Speaker #0A l'époque, j'ai remarqué que plus l'autisme est sévère, plus on nous laisse tranquille. Est-ce que ça voulait dire que plus j'allais faire d'efforts, moins on me permettrait d'être moi-même ? Cette phrase, elle est tirée du livre « À la croisée des chemins, autisme, entre mère et fils » de Valéry Gué-Corajou et Théo Fache. Aujourd'hui, troisième épisode de la série Autisme au féminin, entrecoupé de témoignages, ou précédés plutôt de témoignages. On va illustrer ce que cet autisme au féminin sans déficience intellectuelle peut être à l'adolescence. Et on va parler aussi, c'est important, des faux positifs dans les diagnostics. Raquel est espagnole, elle est enseignante, et elle témoigne dans son livre, que je vous mets en référence évidemment, elle témoigne de son parcours de femme autiste. Et après ça, on parlera aussi de ce qui peut ressembler à de l'autisme, être pris pour de l'autisme ou être mélangé avec l'autisme. C'est aussi ici le moment pour moi de rappeler que je ne suis pas psychiatre ni psychologue, que ce que je vous partage n'est pas issu d'un savoir médical et ne remplace en rien l'accompagnement d'un professionnel de santé. Je suis une femme de bientôt 48 ans, entourée d'autistes avec HPI dans toute ma famille, dans les ascendants et les descendants. Je suis une maman dont l'aînée a été la première dans la famille à être identifiée autiste. Et à ce titre, vous l'imaginez, je n'y connaissais strictement rien, moi-même, il y a 19 ans. J'ai dû chercher seule. J'ai été cette maman, comme beaucoup d'entre nous, incomprise, non écoutée, souvent prise pour excessive ou folle, tantôt surprotectrice, tantôt maltraitante, selon les interprétations et les obédiences des professionnels à qui je posais des questions. Parce que des questions, j'en ai posées depuis la naissance. il y a bientôt 20 ans, l'autisme sans déficience intellectuelle. Et en plus, avec haute capacité cognitive. Et en plus, chez une fille. Et en plus, avec un TDAH. Et en plus, avec de l'anxiété. Eh bien, c'était presque inconnu, il y a 20 ans. Et j'ai, comme beaucoup d'entre nous, un florilège de remarques ou de questions de pro, tantôt drôles, surtout avec le recul, tantôt violents, parfois. Impactants, évidemment. Mais ce n'est pas de ça dont j'ai envie de parler. Parce que ces professionnels, ils ont fait ce qu'ils pouvaient avec les données de la science de l'époque et parce que c'est ce chemin-là aussi qui m'a permis de me former, de m'informer, de m'affirmer et de continuer à chercher. Et aussi parce que je suis apaisée avec ce chemin qui a été formateur et bien que difficile à sa manière, ce chemin-là, il me permet de comprendre le vécu de ceux qui passent par là ou sont passés par là. Alors aujourd'hui, je parle en tant que mère mais aussi en tant que fille, sœur. nièces, cousines et tantes de personnes autistes. Et puis on peut rajouter ça, amis, voisines et compagnie, employeurs aussi de personnes autistes. Et je parle aussi en tant qu'étudiante en Pair Aidance Familiale Professionnelle à l'Université de Lyon 1 et en tant qu'étudiante en coaching de vie rationnelle auprès d'un psychologue qui a travaillé pendant 17 ans dans la lutte contre les dérives sectaires et le soutien aux victimes de sectes. ou de personnes abusives. Et je parle enfin en tant que personne avec une expertise de terrain. Tantôt apprécié, tantôt contesté, ça dépend. Si vous voulez en savoir plus sur mon parcours ou mes formations, vous pouvez aller voir mon site mayael.org. Allez, c'est parti, on commence avec le témoignage de Raquel sur son adolescence. Raquel nous raconte que parmi les choses qu'elle a compris, bien plus tard, être du harcèlement, elle a subi... Les bousculades, les coups, surtout de la part des garçons, les menaces de coups également. Et puis par rapport à ses affaires, on les lui cachait, on les lui volait, on les lui cassait. Elle a subi les moqueries, pour le coup des filles et des garçons, les critiques. On a fait courir des rumeurs sur elle. Ceci la conduisant à l'exclusion sociale dans le milieu scolaire, puisque les autres enfants ne l'intégraient en rien. Il y en avait certes qui n'étaient pas maltraitants. Voir compatissant