Speaker #0Bon, c'est bon, là, tu ne vas pas nous ressasser ton histoire encore une fois. Mais tu es encore bloqué là-dessus ? Ça fait combien de temps, franchement, que tu rumines ce truc ? Ça n'a pas d'importance, c'est bon, passe à autre chose. Ces phrases-là, on vous les a déjà dites ? Ça vous arrive de penser à une chose qui vous turlupine, au point d'y penser dès le réveil ? D'être incapable de mettre la radio ou un truc à écouter parce que vous avez besoin de penser ? De devoir vous isoler pour continuer à y penser ? d'y penser sous la douche, en marchant, en mangeant, en vous endormant, voire durant vos insomnies, évidemment, sinon c'est pas drôle. Ça peut être un truc comme un échange de messages avec la voisine, un mail que vous avez envoyé ou reçu dans l'association dont vous faites partie, un truc qui s'est passé au boulot. Ça peut être aussi un truc que vous voulez finir, comme réussir à prendre tel rendez-vous, ou aboutir et... terminer tel dossier, rédiger tel message. Vous avez l'impression que les autres passent d'un dossier mental à l'autre sans trop de difficultés, alors que vous, ce dossier-là, il occupe tout votre espace mental et vous n'arrivez pas à passer à autre chose tant que vous n'avez pas fini de le traiter. Votre entourage ne comprend pas et vous enjoint à passer à autre chose. Arrêtez de rester coincé sur ce truc-là. Lâchez prise. Y revenir plus tard. Laissez faire. Ça se résoudra tout seul. Bref, on vous laisse entendre que c'est vous le problème, que c'est votre fonctionnement qui est problématique et qu'il va falloir vous entraîner à fonctionner autrement parce que franchement, vous êtes un peu lourd, vous n'arrivez pas à passer à autre chose, vous êtes vraiment trop focalisé sur des petites choses. Et si ce n'était pas ça ? Aujourd'hui, on va explorer différents modèles et des clés de lecture pour comprendre pourquoi c'est si dur de passer à autre chose quand on est autiste. Bonjour, je suis Yaël Maia, ancienne chef d'entreprise, maman, fille, sœur, nièce et cousine de personnes autistes, avec pas mal de TDAH aussi et des troubles anxieux généralisés dans la famille. Si vous me suivez déjà, vous savez que je suis désormais à mon compte en tant que père aidante familiale professionnelle en santé mentale et troubles du neurodéveloppement et étudiante à Lyon 1 en psychoéducation pour créer, coordonner et mettre en œuvre des programmes de psychoéducation. On va essayer de voir pourquoi c'est si dur de passer à autre chose quand on est autiste en abordant les choses sous l'angle de la rumination type Bouding. La prévisibilité, la correction impérieuse, les modèles, le narcissisme, les fonctions exécutives. Et puis un petit bonus pour la fin, avant la conclusion. Allez, c'est parti pour la rumination type Bouding. La rumination, je vais vous citer un passage de l'excellent dossier du CN2R sur le psychotraumatisme complexe et l'autisme. Chez certaines personnes autistes, on observe une tendance marquée à ruminer de façon répétitive des événements vécus comme menaçants, injustes ou déstabilisants, en particulier lorsqu'ils impliquent des interactions sociales. Cette forme de rumination, dite « boding » , se caractéristique par un ressassement passif et autoréféré qui s'installe dans la durée sans déboucher sur une mise à distance ou une compréhension émotionnelle. Il ne s'agit pas d'un phénomène spécifique au TSA. La rumination de ce type est bien documentée dans les troubles anxieux et dans les troubles dépressifs où elle constitue un facteur de risque connu d'installation du psychotraumatisme. Autrement dit, Certaines personnes autistes, lorsqu'elles vivent les choses, qu'elles les vivent comme menaçantes, injustes ou déstabilisantes, j'insiste sur le vécu parce que ce n'est pas tant l'événement qui fait trauma, c'est la réponse à l'événement qui fait trauma. Ça signifie que oui, des choses qui semblent peu