- Speaker #0
Bonjour à tous. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir derrière le micro de Phil Henlid, Virginie Legrand. Virginie est ancienne professeure de français et d'allemand. Elle s'est reconvertie il y a quelques années en tant que chef. Entrepreneur, podcasteuse, éditrice, élue Femme Forbes 2025, Virginie a construit sa trajectoire dans un secteur fragilisé ces dernières années, normé et souvent verrouillé, là où personne ne l'attendait. Elle n'a jamais attendu que les conditions soient idéales pour avancer. Elle a prié à créer sa chance. à faire de sa singularité une force et de sa sensibilité une énergie créatrice. Quand un cadre se ferme, elle en crée un autre. Quand une porte résiste, elle en ouvre une autre. Ce qui traverse son parcours, ce n'est pas la recherche de sécurité, c'est le mouvement permanent. La capacité à transformer les crises, les jugements et les contraintes en source de créativité pour avancer et se dépasser. Dans cet épisode, nous explorons comment le mouvement, l'adaptation et l'incarnation deviennent des leviers de leadership et de durabilité pour réaliser ce qui semble hors de portée. Bonjour Virginie.
- Speaker #1
Bonjour Tiphanie.
- Speaker #0
Je suis ravie de te recevoir derrière le micro de Phil & Lyd. Alors Virginie, tu es chef autodidacte, mais avant tu as été ex-professeur de français et d'allemand. Tu t'es reconvertie il y a plus d'une dizaine d'années. Quand on a préparé cette interview, on a parlé beaucoup de mouvement et de saisir sa chance. Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours et cette reconversion ? que tu as vécu il y a une dizaine d'années ?
- Speaker #1
Alors, moi j'ai été prof de lettres et prof d'allemand pendant 12 ans dans le cycle secondaire, parcours asso linéaire, cadré, sécurisant. Je développais parallèlement les week-ends une forte passion pour la gastronomie. Et à un moment, en octobre 2013, une aventure a avorté et je me suis retrouvée à la croisée des chemins. Donc on décide, soit on reste, on stagne, soit on avance et on est dans l'élan. J'ai décidé de monter mon entreprise autour de ma passion que j'ai souhaité professionnaliser par sûrement une immense folie, mais ça fait 12 ans aujourd'hui donc finalement c'était pas pas tant fou.
- Speaker #0
Et quand tu te lances dans cette reconversion, c'est vrai qu'on a tendance à se dire que la cuisine c'est quelque chose d'assez classique, un modèle classique où tout est normé, de faire des des écoles de cuisine, qu'on n'y va pas comme ça.
- Speaker #1
Au doigt mouillé.
- Speaker #0
Voilà, au doigt mouillé. Comment tu vis cette reconversion et comment ton entourage le vit, cette reconversion ?
- Speaker #1
Alors moi, intérieurement, je le vis de manière extrêmement sensée, lucide et très intuitif, très instinctif. Je sens que quelque chose m'appelle, justement, dans le milieu de la restauration. Et donc cette restauration, à la fois dogmée, dogmatique, mais finalement, j'ai choisi... Le non-restaurant, vu que je vais à domicile, donc déjà, j'ai voulu casser tous les codes. Donc ça, de mon côté à moi, ça a été très facile. Il y avait beaucoup de sens. Le nom de ma boîte, d'ailleurs, Communique Passion, je l'ai trouvé une nuit. Du côté de mon entourage, beaucoup de questions, beaucoup de peurs, beaucoup d'angoisse, personne d'entrepreneur. personne dans la restauration, qu'est-ce que tu vas aller faire, pourquoi tu te mets en danger, ta fille elle a trois ans et demi, elle ne va plus pouvoir manger, voilà, donc on en était quand même là. Ce à quoi j'ai répondu, on se détend, on va tenter, on va voir ce que ça donne, et si ça marche, on reste. Et ça a marché.
- Speaker #0
Et quelles sont les premières étapes que tu mets en place au moment où tu fais cette reconversion ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
En fait, je n'ai pas beaucoup le temps de mettre des étapes en place parce que quand je décide ça, on est en octobre 2013 et moi j'y matricule en décembre 2013 et je décide de faire un dîner test dans une entreprise de référencement de chef à domicile en mars 2014. Donc tu vois, on est à six mois quoi. Mais par contre, en fait, ma principale étape ça a été de préparer mon entourage, de rassurer mon entourage plutôt que de me rassurer moi-même. Alors que moi, au fond, je savais que c'était ma destinée.
- Speaker #0
Pourquoi tu as eu besoin de les rassurer ?
- Speaker #1
Parce qu'ils m'ont mis la pression, parce qu'ils m'ont culpabilisée, parce qu'ils m'ont renvoyée leurs propres insécurités. Alors que quand j'en parle aujourd'hui, je n'ai jamais eu peur, en fait. Je ne finis jamais. Je sais que c'était en moi, je sais que j'allais construire ma destinée, une sorte de légende autour de l'art culinaire et que c'était là, en fait, c'est là et ça ne demandait qu'à sortir, donc les autres... gérer votre vie, en fait.
- Speaker #0
C'est un peu brutal, pardon, mais c'est ça. Quand on a préparé cette interview, je me rappelle que tu m'avais dit aussi que certains disaient oui, c'est une passion. T'es mère de famille, tu fais tes petites popotes le week-end, tu regardes les émissions culinaires, t'as des idées à la seconde, Virginie. Bon, ça va être passé.
- Speaker #1
Ouais, c'était un hobby. Les gens pensaient que c'était comme tu fais un peu de piano, tu fais du running, tu fais un peu de peinture, voilà. Moi, je savais au fond que c'était déjà beaucoup plus fort que ça. Et en fait, le fait de professionnaliser ma passion m'a semblé vraiment une évidence, quand eux, ça leur semblait un grand danger. Et c'est pour ça que je me suis dit, mais en fait, la trajectoire, elle appartient à qui ? À eux ou à moi ? À moi, donc, laissez-moi libre. J'avais déjà, je pense, cette aspiration, cette quête de liberté très très forte, très effervescente. Et en fait, voilà, je me suis lancée vraiment en me disant, et alors ? Et si ça ne marche pas, quel est le problème ? On ose, on tente, j'étais déjà là-dedans. Et plus tu es dans cette dynamique-là de dire « Ok, autour de toi, tu fais le ménage, ce ne sont pas des gens que je n'aime pas, que je n'aime plus, ce sont des gens où je me dis « Ok, gérez votre vie, gérez votre énergie, moi je savais que je voulais aller là-bas. » Et aujourd'hui... Je vais me dépasser ceux-là-bas très très loin.
- Speaker #0
Et quand tu immatricules ta société, je crois que tu m'avais dit je vais aller un peu toquer aux portes, au culot.
- Speaker #1
Bah oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que t'as fait ?
- Speaker #1
En fait quand tu immatricules, tu as plusieurs lettres qui s'appelle l'urssaf qui sont là qui apparaissent dans ta boîte mail et tu te dis mais c'est qui ça mais ça ça va demander de l'argent en fait donc si ça demande de l'argent il faut aller faire rentrer de l'argent et quand Quand tu es salarié, l'argent rentre facilement. L'argent rentre de manière très fluide. C'est tous les premiers, les deux du mois. Tu fais ton taf, aussi dur soit-il, mais en tout cas, tu fais ton taf et ça rentre et tu ne te poses pas de questions. Là, c'est quelque chose où tu dois te mettre en mouvement. Et quand j'ai compris ça, je me suis dit, bon, ok, je vais me mettre en mouvement. Je n'avais pas de CAP, je ne voulais pas passer de CAP. Je ne voulais pas mettre 5, 6, 7, 8 000 balles dans une école de cuisine. Je me suis dit, je vais aller voir une agence de référencement. qui va m'aider à trouver des clients. Et donc, j'y suis allée en mode vraiment, écoutez, moi, j'adore cuisiner, j'aimerais en faire mon métier, qu'est-ce que vous pouvez faire pour moi ? On va faire un dîner test. Donc ça, c'était le 25 mars 2014. Donc là, le 25 mars 2026, ça sera vraiment l'anniversaire de mes 12 ans. Et en fait, j'y suis allée en me disant, ok, ça va me donner un vrai coup de pied aux fesses pour voir objectivement ce que je vaux. en termes de cuisine, de gastronomie et surtout d'hospitalité. Parce que quand tu es chef à domicile, tu as aussi toute une partie de représentation. Ce que tu n'as pas dans un restaurant. Un restaurant, tu as ton équipe, tu es en cuisine. Et en fait, c'est les serveurs, les maîtres d'hôtel qui font la coordination avec la salle. Là, je dois être à la fois en cuisine, et souvent, ils viennent avec moi en cuisine. « Pote, il faut que tu sois concentré. » Puis après, tu as tout le côté service. Tu peux faire tout le côté service. Tu parles, tu racontes une histoire. Tu as aussi beaucoup de storytelling. Et je l'ai fait et ils ont adoré. Donc, ils m'ont mis tout de suite dans leur agence en mode premium. Il y avait trois steps. J'étais dans le plus luxe. Et puis voilà, pendant deux ans et demi, j'étais avec eux. Et ça m'a fait beaucoup de bien. Et je me suis dit, OK, c'est bon, c'est parti.
