Speaker #0Être indépendant quand on est autiste, c'est super pour éviter la machine à café et ne pas avoir à parler de la pluie et du beau temps avec des gens qu'on n'a pas choisis. Même avec ceux qu'on a choisis d'ailleurs. C'est faire de nos passions un métier. C'est récupérer et faire une grasse mat si on a eu une insomnie. C'est travailler en décalé pour être tranquille ou respecter son propre rythme. C'est ne pas avoir besoin de rendre compte à un chef. C'est pouvoir alterner le mode hyper concentré. et les pose à son rythme. C'est éviter les transports en commun, les déplacements, et travailler au calme chez soi. Poser ses congés quand on veut. Oui, mais derrière ce tableau idyllique, il y a des contreparties. Aujourd'hui, on parle d'être autiste et indépendant. Cet épisode se fait avec une intro, deux témoignages, et on parle ensuite rapidement de trois choses, le droit à l'essai, le soutien et l'organisation, avant de conclure. Et dans 15 jours, on continue cette série sur le travail. Avec un épisode sans filtre, c'est sous-titre. Et puis on parlera salariat, y entrer ou y rester. Et oui, le salariat, on en parlera en plein mois d'août. J'ai le sens du timing, moi, absolument. On finira cette série par un focus sur les relations avec les collègues et la hiérarchie. Allez, c'est parti. Je viens de vous peindre un tableau de rêve du travail indépendant. Et certains d'entre vous auront un très juste titre. Parce que oui, il y a l'envers du décolle, et même plus. On évite la machine à café, certes, mais on devra quand même parler avec des clients ou des fournisseurs. On peut poser son propre cadre, c'est vrai. Par exemple, on parle uniquement par mail et on peut ne pas avoir sa boîte mail sur son téléphone pour ne pas être notifié en permanence. Le fait de faire de nos passions un métier, le rêve de beaucoup. Combien en vivent ? Certains, pas tous. La réalité économique, elle est là, à chaque paiement de loyer et d'URSSAF, entre autres. Récupérer la grasse mate quand on a eu une insomnie, en théorie, oui. En pratique, si vous avez des enfants, c'est mort. Si vous vivez en ville, aussi. Si vous êtes anxieux ou perfectionniste, c'est mal barré. Si vous avez un TDAH, il y a peu de chances que votre hyperactivité mentale vous laisse en paix pour récupérer. Mais, ça se travaille. Et si vous arrivez à prendre en compte votre rythme, et vous accordez les siestes ou les moments de répit nécessaires, c'est un vrai atout. Ne pas avoir de compte à rendre à un chef, oui. Mais au lieu d'un chef et qui vous paye à la fin du mois, vous en avez plusieurs. Vos chefs, ce sont vos clients, les organismes d'État qui voudront être payés des cotisations que vous leur devez. La TVA a déclaré à payer. Alors si, quand on est à son compte, on a des comptes à rendre, la formule est maladroite mais réaliste. Pouvoir alterner le mode hyper concentré et les pauses à son rythme, personnellement, c'est ce que je préfère. Depuis que mes enfants sont plus grands, avoir cette liberté de travailler quand et comme je veux, ou presque, pour moi c'est hyper précieux, ça me booste. Je vois beaucoup de chefs d'entreprise ou d'indépendants avec un TDAH qui fonctionnent comme ça, et qui arrivent à être très productifs. Si en plus ils sont autistes, il y a une bonne probabilité que leur besoin de routine et de faire les choses à fond compense le côté probablement dispersé, lanceur de projet qui ne va jamais au bout du TDAH. Ces profils-là, il me semble, peuvent aller loin s'ils savent gérer leur fatigue et leur hyperactivité mentale, s'ils savent poser des limites, se poser des limites, et s'ils ne sont pas rangés par l'anxiété ou par des comorbidités physiques qui vont les impacter beaucoup. Pour ceux qui, hélas, vivent avec des douleurs chroniques, le chemin est plus difficile parce qu'il impose une insécurité dans la façon de travailler. Il y aura des jours avec, des jours sans, des jours plus, des jours moins. Ça peut lourdement affecter l'estime de soi de la personne, qui peut ressentir de la honte ou se sentir insuffisante par rapport aux autres, qui peut ne pas oser demander de l'aide ou reporter, qui se voit juger si elle dit que c'est difficile pour elle, ou rembarrer d'un « bah pourquoi t'as pas pris un emploi ? » Bah oui, mais t'as voulu le faire, donc maintenant faut assumer. Sur le fait d'éviter les transports en commun et de travailler au calme chez soi, je dirais que ça dépend de votre chez vous. Si l'espace est petit, que vous n'avez pas un