Speaker #0Allez, c'est parti. Aujourd'hui, on va parler de la théorie polyvagale et de l'autisme. Bonjour, je suis Yaël Maia, ancienne chef d'entreprise, maman, fille, sœur, ni à ses cousines de personnes avec TND, autisme et TDAH, et compagnie. Coucou la famille ! Actuellement, père aidante familiale professionnelle en santé mentale et troubles du neurodéveloppement, accompagnante en santé mentale, spécialisée en autisme sans déficience intellectuelle, vous l'avez compris si vous suivez ce podcast, et aussi Merci. étudiante à Lyon 1 en psychoéducation. Dans ce podcast, au titre taquin, fais un effort ! On essaie de décoder le monde de l'autisme dans le but que tout le monde en bave moins si possible. Cette chronique aujourd'hui s'appuie sur la conférence du professeur Davonseca, donnée à l'association Autisme Genève sur la théorie polyvagale et l'autisme. Avant de commencer, il me faut vous faire trois remarques importantes. La première, j'ai trouvé ce modèle particulièrement intéressant, éclairant, très utile, mais je n'en suis pas une spécialiste. Je suis très intéressée par ce modèle et ce qu'il apporte dans la compréhension des personnes autistes et ce qu'il peut apporter pour moins souffrir. La deuxième remarque, je vais essayer de clarifier à chaque fois dans mes propos ce que je rapporte et les conclusions personnelles qui sont basées sur mes expériences d'accompagnement. et le savoir expérientiel. Et enfin, trois, j'ai au préalable soumis toute cette théorie à Nicolas Gauvry, enseignant-chercheur en sciences cognitives, qui lui-même n'est pas spécialiste de cette question précise, mais m'a fait l'amitié d'une rapide recherche. Et ce qu'il m'en dit, c'est, attention, il semble que les fondements scientifiques de cette théorie, les fondements scientifiques, pas la théorie en elle-même, ne soient pas si évidents. En fait, il semble que ce qui est controversé dans cette théorie, c'est pas... tant son utilité et son application, au contraire, mais les concepts scientifiques qui la sous-tendraient, c'est-à-dire les sous-bassements scientifiques biologiques supposés. Dans mes propos, je vais vous parler de neuroception, de système vagal ventral, vagal dorsal, c'est ça qui n'est pas si évident. Donc les propos de M. Gauvry, c'est de dire, le modèle, il peut être très utile et intéressant, il peut aider les personnes, mais attention à ne pas affirmer que le cerveau ou le système nerveux fonctionnent comme ça, on n'en est pas si sûr. On parlerait plutôt d'hypothèses raisonnables que de théories scientifiques. Ça ne changerait pas grand-chose au raisonnement, mais simplement prudence et humilité avant d'affirmer un fonctionnement biologique dont on n'est pas certain à l'heure actuelle. Le résumé de mes trois remarques avant de plonger dans cette passionnante théorie polyvagale, c'est que je suis personnellement très intéressée, mais pas experte encore du sujet. qui sont ces deux choses très différentes. J'ai ma propre interprétation qui vaut ce qu'elle vaut. C'est donc au niveau d'une opinion. Ensuite, le modèle psychologique est très éclairant. Sa réalité scientifique n'est pas encore affirmée à ma connaissance. Tout ça pour dire qu'à l'heure actuelle, ce modèle, je le trouve très utile et éclairant. Et la science et la recherche avancent, et nous aussi. Donc si aujourd'hui, ce modèle peut aider des gens et nous aider dans nos pratiques professionnelles, tant mieux. Et si demain ce modèle doit être affiné ou mis de côté pour des choses qui fonctionnent mieux, on s'adaptera, on évoluera. C'est comme ça qu'on avance. L'objectif étant de mieux comprendre, de se comprendre, de comprendre l'autre. Et autant que faire se peut, améliorer la qualité de vie et moins souffrir. Le chapitrage de cet épisode se fera comme ça. On va parler d'abord du résumé, de la théorie polyvagale. Ensuite, un long focus sur traumatisme, psychotraumatisme et théorie polyvagale. Je vous expliquerai plus en détail la neuroception. En 4, être en relation ou être traumatisé. Est-ce qu'il faut choisir ? On va voir ça. Et est-ce que c'est vraiment un choix d'ailleurs ? En 5, les effondrements. En 6, la régulation. Ensuite, la co-régulation. Et on arrivera à la conclusion. Alors voici pour ce petit résumé que je vais tenter de ce que j'ai compris de la théorie polyvagale appliquée à l'autisme. Je pense que ça s'applique très bien. au TDAH d'ailleurs aussi. Alors, je commence par les principes. J'ai envie de dire la mécanique, disons physiologique. On parle du système nerveux autonome qu'on appelle aussi système végétatif. Le système végétatif, il contrôle les fonctions involontaires du corps. Le rythme cardiaque, la respiration, la digestion, la tension artérielle, la transpiration, ce sont des choses en principe qui se font de façon autonome. Et donc dans ce système nerveux autonome, il y a deux branches, le système sympathique et le système parasympathique. Le sympathique... C'est l'accélérateur, l'action. La réponse en termes de combat ou de fuite, le fight or flight. Il m'arrive quelque chose, je vais soit me bagarrer, soit fuir. Et donc le système parasympathique, ce n'est pas le côté accélérateur, ça c'est le système sympathique. Mais le parasympathique, ça va plutôt être ce qui travaille pour adapter notre corps à notre environnement. Donc le repos, la digestion. Et c'est ce qu'on appelle aussi le frein. On aurait donc trois modes. Le vagal ventral, qui est associé au calme, à la sécurité. Le mode sympathique, système sympathique, qui correspondrait à l'accélérateur. Et le troisième, ça serait le vagal dorsal, qui correspondrait au parasympathique, au frein, immobilisation, figement, dissociation, sidération. Moi, j'aime bien imager ça en parlant du mode 1, du mode 2 et du mode 3. Imaginons une voiture. Le mode 1, ça correspondrait au vagal ventral. Ça correspond à la sécurité, à un état de conduite classique. On est capable de décider où on va. Quand on arrive à un croisement et qu'on doit prendre une décision, on peut prendre la décision. On est tout à fait capable d'échanger avec là où les personnes qui sont dans la voiture. On peut avoir des conversations normales, on peut être en relation avec les autres. Si on a une question à poser et qu'on doit trouver notre chemin, on est tout à fait en capacité, par exemple en arrivant dans un village, de