétentes et inconsciente risquent fort de ressembler à un dialogue de sourds. Quelque chose d'humoristique, ça peut être marrant aussi, mais ça peut être compliqué de communiquer. La deuxième étape, ça serait le conscient incompétent. Celui-là, il sait qu'il ne sait pas. Il fait des erreurs, il apprend. On n'est pas compétent, mais on le sait, on le reconnaît et on essaye d'apprendre. Là, on va pouvoir commencer à discuter. On va parler beaucoup plus longuement du numéro 3, le compétent conscient. Celui-là, il sait qu'il sait. La personne, elle sait qu'elle a les connaissances sur un sujet, donc ça demande de l'effort, de la réflexion. Pour faire le lien avec l'épisode précédent du podcast, on serait alors en système 2, selon Kahneman. Le risque que je vois ici, c'est que lorsque le compétent conscient, c'est l'autiste, et qu'il parle avec un incompétent inconscient, il peut paraître arrogant et vite... être très mal perçue. Donc, identifier que la personne avec qui on essaye de parler n'a pas les compétences relationnelles, émotionnelles ou intellectuelles sur le sujet qu'on souhaite aborder, ça peut désamorcer une situation délicate ou juste pas nécessaire, en fait. Par exemple, si vous êtes passionné de chimie culinaire, que vous maîtrisez parfaitement les températures de cuisson en fonction du type de four, mais pas Tata Edith qui, elle, a toujours fait le gigot à l'instinct, c'est peut-être préférable en termes de rapports sociaux d'éviter de lui faire un. cours de chimie si elle ne l'a pas demandé. De même, quand vous êtes très compétent sur la distinction du TDAH et du TSA, nuancé par un possible ou conscience intellectuelle qui masquerait ou compenserait certains signes du TSA ou du TDAH, et que vous devez cette compétence à la fois à votre errance diagnostique et parce que c'est devenu un intérêt spécifique, que vous avez avalé une tonne de littérature scientifique, vous avez fait partie de groupes d'études, vous prenez des notes sur des conférences pointues, Vous êtes très certainement, en effet, plus compétent que le psychologue scolaire ou ce médecin de famille, qui sont eux tout à fait compétents et pertinents dans leur domaine, mais n'ont pas une expertise aussi fine sur ce sujet que vous. Pour autant, il est la plupart du temps particulièrement mal perçu d'étaler votre compétence dans cette situation. À ce stade, rappelons-nous, comme détaillé dans l'épisode précédent, que dans notre société actuelle, on valorise plutôt l'affect que la raison, la forme que le fond, l'individu que le collectif. Bon, c'est très vite dit, ça manque de nuances, ce que je viens de dire, c'est un peu grossier. Pour les nuances, et passer plus de temps là-dessus, retour à l'épisode précédent. Donc, lorsque vous allez imposer vos compétences réelles, de façon factuelle, eh bien, il est fort probable que vous soyez particulièrement mal perçus. Vous étiez en mode logique. L'autre était en mode affect, ce qui à mon sens implique également la sensibilité et l'ego, et donc la personne va se sentir attaquée par vous et va mal réagir. À ce stade, que faire ? Insister et dire à notre interlocuteur qu'il se trompe, se taire, eh bien ça dépend de l'enjeu, mais aussi de la capacité de votre interlocuteur à vous écouter. Et ça aussi, ça dépend de la façon dont vous allez le dire. Si l'enjeu est important, il s'agit de votre santé, de celle de votre proche, d'un aménagement au travail ou à l'école, ça penche plutôt du côté du fait de parler. Mais quid de la capacité de votre interlocuteur à vous écouter ? S'il est connu pour balayer d'un revers de main toute contradiction, ou si vous avez expérimenté que de toute façon son égo est impénétrable, disons que c'est plutôt mal engagé. Là, on va pencher plutôt du côté de se taire. Et si l'enjeu est important, qu'il faudrait parler, mais que votre interlocuteur vous sentait que ça ne va pas le faire, il va falloir trouver un moyen de contourner cette personne pour parler à une autre. Et enfin, oui, ça va dépendre de la façon dont vous allez le dire. Votre interlocuteur a lui aussi sa personnalité, son histoire, sa propre sensibilité. Pour que votre propos soit entendable, il faut le rendre audible. Parfois, avec un petit chef qui aboie tout le temps, comme un petit chien pénible, il suffit d'aboyer plus fort. Mais pour continuer sur cette métaphore, si votre interlocuteur c'est un chien plutôt raffiné et à l'ouïe très sensible, il va falloir lui parler de façon... plus délicates et sans hurler. Sinon, ça va être complètement un contre-emploi. Pour prendre un dernier exemple sur ce mode