endroit au calme dans l'appartement pour vous isoler et travailler, et que les voisins sont du cil à vous créer des attaques de tachycardie, ça va être nettement plus compliqué. Que si vous êtes au calme, à la campagne, avec votre chien qui vous prévient lorsque quelqu'un s'approche à moins de 600 mètres de la maison. Et enfin sur le fait de poser ses congés quand on veut, oui et non. Dans l'absolu, l'indépendant fait ce qu'il veut. Dans la réalité, quand il est en congé, il ne touche rien, il ne gagne rien. Donc économiquement, ça doit s'organiser à l'avance. Et puis ça demande aussi une organisation en fonction de son métier et par rapport à sa clientèle. On ne pose pas de lapin à ses clients ou à ses projets, sinon on va les perdre. Ceci dit, ce n'est pas rare que les autistes qui travaillent dans ce qu'ils aiment aient du mal à poser des congés. Parce que ça implique un changement de routine, une perte de repère très inconfortable. Et en général, dans ces cas-là, c'est la famille. ou le partenaire de vie qui demande à la personne de s'arrêter. Et ça peut être des moments difficiles, les moments de vacances, des moments vraiment tendus. Même avec un TDAH, magie des paradoxes, la personne qui a un TDAH adore les changements de routine, aspire à la nouveauté ou au projet, mais l'autiste en elle en reste déstabilisé et demande un besoin de temps pour s'accoutumer aux moindres changements, ne serait-ce qu'un changement super chouette comme partir en voyage ou partir en week-end ou prendre des vacances. J'ai entendu certains dire qu'être indépendant, c'est l'idéal quand on est autiste. Parce qu'on peut s'accorder à soi-même les aménagements sensoriels, sociaux, gérer sa fatigabilité, gérer les attendus, gérer les attendus cognitifs aussi, gérer sa fatigue mentale, tout ça en fonction de ses besoins. Et c'est vrai, je suis d'accord. J'ai entendu certains dire qu'être salarié quand on est autiste, c'est l'idéal. Parce qu'on a la sécurité du salaire à la fin du mois, des congés payés, et que l'insécurité de l'indépendant ajoutée à la charge administrative et l'irrégularité des tâches et de la charge de travail, ça peut être invivable pour certains autistes. Alors, à mon sens, en fait, il n'y a pas de règle. C'est en fonction des personnes, des personnalités, des besoins, de différentes choses, et tout est possible. D'ailleurs, il n'y a pas que... le choix entre être auto-entrepreneur ou être en CDI. Il y a par exemple certaines personnes qui font des carrières ou des moments de vie dans l'armée, y compris dans l'armée uniquement dans des postes administratifs. Il y a aussi le mandat associatif. Dans le mandat associatif, des postes avec contrat et rémunérés, ou alors une activité bénévole non rémunérée, mais qui va être moins exigeante parce qu'il n'y a pas de contrat. En gros. En tant que bénévole, vous donnez ce qui vous convient et vous partez quand vous voulez. Ça ne rapporte rien économiquement, mais c'est aussi une façon d'entrer dans la sphère professionnelle, de faire des expériences et de tester des choses et de rencontrer des gens, d'y aller doucement, de mettre un pied à l'étrier pour certains. Il y a aussi le statut de conjoint de chef d'entreprise. Personnellement, je ne recommande pas, mais c'est une autre histoire. Si vous avez envie d'en parler dans les commentaires ou sur le groupe privé Discord autour de ce podcast, On peut creuser. Pour le groupe, vous m'envoyez un message et je vous donne le lien. Il y a aussi des gens qui partent en mission, proches ou lointaines, dans l'humanitaire, quelques mois ou plusieurs années. Il y a l'apprentissage et puis il y a la fonction publique, bien sûr. Et là, certains imaginent tout de suite l'employé à la préfecture. Non, pas vous, moi si, elle m'a marqué cet employé de la préfecture. Mais c'est aussi le personnel soignant, le personnel enseignant. Pas tous, certains. Et puis il y a les enseignants-chercheurs qui, pour certains, ont une grande marge de manœuvre dans leur travail, leurs horaires, leur organisation, tout en ayant la sécurité d'un emploi stable de fonctionnaire. Et bien sûr, j'en oublie. En réalité, il y a plein d'options possibles. Et enfin, il y a vous, il y a moi, il y a chacun d'entre nous. Il y a nos essais, nos virages, nos tests, nos moments de vie. Et il y a aussi ceux pour qui le travail n'est pas. une possibilité. Et j'ai envie de vous dire bonne nouvelle. Le travail, c'est une conception, c'est un paradigme. Il semblerait que nos vies tournent