- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue sur Phil & Need. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir l'amiral Olivier Lajousse. Il y a deux chiffres qui reviennent dans la vie de l'amiral, comme un fil invisible. Le 5, né en 1955, cinquième d'une fratrie, il y voit moins une coïncidence qu'une signature, comme si nos vies portaient en elles leur destinée. Et puis il y a le 70, la Terre est recouverte à 70% d'eau. 70% de nos communications passent par la mer. Notre corps est constitué à 70% d'eau. Pour l'amiral Lajos, nous sommes des êtres de la mer. Amiral de la Marine Nationale, directeur de la communication, puis directeur des ressources humaines de la Marine Nationale, élu DRH de l'année 2012, puis conseiller de la famille Mullier pendant 12 ans, et aujourd'hui auteur et conférencier, son parcours pourrait se lire comme une liste de titres. Mais ce serait passé à côté de l'essentiel. Ce que l'amiral Lajos nous raconte, c'est une traversée. 38 ans sur les océans du monde. Jeune matelot ayant grandi près du bassin d'Arcachon, puis devenu amiral, il est le seul marin à avoir gravi chaque marche de l'escalier social jusqu'au sommet, sans jamais emprunter l'ascenseur. Du Vietnam au Liban, du détroit d'Ormuz aux grandes conférences du CAC 40, il a fait équipage avec des milliers d'hommes et de femmes, portés par une conviction. On ne sert pas une institution pour se personnifier, on le sert pour que le collectif avance. Dans cet épisode, je vous invite à... à partir en mer avec lui. Pas seulement pour parler de hiérarchie militaire ou de performance organisationnelle, mais pour explorer ce que l'horizon infini, le cadre d'un bateau, la tempête imprévisible et l'esprit d'équipage enseignent sur la liberté, la discipline, l'humilité et l'art de diriger. Avec en creux une question qui traverse chaque vague de cet épisode et si c'était justement l'urgence permanente dans laquelle on vit aujourd'hui qui empêchait les organisations de naviguer autrement. Bonjour Olivier, merci de me faire l'honneur de votre présence et d'avoir accepté mon invitation derrière le micro de Phil Ennid.
- Speaker #1
Bonjour Tiffany et merci beaucoup pour cette invitation.
- Speaker #0
Alors, quand on a préparé cette interview, vous m'avez dit être né en 1955, être cinquième d'une fratrie, vous avez grandi aux abords de Toulon et vous m'avez dit j'étais un enfant de la France des années 60 et très tôt vous avez ressenti un besoin viscéral d'horizon. avec l'envie d'aller à la rencontre du monde.
- Speaker #1
C'est exactement ça. En fait, la France des années 60, c'était une France qui était très contrainte. Tout était les gens qui étaient nos adultes, donc les parents, les enseignants et tout le reste. C'était des gens qui avaient connu... Laurie Blaguer, 39-45, certains les plus anciens, les grands-parents avaient même connu 14-18. C'était encore très patriarcal, très hiérarchique, très fermé. On ne rigolait pas à l'école, il y avait de la discipline partout. Il n'y avait pas beaucoup d'espaces où on pouvait rire. C'est venu progressivement puisque c'est le mouvement, c'est à ce moment-là qu'on commençait. Salut les copains et puis les grands mouvements. Mais ça a pris une bonne quinzaine d'années. donc moi de... de 1955 à 1970, de 0 à 15 ans, j'ai dû trouver ma place. Alors, comme vous l'avez rappelé, quand on est cinquième de sept enfants, ben voilà, il y en a quatre devant, deux derrière. Les parents étaient des gens très exigeants, très croyants, donc tout était très organisé, on va dire ça comme ça.