- Speaker #0
Et pourquoi ce choix de la cuisine particulièrement ?
- Speaker #1
Le don, l'amour. Tu ne luisines jamais pour toi. La cuisine, c'est transformer un aliment à destination de quelqu'un. Pour moi, c'est ça la définition d'une cuisine. Tu vois, ce midi, j'étais toute seule à la maison, je n'ai pas mangé. Aucun intérêt de me faire quelque chose à manger, ça ne m'intéresse pas. Donc en fait, c'était transmettre de moi à l'autre, à qui je veux faire plaisir, et en lui faisant plaisir, je me fais plaisir, et en me faisant plaisir, je lui fais plaisir. Donc il y a en fait une réciprocité très émotionnelle. pour moi, dans la cuisine, avec un prisme de la table, un prisme des produits que tu trouves sur les marchés. Mais finalement, c'est une déclaration d'amour que tu fais à la personne en face, qu'elle soit un client que tu ne connais pas ou qu'elle soit ton mari, ta fille, tes parents.
- Speaker #0
Il y avait cette notion de verbalisation.
- Speaker #1
Je ne l'ai jamais dit comme ça.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Tu me fais accoucher de choses. Je ne l'ai jamais verbalisé comme ça, merci.
- Speaker #0
Et pourquoi tu le formules comme ça là maintenant ?
- Speaker #1
Tu sais, c'est toi qui l'impulse. C'est l'énergie qui est là. On a le droit aux larmes, j'imagine, parce qu'elles voient arriver les larmes,
- Speaker #0
à un moment ou à un autre. Moi, ce qui m'a marquée dans cette interview, quand on l'a préparée, et c'est un mot qui est revenu, et d'ailleurs tu l'as dit tout au début, c'est la question du mouvement. De sortir du cadre et d'être là où on ne t'attend pas. Et dès le départ, en fait, même à l'époque où tu es professeur ? Et où ?
- Speaker #1
Je me dis, je suis n'importe quoi.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
parce que quand j'étais professeure, en fait, les deux métiers que j'ai faits, peut-être que j'en ferai un troisième et que ce sera sur le même mode, mais l'enseignement et la gastronomie, je n'ai aucun diplôme. Mais pour les deux métiers, je savais que j'étais faite pour ça. Et l'enseignement, moi j'ai fait une maîtrise de germanistique à la Sorbonne parce que j'adorais, je suis très germanophile et je voulais transmettre en fait l'amour de l'allemand. Alors je sais que c'est très très rare que les gens me disent mais pourquoi t'adores ça ? Mais peu importe, ça résonne en fait, c'est quelque chose que tu as dans le cœur. J'ai passé mon CAPES, mon AGREG, je ne l'ai pas eu. Je le dis de manière complètement décomplexée parce que pour moi, ce n'est vraiment pas un échec. Et en fait, pourquoi je ne l'avais pas ? C'est parce que je n'arrivais pas à faire des dissertations en bonne et due forme, de huit pages.
- Speaker #0
Le cadre ?
- Speaker #1
Non, mais en fait, quand après tu travailles avec des gamins en sixième, cinquième, quatrième, troisième, même pour faire passer le bac, de faire une dissertation hyper chiadée sur Goethe, ça n'a rien à voir. Et d'ailleurs, ce qui est drôle, c'est qu'il y en a qui ont la grègue et qui ne sont pas de bons profs, qui sont effectivement des sachants, très doctes, très intelligents, brillants, mais qui n'ont pas cette fibre du cœur. Ils ont le cerveau bien fait, mais après la transmission, et puis surtout l'adaptation par rapport aux enfants, c'est compliqué aussi, l'agilité par rapport aux enfants, et puis l'agilité pédagogique. Et en fait, je savais que je voulais l'avoir. Cette voix-là, et cette voix, je pense, les deux, VOIE et VOIX, et donc pareil, j'ai été tapée à la porte d'une école privée hors contrat, qui m'a accueillie, qui m'a dit, écoute, on sent que t'es animée par quelque chose, let's go, et je suis restée avec lui pendant un an et demi.
- Speaker #0
Tu parles de cette sensibilité, de cet amour, mais aussi de ce qui t'anime. Et quand on a préparé cette interview, tu m'as dit, je me rappelle, « Cognic Passion démarre, fait son chemin de vie, et puis là, 2020, Covid, il y a un déclic autour justement de cette animation, de cet élan de vie. » Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Alors, Anima, c'est l'âme en latin. Donc ça veut dire que c'est une vibration intérieure.
- Speaker #0
Quand le Covid est arrivé,
- Speaker #1
confinement, pareil, super moment. C'était en mars 2020, du coup j'avais commis... commencé. J'étais à 6 ans. Je m'apprêtais à fêter mes 6 ans. Donc quand même, j'étais sur une structure assez stable, pérenne. Moi, je travaillais avec mon mari, donc voilà, c'était cadré, ça marchait bien. J'étais vraiment en pleine ascension, un carnet de commandes bien rempli. Et le Premier ministre Edouard Philippe annonce... Tout ferme. Alors c'est vrai qu'on est un peu sous le choc, on ne comprend pas trop. Moi j'ai eu deux jours de sidération, c'était un samedi soir. Le lundi matin je me dis, mais en fait lundi matin je reçois plein de messages des clients qui avaient validé des prestations jusqu'à juillet et qui me disent Virginie là, on ne peut pas, Tu dois nous rembourser la compte, tu nous rembourses la compte, tu nous rembourses la compte, tu nous rembourses la compte, et là je comprends qu'en fait...
- Speaker #0
Ça devient une angoisse.
- Speaker #1
Ah mais...
- Speaker #0
Tu vois ta trésor et ton carnet de commandes descendent.
- Speaker #1
Ah ouais, ben en fait je Ausha, j'enlevais de mon calendrier. je décochais et il faut quand même comprendre que toutes les prestations je mets énormément de temps à les préparer donc là tu te dis ok temps, argent énergie, plus rien, plus de visibilité le rideau ferme le rideau tombe en fait et effectivement deux semaines, trois semaines à la maison, à me lever le matin, sans but, aéré, à être sur le balcon, on était en mars pourtant, donc il faisait froid, mais sur le balcon, avec mon gros plaid, à pleurer toutes les larmes de mon corps et en me disant, mais c'est quoi aujourd'hui ? Pas de perspective, moi je suis quelqu'un de très très anticipatrice. Tout s'arrête. C'est quoi demain ? C'est quoi après-demain ? C'est quoi dans 10 jours ? Qu'est-ce que je fais dans 15 jours ? Qu'est-ce que je fais dans 20 jours ? L'enfer.
- Speaker #0
Tu as eu peur de fermer communication à ce moment-là ? Ça t'a traversé l'esprit ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas tant que j'ai eu peur de fermer communication, j'ai eu peur de me fermer moi. J'ai eu peur, ça aussi je n'ai jamais dit comme ça.
- Speaker #0
J'ai eu peur de me perdre moi,
- Speaker #1
en fait, parce que je pense que quand j'ai créé Communique Passion, j'ai compris que c'était vraiment moi, et je dis toujours que je suis née avec Communique Passion. Donc en fait, c'est une petite mort.
- Speaker #0
Oui, c'était une renaissance. Naissance en créant cette entreprise.