autour et pourtant, le travail c'est pas la vie. Alors oui, bien sûr, notre société est construite autour de cette notion de travail. Ce qui fait qu'on est très stigmatisé quand on ne peut pas répondre à la question « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Je trouve cette question violente. Pourtant, elle est très anodine pour la plupart des gens. J'ai connu des autistes qui ne sortaient plus de chez eux par le stress extrême qu'on continue à leur poser cette question. De croiser des gens qu'ils connaissent en disant « Alors t'en es où ? Tu fais quoi ? » et de ne pas savoir quoi répondre. J'en ai connu d'autres qui refusaient d'aller à un dîner avec des amis qu'ils n'avaient pas vus depuis longtemps par honte ou crainte de ce moment où l'autre couple expose tout ce qu'il a fait professionnellement. Et du coup, par peur de ne pas savoir quoi dire à son tour, d'avoir l'impression de ne pas exister parce qu'il n'y a pas de rôle social joué, assumé. Le fait de se sentir non valable parce que non productif, parce que non employable. Je vais vous partager deux expériences pro, d'indépendants, deux témoignages qu'on m'a confiés. Mais cette question du non-emploi ou du non-travail, on va y revenir en conclusion. Pour les témoignages, on commence par Anne, qui nous parle de son expérience professionnelle. Elle a commencé en tant que développeur web, en entreprise, puis en mairie, toujours en présentiel pendant six ans, quatre entreprises différentes. Ensuite, elle a fait du portage salarial, également... du télétravail, deux expériences différentes sur six mois. Elle a été marchande web, en auto-entreprise, donc à son compte ce coup-ci, pendant un an, et en tant que musicienne, salariée en associatif pendant deux ans, dans une école de musique, et en auto-entreprise pendant deux ans. Anne nous dit que l'avantage d'être salariée, c'est qu'il y a les congés payés, il y a une certaine sécurité de l'emploi, il n'y a pas de paperasse. L'avantage d'être en auto-entreprise, puisqu'elle a fait les deux, c'est qu'on gère nos contrats, on est libre, mais on peut se faire avoir. J'ai eu une expérience négative l'an dernier. On m'a demandé un travail, mais on m'a soufflé du chaud et du froid en me faisant faire du travail supplémentaire tout en me disant que je n'étais pas à la hauteur, pour ne pas me payer. Pour moi, l'important, c'est de s'entourer de personnes bienveillantes et qui arrivent à bien comprendre notre façon de fonctionner sans en abuser, mais dans un but d'être en bonne entente. et sur un terrain d'égalité. Et travailler tant qu'on a des enfants en bas âge, autistes de surcroît, c'est juste mission impossible. Et c'est ce qui fait que j'ai essayé plusieurs solutions sans succès. J'étais épuisée en permanence. Donc pour moi, continue Anne, mon auto-entreprise n'a jamais suffi financièrement. Aujourd'hui, je suis autour de 400 euros par mois, ce qui est inespéré. Je suis très bien payée. Mon moteur, c'est que je suis dans mon intérêt spécifique pour le champ polyphonique. Donc je ne compte pas mes heures. j'en ressors toujours pleine d'enthousiasme. Je n'ai que deux heures en présentiel par semaine, le reste, c'est du travail perso de préparation. Certaines semaines, j'y passe des dizaines d'heures, d'autres, pas du tout. Quand j'ai besoin de repos, c'est confortable de pouvoir ne rien faire et me reposer sur mes acquis. Heureusement, j'ai l'AAH qui complète mes revenus. Les démarches sont simplifiées. Je n'ai qu'une cliente, une facture par mois, voire deux si je donne un cours particulier. Il y a une déclaration à faire au niveau de l'auto-entreprise. Un chiffre à reporter sur un site web une fois par mois. Les déclarations à la CAF sont, quoi qu'il en soit, nécessaires, qu'on soit indépendant ou salarié. Donc ça, ça ne change rien, c'est tous les trois mois. Et puis je me suis créé un tableau Excel avec mes recettes, mois par mois. Ça m'aide quand je dois les indiquer sur le site de la CAF. Pour ce qui est de la solitude, je bénéficie de beaucoup de soins. Médecins, psy, sport adapté, en ce moment. Parce que j'ai été diagnostiqué autiste et TDAH il y a trois ans seulement. Et je participe à des balades organisées par les assistantes sociales du secteur. Et ça me suffit. C'est même parfois un peu trop si on compte les sollicitations de ma famille. Alors je crois que j'ai trouvé un environnement qui me va bien. Est-ce que ce n'est pas là le plus important ? Ah, et un détail qui est important. D'une part, mon mari