- Speaker #0
Et moi j'avais vraiment, dès mon plus jeune âge, j'ai ressenti le besoin d'aller de l'autre côté de l'horizon. Je passais mes vacances d'été sur le bassin d'Arcachon, où je pouvais, et ça c'était une grande chance, à 5-6 ans partir tout seul avec une petite barque, on appelle ça là-bas un monotype, c'est une barque avec une petite voile latine, et je pouvais naviguer tout seul et j'allais le plus loin possible. Et puis je me disais, mais qu'est-ce qu'il y a de l'autre côté de l'horizon ? Et comme je lisais Hemingway, Kessel et tous ces grands auteurs qui parlaient de voyage, j'avais qu'un rêve, c'était d'aller de l'autre côté de l'horizon, voir le monde et découvrir des gens. Voilà, puis ça a été aussi une chance inouïe dans ma vie, c'est que, posant ma petite barque sur une plage, la maison que louait la famille de Sylvie, elle était sur cette plage. Et donc un jour, celle qui allait devenir ma belle-mère, Il m'a dit, monsieur Olivier, traversez vite notre jardin, comme ça vous gagnerez du temps pour arriver à peu près à l'heure au déjeuner chez votre grand-père. Et en traversant le jardin, j'ai vu Sylvie, elle avait 6 ans, j'en avais 7. On est tombés amoureux, on va fêter nos 50 ans de mariage cet été. Je ne serai pas l'homme que je suis si elle n'était pas là dans ma vie. Et je souhaite à tout le monde d'avoir cette chance que j'ai d'avoir une âme sœur, une vraie âme sœur. C'est-à-dire qu'on grandit côte à côte, et je ne dis jamais ma femme. Parce que j'ai un vrai problème avec tout ce qui est propriété. Personne ne nous appartient, ni les enfants qu'on met au monde. J'ai une coquetterie là-dessus qui est, quand tu rencontres quelqu'un, tu rencontres une personne. Et cette personne, elle a un prénom. Ses parents se sont battus pour lui donner un prénom. Ils ont réfléchi, ça ne vient pas de nulle part. Parfois, c'est un héritage, il y a eu des débats. Et donc, pour moi, c'est un signe très fort d'identité. Vous me posez, Tichon, est-ce que je vous appelle Amiral, mon Amiral, machin, je vous ai dit appelez-moi Olivier. Et ce n'est pas que j'ai honte du titre d'Amiral, bien au contraire, mais on existe à travers un prénom. Et voilà, donc je dis toujours Sylvie, Marion, Agnès, Constance pour reparler des trois filles. Et j'ai du mal à dire mon, parce que je pense qu'on est en bonne relation à soi et aux autres quand on se dit, cette personne-là... Je ne vais pas lui demander d'être ce que je voudrais qu'elle soit, je vais simplement l'accueillir comme elle est, puis on va trouver le chemin ensemble. Et pour terminer, pour vous dire combien la littérature inspire ma vie, je lisais assez jeune le poète Khalil Khibran, qui est un poète libanais. Il se trouve que bien des années après, je vais vivre des moments difficiles au Liban, en pleine guerre de 82 à 84, et dans un très joli poème, souvent utilisé dans les messes de mariage. Khalil Gibran dit « Le cèdre et le cyprès poussent côte à côte sur le mont Liban, leurs branches se frôlent, se fécondent, jamais ne s'étouffent. » Et j'adore cette image pour parler des relations entre les êtres humains.
- Speaker #1
Et ce que vous m'avez partagé quand on a préparé cette interview et dans votre réponse à l'instant, c'est, je me rappelle de cette phrase, vous m'avez dit « Plus loin tu iras à la rencontre des autres, et si possible par la mer, mieux ce sera. » C'est comme ça que vous rencontrez la Marine Nationale. et pour autant, vous m'avez dit... Un marin a toujours un port d'attache et votre port d'attache, c'est votre femme.
- Speaker #0
Eh oui.
- Speaker #1
Donc, c'est vraiment le résumé de cela. La Marine Nationale, elle arrive à vous comment ? Comment vous retrouvez à intégrer la Marine Nationale en tant que matelot ?
