Speaker #0D'après Emmanuel Piquet, pour l'agresseur, c'est un cercle vertueux, cette relation toxique, dans le sens où, lui, il en retire des avantages. Pouvoir, contrôle, satisfaction, position de force, respect craintif des autres autour, qui se mettent à le suivre, à le valider. Tu m'étonnes. Parce que sinon, ils risquent, eux aussi, de faire les frais de son caractère de crotte sur patte. Pour la victime, c'est un cercle vicieux. Cercle vertueux pour l'agresseur, cercle vicieux pour la victime. Elle, elle en retire que des désavantages, la peur. La perte de confiance en soi, anxiété, retrait social, soumission, suradaptation, honte, sentiment de faiblesse, de n'avoir aucune valeur et d'être coupable. Mais d'abord, de quoi parle-t-on ? Prenons une minute pour nous entendre sur la définition. Dans la cour d'école, au travail ou sur Internet, le harcèlement, ce sont de petites attaques répétitives, blessantes, qui n'ont pas d'impact physique. Une attaque avec un impact physique. Ce n'est pas du harcèlement, c'est une agression. Attribuer à quelqu'un un fait et non pas une intention. On parle bien de fait. Un fait précis qui porte atteinte à sa réputation, c'est de la diffamation. Humilier par des mots, outrager une personne, c'est de l'insulte. Dans l'insulte, on ne lui attribue pas de fait précis. L'insulte répétée, blessante, sans impact physique, peut devenir harcèlement. Autrement dit, attaque subjective. insulte ou et harcèlement, attaque objective, diffamation et ou agression. Bienvenue sur ce podcast, merci d'écouter et de participer vous aussi par vos messages, vos commentaires et aussi par les étoiles sur les applications. Je suis Maya, Maya c'est mon second prénom, celui que j'utilise pour ce podcast, mais si vous êtes curieux, vous allez vite trouver le premier et en savoir plus sur mon travail. Justement, mon travail, une partie en tout cas, c'est de décoder les situations, spécialement dans un contexte d'autisme sans déficience intellectuelle, mais souvent avec son lot de difficultés associées à ce contexte-là, pour essayer qu'on souffre moins. En tout cas, essayer de comprendre les choses, traduire l'autisme pour les non-autistes et réciproquement pour réduire la violence, si on peut. Et pour affiner ce dont on va parler aujourd'hui, faisons la différence entre la crise ou dispute et la relation toxique ou violente. Un élément clé pour faire la différence, c'est qu'en cas de crise, crise de couple, crise entre copains, crise au boulot, on est à peu près à égalité. On s'attaque de façon subjective des insultes, du harcèlement ou objectives, diffamation, agression. Disons, pas exactement à 50-50, c'est pas possible, mais enfin, les deux parties sont bien impliquées. Je ne suis pas en train de vous dire que ça finit bien. Alors qu'en cas de violence, notamment conjugale, mais aussi de relations violentes ou toxiques dans la famille ou dans la cour d'école, il y en a un qui a le dessus. C'est ce parent violent, cette brute dans la cour, ce frère dominant, ce patron qui veut faire la pluie ou le beau temps. Encore que lui, en général, il y a moyen de le cadrer et de renverser la vapeur. On en reparlera si ça vous dit. Ça peut être aussi ce conjoint contrôlant. Si vous êtes dans une telle situation, sachez d'abord que vous n'êtes pas responsable de la violence de l'autre. Et que non, contrairement à ce que dit votre collègue Marie-Karen ou la voisine, on s'en sort pas à coup de... « T'as qu'à le quitter » ou « Y'a qu'à se barrer » . Écrivez ça avec des « k » partout. Quand on subit ça, on a honte, on se sent faible et on se sent responsable. Pourtant, ce n'est pas le cas. Je vous mets des pistes en description pour trouver des outils et du soutien. Et avant de continuer, je voudrais juste préciser que ce sujet peut être douloureux pour certains. Et si ce n'est pas le moment pour vous de creuser, d'aborder ce sujet, eh bien, retardez l'écoute ou écoutez-le. avec un proche, quelqu'un de confiance, à proximité, une ressource, si vous avez besoin, s'il y a des choses qui remontent et que vous avez besoin de parler, ou si vous avez rendez-vous avec votre psy dans quelques heures, ça va aussi. Autre remarque, avant d'entrer dans le vif du sujet, si un juriste veut détailler en commentaire les actions possibles et les conséquences de l'insulte, du harcèlement, de la diffamation, de l'agression, c'est volontiers. Pour ma part, je ne vais pas aller sur ce terrain-là, bien qu'il me passionne aussi, mais ce n'est pas mon domaine. Et il y a bien entendu... également la question du harcèlement sexuel, qui a encore une autre définition, mais ça aussi, ça sera abordé dans un autre épisode. Allez, c'est parti ! Avant de parler de ce qui peut éventuellement marcher, on va commencer par les méthodes qui ne marchent pas. Alors, on a défini le harcèlement dont on va parler aujourd'hui, celui qui se produit principalement dans les cours d'école, mais aussi au travail. Dans les méthodes qui ne marchent pas, j'en ai expérimenté trois. Et la quatrième, vous le verrez, est un revirement à 180 degrés. Alors la méthode des années 80, quand la gamine un peu décalée, un peu bizarre, première de classe, qui écoutait de la musique classique et qui ramenait des oiseaux blessés à la maison pour les soigner, et qui était archi nulle en cours de gym, moi donc, était humiliée et tapée dans la cour de l'école et sur le chemin du retour. Dans les années 80, la réponse de ma mère c'était « je ne dois pas intervenir, c'est à toi de poser des limites » . Alors en soi, c'est loin d'être faux. Mais il manquait un truc de base, vous l'avez ? Il me manquait les outils, la méthode. Parce que moi, dans les années 80, quand j'avais 6-10 ans, j'ai appris que si j'avais, même plus tôt, que si j'étais pas bien mignonne, avec des 9 sur 10 de moyenne générale, on était en Suisse, j'ai appris que j'étais violemment grandé par la figure patriarcale de notre foyer. Mon cerveau a intégré ce mode de survie-là, « Sois gentil, sinon c'est dangereux pour toi » . Bref, j'étais pas outillé, ni accompagné. Et c'est bien de ça qu'on va parler, outillé. nos enfants et les accompagner, s'outiller soi et être accompagné. Donc moi, ni outiller ni accompagner, tant vous dire que ça ne s'est pas très bien passé pour moi. Happy end quand même, on peut s'en sortir. Et même si mon parcours scolaire a été très atypique, entre autres à cause de ces 10 ans de harcèlement, c'est aussi ce qui m'a fait prendre des chemins de traverse. Et ces chemins m'ont mené à ce que je fais et ce que je suis aujourd'hui. C'est aussi ce qui m'a donné ces signaux d'alerte quand les mêmes histoires ont commencé pour mes enfants. La seconde méthode, plus récente, que j'ai expérimentée, aucun suspense, vous le savez avec le titre du chapitre, ça ne marche pas non plus. La seconde méthode, c'était protéger mon enfant. Alterner entre protection, retrait de l'enfant et être cette mère bulldozer furax qui exige que l'école fasse quelque chose. Retenez cette anecdote, on en reparlera plus tard du parent bulldozer. Protéger son enfant, ça ne marche pas en général, pour sortir de ce système. On va détailler pourquoi. Et pourtant, c'est profondément légitime. Et heureusement, les parents protègent leurs enfants. Alors j'entends de nombreux professionnels dire que ça ne rend pas service à l'enfant. Vous le surprotégez, vous le mettez dans une bulle. Je me permets de nuancer cette affirmation en m'appuyant non seulement sur mon vécu, mais également sur celui de centaines de familles de l'association dans laquelle je suis bénévole très active. Certains de nos enfants, en particulier avec des troubles du neurodéveloppement, ont besoin d'être protégés. Pas toujours. Peut-être qu'avec les outils, ils vont arriver eux-mêmes à sortir de ces ornières. Mais nos enfants, comme nous à leur âge, vivent des choses difficiles, sont souvent vulnérables. Et si notre instinct ou votre instinct de parent vous dit que là, il faut protéger votre enfant, écoutez-vous. Et écoutez quand même la suite pour les outils. La troisième méthode, expérimentée avec mon autre enfant, celui qui est sans filtre, celui qui peut exploser de colère et qui a une grande force physique, ça a été... La méthode, au départ, bisounours. Alors, je parle sous son regard et sous sa réserve, puisqu'il est au courant et qu'il est OK pour que je raconte ça. Ma méthode, c'était lui enseigner l'empathie. Lui dire que Kevin, la brute, est comme ça parce qu'il est seul quand il se lève