- Speaker #1
Et c'était une mort identitaire, en fait. Et c'est à ce moment-là que les gens ont vu, mais vraiment, ils ont vu à quel point c'était une passion. Parce que j'avais beau dire, tu sais, quand tu dis t'es passionné, bon oui, t'es passionné, c'est que tu passes du temps sur quelque chose. Non, c'est pas je passe du temps sur, c'est à l'intérieur de moi. C'est ancré en moi. Et là, on m'a enlevé, on m'a arraché quelque chose et je me suis dit, OK, qu'est-ce qu'on fait ? Et finalement, pendant deux semaines et demie, j'essaye de réaliser et surtout j'essaye de réajuster. Donc je reprends mes esprits et je me dis, ok, soit effectivement tu te remets dans l'enseignement, mais ça a pris 30 secondes. Soit... Tu vas profiter de ce temps-là déjà pour réfléchir vraiment sur ce que tu veux faire sur les années à venir. Tu retravailles ta communication. J'ai lancé mon premier bouquin, j'ai fait une campagne Ulule, j'ai beaucoup communiqué sur LinkedIn et donc à partir de là, j'ai commencé à sortir du bois. sur les réseaux sociaux parce que Facebook commençait déjà à ne pas être forcément quelque chose de crédible commercialement. C'est plus des gens qui papotent sur Facebook, mais il n'y a pas de destination de visibilité business. Je n'étais pas encore sur Insta et je me suis dit « Ok » . Et à partir de là, j'ai senti qu'il y avait eu un avant-après. Donc, ça m'a donné beaucoup de force. Ça m'a donné du coup une perspective, même si c'était compliqué. Et surtout, il y a un truc que j'ai fait. Moi, je faisais partie de la tablée des chefs. On était bénévoles. La tablée des chefs, c'est on donne des cours de cuisine pour les gamins défavorisés. Donc, je faisais partie d'un programme sur dix mois où tous les mercredis, je donnais des cours de cuisine dans des cités. Et en fait, la tablée des chefs a réquisitionné des restaurants qui étaient fermés. Excuse-moi parce que c'est bizarre, ça me ramène. pas mal de choses. Et en fait, nous, les chefs, on a beaucoup souffert. Et on avait besoin de se retrouver ensemble, de comprendre à quel point ça avait été difficile. Parce que les gens autour de nous disent « Ah oui, t'as plus d'argent. » Ou « Tu as plus travaillé. » Mais en fait, non, vous avez pas compris. Le chef, le vrai chef qui veut donner de l'amour au travers de sa cuisine, s'il a plus ça, il n'existe pas.
- Speaker #0
Il y a presque un truc autour de l'oxygène et de la vie en fait.
- Speaker #1
Mais du vital, tu vois, la vitalité. Et en fait, ils ont organisé des gros moments où on se retrouvait en cuisine. Je me souviens qu'on avait été à la brasserie La Lorraine et à la brasserie Auteuil où ils nous avaient ouvert les cuisines et on s'est tous retrouvés. Il y avait des meufs, des étoilés et en fait, on faisait de l'aide alimentaire. Donc en fait, on avait des produits qui arrivaient et on cuisinait, on cuisinait, on cuisinait pendant 6, 7, 8 heures. Et après, les associations venaient et on avait préparé des barquettes. Et en fait, je me souviens parce que la brasserie La Lorraine ou Auteuil, c'est 16 et 17e. Donc l'étoile, vide. Vide, moi je prenais ma bagnole, il n'y avait rien, tout le monde était coulâtré chez eux, et moi je prenais ma bagnole, on avait cette fameuse attestation, et on arrivait et en fait on pleurait dans la cuisine. Mais des mecs qui étaient étoilés, qui avaient bossé dans des cuisines, c'était pas que ma sensation. à moi c'était on pleurait en étant putain on est bien on est bien là on retrouve un sens et c'était très fort et donc à ce moment là je me suis ok c'est bon je sais où je vais et peu importe ce qui arrivera ce sera mon chemin et tu parles du sens à ce moment là
- Speaker #0
cette période de chaos, d'arrêt total, tu vas le mettre à profit. Tu disais, tu vas te lancer sur LinkedIn, tu vas te lancer sur Instagram, tu vas écrire un premier bouquin. Et en fait, ce moment de pause forcé, tu vas le transformer. Et tu m'avais dit, en fait, soit t'abandonnes, soit tu transformes.
- Speaker #1
Je pense que là encore, j'ai eu l'élan de créer. Moi, je pense que je suis obsédée par la création. Je suis obsédée par Tu pars de rien, le néant, en fait c'est l'opposition du néant et du vivant. Ça aussi je l'ai jamais dit. T'es forte hein ? T'es très forte. L'opposition du néant et du vivant. Donc t'as le néant, soit tu te complains, soit tu dis ah c'est horrible, je suis malheureuse, machin. soit tu bascules de l'autre côté avec une énergie plus fort que ça en disant tu vas faire vivre quelque chose de douloureux et de transformer ça en énergie créative, créatrice ça rend la chose plus... d'une puissance incommensurable.
- Speaker #0
Tu sais où tu vas. Tu m'avais évoqué aussi que pareil, dans cette situation inédite, tu vas aller prendre ta voiture au moment où Paris est vidé de sa vie et tu vas aller voir des personnes. En tout cas, tu vas leur proposer, tu vas organiser des dîners pour deux ou trois personnes au moment du déconfinement. Donc en fait, c'est pas encore des grandes fêtes. ou les grands rassemblements. Et tu te dis, OK, c'est pas rentable là, mais j'investis, je fais un choix, je fais un pari, je vais investir sur l'avenir. Et puis, c'est plus que ça. Là,
- Speaker #1
quand tu commences à dire cette phrase-là, je me dis, en fait, les gens étaient tellement... anxieux. Alors, bien sûr, il y avait ceux qui avaient le télétravail et ils étaient tranquilles, mais c'était quand même très spécial, cette période. Je pense que j'avais aussi besoin de leur donner de l'amour. J'avais besoin de leur apporter une petite lumière chez eux. Et je me suis dit, voilà, je vais faire de la livraison. Donc, je cuisinais à la maison. Et en fait, je prenais ma bagnole pour deux, trois, pour une famille. Donc, c'était parfois des couples. Deux, trois, quatre. Et... Bah évidemment, c'était des repas à 40 balles, tu vois, ça me faisait 200 euros, bref, je ne gagnais rien, mais je gagnais quand même beaucoup. Parce que je gagnais en communication, donc là je commençais déjà à communiquer un peu sur Instagram, je me suis fait l'occasion, donc je faisais des stories où j'étais vivante, où je montrais qu'on pouvait continuer à être dans le mouvement, qu'il ne fallait pas perdre pied et se dire être résignée. Je crois que j'ai beaucoup de défauts. Mais je ne peux pas être résignée, je ne peux pas me résigner. Et je crois que quelque chose m'a dit dans l'univers, vas-y, tente-le, va jusqu'au bout. Je sentais quelque chose. Et effectivement, quand on a déconfiné, après ça a commencé à se transformer en 5, 7, 10. Et puis au deuxième déconfinement, à partir de novembre, décembre. Là, ça a commencé à reprendre. Et surtout, les gens... J'avais suscité une petite curiosité autour de moi. Ils disaient, mais c'est qui cette petite fée qui prend la route alors que tout est vide ? Alors qu'elle aurait pu rester chez elle parce que nous, on était payés. Quoi qu'il en coûte d'Emmanuel Macron, il n'y avait pas de problème. Mais j'avais besoin. J'avais besoin de prendre l'air. Et puis, j'avais besoin peut-être de donner de l'air aux autres. aussi, qui s'asphyxiaient chez eux seuls, avec leurs enfants qu'ils ne pouvaient plus voir, avec leur mère, leur mari, parce qu'on était tous quand même les uns sur les autres, et moi j'apportais Un souffle. Un souffle, exactement. Et je me la portais à moi aussi en même temps.
- Speaker #0
Et à la fin du... Au moment où ça se déconfine de plus en plus, comme tu dis, il y a 5, 10, 20, 30 personnes. Au moment où on se déconfine vraiment, c'est un tournant pour Communique Passion. Parce que là, en termes de visibilité, tout ce temps de pause t'a permis de gagner en visibilité alors que tout était à l'arrêt. T'as permis un bouche à oreille alors qu'en fait, pendant des mois... T'as organisé des dîners, je dirais pas rentables, mais où tu savais que t'investissais sur l'avenir et puis il y avait ce souffle vital qui était en toi et pour les autres. Ce que je trouve hyper inspirant, c'est que, comme tu le dis, moi je peux pas me résigner, c'est le néant et je me mets quand même en mouvement et ça va t'amener sur d'autres chemins et faire exploser dans le bon sens comme unique passion. Oui, parce que je pense que si j'étais restée dans ce confort, de dire, ok, je vais en parenthèse, comme plein de gens l'ont fait, pendant six mois, sept mois, je profite pour travailler sur d'autres choses,
- Speaker #1
réparer ma maison, me reconnecter avec mon mari, ma fille, revoir des amis, etc. Profiter de la vie, j'aurais pu, en fait, pendant sept mois, profiter de la vie. On est payé, on s'en fiche. Et en fait, je pense que là encore, tout ce qui se fait, quand aujourd'hui je le conscientise, J'ai été guidée, j'ai été guidée et c'était évident, j'ai pas été le calculer, ça n'a pas été une stratégie, en fait au fur et à mesure, moi je me suis dit j'ai besoin de ça, donc je me suis écoutée, j'ai besoin de ça et comme je voyais que ça marchait, j'ai continué. Et pourtant, c'était fatigant. Tu te dis, voilà, tu travailles. Moi, à chaque fois, même si on est deux, trois, c'est quand même trois heures. Tu reprends ta voiture, tu te couches tard, tu portes des choses. Je me mettais en danger, en fait, d'une certaine manière parce que j'aurais vraiment pu arrêter ça pour en mettre en stand-by. Et c'est vrai que je pense que ça m'a donné, enfin, ça a donné, pardon, l'image à ma communauté que j'étais courageuse. Déjà, que j'étais engagée, que j'étais passionnée et du coup les gens ont eu après envie de me rencontrer. Soit dans des networking, soit sur les réseaux, donc à suivre mes postes, soit effectivement à me booker en disant on a envie que tu viennes chez nous.