- Speaker #0
Alors, en fait, c'est vraiment... Voilà, j'avais qu'une envie, c'était sortir le plus vite possible de la gangue familiale, de ce côté où je me sentais un peu étriqué, enfermé. Donc, à la première occasion, il fallait que je prenne ma liberté. J'ai eu la chance de pouvoir passer mon baccalauréat assez tôt. À l'époque, en France, on n'est même pas 30% des jeunes Français à passer le bac. Donc, quand on est bachelier, on est intellectuel. Et moi, ce que je rêvais de faire après le bac, c'était Sciences Po à Bordeaux, puisque si lui habitait Bordeaux, en me disant comme ça, je serais près d'elle et puis voilà, on pourra se voir. Et en fait, papa et maman, voilà, c'était pas une équation possible pour la famille. Et donc, si on devançait l'appel du service militaire, une fois le service militaire fait, on devenait adulte comme garçon, enfin on était reconnu adulte majeur, alors que la majorité était à 21 ans à ce moment-là. Donc je me dis, je vais gagner un peu d'années, et comme j'étais moniteur de voile, j'aimais la mer, j'ai choisi la Marine Nationale pour y rentrer comme matelot du service national. Et j'y suis rentré, et là, une aventure extraordinaire va commencer, c'est que... Ma chance, c'est que je vais être embarqué pour mon premier embarquement comme matelot sur un bateau qui s'appelle le Mutin. Ça ne s'invente pas pour commencer une carrière militaire. Le Mutin existe toujours. Et sa mission à ce voilier, c'est d'aller chercher à l'école navale tous les lundis matins les officiers pour les amener naviguer au large de Brest, découvrir la mer, les courants, le vent, les vagues. Et on les ramène 3-4 jours plus tard. Et donc le commandant de l'école navale, un jour, va venir à bord. Je vais lui être présent. Et comme on est seulement 5 ans après 1968, les armées ont beaucoup de mal à recruter. Et donc la marine qui a besoin d'à peu près 200 officiers à rentrer chaque année, a rentré péniblement un peu plus de 100. Et donc le patron de l'école navale me dit, petit, t'as un bac, t'es un bon marin, me dit ton commandant, et moi j'ai besoin d'officiers. tu signes pour deux ans, tu fais le cours et puis tu vas voir, c'est mieux qu'ambassadeur tu iras dans beaucoup de plus de pays et tu y arriveras par la mer et l'intérêt d'y arriver par la mer, c'est qu'on a le temps de se préparer à la rencontre contrairement à l'avion qui se pose et puis j'arrive tout de suite on est jeté dans le bain et donc, il savait très bien parler donc ça m'a convaincu, j'ai signé et puis une aventure extraordinaire va commencer puisque je vais être contractuel avec des contrats renouvelés tous les quatre ans Et puis le fait de réussir le concours de l'école de guerre va faire que je vais être ce qu'on appelle activé, c'est-à-dire intégré dans le corps des officiers d'actives, donc des gens qui font carrière entière. Et c'est comme ça que j'ai pu aller jusqu'à 38 ans de service. Et merci à la marine de m'avoir permis de monter les marches de l'escalier les unes après les autres. Alors c'est vrai que le temps de matelot n'a pas été très très long, et qu'après, le cours d'officier, puis j'ai monté tous les grades d'officier. Mais ça a été une expérience extraordinaire. Et c'est vrai que dans le regard des marins, quand j'ai... C'était leur DRH. Le fait que j'ai été à Matelot comme eux au tout début, que j'ai vu, ça les rassurait d'avoir quelqu'un qui était passé un peu comme eux par le pompon rouge, comme je dis en riant. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que la marine permet ça. Et aujourd'hui, plus encore qu'avant, moi j'étais un cas un peu unique. J'ai des amis qui sont rentrés comme moi et qui ont fait des parcours et puis ils sont partis amirals 2 ou 3 étoiles. Moi je suis vraiment le seul à être arrivé dans le top 3 de la marine, mais merci à la marine de m'avoir permis ça, et puis merci à Olivier d'avoir eu l'énergie, la liberté de monter les marches et de ne pas se laisser impressionner par tout ce qui peut faire craindre qu'on n'est pas capable. Je dis souvent aux gens que je rencontre, ne doutez jamais de votre capacité... à être beau, à être bon, à faire des choses. Plus vous vous mettrez des contraintes, plus vous ne croirez pas en vos rêves, et plus vous vous mettrez en risque d'être un peu à côté de la vie. La formule est peut-être un peu brutale, je dis ne soyez pas les passagers clandestins de votre vie. Soyez les vrais passagers de votre vie et vous avez plein de façons de faire. Quel que soit vos... Vous pouvez être très fragile, très malade, avoir un handicap ou au contraire être très forte et je ne sais pas quoi. De toute façon, la vie, elle n'est ni juste ni injuste, elle est juste la vie. Des aiguillages auxquels on ne s'attend pas toujours. Elle peut être très cruelle comme elle est très belle. Et donc, quand on se met en situation d'aimer la vie et de se dire, allez, je tente, waouh, que c'est beau la vie.