importantes ou impactantes à d'autres personnes peuvent potentiellement profondément marquer la personne autiste. Donc certaines personnes autistes, lorsqu'elles vivent quelque chose, qui les impactent, quelque chose qu'elles vivent comme menaçant, injuste ou déstabilisant, peuvent ressasser, ruminer sans le vouloir, sans capacité de contrôle, et ressasser, ruminer tout ce qui leur est arrivé avec une très grande difficulté à se mettre à distance des événements. En clair, lorsqu'un enfant autiste continue à pleurer, à être en colère, ou est tourné en boucle mentalement parce qu'il n'a pas eu son tour de manège, ou parce qu'un peu de glace a tâché son doudou, ce n'est ni un caprice, ni du cinéma. Il a été impacté par les événements, son cerveau ne sait pas prendre de la distance. C'est fonctionnel. Essayer de le distraire ou de lui dire qu'il est bien capricieux, c'est complètement contre-productif. lui donner un espace et un temps. temps, donc un espace-temps pour comprendre ce qui a provoqué son état, pour digérer, pour décoder avec lui, chercher à comprendre sur quoi il bloque, écouter sans jugement quoi c'est bloquant et pourquoi c'est douloureux pour lui. Ça, en revanche, ça peut lui permettre petit à petit de classer les informations et à son rythme qui peut être très long, son rythme peut être vraiment lent, il pourra passer à autre chose. Dans ce dossier du CN2R que je vous mets en lien, On lit aussi cette information très pertinente. Ce type de rumination crée une boucle mentale dans laquelle la personne revient sans cesse sur ce qui lui est arrivé, sur ce qu'elle aurait pu faire sans parvenir à s'en dégager. Avant d'ajouter que la rumination et l'attention portée aux détails, combinées à une faible flexibilité mentale, rendent le passage à autre chose difficile. Le risque, c'est de rester figé dans l'événement. Sans réussir à l'intégrer. C'est un risque, oui, d'y être figé et pour un bon moment. Et il y a non-intentionnalité. C'est fondamental de souligner la non-intentionnalité. Ce n'est pas fait exprès. La personne autiste qui bloque et rumine sur un sujet douloureux pour elle ne le fait pas exprès. La rumination, l'attention portée aux détails des autistes, l'adaptation constante à un environnement inadapté. sensoriellement, cognitivement et socialement des autistes. La faible flexibilité mentale des autistes, oui, ça rend le passage à autre chose très difficile. Passons maintenant à la prévisibilité. Oui, les autistes ont besoin de prévisibilité. Pourquoi ? Parce qu'à la base, un autiste a un cerveau qui capte une... quantité de données sans filtre et sans tri. Il va capter ces données par les sens et par la cognition. Le cerveau emmagasine des tonnes et des tonnes de données. Ce qui le met très vite, le cerveau et la personne en surcharge. D'autant plus que ces données, autre spécificité autistique, il va les traiter d'une façon différente d'un cerveau non autiste. Et il va là aussi les traiter au départ sans filtre, sans discrimination. comme si toutes les données, toutes les informations avaient exactement le même poids, la même valeur, prêtant d'ailleurs une immense attention et donnant beaucoup d'importance aux détails, puisque tout a la même importance. Ce qui est très utile quand on est ingénieur du son, quand on fait du montage vidéo, quand on est contrôleur des impôts ou quand on est comptable. Ça va apporter une très très grande richesse de belles compétences dans de très nombreux... domaine professionnel. Mais voilà, dans un monde qui fourmille de stimulation sensorielle les sons, les odeurs, les contacts physiques, encore que, merci au moins pour ça le Covid, la bise n'est plus à la mode, les goûts, les sensations corporelles. Donc ça pour les sensations sensorielles. Un monde qui fourmille aussi d'infos cognitives, presque non-stop. La sensorialité plus le traitement des infos différents des autistes mène très souvent