pour elle, mais qui n'osait pas du tout prendre sa défense ou passer une récréation avec elle, encore moins l'inviter à leurs anniversaires de peur d'être à leur tour. Le sujet du rejet. Raquel, à l'âge adulte, elle décrit le fait que non seulement elle se sentait ignorée, mais elle se sentait également invalidée en tant que personne. Elle raconte aussi qu'à l'adolescence, ses intérêts, ils étaient peu communs, et surtout très différents de ceux des autres adolescents, ce que partagent beaucoup de... de personnes autistes ou atypiques. Elle parle aussi de son refus de devenir une femme. Elle en parle sous trois formes. Le refus de devenir une femme pour les changements de son corps qui l'effrayait. La sensation des règles avec les odeurs. Le fait de ne pas supporter les protections. Les règles accompagnées de douleurs. Et les changements d'état émotionnels dus aux changements hormonaux. C'était insupportable pour elle au niveau sensoriel et émotionnel. Elle n'a pas pu bénéficier à son époque d'un accompagnement familial qu'il y aurait. Non seulement expliquer les choses, mais qui auraient aussi pris le temps de tester par exemple en amont les protections, de chercher une solution pour tout l'aspect sensoriel, de gérer les douleurs et la médication qui va bien pour diminuer ces douleurs-là, tout en prenant en compte la grande fragilité émotionnelle liée à ces phases de changement hormonal qui sont normales et qui peuvent être très difficilement vécues. Et puis la deuxième raison de son refus de... Cette opposition, cette sorte de rejet du fait du changement et de devenir une femme, c'était ce qu'elle avait très très vite compris comme la sexualisation du corps féminin. Le regard posé sur un corps qui change et qui se féminise, le fait de devenir objet de convoitise, objet du désir masculin surtout, les standards de la féminité avec ses codes sociaux, être sexy mais pas trop, être mince mais avec des formes là où il faut, être souriante mais pas séductrice. Tout ça, ça lui faisait horreur. Et c'est comme si avec une grande lucidité sur ses injonctions irréalisables, contradictoires et malsaines, elle n'en voulait pas. Ça ne collait pas avec sa perception des choses et c'était beaucoup trop. Et puis la troisième raison pour ce blocage, ce refus de devenir une femme, c'est aussi parce qu'à l'adolescence, la sexualité, pour elle, dans son entourage, semblait une voie non seulement imposée mais normée. normalisée à une période, à un âge où elle, elle ne le souhaitait pas. Et à ce propos d'ailleurs, je vous prépare un épisode, peut-être deux, ça dépend du contenu qu'il y aura, dédié à la sexualité des personnes autistes sans déficience intellectuelle. Encore un beau sujet à aborder. Raquel continue et elle explique toujours qu'à l'adolescence, elle a eu des grandes périodes très difficiles avec beaucoup de larmes, des états dépressifs, des insomnies. beaucoup d'anxiété, tout ça en étant caché. Elle pleurait sans que ses proches ne s'en aperçoivent, elle masquait son état. Elle était très consciente de sa différence, consciente de sa solitude, consciente qu'elle n'arrivait pas à s'adapter. Elle se sentait inutile, elle se sentait nulle, elle se sentait un poids pour les autres. Au final, étudier a été son refuge, et en particulier étudier la psychologie, pour essayer de comprendre, de décoder, d'avoir les clés. Pour gérer ces années difficiles, elle a, sans s'en rendre compte, développé une forme d'hyper-contrôle. Contrôler son environnement, contrôler la place des objets, l'ordre et le rituel pour faire les choses, ça baissait le risque d'imprévus ou de scénarios à improviser. Une stratégie d'évitement et de contrôle pour survivre à tant d'anxiété. Les rituels lui permettaient de tenir le coup et d'apaiser son mental. Rituel et obsession qu'elle masquait à son entourage, parce qu'elle avait conscience. de ça, et elle en avait honte. Pour Raquel, les rituels d'autorégulation qu'elle avait, c'était le massage des pieds, qu'elle préférait, elle avait mis ça en place, au lieu de donner des coups de pied contre le mu, le fait de jouer ou de toucher avec ses cheveux, courir ou sauter quand elle était très contente ou excitée, agiter