- Speaker #1
Et c'est un point important sur lequel vous aviez insisté, la différence entre escalier et ascenseur social.
- Speaker #0
L'ascenseur c'est une machine, si par malchance quand vous montez dedans, il tombe en panne, vous n'êtes pas bien. Il faut un bon dépanneur. L'escalier c'est vous, vous êtes le maître de votre destin, vous montez les marches une à une, les unes après les autres, vous pouvez les monter 4 à 4. L'escalier c'est vous qui êtes l'acteur de la grimpade si j'ose dire. L'ascenseur c'est une machine qui vous fait monter en haut ou qui vous fait descendre. Et donc vous en remettez à quelqu'un d'autre d'une certaine façon. Je trouve que c'est important d'être l'acteur de sa vie. Ça rend responsable. Il y a beaucoup de gens qui ont une fageuse tendance à potentiellement dire, j'appelle ça les pas nous, pas nous, c'est pas nous, c'est pas nous. Et on trouve toujours des coupables à ce qui ne va pas ou alors quand ça va bien, on est tous... les auteurs de ce qui va bien. Vous voyez, je simplifie un peu, mais malheureusement, il y a ces tendances-là. Quand on se dit, finalement, l'important, c'est d'être l'acteur, et il va y avoir des choses bien, des choses moins bien, mais je vais monter ces marches. Et je sais pourquoi je les monte, je sais qu'en haut de l'escalier, il y a encore un autre horizon, puis encore un autre horizon, et que moi, mon kiff, comme on dit aujourd'hui, c'est de continuer à cheminer, à découvrir, à rencontrer, voilà, à ne pas me... à pas m'arrêter au milieu des escaliers. Un jour ça s'arrêtera forcément, comme tout le monde, mais tant que j'ai la chance de pouvoir, que mon corps me permet encore de monter les marches, je continue et encore aujourd'hui, à 71 ans, je n'imagine pas de ne pas grimper des escaliers pour aller voir encore et encore... Il y a tant à découvrir.
- Speaker #1
Il y a cette question de vitesse dans ce que vous dites de l'escalier, l'ascenseur ça va vite. Cette question de temporalité, on l'avait beaucoup abordée, mais en filigrane de notre premier échange. Est-ce que c'est ce que les voyages en mer vous ont appris en fait ? Ce rapport au temps, vous parliez du temps de se préparer à une rencontre, le temps de regarder l'horizon, d'avoir à la fois cette liberté, mais enfermée dans un cadre qui est celui du bateau.