et quand il rentre à la maison, il n'a pas l'espace de dialogue, compte d'autres familles. Lui expliquer que l'autre petite brute a probablement un TDA, chez un trouble de l'opposition, c'est pour ça. Décoder. Lui dire aussi de s'éloigner d'eux. Valoriser les copains qu'il a au sport et prévoir plus de moments avec eux plutôt. Verbaliser beaucoup. Reconnaître la douleur de mon enfant. Lui parler de la souffrance du harceleur. Là, il m'a dit, ça la fait super réagir en me disant, c'est qui ce que tu faisais ? Et oui, ce qui comptait, c'était sa souffrance à lui et il en bavait. Dans ma méthode aussi, il y avait me réjouir, valoriser, quand les enseignants font des ateliers de travail social et de travail... d'empathie en classe et que les 14 élèves de cette classe de 15, on est en Catalogne, oui, les classes à cet âge-là, à 11 ans, c'était une grande classe pour cette école. Donc que les 14 élèves de cette classe de 15 pleurent et demandent pardon à mon petit gars en se rendant compte de leur mauvais traitement, tout ça sous les regards émus, empathiques et bienveillants des professeurs. Je me suis dit, oui, je me suis dit, c'est beau, ils font des ateliers et tout, c'est super, ça a duré 48 heures. Là, ma patience s'est effritée. Ça faisait quatre ans. Rien n'avait changé. On avait tout essayé. Et le dialogue avec les enseignants, avec le directeur, on n'a pas arrêté. On a mis en place plein de trucs. Quatre ans. Au bout de quatre ans. Non, stop, C'était la fin de l'année. J'ai changé de méthode. Tout ce que j'ai fait, tout ce que j'avais proposé et fait jusque-là, j'ai fait le contraire. J'ai proposé à mon fils de se couper les cheveux très courts. Adieu, merveilleuse et longue boucle de l'enfance. Je lui ai dit sur les conseils en off de son prof de taekwondo qui devait se défendre. quitte à mettre à terre l'agresseur, sa réponse, « Ah, mais j'ai le droit de me battre, maman, mais c'est le contraire de ce que tu m'as toujours dit. » Ouais, ouais, absolument. Je t'ai toujours dit non-violence, etc. Ça n'a jamais marché. Donc là, ce que je vais te demander, c'est de te défendre. Ce n'est pas une autorisation à te battre, ce n'est pas un encouragement, c'est un devoir de te défendre. De te défendre, agresser, non. Te défendre, ton premier devoir. Et puis à côté de mon ancien travail, il y avait un club de motards, gros sarlais, des gars aussi impressionnants que leur monture. tatoué, tendu du haut de la tête et barbu du bas, vêtus de cuir noir, super costauds. Je rentre dans leur bar, lumière tamisée, dessin de flamme rouge au mur, hard rock, meuble noir. Eh ben, j'ai rarement passé un aussi chouette moment dans un bar. Ces gars sont des nounours. Ne le dites pas trop fort. Gardons leur leur réputation, mais alors vraiment, ce sont des amours. C'était donc des motards espagnols, catalans. J'aurais expliqué la situation et j'aurais dit, les gars, est-ce que certains d'entre vous sont OK pour aller chercher mon fils de 11 ans à la sortie de l'école en Harley ? Ils ont dit oui. Il lui a amené un casque, il l'attendait. J'ai été sympa, j'ai prévenu la directrice. J'ai bien fait parce que les autres enseignantes, elles ont vraiment eu peur, ça a fait son petit effet. En fait, tout se jouait sur l'image. Changer son image, changer la peur de camp, quelque part. Sa dernière année dans cette école, elle s'est nettement mieux passée. Ensuite, au collège, parce qu'en Espagne, on commence le collège à 12 ans, comme en Suisse, sauf erreur, si ça n'a pas changé depuis. Donc au collège, il changeait, il n'était plus avec la même équipe de mini-brutes. Ça lui a permis de réinitialiser les choses, de démarrer dans une nouvelle posture. Et ça, ça a été super positif pour lui, bénéfique, avec quand même un effet négatif. C'est que ce besoin de contrôler son image, de... calculer son attitude, d'être sur ses gardes, d'être vigilant, à systématiquement poser ses limites, ne pas être trop gentil d'entrée de jeu, ça, pour un autiste, ça prend une énergie de fou. Et c'est très dur à vivre parce que ça laisse très peu d'espace-temps pour être soi, sans filtre, sans avoir besoin de poser des limites, de calculer, de tout passer par le cerveau. Alors, dans les trucs qui marchent pas, les fausses bonnes idées, protéger à tout prix son enfant, du p... apprendre l'empathie, lui dire d'aller chercher un adulte, ou d'éviter les fâcheux. Autant de choses qui ne marchent pas. Ignore-le. Viens me voir, dit le professeur. Non plus. Confronte-le. Alors ça, attention, gros warning, ça c'est super dangereux. J'en parlerai peut-être dans les post-LinkedIn à venir parce que j'ai fait tout un travail là-dessus, où j'explore les questions d'emprise et de sidération. Mais le confronte-le. ça ne marche que si on est sur un pied d'égalité. Ce qui n'est pas le cas, puisque là, il y en a un qui a peur, qui morfle, et l'autre qui a le pouvoir. Alors maintenant, je vais vous parler de méthodes dont on parle plus aujourd'hui, dont on ne parlait pas dans les années 80. Des méthodes qui pourraient marcher, idéalement, qu'on pourrait mettre en place en préventif aussi. Je parle au conditionnel parce que, vous verrez après, j'ai quelques nuances à apporter à ça. Le meilleur moyen de ne pas être soumis au regard des autres, c'est d'autoriser le regard des autres. Cette phrase, elle vient du docteur Philippe Haïm, psychiatre. Je la trouve très intéressante. Combien d'entre nous, enfants, ados ou adultes, ont peur de la critique ? Cette même critique qui donne à l'autre le pouvoir sur celui qui a peur. Donc pour limiter le pouvoir qu'on donne à l'autre, eh bien, autoriser le regard de l'autre sur soi est une piste. A l'inverse, les gens qui s'en fichent des critiques sont souvent des gens qui s'en fichent du regard de l'autre. Il n'y a pas de prise là-dessus. Alors par exemple, si j'ai peur qu'on critique mon travail ou qu'on critique mes devoirs, je vais mettre une énergie dingue à essayer de faire parfaitement pour ne pas risquer la critique. Sauf que, vous le savez, il y aura toujours quelqu'un pour critiquer. Alors ça fait mal. Et si l'autre en face, ça lui fait du bien de voir quelqu'un qui souffre, et bien lui, il va continuer. Parce que lui, il en tire des bénéfices. Il se sent moins mal. Il a du pouvoir, du contrôle. Voir ça fait rire les copains ou ça fait rire les collègues, pour lui, c'est tout bénef. Pas pour vous. Si j'ai peur qu'on critique mon look ou mes cheveux, je vais dédier du temps, de l'énergie, de l'argent à les soigner. Ou à faire de la muscu si j'ai peur qu'on me traite de gringalet et que je vis mal ma corpulence. Et là, c'est pareil. Quand le jugement, la moquerie, la remarque indélicate arrive, c'est raide, c'est violent. Et pour les mêmes dynamiques que tout à l'heure, ce système de petites attaques répétées et blessantes, donc la définition qu'on a donnée au harcèlement au début de cette chronique, ça se met en place. Prenons les choses à l'inverse. Au lieu d'avoir peur de la critique, je l'autorise. Je rends mon devoir, je rends mon mémoire, je rends mon dossier et je me prépare aux critiques. Dans le sens où je me prépare à ce que ça ne plaise pas à tout le monde. Non pas dans le sens « vas-y, t'inquiète, même pas peur, j'ai du bon boulot, je me moque des commentaires » . Non, vraiment dans le sens « ok, j'ai fait ce que j'ai pu, il y aura des choses bien, il y aura des choses moins bien, il y a des gens qui ça va plaire, il y a des gens qui ça ne va pas plaire » . Il y aura des remarques, des commentaires, et c'est OK. Autre exemple, mon corps a ses défauts selon mes critères. Est-ce que ce sont réellement des défauts, et ce sont vraiment mes critères ou des injonctions sociétales internalisées ? C'est un autre et vaste débat. Bon, je trouve telle partie de mon corps trop comme ci, telle autre pas assez comme ça. J'essaye de cacher ce qui ne me plaît pas et de corriger ce qu'on me reproche. J'y mets une énergie de fou, et ça ne va jamais plaire à tout le monde. C'est là que cette phrase Le meilleur moyen de ne pas être soumis au regard des autres, c'est d'autoriser le regard des autres en toute sa force. On va critiquer mon corps. Bon d'accord, il y a quand même une réalité, c'est que mon corps est ce qu'il est, avec mes gènes, mon environnement, etc. Et je ne peux pas plaire à tout le monde, ça aussi c'est un fait. Acceptez aussi qu'on critique notre travail. Et c'est logique parce qu'on n'est pas Dieu Tout-Puissant, on n'a pas la science infuse, on n'a pas