- Speaker #0
Est-ce que tu crois que le sens est fondamentalement la clé ? Pour traverser les moments difficiles. Oui. Le sens qu'on a à l'intérieur de soi. Mais ça, ça ne se décrète pas. Parce que tu vois beaucoup sur les réseaux de coachs qui disent, voilà. Comme s'il fallait le débloquer,
- Speaker #1
ce sens. L'arracher. Je pense qu'il y a naturellement. S'il n'est pas là... C'est que t'es pas à ta place.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça que j'allais dire.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'ils ne se décrètent pas. Va chercher ton... C'est comme la passion. Tu sais, moi, j'ai mon podcast, tous les invités que j'ai, je leur pose à chaque fois la question « Qu'est-ce que pour vous la passion ? » Et souvent, donc déjà les définitions sont hyper poétiques, sont hyper incarnées. Ce n'est pas un truc récité. Et en fait, on dit souvent, mais on a de la chance d'être passionné. Certains disent, moi je travaille beaucoup avec les jeunes ou dans les écoles de cuisine ou les chambres de métier de l'artisanat, tu vois, qui disent, pour les apprentis, il faut aller travailler la passion, etc. Mais la passion, tu l'as ou tu ne l'as pas ? Tu ne vas pas aller dire, développe ta passion. Quelle est ta passion ? Alors tu peux essayer de dire quelle est la... L'activité dans laquelle tu te sens bien, qui est l'activité dans laquelle tu trouves que tu le fais bien et qui t'apporte quelque chose, mais la passion c'est plus que ça. Donc ceux qui sont passionnés, c'est beaucoup des artistes, c'est beaucoup des choses qui sont dans la concrétisation, soit relationnelle, soit transformationnelle, comme nous, par exemple, les sculpteurs qui transforment la matière, ou comme nous qui transformons la matière aussi, l'aliment. Et je pense que ce sens-là, c'est biaisé en fait quand on dit va chercher ton sens. Alors oui, tu as des bilans de compétences, de savoir quels sont tes domaines d'expertise où tu te sens à l'aise, où ta personnalité résonne avec des sphères métiers. Et ta passion, ce n'est pas quelqu'un qui va te mettre une graine en disant tu seras passionné, je vais t'aider à être passionné. Ça n'existe pas ça.
- Speaker #0
Ça me fait penser, quand tu parles de... De ce côté, va chercher ton sens, va trouver ton sens et ce que t'es exécution. Est-ce que tu penses que la société dans laquelle on vit et dans laquelle on est formaté a toujours à être dans, il faut faire, dans ton savoir-faire, c'est quoi tes diplômes ? C'est quoi ce que tu sais faire ? La performance. La performance. Et l'un n'empêche pas l'autre. L'émotion, la sensibilité ou la passion n'empêchent pas la performance. Bien sûr. Mais est-ce que tu crois que c'est ça aussi qui nous empêche parfois de se reconnecter à soi pour aller chercher, puisque ce que j'entends dans ce que tu dis, C'est que la passion, c'est une alliance du faire, d'une forme d'exécution, et d'être,
- Speaker #1
de ressentir les choses. Le faire, l'être, l'avoir. En fait, on est dans tous ces verbes-là. Oui, bien sûr, je pense qu'on est dans une société asphyxiante, phagocytante, du culte d'être le meilleur. Voilà, c'est ça aussi. Plutôt que de donner le meilleur de soi. C'est toute la différence. Quand on parle de... Moi je sais qu'une des plus grosses difficultés c'est d'être perfectionniste, parce que je suis dans l'exigence, parce que je veux que tout soit carré au corps d'eau, ça c'est mon côté aussi germaniste de l'Est qui fait qu'il faut que ce soit hyper rigoureux, mais en fait c'est de donner le meilleur de soi. C'est de toi, dans ta tête, est-ce que tu as fait quelque chose qui t'apporte, et non pas par rapport au regard des autres. Et on revient toujours à cette idée du regard des autres. Alors que finalement, ce qui compte le plus, c'est le regard de toi avec toi-même. Pour moi, la réussite, c'est ça. C'est toute la distinction entre réussir dans la vie et réussir sa vie. J'ai vu un truc ce matin qui était hyper intéressant de Frédéric Lenoir, que j'adore, qui disait ça, qui dit on est beaucoup sur le matériel, sur le financier, au coche des cases. Voilà, j'ai une belle bagnole, j'ai une belle montre, j'ai un beau sac, je fais des belles vacances, je suis là sur les réseaux, etc. Mais si tout s'arrête, si ton statut social s'arrête, ça te donne quoi ? Moi, quand mon statut social s'est arrêté, Je me suis rendue compte qu'à l'intérieur, je m'en foutais de ne pas gagner de l'argent. Je m'en foutais de ne pas être là, dans les belles maisons, avec des beaux salons, etc. Ce n'est pas ça. C'était moi, ce que je voulais donner. C'est que ton identité, tu l'as dit tout à l'heure. Exactement. Voilà, mon identité. Donc, c'est ça aussi. Moi, si aujourd'hui, l'argent, ça vient en fait. Je m'en tape. Tu vois, j'en ai besoin. Bien sûr, ça aide. Mais je veux dire, pour faire ce que je veux faire, pour me sentir être comme je veux me sentir être et exister, je n'ai pas besoin d'argent. C'est mon travail sur moi, c'est ma projection, c'est mes réflexions, c'est mes souvenirs, c'est mes rencontres. Ça, ça ne se monétise pas. Nous, ça ne se monétise pas à ce moment. La sensibilité, ça ne se monétise pas, la transmission, ça ne se monétise pas. Donc je pense que là on commence aussi à rebasculer sur une autre société parce que la génération Z, c'est une génération qui est la génération de ma fille qui a 17 ans, elle me challenge bien, ma grande Rose. Elle me confronte à des choses où elle me dit, mais en fait, moi, j'ai besoin de sens. Donc, elle est en confrontation permanente sur l'autorité. Elle est dans l'engagement en permanence. Elle pense beaucoup à elle, mais pas forcément en mode. je suis égocentrée, je suis égoïste et tout le reste, ça compte pas. Non, c'est laisser une trace. Avoir un impact. Avoir un impact. Et moi, je sais que c'est ça. C'est ça que je veux lui laisser et me laisser à moi aussi de manière un peu égoïste.
- Speaker #0
Et cet impact, en même temps, il n'est pas décorrélé de la rentabilité. Et à la limite, il est même moteur d'une certaine forme de rentabilité. Tu le disais, quand on est... C'est ces petites lettres de l'Ursaf quand on crée son entreprise et qu'on doit aller chercher une rentabilité, maintenir une trésorerie. Est-ce que tu penses que c'est plus facile quand on est animé parce qu'on fait le sens, le côté... Comme tu le dis, en fait, j'ai cet élan, j'ai cette passion. C'est un élan vital pour moi. Parce qu'en fait, le Le reste suit quand t'es alignée ? Je pense que c'est plus lent.