- Speaker #0
Alors il y a plein de choses dans votre question. Je vais prendre par la fin de la question. Dans un cadre, le bateau entouré d'un infini, l'océan. Et j'aime bien ça. Notre vie, elle est faite de paradoxes, de choses qui... Donc il y a l'infini, l'horizon infini, cette mer. Il n'y a pas de terre. Enfin, on ne sait pas quand on verra la terre. Ça peut durer plusieurs jours. Et puis, il y a l'univers clos du bateau. dans lequel il faut vivre. Souvent je dis, nous on est un peu comme les porcs épiques de la parabole de Schopenhauer. C'est une parabole dans laquelle Schopenhauer parle de porcs épiques. Ils vivent dans une forêt, il fait très très froid. Donc ils vont tous mourir de froid. Ils sont obligés de se rapprocher. En se rapprochant, comme ils détestent ça, les porcs épiques, la proximité, ils commencent par se bombarder de leurs petites piques. Les piques de porcs épiques, c'est très beau, c'est comme des baguettes de Mikado. Bon, alors au premier rapprochement, il y a malheureusement des morts et des blessés. Ils s'écartent, 10 minutes après, ils se rapprochent à nouveau. Bon, on ne va pas les rapprocher 50 fois, jusqu'à ce qu'ils trouvent entre eux cette bonne distance où ils se piquent suffisamment pour être obligés de prendre l'autre en considération, sans se faire trop mal et en partageant la chaleur de la survie. Quand on trouve cette bonne distance avec les autres, en commençant par la bonne distance à soi, On peut vivre dans l'univers clos du bateau, tout en restant l'esprit grand ouvert sur l'infini de l'océan. Et c'est ça que j'aime bien, être capable de vivre dans une boîte tout en étant ouvert au monde. Ensuite, la notion du temps, elle est clé dans nos existences. Plus que le temps, je préfère parler du rythme. En fait, ce qui est beau, c'est d'être au bon rythme. Quand on danse un tango, la musique est belle, on se met dans le rythme de la musique et avec son cavalier ou sa cavalière, on va trouver ce moment magique où tout est sublimé par cette beauté de la chorégraphie, du geste de la musique. Tout est en harmonie. Le temps, c'est beau quand c'est harmonieux. Et donc, c'est le bon rythme. Il y a parfois des temps un peu courts, parfois des temps un peu longs. Ce qui est très dangereux, c'est le temps court dans lequel on se laisse engouffrer. et qui nous rend potentiellement très violents. Il y a entre le temps raccourci, le temps qui nous presse, et notre violence, un lien très étroit. Les images, elles sont faciles à donner. C'est quelqu'un qui se retrouve bloqué dans un embouteillage, et alors qu'il a un rendez-vous, et que les minutes tournent à toute vitesse, le niveau à laquelle peut monter sa colère est incroyable. On peut devenir fou de rage, comme dit Salih, à être capable de faire les pires gestes. Donc, Il ne faut jamais se laisser prendre dans le temps urgent, le temps court, parce que potentiellement on se met en risque d'être très violent. Et ça se travaille, c'est comment je résiste, et c'est d'autant plus important de nos jours que j'ai eu la chance d'être... directeur de la communication de la marine de Montand en 2000, 2001, début des années 2000. On n'avait pas encore la pression continue des réseaux sociaux, du temps court. On en parlait tout à l'heure juste avant de commencer cette interview. Les journalistes arrivaient avec des grosses caméras, des bêta-cams. Donc on les voyait arriver, on pouvait se mettre en posture de les accueillir, etc. On avait juste le temps de se mettre dans la bonne attitude d'accueil. Ce qui est important dans la vie finalement, c'est d'être... capable d'accueillir. Là, on n'a même plus le temps et on se prend d'un seul coup une image qui part à toute vitesse, qui n'est pas filtrée, qui va être interprétée de toutes les façons et ce temps nous rend très violent et on le voit bien aujourd'hui malheureusement nos sociétés sont de plus en plus intolérantes les unes vis-à-vis des autres. Quand on voit la vitesse à laquelle les gens se mettent en colère pour trois fois rien deviennent violents, capables de gestes improbables. ça doit nous faire réfléchir au fait qu'il est urgent de retrouver la maîtrise du temps et de s'éduquer les uns les autres à prendre le temps. C'est essentiel.