la vérité absolue, il y aura forcément des choses à dire. Les bénéfices de cette posture sont attendus assez rapidement. C'est à s'attendre à accepter qu'on trouve notre travail nul ou améliorable, qu'on nous trouve moche ou gros ou maigre, que notre style vestimentaire ou la façon dont on s'occupe de notre jardin soit critiquée. Cette posture amène moins de peur, moins d'énergie dépensée à essayer de tout faire parfait pour éviter d'être critiqué. Deux précisions. La première, autoriser le regard de l'autre et sa critique, ça ne signifie pas soi-même être critique envers soi et baisser son estime de soi. Philippe Naïm, il l'explique par cet exemple. Il dit à sa fille qu'elle est très belle. Tu es très belle ma chérie. Est-ce que tu es la plus belle papa ? Oui, tu es la plus belle. Et il lui dit, mais tu sais, il y aura des gens qui te trouveront moche. Parce que ça fait partie des goûts et des couleurs et ce n'est pas grave et c'est comme ça. À part ça, il autorise le regard de l'autre. C'est dans ce sens-là. Et par rapport au travail, moi par exemple, je suis contente de mon travail, il y a des gens qui vont le trouver nul. C'est OK. Et pour appuyer ça, je fais le lien avec un modèle marketing assez connu, quoiqu'à ma connaissance pas démontrée par la littérature scientifique. Mais malgré tout, je le trouve très utile pour prendre de la distance. En marketing, on dit que 20% des clients sont hyper contents. Quoi que vous fassiez, c'est au plus bravi. C'est des ambassadeurs de votre marque. 20% des clients sont toujours critiques. Peu importe vos efforts, votre investissement ne s'ayera jamais. Il y aura toujours quelque chose à redire. Et 60% sont moyennement contents. Ils ne vont pas crier sur les toits leur satisfaction, mais ils ne vont pas vous laisser d'avis négatif. Pour les devoirs que votre ado rend ou pour les missions que vous faites au travail, c'est pareil. Je crois que ça s'applique aussi aux voisins. Il y a 20% de vos voisins. On pourrait discuter sur les chiffres, évidemment, mais vous avez compris le principe. Une partie de vos voisins qui vous adorent et qui valident tous vos choix de décoration de balcon, ça sera toujours super. Il y en a 20%, quoi que vous fassiez, ils vous enquiquineront tout le temps. Et puis il y a 60% ou un autre chiffre, la majorité silencieuse en général, qui restera donc silencieuse et influençable dans un sens ou dans l'autre. Et là où un mécanisme de harcèlement est lancé par votre voisin grincheux, ça peut prendre des proportions importantes hélas. En marketing, l'intérêt de ce modèle, il est double. Ça permet de prendre du recul sur les 20% ou autres chiffres qui nous enquiquinent systématiquement, de mettre un peu d'énergie auprès de la majorité silencieuse, qui est influençable, et puis de valoriser, de reverser le pourcentage ou les 20% qui seront vos ambassadeurs. Là où le modèle n'est pas applicable en l'état sur le harcèlement, à mon avis, vous allez le voir plus tard, c'est que les 20% qui nous harcèlent... contrairement au marketing, on va devoir s'en occuper, au risque sinon qu'ils entraînent les 60% d'indécis. La deuxième nuance que j'ai envie d'apporter sur cette phrase, le meilleur moyen de ne pas être soumis au regard des autres, c'est d'autoriser le regard des autres, c'est que pour certains, elle a peut-être été un peu raide à entendre, parce que le regard des autres, leur critique constructive, c'est pas un jugement, c'est un constat. ou leur absence de valorisation sur ce que vous faites, toujours les mêmes qui ne disent jamais quand ça va et qui pointent ou qui remarquent le moindre détail qui n'est pas top, c'est violent. Alors en entendant cette phrase, vous vous dites peut-être que vous êtes fragile, ou hypersensible, ou faible, ou soumis. Cette construction de phrase, le meilleur moyen de ne pas être soumis, on regarde les autres. Ce mot soumis renverrait de prime abord à une notion de faiblesse. Celui qui est fort, lui, s'en ficherait de la critique. Il n'y serait pas soumis, c'est pas fragile, lui, il s'en fout. Loin de là. Vous n'êtes pas faible, vous n'êtes pas fragile. Hypersensible peut-être, c'est une autre question. A ma connaissance, quand on est très sensible à la critique, ça peut venir certes d'un profil narcissique, mais aussi d'un vécu, d'expériences adverses. J'en parle plus en détail dans l'épisode « Sensible ou pas à la critique » . Je ne vais pas m'étendre plus, je vous mets le lien en description, comme d'habitude. Ça peut aussi venir, cette sensibilité, de la prise en compte littérale des remarques, qui est une des caractéristiques de l'autisme. Ça peut aussi être une très vive sensibilité au rejet ou à la critique dans le TDAH. Et ce n'est pas exhaustif, ça peut venir de plein de choses. Chez beaucoup de gens, la sensibilité à la critique, elle vient de l'enfance, quand on a perdu ses parents, ou que l'un ou l'autre souffre d'addiction ou d'un trouble, quand on était tapé par ses parents si on n'avait pas d'excellente note, quand on était humilié si on n'était pas exactement dans la norme attendue, parce qu'on préférait les bouquins plutôt que le foot, ou l'inverse. On développe très vite un système de défense. Quand on a été arraché à sa terre, et qu'on a été propulsé dans un autre pays, ou qu'on a vécu la précarité, là aussi, quand on est gosse, on n'a rien demandé. Et on met en place très, très, très tôt un système pour survivre. Et c'est bien, parce que sans ce système, on ne survit pas à ce qui nous arrive. Pour certains, ce système, c'est l'attaque par avance. Je mors avant d'être mordu. Il y en a d'autres qui vont fuir la relation. certains essayent de correspondre aux attendus réel ou supposé ces attendus et puis d'autres s'échappent s'échappe dans un monde imaginaire dans l'art dans les addictions on fait ce qu'on peut c'est absolument pas jugeable et ça serait très malvenu de dire à quelqu'un que le système qu'il a mis en place pour survivre est mauvais c'est un système point ça a été un outil utile à un moment donné bien sûr lorsque le danger s'éloigne que la sécurité revient et que la sécurité devient la norme, qu'on n'a plus besoin d'être en mode survie. Alors oui, là, on peut être en condition de s'interroger sur nos schémas, sur nos croyances, notre mode d'attachement, notre système de survie, ce qu'on a mis en place comme mécanisme, comme fonctionnement. On peut s'interroger sur pourquoi j'attaque ou pourquoi j'encaisse en silence, pourquoi j'évite, pourquoi je m'échappe. Mais ça serait vraiment malvenu et indécent que de se juger faible et de juger l'autre fragile. parce qu'il supporte mal la critique, parce qu'à la base, c'est un système qui lui a permis de survivre dans l'adversité. Donc à la base, c'est quelque chose, heureusement qu'il y avait ça. Voilà, c'était un long préambule pour vous parler de la méthode du docteur Philippe Naïf. La méthode ABC, je la trouve très intéressante, éclairante, avec donc quelques nuances dont je vous parlerai par la suite, précisément dans un contexte d'autisme. Donc je vais vous parler du cadre de sa méthode. le cadre, les réactions classiques qu'on a en situation de harcèlement et qui ne marchent pas, sinon ça se saurait. Donc sa méthode à lui, ce qu'il propose à la place des réactions classiques et les nuances que j'ai apportées. Je vous parlerai aussi à la fin d'Emmanuel Piquet et sa méthode 180°, aussi très intéressante. Alors, le cadre. Le cadre qu'on peut donner à nos enfants, c'est personne ne te fait du mal ou ne te touche sans ta permission. Point. Ça ne se discute pas. En revanche, ils ont le droit de penser ce qu'ils veulent de toi. Ça aussi, ça ne se discute pas. Le fait de savoir qu'on n'est pas obligé d'être aimé nous évite d'être démoli quand on ne nous aime pas. Je la trouve importante cette notion. Apprendre à son enfant ou réapprendre pour soi que les autres ne sont pas obligés de nous aimer. On peut là mesurer, s'arrêter un instant pour mesurer la potentielle pression parentale. Je te demande d'être aimé et d'avoir des amis. La pression, alors ce n'est pas formulé comme ça, évidemment. Ce sont des injonctions qui sont formulées beaucoup plus subtilement. Ce sont les parents qui essayent absolument de faire en sorte que leur enfant sorte, qu'il ait des copains, c'est important, puis que ça se passe bien sur les réseaux. C'est un drame si tu es un petit peu isolé ou qu'il y a des soucis ou que tu n'as pas de bande de copains. C'est sous forme d'injonction. Il y a aussi la