compétence consciente, dans votre travail, vous avez une analyse pointue. Votre cerveau autiste fait aussi de vous quelqu'un qui repère tous les petits dysfonctionnements et est très exigeant sur les détails. Vous privilégiez l'efficacité à la satisfaction. Faire plaisir à vos collègues, ça ne vous effleure pas. Vous êtes là pour faire votre job Et vous le faites sacrément bien. Et petit à petit, sans vous en rendre compte la plupart du temps, la perception que vos collègues ont de vous change. Ils vous voient comme le ou la pénible qui les enquiquine. Vous êtes compétent et conscient, eux aussi. Alors pourquoi ça ne marche pas ? Probablement parce que vous êtes plutôt sur un mode logique et efficacité. Et eux sur un mode affectif et maintenir des bonnes relations dans le groupe. C'est presque mathématique, vous êtes écarté car vous n'êtes pas sur le même modèle et mode qu'eux. Avec des gens qui ont une certaine compétence sociale, c'est possible d'en parler, de comprendre les différences de personnalité et de fonctionnement et de s'accepter, d'apprendre à se connaître et à travailler ensemble. Il y a aussi dans certaines entreprises des job coachs ou des pères aidants professionnels qui interviennent et facilitent ce travail de communication, de traduction, de compréhension mutuelle. reconnaissance des qualités et des compétences. Ils font une sorte de psychoéducation. Mais parfois, on a des collègues avec qui ce n'est juste pas possible. Il n'y a pas de volonté mutuelle, de respect, de dialogue. Alors communiquer, ça va devenir un enfer. Et puis sur le modèle 4, le stade 4 de la communication, on a le compétent non conscient. Lui, il a oublié qu'il sait. C'est devenu complètement naturel, c'est devenu une seconde nature. À force de préparation, par la concentration, la réflexion, la mise en œuvre, c'est devenu une routine en fait. Les connaissances sont complètement liées à sa personnalité, sa compétence est naturelle, évidente, c'est un acquis. C'est devenu du ressort du système 1. C'est intuitif et spontané. Et puis le cinquième. Eh bien, c'est celui qui sait, qui est compétent, conscient et qui devient pédagogue pour expliquer à ceux qui ne savent pas encore. Là, ça va demander quelques qualités humaines pour transmettre à ceux qui le souhaitent les connaissances. Comment faire changer d'avis à quelqu'un ? Par exemple, le proche qui est dans une situation toxique, le tonton complotiste ou le collègue qui a ouvertement tort. Et de toute façon, vous savez que vous avez... plus de compétences que le collègue. Dans le cas de votre ami maltraité en couple et qui a du mal à voir la toxicité de son conjoint, vous ne pourrez rien faire directement. Ce n'est pas en lui disant que ça ne va pas qu'il ou elle va vous écouter. Si la personne était prête à entendre et avait la ressource intérieure pour quitter son conjoint, elle l'aurait déjà fait la plupart du temps. Je fais aussi référence ici à la notion des quatre temps dont je parle plus en détail dans l'épisode précédent. Si la personne est en pleine tempête, elle ne sera de toute façon qu'en mode survie et dans l'incapacité de réfléchir, de prendre du recul, de prendre ses dispositions pour quitter quelqu'un. En revanche, une chose est très importante. restez disponible. Restez gardé ou cette ouverture temporelle, matérielle et émotionnelle, ne jugez pas la personne. Et le jour où elle décide de partir, soyez prêt. Vous ou d'autres personnes ressources à l'accueillir, à la dépanner ou simplement à ne pas la juger, à éviter les... Bah, je te l'avais bien dit. Ah bah, ça y est, tu l'as quitté. Bah, depuis le temps. C'est une ressource inimaginable de savoir qu'on peut compter sur quelqu'un même quand on est embrigadé dans une situation. pas possible. C'est valable aussi pour les sorties de mouvements sectaires, de mouvements fermés. Maintenant, on va parler du tonton complotiste ou qui est dans des pratiques alternatives qui dérivent ou simplement ne pense pas comme vous. Et vous savez que vous avez la science et les arguments fiables pour vous. Eh bien, voici trois recommandations. Un, n'attaquez pas frontalement. Allez-y en douceur, avec finesse et délicatesse. Alors je sais, ce n'est pas toujours facile pour les autistes un peu cash qui oublient les formes, ou les personnes avec un TDAH qui sont impulsifs et qui vont au front sans préparation. Mais ça ne sert à rien d'attaquer frontalement. Le numéro 2, comme conseil, c'est d'y aller doucement. Si vous avez 12 arguments contre cette pseudo-médecine, commencez par en donner un seul. Laissez du temps, des jours, laissez