frénétiquement les mains, jouer avec les stylos, mordre ses vêtements. Ici, je fais une pause dans ce témoignage pour rappeler que l'adolescence, oui, C'est compliqué pour tout le monde. Ce n'est pas une étape facile, on le saurait sinon. Mais chez les autistes sans déficience intellectuelle, c'est encore plus compliqué. Je n'ai pas dit, attention, que ça ne l'est pas chez les autistes avec troubles du développement intellectuel. En réalité, sur ce sujet, je sais très peu de choses, ce n'est pas mon domaine. Donc c'est un sujet sur lequel je préfère ne pas parler parce que je n'ai pas les compétences nécessaires et la connaissance. nécessaire. Donc dans l'adolescence, compliqué pour tous. Pourquoi chez un ou une autiste plutôt courtiquée, ça peut être une étape très dure ? Eh bien notamment parce que son intelligence lui a permis de comprendre les attendus sociaux, les attendus familiaux, éducatifs, depuis petit souvent, lui a permis de s'adapter, de répondre. Sauf que ça, à l'adolescence, ça ne suffit plus. Enfin, plus précisément, ce n'est pas que l'intelligence ne suffit plus, c'est que les codes ont changé. Et tout se complexifie, parfois d'un seul coup. L'enfant passe d'une école en primaire avec un groupe à peu près stable, en général une enseignante, une classe, au niveau de ses jeux, des collections de peluches ou de ballons, il y a une forme de stabilité. Et puis, très rapidement, il est propulsé dans un groupe qui peut être variable. qui va tester sa valeur et son potentiel de séduction en rejetant d'office toute trace d'enfance et d'innocence, en mettant dans le clan des paumés tous ceux qui n'ont pas compris ces codes-là et qui restent à aligner leurs peluches ou leurs collections de trains. On rajoute à ça le second degré, la tenue vestimentaire, les enjeux de groupe. Tout ça, ce sont des codes qui se complexifient où l'autiste, très souvent, il n'y comprend plus rien. Il n'a pas été préparé à ce que ça change aussi vite, à ce qu'il y ait autant de données d'un seul coup. C'est autiste qui a l'habitude de préparer les scénarios, de savoir à peu près comment il doit se comporter, comment il doit se comporter à l'école avec l'enseignant, avec les autres élèves, qu'est-ce qui est attendu de lui chez bonne maman ou chez le médecin ou avec la voisine. Et bien tout ça, c'est un peu fichu en l'air. Il y a plein plein de choses qui se rajoutent. Et en fait, il n'a plus la ressource pour étudier. les scénarios pour analyser, comprendre ce qu'on attend de lui, s'adapter, imaginer des nouvelles façons de faire, parce que ça va beaucoup trop vite. Et en plus, son énergie, elle peut être complètement bouffée par des choses qui paraissent anodines, mais qui ne le sont pas du tout, comme le fait de changer de classe, de sortir dans les couloirs, les changements de professeurs, les changements de normes évidemment, sans compter tout ce qui se passe dans son propre corps, qui va trop vite pour qu'il ait le temps d'intégrer les changements de son corps. et les changements de forme, les changements hormonaux, avec tout ce qui se passe aussi au niveau mental. Et même avec les meilleurs parents du monde et le plus de préparatifs possibles, tout ne dépend pas que de ça, tout ne dépend pas que de l'éducation et de l'environnement, bien sûr en partie, et c'est vraiment facilitateur. Mais votre ado, il vit aussi des choses propres qui n'appartiennent plus aux parents et sur lesquelles les parents n'ont ni prise. ni contrôle. Alors oui, ça fait beaucoup de choses. Raquel continue et elle décrit que ses blocages ou sa timidité lui généraient ce qu'elle appelle des douleurs mentales démesurées. Elle explique que son épuisement, on ne parle pas de fatigue, on parle d'épuisement, son épuisement à devoir jouer un rôle ou se comporter de façon programmée en fonction de la situation et des personnes, était absolument énorme. Ce qui l'empêchait de profiter ou de simplement vivre normalement la majorité des situations. Elle précise que c'était ni la timidité, ni de l'introversion, ni de la honte, ni le fait d'être discrète ou d'être réservé qui l'empêchait de vivre les situations. Elle ressentait vraiment un blocage, une sorte de