pression parfois du corps enseignant. Certains professionnels, ça arrive. Il faudrait sociabiliser. Tu ne te sociabilises pas, tu rencontres personne. Oui, je préférais être bibliothécaire qu'animateur Club Med. Bon, ça, à l'âge adulte, ça passe. À l'adolescence, il faudrait que tous soient en mode animateur Club Med. Ben non, il y en a. Être bibliothécaire ou chercheur seul, c'est leur grand bonheur. Ou faire des formules mathématiques, c'est leur grand bonheur. Et pourquoi pas ? Quel est le problème ? Bon, il y a aussi les injonctions de la société. Avoir une communauté suffisamment importante sur les réseaux et un nombre de likes satisfaisant sur ses publications. A ce propos, petite digression, voulez-vous mettre des étoiles, des commentaires, des avis pour que je me sente aimée et que je sente que mon travail a de la valeur ? Parce que vous savez, si je n'ai pas assez d'avis et de commentaires, ça veut dire que mon travail est nul et que je n'ai pas de valeur. Bon, je blague, à moitié. J'en profite. Mais oui, il y a ces doubles injonctions. Nous, les créateurs de comptes. On a besoin de ça pour être repéré par les algorithmes, donner de la visibilité à notre travail. Là, c'est mécanique et c'est le travail. Mais oui, ça peut rendre dépendant. Si je ne fais pas assez de publis sur Insta, et c'est le cas, et pas assez de shorts, et je n'en fais pas, qui sont plus accessibles, qui sont moins lourds que ces podcasts à rallonge que je vous fais, je vais avoir beaucoup moins d'abonnés. Mes abonnés vont monter beaucoup moins rapidement, plus lentement, disons. Et donc, si j'ai moins d'abonnés que les autres qui ont commencé en même temps que moi, ça veut dire que j'ai moins de valeur. Bon, vous voyez la pression, vous voyez les injonctions, les addictions au like, aux commentaires positifs. De la même manière, quand notre crush nous met un cœur tous les jours sur nos publications, on flotte un petit peu, et quand pendant trois jours, il ne le fait plus, on panique. Bon, c'était une illustration sous forme d'autodérision. En résumé... évidemment vous n'êtes pas obligé d'aimer mon travail bon j'imagine que si vous êtes encore là c'est que ça va ça va pas trop mal vous n'êtes pas obligé de m'apprécier personnellement et moi je ne suis pas obligé de sociabiliser adieu la fête des voisins d'ailleurs et tant pis si ma maman trouve que je n'ai pas assez de vie sociale puis en plus à mon âge je suis heureuse comme ça mais si vous voulez soutenir ce travail Et l'aider à le faire connaître, ça me fait super plaisir. Bon, voilà, ça, c'est fait. C'était un gros mélange. Mais pour reprendre mon propos, je voulais qu'on s'arrête un instant pour mesurer la pression parentale. Je te demande d'être aimé. La pression du corps enseignant, parfois de certains professionnels. Il faudrait sociabiliser. Cette pression-là, elle vient aussi parfois de la famille. Quoi ? Mais mon petit-fils, il n'a pas d'amis. Quoi ? Mais ma nièce, elle ne fait pas ça. Et puis, les injonctions de la société. Avoir une communauté. avoir un réseau qui nous soutient, qui valide ce qu'on fait, ce qu'on poste, le dernier repas et la dernière assiette qu'on a publiée, etc. Alors maintenant, ça c'était le cadre. On passe aux réactions classiques en situation de harcèlement. Philippe Naïm, il décrit cinq façons de réagir qui donnent à l'agresseur l'info qu'on est embêté. Donc ça a marché. A, B, C, D, E. A pour arrête. « Arrête ! » B pour bouder. Je suis désolée pour ceux qui sont sensibles auditivement, je m'emballe un petit peu en termes de volume. Bon, voilà, pardon. C'est un sujet où je m'emballe. Et vous ne le voyez pas, c'est un podcast, mais je parle avec mes mains en plus devant mon écran. Donc A, arrête ! B, bouder. Là, ça fait moins de bruit normalement. Ignorer, se fermer, pleurer. Le C pour contre-attaquer. Oh, la ferme, là ! Espèce de... Normalement, il est tard, je ne vais pas faire le bip, mais bon. Espèce de... T'as vu ta... Bon, la contre-attaque. Le C, dénoncer. Monsieur, monsieur, il m'a dit ça ! C'est trop injuste ! Enfin, ce n'est pas sur ce ton-là, en général, c'est plutôt il m'a dit ça. Le E, de éviter. Stratégie de contournement, la fuite, prendre un autre chemin, changer de groupe, changer d'école. Voilà pour les réactions classiques. On va en reparler, on va les mettre en situation. Maintenant, parlons de la méthode. On y arrive. Donc Philippe Naïm, ce qu'il nous dit, c'est que ce qui fait arrêter un harceleur, ce n'est pas qu'on crie plus fort que lui. Ce qui le fait arrêter, c'est qu'il n'est plus rien à vous dire. On aurait envie que nos enfants évitent toute souffrance. C'est contre-intuitif et on va leur enseigner à nos enfants que les autres ont le droit de penser ce qu'ils veulent. Précision, on parle bien d'agression verbale. pas d'agression physique. Ce modèle n'est pas transposable, à mon sens, dans une relation de couple toxique, ni en cas d'agression physique, etc. D'où l'importance de la définition du début, des différences entre harcèlement, insulte, diffamation, agression, harcèlement sexuel, violence conjugale. Là, on parle du harcèlement, des insultes petites, répétées et blessantes. Exemple personnel, Benoît. Benoît P. Peu de chance qu'il tombe sur ce podcast, mais ça serait marrant. Après, ce n'était pas le pire. Le pire, c'était Hugues. Et Hugues, pour l'anecdote, il est devenu éducateur spécialisé. Voilà, la vie nous fait des blagues. J'espère que je les recroiserai. Ça m'amuserait énormément maintenant. À l'époque, je vous garantis que ça ne m'amusait pas. Alors Benoît, au collège, il se retournait pendant les cours. Il me lançait un « T'es moche. Je pense que t'es moche. » Et puis, il se remettait à sa place, il reprenait son exercice de maths. En plein exercice, silencieux, le truc gratuit, vous ne savez pas d'où ça tombe. Je n'avais rien demandé. Moi, je restais là, bloquée, blessée. Je ne comprenais pas d'où ça sortait. Alors, si on transpose mes réactions A, B, C, D, E à l'époque, ça aurait pu être... Arrête, mais arrête ! Ça aurait pu être deboudé, ignoré, se fermer, pleurer. La C, la contre-attaque, « Oh la ferme là ! T'as vu ta gueule ? » C, dénoncer « Monsieur, Benoît, il m'a dit ça ! » Et E, l'évitement, demander à changer de place, contourner, le fuir, prendre un autre chemin. Maintenant, si on s'amuse à transposer ça, au jour d'aujourd'hui, imaginons que je croise en sortant de chez moi ma voisine, qui me dit « Oula, la tenue, ça va pas du tout, super mal attifée ! » Les réponses à B, C, D, E, dans ce cas, ça pourrait donner A. Le A de arrête, mais enfin. Vous allez la fermer tout de suite, madame, parce que je vous ai rien demandé, ok ? C'est clair ? Le B de bouder, bah je vais lui faire la gueule à ma voisine. Le C de contre-attaquer. Wow, elle s'est regardée la pouffiasse, là ? Pardon, pas dire ça. Ouais, c'est l'hôpital qui soude la charité, on en croit rêver. Le D de dénoncer. « Monsieur le maire, je tiens à vous signaler que ma voisine est insupportable et en tant que maire, je vous intime d'agir, c'est vraiment important, là il faut faire quelque chose, vous ne pouvez pas laisser passer ça. » Le E, l'évitement, je rentre par le jardin ou par la fenêtre de la chambre que ma famille va devoir m'ouvrir pour éviter de la croiser. Alors vous avez compris où on veut en venir, ça peut évidemment fonctionner une fois ou deux. Mais ces cinq réactions, ça ne va pas du tout couper court au mécanisme. Parenthèse réseaux sociaux. Dans ces réactions ABCDE, éviter ou ignorer, à mon sens, c'est quand même bien vu. Dire à la personne d'arrêter, enfin lui écrire du coup sur les réseaux, ou contre-attaquer, c'est souvent remettre une pièce dans la machine. Et dénoncer la cinquième, ça peut être efficace sur la plateforme qui applique les règles. Alors maintenant, passons à la contre-attaque, en fait, la méthode, l'autre méthode pour remplacer ce ABCDE. Alors Philippe Naïm l'appelle aussi ABC, mais ce sont d'autres mots. Le A de accepter, le B de believe, coucou mon accent anglais, la croyance. Ça marche mieux en anglais, mais pas avec mon accent. Et puis le C, ça serait ma réaction, la croyance. Moi, je préfère appeler ça 1, 2, 3. Ce n'est pas l'appellation originale, mais je trouve ça plus clair. pas mélangé avec le ABCD dont on a parlé tout à l'heure. Petite parenthèse, j'avance sur mon projet de livre de ce podcast où ce sera la version écrite visuelle, structurée avec des infos classées, organisées par thème et quelque chose de visuel