s'arrêter, de baisser notre vitre et de parler à quelqu'un. de demander de l'aide, de lui demander notre chemin. En cas de contrôle de police à un rond-point, on est un petit peu inquiets, normalement, mais avec un stress bas, en sachant quand même, on est conscient qu'on a notre permis, la voiture, elle a passé le contrôle technique, on n'a pas fait d'excès de vitesse, on n'est pas alcoolisé, on n'a pas un phare cassé, donc a priori, il n'y a pas trop de raisons, on ne transporte pas de drogue, donc ça doit aller. Et donc, on n'a pas un stress ni important, qui serait le mode 2, ni extrême. qui serait le mode 3, devant ce contrôle. Et on peut tout à fait réagir au contrôle de police ou au contrôle militaire. On passe au mode 2. Le mode 2, on arrive à l'accélération. On a le pied sur l'accélérateur, on quitte le vagal ventral et on passe en système sympathique, en activation, au mode stress. Le mode 2, dans ma voiture, il y a un gros stress. Ça peut être parce qu'il y a une urgence pour rentrer très vite à la maison, parce qu'il y a un problème dans la voiture ou un problème sur la voiture. Quelqu'un dans la voiture, un des passagers a un souci, il y a une urgence qui m'attend à la maison. Bref, il y a un stress, il faut se dépêcher, il faut enfoncer le champignon, aller à fond sur l'accélérateur. Ça peut être aussi un problème extérieur, la météo, des animaux sauvages qui courent après la voiture. Et en mode 2 ou des démons gorgons, c'est la saison aussi. En mode 2, il y a un stress intense et dans ces conditions-là, on n'est plus en capacité de parler, d'avoir une conversation normale. avec là où les personnes qui sont dans la voiture. En mode 2, on n'est pas capable de formuler si on a besoin d'aide, de s'arrêter et de dire « Bonjour madame, bonjour monsieur, je cherche mon chemin, est-ce que vous pourriez m'indiquer la meilleure route pour aller à tel endroit ? » On est complètement sous stress. Nos propos peuvent être inaudibles, incohérents, agressifs ou bloqués. En cas de contrôle de police, quand on est en mode 2, on va être en panique, on va avoir le cœur qui bat. De la transpiration, les mains moites, des tensions musculaires, des tensions physiques, de la crispation. Ce mode 2, il peut provoquer des maux de tête. Il va provoquer des difficultés à dormir, des problèmes gastriques ou autres joyeusetés physiques de notre organisme sous stress. Et le mode 3 ? Le mode 3, on passe en vagale dorsale, en parasympathique. C'est le frein. Le mode 3, ça correspond à l'immobilisation, le figement. Il y a stress, il y a danger. Le stress est tellement extrême... qu'il n'y a plus possibilité d'agir, d'accélérer, de rouler vite, de se dépêcher. Le stress est tellement intense qu'il y a blocage. Le mode 3, c'est quand notre cerveau et notre corps nous signalent qu'on est en danger de mort. On n'est plus capable de réfléchir. Au-delà de là, tout de suite et encore. On n'est plus capable de prendre des décisions. On ne peut plus agir. Il y a une espèce de ralentissement général qui va provoquer, pour certains, la sidération. Pour d'autres, le blocage ou le mutisme complet, la dissociation. Il y en a certains qui vont pouvoir agir, mais en étant complètement absent de leur corps. Pour le mode 1, on parle de sécurité. J'aime bien ajouter, préciser de quelle sécurité on parle. À mon sens, on parle de sécurité physique, non seulement. Physiquement, parce qu'on ne serait pas en danger, on ne serait pas sous stress. Mais il y a aussi la sécurité émotionnelle. Ça veut dire qu'on se sent suffisamment bien, on est suffisamment bien entouré là où on vit, là où on travaille, là où on marche. Et puis aussi la sécurité cognitive. On n'est pas sous stress avec beaucoup trop d'informations à traiter. Et enfin, la sécurité sensorielle, là aussi, sans ces excès d'informations sensorielles, de stimulation ou de sous-stimulation sensorielle qui stressent. Donc pour moi, cette sécurité, elle correspond vraiment à ces quatre choses. La sécurité physique, la sécurité émotionnelle, la sécurité cognitive et la sécurité sensorielle. Le professeur D'Affonseca appuie sur le fait qu'on ne peut être en relation avec les autres qu'en mode vagal ventral, en mode sécure, en mode... 1. C'est dans ce mode-là qu'on peut avoir un engagement social. Et ça, ça va être très important, et vous vous en doutez, par rapport à l'autisme et aussi par rapport au TDAH, parce que l'engagement, la capacité d'engagement social ou la qualité d'engagement social, notre capacité à être en relation avec les autres, vont être modulées sur notre capacité d'être en mode sécure. Et là où, comme le professeur, je trouve ce modèle très pertinent par rapport à l'autisme, Eh bien... vous vous en doutez, c'est que les autistes, et souvent les personnes avec TDAH aussi, ils sont rarement, quasiment jamais, en mode ventral, vagal ventral, en mode 1, en mode sécure. Parce qu'ils sont presque systématiquement en surcharge sensorielle, en stress, en incompréhension sociale, en insécurité émotionnelle, en tension, avec anxiété, en rumination émotionnelle. Par exemple, Je n'ai pas compris ce qui s'est passé. Mais pourquoi on m'a dit ça ? J'étais nulle. J'étais trop comme ci, trop comme ça. J'ai trop parlé. Je n'ai pas assez parlé. Je n'ai pas ri au bon moment. Je crois que ça a été déplacé. Là, il fait une drôle de tête. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi est-ce qu'on m'agresse ? Je ne comprends pas le reproche qu'on me fait. La personne, elle peut être aussi en stress cognitif. Avec le mode hyper focus aussi, parfois, c'est un stress. Et puis, l'épuisement ou le stress cognitif parce que la personne s'ennuie. Parce qu'il n'y a pas assez de nourriture, pas assez de nourriture intellectuelle ou trop de pensées qui vont trop vite. Et puis en stress physique, parce qu'avec toutes les comorbidités somatiques, toutes les difficultés du corps associées à l'autisme, les problèmes de sommeil, les problèmes gastriques, pour parler des plus simples, il y en a d'autres. Évidemment, la personne autiste, elle est très rarement en mode 1. Alors ce modèle, il explique pourquoi. C'est si difficile pour les autistes d'être en relation ou de faire des actions qui paraissent simples, basiques et évidentes pour d'autres. Parce que eux, la majorité du temps, ils ne sont pas en mode 1. La