au besoin de contrôle, que souvent on reproche aux autistes, qui est en réalité une conséquence de la sensorialité et du traitement des infos différents. Parce que pour réduire les imprévus, pour réduire l'anxiété, pour réduire la surcharge que toutes ces informations arrivées sans filtre et sans discrimination provoquent, c'est indispensable d'avoir un petit peu de contrôle sur les événements, sur les imprévus, d'avoir des routines. d'avoir de la prévisibilité, de savoir à peu près ce qui va se passer pour pouvoir s'y préparer. La prévisibilité, c'est une condition sine qua non pour que l'autiste ne soit pas en permanence, en mode survie. Ce n'est pas un aménagement, ce n'est pas un geste, une faveur, un petit effort qu'on pourrait faire pour les autistes. La prévisibilité, c'est indispensable, ce n'est pas négociable. Et donc ça m'amène aux imprévus. Les imprévus, c'est une somme colossale de micro-violences qui arrivent d'un coup. Une somme colossale de données à gérer. Alors non, passer à autre chose. S'adapter à un imprévu. Retrouver son équilibre. Discriminer, dire ça c'est pas si grave. Allez hop, telle information, telle chose, là on m'a bousculé. C'est pas un crime de lèse-majesté, c'est pas grave, je peux passer à autre chose. Non, je ne vais pas pouvoir passer à autre chose. Parce que dans la charge absolument phénoménale de toutes les informations qui m'arrivent en même temps, Ça, c'est très grave et je n'arrive plus à gérer ces informations-là. Et ce n'est pas possible, en cas d'imprévu, en cas de surcharge, de continuer comme si presque rien ne s'était passé, comme si ce n'était pas si grave. Ça ne va pas être possible. Parlons maintenant de la correction impérieuse. Certaines personnes autistes sont câblées comme ça, avec ce besoin de cohérence, de logique, de respect des normes qui ont été définies. accepté par les parties. Alors quand le collègue fait une faute ? Quand la voisine prononce mal un mot dans une autre langue ? Quand on fait un truc le samedi à 15h07 alors que c'était prévu à 15h ? Le cerveau a mal ? Quand l'enseignant se trompe sur une donnée, c'est un besoin impérieux de le dire et de faire corriger l'erreur. Alors il y a des explications largement plus scientifiques que ce que je viens de vous dire pour expliquer ça, mais comme je ne suis pas experte ni neuropsy, et que j'ai beaucoup de travail par ailleurs, je vous avoue, je ne vais pas m'y risquer. Il y a des explications pour ça. Moi, je vais rester sur le cerveau qui a mal. C'est violent de voir un truc qui est faux. Cette fixette que va faire l'autiste dessus, cette impossibilité à passer à autre chose tant que ce n'est pas corrigé, là non plus, ce n'est pas pour vous enquiquiner. Ce n'est pas pour enquiquiner les autres, son entourage. Ce n'est pas pour passer pour quelqu'un de plus savant, de plus malin. Ce n'est pas pour passer pour un je-sais-tout. C'est pour retrouver de la cohérence interne. Si la personne a besoin de corriger et de dire là où il y a les erreurs et de les faire corriger, ça n'est pas par rapport aux autres, c'est par rapport à elle. Elle en a besoin pour son propre équilibre. Parce que l'incohérence, ça fait mal. Et que les autistes, comme les autres, n'aiment pas avoir mal et ont besoin de réduire leur douleur. Petit focus à présent sur les modèles. Dans un tout autre champ, passer à autre chose, c'est difficile quand ce n'est pas logique. Et ce n'est pas logique quand ça ne se passe pas comme prévu. Et ce qui est prévu dans un cerveau autiste, c'est prévu parce que ça a été observé au préalable, ça a été modélisé. Il en a des représentations, des modèles qui ont été longuement étudiés, qui ont été peaufinés. Le cerveau en a tiré des patterns, ce qui lui donne une prévisibilité. Donc si ça ne passe pas comme c'était prévu dans son modèle, dans son pattern, eh bien c'est illogique. le pattern ne marcherait pas comme ça se fait. Et