la personne réfléchir. Là aussi, ce n'est pas facile pour la personne autiste qui ressent le besoin de donner tous les éléments et sera frustrée presque physiquement de ne pas aller au bout de son raisonnement. Et maintenant le dernier exemple, donc le collègue qui a ouvertement tort. Dans le monde du travail actuel, c'est mal vu, dans la plupart des milieux, de pointer du doigt les erreurs des autres. En plus, si c'est fait au su et au vu de tous. Sauf si vous êtes agent de l'URSSAF ou contrôleur des impôts, alors là précisément, c'est votre job. Mais sinon, il est recommandé de veiller aux liens sociaux, donc à l'impression que vous donnez, au respect que vous manifestez pour votre collègue, que ça vous plaise ou non d'ailleurs, que ça vous semble logique ou non. Et si c'est impossible pour vous, Ça peut être préférable de travailler seul ou à votre compte, ça peut être plus confortable, de préférence sans client particulier ou dans une carrière artistique pour ceux qui ont le talent pour ça. D'ailleurs, ce sont souvent des carrières où les personnalités qui peuvent être considérées comme excessives ou très pointilleuses, de manière générale, sont mieux tolérées. L'art, l'expression artistique, compensant entre guillemets pour certains sales caractères si vous me passez l'expression. Et sinon, si vous ne pouvez pas être à votre compte, eh bien ça va être intéressant de travailler sur la compréhension de ce qui se joue, des enjeux sociaux et d'essayer d'acquérir et de travailler quelques habiletés sociales pour fluidifier un petit peu ces relations. Et ça passe par mettre les formes pour dire les choses. Vous repérez des formules dans le dossier Excel de votre collègue qui sont en fausse, déjà avant de lui dire, est-ce que ça vous impacte ? Non ? Eh bien, vous pouvez essayer de renoncer à le lui signaler. Et si c'est elle qui vous a demandé de regarder si c'était juste, alors oui, allez-y, mais dites-lui en douceur les erreurs repérées. Et si elle ne vous l'a pas demandé, mais que vraiment ça vous saute aux yeux et c'est insupportable, alors avant de lui tomber dessus, parce que oui... Vous pouvez penser que c'est logique et que vous lui rendez service, ainsi qu'à l'entreprise, en lui disant « mais en fait, elle, elle n'a rien demandé » . Et elle va se sentir très probablement agressée. Elle va vous en vouloir, voire carrément vous avoir dans le collimateur et vous pousser à la faute ou chercher à vous nuire parce que vous l'aurez vexée. Donc si vraiment ça vous gargouille trop et que vous avez un besoin impérieux de lui signaler son erreur, une technique, ça va être tout simplement de lui demander si vous pouvez le lui dire. mais pas en mode, oula, il y a une couille là, ça va pas du tout, bon, tu veux que je te le dise ou pas ? Mais plutôt en mode, Jennifer, je me demande s'il n'y a pas une erreur là, est-ce que tu veux que je te montre, qu'on regarde ensemble ou pas ? Si elle dit non, il va falloir gérer votre besoin impérieux de corriger ça et l'anxiété que l'erreur vous provoque. Dans ces cas-là, un petit peu de psychoéducation, voire carrément des TCC, thérapie cognitivo-comportementale. à pratiquer avec un professionnel peuvent vous apprendre à gérer ses impulsions et à contrôler ce besoin de contrôle et de correction de votre entourage. On arrive au chapitre 6 et si tout se jouait dans le non-verbal ? Non, pas tout, rassurez-vous. À ce stade, je n'ai pas trouvé de chiffre fiable ou de méta-analyse qui nous donnerait le pourcentage réel. Étudiez et analysez de l'importance du non-verbal dans un échange. Par contre, on sait que c'est important. Pour aborder ça, je vais partir sur l'effet de halo, ce biais cognitif qui nous explique ceci. C'est une des clés d'une relation commerciale, notamment, réussie, parce qu'il permet d'instaurer un climat de confiance dès la première prise de contact, par la première impression, qui va être une étape déterminante pour poursuivre des échanges constructifs. On parle de la règle des 4 A, l'apparence, l'attitude, l'accroche et l'accord. L'apparence, alors... Ça s'applique au domaine commercial, mais je trouve que ça parle énormément aussi pour les relations humaines, en fait, de différents niveaux. Donc l'apparence, le choix d'une tenue vestimentaire adaptée à la situation, à son public. L'attitude, le choix de la bonne posture, de la bonne tonalité, du vocabulaire adéquat, adapté à qui on a face à la situation. L'accroche, une présentation courte et percutante. et l'accord, l'acceptation de la proposition, l'acceptation du propos. Dans le monde professionnel, par