- Speaker #1
Ça fait penser à l'encre d'un bateau, c'est de savoir pouvoir trouver cet ancrage justement pour être en résistance à ce temps, pour trouver le bon rythme en fait. C'est ajuster et retrouver, te redemir mettre. de son temps.
- Speaker #0
Oui, absolument. Et en plus, quand vous allez au mouillage avec un bateau, c'est-à-dire que vous jetez l'encre, vous devez en plus intégrer le vent, le courant, la mer qui va monter et descendre, donc la longueur de chaîne que vous allez mettre à l'eau, elle va prendre ça en compte. Parce que si vous ne mettez pas assez de chaîne, quand la marée monte, la chaîne devient trop courte. Et en plus, il faut souvent mettre au moins deux ou trois fois la longueur de chaîne nécessaire pour que ça pèse bien sur le sol marin en bas et que ça tienne bien le bateau. Donc oui, les parallèles, ils sont intéressants.
- Speaker #1
Vous parliez de redevenir auteur, d'avoir cette maîtrise, du temps de retrouver cette maîtrise en nous. Il y a un autre mot qui vient, c'est le mot discipline. Je me rappelle que lorsque nous avons préparé cet interview, vous m'aviez dit... Si tu cherches la liberté, tu risques d'être esclave de tes désirs. Si tu cherches la discipline, tu deviendras libre. C'est une question, en tout cas une phrase qui vous a longtemps cholotiné, jusqu'à ce qu'un jour, votre fille...
- Speaker #0
Oui, la plus jeune, Constance.
- Speaker #1
Voilà, la plus jeune vous amène une révélation après deux années à essayer de comprendre cette phrase.
- Speaker #0
Oui, absolument. Alors cette phrase, pour moi, elle a une histoire. C'était juste après la guerre du Liban. j'avais participé à un Au déblément, c'est comme ça qu'on a dit de l'immeuble Dracar. Donc on a déterré 58 de nos camarades qui avaient été tués par le Hezbollah. C'était le 23 octobre 1983 à Beyrouth. L'histoire est lancinante malheureusement. Et donc voilà, on avait besoin les uns les autres de souffler un peu. Et donc... On nous avait, l'amirauté avait organisé un petit déploiement. Finalement, on s'est retrouvé en escale à Phuket et moi, je ne me voyais pas bronzer sur les plages. Et donc, j'ai réussi à aller passer cinq jours dans un monastère de moines bouddhistes qui m'avaient accueilli très gentiment et qui m'ont apporté plein de choses, dont cette phrase absolument. Les moines, ils réfléchissent comme ça. Puis quand ils ont une idée qui leur plaît bien, ils l'écrivent sur un papier. Ils appellent ça un koanzen et ils en font cadeau à la communauté du temple. Et donc là, un matin, l'un d'entre eux me dit, tiens, je pense que ça c'est pour toi. Et donc ce Kouenzin disait, si tu cherches la liberté, tu risques d'être esclave de tes désirs. Si tu cherches la discipline, tu trouveras la liberté. Sur le moment, j'ai trouvé ça un peu complexe, tordu. Enfin, je n'étais pas du tout à l'aise avec ça. Parce que souvent, derrière discipline, on voit contrainte à tort. Parce que finalement, quand on réfléchit, discipline, ça vient de disciple, être le disciple de quelque chose, de quelque chose que l'on s'approprie progressivement, parce qu'on y croit, parce que ça nous porte, parce que ça nous inspire, tout ce qu'on veut. Et donc, on parle de discipline professionnelle. Et d'ailleurs, quand on dit discipline professionnelle, personne n'est mal à l'aise avec le mot discipline. En revanche, si on dit discipline tout court, tout de suite vient l'image de la discipline, notamment chez les militaires qui descendent en tout ça, ou l'autorité malveillante potentiellement du maître, que sais-je encore. Et donc, voilà, mais pendant longtemps, je ne comprenais pas le sens de cette phrase. Et puis, alors que je pouvais enfin commencer à vivre un peu en famille, puisque mes