qui sera beaucoup plus facile à retrouver donc si vous vous stressez pour prendre des notes comme parfois on m'a rapporté, je trouve ça génial d'ailleurs, merci beaucoup mais vous Il y a une version papier qui va arriver, qui sera agrémentée. D'autres anecdotes avec des contenus aussi agrémentés. Donc voilà. Et si tout va bien, si on y arrive, ça sera sous le sapin. Bon, on verra. Alors, reprenons l'exemple de la voisine qui... Wow, ça va pas du tout le look là. La méthode, on va l'appeler 1, 2, 3 du coup. Le 1, accepter. accepter. Ah, vous trouvez que je suis laide comme un pouce, c'est bien ça. Ou ah, ok, vous constatez, vous n'aimez pas mon style. Le 2, croire, constater. Je vous remercie pour votre avis, c'est important pour moi de savoir ce que vous pensez. Je voudrais valoriser le fait qu'en plus, vous avez pris le temps de me le dire. Et puis 3, ma réaction et le fait de demander quelque chose à la personne. Alors, je remarque que vous, madame ma voisine, en revanche, vous êtes... très très belle. Est-ce que vous pourriez me donner vos secrets de beauté ? Donc un, accepter. Ah oui, vous trouvez que je suis laide comme un pouce, c'est ça ? Deux, Ben écoutez, je vous remercie beaucoup pour votre avis. Ça compte et merci d'avoir pris le temps de me le donner parce que tout le monde ne fait pas l'effort de dire ce qu'il pense de la tenue de ses voisins. Je suis un petit peu ironique en disant ça quand même. Et le 3, et du coup, ça serait quoi vos conseils ? Qu'est-ce que vous me conseillez ? Parce que moi, je constate que vous, par contre, le look là, c'est top et j'aimerais bien m'inspirer de vous. Avec Benoît, ça aurait pu donner le 1. Ah, tu me trouves moche ? Bon, acceptation. Ben écoute, c'est chouette que tu aies pris le temps de me faire... de me faire part de ça, de le constat. Toi, en revanche, t'es pas mal, t'as des conseils pour que j'ai une aussi jolie peau que toi, je suis preneuse. Trois, demandez. On peut transposer cet exemple au travail. Oh, ton boulot, c'est de la merde, là, ça va pas du tout. Les réponses à BCDE, ça serait, wow, tu l'affermes, le jour où j'ai besoin de ton opinion, je saurais te le dire. C'était le arrête, le B de Boudet. L'ignorer, se taire. Le C de contre-attaquer. Alors, écoute Jean Machin, on va parler de ton dossier truc, parce que si tu veux te mettre à critiquer mon boulot, attends de voir. J'ai pas mal de trucs à dire sur le tien. Et tu vas me refler, mec. Le D de dénoncer. Chef, Jean, Hubert, il s'est encore permis de venir mettre le nez dans mon dossier. Il faut vraiment faire quelque chose. Ce n'est pas normal. Il faudrait qu'il reste à sa place. Et puis le C, l'éviter. se renseigner en avance quand il sera présent à telle réunion pour ne pas y aller, repérer ses horaires pour ne pas le croiser, fermer son bureau à clé. Or, lâche caricature, et je le fais sous forme un petit peu de blague, mais l'évitement, c'est la case aussi arrêt maladie, dépression, enfin, ce n'est pas anodin quand même. Et on ne choisit pas, évidemment. Ce sont des réactions qui sont, là encore, en mode survie. On met en place ce qu'on a appris, ce qu'on peut faire. Si on transpose cet exemple à le collègue qui déboule, vous ne voulez rien demander, qui critique votre travail, les réponses 1, 2, 3, ça pourrait être l'acceptation. « Ah bon, tu trouves ? Mais vraiment ? C'est vraiment du caca, mon travail ? » La réponse 2, constater. « Écoute, je vois par contre que le tien est excellent. » Et 3, demander. « Est-ce que tu aurais des conseils à me donner pour faire aussi bien que toi ? » Voilà, ça c'est une méthode qui se pratique, qui peut être intéressante. Ça m'amène aux limites, à mon sens, de ces méthodes. Et là, c'est un point de vue, donc le mien, qui n'a que la valeur d'une opinion, qui est basée sur mon vécu, aussi sur les récits que j'entends dans le monde associatif. Les limites, 1, 2, 3, 4, 5, 6, j'en ai repéré 6. L'efficacité, l'entraînement, la spécificité de l'autisme, et ça on en reparlera, la justice et l'effort. Efficacité. Je ne suis pas sûre que ça marche pour tout le monde, tout le temps. En fait, ce qui est intéressant, c'est le fait de changer de méthode. Donc, précisément, si vous êtes bulldozer plutôt à réagir en réponse à, arrête à crier, à réagir fort, là, en appliquant cette méthode, vous allez déstabiliser l'autre, en lui répondant comme ça, vous allez le surprendre. Et l'inconfort va changer de camp. Mais si vous êtes plutôt l'agneau tout doux qui ne se met jamais en colère, l'inverse aussi, poussez une sacrée beuglante. revoyez Harry Potter pour voir comment ça marche, les beuglantes, ça peut surprendre, faire l'effet justement inattendu, et ça peut calmer l'autre. Seconde limite, à mon sens, ça demande de l'entraînement, de la pratique, de l'accompagnement. Ça ne se fait pas, ce n'est pas facile à mettre en place, ça prend du temps. Bon, c'est le moment de vous dire que je lance des ateliers d'assertivité, 90 minutes en petits groupes, en visio. Pour pratiquer sur des situations concrètes et s'entraîner avec des outils de communication, s'entraîner à poser ses limites, s'entraîner à dire non. Une autre chose qui personnellement me chagrine, enfin me chagrine non, me gêne un petit peu, ça va être la finesse dans le sens affinage de la méthode. L'auteur indique, si j'ai bien compris, qu'il n'a pas souffert lui-même de harcèlement. Alors, est-ce qu'il faut connaître les choses pour savoir en parler et orienter les gens ? Non, et oui. Non, parce qu'il y a des tas de spécialités dans lesquelles le pro, et heureusement, n'a pas besoin d'être malade pour comprendre et soigner. Ça ne délégitimise en rien leur travail et la pertinence de la méthode. En revanche, le fait de l'avoir vécu ou d'avoir ses enfants ou ses proches qui l'ont vécu, ça donne une coloration particulière, ça donne un vécu expérientiel, qui nous fera forcément voir les choses un peu différemment que des choses académiques basées sur des consultations, de la clinique. qui a du mérite et qui a beaucoup de valeur, mais sans avoir été confronté à ces douleurs-là. Pour le harcèlement, je pense que les personnes, comme pour d'autres sujets, ont leur mot à dire, à ajouter. Et puis, une autre petite nuance limite, c'est spécificité de l'autisme. À mon sens ici, on parle de situation générale. Dans le cas des troubles du neurodéveloppement, dans l'autisme, là aussi les choses prennent une autre coloration. On en parle plus loin. J'arrive au point 5, la justice. Cinquième limite pour moi, Philippe Naïm explique que punir le fâcheux en général c'est contre-productif, que ça peut paraître calmé sur le moment, mais qu'à la longue ça renforce la hargne, le besoin de vengeance, les comportements conflictueux, voire délictueux. Dans son approche, C'est plutôt que punir l'agresseur, outiller et renforcer la victime. Donner une réponse contre-intuitive, faire ce qu'il appelle le jeu de l'idiot, qui demande de la pratique, qui demande de l'entraînement. Ça rejoint la deuxième limite que j'évoque. Alors sur le fond, je veux bien, je suis d'accord avec ce raisonnement. J'entends que ce monde est pourri et qu'on ne va pas changer les autres. Mais il y a quand même une notion de justice et de réparation qui, pour moi, manque clairement à cette méthode. Demander justice et réparation pour le moindre affront, ça ne va pas être possible. C'est clair qu'il faut savoir passer outre et avancer sans se préoccuper du fâcheux ou de la brute. Mais à un moment donné, si cette brute va trop loin, il va falloir arrêter de demander à celui qui se fait harceler de modifier son comportement. Il va falloir poser clairement les limites avec la brute. Il y a des règles, il y a des lois, il y a un cadre. Si la brute ne les respecte pas, il va falloir qu'à un moment donné, il en paie lui les conséquences. Ça me fait penser à une situation de l'an dernier. 