exemple, une personne au physique jugée agréable, plus belle, plus grande, en particulier pour un homme, de corpulence plus fine, selon les stéréotypes sociétaux, sera jugée plus digne de confiance et compétente, capable de prendre des meilleures décisions. et avec une meilleure personnalité. En résumé, c'est un énorme délit de sale gueule pour la plupart des personnes autistes qui vont accorder peu d'importance à leur apparence, le premier A, qui ne s'habillent qu'en fonction du confort ressenti et certainement pas pour l'image qu'ils vont donner d'eux-mêmes, qu'ils vont porter leurs cheveux comme ça leur chante, et souvent ne sont pas conscients de leur attitude corporelle, le second A, de leur regard ou absence de regard. Regards trop intenses, fuyants de la posture, des gestes, de la gestuelle avec les mains, la façon de se balancer. La personne autiste qui ne va pas non plus jouer sur son accroche, troisième A, les mots qui percutent, le ton de la voix, et qui pourra avoir du mal à percevoir chez son interlocuteur l'accord, quatrième A, la validation de ses propos, l'intérêt de l'autre pour ce qu'il est en train de dire. Donc ici on peut avoir quand on se rend compte combien c'est difficile quand on est autiste. de travailler sur ces quatre A, l'apparence, l'attitude, l'accroche, et vérifier l'accord, l'adéquation de la personne avec ce qu'on est en train de dire. On peut avoir deux réactions en fonction de notre personnalité, de notre vécu, mais aussi de la situation. Il y a certaines personnes qui vont décider de travailler ces quatre A, apparence, attitude, accroche, accord. Rappelez-vous que la phrase d'introduction En début d'épisode, Reynald qui nous disait qu'au final dans la communication, ce n'est pas tant ce qu'on dit qui est important, mais ce que l'autre comprend. Et ce que l'autre comprend, ça va jouer non seulement sur vos propos, mais sur votre apparence, votre attitude, la façon dont vous avez introduit le propos et la vérification constante que l'autre vous écoute, comprend, valide, a entendu ce que vous dites. Il y a d'autres personnes qui ne vont pas chercher à s'adapter ou qui ne vont pas chercher à travailler ça, qui vont dire, moi je suis comme je suis. C'est à prendre ou à laisser, ça ne plaît pas aux autres, tant pis, c'est comme ça, je ne vais pas continuer à masquer, à me suradapter, à m'épuiser. À quel prix est-ce que je devrais faire tous ces efforts ? À titre personnel, je n'ai aucun jugement ou opinion là-dessus. Je suis convaincue que ça dépend de tellement de facteurs, de ce qu'on a vécu, du soutien qu'on a, qu'on a reçu, qu'on a là maintenant, nos capacités actuelles, physiques, mentales, à faire face. ou avoir besoin de retrait, de repli, que c'est vraiment à chacun de voir ce qu'il aime le mieux pour lui dans la situation donnée. Ce que je trouverais dommage, c'est de rester figé dans une décision. Moi, j'ai décidé que de toute façon, les autres ne comprenaient rien. Ils me demandent de m'adapter, de m'habiller bien et puis de faire attention à mes gestes pour être bien compris. Moi, j'en ai marre. Donc, je me replie et de rester figé dans cette attitude-là et de ne pas se donner de l'opportunité. Dans certaines situations avec certaines personnes ou dans certaines étapes de nos vies, on peut faire d'autres essais et avancer différemment. Et à l'inverse, quelqu'un qui a passé sa vie ou des années à masquer, à s'adapter, à donner aux autres ce qu'ils attendent sans s'écouter, je trouve dommage aussi. Je trouve, et je ne suis pas la seule en fait, la santé mentale est en jeu. On se rend malade et l'impact est vraiment... très néfaste. Ça me paraît aussi important de rappeler que parfois, et là on part sur complètement autre chose, mais parfois, on met en place tout ce qu'il faut pour parler avec nos collègues et on le fait super bien. Ou avec l'enseignant, avec le médecin, avec notre voisin, avec notre conjoint, on prépare à fond ce moment-là, ce dialogue-là, et ça se passe mal. Malgré tout ce qu'on a fait, tout ce qu'on a préparé, on a travaillé et c'était parfait ce qu'on a fait. Et là, on va être complètement abattu, on va se sentir responsable et donc nécessairement nul et incapable parce que malgré tous nos efforts, on n'a pas été entendu. Et en réalité, tout était déjà joué. La partie ne se déroulait pas du tout là où on pensait. Parce qu'au-dessus ou à côté de nous, il y a des gens qui avaient déjà décidé de l'issue à donner à cet échange, et quoi que vous fassiez, c'était joué. Alors maintenant, pourquoi beaucoup d'autistes sont plutôt en mode logique qu'en mode