conduite normale et la gestion normale de la voiture et de l'environnement, ce mode 1, eux, ils sont quasiment toujours en mode 2 et passent très facilement en mode 3. Alors si les autistes et les personnes avec TDAH sont en général en mode 2, accélérateur, stress ou mode 3, mode survie, blocage, sidération, dissociation, eh bien ça nous oblige à faire un petit voire un grand détour par le traumatisme. Ce qui fait traumatisme, ce n'est pas l'événement en lui-même, c'est comment l'événement est vécu par la personne. Et c'est en ça que, par exemple, des moqueries répétées à l'école ou des remarques un peu désagréables sur une façon d'apprendre pour un élève 10, Ou des remarques à une élève autiste en disant « tu manques très l'école, t'as qu'à venir plus souvent » , « t'es un peu chochotte avec tes sensibleries » , comme ça. Ces mots, qui paraissent pas si graves, peuvent réellement faire traumatisme chez certains. Ça veut dire avec reviviscence, avec cauchemar, avec déclencheur. C'est pas l'événement, l'intensité de l'événement, c'est la réponse. C'est l'intensité avec laquelle l'événement est vécu. Et quand on comprend que les personnes autistes sont... très rarement en mode 1 et quasiment systématiquement en mode 2 voire en mode 3, on comprend que des choses qui paraissent anodines ou pas si graves, fait un effort pour supporter ça, pour d'autres, font réellement traumatisme chez la personne. Pour aller plus loin sur cette question du stress post-traumatique complexe chez les personnes autistes, vous pouvez aller sur le site du CN2R, le Centre National de Ressources et Résilience. Vous pouvez aussi regarder les travaux de Marie Rabattel. Et là, c'est réservé aux adhérents, mais il y a l'association Les PBZ qui a un webinaire spécifique sur le psychotraumatisme des enfants et ados autistes avec HQI, au quotient intellectuel. Dans ma dernière session du DU, du diplôme universitaire actuel que je fais en psychoéducation, il y a un des psychiatres enseignant, le docteur Elie Penaud, qui nous disait que lui, quand il fait un entretien avec un patient, il passe facilement le premier tiers, voire... plus de l'entretien à faire de la maïotique au sens de faire accoucher la personne, poser question ouverte, question ouverte, question ouverte, dans une posture professionnelle, et c'est ça que je trouve absolument génial, qui est de, enfin, il le formule comme ça, je trouve que c'est d'une justesse infinie, il dit dans la première partie de la séance, j'oublie ce que je sais, j'oublie ma théorie. Parce que je ne peux pas prétendre comprendre l'expérience patient si je ne l'ai pas vécue. Donc la seule solution pour comprendre l'expérience patient, c'est d'écouter ce que m'en dit le patient. Et même si j'ai vécu l'expérience patient, je dois quand même l'écouter, Je mets toute ma théorie de côté et je l'écoute comme si je ne connaissais rien au sujet. Et ensuite, plus tard dans la consultation, je peux remettre mon tablier, je peux me rééquiper. de mon savoir, je peux donner des clés lecture affinées, etc. Et si on avait plus de professionnels comme ça, on aurait peut-être moins de personnes qui souffrent de ne pas être comprises, de ne pas être entendues dans leur expérience, de ne pas être entendues dans la réalité de leur propre vécu. Alors on dit que ce n'est pas l'événement qui fait trauma, c'est le vécu de l'événement. Et ce vécu, il faut l'entendre. Et là, le professeur da Fonseca, il va plus loin. Il dit... Ce n'est pas tant l'événement qui fait trauma, c'est la réponse physiologique à l'événement qui fait trauma. Et il explique que le traumatisme, c'est une expérience interne, donc une réponse physiologique, donc du système sympathique et parasympathique, si on reprend ce modèle. Donc une réponse physique, mode 2, accélérateur, stress intense, ou mode 3. Ce qui fait le trauma complexe, ce n'est pas tant... l'intensité de l'événement que la perte de capacité d'agir, l'impuissance, le fait de ne pas pouvoir agir face à une situation. Et tout ça, ça se manifeste par une réponse physiologique, physique. Et donc, quand on reprend la théorie polyvagale, avec cette lecture, avec ce modèle-là, ça donne un modèle de plus et une clé de compréhension de plus, une pièce du puzzle qui explique. C'est aussi un point que j'ai abordé. Un des points que j'ai creusé dans mon mémoire l'année dernière, pourquoi les autistes ou les personnes avec TND sont beaucoup plus sujettes au traumatisme ? Et pourquoi ça coexiste en général ? Là encore, si vous voulez vous informer plus sur ce sujet, vous avez les trois sources dont je vous ai parlé à l'instant. Le CN2R, les travaux de Marie Rabattel, le webinaire de l'association des BBZ. Il y a aussi la psychiatre à la Carbage à Montpellier qui a des travaux particulièrement intéressants sur le psychotraumatisme complexe. et psychotraumatisme simple, entre guillemets, d'ailleurs. Mais ce n'est pas spécifiquement dans le champ de l'autisme. Après, il y a une autre chose que je voudrais préciser à ce stade, qui me paraît importante. On fait une petite pause sur le sujet et on se concentre sur le trauma. Si vous pensez ou si vous savez avoir un TSPTC, donc trouble du stress post-traumatique complexe, et même sans le C, attention à le traiter entre de bonnes mains. D'abord, tous les professionnels ne sont pas compétents. La réalité, c'est même qu'il y a peu de professionnels qui sont compétents à la fois dans le champ de l'autisme, du TDAH, sans déficience intellectuelle, voire avec HPI, et dans le psychotrauma. Et si en plus vous êtes une femme, on rajoute une couche de difficultés. Ensuite, toucher au trauma, ça ne se fait pas n'importe quand. Parfois, c'est préférable de ne pas y aller, parce qu'on n'est pas prêt, parce qu'on n'a pas les ressources, parce qu'on n'est pas assez entouré. C'est comme si vous voulez ouvrir le capot de la voiture pour trouver d'où vient ce truc hyper gênant qui empêche pas de rouler, mais qui fait un drôle de bruit, une mauvaise odeur. Et parfois, il y a des secousses inattendues. Ça provoque beaucoup de stress. Mais vous n'allez pas ouvrir le capot quand vous roulez. Encore moins quand vous accélérez pour une urgence. Et encore, encore moins quand vous êtes figé de peur. Vous l'avez compris, on n'ouvre pas le capot en mode 2 ni en mode 3. On ouvre le capot en mode 1 