mutisme, d'immobilisme, comme si tout était blanc dans sa tête. Certains le décrivent comme un bug. Pour les situations sociales inévitables, elle essayait de programmer absolument tout dans sa tête et elle était effrayée à l'idée de l'imprévu qui pouvait lui causer en fait cette sorte de paralysie mentale dont je viens de parler. Elle, elle dit qu'elle voulait juste être comme tout le monde. Et elle pensait qu'être comme tout le monde, c'était un privilège social qui lui avait été refusé. Et elle en avait honte. Elle pensait ne pas avoir ce privilège parce qu'elle, contrairement aux autres, elle ne le méritait pas. Elle se sentait honteuse et coupable de ne pas être comme les autres. Ça fait mal. On parle d'une ado qui ne tape pas, qui a de bonnes notes, qui ne pose aucun problème ni au collège ni à sa famille, qui est discrète. Et qu'est-ce qu'on fait pour elle ? On lui demande de faire plus d'efforts. Bien entendu, fais un effort, puisque jusque-là ça a marché. Qui prend la mesure de ce qu'elle vit ? Quand réalisons-nous la violence par omission involontaire faite sur ces personnes ? Aujourd'hui, des choses existent pour les ados, à ma connaissance trop peu encore. Mais des associations et des programmes de rétablissement existent, ou des programmes pour accompagner vers l'autonomie. Ça me tient très à cœur aussi, et je vous en ai un petit peu parlé. Je travaille sur l'un d'entre eux parce que c'est un des sujets que... que je trouve super important. Et Raquel explique aussi qu'elle masquait sa tristesse en riant quand elle était moquée, quand elle était insultée, quand elle était frappée au collège. En essayant de faire croire que ça ne lui faisait rien, qu'elle s'en moquait, vous savez, c'est ce fameux conseil du terme bien merdique. Je ne vois pas d'autre terme qui dit « ils hurlent, ils vont se lasser, ils vont arrêter » . Ben non, ça ne marche pas du tout en fait, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Raquel, aujourd'hui, elle est adulte. Elle a la cinquantaine, elle a été diagnostiquée dans la quarantaine. Elle a un master en éducation, elle est enseignante d'anglais, elle est maman. Elle est très active dans la sensibilisation pour l'autisme féminin sans déficience intellectuelle en Espagne. Et elle témoigne. Et elle nous dit que son autisme lui a donné la capacité de voir les problèmes sous un angle généralement différent de la majorité des personnes, lui a donné une grande capacité de travail. Elle raconte qu'elle a toujours un sujet qui la passionne, au risque d'ailleurs de souvent ne pas percevoir quand elle est un petit peu lourde sur son sujet, sur sa passion du moment et quand elle l'a ses proches. Et puis, elle dit que ses proches parlent d'elle avec un sens de l'humour, en disant qu'elle a un sens de l'humour qui est qualifié de très particulier. Parlons maintenant, dans la deuxième partie de cet épisode, des autres troubles. Raquel nous parle de ses réactions émotionnelles exacerbées et que pendant une période, dans son diagnostic, elle a été orientée vers un diagnostic de bipolarité. Habituée au masquage et à adapter sa personnalité selon le contexte, il a aussi été question pour elle de diagnostics de schizophrénie. Une idée qui peut être renforcée par le fait que les enfants autistes ont souvent un ami imaginaire ou décrivent entendre des sons que les autres n'entendent pas, selon Tony Atwood. Et c'est ce qui peut aussi orienter certains professionnels vers... plutôt un diagnostic de schizophrénie. Alors évidemment, l'idéal, c'est d'avoir une équipe pluridisciplinaire qui va faire des diagnostics différentiels, parce que ce n'est pas comme ça en écoutant un podcast ou en lisant, même en s'informant. Il faut être entouré de personnes compétentes, mais ce sont des choses qui existent. Et dans le cadre à quel, ces deux diagnostics différentiels, ils ont été écartés, et tous les aménagements qu'elle a mis en place dans sa vie, avec l'aide de son entourage, en fonction de son autisme, lui ont permis de se rétablir. et d'être satisfaite de sa vie, de la façon dont elle la mène. Mais là où ça peut se compliquer, et où j'insiste, c'est important d'être accompagnée par des professionnels sur ce chemin, c'est qu'en réalité, il y a plein de scénarios qui sont possibles. Maud Schneider, professeure en psychologie à l'Université de Genève, nous parle des enjeux pour la détection et l'accompagnement de l'autisme féminin dans des termes que j'ai relevés de cette façon, que j'aime beaucoup. Elle dit 11 ans. Il y a en moyenne 11 ans entre le premier contact avec la psychiatrie et le diagnostic de TSA d'autisme chez les femmes. 