peut m'aider, parfois pour les déclarations ou les choses où je suis bloquée. Et puis, il est aussi en auto-entreprise, mais il ne gagne rien pour l'instant. Sinon, je fais appel aux assistantes sociales pour m'aider avec la paperasse. J'aurai bientôt l'aide. du SAVS et j'ai un accompagnement au niveau de Cap Emploi et de l'AGFIP. L'intervenante sociale de l'AGFIP fait partie des personnes qui me comprend le mieux en ce qui concerne mon autisme et mes difficultés liées à mon entreprise. Et voici maintenant le témoignage d'Amanda qui nous dit « Depuis mon enfance, l'humain et son histoire me passionnent et tout au long de mon parcours scolaire, j'ai fait mon possible pour être assez bonne pour rentrer à l'université. » Je suis la seule de ma famille à avoir eu le bac, la seule pour qui la connaissance est un plaisir. Maintenant, je me dis que c'est peut-être grâce au TSA que j'ai suivi ce chemin. Après le lycée, j'ai fait des études dans les sciences humaines jusqu'au doctorat, et j'ai obtenu les félicitations du jury. Ensuite, j'ai eu des CDD de quelques mois à quelques années. Il y a eu du harcèlement moral, assez tôt, sous couvert d'humour, mais je ne m'en rendais pas compte. Il y a eu aussi des remarques misogynes. Et ce que la loi qualifie de harcèlement sexuel, aussi. Mais je me disais que c'était sans doute moi qui comprenais mal. Et puis j'ai commencé à prendre des notes de ce que j'entendais. J'ai lu des livres sur le milieu de la recherche, notamment « Comment l'université broie les jeunes chercheurs » d'Adèle Combe. Et j'ai compris. J'ai commencé à dire non au harcèlement, et surtout un jour j'ai dit à mon supérieur hiérarchique qu'il avait commis une erreur qui impliquait pour moi des semaines de travail en plus. Ça a été le début de la fin. Le contrat qui devait être reconduit ne l'a pas été. J'ai été effacée du programme d'une manifestation publique, puis évincée de projets en cours, blacklistée, pour avoir égratigné l'ego d'une personne puissante. Pour moi, ce qui comptait, c'était de bien faire mon travail. Et je ne me rendais pas compte que dénoncer des erreurs et des dysfonctionnements était une injure pour certains. Depuis, j'ai appris que ça arrivait souvent aux personnes autistes. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à prendre en compte la hiérarchie et les susceptibilités des uns et des autres, parce que quand je travaille, mon seul but, c'est de remplir mes engagements. J'ai fait une dépression, je me suis reconvertie, j'ai été malheureuse de ma nouvelle vie, et j'ai donc décidé de retourner dans le milieu de la culture en freelance. Avant ça, j'ai fait un diagnostic TSA pour être protégée contre de nouveaux comportements abusifs. Je ne croyais pas vraiment que j'étais autiste, mais une amie qui travaille dans le domaine du handicap m'a poussée à faire les tests. Et je l'en remercie. J'ai des contrats, mes employeurs sont contents de moi. Et puis j'ai retrouvé une vie qui me convenait mieux, voyager, et surtout rencontrer des gens passionnants sur le chemin. Malheureusement, je n'ai pas assez de contrats pour en vivre. Je vais devoir arrêter. Il n'y a pas assez d'argent dans la culture. Les bénévoles sont légions et le système est opaque. Je suppose qu'un psychiatre dirait que les humanités, surtout l'histoire, aient mon intérêt spécifique. Pour moi, c'est simplement la passion qui m'accompagne depuis mon enfance. Je ne sais pas comment je vais vivre sans, ça me fait peur. Et pour moi, c'est sérieux, c'est le métier auquel j'ai été formée, donc en faire un loisir n'est pas envisageable. Je ne sais pas si beaucoup d'autistes ont fait de leur intérêt spécifique leur métier. Mais comment fait-on quand il ne peut plus être au cœur de sa vie ? Je ne sais pas comment faire le deuil de mes rêves. Des amis me disent qu'il est temps d'arrêter de m'accrocher à une chimère, qu'il faut accepter la vraie vie en ayant un emploi standard. Mais aucun d'eux ne comprend ce que je ressens. Aucun ne comprend qu'eux et moi, nous ne sommes pas exactement la même créature. Au niveau des avantages et des inconvénients d'être indépendant, par rapport à l'organisation, pour moi, être indépendant, ça me permet de gérer mon temps comme je le souhaite, et donc d'être plus productive. Quand je travaillais dans un bureau, ça m'était vraiment pénible de me former à travailler à des heures fixes, alors que j'avais parfois envie de dormir, et que certains jours j'aurais été hyper productive au milieu de la nuit. Je