temps de navigation étaient de moins en moins nombreux, et j'étais de plus en plus souvent, grâce à l'avis d'état-major, en famille, Un samedi, Constance, la plus jeune des filles, me dit « Papa, j'aimerais bien que tu rencontres tel ami. » Donc on y est allé, on la rencontre, et cette jeune fille arrive et me dit « Monsieur, je suis vraiment content de vous rencontrer parce que je voulais parler avec vous de discipline. » Elle a 14 ans, donc je me dis « Ouf ! » C'est quoi l'entourloupe ? Mauvais réflexe de ma part. Et puis finalement, j'éclate de rire et je dis « Bah écoute, explique-moi. » Elle me dit « Voyez-vous, voilà, on... » On a avec Constance l'envie de réussir nos études, bien sûr, on sait que c'est important, mais en même temps, moi, je suis danseuse, j'adore la danse, donc je suis dans un cours à l'opéra. Constance, elle aime la musique, et voilà. Et en fait, on doit en permanence trouver comment organiser notre temps. Et puis, quand je suis dans mon cours de danse, c'est la discipline de la danse, et avec les pointes, avec tout ce que ça exige. Et donc... Je voulais savoir comment vous voyez ça. Et là, dans ma tête, me revient la phrase. Et je dis, mais voilà, elle vient de me donner la réponse. Elle s'appelait Nathalie, de mémoire. Je dis, Nathalie, merci. Et je vais te faire entendre une petite phrase qui est dans ma tête depuis très longtemps. Et tu viens de me donner la réponse. Parce que ton rêve, c'est d'être danseuse étoile, alors... Tout ce que tu dois supporter de contraintes de temps, de fatigue physique, de douleurs parfois avec les pointes à faire, etc. Le jour où tu seras dans ces étoiles, dans un opéra, tu auras trouvé ta liberté, tu seras allé au bout de ton rêve, ça te rendra libre. Et ça me permet de comprendre qu'en fait, voilà quelqu'un qui a une passion et qui va au bout de cette passion, qui devient le meilleur ouvrier, tourneur, fraiseur du monde ou le meilleur pâtissier ou le meilleur sommelier ou le danseur étoile ou... Il y a tant de métiers magnifiques. Eh bien, ce jour-là, en ayant approprié la discipline du métier, et en l'ayant sublimé de sa propre identité, il gagne une liberté extraordinaire.
- Speaker #1
Est-ce qu'être disciple de son savoir-faire, de son métier, et en même temps être disciple de son temps ? Si je reviens à la maîtrise de son tour, est-ce que vous pensez que c'est la clé du leadership ou en tout cas c'est quelque chose de clé dans nos organisations aujourd'hui ?
- Speaker #0
Moi je crois que les deux sont très liés. Un leader qui ne fait pas avec une forme de passion, d'amour. ce qu'il fait. Il faut aimer ce qu'on fait, il faut aimer le métier, il faut aimer le... C'est-à-dire, le métier de marin que j'ai fait, il est dur, il est exigeant, il vous prive de votre famille pendant des mois, il y a des moments difficiles, il peut être très technique. Voilà, et donc, imaginez qu'on fait quelque chose sans vraiment aimer le faire, c'est terrifiant, quand on y réfléchit. Donc oui, je crois qu'aimer ce qu'on fait et puis chercher toujours à améliorer encore le zeste. C'est tellement beau de voir des gens, que ce soit un agriculteur qui sait trouver les bonnes solutions pour ne pas trop fatiguer la terre tout en en tirant le maximum de rendement pour pouvoir gagner sa vie et faire vivre sa famille. Mais tout ça avec dans sa tête l'idée que ce qui est beau, c'est de faire le mieux possible. c'est important. Et puis derrière ça, pour réussir ça, il faut savoir qu'il y a des moments où il faut être dans l'action, c'est très prenant, et puis il y a d'autres moments où il faut savoir faire le petit pas de côté pour justement se re-questionner sur le travail et dire ça je pourrais le faire comme ça, un grand