et à l'arrêt, pas en roulant. À l'arrêt avec un bon mécano qui connaît la voiture, qui connaît cette marque, qui connaît les spécificités et qui a le temps. Pas un mécano qui va ouvrir, démonter deux, trois trucs et refermer sans finir parce que l'heure est passée. Donc le trauma, oui, il faut s'en occuper. Oui, il faut se faire accompagner. Mais pas avec n'importe qui, pas n'importe quand et pas n'importe comment. Je reprends. Le propos général sur le psychotraumatisme, l'autisme et la théorie polyvagale. Le professeur Davantseka nous dit, je le répète encore, ce n'est pas tant l'événement qui fait trauma, c'est la réponse physiologique qui fait trauma. Ce qui signifie que la personne autiste qui est régulièrement, voire généralement en mode 2, en mode stress ou en mode 3, sidération, dissociation, elle va avoir une réponse traumatique physiologique très forte. En état de stress, le corps libère principalement l'adrénaline, la noradrénaline, le cortisol, mais aussi l'adrénocorticotrophine et la vasopressine. Je suis presque arrivé. Ces hormones, elles sont utiles, elles sont nécessaires. Elles permettent à notre corps à la fois de réagir, réponse immédiate, cœur qui bat plus vite, augmentation de la pression artérielle, sucre dans le sang pour donner un boost d'énergie, capacité d'agir et de réfléchir pour subit notre peau en fait. Donc l'accélérateur dans cette métaphore de la voiture. Mais ces hormones, elles permettent aussi de tenir en mode réponse au stress et à l'urgence, mais de tenir un peu plus sur la durée. Il faut que cette énergie et que cette réponse durent. C'est ça, c'est cette réponse physiologique au stress, ces hormones qui font qu'on a une force décuplée en situation d'urgence pour soulever un meuble qui est en train d'écraser un proche. Alors qu'au quotidien, on n'aurait pas cette force. C'est ça qui fait qu'on est capable de gérer une urgence médicale pour quelqu'un, alors qu'au quotidien, ça nous coûte tellement de prendre rendez-vous par téléphone avec notre médecin. C'est ça aussi qui fait qu'en situation de stress, on ne sent pas la blessure ou la douleur. Et quand on se pose, on réalise qu'on a mal. Donc tout ça, c'est hyper utile. Et c'est nécessaire. Problème, on n'est pas censé être en mode stress et avoir toutes ces hormones-là et toutes ces réactions physiologiques en continu. Ce n'est pas fait pour. Et là, je vais citer la neuropsychologue Jessica Saf-Pedebos, qui connaît très bien l'autisme, le TDAH, les profils féminins, les profils avec HPI et le psychotrauma. Elle, elle appuie sur la difficulté de faire un diagnostic différentiel entre autisme et troubles du stress post-traumatique complexe, parfois. C'est difficile, ça demande un vrai différentiel. Et elle appuie aussi sur la presque systématique coexistence des deux. Et en particulier chez les autistes diagnostiqués tardivement. Et qu'est-ce que ça veut dire, autistes diagnostiqués tardivement ? C'est à partir de 10 ans. Donc on ne parle même pas des adultes diagnostiqués à l'âge adulte et de toutes les violences vécues au travail, en famille, en couple. On parle de gamins. qui pendant les 10 premières années de leur vie ont été clairement maltraités parce que pas du tout compris ni pris en charge dans leur réalité. Alors, est-ce que c'est parce que les personnes avec autisme et TDAH sont rarement en mode 1, en mode sécure, qu'elles sont plus vulnérables au stress et donc aux agressions externes et internes, et donc plus à risque d'avoir des traumatismes ou de voir des traumatismes s'installer ? Ou est-ce que c'est parce qu'elles sont plus traumatisées qu'elles peinent à retourner en mode 1 ? Qui ? De l'œuf ou de la poule, etc. Il y a des chercheurs qui se penchent sur ces questions. Il y a de nombreux avis et modèles, quoi qu'il en soit. Pour moi, le résultat, c'est que les gens en bavent. Pour terminer ce chapitre sur le psychotraumatisme, je vais essayer de citer correctement le professeur David D'Affonseca. Le trauma, c'est involontaire et c'est adaptatif. Les manifestations... Donc le trauma, puisqu'on a dit que le trauma c'est la réponse physiologique à des événements. Les manifestations du trauma, c'est involontaire et c'est adaptatif. Ce n'est pas quelqu'un de faible qui est traumatisé. Ce n'est pas parce qu'on est faible qu'on a un traumatisme. C'est adaptatif, c'est-à-dire que le traumatisme est une réaction physiologique du corps. Et les manifestations du traumatisme, les reviviscences, Les souvenirs qui reviennent comme ça en flash, les cauchemars, le corps en état d'alerte, l'évitement de situations, de gens, de lieux, d'odeurs, de textures, l'hypervigilance, l'irritabilité, les sursauts, les troubles de la mémoire ou de la concentration, l'anxiété, la dépression, le détachement, les douleurs chroniques, l'insomnie, la perte d'estime de soi, le sentiment de culpabilité. Troubles digestifs, troubles ORL, tout ça ce sont des manifestations du trauma. Et ce ne sont pas des échecs personnels. Ce n'est pas parce qu'on est faible qu'on vit ça. Et ce ne sont évidemment pas des choix. C'est vraiment le système nerveux autonome qui met en place des mécanismes de survie qui sont là aussi autonomes, non contrôlés, et qui sont déclenchés par le corps, par le système nerveux, pour se protéger de la menace. Et là où c'est passionnant, c'est que quelqu'un qui n'est pas autiste, qui considère comme normal ou normalement stressant, ce qu'il considère comme normal ou normalement stressant, pour quelqu'un d'autiste, ça va être une menace. Comme les bruits en permanence. Quelqu'un qui n'a pas beaucoup dormi quand il arrive à un rendez-vous et qu'il y a le stylo qui fait « tch » , vous savez, il joue avec son stylo, ça fait « clé, clé, clé, clé, clé » , ou alors des bruits de bouche. des lumières qui clignotent, son organisme, en fait, ce n'est pas si grave tout ça, mais pour cette personne, pour son organisme, s'est vécue comme une attaque très violente. On arrive à la neuroception. Petite pause, définition. Pour creuser sur la théorie polyvagale, vous pouvez vous référer aux travaux du docteur Stephen Porges. Vous verrez, il parle souvent de neuroception. Donc lui, et c'est là où c'est contesté chez les scientifiques, il définit la neuroception comme... un concept pour décrire le processus par lequel le corps analyserait notre