- Speaker #1
Je pense que c'est plus lent que des bulldozers qui se disent « Ok, je veux faire du CA à mort, je vais dans le commercial à mort. » Qui, eux, peuvent brasser plus vite que moi. Il y a une question de patience. Il y a une question de... Parce qu'en fait, on est tellement dans la sensibilité qu'on a tendance à se dire, voilà, on revient à citer de valeur aussi. Comment j'arrive à évaluer la valeur de mon travail parce qu'il est tellement nourri de plein de choses ? Je ne suis pas un robot. Il y a des gens qui font en disant voilà je suis expert, je fais ça, je traite des dossiers, ok c'est bon, je pars de chez moi. j'ai fait mon truc, etc. Moi, je vis cuisine. Donc ça, je pense que c'est ce sur quoi je travaille beaucoup parce que je pense que j'ai perdu beaucoup de temps à être vraiment chef d'entreprise parce que j'étais beaucoup centrée sur cette passion. Mais finalement, tout s'accélère et Et tout se retrouve et l'univers rééquilibre en permanence. Donc, je pense qu'en fait, l'entrepreneuriat, c'est un chemin. On sait très bien qu'on dit, voilà, c'est pas un marathon. Enfin, c'est pas un sprint, pardon, c'est un marathon. Mais ce rapport à la rentabilité, c'est une vraie question. La passion, les acteurs se posent la question, les sculpteurs, les artistes. Le rapport à la valeur, c'est tellement intime. Et c'est pas lié à un diplôme. Tu vois, c'est pas lié à une expertise, c'est pas lié à quelque chose que tu vas transmettre de manière brute, que c'est tout un cheminement, mais je le fais et j'y arrive. Heureusement, je gagne de l'argent quand même, parce que sinon ce serait compliqué. Mais en tout cas, je suis ouverte à tous ces questionnements qui sont d'une richesse incommensurable en fait. Cette remise en question en permanence.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu parlais de cette exigence et de ce perfectionnisme. Pour ceux qui nous écoutent et qui ne nous voient pas, tu m'as dessiné un cadre. Et pourtant, de ton parcours, t'as toujours adoré péter les cadres.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
c'est vrai. Je pense que ça aussi, je travaille beaucoup sur moi. Je suis encore trop, trop patachée au regard des autres. J'ai peur de décevoir.
- Speaker #1
J'ai peur d'être jugée. J'ai peur d'être vue autrement que ce que je me vois moi. Après, quand on a une boîte aussi, la moindre des choses, c'est d'avoir une expérience client millimétrée. Il faut que tu aies quand même de l'exigence dans ce que tu fais parce que tu es payé pour ça. Mais moi, je pense que c'est obsessionnel. Oui, tout est assez haut-essionnel chez moi. La créativité, le perfectionnisme, le relationnel, les projets, l'hyperactivité. Oui, je suis beaucoup dans l'excès, c'est vrai. Mais je vois que ça marche aussi. En fait, je pédale pas dans le vide.
- Speaker #0
Et tu m'avais dit, quand on est étiqueté sur sa sensibilité, sur sa légitimité, quand on est, ah bah tiens, t'as pas tel diplôme, t'aurais dû avoir tel diplôme, surtout dans un... dans un milieu aussi normé que celui de la cuisine, du monde culinaire, j'imagine. Je me rappelle que tu avais parlé de la quête de soi et finalement apprendre à se réconcilier. Avec toutes les paires de soie.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, au fur et à mesure des années où tu mets des briques sur ton chemin et où tu crées en fait une structure de toi, à la fois commerciale, identitaire, le rapport à l'autre, le rapport à toi, que ça marche, que tu gagnes de l'argent, que les gens trouvent que ce que tu fais, c'est bien. Oui, tu te réconcilies. Et surtout... Je me mets une couverture qui me protège de tous ceux qui veulent me faire porter leur propre contradiction en fait. Donc moi aujourd'hui ça ne dérange personne dans le métier, ni les étoilés, ni ceux qui ont fait les grandes écoles, les grandes écoles hôtelières, les grandes écoles de cuisine, d'art culinaire, que moi je fasse mon petit job en fait. J'ai jamais eu de problème avec la concurrence. Moi, pour moi, c'est des pères, c'est des confrères, c'est des consœurs, c'est des gens qui m'enrichissent, avec qui j'ai envie de discuter, tu vois. Donc, que moi, je fasse mon petit job de chef à dôme, alors que je n'ai pas de CAP, ben eux, ils ont leur légitimité, ils ont leur truc, ils sont bien, ben OK. Pourquoi je leur pose problème ? Mais parce que j'apporte autre chose. Voilà. Et j'ai compris, tu vois, je fréquente de plus en plus autodidactes et c'est drôle les autodidactes parce qu'en fait, on se sent tellement pas à la hauteur qu'on donne dix fois plus et que finalement, on réussit dix fois plus. C'est intéressant. Ça c'est très intéressant parce que comme tu veux prouver en permanence que t'es dans ta revanche, en permanence en disant attends tu penses que je suis une petite ? Je vais te montrer. Alors que les autres qui sont à égalité horizontale ils vont pas leur faire cette remarque donc ils vont rester tous horizontales. Mais moi comme tu vas un peu me piquer aussi dans mon égo je vais te montrer que non seulement je fais comme toi mais je vais faire un peu mieux, ou un peu plus, ou un peu différemment. Donc je vais me démarquer. Et là du coup, je vais me démarquer. Je ne vais pas être dans le flot des gens qui sont un peu déshumanisés, standards en fait. Moi, les standards, ce n'est pas possible. Les trucs standardisés, ça me donne le haut le cœur.
- Speaker #0
Et est-ce qu'à un moment donné, tu as eu ce sentiment de syndrome de l'imposteur à un moment donné. donner, à ton avis ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Bien sûr, quand j'ai débuté, mais j'ai même envie de te dire, deux ans après, je l'ai encore. Je l'ai encore, et c'est peut-être aussi pour ça que je suis dans cette multitude de projets très divers et variés, qui sortent un peu de la cuisine brute, l'assiette, le four et le dressage. Mais, en fait, plein de gens autour de moi me disent, ça suffit. En fait, à un moment, ça suffit. Ça fait douze ans. Tu laisses une empreinte, ça marche bien, t'es encore là, les gens apprécient ton travail. L'imposteur, c'est qu'est-ce que tu fous là ? Qu'est-ce que tu fous là ? En fait, tu devrais être dans une salle de classe. Mais finalement, être dans une salle de classe, j'étais imposteur parce que je n'avais pas de capesse. Là, c'est aussi d'être en représentation en permanence. Quand j'étais dans une salle de classe, c'était à huis clos. là non seulement je suis beaucoup sur les réseaux aussi donc plus t'es sur les réseaux plus tu marches un peu plus t'as des gens qui te renvoient tout ça moi j'ai quand même une fois quelqu'un qui a dit je comprends pas, on me l'a fait dire je comprends pas tout le succès qu'elle a finalement elle est rien waouh je te dis mais en fait être quelqu'un c'est parce que t'as un CAP de cuisine Ça veut dire quoi ? En fait, ce syndrome de l'imposteur en soi, c'est complètement délirant parce que c'était pas à ta place, mais t'es pas à la place par rapport à qui. Qui décide que t'es imposteur ou pas imposteur ? Qu'est-ce qui fait que tu te sens imposteur ou pas imposteur ? C'est par rapport à quelles règles que tu y penses. C'est délirant. Toi, ce que tu veux faire, c'est faire quelque chose qui te semble cohérent avec ce que tu aimes, que tu le fais bien, que tu rends au client Exactement ce pourquoi ils te payent, à partir de là, pourquoi on parle de syndrome de l'imposteur ? Mais c'est beaucoup les artistes ça. Parce que moi j'ai une amie qui est photographe, qui n'a pas fait d'école de photographie, et qui se dit, en fait par rapport à d'autres qui sortent de super trucs, finalement c'est pas pareil, mais tu développes autre chose.
- Speaker #0
Mais tu le trouves aussi dans les organisations, le nombre de personnes dans des organisations qui peuvent avoir un syndrome de l'imposteur parce que c'est pas la grande école d'ingé, pas la grande école de commerce ou pas la grande école RH ou de communication ou peu importe n'importe quel métier qu'on peut avoir ou même diplôme d'architecture. Il y a toujours ce journalisme, quel que soit le métier, il y a toujours cette corporation. En fait,
- Speaker #1
c'est des corporations. Alors bien sûr, syndrome de l'imposteur, quand tu veux être chirurgien cardiaque et que t'as pas fait d'école, là je veux bien, t'as quand même un enjeu.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Mais sinon, l'enjeu, au pire, au pire, je loupe mon repas. Ah oui, c'est con parce qu'ils ont un repas. Après, au restaurant, tu peux aussi louper un repas, peut-être pas parce que t'es à domicile. mais c'est intéressant quand je vais sortir de ce studio je vais me pencher là-dessus ça ouvre une porte de réflexion sur la société sur l'être humain parce que finalement la question c'est est-ce que ça vibre ou ça vibre pas et si tu sens que tu es dans le combat en permanence de dire j'y arrive pas, j'y arrive pas, j'y arrive pas effectivement on capitule ça veut dire que tu n'es pas à ta place Merci. Mais si tu sens que ça marche, que c'est fluide, que ça résonne, qu'en face, on te renvoie une image de « c'est bien » .
- Speaker #0
Tu sais, c'est la question que j'allais te poser, mais tu y réponds, c'est quelle est la différence selon toi entre persévérance et acharnement ?
- Speaker #1
Pour moi, acharnement, il y a plus de violence.
- Speaker #0
Le combat que tu décrives.