11 ans. Et les femmes sont diagnostiquées en moyenne 4,3 ans plus tard que les hommes, par rapport à l'autisme toujours. Il a été comptabilisé combien de temps il a fallu entre le premier contact avec... soit un pédopsychiatre ou un service de psychiatrie, sollicité parce qu'il y avait des difficultés type dépression, troubles du comportement, troubles de conduite alimentaire, troubles anxieux, idées suicidaires, etc. Donc, combien de temps il a fallu entre ce premier contact-là pour des difficultés de ce type et le diagnostic ? 11 ans. Qu'est-ce qui se passe pendant ces 11 ans ? La personne, en général, elle est accompagnée, mais sans mettre le doigt sur... les difficultés spécifiques de la personne. On identifie parfois un trouble anxieux. On va recommander des TCC, thérapies cognitivo-comportementales, avec de l'exposition progressive. Ce qui peut être très bien dans le cadre de l'autisme, mais elles sont adaptées et faites par des professionnels qui connaissent l'autisme aussi. Parce que sans ces adaptations-là et sans connaître l'autisme, la personne autiste qui est déjà en surcharge sensorielle constante, et qui n'est pas du tout rétablie, pour elle, des expositions. Sans prendre en compte tout ça, ça peut produire l'effet inverse. Ou alors, on a identifié dans certains cas la dépression, qu'on va essayer de prendre en charge, ce qui est très bien en soi. Mais sans réaliser que cette femme autiste, qui a des insomnies de fou liées à son anxiété, l'anxiété elle-même étant liée aux surcharges sensorielles et cognitives, mais aussi aux efforts surhumains de camouflage et d'adaptation constants qu'elle a mis en place depuis tellement d'années, Donc on va penser soigner une dépression sans prendre en compte le sommeil. Ni le fait que trop d'efforts durant tant d'années provoquent ces troubles du sommeil. Et on peut aussi, et là ça devient encore plus complexe, finalement identifier l'autisme et par là soutenir la personne dans les aménagements nécessaires qui vont l'aider à réduire ses difficultés via par exemple la psychoéducation. faites par des professionnels, où parfois certaines personnes se font une espèce d'auto-psycho-éducation. Il y a beaucoup de contenu, il y a beaucoup de possibilités. On va travailler aussi avec elles sur l'autodétermination et l'acceptation de soi. Et cette personne, qui pourtant a été identifiée autiste, qui bénéficie d'aménagements de psycho-éducation, d'accompagnement pour l'autodétermination, l'acceptation, elle ne va pas mieux. Ce qui au passage est hyper culpabilisant pour la personne qui se dit « j'ai mon diag, je réduis mes efforts, je masque moins, je m'accorde des moments de répit, mon entourage me comprend et me soutient, je suis accompagnée et pourtant je ne vais pas mieux » . C'est hyper culpabilisant, c'est super dur à vivre. Et en fait, un autre cas de figure, c'est qu'on peut avoir la certitude d'être autiste alors qu'on a un TDAH ou un trouble borderline. On peut aussi recevoir un diagnostic de schizophrénie, être traité médicalement pour ça, et découvrir des années plus tard qu'en fait on était autiste. Mais on peut être autiste et bipolaire, ou autiste et schizophrène. C'est plus rare, mais c'est possible aussi de cumuler les deux. Un autiste avec un TDAH et un trouble anxieux généralisé. On peut vivre des épisodes de dissociation. qui peuvent être liées à un trouble borderline, mais qui peuvent aussi être une réponse à un stress post-traumatique, dans un contexte d'autisme ou pas. On peut passer pour une personne avec un trouble narcissique auprès de son entourage, et l'être vraiment, mais on peut aussi passer pour cette personne avec un trouble narcissique, mais en réalité être autiste, avec des difficultés à s'intéresser aux autres et à manifester la