15 ans, le garçon un peu différent qui a été harcelé tout au long de l'année, qui a vraiment vécu des choses très très difficiles. Les parents ont suivi tout le protocole. Ils ont parlé avec les enseignants, ils ont suivi les différentes étapes. Arrivé au moment où rien ne marche et le harceleur continue, les parents lancent l'étape suivante. Là aussi, on est en Espagne, donc ce n'est pas exactement les mêmes protocoles qu'en France, qu'en Suisse ou qu'en Belgique. Et l'étape suivante, la direction demande aux parents, conseille aux parents de s'arrêter là, en leur disant, si vous continuez, ça va laisser des traces dans le dossier de l'agresseur, il va garder sur son dossier scolaire toute sa vie qu'il a été harceleur, ça va l'impacter dans sa vie et ça peut l'empêcher d'accéder à certaines formations ou à certains métiers. Oui, et donc, en fait, c'est bien le cas. Il a été harceleur. Pourquoi est-ce que ça serait aux parents de la victime de se préoccuper du préjudice sur le harceleur, alors que toutes les étapes préalables, les tentatives pour stopper en amont, ont été vaines ? Enfin, la dernière sixième limite que je vois dans cette méthode, c'est fais un effort. T'es victime, fais un effort. Apprends des techniques pour que le harceleur se désintéresse de toi. T'es en situation de vulnérabilité, prends du temps avec la psy ou fais des ateliers pour... pour pratiquer l'assertivité. Vous avez compris là où je veux en venir ? Certes, la victime a plus à gagner de faire les efforts que l'agresseur, qui de prime abord n'a rien à gagner à s'arrêter. En ça, c'est vrai que la victime peut et va mobiliser plus d'énergie pour changer la situation. On en reparle juste après avec cette fameuse méthode 180° d'Emmanuel Piquet. Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver sa raide, de toujours demander à la victime et à sa famille de prendre en charge les choses. Et ça, ça m'amène aussi au chapitre suivant, la spécificité de l'autisme. La gestion du plus simple, du moins coûteux. Comme souvent, on demande à celui à qui ça nous demande le moins de faire cette démarche-là, de faire des efforts. C'est quoi le plus coûteux en temps, en énergie, en moyens et en efforts ? Est-ce que c'est modifier notre société pour qu'elle arrête de produire des petites... de terreur qui deviendront des grandes terreurs souvent, ou mettre de l'énergie, du temps, des moyens pour apprendre aux plus vulnérables à ne pas être dans leur collimateur. On va bientôt parler de la spécificité de l'autisme, mais donc avant, je vous parle de cette autre méthode intéressante, la méthode 180° d'Emmanuel Piquet. Elle nous dit « Je crois peu aux leçons de morale. Elles ne sont pas assez inconfortables pour faire changer l'agresseur. » pour lui faire renoncer à ses avantages et à son contrôle sur l'autre. Je crois en l'inversion du confort, en l'inversion du désagrément. Elle nous dit aussi que la souffrance et l'inconfort de la victime qui sont perçues par le harceleur, ce sont des carburants dans cette relation pour cette brute. Donc la solution qu'elle propose, c'est de travailler l'autodérision, de faire croire que ça nous fait marrer. Et globalement, d'où le nom de la méthode, de faire un virage à 180 degrés, c'est-à-dire de regarder tout ce qu'on a mis en place. jusque-là pour faire arrêter, qui n'a pas marché, et de faire le contraire. Vous avez beaucoup d'ouvrages, de podcasts, de conférences, c'est très intéressant. Elle dit aussi qu'on ne soigne pas des gens, mais on soigne des relations. C'est la relation qui ne va pas. Ce n'est pas toi le problème, ce n'est pas la personne le problème, c'est la relation. Et donc elle le formule en disant, est-ce que ce qui a été fait jusqu'à maintenant fonctionne ? Non ? Bon, on va essayer de tester autre chose. Et en ajoutant que c'est en ça que la victime voudra et pourra probablement remettre de l'énergie pour que ça change. Tandis que l'agresseur, lui, il n'en aura ni envie, ni intention. Au lieu de voir ça comme une injustice, le fait que, ce que je disais tout à l'heure, ce serait à la victime et à sa famille de mettre des moyens, de faire des efforts. Elle propose de le voir comme un exercice, comme un défi, comme une habitude à prendre, qui va être vertueuse, qui va nous aider à nous respecter, à nous faire respecter, tout en recadrant l'autre. Et elle ajoute que l'effet de bord, le bénéfice en plus de ça, c'est qu'on rend service à la société, parce que si l'enfant ou le jeune agresseur expérimente l'inconfort de sa posture, potentiellement, il va la changer, sa posture. Et donc, c'est son futur partenaire de vie, ses collègues, ses voisins, sa famille ou son patron qui nous remerciera. On en arrive à la spécificité, les spécificités de l'autisme dans le harcèlement. Choisir ses luttes, un monde indéchiffrable, le trouble de stress post-traumatique complexe, la violence de la critique, encore une fois, et l'accueil de la parole. Alors, choisir ses luttes. Outiller son enfant pour affronter la situation ou le changer d'école. Seul vous, vous savez. Parfois, il faut faire les deux, parfois pas en même temps. Parfois, fuir, c'est intelligent. Quitter un contexte délétère, le mettre dans un endroit où il y a un meilleur climat, c'est loin d'être bête. Ça ne veut pas dire accepter un statut de victime. Ça ne veut pas dire qu'on va toujours perdre, qu'on va toujours fuir, ni que votre enfant ne saura jamais se défendre, pas du tout. Ce que ça signifie, c'est que là, aujourd'hui, avec lui, avec votre enfant, vous choisissez les luttes. Parce que peut-être qu'il se bat avec une dyslexie, et que s'outiller pour faire face aux fâcheux, c'est trop en ce moment. Peut-être qu'il n'est pas encore remis d'un changement dans la famille ou qu'il a d'autres difficultés et que là, simplement, c'est trop. Il ne peut pas gérer tout en même temps. Encore une fois, ça ne signifie pas que demain, il ne saura pas y faire front. Ça signifie que vous, vous voyez son niveau de souffrance, vous voyez tout ce qu'il vit, vous le connaissez, votre enfant, vous entendez ses luttes. Et avec lui, vous faites le choix de lui épargner celle-ci ou de retarder celle-ci pour avoir l'énergie de mener les autres. Et peut-être qu'à l'inverse, le choix fait en concertation, en équipe, ça va être, on va arrêter telle activité extrascolaire ou on va arrêter de faire des activités tous les week-ends en famille parce que là, on va se dédier à t'accompagner, à décoder les situations, à pratiquer l'assertivité pour t'armer, pour tout y est, pour vivre cette situation. Simplement choisir ses luttes, ce n'est pas un luxe, c'est super important. On ne peut pas tout mener de front, tout ensemble. Et ça, votre enfant, souvent, il arrivera à vous le faire sentir. Ensemble, vous allez pouvoir voir ce qui est plus urgent maintenant. Ensuite, le monde indéchiffrable. Je reprends ce terme qui vient d'Éric de Russe, qui est un autiste philosophe et qui décrit son enfance comme un monde indéchiffrable. Il disait qu'il ne comprenait pas l'importance que pouvaient donner les autres enfants, qu'ils pouvaient accorder à des trucs qui, lui, ne l'intéressaient pas. Pas du tout, et réciproquement évidemment, qu'ils ne comprenaient pas la méchanceté, qu'ils croyaient ce qu'ils disaient, qu'ils ne comprenaient pas les jeux de pouvoir. Puis pour beaucoup d'enfants autistes aussi, essayer de bien faire, d'essayer de se faire accepter, ils constatent être rejetés, ne pas y arriver. Et puis dans cette notion de monde indéchiffrable, il y a aussi ne pas être conscient du harcèlement. Vous avez des personnes, des enfants qui mettent des années à conscientiser ce qu'elles ont vécu, le rejet. Le mépris, la moquerie, être utilisé. Je te fais croire qu'on est amis pour en fait avec mon groupe me moquer de toi. Je t'invite. Et puis en groupe, on rit de ton bonheur d'être invité parce qu'en fait t'es tellement bête, t'es tellement naïve, tu te crois accepté, respecté. Nous on rit. On pourrait se dire mais si elles ne s'en rendent pas compte, tant mieux, elles n'en souffrent pas. Hélas, trop souvent, il y a quelque chose en elles qui savent. Le corps parle. Des troubles gastriques, des blocages, des douleurs, le corps crie. qu'émotionnellement, quelque chose ne va pas. Tandis que le cerveau, lui, il entend. Mais oui, bien sûr, on t'invite parce qu'on t'aime bien. Et ce cerveau autiste, il croit les choses littéralement, tout en buguant, en tâche de fond, parce qu'il y a certains trucs qui ne collent pas. Et ça mouline et ça mouline, sans avoir les clés de compréhension, les clés de lecture. Et quand elles arrivent plus tard, c'est super dur. On va en parler tout à l'heure avec la notion de stress post-traumatique complexe. Mais avant d'aborder ça, cet enfant-là, Il faut le protéger. C'est très difficile de travailler l'autodérision aussi avec un enfant pour qui la moindre blague est un mensonge. Chez nous, c'est une notion qui a pu commencer à entrer vers 8-9 ans pour l'un et encore plus tard pour l'autre. Ça va dépendre de la sensibilité de l'enfant, de son vécu, bien sûr aussi du modèle parental, familial, de la