le cerveau bug, ou plutôt mouline, comme l'ordinateur qui a trop de données d'un coup, trop d'infos à traiter, et qui ne peut plus faire autre chose que de mouliner dessus pour les traiter. Par exemple, un enfant ou un adulte qui a beaucoup lu ou regardé les films Marvel, il en aura tiré comme conséquence, comme pattern, que le méchant, il y a une justice, et le méchant paye toujours. Alors quand dans la cour d'école ou au boulot, Ce n'est pas le cas. Que le méchant ne paye pas, que le méchant s'en tire avec impunité, ça bug. Ce n'est pas logique. Et on n'arrive pas à passer à autre chose parce que, entre guillemets, ça n'aurait pas dû se passer comme ça. Alors oui, la façon dont nos certitudes se sont construites va fortement impacter pour un cerveau autiste, pour tout le monde d'ailleurs en réalité. La façon dont nos certitudes, nos valeurs se sont construites, ça va impacter. notre capacité, ou plutôt notre difficulté, dans les exemples qui nous concernent, a passé à autre chose. Tant qu'un autre modèle, une autre explication, un autre pattern n'est pas construit. Et ça, ça touche aussi à la prévisibilité. Par exemple, une injustice entre frères et sœurs, ou une injustice au travail, ce n'était pas logique, ce n'était pas prévisible, parce qu'on avait bien observé, on en avait tiré un modèle, on avait intégré les règles, alors oui. Ce sentiment d'injustice, il aura vraiment du mal à passer. Il va falloir du temps pour écouter vraiment et entendre le cheminement mental de la personne qui reste bloquée dessus. Et maintenant le narcissisme. Une autre chose perçue comme illogique pour les autistes, et qui peut les faire buguer ou mouliner sur un sujet, c'est le fait qu'on soit dans une société qui met au pouvoir et qui met en lumière des personnalités narcissiques. ou tricheuse si vous préférez. Ce n'est pas tout à fait la même chose, mais ça va souvent ensemble. Par exemple, les stars sont plus souvent des personnes qui utilisent les autres pour obtenir leur mise en lumière que des gens humbles qui se construisent avec les autres. Plus souvent, pas toujours, j'ai dit. Les politiques, quant à eux, à mon sens, ce sont rarement des gens francs et honnêtes qui cherchent réellement le bien commun et priorisent le bien commun à leurs intérêts personnels. Les grands patrons ? Régulièrement, ce sont des personnalités qui usent et abusent des autres de leur pouvoir. Les religieux charismatiques ont souvent, trop souvent, des actes qui dissonnent avec leurs paroles. Pour une personne autiste qui donne plus d'importance aux données qu'au mode d'expression des données, au fond qu'à la forme, qui passe du temps à observer, à analyser, à construire avec le plus de données, d'informations, possible, se heurter à des comportements superficiels, narcissiques, tricheurs, qui constituent à écraser, à écarter, à humilier, à tirer profit des autres, à les utiliser, pour pouvoir leur passer devant, pour être plus riche, plus fort, plus reconnu, plus médiatique. C'est pas logique. Et quand c'est pas logique, c'est difficilement compréhensible. Alors non, le cerveau n'arrive pas à passer à autre chose parce qu'il a besoin de comprendre. Il va comprendre ce monde d'ailleurs. Ce qui nous amène à présent aux fonctions exécutives. Les fonctions exécutives, ce sont comme différents logiciels dans notre cerveau qui vont nous permettre de coordonner la machine qu'est notre corps, l'ensemble de ce qu'on est. Notre corps et nos processus cognitifs en réalité. Voilà, l'ensemble de ce qu'on est. Donc ce sont des processus cognitifs profonds qui vont nous permettre d'agir. Ça va nous permettre de changer de tâche et de nous adapter. adapté, la flexibilité mentale. Ou par exemple d'éviter de crier « mais quel crétin ce type ! » dans une conférence quand on se rend compte qu'on en sait plus que lui. C'est l'inhibition, c'est fonction exécutive aussi. Ça nous permet, les fonctions