environnement à la recherche de signaux de sécurité ou de danger. Il nous dit aussi que ce processus serait constamment à l'œuvre, en arrière-plan, même si on est généralement conscient des réponses physiologiques qu'il engendre. Et il indique qu'en cas de traumatisme, on va avoir la neuroception qui serait dérégulée, dysrégulée, donc que tout serait capté comme un danger. même quand on est factuellement en sécurité. Et moi, ça, ça me parle énormément par rapport aussi aux insomnies, aux troubles anxieux généralisés, aux TOC. Quelqu'un qui a des TOC, des troubles obsessionnels compulsifs, quelqu'un qui a des troubles alimentaires aussi, tout ça, ça serait la neuroception qui serait dysrégulée. C'est quelqu'un qui ne serait pas en mode 1, mais qui ne serait pas en sécurité, et qui serait en mode 2 ou 3. Donc tout... absolument tout serait perçu, ou presque tout, comme un danger. Ce qui peut provoquer, en réponse, des troubles de la conduite alimentaire, des troubles obsessionnels compulsifs, le besoin de se laver les mains dès qu'on touche quelque chose, le besoin de tout désinfecter, ou de vérifier douze fois que les serrures sont fermées, que le gaz est éteint. Ça peut générer des troubles du sommeil, des dépressions. Tout est perçu comme un danger. On est en mode 2, le pied sur l'accélérateur, en mode stress complet. Et parfois, on passe en mode 3. Et ça fait qu'on n'a pas accès au mode qui devrait être le mode normal, le mode 1. La personne qui est dans cet état, elle est toujours en mode survie, dans un état chronique de défense. Elle n'est presque jamais en sécurité physique, en sécurité cognitive, émotionnelle, en sécurité sensorielle. Donc la neuroception, ça serait défini comme une espèce de sens, et là aussi c'est contesté, qui évaluerait en permanence les signaux. comme le regard des gens, l'intonation de la voix, la gestuelle, la crispation, le vocabulaire utilisé, tout ça. Dans un fonctionnement inconscient, ça nous permettrait d'évaluer la situation de notre environnement pour préparer notre corps à réagir. Et ça fait le lien avec la théorie polyvagale, dans le sens où en fonction des signaux qui sont perçus, il va y avoir trois niveaux de réponse en fonction de ce qu'on... On perçoit de notre environnement les regards, l'intonation, le vocabulaire utilisé, ce qui se passe sur la route autour de nous, etc. Trois niveaux de réponse, le niveau 1, le niveau 2, le niveau 3. Donc niveau de réponse 1, on est en sécurité. Niveau de réponse 2, on met le pied sur l'accélérateur, la mise en action. Et puis le niveau 3, le blocage complet. Cette neuroception, elle nous permettrait de détecter si on est en danger. Si on est en sécurité, si on est en danger, il faut qu'on agisse, il faut fuir ou foncer. Et si on est en danger vital, on passe au mode 3, on rentre dans l'immobilisation. Et chez une personne autiste, là je reprends le professeur Davantseka, la neuroception est perturbée. Et ça, ce n'est pas un scoop. Les moindres indices sont perçus comme un danger. J'ajoute personnellement, pourquoi est-ce qu'elle serait perturbée, cette neuroception ? Est-ce que... il y a deux choses différentes dans un cerveau autiste d'un cerveau non autiste. Il me semble que c'est vraiment la base du truc. Les deux choses différentes dans le câblage du cerveau autiste, c'est la perception sensorielle et puis le traitement des informations. La perception sensorielle, tous les sens des autistes perçoivent sans filtre une quantité d'informations tout le temps. Et puis le traitement d'informations, comme ce cerveau autiste, qui n'est pas câblé pareil. Imaginons que c'est comme un ordinateur, qu'il n'y a pas de pilote pour lire les informations. Donc, on met une clé USB, et le cerveau autiste, il ne sait pas si c'est l'installation d'un périphérique, si c'est du fichier texte, si c'est du fichier audio, si c'est une vidéo, si c'est du HTML, il ne sait pas. Et donc il doit chercher, mouliner, il bug, jusqu'à ce qu'il ait pu identifier l'information et ensuite la mettre dans les bons dossiers. Et pendant ce temps, ça mouline, ça mouline. Il me semble qu'il y a un lien aussi avec la perception différente. Je me demande même en termes de hiérarchie, s'il n'y aurait pas une hiérarchisation, où le traitement différent des informations, ça serait le premier élément dans un cerveau autiste. Et ensuite, ça fait que le traitement sensoriel est différent, parce que l'information sensorielle, elle, elle met plus de temps à être comprise, à être traitée. Et du coup, la réponse sensorielle, qui peut être hyper ou hypo, elle est différente. Et ça nous amène à un environnement qui est constamment perçu comme un danger, parce que la moindre chose sociale ou sensorielle est amplifiée et doit être traitée. Sociale, traitement des informations, et cognitive, sensorielle, des perceptions, les sens. Il faut prendre du temps dessus. Pour gérer ces informations, c'est compliqué, c'est douloureux. Le professeur da Fonseca le formule en disant que l'hypersensorialité des personnes avec TSA est corrélée à un état de menace. Et là, il cite Porges dans une étude de 2007 où il explique que de légers changements peuvent signaler une menace, des légers changements qui sont perçus dans la neuroception, donc dans ce qu'on perçoit des autres ou dans l'information, ce qu'on perçoit à travers les cinq sens les plus connus, de légers changements. peuvent signaler une menace. Alors, quand on a à traiter, quand on doit traiter autant d'informations qui sont traitées de façon aussi fine et intense, on peut comprendre le sentiment de danger que vit la personne autiste au quotidien. La plupart des autistes, ils ont rarement accès au niveau 1, on l'a dit, au niveau de sécurité. La plupart d'entre eux sont toujours au niveau 2 ou au niveau 3. Ce qui veut dire soit en mode... fuite ou combat, accélérateur ou en mode sidéré, figé, replié, le frein. Mais presque jamais dans cet espace de sécurité intérieure. Et tout ça, ça serait lié à la sensibilité, la sensorialité, mais aussi évidemment au trauma. On inclut dedans, d'ailleurs, le harcèlement, le masquage. Et comme moi, j'aime bien hiérarchiser et organiser les choses, je vais reprendre un petit peu ce que je viens de vous dire en les organisant. À mon sens, le traitement des informations différentes dans le cerveau, c'est la première