émotionnel, affectif ? Eh bien, quelques pistes qui expliqueraient ça. D'abord, on leur apprend très tôt à ne pas écouter leurs émotions et leurs ressentis. On leur apprend qu'ils ne sont pas fiables parce que différents et gênants. Le message pour l'enfant, c'est « t'as mal ? C'est faux ! Tu cries comme ça pour une si petite douleur ? C'est faux ! Ta chaussette sert pas ! Mais arrête tes caprices ! C'est ridicule ! Tu prends ma blague comme un mensonge ? Mais c'est toi le problème ! Pour moi, c'était qu'une blague ! Tu interprètes les bousculades dans les couloirs de l'école comme des agressions ? Mais c'est ton interprétation ! Les camarades t'ont pas du tout bousculé ! C'est comme ça ! Bah, c'est le couloir ! Tu te trompes pas ! Une agression, c'est pas ça ! » Et à force, on apprend à l'enfant autiste que tout ce qu'il ressent est erroné, qu'il a tort de se faire confiance. Méfie-toi de ton ressenti, t'as qu'à supporter comme les autres. Si on rajoute à ça des troubles épileptiques, un SED, des troubles gastriques, des troubles du sommeil, merci bien, l'enfant très tôt apprend que tout ce qu'il ressent émotionnellement et physiquement, en fait sans qu'il quitte les autres, qu'il se trompe. Et donc, on lui a appris à ne pas s'écouter. Autre chose, dire bonjour en regardant les yeux, ça fait mal, me disait ma fille quand elle avait 7-8 ans. Elle a dû apprendre, c'est une règle sociale à acquérir. Distinguer le premier cercle des suivants, ne pas raconter sa vie à des inconnus, savoir qui tutoyer, où vous voyez, tout ça, ça s'apprend en général assez intuitivement chez l'enfant. Ça se fait de façon nettement plus pesante, voire carrément pas intuitive du tout chez l'enfant TSA. L'apprentissage des codes sociaux est épuisant. Un autre fait, c'est l'adaptation. Il faut participer à l'école et sourire. Il faut regarder dans les yeux, accepter cette bise ou ce câlin qu'on déteste, ne pas trop parler, ça gêne. Masquer ses excellents résultats, ça pourrait froisser le beau-frère ou la cousine moins brillante. L'enfant autiste sans déficience intellectuelle apprend le masking très très très tôt. Il comprend très très vite que beaucoup de choses qu'il est ou qu'il fait gêne, fâche. Et donc il va mettre beaucoup de cognition, beaucoup d'énergie à observer pour essayer d'ajuster son attitude et finalement moins souffrir, être moins rejeté, grondé. On lui apprend donc à ne pas être dans l'émotionnel, à ne pas être spontané, à ne pas être dans la décontraction, la spontanéité, mais à être suradapté aux autres et à l'environnement. Il y a aussi le tout-ou-rien. La pensée en tout ou rien, c'est une distorsion qui est très fréquente chez les personnes avec un TDAH. Un TDAH qui est très fréquent avec l'autisme. Cette personne-là va penser, je ne vais de toute façon pas réussir à finir cette tâche, donc je ne commence pas. Et chez la personne autiste, elle pourra se dire dans le tout ou rien, cette personne coche toutes les cases, donc elle est parfaite pour ce job ou pour être en couple avec moi. ou pour être mon ami. Ou alors, cette personne ne coche pas toutes les cases, il en manque deux. Ah ben non, ça ne va pas, je la dégage. Pour tout rien. Certains autistes peuvent aussi être excessivement émotionnels et avoir du mal à gérer cet aspect de leur personnalité. Évidemment, en aucun cas, il n'y aurait un seul modèle d'autisme. C'est un spectre. Donc, il y a énormément de subtilités, de possibilités, de couleurs. Et chaque personnalité et chaque histoire est différente. Mais ce sont ici quelques éléments qui pourraient expliquer pourquoi de nombreux autistes sont plutôt en mode logique et rationnel qu'émotionnel. Pourquoi c'est aussi un piège terrible d'être trop logique ? Le cœur ou la tête, est-ce qu'il faut choisir ? En fait, raison ou affect collectif ou individuel, c'est à nuancer. L'individuel... Ce n'est pas forcément du cœur et de l'affectif, de même que le collectif peut être particulièrement affectif et irrationnel. Et pour continuer à nuancer mon propre propos, je n'oppose pas le cœur et la tête. La raison, la logique dans les relations de couple ou travail avec ses enfants, avec ses voisins, elle n'est pas supérieure. Et écouter son cœur, ses émotions... qui sont le signe d'une réaction à quelque chose, écouter son intuition, c'est très important. Alors pourquoi certains autistes, notamment parce que ce ne sont pas les seuls, ont tellement de mal à écouter leur cœur ? Chez tout le monde, autiste ou pas, ça peut être pour se protéger des autres et de soi. Et chez les autistes, comme on l'a vu tout à l'heure, c'est