exécutives, de coordonner nos gestes pour nous habiller, pour nous rappeler où sont nos affaires, pour nous organiser, faire notre thé en commençant par faire chauffer l'eau plutôt que de verser l'eau froide sur les feuilles de thé. Être attentif à ce qui se passe en nous. et à l'extérieur. Trier, prioriser les informations, mettre une tâche en pause et y revenir, plein d'autres choses nécessaires et pratiques pour fonctionner. Pour comprendre le cerveau autiste, imaginons que nos têtes sont des PC, des ordinateurs. Quand on branche un truc via un port USB dans un ordinateur standard, on a des pilotes qui vont très rapidement sans que la machine souffre de ralentissement. Ces pilotes vont rapidement identifier ce qui vient d'être branché. Est-ce que c'est une souris ? C'est une imprimante. Si c'est une imprimante, est-ce qu'elle est nouvelle ou déjà connue ? Pareil pour la souris. Est-ce que c'est une clé USB ? Si oui, il y a quel type de fichier dessus ? C'est du texte, de l'audio, de la vidéo ? Un fichier inconnu aussi. Est-ce que c'est un nouveau logiciel qu'on essaie d'installer via cette clé ? Et notre fameux cerveau PC va proposer une ou plusieurs actions. Est-ce que vous voulez ouvrir un fichier ? Avec quel programme ? Est-ce que vous voulez installer cette imprimante ? Dans le cerveau PC autiste, il n'y a pas de pilote. Imaginons que les informations, on branche quelque chose sur port USB et les informations arrivent brutes de décoffrage en quantité folle, puisqu'il y a les infos sensorielles, il y a les infos sociales, cognitives, donc en quantité beaucoup plus importante que sur un ordinateur normal. Donc déjà, les informations sont beaucoup plus nombreuses et en plus, elles arrivent non triées. Et en plus, le cerveau de l'autiste n'est pas équipé pour faire le tri de façon assez rapide et assez automatique. Vous imaginez bien, très très vite, très régulièrement, il y a surcharge. Le cerveau se met à mouliner, surchauffer, mouliner, parce qu'il va devoir traiter ses données, une à une, les classer. L'une à une ? Alors ça, c'était un reproche, cette info. Ça, c'est une réaction à ce que j'ai dit. Ah mais ça, c'était un truc sans filtre et maladroit de ma... part, est-ce que c'est ça ou est-ce que en fait il m'a demandé d'être honnête, est-ce que j'aurais dû dire... Ah ben ça, non par contre ça c'est une info sensorielle. Ça c'est aussi une info sensorielle, mais cette info sensorielle, est-ce qu'elle me parle de mon ressenti physique parce que j'étais mal, parce que j'avais l'impression qu'il m'engueulait, ou c'est une info sensorielle de la chaleur externe qui venait du radiateur. Ça vient de moi ou ça vient de l'extérieur ? Ça surchauffe. Chaque type d'impôt va devoir être hiérarchisé, trié. Analyser, traiter, classer, ranger. Organiser, ça prend un temps. Et pendant ce temps, nos jolies fonctions exécutives, qui nous permettaient de faire fonctionner la machine normalement, de nous organiser, de nous habiller, de nous faire à manger, de répondre à une conversation, de prioriser, etc. Tout ça, ça ne marche plus, parce que toute la mémoire vive est utilisée à traiter ces infos-là. Alors de l'extérieur, ça peut donner l'impression de quelqu'un qui, par exemple, n'arrive pas à se lever le matin et à s'habiller à cause d'une broutille. Ça peut aussi donner l'impression de quelqu'un qui ne fait pas l'effort de lâcher prise, qui mouline sur un truc qui n'était pas si important que ça, qui est égocentré, qui ne se préoccupe que de lui, qui mouline sur cette petite histoire, en n'étant pas capable de faire le petit déjeuner pour la famille ou de passer à autre chose et puis de prioriser en disant « commence par faire les choses du quotidien et puis tu y repenseras plus tard » . Ça, c'est de l'extérieur, parce que de l'intérieur, c'est quelqu'un qui essaye de comprendre et d'organiser des infos qui lui sont arrivées brutes de décoffrage