réponse empathique attendue. au moment attendu, tout en compensant ces difficultés sociales par une forme d'arrogance intellectuelle. C'est une autre forme de masquage et de survie de l'autiste, cette arrogance. Et dans ce cas-là, ce n'est pas un trouble narcissique. On peut ne pas être autiste, en avoir tous les signes, mais souffrir de stress post-traumatique, ou avoir vécu des ACE. Je ne vais pas vous le dire en anglais, des ACE, mais c'est l'acronyme... d'expérience d'adversité précoce. En gros, les enfants qui ont subi des violences, des traumas, du stress post-traumatique, simple ou complexe. Ces enfants-là, ils peuvent présenter à l'âge adulte des signes d'autisme, sans être autiste. Alors, comment on fait pour faire la part des choses ? Eh bien, on prend son temps, on s'entoure de bons professionnels, et on fait son chemin. Et ce chemin, il ne sera probablement pas linéaire, pas fluide, mais ça sera le vôtre. Et se penser si ou ça, se croire avec tel ou tel diagnostic, moi je suis comme ça, trouver des réponses qui nous conviennent à un moment donné pour découvrir qu'en fait on avait aussi souffert de ça ou de cette autre chose, et bien c'est pas grave, c'est ok, c'est le chemin. Ce ne sont pas nécessairement des erreurs de diagnostic, moi j'ai envie de dire que c'est plutôt un pas après l'autre, une couche après l'autre. On s'interroge sur soi. mais on ne reste pas seul avec nos doutes. Vous hurlez sur votre famille par exemple et vous vous dites définitivement je suis borderline parce que là la façon dont je craque il faut que je me rende à l'évidence je suis borderline. Peut-être. Mais peut-être pas. Seul un professionnel pourra vous le confirmer. Et ça prend du temps. Ça ne se fait pas sur un test comme ça sur internet ou en 20 minutes avec un pro que vous connaissez à peine. Ça ne se fait pas non plus entre les mains d'un coach en développement quantique. Ni avec Tata Edith. Et puis, si vous vous rendez compte qu'à chaque fois que vous avez des idées suicidaires et que vous hurlez sur les gens, c'est quelques jours avant vos règles, eh bien, regardez quand même du côté du trouble historique prémenstruel. Ça donne un indice, quand même, la temporalité du truc. Encore un autre exemple, vous vous pensez autiste et vous êtes complètement bloqué à chaque fois que vous passez devant un certain endroit ou qu'on vous rappelle une certaine scène ou que vous rencontrez une certaine personne. Eh bien, un professionnel pourra vous aider à identifier les choses et peut-être que vous allez comprendre avec l'aide du professionnel. Formez à ça le stress post-traumatique. Ce n'est pas n'importe qui qui y touche. On ne se met pas entre les mains de n'importe qui. peut-être que vous allez découvrir que c'est du trauma. Et que si ça se déclenche, si ces blocages et votre comportement un peu autistique se déclenchent à certains moments, c'est précisément parce qu'il y a un déclencheur. Et donc que c'est lié plutôt à un événement. Et puis là encore, pour complexifier le truc, c'est qu'on peut tout à fait, et c'est fréquent, les statistiques sont là pour le montrer, on peut tout à fait être autiste. et avoir un ou plusieurs stress post-traumatique. Bon, j'arrête là avec les scénarios. Vous avez compris, il y a plein de possibilités. S'interroger sur soi, je dirais que c'est simple, parce que rester seul avec ses doutes, ce n'est pas bon. S'entourer de personnes qui vous aiment et qui vous soutiennent, et de professionnels de santé pour les diagnostics, c'est chouette, parce que ça permet de se comprendre et de mieux s'accepter. Et ça facilite les choses, ça nous donne accès à des outils. Les outils ne vont pas être les mêmes selon qui on est, ce qu'on a vécu, quelle est notre personnalité, si on a des troubles ou pas. J'ajoute quand même deux notions en plus à prendre en compte dans votre recherche de diagnostic. Si vous êtes bloqué, vous êtes mal socialement et physiquement, ou déprimé uniquement en présence de certaines personnes, uniquement au travail ou dans certains contextes, Le problème ? C'est pas forcément vous. Pensez à l'entourage. Le problème, c'est peut-être ces personnes. Parce que parfois, changer de job, quand