propre sensibilité des parents, mais même des parents qui ont beaucoup d'humour, qui le pratiquent, et même des parents autistes qui pratiquent l'humour. Ça peut mettre des années pour que leurs enfants autistes comprennent pratique. Sans compter, bien entendu, que dans une fratrie, il y a des grandes différences entre les frères et sœurs, entre la pratique, le degré de perception de l'humour, la capacité d'autodérision. Il y a aussi la violence intériorisée, la violence qui est perçue comme normale. Et ça, en général, ce sont les proches ou un témoin, un enseignant, un autre élève qui s'en rend compte, qui va réagir, qui va être outré, qui va pointer du doigt une situation abusive. Et quand vous, vous en parlez à la personne ou à l'enfant concerné, vous lui dites, mais ça s'est bien passé ta journée ? Vous savez, on vous a rapporté qu'il s'est passé quelque chose, ça s'est bien passé ta journée ? Ah oui ? Mais ça s'est... Comment ça s'est passé avec telle personne ? Ah, ça va ? Et finalement, il va falloir creuser, insister, préciser, il n'y a rien qui sort, vous finissez par lâcher le morceau avec, mais avec un tel, j'ai appris qu'il s'est passé ça. Ah, ça ! Oui, non, mais ça c'est normal. Elle, elle me parle toujours comme ça. Mais bon, c'est normal parce que c'est moi qui ne fais pas ce qu'il faut. Je ne fais pas ce qu'elle attend. Je ne suis pas assis comme ci, je ne suis pas bien, je ne suis pas à la hauteur. Et ça, sur les profils d'autistes dits féminins, c'est très fréquent. C'est un exemple de harcèlement intériorisé. Quand la personne elle-même trouve ça normal, mérité et qu'elle ne s'en indigne pas ou plus. C'est fréquent et ça met les parents hors d'eux. Et c'est très très dur pour la personne quand elle se rend compte des années plus tard. Maintenant, survolons le trouble de stress post-traumatique complexe. Alors ça, ça se fait avec un professionnel formé au TSVT qui connaît l'autisme aussi. Ça s'aborde pas n'importe quand et pas avec n'importe qui. Mais pour vous donner, vous expliquer un peu si vous n'en avez pas entendu parler ou si vous connaissez mal. Pour vous donner le cadre, je vous donne un extrait du dossier du CN2R sur le TSPT et l'autisme. Donc je cite « Les personnes autistes sont plus fréquemment rejetées socialement du fait de leurs difficultés d'interaction et sont plus souvent victimes de harcèlement. » Lors d'un entretien avec le CN2R, le professeur Ofer Golan expliquait que certaines situations telles que l'exclusion sociale, le harcèlement ou les moqueries peuvent être vécues comme de véritables agressions par les personnes présentant un TSA, même si elles ne correspondent pas aux critères A du DSM-5. Donc là, on dit, même si c'est ce qui est vécu par la personne autiste comme une agression, ne correspond pas aux critères, à un des critères de troubles de stress post-traumatique du DSM-5, donc le manuel qui définit, qui cadre les difficultés psychiatriques. De nombreux témoignages étayés par les psychiatres qui identifient et prennent en charge médicalement le TSBT complexe, parce que, petite parenthèse, dans le trouble de stress post-traumatique, historiquement, ça a été fait pour les soldats qui revenaient de la guerre du Vietnam. Ça a été découvert, identifié et traité dans ce contexte-là, donc dans un contexte de stress, d'un événement brutal et extrêmement violent. Et la différence entre le trouble de stress post-traumatique dont je viens de vous parler et le trouble de stress post-traumatique complexe, c'est que le complexe Il est sur des actions qui sont plus répétitives, moins fortes, moins violentes, plus étalées dans le temps. Donc là, le harcèlement peut être perçu, enfin perçu, peut être installé, vécu, puisque c'est un diagnostic médical dans certains cas, et ça se fait par un professionnel de santé, peut être identifié, installé comme un trouble de stress post-traumatique complexe chez une personne autiste notamment. Alors je reprends, les psychiatres qui identifient et prennent en charge médicalement. Le TSBT complexe rapporte que des situations de harcèlement scolaire ont déclenché un trouble de stress post-traumatique complexe chez l'enfant ou l'ado autiste. Ça signifie que cet enfant ou ado fait des cauchemars, a des reviviscences des événements, tourne en boucle, a des flashbacks. Il est déclenché quand il y a des déclencheurs, par exemple quand il retourne sur les lieux du harcèlement, quand il recroise telle ou telle personne, quand on lui parle de telle ou telle personne. Quand il entend une musique ou une odeur qui était diffusée ou sentie à ce moment-là, ils sont en hypervigilance. Et il va y avoir chez la personne autiste avec un trouble de stress post-traumatique une rigidité cognitive renforcée. Le mode rumination et le mode de fonctionnement particulier des cerveaux autistes, le fait de tourner en boucle sur les événements, ça amène à des altérations de l'humeur et parfois à des troubles cognitifs. Par exemple, ne plus savoir réfléchir, ne pas arriver à fonctionner, ne pas arriver à s'organiser, oublier des choses, etc. Ça les rend plus vulnérables à l'installation du trouble de stress post-traumatique complexe. C'est bien le mode de fonctionnement du cerveau autistique Merci. qui les rend plus vulnérables. Là, je poursuis la citation, la rumination et l'attention portées au détail chez les autistes, combinées à une faible flexibilité mentale, rendent difficile le passage à autre chose. Et donc, le risque, c'est de rester figé dans l'événement sans réussir à l'intégrer. Et c'est le fait de ne pas réussir à intégrer l'événement qui fait qu'un trouble de stress post-traumatique complexe s'installe. Donc, tout ça, ça veut dire qu'en amont, avant, L'agression, le harcèlement, la personne autiste, elle est plus susceptible de subir du harcèlement de par son fonctionnement, de par sa compréhension littérale des choses, de par son besoin de décode d'âge, décode sociaux. Donc avant, elle est déjà plus susceptible d'y être confrontée que d'autres personnes. Pendant la situation de harcèlement, il y a de fortes chances qu'elle le vive bien plus mal qu'une personne non autiste pour les raisons que je viens d'évoquer. Et après ? en aval, son fonctionnement autistique peut renforcer la probabilité de l'installation d'un stress post-traumatique. Donc c'est quelque chose à prendre en compte, à connaître, il ne faut pas hésiter à chercher des psychiatres qui connaissent le trouble de stress post-traumatique, à évoquer ça, à creuser cette piste si vous pensez qu'il y a quelque chose de cet ordre-là pour une prise en charge spécifique. Toujours dans ce chapitre sur la spécificité de l'autisme dans un contexte de harcèlement, je reviens sur la violence de la critique. Un enfant ou une personne autiste, c'est potentiellement quelqu'un qui vit d'autres difficultés dans sa vie. L'autiste est souvent accompagné d'un lot, d'une constellation parfois d'autres difficultés. C'est souvent quelqu'un qui a eu des épisodes quand c'est un autiste de dépression, qui a intériorisé les critiques, qui a intériorisé le harcèlement, qui a du mal à trouver sa place. Alors, tire que son sac. Avec un porte-clés peluche vert et ridicule, ça peut paraître anodin, c'est pas bien grave. Mais ce porte-clés ridicule pour vous, c'est peut-être celui que lui a donné sa grand-mère. Sa grand-mère, c'est peut-être la seule personne qui comprenait et qui avait du lien avec cette petite fille différente. Et ce porte-clés, c'est peut-être ce qui tient debout cette petite fille différente au milieu d'un univers qui semble la rejeter. Leur critiquer son porte-clés vert, ça peut être d'une rare violence. Autre illustration, probablement que ce petit gars-là Merci. il a bien compris qu'il n'aura jamais les muscles comme le beau gosse de la classe et que les autres ne lui accorderont pas autant d'attention, ne vont pas l'admirer pour les mêmes raisons. Il a compris aussi que ses centres d'intérêt sont différents. Il est bien conscient qu'il a du mal à connecter. Mais il excelle aux jeux d'échecs. Ça, c'est sa fierté. Et peut-être que les jeux d'échecs, c'est le seul endroit où il se sent briller. La seule chose dont il est fier. Tellement il a intériorisé la stigmatisation. Sa seule joie, au milieu de sa fratrie. qui ne le comprend pas non plus, et de ses parents qui voudraient qu'il sorte, qu'il soit un petit peu plus sportif et puis un petit peu moins taiseux. Alors quand le championnat d'échecs au collège est moqué, que la classe