trouvais ça absurde. Concernant la hiérarchie, être indépendante, ça apporte une liberté pour moi. Parce qu'une fois qu'on s'est mis d'accord avec l'employeur sur ce qu'il souhaite, je procède comme je veux, sans personne à qui rendre des comptes avant la remise de mon travail. Au niveau de l'argent, c'est un gros problème d'être à bon compte. parce que je ne peux pas vivre de mon activité. J'ai peu de salaire et j'ai 25% de taxes. Je vais devoir renoncer pour retrouver un travail, un salaire fixe. En ce qui concerne la sociabilité, je travaille seule la plupart du temps, donc je ne suis pas embêtée par mes collègues. Quand je travaillais en bureau, je devais souvent sortir parce que je ne supportais pas certains aspects des collègues, les respirations fortes, les clics-clics des stylos, les baillements, odeurs de peau ou de parfum. Et le pire, celui qui buvait bruit à mon santé. Je trouvais ça dégoûtant. Et quant à la fatigue, comme je n'ai plus d'heures fixes, je peux faire des siestes quand j'en ai besoin. C'est beaucoup plus confortable pour moi, surtout que je suis insomniaque. Quand je suis intéressée par ce que je fais, je peux travailler 40 heures par semaine comme les autres sans problème. Je suis hyper concentrée. Par contre, quand je n'aime pas ce que je fais ou que je n'en vois pas l'intérêt, mon corps se met en veille. Et je me sens handicapée. Je dois vraiment faire beaucoup d'efforts. Par rapport à l'organisation, je n'ai pas spécialement de problème à m'organiser, je suis très carrée et j'ai besoin d'anticiper au maximum le travail. L'imprévu, c'est une source d'angoisse très forte. Alors le fait que je sois mal à l'aise au téléphone, ça doit être un problème, je ne fonctionne que par mail. Je ne saurais pas quoi dire à un éventuel employeur si je devais lui parler et puis souvent je ne comprends pas les sous-entendus, ce qui entraîne des problèmes. En ce qui concerne la prise de risque et le stress, le stress est mon pire ennemi. Je perds tous mes moyens sous le stress et je m'en veux beaucoup de ne pas réussir à le gérer parce que pour les autres ça a l'air facile. Moi quand j'en parle, personne ne comprend qu'on ne vit pas la même chose. Que quand je suis stressée, j'ai des douleurs fortes et une détestation de moi qui me détruisent. Pour ce qui est de la prise de risque, je dirais que je m'autorise tout parce que je suis seule, sans enfant, pas de compagnon. Donc si je m'écrase, je serai la seule à en assumer les conséquences, ce qui me permet d'être audacieuse. Contrôle sur ma vie, eh bien non, j'ai pas plus de contrôle sur ma vie parce que je suis trop pauvre pour payer un loyer dans une grande ville. Être indépendant, est-ce que c'est un idéal ? Pour moi l'idéal, ça serait d'avoir un emploi salarié que je pourrais exercer de n'importe où. Ça me permettrait d'avoir la liberté de voyager, de vivre où je veux, tout en ayant la sécurité financière. J'ai connu ça presque un an et c'était parfait. Est-ce qu'on peut vivre sans la sécurité des proches ? Pas selon moi. Je ne gagne pas assez d'argent pour vivre, mais comme je veux dépendre de personne financièrement, je vais redevenir salariée pour rester indépendante. Concernant le poids de l'administration, c'est pénible, mais comme je travaille assez peu, j'ai pas beaucoup à m'en occuper. Pour moi, ça implique de faire des devis, faire des factures, l'URSSAF tous les mois, Pôle emploi tous les mois, et passer par des plateformes compliquées quand je travaille pour des organismes d'État. Concernant la solitude et la santé, Amanda répond, je me sens seule dans la vie en général, alors j'ai l'habitude. Voilà pour les témoignages. Un grand merci à Amanda et à Anne pour leur partage sincère, authentique, réaliste. Dans un prochain épisode, vous aurez aussi le témoignage audio d'une autre autiste qui travaille à son compte. Et déjà, une question surgit. Qu'est-ce qu'on fait quand on ne peut pas travailler ou vivre en étant dans son intérêt spécifique, dans ce qui nous porte, dans ce qui nous donne du sens ? Est-ce que vous voulez déjà répondre à cette question ? Et on en parle dans les prochaines chroniques. Vous pouvez l'écrire en commentaire ou l'envoyer sous format audio ou écrit, soit sur Discord, soit sur hello.mayael.org. Et sur Discord, mon pseudo, c'est mayael17, tout simplement. En faisant cette chronique, justement, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de faire un groupe d'échange et de soutien entre autant d'entrepreneurs autistes. Alors