on peut, mentalement, économiquement, etc., évidemment, ça se fait pas, c'est pas simple, ça se fait pas, on manque la commande d'oie. Mais parfois, changer de job, ça suffit à aller mieux. Parce qu'en fait, on était dans une boîte pourrie, avec des gens pourris autour de nous. Parfois, on est dans une famille où on est avec un conjoint qui n'est pas bien traitant. Et là aussi... c'est pas forcément vous le problème c'est peut-être votre environnement mais ça c'est pas des décisions qui se font comme ça en enclaquement de doigts et c'est toujours chouette de pouvoir en parler à des personnes bienveillantes et de pouvoir s'aider pour mieux discerner les choses surtout quand on a vécu des choses difficiles quand on était enfant, ça peut être difficile de faire la part des choses et ça prend du temps et n'oubliez pas non plus votre santé physique parce que Être déprimé ou n'avoir aucune énergie, aucune motivation pour faire quoi que ce soit, quand on dort mal ou qu'on a des douleurs chroniques, être mal, se sentir déprimé, c'est d'abord la conséquence du somatique, c'est d'abord la conséquence du corps. Et le psycho vient. On nous a bassiné pendant des décennies avec les douleurs psychosomatiques. Tu stresses, c'est pour ça que tu ne dors pas avec ta mal au ventre. Mais n'oublions pas l'inverse. Le somatique, t'as mal au ventre, tu dors pas, ça va impacter ton mental. Et ça va te faire stresser. Et tu vas mal dormir. Dans une de mes formations, il y a un psychiatre qui nous expliquait les différents troubles psychiques et puis les symptômes. Et puis il nous décrivait les changements de personnalité. Et je lui ai demandé si dans ces cas-là, il faisait un IRM pour vérifier si au-delà des troubles... psychiatrique, au-delà ou à côté ou en amont, en fait, pour vérifier s'il n'y avait pas une tumeur cérébrale ou quelque chose qui pouvait faire que la personne changeait de comportement. Et la réponse a été très honnête, j'ai beaucoup apprécié. Elle m'a dit, pas forcément, non. En fait, en général, on est focalisé sur notre pratique. Dans certains cas de figure, il y a quand même des contrôles somatiques, des IRM comme ça qui sont nécessaires. Mais en général, chacun va voir selon sa spécificité. Alors, il y a des professionnels qui travaillent des établissements. Et là, c'est super intéressant et ça se fait de plus en plus en équipe pluridisciplinaire. Et du coup, qui vont tester différentes hypothèses. Là, c'est intéressant, ça permet d'écarter, ça permet de faire des diagnostics différentiels. Il y en a d'autres qui sont, comme me disait cette psychiatre, très focalisées sur leur propre pratique ou leur propre spécificité, spécialité, sans nécessairement envisager d'autres possibilités. Avoir le ou les bons diagnostics, c'est précieux, parce que l'accompagnement et les traitements ne vont pas être les mêmes. Être en dépression comme conséquence d'années de masquage en tant qu'autiste, ce n'est pas la même chose qu'être en dépression plus classique. Être en burn-out autistique, ça ne va pas se prendre en charge de la même façon que le burn-out d'une personne non autiste. Pour certains troubles, il y a des médicaments. Bon, c'est un autre sujet, il y a une pénurie de beaucoup de molécules. Hélas, pour d'autres choses, comme l'autisme, il n'y a pas de médicaments. Mais il y a des aménagements, par exemple. Une thérapie cognitivo-comportementale pour une personne autiste ne va pas être guidée de la même manière qu'une personne avec des traumas. Donc oui, ce chemin de diagnostic est important pour se connaître, pour être connu de son entourage, mais aussi et surtout parce que c'est le chemin du rétablissement qui passe par la découverte de sa propre carte intérieure, de son fonctionnement, et petit à petit pouvoir faire des choix qui nous conviennent, qui correspondent à nos envies, à notre rythme. à nos attentes, à notre façon de voir la vie, pour nous rendre un peu plus autonomes et un peu plus heureux. Bref, c'est complexe. Il y a autant de possibilités que de personnes et ça nécessite l'accompagnement, idéalement, je me répète, pas d'un professionnel de santé mais d'une équipe pluridisciplinaire. La psychiatrie, elle change, elle