chose chez un autiste qui change, suivie de très près par la sensorialité différente. Et ça, ça va mener chez la personne autiste au besoin de contrôle. Pourquoi besoin de contrôler ? Pourquoi les autistes se mettent en colère quand on ne fait pas comme c'est prévu, comme ils ont prévu ? Pourquoi l'enfant autiste, quand il joue, c'est lui qui dirige ? C'est lui qui pilote et qui peut piquer une rage folle ? Ou alors s'exclure, partir, quand on ne joue pas exactement comme c'était prévu ou comme il a dit. Pourquoi le bébé peut être complètement effondré, en vrac, très en colère, quand on n'utilise pas la cuillère rouge de d'habitude ? Ou pourquoi un enfant autiste peut vivre extrêmement mal le fait qu'on change le chemin pour aller à l'école, que l'ordre pour monter en voiture ou la place à table soit différente ? Parce que le fait d'avoir une prévisibilité et un contrôle sur les événements, ça réduit la nécessité de traitement des infos nouvelles. ou des infos différentes. Et ça, avoir moins d'infos nouvelles ou différentes, ça veut dire pouvoir utiliser un cerveau, un chemin connu dans le cerveau. On sait à peu près comment vont se passer les choses et c'est tranquillisant. Il y a une forme de prévisibilité qui réduit toutes ces difficultés-là. Et c'est nécessaire parce qu'il y a tellement de difficultés que l'autiste a absolument besoin de lui-même ou son entourage qu'on réduise tout ça. Et ça réduit aussi le risque d'agressions sensorielles, de surprises sensorielles quand on peut avoir une prévisibilité. Alors si on voulait organiser et hiérarchiser de façon encore plus simple et peut-être plus complète, je dirais que chez les autistes, il y a en tout premier lieu le traitement des infos différentes dans le cerveau, suivi de très près par la sensorialité différente. Ça va mener chez cette personne aux besoins de contrôle pour augmenter la prévisibilité. réduire l'anxiété, être en capacité de gérer les choses. 4. Ça implique que la moindre perte de routine ou les imprévus sont particulièrement douloureux. 5. Ça ajoute la nécessité de contrôle et de prévisibilité. 6. Il va y avoir des comportements répétitifs qui vont venir tenter de réguler ça. 7. Ça génère des incompréhensions très tôt et du harcèlement constant. 8. La personne peut réagir en masquant beaucoup pour tenter de réduire ce harcèlement et réduire les réponses négatives de son entourage. Ensuite, elle peut aussi réagir avec des comportements qu'on qualifie de défis, d'opposition ou de provocation. Et enfin, tout ceci mène au trauma complexe, aux idées suicidaires, aux auto- ou hétéro-violences, aux troubles du sommeil, à l'anxiété, à la perte d'estime de soi, aux douleurs somatiques, et j'en passe. Ce qui nous conduit à la dérégulation. Parce que toute l'énergie qui va être mise dans le camouflage quand il s'agit de passer le plus clair de son temps à masquer ses difficultés, Par la peur du rejet, par la peur ou simplement le fait d'avoir marre de souffrir. Eh bien, tout ça, ça amène à la dérégulation du système qui fait que la personne n'est quasiment jamais en mode sécurité, en mode 1. Mini chapitre, être en relation ou être traumatisé. Donc sous ce titre de chapitre, un poil provocateur. J'ai envie de souligner un autre élément très intéressant avec ce modèle explicatif là, vous l'aurez compris, ça explique comment le trauma remplace le besoin de connexion qu'on a tous quand on est humain, parce que l'humain a besoin de connexion, y compris les autistes, évidemment. Mais en cas de traumatisme activé, le fait d'être en mode 2 ou en mode 3, en mode accélérateur ou en mode frein en permanence, ça fait qu'on zappe ce besoin de connexion. Et c'est remplacé par un besoin de protection. Parce que le besoin de connexion, il est possible en mode 1. Mais quand on est en train, en stress intense dans sa voiture, qu'on doit accélérer à fond parce qu'il y a une énorme difficulté ou qu'on est complètement figé en mode 3 parce que la voiture est sur le bord d'un précipice ou au centre d'une tornade, évidemment, on ne peut pas être connecté, on ne peut pas être en relation. en vraie relation avec les autres. Donc le besoin de connexion, il est remplacé par le besoin de protection. Ça vous parle ? Évidemment, travailler sur le trauma, guérir d'un trauma, permettre de se libérer du mode survie et d'être capable d'évaluer le danger de façon beaucoup plus factuelle, précise et d'y réagir de façon plus appropriée, moins intense, en permettant de façon plus naturelle. de naviguer entre les trois états, parce qu'on a tous ces trois états, mais permettre de travailler sur le trauma, guérir d'un trauma, ça va permettre de se libérer de ce mode survie et de pouvoir alterner de façon beaucoup plus fine et beaucoup plus régulière, de ne pas rester aussi souvent autant de temps en mode 2 ou en mode 3. Et ça fait le lien, cette théorie polyvagale, avec les deux types d'effondrement. En fait, il y a trois types d'effondrement dans l'autisme. Il y a le meltdown, le shutdown, et le burnout autistique, qui est un petit peu différent. Mais pour parler simplement du meltdown et du shutdown. Le meltdown, on est en crise de colère, rage incontrôlable. On est dans l'activation du système sympathique, le système de accélération, agitation. On va aussi avoir de la violence envers soi ou envers les autres. Une perte de contrôle totale. On est en train d'hurler dans la voiture. Mais arrête, pourquoi tu fais ça ? Mais il faut se dépêcher ! Pourquoi il y a un contrôle ? Voilà, ça c'est le mode 2. Pardon pour ceux qui sont sensibles sensoriellement. Je me suis lâchée. Je ne me lâcherai pas pour le shutdown. Parce que le shutdown, on est dans l'activation du mode 3. Le frein. Un figement face à une ou des menaces qui sont jugées insupportables, insurmontables. Ça peut être aussi lié à un épuisement extrêmement intense. L'épuisement d'être tout le temps en système 2, d'être tout le temps en train de se réguler par rapport ou de s'adapter par rapport à un environnement perçu comme menaçant. Et ça peut mener en général, ça amène au burn-out autistique. Ce qui est hyper important à rappeler aussi en psychoéducation, c'est que les personnes autistes, elles ne sont pas responsables de leur état. Elles ne sont pas responsables de leur état, elles ne sont pas responsables d'être en système 2 ou en