aussi à force de s'entendre répéter qu'on est pénible, excessif, qu'il y a trop d'émotions, etc. Ça peut les conduire à rejeter cette partie d'eux-mêmes. Je vois deux dangers au fait de fonctionner en mode logique seul, se faire bouffer ou bouffer les autres. Se faire bouffer, abus sexuels, abus au travail, abus en couple. Votre conjoint vous explique que c'est tout à fait logique que vous le serviez en permanence et que vous payiez les courses parce que ça compense les bons conseils qu'il vous donne. Votre patron vous explique que c'est logique que vous restiez après les autres. Vos camarades à la cantine vous expliquent que c'est logique que vous restiez debout avec votre plateau, même si il y a une place. Et cette connaissance vous explique que c'est logique que votre nom ne soit pas sur le dépliant, parce que vous avez presque rien fait, en plus vous êtes mère au foyer, personne ne vous connaît, alors que son nom à elle va attirer beaucoup de monde. Je continue. Ce voisin vous explique que c'est logique qu'il se moque de vous, parce que c'est franchement bête ce que vous venez de faire. Vous en avez d'autres. Alors on s'habitue à être maltraités, parce qu'il y a une explication logique. rationnelle. Et on oublie de se mettre en colère, de se rebeller, de refuser. Parfois, on arrive à sortir de la situation. Mais tard, ici j'en profite pour vous dire que pour moi la colère c'est une énergie de dingue. La colère bien utilisée, elle nous réveille, elle nous fait pousser les lignes, dire stop, dire non, dire ça suffit, poser nos lévites et avancer. Allez, je reprends. Danger de la logique seule, c'est aussi parce que la tendance à généraliser, à classer les infos des TSA, fait qu'une fois la parole vexante ou la situation difficile Une fois ça classé, on ne revient pas forcément dessus, parce que c'est aussi épuisant après tant de ruminations. Alors du coup, on va accumuler, et à mon avis, ça fait partie des explications de pourquoi les autistes ont tellement de mal à nuancer, parce qu'il y a tellement d'infos, tellement de trucs à gérer, c'est épuisant. Donc une fois que l'info, la situation est classée dans un dossier, cette situation est OK, ou ceci ne me tue pas, donc bon. Ou alors, j'ai pas aimé la façon dont elle m'a parlé en entretien, mais ce job me plaît et je le fais bien, eh bien, on n'y revient pas, c'est classé, c'est ok, et ça s'accumule. On ajoute le masquage, l'adaptation, la suradaptation, les stratégies de compensation, la fatigue sensorielle et cognitive. La charge mentale des personnes avec TSA est juste dingue, il n'y a pas de place pour la nuance. Pour repérer un dossier qui dépasse, un truc qui chatouille ou qui gratouille, bonjour, toc, il n'y a pas de nuance, c'est ok. Ou alors, ça passe dans le dossier « too much » . Et là, hop, une fois que ce dossier est complet, ça part en crise autistique, explosion ou implosion. Ça, c'est le danger de la logique seule, se faire bouffer. Mais il y a aussi le danger de bouffer les autres. Le risque d'être trop dans sa tête, dans les faits, dans la logique, dans ce cas-là, c'est donc d'oublier son côté enfant, ses rêves, ses besoins, ses envies, et son côté attentif au groupe. au bien-être de l'autre, au respect de la norme du groupe, à l'envie que ça fonctionne bien avec les autres. Une personne qui fonctionnerait trop dans sa tête, son entourage lui reprochera souvent à la fois de ne pas se connecter avec ses émotions, son cœur, ses rêves, ses envies, mais aussi de ne pas penser au bien du groupe ou du partenaire, de ne pas faire attention à l'autre, à ses besoins, à ses attentes. Et cette personne répondra que puisqu'elle est très logique, elle pense justement de façon logique, rationnelle, factuelle, et que donc ça marche pour le groupe puisque c'est factuel. Et là, on va être dans une rupture de dialogue. En résumé, faut-il choisir entre la tête ou le cœur ? Quels pourraient être les écueils de ce choix qui n'en est pas un ? Parce que c'est un fonctionnement qu'on a mis en place pour survivre et moins souffrir. Eh bien, quand on est logique, rationnel, factuel, on peut devenir son propre bourreau, en oubliant nos propres besoins, en se focalisant sur les besoins et les attentes de l'autre pour qu'il continue à nous aimer. Et on se fait du mal en oubliant de nous respecter nous-mêmes. Et ça, c'est la porte ouverte à toutes les situations d'abus, en amitié, en couple, en famille, mais aussi au travail. On a tellement peur de dire non, parfois on n'y pense même pas. On zappe nos besoins et on permet aux autres de nous zapper, de nous utiliser, de