évolue beaucoup et aujourd'hui, c'est plus acceptable d'être suivi par... un seul professionnel qui serait le tenant du savoir et qui n'écouterait pas assez son patient. Ça me paraît vraiment important d'avoir une équipe qui confronte ces regards, qui ajoute ces expertises les uns aux autres, mais surtout une équipe qui inclut le patient et qui construit avec la personne son parcours de diagnostic et son parcours de soins. Et j'ajoute que dans l'idéal, cette équipe pluridisciplinaire, elle devrait inclure les proches. Les parents, le conjoint, l'entourage direct. Ça peut inclure aussi l'entourage de travail parfois. Un seul regard sans inclure le patient ni ses proches, ce n'est pas conseillé et c'est rarement efficace. Sinon, les risques, ça peut être notamment de prendre la ou les comorbidités, les troubles qui sont associés, comme la cause principale de la souffrance de la personne. Et donc ça va retarder le rétablissement puisqu'on n'agit pas sur les racines. Un autre risque, ça pourrait être de traiter par voie médicamenteuse ou via des thérapies non adaptées le « mauvais trouble » . Pour certaines choses, il y a des médicaments qui fonctionnent très très bien. Pour d'autres choses, il y a d'autres types d'accompagnement. Évidemment, si on n'a pas les bons outils pour le bon trouble, ça va être plus difficile, plus délicat. Le risque aussi, c'est une vie avec beaucoup de douleurs, sans validation, avec un manque de soutien, de soutien effectif, de soutien médical, de soutien professionnel. Une vie où les personnes encaissent, se prennent les baffes, cherchent, retombent. Le risque de troubles qui deviennent chroniques et réellement handicapants. Les difficultés d'insertion socioprofessionnelle, les difficultés en couple, la maltraitance, les difficultés pour faire reconnaître ses droits aussi. Au niveau de la MDPH en France, au niveau de l'AI en Suisse, c'est droit au travail. Voilà, je m'arrête là pour aujourd'hui. Merci d'avoir écouté ce podcast. Vous pouvez le partager à une personne à qui, ou deux, pourquoi pas, des gens à qui vous pensez que ça pourrait faire du bien. Et en conclusion, si vous voulez creuser ce thème de l'autisme au féminin, vous le savez, je vous recommande sans réserve les ouvrages et les conférences, le travail en général d'Adeline Lacroix. Et pour le diagnostic de l'autisme au féminin, ça avance, parce que oui, Le diagnostic de l'autisme se base encore actuellement sur des tests comme l'ADIR et l'ADOS, qui sont des tests qui ont été calibrés principalement sur une population masculine et sur un autisme prototypique. Mais si vous suivez ce podcast, non seulement vous savez que l'Espagne travaille sur des outils de diagnostic calibrés sur les profils féminins et sans déficience intellectuelle, vous pouvez aussi consulter les ouvrages d'Isabelle Hainaut. canadienne qui travaille avec Tony Atwood et ils ont sorti un très bel ouvrage sur l'autisme féminin avec notamment un outil de dépistage. Et voilà, je vous mets la référence du livre et du test en description. Et pour conclure, oui, je sais, je viens de dire que c'était la conclusion, alors on va dire qu'ici c'est plutôt un post-scriptum, que celui-ci, je ne le mets pas en contenu caché pour être sûre que tout le monde longtemps, de nombreux messieurs se reconnaissent dans ce que je décris dans cette série, sur l'autisme féminin. On me l'a dit en privé, sur le groupe Discord aussi, qui s'est monté autour du podcast. Et même moi, en fait, quand je parle comme ça d'autisme féminin, il y a parfois, je pense, à des hommes que je connais. Et je suis d'accord parce que finalement, au-delà de l'autisme féminin, c'est simplement d'autisme dont on parle. Mais certes, un autisme un peu moins cliché, avec souvent plus de masquage, avec souvent également du HPI, de l'anxiété. Alors messieurs, si vous vous reconnaissez, vous êtes légitimes, il n'y a aucun problème. Bien au contraire, n'hésitez pas à le dire aussi. Et pourquoi pas, si vous voulez nous rejoindre dans le groupe privé de personnes qui s'est constitué autour de ce podcast, vous m'envoyez un petit mail ou un message sur les réseaux. ou sur le site comme vous voulez et je vous passe le lien.