système 3, en mode 1, en mode 2 ou en mode 3, ou en burn-out. C'est lié à leur fonctionnement. C'est lié à quelque chose de complètement physiologique qu'on partage tous. Et c'est aussi lié à l'environnement, qui va varier selon chacun. Et c'est ça qui donne une clé d'actu à certains autistes, qui sont plus fonctionnels, si on veut employer ce terme-là, plus fonctionnels que d'autres qui seraient plus en difficulté. Certains voient qu'ils sont moins en galère et parfois ils se sentent illégitimes avec leur diagnostic devant d'autres personnes autistes qui ont plus de difficultés. C'est aussi l'environnement qui change et la capacité de passer d'un système à l'autre. Et ces personnes-là qui arrivent plus facilement à se remettre, ces personnes autistes qui peuvent passer plus facilement au système 1, en général, elles bénéficient d'un environnement qui leur permet d'y accéder plus souvent, d'être en sécurité mentale, cognitive, émotionnelle et sensorielle. Et en accédant au système 1, elles ont moins de difficultés, moins... Moins de stress du mode 2, du mode 3. Et après, il y a aussi une bonne nouvelle. Après tout ce que je vous ai dit. Cette bonne nouvelle, c'est que c'est possible de réentraîner le système pour qu'il se sente de nouveau en sécurité. Et ça va nous amener à parler de régulation et de co-régulation. La régulation. Alors, c'est un autre point très intéressant qui est particulièrement souligné par le professeur D'Affonseca, mais pas seulement. Il y a de nombreux autres professionnels dans l'accompagnement des personnes autistes qui le soulignent, et puis les autistes eux-mêmes le disent. Les stéréotypies, ce ne sont pas simplement des mouvements répétitifs ou donc stéréotypés comme décrit dans le DSM-5. Ce sont aussi des stratégies d'autorégulation. Le steaming, par exemple, c'est le corps qui nous propose une solution. Donc le steaming et les stéréotypies ne sont pas... des symptômes de l'autisme. Ce sont des adaptations d'une personne autiste qui se régulent. C'est une stratégie, les stéréotypies. De la même manière que pour une personne avec un TDAH, le fait de bouger, ce n'est pas un symptôme. C'est une stratégie pour augmenter, par exemple, l'éveil intellectuel devant un environnement qui serait perçu comme monotone. Ça permet aussi de changer, de surfer d'une activité à l'autre. Le fait de manger. De bouger tout ça, ce sont des choses dans le TDAH. Les excès aussi du TDAH, ce ne sont pas forcément des symptômes, mais plutôt des stratégies parce qu'il y a un ennui, il y a quelque chose qui n'est pas satisfait. Donc, il y a une forme de monotonie avec laquelle il faut chercher des stimulants. Et tout ça, c'est de la régulation, c'est adaptatif. On en arrive au dernier chapitre avant la conclusion, la co-régulation. C'est un autre outil absolument passionnant dont nous parle ce professeur. Pratiquer la co-régulation. En fait, quand on a quelqu'un qui est en mode 2 ou 3, on peut l'aider. En tant que parent, en tant que conjoint, en tant que thérapeute, en tant qu'enseignant, en tant que médecin, psy, infirmier. On peut l'aider en pratiquant la co-régulation. La co-régulation, ça va être en premier lieu, prendre en charge les besoins sensoriels de la personne. En accompagnement, par exemple, ça va être lui demander si elle est bien installée, si elle se sent confortable, en sécurité. Régulièrement, moi j'essaye de le dire en accompagnement, n'hésitez pas, si vous avez besoin de couper votre caméra, si on est en visio, si vous avez envie de vous allonger, de faire la séance allongée sur votre canapé, si vous avez besoin de vous lever pour aller vous faire une boisson chaude ou d'aller aux toilettes, mais n'hésitez pas, il faut que sensoriellement vous soyez bien, que vous vous sentiez en sécurité, que votre corps soit bien. Et donc... La co-régulation, ce n'est pas seulement ça, ça fait partie, mais c'est aussi veiller sur le plan sensoriel, que les sens ne soient pas suractivés, sursollicités, que la personne se sente en sécurité sensorielle. Et c'est aussi être soi-même en mode 1. Par exemple, là, j'ai un temps de voix qui est posé, en principe, j'espère. Vous sentez que je suis en confiance, qu'il y a une certaine sérénité, je suis bien. En tout cas, il y a de la tranquillité qui devrait se dégager. chez moi. Imaginez si je vous disais la même chose avec une voix stressée. Faisons l'exemple. La co-régulation, ça va être en premier lieu le fait de prendre en charge les besoins sensoriels de la personne. En accompagnement, c'est lui demander si elle est bien installée. Régulièrement, je le dis en accompagnement, vous n'hésitez pas si vous avez besoin de couper votre caméra ou de vous allonger sur votre canapé, ou bien si vous avez besoin de vous lever ou de vous faire une boisson chaude, d'aller aux toilettes. N'hésitez pas. J'espère que je ne vous ai pas trop stressé. J'imagine que vous avez senti que l'effet n'est pas le même. Maintenant, si je le fais en vous engueulant, il faut que, sensoriellement, vous soyez bien. Je veux que vous vous sentiez en sécurité, que votre corps soit bien. Donc, la co-régulation, ce n'est pas simplement ça. C'est simplement veiller sur le plan sensoriel, qu'il ne soit pas activé, qu'il soit en sécurité. Je vous ai engueulé. Désolée. Donc, la co-régulation, c'est transmettre une certaine sérénité. Et pour ça, ça demande d'être soi-même serein, apaisé. Ça se travaille aussi par la voix, ça se travaille par le visage, par les expressions du visage, le sourire, la posture, les épaules détendues. C'est d'ailleurs une posture qu'on travaille dans mes ateliers d'assertivité et d'affirmation de soi. On travaille sur les mots, mais on travaille aussi le ton de la voix. La posture physique, en disant par exemple avec les épaules détendues, le visage souriant. Pour prendre un autre exemple, quand on veut dire à quelqu'un qui nous gêne avec sa musique, on peut lui dire, excusez-moi, je suis très sensible en ce moment, est-ce que vous voudriez bien baisser votre musique ? Ou bien, un autre exemple, ça serait possible de demander à votre enfant, s'il vous plaît, de faire attention à ne pas bouger le siège, j'y suis très sensible en ce moment. Ce n'est pas du tout la même chose. de dire, ça serait possible de demander à votre enfant d'arrêter de secouer le siège. Je suis très