- Speaker #1
Oui, le combat un peu plus féroce. En fait, s'acharner, approuver. S'acharner à se faire aimer aussi d'une certaine manière, tu vois, à se rendre légitime. Tandis que persévérant, je trouve ça plus doux, je trouve ça plus dans la patience, une évolution plus smooth en fait, tu vois.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une forme d'alignement dans la persévérance ? Oui. Tu sais pourquoi tu le fais, tu sais où tu vas. C'est pour ça que c'est plus calme.
- Speaker #1
En fait, pour moi, la persévérance, tu as quelque chose de l'ordre du calme intérieur, de l'apaisement, en disant, OK, je suis là, je sais qu'il faut y aller, que tu as un cap, tu parlais de cap tout à l'heure. L'acharnement, on n'est plus sur une masse de travail. Oui, moi, je suis une travailleuse acharnée. Mais en même temps, je persévère beaucoup dans ce que je fais. malgré des moments qui sont durs, liés à l'acharnement, tu vois, des moments de combat intérieur, de se dire ok pourquoi tu fais tant ? Je pense qu'il n'y a pas une seule journée où je ne m'en réponds en question en fait, où je ne m'interroge pas sur moi.
- Speaker #0
Quand on avait préparé cette interview, tu m'avais dit en tant que dirigeant c'est aussi important d'investir sur soi.
- Speaker #1
Bien sûr, je dis tout le temps l'entrepreneur qui réussit c'est l'entrepreneur qui se connaît. Et moi qui fréquente beaucoup d'entrepreneurs depuis des années, années, pas forcément que dans le milieu de la resto, essentiellement pas dans le milieu de la resto d'ailleurs, il y en a plein qui sont à côté de la plaque. Voilà. Alors, effectivement, peut-être qu'ils cartonnent sur leur CA, ça brasse, mais finalement, après tu leur poses la question à la fin de leur vie, qu'est-ce que tu as retenu de ta vie à part ton compte en banque ? Le compte en banque, à la fin, c'est pas le plus important, quoi. Et je pense que c'est ça, c'est de comprendre aussi pourquoi tu le fais quels sont ouais quels sont tous tes paradoxes sur lesquels tu peux bosser puis tu seras jamais complètement vierge de tout ça mais je pense que c'est d'apprendre à avancer avec tout ça parce que finalement c'est te rendre service à toi bien sûr mais rendre service aux autres qui
- Speaker #0
subissent un peu aussi ce sur quoi tu n'as pas travaillé. C'est ce que tu disais d'ailleurs, ton équipe aujourd'hui avec laquelle tu travailles, alors je connais plus, enfin je connais plus, je les connais pas surtout, exactement les termes de cuisine, mais c'est très hiérarchisé, tu disais justement pour moi c'est des personnes avec qui je collabore, le courrier il est hyper important. Est-ce que tu crois justement pour collaborer, pour embarquer, surtout dans un milieu aussi exigeant que celui de la cuisine ? C'est essentiel de pouvoir travailler sur soi, d'investir, d'avoir une vision.
- Speaker #1
Oui, et puis après, la fibre humaine et relationnelle de l'empathie, de la bienveillance, de la compréhension. Bien sûr qu'il y a des moments où je ne suis pas très aimable.
- Speaker #0
C'est vrai,
- Speaker #1
je le dis. Je l'assume et je m'excuse à peu près de tous ceux qui me voient de temps en temps un peu vénère. Mais de manière générale, je suis quelqu'un qui essaye vraiment de comprendre aussi ce que cherchent les autres. Et tu vois, par exemple, moi qui, en cuisine, je n'aime pas dire oui, c'est mon commis. C'est rabaissant. Non, c'est ma collaboratrice ou c'est mon sous-chef ou même sous, c'est un peu rabaissant, mais mon second. Voilà, qui est avec moi. Voilà, ma collaboratrice en cuisine. Parce que sans l'équipe, on n'est rien. Il n'y a pas un seul métier, je pense, ou en tout cas en étant entrepreneur, où tu peux te dire, je fais tout tout seul, de A à Z. Ben non, en fait, tu vas être obligé de respecter tes clients, tu vas être obligé respecter tes partenaires, tes collaborateurs si tu en as, ta famille ou tes amis qui peuvent te dire des choses, les gens que tu rencontres dans du networking, tes fournisseurs. T'as plein de gens, t'as un écosystème en fait, qui se crée, qui font pleinement... parti ou pas, mais en tout cas, t'as des rencontres. T'as pas un seul entrepreneur qui est tout seul, tout le temps, tout seul. Donc, c'est après, je pense, c'est... Mais c'est drôle parce que j'ai parlé de ça il y a pas longtemps, la différence entre les soft skills et les hard skills. Tu vois, moi, par exemple, les hard skills, je les ai pas, du coup. Moi, je sais pas, lever un filet de sol. La semaine dernière, j'ai fait un tournage avec une grosse maison de poissons. Ils sont arrivés avec le bar énorme. Ils me disent, Virginie, tu lèves le filet ? Ah ben non, je ne sais pas lever le filet. J'ai eu un peu honte et après je leur ai dit, ben en fait, moi d'habitude, c'est mon poissonnier qui lève le filet. Donc finalement, le mec l'a fait. Je me suis sentie un peu con-con pendant deux minutes. Et puis en fait, finalement, moi dans mon métier, je développe autre chose. Peut-être que les... les mecs qui savent faire le filet, ils développent moins le rapport immensément émotionnel, que l'expérience client est moins forte, qu'il est moins à chouchouter mes clients, que j'ai moins cette fibre humaine. Moi, je sais que cette fibre humaine, ça fait partie de ma signature. Et j'en suis très fière. Du coup, je pense que oui, d'embarquer les gens qui sont avec toi, je crois que ce lien, ce goût du lien, pour moi, il est... Oui, c'est mon oxygène. Il est vital. Il est central.
- Speaker #0
Tu m'avais dit qu'il y avait quelque chose qui avait aussi changé, c'est quand tu avais défini ta vision et que tu avais visualisé là où tu voulais aller et ce que tu voulais apporter. Est-ce que tu crois que ce moment-là, il a aussi été un tournant ? Dans un autre chapitre de communication, sur après, ce qui a pu s'enclencher par la suite ?
- Speaker #1
Oui, j'ai compris lors d'une prestation, où c'était pour un anniversaire, je ne sais plus si c'était la fille ou la mère, mais du coup, il y a eu beaucoup d'amour. Au moment du gâteau, des bougies, du discours, etc. Il y a eu un trop-plein d'amour. Légitime, on était dans une célébration, c'est normal, familiale. Moi j'étais en cuisine, et là je me suis dit, waouh, waouh, waouh, là, ça résonne avec mon histoire. Où j'ai souvent manqué de ça, de cette chaleur, de cette sécurité. et émotionnelle, affective, en tout cas bancale. Je ne veux pas non plus complètement jeter la pierre à ma mère, mais bancale. Et en fait, là, je me suis dit, mais je comprends pourquoi je fais la cuisine. Ce n'est pas juste parce que j'aime cuire des choses. C'est que la cuisine, c'est le vecteur d'un amour. que j'adore donner aux autres et qui finalement me le renvoie. Donc on est sur un trait d'union, d'amour et que c'est le prétexte en fait. Et à partir de là, j'ai compris que le mot lien était important, liaison était important et c'est pour ça aussi que ça résonne beaucoup avec mon podcast parce que du coup c'est le lien de fédérer en fait ma mission de vie. Je pense que c'est ça que j'ai dû te dire aussi. Ma mission de vie, c'est de communier, de fédérer, de rassembler. Et ça, je sais que je le fais vraiment bien sur tous les aspects de communication finalement, parce que la transmission, c'est aussi ça. Quand tu transmets, et c'est ce que j'avais aussi déjà dans l'enseignement, mais quand je transmets aujourd'hui ma passion de la cuisine, quand je transmets l'élan d'entreprendre. Tu vois, mardi, j'ai fait un discours à la CCI de Paris parce que je suis marraine pour une promo de femme entrepreneur. Et en fait, j'ai orienté tout mon discours sur justement l'amour. Donc, je leur ai dit voilà. J'ai eu l'amour des mots, l'amour des livres, l'amour des lettres, ensuite j'ai eu l'amour des aliments, l'amour de la gastronomie, l'amour de l'hospitalité, et là je voudrais vous transmettre l'amour d'oser, l'amour d'entreprendre, l'amour de la liberté. Et en fait, le lien, c'est ça, tout le temps. Donc, ce fil conducteur, je l'ai. Et du coup, comme maintenant, je le verbalise de plus en plus, notamment dans toutes les interviews, et je fais beaucoup de communication autour de ça, tout ce qui arrive maintenant dans ma vie, toutes les opportunités, je me dis, c'est logique. C'est complètement logique. Et donc, quand certaines personnes me disent « Ah, ben, tu t'éloignes un peu de la cuisine parce que mon podcast m'éloigne de la cuisine, parce que mes soirées networking m'éloignent de la cuisine » , déjà, je fais ce que je veux, première chose. Et deuxième chose, non, parce que… Parce qu'il y aura toujours un moment ou un autre où je vais te donner de la nourriture. Et en fait, je pense que c'est nourrir. Plus qu'autre chose, c'est nourrir, évidemment, le corps, l'estomac. Et je crois que j'adore nourrir l'âme. d'une lumière que j'ai envie de donner au monde, cette contribution que j'ai envie de donner au monde.