rit parce qu'il n'y avait que 5 inscrits, et puis hop, après on passe à autre chose et puis on passe à la coupe de badminton et ensuite on parle de la sortie cinéma, c'est pas si grave. Sauf que lui, à 13 ans, c'était son seul espace de fierté. C'était sa zone de liberté. C'était l'endroit où il pouvait être vu, il pouvait être reconnu. Il pouvait exister. Alors oui, pour lui, c'est un effondrement. Parfois, on critique ou on retire des choses qui nous semblent anodines ou pas si graves, gérable, bon ça va, il va passer le cap, elle va digérer. Sans mesurer qu'on critique la seule chose qui faisait tenir à peu près ce jeune homme ou cette petite fille, la seule partie de lui ou d'elle dont ils étaient fiers et pour laquelle ils se sentaient reconnus, ils se sentaient exister. Quand on critique la voix de quelqu'un, qu'on critique la démarche, sa couleur de cheveux ou sa coupe, qu'on critique son activité, sa passion, qu'on remplace ou qu'on perd ou qu'on casse un objet, l'objet d'un autiste, et puis en minimisant, sans prendre le temps non seulement d'écouter, mais aussi d'entendre combien pour lui c'était important, oui, ça peut être beaucoup plus violent que ce qu'on imagine, ce qui s'est passé pour lui. Et ça m'amène au dernier point de ces spécificités autistiques dans le harcèlement, l'accueil de la parole. La règle, c'est ni minimiser ni dramatiser. Quand on minimise, on invalide le ressenti. Quand on dramatise, on peut renforcer négativement les choses, voire on peut accentuer un trauma. Et puis dans le tableau d'autisme, il y a encore autre chose à prendre en compte, la temporalité. L'autiste, il peut vous dire des choses d'une façon inattendue. Pas avec la bonne attitude, le bon ton, les bons gestes. Il peut vous dire en riant qu'il s'est fait agresser violemment ou en hurlant qu'on lui a déplacé sa gomme. Alors, recueillir la parole et le vécu d'un autiste, ça prend du temps et ça prend des compétences. Ça demande des compétences. En termes de temps, accrochez-vous, ça peut prendre des années. Comme ces jeunes filles qui pensaient avoir des amis parce qu'elles étaient invitées sans réaliser que c'était un dîner de con ou qu'elles étaient invitées. Elles mettront des années. à réaliser qu'elles étaient humiliées et à pouvoir le verbaliser. Parfois, il faut des semaines, des mois, des années pour réaliser que celles qui se prétendaient notre amie se servaient de nous comme faire-valoir. La fameuse « on était la fameuse copine moche et moins intéressante » qui permettait à l'autre, la mignonne, de ne pas être seule et surtout, ça lui permettait de passer pour la jolie intéressante. Et cette copine-là, elle va mettre de côté la première sans difficulté dès qu'elle aura réussi à mettre le grappin sur la personne qu'elle convoite. ou dès qu'elle aura réussi à intégrer le groupe qu'elle veut rejoindre. Et la première, parfois pendant des années, elle pensera qu'elles étaient amies, elle vivra un chagrin d'amitié terrible et elle va mouliner sur ce sujet sans comprendre. Et si c'était autorisé par les adultes ? Alors là, c'est un point que j'aimerais développer, mais ça fait déjà une heure de podcast, donc c'est trop long. Je prendrai le temps de creuser dans le livre du podcast parce que ça demande approfondissement. Pourquoi ? comment certains harcèlements sont tacitement autorisés, voire mis en place parfois par les adultes. Et puis, dans le livre, je parlerai aussi du profil, du type d'autisme. Le profil type, dit type féminin, intériorisé, qui masque, qui décharge à la maison, qui essaye de satisfaire aux exigences. Ce profil-là, à mon sens, il est impérativement à protéger. Il est plus vulnérable parce qu'il est isolé, non reconnu. Il a l'habitude que ses besoins ne soient pas pris en compte. Il a honte. Le sentiment de ne pas compter, l'impression d'être illégitime. Et puis le profil dit plus masculin, celui-là, il est plutôt sans filtre, il extériorise. Lui, c'est souvent un peu plus facile de lui donner des outils. Et ça va venir aussi plus instinctivement, le fait de lui donner des aménagements et des outils, parce que si on ne le fait pas, il va faire des dégâts à lui. Je vous parlerai aussi de Christian, peut-être, ce garçon autiste qui frappait tout le monde, et dont la maman... morder quiconque vous êtes recadré parce que vous comprenez, c'est pas sa faute si il humilie, frappe, vole les affaires des autres et se moque d'eux c'est pas sa faute, il est autiste ça c'est encore un autre sujet et avant de conclure, un autre outil, la reconnaissance le fait de voir l'autre de reconnaître sa valeur renforcer les choses positives votre enfant est bon en musique valorisez ses moments évidemment S'il y a des sorties en famille organisées par l'école de musique, peut-être qu'il faut privilégier ces moments-là. S'il s'entend bien avec ses cousins, cultivons ces relations. Il y a un copain en ligne avec qui il développe des hobbies sur Roblox, accordez-lui du temps avec ce copain. Bien entendu, en maintenant le dialogue avec les garde-fous classiques sur les horaires, les informations échangées sur Internet, etc. Pour notre enfant, l'école, quand il y va, c'est son monde, c'est sa vie, c'est sa planète. Alors quand ça se passe mal, c'est son monde. C'est sa vie, c'est sa planète qui s'écroule. C'est difficile pour un petit de comprendre que la planète en réalité elle est bien plus vaste et qu'il va rencontrer d'autres humains que ceux avec qui il passe 30 heures par semaine. Et c'est encore plus difficile pour un ado. Le besoin de reconnaissance, le besoin d'être vu, d'être reconnu, c'est un besoin fondamental de l'être humain. Le bébé regarde son parent pendant qu'il tête ou qu'il boit son biberon. Le bambin, il appelle, il dit « garde, garde ! » Qu'est-ce que je fais ? Je fais ça. Il se construit sous le regard des parents. Sous un regard aimant, il se construira mieux, évidemment, que sous un regard absent, sous un regard méprisant, ou sous un regard régulièrement insatisfait de lui. À l'adolescence, ce besoin d'être vu, d'être reconnu, il passe du regard des parents au regard des pères, P-A-I-R-S, des copains. On a besoin d'être vu et reconnu par nos pères. Alors quand ces mêmes pères se moquent, rejette c'est très très dur de continuer à croire qu'on a de la valeur qu'on a le droit de vivre puisque nos propres pairs nous retirent notre valeur notre droit d'être vu et reconnu Le harcèlement, ce n'est pas anodin. Outiller et soutenir nos ados, c'est important. Changer leur environnement, parfois, c'est nécessaire. Et si on peut par ailleurs valoriser et donner beaucoup d'importance aux autres choses ou aux autres personnes qui les rendent heureux, c'est précieux. Aujourd'hui, on a commencé par donner la définition du harcèlement et par rapport à d'autres termes aussi. Ensuite, on a parlé des méthodes qui ne marchent pas et des attitudes qui ne font pas arrêter ce système de harcèlement, notamment le fait de dire à l'autre d'arrêter. Bouder, contre-attaquer, dénoncer, éviter. Et parmi les méthodes dont on parle aujourd'hui, celle du fait d'accepter, de constater et de demander. J'accepte ce que tu me dis, je constate que toi tu fais mieux, donc je te demande qu'est-ce que tu me conseilles pour faire mieux, par exemple. On a parlé aussi de l'autodérision et du fait de changer d'attitude à 180 degrés. Je n'en ai pas parlé, mais il y a le jeu tac-à-tac qui permet de pratiquer tout ça en famille. On a parlé... aussi en détail de la spécificité de l'autisme par rapport au harcèlement et du fait de devoir choisir, c'est de ne pas pouvoir mener tous les combats en même temps, de cette perception de monde un peu indéchiffrable qui complique tout pour un autiste, du trouble de stress post-traumatique complexe qui peut s'installer suite à des harcèlements, de la violence de la critique et pourquoi c'est aussi dur, de comment et quand recueillir la parole de la victime, sa façon d'exprimer les choses. et sa temporalité. J'ai survolé cette question et si le harcèlement était autorisé par les adultes. Et puis parler de la légitimité, du légitime besoin de reconnaissance. Et les mots de la fin, à l'issue de cette chronique, je les laisse à Stéphanie Devinze, conseillère pédagogique et numérique à l'UNSA Éducation. Elle nous dit aider nos enfants et nos ados à mieux vivre des choses difficiles, oui. Les formater à encaisser les violences, non. Développer des compétences, ça ne doit pas dédouaner le fait de pointer et de traiter les violences.