se servir de nous. A l'inverse, on peut devenir bourreau. Quand on écarte un peu trop facilement les normes, les règles sociales, les besoins des autres et leurs attentes, on est logique, rationnel, on a conscience de nos besoins. Je veux de la solitude et je ne veux pas qu'on me colle. Je travaille très bien, je vois les erreurs et je les signale parce que c'est la vérité et c'est pour le bien commun. J'aime pas lire pas en famille, je vois pas en quoi je devrais me forcer encore et toujours. Je suis différent et atypique, c'est comme ça, c'est un fait, je me suis assez adapté, maintenant stop. Et c'est là qu'on blesse notre entourage, ou qu'on peut rendre les relations au travail plutôt complexes. Je tempère ce que je viens de dire en rappelant que je force le trait, je le caricature pour faire réagir. Bien entendu, c'est beaucoup plus subtil que ça, et on peut même dans certaines situations être... notre propre bourreau, ne pas se prendre en compte et à l'inverse être perçu comme un bourreau à l'extérieur, comme cette femme qui se plie et s'épuise au travail pour ne pas perdre son poste, mais contrôle tout en famille, régissant son foyer à la baguette pour réguler son niveau d'anxiété. Ou comme cet homme qui se plie aux désirata et exigences de sa compagne pour ne jamais la froisser et lui témoigner toute son affection, mais qui au travail sera un petit chef aboyeur et arrogant, qui pointent ouvertement chaque défaillance. Le temps est ton ami. À ce stade, qu'est-ce qu'on peut retenir de tout ça ? Au-delà du fait de tout comprendre et d'arriver à décoder pour mieux communiquer, je pense que notre principal allié, c'est le temps. Nous donner du temps, le temps de ressasser, de rejouer les scènes. Pour certains, d'écrire ce qui nous travaille ou perturbe, ou ce qui nous touche. Pour d'autres, d'en parler, d'échanger. Ou simplement, le temps d'être seul avec soi et de digérer. Pour nous accorder ce temps, on peut dire à l'autre « Ok, j'ai entendu, je prends le temps de te répondre » . On peut dire à notre patron « Je vais réfléchir à cette question, je vous propose de vous donner une réponse sous X jours » . On peut dire au commercial ou à son banquier « Envoyez-moi un mail s'il vous plaît ou laissez-moi la documentation et les conditions, je vais prendre le temps de lire tout ça au calme » . On peut aussi dire à son médecin « Merci pour ces recommandations, je vais avoir besoin d'un peu de temps pour prendre une décision » . On peut dire à son psy « Je vais prendre le temps de lire tout ça au calme » . et à sa famille. Là, je ne sais pas quoi répondre. Je vais y penser au calme. Je reviens vers toi, vers vous, dès que je suis prêt. On peut dire à l'équipe soignante ou l'enseignant de notre enfant. Je vous remercie pour toutes ces remarques et propositions. Est-ce que vous auriez l'amabilité de me les mettre par écrit, s'il vous plaît, comme ça je peux en parler au calme avec son autre parent ou avec l'enfant et je reviens vers vous. Accordez-vous du temps et pas seulement pour temporiser. ou digérer l'échange. Ce temps que vous vous accordez, il peut être aussi simplement pour vous, parce que vous n'êtes pas encore en capacité de gérer ce dossier-là, de penser à cette affaire-là. Et je vous partage une dernière astuce qui m'a été donnée par un ami dans une étape très difficile de ma vie et qui, je le vois avec le recul, m'a sauvée mentalement. Cette astuce, c'est les post-its. Chaque situation que vous avez à gérer, que ce soit quelqu'un qui attend une réponse de votre part, que ce soit quelque chose qui vous tracasse, une décision à prendre, des courses à faire tout simplement ou un rendez-vous à prendre, des tâches au travail ou à la maison. Quoi que ce soit, écrivez chaque tâche, chaque chose à faire sur un post-it. Si vous préférez le numérique, vous avez notamment l'application gratuite Trejo qui est parfaite pour ça. Ici, là encore, hommage spécial à Reynald qui a toujours su me proposer les outils informatiques qui vont bien. ou carrément les créer avec moi quand ils n'existaient pas. Donc, post-it, une tâche ou un problème ou une question par post-it. Et vous répartissez ceci en trois tableaux. Moi, à l'époque, j'avais trois tableaux de liège sur mon mur. Maintenant, c'est sur Trejo. Il y a trois colonnes. Urgent, moyen terme, long terme. Et vous punaisez, parce que la colle, ça ne tient pas, et c'est hyper stressant d'avoir ces post-it qui se barrent. Donc, vous les punaisez sur votre tableau. Ciao ! Vous les répartissez en fait dans urgent, moyen terme, long terme. Vous allez alors constater non