en quantité astronomique, et qui n'a pas les logiciels pour les traiter de façon relativement instantanée. Ça prend du temps, c'est long, et oui, ça bloque les autres fonctions. Alors, bonne nouvelle, quand les infos sont traitées, classées, archivées, le cerveau peut passer au dossier suivant, qui peut être faire le petit déjeuner, s'habiller, ou qui peut être traité. L'embrouille suivante. C'est pourquoi, il me semble, essayer de faire stopper la rumination des autistes est un non-sens. Essayer de trouver des techniques pour réduire la rumination me semble vraiment un non-sens. Et par ailleurs, refuser de répondre aux questions des personnes autistes à leur demande précise, c'est violent. Parce que la rumination, c'est un processus. Et que les questions posées, les infos... demander sont un besoin, une nécessité pour pouvoir justement traiter les données et réussir à archiver, à classer les choses, archiver ce dossier mental correctement. Une fois n'est pas coutume, petite pause et spéciale dédicace à ma chère maman qui trouve que je ne fais pas assez de pubs pour mes activités. Donc une fois n'est pas coutume, je vous glisse la minute autopromo dans cette... Chronique, je fais des ateliers d'assertivité. Si vous voulez être outillé et pratiquer votre façon de poser vos limites, de dire non, apprendre à demander en vous respectant et en respectant l'autre. Ce qui est pas mal parce qu'on y gagne tous. Celui qui dit stop ou demande ne se fait pas violence en donnant trop ou en subissant parce que justement il n'arrive pas à dire stop ou à demander. Et puis celui à qui on demande ou à qui on dit stop ne se sent pas... violenté par nos limites ou nos demandes si on le formule de façon un peu rapide, un peu abrupte ou hors contexte. Alors si vous voulez connaître et pratiquer ces outils, vous pouvez vous offrir ou offrir à votre proche un atelier d'assertivité. Ce sont des ateliers vraiment pratico-pratiques sur des situations très concrètes qui durent 1h30. Je vous mets en lien avec les infos, tout ça en description. Et j'en profite pour vous préciser que je pratique pour ces ateliers, à la fois le café suspendu et le tarif demi-prix. C'est-à-dire que les personnes en délicatesse économique, sans avoir besoin de me justifier ou d'expliquer quoi que ce soit, peuvent bénéficier du demi-prix. Et celles qui estiment avoir plus d'aisance peuvent, et qui souhaitent le faire, peuvent prendre le tarif soutien. C'est donc comme un café suspendu, dans le sens où la personne qui le peut et qui souhaite l'offrir, offre 50% de l'atelier à l'autre personne. J'ai la même politique tarifaire sur les séances de guidance parentale, d'accompagnement individuel, psychoéducation, pérédance familiale professionnelle. Et pour avoir plus d'infos, vous regardez en descriptif ou sur mon site mayael.org. Petit bonus avant la conclusion, connaissez-vous Bluma Zegarnik, psychologue lituanienne qui, dans les années 1920, avait été interpellée par le fait que les serveurs qu'elle observait en prenant son café avaient une mémoire complète de la commande d'une table jusqu'au paiement. Et puis oubliait la plupart du temps complètement la commande une fois la table partie. Cette sensation d'inachèvement maintiendrait le cerveau comme focalisé sur là où les tâches en cours. Les problèmes en cours occuperaient tout notre esprit. Et une fois terminé, il pourrait être oublié. Alors moi j'aime énormément cette théorie. mais il y a un petit bémol à la fin, vous allez voir parce que j'aime cette théorie parce que imaginons ça dans un cerveau autiste imaginons ce que ça peut donner la tâche non terminée et combien les projets les tâches, les soucis en cours occupent l'esprit et combien on peut passer à autre chose une fois que le problème la tâche ou le projet est terminé et en fait non Parce que même si ce modèle est bien joli et explique plein de choses, je vous l'ai dit, il me plaît