- Speaker #0
Et ça, est-ce que tu le ressens aussi, autant quand tu interviens en tant que chef à domicile chez des particuliers, ou quand tu organises des moments de... de lien dans des équipes ou des entreprises qui sont appelatoires.
- Speaker #1
Oui, complètement. Après, c'est vrai que les entreprises se lâchent moins. Le côté émotionnel, ils ne veulent pas se montrer un peu faibles, un peu fragiles, à parler trop entre eux, mais c'est vrai que les ateliers de cuisine que je fais, notamment pour les cohésions, la cohésion et la fédération, j'aime bien parce que c'est l'humain au centre. En fait, on oublie la posture. Tu vois, on oublie, on tombe les masques. J'aime donner envie aux gens de tomber leurs masques et d'être vrais. Il y a une personne, une fois, qui m'a dit « J'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi vrai. » Et ça me touche beaucoup parce que je pense... Je pense que je ne triche pas. Alors oui, du coup, je suis très sensible et je suis très émotive, mais ce n'est pas une tare en fait en soi. Mais par contre, j'aime les gens. Je pense que j'aime profondément les gens et je fais tout pour qu'ils s'aiment eux-mêmes.
- Speaker #0
Et cette question de sensibilité et d'émotion, tu le dis en fait, quelle que soit la nourriture, que ce soit nourrir l'âme ou nourrir l'estomac, il y a faire des choix. de projets, de développements business qui vont être liés à comment je me sens, est-ce que je le sens, est-ce que je le sens pas, qui vont être beaucoup liés au feeling. Comment t'arrives à trouver le juste équilibre ? De sorte à ce que le feeling ne devienne pas désordre, parce qu'en même temps tu as un métier qui demande beaucoup de cadres, beaucoup d'exigences.
- Speaker #1
En fait, au fil de mes rencontres, au fil de mes coachings, au fil de tous ces moments où j'ai pris du temps pour moi et j'ai investi sur moi, j'ai compris simplement à mettre des limites sur ce que je sentais d'inconfortable. Soit à la fois de projets, soit de rencontres, de collaborations, que ce soit le côté commercial et business, ou alors le côté partenariat avec des gens dont je sens qu'ils vont me la faire à l'envers, et dire non en fait. Ça je crois que c'est le plus difficile. Parce que je suis tellement exaltée que je me dis, ouais, allez, on le fait, Et c'est vrai que là encore, c'est drôle cette évolution parce que ça fait un ou deux ans où maintenant je me dis, ok, peut-être qu'il y a cinq, six ans j'aurais dit oui, parce que ci, parce que ça. Et en fait, maintenant, je le ressens parce que je suis fatiguée et donc il faut que je m'aménage. Et de me dire, je ne peux pas tout faire. Maintenant, je suis focalisée quand même un peu sur le ROI. De me dire, voilà, quel est le retour sur investissement ? Oui, il y a des choses sur lesquelles je vais kiffer. Mais est-ce que je ne vais que kiffer ? Parce que du coup, si je kiffe à cet endroit-là, je ne peux pas être à un autre endroit où je vais gagner de l'argent.
- Speaker #0
Mais il y a une question de choix. Oui, il y a une question de choix. Dans la question de rentabilité. Et pourtant, tu m'avais exprimé que ce soit communication, que ce soit le lancement du podcast. T'avais pas forcément de plan, c'était tu savais et tu ressentais au plus profond de toi que c'est là où tu devais aller. Et je me rappelle que tu m'as dit il faut parfois accepter de pas savoir comment on y va, combien de temps ça va prendre. Mais l'essentiel, c'est de savoir où on va et de suivre le flux. Bien sûr, mais ça après,
- Speaker #1
c'est compliqué de le faire comprendre aux gens qui ne fonctionnent pas comme ça. Parce que quand j'ai voulu lancer mon podcast, il y en a certains qui m'ont dit « Mais attends, tu n'es pas journaliste, tu vas louer un studio, ça va te coûter de l'argent, les gens vont venir, ok, tu vas perdre du temps parce que pendant que tu es avec eux, tu n'es pas en cuisine. » C'est ça. Et effectivement, à l'instant T... J'ai beaucoup dépensé, bien sûr, parce que c'est moi qui paye le studio. Je n'ai pas eu de sponsor, mais d'une, ça va rapporter des prestats. et de deux on a le droit de dire aussi que ça peut rapporter autre chose que de l'argent donc ça m'a rapporté des rencontres, ça m'a rapporté de la visibilité, ça m'a rapporté quelque chose d'immatériel qui sur le papier semble pas important mais qui finalement s'est transformé sur une visibilité et les gens du coup ça s'est converti après en prestat, en notoriété et en fierté personnelle on a le droit aussi de faire des projets qui nous apportent quelque chose mais c'est vrai que cette histoire de plans, ça me fascine assez parce que même quand je me suis lancée pour Communique Passion je ne savais pas en fait, je savais que c'était le domicile, mais combien de temps ça allait durer, est-ce que j'allais après j'ai eu la chance de partir à l'étranger voilà, après j'ai développé d'autres choses, là je suis sur d'autres projets aussi parce que je voudrais vraiment développer l'international je suis sur un troisième bouquin bon tout ce fait Merci. Le puzzle se met en place de manière assez naturelle et je ne veux plus maintenant m'acharner à mettre des freins. J'ai compris et maintenant les gens d'ailleurs, moi je travaille avec mon mari et quand je commence, commence à être sur d'autres projets. Il me dit, bon, je te fais confiance. Je sais que maintenant, tu as tout compris. Tu sais comment tu fonctionnes. Que ton fonctionnement débouche sur quelque chose qui va apporter de la structure et de la rentabilité. à communication, donc ok. Et je pense que maintenant, c'est comme ça. Et ce sera toujours comme ça.
- Speaker #0
Et ça rejoint complètement ce que tu disais tout à l'heure, c'est-à-dire de connaître comment on fonctionne. Parce que c'est là où on va pouvoir avoir notre zone de génie et transformer quelque chose de façon structurée et rentable. Et c'est d'accepter de sortir des normes et du cadre des autres. Et ça, c'est vrai que quand on est à son compte, ou même dans une entreprise quand on a tendance à faire les choses à sa manière. Chaque fois, il faut qu'on nous ramènent dans un cadre, dans quelque chose de normé, mais sous prétexte de quoi ? Bien sûr, alors quand t'es dans une équipe, c'est compliqué.
- Speaker #1
Quand t'as une hiérarchie, c'est compliqué. Mais c'est vrai que cette liberté que je me suis offerte, parce qu'on dit oui, c'est bien, t'es libre, t'es libre, t'es libre, enfin bon, c'est pas tous les jours facile aussi, cette responsabilité d'être libre. Tu choisis tes contraintes, tu choisis ta fatigue, tu choisis tes peurs, bien sûr, mais bon. tout n'est pas tout le temps rose. Mais par contre, maintenant, je dis clairement aux gens, je m'écoute. Voilà. Et si tu n'acceptes pas mes limites, ça n'est pas mon problème. Et c'est vrai que là, ça fait un an où j'évolue de plus en plus là-dedans de manière assez péremptoire, assez brutale, en disant, non, je n'ai pas envie. Je n'ai pas envie. C'est comme ça et ce n'est pas autrement. Et je suis OK avec ça. Et si en face, on ne le comprend pas, ça sort de mon écosystème et il n'y a aucun souci là-dessus. Vraiment. Parce que moi, j'ai besoin maintenant de vibrer haut avec les gens qui sont dans la même vision, mais en tout cas qui ne m'empêchent pas d'avoir la mienne. Mais j'ai perdu beaucoup de gens.
- Speaker #0
Tu disais coexister. Bien sûr.