cet été, je n'ai pas le temps. J'ai mon mémoire à finir, mes études à finir et mon entreprise actuelle à transmettre. Mais à la rentrée, ça pourrait être une idée. Bon, ça existe peut-être déjà. Personnellement, j'ai travaillé trois ans comme apprentie en Suisse, ensuite six ans comme bénévole en association en Normandie, et depuis 21 ans, je suis indépendante. Alors si on monte un tel groupe d'échange entre atypiques et indépendants, un sujet que j'aimerais beaucoup évoquer. Ce sont, c'est les abus, la naïveté sociale, apprendre à dire non et à demander de l'aide, la solitude dans les décisions, le poids sur les épaules. Olivier, Serge, Reynald se reconnaîtront sûrement dans ces termes évoqués ensemble, merci à eux. Et puis Nast aussi. Mais aussi, j'aimerais bien parler du bonheur de monter des projets qu'on aime. Et comme l'ont dit Caroline et Anne, la joie de faire des choses qui nous animent, qui nous font du bien. Il y a encore le côté tout-ou-rien des personnes autistes et ou TDAH, l'impulsivité, la capacité à stopper net un projet ou une relation de travail quand on considère que la personne a abusé de notre confiance ou de notre travail. Ça vous parle ? L'apprentissage est d'ailleurs une forme d'injustice, à mon sens, dans le fait qu'il faut se gérer soi-même, gérer ses côtés-là, tout en se reconnaissant assez pour... Connaître nos déclencheurs, nos limites. Et puis surtout, il faut savoir se gérer pour savoir exprimer nos limites, sans agresser l'autre ou l'envoyer sur les roses, alors qu'on est déjà soi-même au bord de l'effondrement, parce que, par exemple, on a fait confiance, on s'est investi, on y a cru, et on a dépassé nos limites sans nous en rendre compte. Le long apprentissage pour avoir sa propre carte géographique interne, se connaître assez pour pratiquer le passing. S'arrêter avant de s'effondrer, avant la crise, poser des limites ou poser un cadre avant d'en sentir le besoin. Souvent, on en sent le besoin trop tard. Parce que oui, c'est encore ce côté blanc ou noir, tout ou rien, qui fait qu'on peut foncer, se donner, s'investir et tout lâcher, si on considère que quelqu'un a franchi nos limites, a abusé ou nous a trahis. Et puis, des limites que, peut-être, souvent, on a essayé d'exprimer, mais... apparemment pas exprimé de la façon attendue. C'était exprimé de façon factuelle, logique, quand, régulièrement, dans le monde du travail, la forme, l'émotion, voire le rapport de force prime. Que si vous dites gentiment quelles sont vos conditions et le cadre à respecter, certains abusent, poussent plus loin, en veulent plus. Quoi qu'il en soit, apprendre à se connaître, à dire non, à poser ses limites et apprendre à demander de l'aide, je crois que ce sont des compétences vraiment... importante et précieuse. Parlons maintenant brièvement du droit à l'essai, du soutien et de l'organisation. Le droit à l'essai, le droit à l'erreur aussi. En fait, régulièrement dans nos vies, il y a des crises. Le mot crise en chinois, il est composé de deux caractères. Il y en a un qui veut dire danger, menace, et l'autre, opportunité, chance. La crise, on dit qu'elle a pour fonction de séparer, de faire des choix, de se positionner. Alors si vous vous sentez en crise et que vous avez envie d'un changement sur le plan pro, c'est peut-être une occasion pour faire des choix qui vous correspondent mieux. En tout cas, essayez. qu'on avance par essais-erreurs et on a le droit d'essayer, on a le droit de changer, on a le droit de revenir sur ses pas. Et pour certains, ça sera plus facile d'essayer une nouvelle activité, un travail, en étant seul, en étant indépendant. Tandis que pour d'autres, tester une voie avec la sécurité du salariat, ça sera plus sécurisant. Donc vraiment, ça dépend de votre personnalité, ça dépend aussi du soutien moral et financier que vous avez ou non autour de vous, ça dépend de vos envies, du moment de votre vie. Et concernant le soutien, justement, il me semble que c'est très important de ne pas rester seul avec ses doutes, avec ses questions. On parle maintenant de plus en plus de job coach, des groupes de pairs aussi, P-A-I-R-S. Il y a des associations de soutien. Quelque part, tout ça, c'est perdre du temps pour en gagner. Perdre du temps pour évoquer ses difficultés, pour partager, pour entendre aussi qu'on n'est pas seul à vivre des choses. Entendre les conseils, les recommandations, il y a des groupes d'autistes qui se font des visios de soutien qui sont très chouettes, c'est des