seulement et logiquement que mettre tout ce qu'il y a à traiter, que ce soit mentalement ou logistique, faire des courses, prendre un rendez-vous, ça ne peut pas être dans urgent. Mais vous allez aussi constater avec satisfaction que non, tout n'est pas urgent. Certaines choses peuvent être différées. Vous expérimenterez aussi que sortir vos tâches, vos soucis, vos préoccupations de votre tête pour les organiser, c'est super apaisant. Et ça libère de l'espace mental dans votre tête. Et enfin, je vous le souhaite de tout cœur, vous expérimenterez que de traiter les choses une par une, c'est nettement moins monstrueux. Parce que oui, vous l'aviez compris, il s'agit de traiter un seul post-it à la fois. Et une fois le post-it traité, vous le jetez. ou vous le mettez dans un bocal pour l'ouvrir le 31 décembre et vous rendre compte de tout ce que vous avez vécu et fait et géré cette année. Et si ça vous dit, on se fait un live le 31 décembre prochain et on ouvre notre bocal ensemble pour ceux qui veulent. À ce stade, vous vous dites peut-être, alors c'est quoi le secret ? Quelle est la marche à suivre pour réussir à communiquer ? Eh bien, je suis absolument navrée. Pour ma part, je n'ai aucune recette magique ni à vous proposer ni à vous vendre. Rien n'est noir ou blanc. Ni simple, il n'y a pas de mode d'emploi. Par contre, il y a des clés de lecture, il y a des outils. Et il y a tellement d'humains, de parcours, de personnalités. Donc en gros, la communication, c'est un giga-bazar. C'est comme des pelotes de laine qui sont bien emmêlées, mais avec des clés de lecture et surtout en se donnant le temps de comprendre, soi-même ou en groupe, ou avec un thérapeute ou un père aidant, petit à petit, on peut commencer à identifier des fils de couleurs, des matières et démêler un petit peu tout ça. En fait, c'est passionnant. Et ça rend humble tellement la nature humaine est riche et complexe. Rappelons-nous aussi qu'il est à la fois impossible de prendre en compte tout ça en même temps et d'avoir une analyse parfaite et une compréhension claire et limpide de notre fonctionnement et de ceux des autres, mais qu'en même temps, notre cerveau fonctionne et nous fait fonctionner. Donc, on arrête de se mettre la pression pour tout comprendre, pour tout retenir et pour devenir enfin performant en communication. Vous retiendrez de ce podcast quelques éléments et c'est déjà bien. Et si vous voulez y revenir ou les retrouver, vous pouvez nous rejoindre sur le groupe Discord. Et sinon, à plus moyen ou long terme, j'ai le projet de le faire sous forme de livre, avec des visuels, des chapitres clairs, pour pouvoir retrouver une notion ou l'autre, ou pour avoir sous le coude, version papier, des ressources pour approfondir un truc ou l'autre. J'ai noté il y a des années cette phrase, je ne retrouve pas l'auteur, faites-moi signe si vous l'avez. On ne peut pas changer les gens. Alors qu'est-ce qu'on fait ? On les aime. J'ajoute que ça commence par soi. On ne peut pas changer notre histoire, notre personnalité, notre fonctionnement neurologique, nos troubles, notre corps et son fonctionnement. Mais on peut s'aimer comme on est. Imaginons qu'on est tous des véhicules. La Renault 5, elle est bien entretenue, elle a un charme vintage, mais elle ne va pas tenir sur l'autoroute. La Ferrari, elle est sexy, elle est puissante. mais elle est incapable d'aller en montagne. Le 4x4, il est rustre, il est lent, il est bruyant, il est gêné en ville, mais indispensable en montagne. Le tracteur sur l'autoroute, il ne fait que tout bloquer expressément et pourtant sans lui, pas d'agriculture. La voiture de police, elle fait peur quand elle est derrière nous, mais elle rassure quand elle poursuit ceux qui abusent. Et si je suis une fourgonnette, je suis une fourgonnette. Je ne serai jamais un vélo tout terrain, ni une Ferrari. Mais j'ai mon utilité, ma place, mon rôle. Je vais éviter de chercher un job sur un circuit automobile, à moins justement que la technique soit mon fort, je pourrais parler avec les Ferrari qui me respectent, qui ont besoin de mon travail, je les soutiendrai dans le leur et on va trouver un terrain d'entente et de communication et d'échange. Mais si je prétends aller avec elles sur le circuit à 300 km heure, il va vite et c'est le cas de le dire, il va y avoir impossibilité de communiquer. Donc apprendre à se connaître, à se reconnaître et à connaître les autres, c'est le premier pas pour communiquer. Et j'espère que ces clés données dans ces deux épisodes vous seront utiles. Et le second pas pour communiquer, eh bien, c'est le temps.