- Speaker #1
Mais j'ai perdu beaucoup de gens. Et je vais perdre d'autres gens. Mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave. Moi, je ne veux pas me travestir pour garder... Garder des gens dont je sais que c'est des gens intéressés, opportunistes, qui veulent tirer la couverture à eux, dans un égo malveillant. Non, mais parce que oui, j'ai un travail derrière moi d'introspection qui est assez balèze. Donc, fais-le déjà, puis après on se retrouve. Je suis assez... Et il y en a certains qui m'ont vu avant plus faible et plus molle. Et qui là se disent, bah dis donc, t'as du succès, donc tu te la pètes. C'est le fameux, oh bah t'as changé. Ah non, c'est juste que je me connais mieux. mieux.
- Speaker #0
Et est-ce que tu crois que, on l'a dit, tu as créé ton podcast, tu es chef autodidacte, tu es auteur de livres culinaires. L'année dernière, tu as été élue femme Forbes 2025. Est-ce que tu crois que tout chemin, et notamment cette introspection, cette vision du leadership et de là où tu voulais aller et là où tu es aujourd'hui, ont contribué et ont été clés pour que tu puisses te retrouver dans ce top des femmes Forbes 2025.
- Speaker #1
Ouais, je pense. En fait, on est toutes, en tout cas ma promo, moi je suis dans les 40 under 40. Du coup, je pense qu'on est toutes à incarner, alors on a des parcours différents parce que c'est des sphères métiers aussi différentes, mais de mon point de vue, on est dans... On n'a pas peur. Voilà, il y a une relation à la peur, ou en tout cas on peut l'avoir à l'intérieur, mais elle ne nous bouffe pas. On la transforme en moteur. Et on revient dans ce que tu disais tout à l'heure, le mouvement, de transformer l'incertitude en créativité, en création, de transformer l'inconfort en quelque chose qui va nous dévorer tellement qu'on va le transformer, on va le... sublimer, on va le transfigurer. Ça, c'est le point commun. Et je pense que Forbes, encore aujourd'hui, pour moi, c'est canon. Je n'ai pas conscience, mais c'est terrible, je n'ai pas conscience de ça. Alors qu'on me le renvoie, en disant, attends, c'est quand même canon. Je pense que c'est une force, une force, une puissance, un leadership, être leader, en fait, moi, j'ai leader longtemps, mais Dans les entreprises, c'était « Ah oui, c'est le mec qui est supérieur. » Là, j'ai compris aujourd'hui qu'en fait, leader, c'est donner envie aux autres d'être leader. C'est donner envie aux autres de faire ce que toi, tu fais. donc de les embarquer donc de co-créer avec eux de co-construire avec eux et de les élever et en fait on revient à cette idée d'enseignement moi j'aime leur enseigner de n'aie pas peur va jusqu'au bout, crée plante-toi, entoure-toi et même si tu t'entoures de mauvais prends des décisions et remets-toi en question mais oui je pense que c'est pour ça que je suis là où j'en suis et maintenant je dirais Merci. Je ne ferai plus autrement, je ne peux plus agir autrement. Donc après, qui même me suivent. Et ceux qui ne me suivent pas, vraiment, je suis complètement à l'aise de dire au revoir.
- Speaker #0
Merci. Et merci.
- Speaker #1
Surtout merci, oui, grosse gratitude. Surtout merci. Oui, surtout merci.
- Speaker #0
Gratitude à la fille de partir. Cette technique des petits packs, tu as depuis toujours, et d'ailleurs ton mari avec qui tu travailles, te dit, c'est bon maintenant,
- Speaker #1
je te fais une séance. Merci.
- Speaker #0
Tu parlais de cette technique du pas à pas et de mettre brique par brique. Comment tu as appris à faire confiance avec le recul ? Tu parlais des pièces de puzzle. Avec tout ce que tu as accompli jusqu'à ce jour avec Comunique Passion, comment tu as appris à faire confiance au processus, même dans les moments de doute ?
- Speaker #1
Parce que tous ces moments m'ont apporté quelque chose. J'ai pu en tirer quelque chose et j'ai pu travailler et prendre du recul parce que tu dis prendre du recul mais c'est quand même un mouvement de prendre du recul, c'est pas statique. Moi je suis jamais dans l'inertie, je suis pas dans l'apathie, je suis pas dans la complainte. Oui parfois je peux dire je suis fatiguée, oui c'est dur, oui c'est violent mais ça me prend 24 heures, ça dure 24 heures et après j'y vais. et en fait Tu m'aurais posé cette question-là il y a six ans, j'aurais dit bah non, on va te donner des conseils, parce qu'il y a ça aussi. L'entourage te donne des conseils non sollicités, enfin l'entourage ou même tes pairs, les entrepreneurs, mais tout le monde est différent. Ta boîte est différente, ton parcours est différent, ton chemin est différent, ta sensibilité est différente, ton identité, ton entourage, ton écosystème. Donc en fait c'est compliqué de donner des conseils. Et maintenant je me suis blindée. Je me suis dit, ok, maintenant il n'y a que ma voix intérieure qui compte. Et plus je me dis ça, plus elle me parle. Et quand elle me parle, je me dis, ok, t'es ma boussole. Donc maintenant, ça me prend 30 secondes de dire, j'ai envie de faire ça. Ouais, ça va peut-être être compliqué. On va y aller.
- Speaker #0
Et est-ce que cette boussole, elle te permet d'incarner qui tu es aujourd'hui ? Parce que sans elle, tu serais justement sans cette identité.
- Speaker #1
Ouais. Après, d'être qui je suis, je pense que c'est là, pour le coup, je suis encore focalisée sur votre regard. Et c'est votre regard qui me permet de dire que tout ce que je fais, c'est canon. Moi, je le fais en résonance. Ça m'apporte quelque chose. Mais c'est vrai qu'on en vient à moi en disant oui. C'est extraordinaire. Oui, t'es inspirante. Oui, ci, oui, ça. Ça rentre pas encore, ça. Ça n'infuse pas. Donc, le chemin, il est encore à faire sur mon estime de soi. Plus que ma confiance en moi. J'ai confiance en moi.
- Speaker #0
Et sinon, deux choses différentes.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Quand t'as les deux... Tu revenais à la valeur. Ça revient à la valeur de ce que tu veux. Bien sûr.
- Speaker #1
Et donc, de l'argent. Donc, ça aussi, c'est tout un travail. Mais je trouve ça tellement... Merci. fascinant de comprendre ça au fur et à mesure et c'est pour ça que je sais qu'aujourd'hui, pour le coup, il y a deux choses dont je suis certaine, c'est que je suis une vraie entrepreneur. J'ai vraiment l'âme de l'entrepreneur et deuxièmement que que cette passion est chevillée au corps, au cœur, et qu'elle disparaîtra jamais surtout. Parce que tu vois, quand j'ai commencé, tu disais, les gens autour, ah oui, comment tu vas transformer, comment tu vas professionnaliser ? En fait, je vois aujourd'hui que je n'ai rien perdu. Au contraire, elle est sacrée. Tout ça s'est transformé en quelque chose de vraiment sacré. Un des boulonnables. Peu importe ce que je vis de douloureux, c'est indéboulonnable.
- Speaker #0
Et dans 50, tu te vois où ?
- Speaker #1
À l'étranger. Ça, j'aimerais beaucoup, à l'étranger, mais pas en déménagement, mais d'incarner ce que j'incarne ici en France à l'étranger. C'est-à-dire de faire des dîners d'excellence dans les capitales européennes, d'aller rencontrer les chefs des capitales européennes. Là encore, le co, la transmission, mais à une échelle qui va nourrir ma curiosité.
- Speaker #0
J'avais le mot nourrir qui m'aide. Je sens que je suis appelée.
- Speaker #1
Et là, j'ai un projet qui se met en place avec quelqu'un qui est au ministère des Affaires étrangères et qui va peut-être ouvrir des portes.
- Speaker #0
C'est tout ce que je te souhaite. Merci. Avant de terminer cette interview, tu as un peu donné la définition tout à l'heure, mais je pose toujours cette phrase, cette dernière phrase. Si tu devais résumer le leadership, en une phrase, ce serait quoi ? Guider, guider, inspirer des gens qui doutent. Et... De leur dire que tout est possible, avec bienveillance, sans hiérarchie, sans supériorité. Je suis beaucoup, beaucoup dans l'horizontale, la verticalité, t'es obligée de donner des ordres, etc. Mais quand on dit Virginie, t'incarnes le leadership au féminin, je pense que je montre que tout est possible. Pour moi, c'est ça le leadership. Et avant qu'on se quitte, où est-ce qu'on peut retrouver ton actualité ? Alors j'ai un site internet, communique-passion.fr, j'ai donc mon podcast Passion sans modération sur toutes les plateformes. Et puis après je suis très présente sur LinkedIn, sur Instagram et voilà. Merci pour ton partage Virginie. Merci à toi. A très vite. A bientôt.