beaucoup. Depuis 100 ans, il a pu être testé, révisé. On a beaucoup plus de connaissances sur le cerveau et c'est quand même nettement plus complexe que ça. Alors on peut garder l'effet Zegarnik pour faire notre petit effet justement au repas de Noël si on veut, mais sur le plan scientifique, ça ne tient plus trop. Ne m'en voulez pas de cette taquinerie. Cette histoire, elle est trop jolie pour réussir à... M'abstenir de la cité. En conclusion, vous voulez aider une personne autiste à passer à autre chose ? Ou vous aidez vous-même ? Je dirais qu'on peut faire deux choses. Répondre aux questions et offrir un espace de sécurité, de co-régulation. Répondre aux questions. Répondre aux questions à la personne si elle en a. Même si elles nous paraissent bizarres ces questions. Même si on a envie de... envie de lui dire, mais enfin c'est un détail, ça compte pas, c'est pas ça l'important. Eh bien si, pour elle c'est important. C'est important de savoir exactement quels anesthésiants on va lui injecter, même si elle n'est pas médecin. C'est important de savoir pourquoi vous avez corrigé un devoir en vert, alors que d'ordinaire c'est en bleu que vous le corrigez. C'est important de savoir si oncle Georges prend le train, et quel type de locomotive sera devant le train. C'est important de savoir si ce médicament, c'est un générique ou non. C'est important de savoir quel type de papier cadeau vous utilisez pour les cadeaux à Noël. Je veux dire par là, loin de toute caricature, que si une personne autiste vous pose des questions qui vous surprennent, qui vous paraissent bien peu importantes, ça vaut le coup de prendre le temps de lui répondre. Parce que si elle nous le demande, c'est que pour elle, c'est important. Et l'écoute, la vraie, c'est aussi prendre en compte les préoccupations de l'autre, même si elles nous semblent déconnectées, superflues, bizarres, qu'on a envie de lui dire plein de choses et qu'on trouve que ces questions, là, elles sont... C'est pas le plus important. Et la seconde chose, on peut offrir à la personne un espace de sécurité, un espace de co-régulation. Ça peut passer par des sourires, de la gentillesse, de la douceur. Se sentir en sécurité cognitive, sensorielle, émotionnelle. Savoir qu'on va pas être agressé, qu'on va pas être critiqué, jugé. Ça passe aussi vraiment physiquement par des mains détendues, des gestes doux. un temps de voix apaisé, tout signe cognitif, sensoriel et corporel que l'espace dans lequel il entre, la pièce, le groupe et la personne qu'on est en face, lui offre de la sécurité, que la personne est la bienvenue telle qu'elle est. L'effet peut être vraiment impressionnant parce que, un, en répondant aux questions de la personne et deux, en lui offrant un espace de co-régulation, de sécurité. elle pourra probablement beaucoup plus vite gérer tout ce qu'elle a à gérer dans sa tête, ses émotions et son corps. Et alors oui, elle pourra passer à autre chose à son rythme. Et cette conclusion, elle m'amène tout droit à l'annonce de l'épisode du 3 janvier prochain parce qu'on va explorer cette question-là de la co-régulation avec un focus sur la théorie polyvagale. Et je vous dis un immense merci pour vos commentaires. et vos notes sur les apps de podcast, parce que ça me touche beaucoup. Et vous le savez, c'est une façon algorithmique de contribuer à la visibilité de ce podcast. Pour l'avoir fait assez peu souvent, personnellement, le fait d'aller mettre vraiment un commentaire sur Spotify ou sur Apple Podcast, je sais combien c'est énergivore de prendre le temps d'écrire une évaluation. Alors, un grand merci. tout spécial pour vos retours et un immense merci à ceux qui prennent ou qui ont pris le temps de formuler un avis et puis des avis super chouettes. Donc vraiment, vous êtes super. Merci. Et en attendant le 3 janvier pour le prochain épisode de ce podcast, je vous envoie des câlins. Virtuels, bien sûr.