espèces d'espaces sécurisés où on peut se soutenir. À plusieurs, souvent, on voit mieux, et c'est plus léger de pouvoir partager ses difficultés en confiance à des gens qui ne jugent pas et sont soutenants. Pouvoir dire sans filtre, j'adore être à mon compte, mais alors bon sang, qu'est-ce que c'est dur. Pouvoir vivre l'intensité des choses et parfois une apparente contradiction sans que ça nous soit reproché par des « bah ouais mais t'avais qu'à être salarié, c'est quand même toi qui as voulu monter ton projet, t'assumes maintenant » . Pouvoir se reposer aussi sur des gens fiables qui vont être témoins de notre parcours, qui vont nous aider dans les moments difficiles, c'est précieux. Parce que quand il y aura des difficultés, ça sera à nous, indépendants, de faire encore des efforts pour obtenir justice. ou pour poser nos limites, pour être payé, pour justifier que si on a bien fait nos démarches administratives. A ce propos, je me souviens de cette mise en demeure de l'URSSAF qui me disait que je n'avais pas payé la cotisation. Bon, c'était il y a une quinzaine d'années, le comptable m'envoyait le bordereau rempli, je l'imprimais, je le signais, tamponnais, je joignais mon chèque et j'envoyais le tout à l'URSSAF. J'avais pris l'habitude de photographier le chèque et le bordereau que j'avais mis dans l'enveloppe. parce que j'avais déjà eu des histoires avec eux. Je reçois cette mise en demeure avec accusé de réception. Je trouvais ça violent. J'ai payé, le chèque est encaissé, on me met en demeure de payer. Je leur dis, mais vous avez encaissé mon chèque, donc vous voyez bien que j'ai payé. Moi, ça a été débité de mon compte. Mais en fait, chez eux, quelqu'un n'avait pas enregistré le bordereau. Donc ils avaient été encaissés. Mais administrativement, ils n'avaient pas fait le nécessaire. Et c'était moi la coupable. C'était à moi de justifier que j'avais fait le job. Alors débiter, je l'étais, mais surtout dépiter, avec mon comptable qui m'expliquait à l'époque que l'URSSAF ne s'excuse jamais. Bon, aujourd'hui tout se fait en ligne. En théorie, c'est plus simple. En théorie, re-coucou Chorus Pro. Si vous avez prévu de travailler avec les administrations Chorus Pro, C'est la plateforme de dématérialisation des factures administratives. C'est un passage aidé de vie et tout. C'est un passage obligé. Personnellement, ça m'a rendu folle, littéralement. Mais ça y est, je commence à comprendre Chorus Pro. Pour autant qu'ils veuillent bien fonctionner et qu'ils ne soient pas en maintenance. Parce que quand vous commencez à comprendre et vous avez l'impression que vous perdez la tête, non, non, c'est juste qu'ils sont en maintenance, mais ils ont oublié de vous le dire. Bon, allez, parlons de l'organisation maintenant. Eh bien, justement, l'accompagnement, ça me paraît important sur un autre plan. Parce que parfois, les autistes se noient dans des détails ou dans des choses importantes. pour eux, mais qui ne vont pas vraiment faire avancer leur projet ou le rendre plus rentable. Alors être soutenu et accompagné pour organiser ses tâches, les prioriser, voir où on passe beaucoup de temps qui en fait ne nous rapporte rien. Là où au contraire, on pourrait passer un petit peu plus de temps, même si c'est moins agréable, pour développer un projet de fond ou développer quelque chose qui va générer des gains, c'est important. Et sur le plan des démarches administratives, justement, c'est aussi précieux d'être orienté pour faire des choses dans les temps et correctement. On s'évite des ennuis après. Et quand on ne connaît pas ou peu cette partie-là, ça peut être vraiment un vrai frein pour se mettre à son compte. Si on est accompagné, ça peut être encore une fois une association, France Travail, des groupes qui accompagnent justement. Il y a même des formations dans les chambres des métiers et les chambres de commerce. pour l'organisation, pour la gestion administrative, tout ça. Et c'est vraiment précieux parce qu'une fois qu'on connaît, ça fait beaucoup moins peur et c'est beaucoup plus facile à gérer. Alors en conclusion, je vais détonner un petit peu de tout ce que je viens de vous dire. Normalement, dans une conclusion, on reprend ce qu'on a dit. Je ne vais pas faire ça. Je vais vous parler d'autre chose. Je vais vous reparler, pour ceux qui suivent ce podcast, d'un autre podcast que j'aime beaucoup. qui est excellent sur la santé mentale, qui s'appelle les mots bleus, mots M-A-U-X, bleus, de place des sciences. Dans un épisode que