sensible en ce moment. Avec le visage et les muscles crispés, avec une intonation de voix qui n'est pas du tout la même. La co-régulation, c'est aussi ce grand classique dans les exemples. C'est l'enfant dont vous vous occupez qui tombe. Il vous regarde, il est tombé et il attend de voir comment vous réagissez. Vous, rapidement, vous avez vu. qu'il y a plus de peur que de mal, il n'est pas blessé, mais vous pouvez avoir deux réactions. Vous pouvez faire « Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? T'es tombé ? Tu t'es fait mal ? » Il va s'inquiéter et il va se mettre à pleurer. Mais vous pouvez aussi lui montrer que vous n'êtes pas plus inquiet que ça et faire « Oups ! Badaboom ! Oh, t'es tombé ! » Avec la voix souriante, lui, l'enfant, il ne va pas y accorder plus d'importance que ça et il va repartir dans ses jeux. Ce qui est super important aussi, super éclairant avec cette théorie, c'est que une thérapie, une TCC par exemple, il y a plein de super thérapies, de super outils, mais ça ne peut pas fonctionner si on n'est pas en sécurité. Il faut d'abord être en sécurité physique, émotionnelle, cognitive, relationnelle, avant de pouvoir faire des thérapies. Si la personne n'est pas en mode 1, avec suffisamment de sécurité, elle va être Donc en mode 2, accélérateur, fight or flight. Ou alors elle est en mode 3, elle est en sidération, en dissociation, en immobilisation. Et c'est très difficile de faire une thérapie et d'être en lien et d'avoir la sécurité, ne serait-ce que cognitive. Imaginez l'état de stress dans la voiture. C'est très difficile de travailler comme ça. Donc d'abord on travaille sur la sécurité. Et puis ça marche dans les deux sens. parce que s'il soignait en lui-même Vous l'avez vu avec mes exemples, avec mon temps de voix, ma crispation. Si l'interlocuteur est en mode 2 ou en mode 3, si lui-même n'est pas en sécurité, il n'est pas posé, ça peut, pour lui, accentuer aussi le trauma vécarien. Et ça va faire du soignant. Ou même quand on est en famille, quand on est le conjoint, le parent d'une personne avec qui on voudrait co-réguler. ça va faire de l'interlocuteur en fait quelqu'un qui n'est pas efficace parce qu'il ne permet pas la co-régulation de par sa propre posture. En conclusion, le professeur nous dit, avec la lecture de la théorie polyvagale, on comprend que les comportements, les symptômes du TSA sont une stratégie d'adaptation à un environnement perçu comme menaçant en permanence. On voit que... Ce qui définit l'autisme, le caractère restreint et répétitif des comportements, les mouvements répétitifs ou stéréotypés, l'intolérance aux changements, l'adhésion inflexible à des routines, les déficits, ce qu'on appelle déficit de la communication et des interactions sociales, déficit de réciprocité, déficit des comportements non-verbaux. Tout ça, ça serait plutôt que des symptômes à réduire ou des choses à améliorer. Ça serait simplement des stratégies d'adaptation à un environnement perçu comme menaçant en permanence. Et ça, c'est hyper important, parce que ça permet de bien traiter les autistes. Ça permet de changer complètement de posture et de ne pas chercher à faire en sorte que les enfants soient à peu près comme les autres, mais à comprendre pourquoi ils sont différents, pourquoi ils s'adaptent en permanence. Et donc, ça permet de chercher à réduire, à essayer qu'ils soient... de réduire les agressions, de réduire l'insécurité et à essayer qu'ils soient plus souvent en système 1, qu'ils soient plus souvent en sécurité. Et si on va chercher plutôt des aménagements, des adaptations, la réduction des agressions pour qu'ils soient plus souvent en sécurité, d'office, naturellement, les capacités de communication vont se développer. Et le besoin de routine, le besoin de contrôle vont être beaucoup moins de questions de survie et prendre moins de place. Parce qu'il n'y a qu'en mode sécure, en mode 1, qu'on est en capacité de communiquer, d'entrer en relation avec l'autre. Avec cette métaphore de la voiture, vous arrivez à communiquer avec les gens dans la voiture quand vous êtes dans une course-poursuite ou que vous êtes au bord d'un précipice. Dès qu'on est en mode stress, fight or flight, en mode 3, en mode frein, blocage, on ne peut pas être en lien avec les autres. C'est physiologique. Le cerveau, le corps, les muscles, les hormones, tout est... en mode défense ou en mode survie vitale. Donc on ne peut pas être en relation avec les autres. Alors une personne autiste qui est constamment en mode 2 ou 3, c'est normal, ça ne sert à rien de lui dire « il faut travailler les habiletés sociales, il faut améliorer les relations, il faut sortir, il faut sociabiliser » , ça ne sert à rien. Il faut d'abord mettre la personne en sécurité, lui faire expérimenter la sécurité environnementale, sensorielle, sociale et émotionnelle. Donc, fais un effort, et ben... ça sert à rien, au cas où il aurait fallu le préciser. Il faut se permettre à soi-même et à l'autre d'être en sécurité et le reste viendra. Voilà, c'est fini. Navré pour les petits intermèdes de mes notifications. J'avais mis le mot de concentration, zéro notification mais je n'avais pas prévu que cet épisode durerait aussi longtemps. Aujourd'hui, je vais juste pour terminer. Terminé maintenant, je vais vous lire un retour qui m'a beaucoup touchée. Voilà un commentaire qui a été posé sur Apple Podcast. « Faire un effort est un podcast que je recommande plus que chaudement à toute personne concernée de près ou de loin par le TSA ou le TDAH. L'animatrice y partage des réflexions fines, des astuces concrètes et un vécu sincère, sans jamais tomber dans les clichés. C'est rare de trouver une voix aussi claire, informée et bienveillante sur des sujets souvent mal compris. Chaque épisode est une mine d'or pour nous. » pour mieux se comprendre, se légitimer et avancer à son rythme. Une vraie bouffée d'air pour les cerveaux atypiques. Eh bien, merci beaucoup. En fait, j'en suis presque gênée. Donc, c'était le premier épisode de cette année. Je vous remercie beaucoup, beaucoup, beaucoup d'être là et d'écouter ces chroniques. Ça fera, en février, on fêtera les deux ans de ce podcast. Alors, merci pour les échanges. Merci pour les partages. Merci pour les rencontres dans les ateliers. Et si on... peu, soyons tendres avec nous-mêmes, soyons patients.