je vous mettrai en description, le témoin, un jeune homme, relatait son expérience à la fois de la dépression et des douleurs chroniques. Vous m'avez déjà entendu parler de lui. J'en ai parlé, je crois, dans l'épisode sur l'injonction au bonheur. Et en fait, ça m'a énormément marquée parce qu'il expliquait qu'il a appris à vivre avec, avec sa dépression. Avec ses douleurs, avec des hauts et des bas. Et il explique qu'il a compris qu'il ne pourrait probablement jamais être à 100%. Et que quand déjà il est à 70-80%, c'est déjà pas mal. Et souvent, il peut être simplement à 20-30-40%. Et il dit, mais finalement, être à 100%, ça sert à quoi ? Ça sert à être mieux payé, donc à pouvoir mieux consommer, à pouvoir acheter, avoir son crédit sur 25 ans ? Il faisait le lien avec ce système de société de consommation. Et je fais une petite digression, mais si certains d'entre vous aiment la science-fiction, vous pouvez, je vous recommande en livre audio ou en livre normal, la saga Esperanza 64 de Julien Santor. Il explore d'autres façons de créer la société, de penser les rapports entre les gens. Il imagine une société sans compétition. Une compétition qu'on apprend tout petit, par exemple avec les notes à l'école, ou le sport professionnel et le sport de compétition. Donc une société où on ne valorise pas la compétition et l'excellence, mais où on valorise la coopération. Chacun apportant ce qu'il peut à l'ensemble. Alors évidemment, c'est une utopie. Évidemment, il y a des écueils. Mais bon, c'est bon de rêver, non ? D'imaginer qu'on est capable de penser les choses autrement. Qu'on est capable d'admirer l'autre. de l'aimer, de le respecter, en dehors de sa productivité, de son rôle dans une société de production, en dehors des ressources intellectuelles ou matérielles qu'il crée. Est-ce qu'on est capable d'aimer et d'admirer l'autre pour autre chose que ce qu'il produit ? Et puis, autiste ou pas, la prochaine fois qu'on vous présente quelqu'un, au lieu de lui demander « qu'est-ce que tu fais dans la vie ? » ou « c'est quoi ton job ? » , on peut lui demander « qu'est-ce qui t'anime dans la vie ? » Qu'est-ce qui te tient à cœur ? Allez, ce coup-ci, je vous fais le petit contenu perso à la fin, après le générique. Je voudrais vous remercier d'être là, de soutenir mon travail. Je vous remercie pour vos étoiles, pour vos commentaires, pour vos notes sur les applications de podcast. Aujourd'hui, je viens de regarder, je ne suis pas beaucoup les stats, mais je vois que sur Apple Podcast, je suis, ce podcast est 67e. sur Apple Podcasts ne classe que les 200 premiers par catégorie en santé mentale, je crois, 67e, je suis vachement fière. Pour un petit podcast comme celui-là qui fait zéro pub, zéro réseautage et tout ça, je vous avoue que je suis plutôt contente. Merci beaucoup, beaucoup. Merci aussi aux échanges qui se poursuivent avec certains d'entre vous dans le groupe privé Discord. En ce moment et jusqu'en septembre, Je suis dans une période très, très, comment vous dire, dans un tunnel où il y a plein de choses. Parce que vous l'avez compris, je suis en train de transmettre mon entreprise après 21 ans. Tout en terminant mes études de paire et d'ense familiale en santé mentale à Lyon 1. En même temps, j'ai mon stage en unité de psychiatrie mobile qui va bientôt continuer. Je vais rempiler, j'aurai mes examens en septembre. Mon mémoire à faire cet été. tout en transmettant l'entreprise. Et j'ai prévu de rempiler, si tout va bien, si ça se passe bien pour mon diplôme en paire aidance professionnelle familiale, je pourrais rempiler sur la psychoéducation. Et en parallèle, je prépare mon activité d'indépendante pour accompagner en santé mentale. Donc c'est plein de projets. C'est un grand bonheur pour moi de faire cette étape-là. Et en même temps, c'est super intense. Quand vous avez bien compris que quand je parle de poser ses limites, c'est du vécu, comme diraient certains. Merci à ceux qui attendent une réponse de ma part pour votre patience. En fait, en général, je réponds aux messages une fois par semaine. Donc si vous tombez sur le jour où ça y est, j'ouvre la boîte mail du podcast et je réponds, je vous réponds très vite et puis après c'est un petit peu plus long, évidemment. J'essaye de prioriser, enfin je priorise mes enfants, j'essaye de penser à moi aussi et de me prioriser. Donc parfois je suis un petit peu plus lente. En tout cas, merci beaucoup pour votre patience. Et puis on continue les échanges, on continue d'avancer.