théologien jésuite que j'aime beaucoup qui s'appelle Pierre Teilhard de Chardin, qui a écrit un livre en 1955, l'année de ma naissance, qui s'appelle L'Avenir de l'Homme. Je recommande cette lecture, l'avenir de l'homme. Tout ce qu'a écrit Teilhard de Chardin en 1955, c'est d'une actualité incroyable. Il nous parle de la noosphère, c'est-à-dire de cette espèce de chose incroyable où toute la connaissance humaine va être cumulée. Alors il ne savait pas que ça s'appellerait Claude ou je ne sais pas quoi, mais c'est là aujourd'hui. Sauf qu'au lieu d'en faire quelque chose qui tire l'humanité vers ce qu'elle a de meilleur, la capacité à rêver, ça la tire hélas vers... Toujours plus de compétition et de violence, espérons qu'on va trouver l'aiguillage vers plus d'intelligence. Et donc Teilhard de Chardin dit que tu es vraiment en vie quand tu essaies d'être en mouvement et en questionnement. Si tu es tout le temps en mouvement, tu vas vite être agaçant pour les autres parce que tu es vraiment un marsupiaux qui bouge tout le temps, c'est fatigant. Si à l'inverse tu es tout le temps en questionnement, tu vas vite agacer les autres aussi parce qu'ils se demanderont quand est-ce que tu vas te mettre à faire quelque chose ou arrêter de te questionner. Et donc, pour moi, il y a un mot... clé dans la vie qui est l'équilibre. Comment je trouve le juste équilibre entre le temps de questionnement, le temps de mouvement, entre le temps où j'ai besoin de me replier sur moi pour me retrouver, me redonner de l'énergie, et puis le temps où j'ai besoin des autres qui vont me donner également de l'énergie. Et c'est tout ça qu'il faut arriver à... Et un leader, c'est quelqu'un qui doit avoir cette capacité à gérer le temps. Gérer l'amour du métier qui va lui permettre d'amener toutes ses équipes à... Je ne me souviens plus de la formule de Saint-Exupéry qui dit « Ne leur apprends pas à naviguer, dis-leur comment construire un bateau » . Je crois que c'est ça à peu près la formule en raccourcissant le truc. Voilà, tout est dit dans cette phrase sublime. C'est un auteur magique, Saint-Ex. Et quand il dit que ça ne sert à rien de leur apprendre exactement quel geste technique, dis-leur « construisez le bateau » . et vous allez être surpris de leur capacité à inventer des trucs incroyables.
- Speaker #1
Vous avez pensé aussi à cette image qu'on a de la canne à pêche, plutôt que de donner du poisson, donner les outils pour que la personne construise sa propre canne à pêche.
- Speaker #0
Exactement, c'est exactement ça.
- Speaker #1
Et vous parlez d'équilibre, je vais faire un parallèle un peu lointain, mais quand on avait échangé, vous m'aviez parlé, on appelle notre planète la planète Terre. On l'appelle aussi la planète bleue. et vous m'aviez dit il y a cet équilibre entre les deux et vous m'avez dit on est des êtres de la mer je vous ai dit pourquoi les êtres de la mer et là le chiffre des 70% est arrivé est-ce que vous pouvez Oui,
- Speaker #0
je recommande de s'intéresser à tout ce que fait mon ami Jacques Rougerie. Jacques Rougerie, c'est un homme qui a fait les premières villes sous la mer, c'est un grand architecte mondialement reconnu, il est à l'Académie ici en France comme grand académicien des arts, et il dit en parlant de nous les humains, il dit nous sommes d'abord des mériens, nous sommes mériens, et je partage cette passion avec lui. On se connaît de très longue date et c'est quelqu'un d'extraordinaire qui est en train de réfléchir à trouver des solutions parce qu'on sait que des îles vont être recouvertes par l'eau et les gens qui habitent là, ils vont vouloir rester pas trop loin et donc on sait aujourd'hui imaginer des îles artificielles où les gens pourront vivre et ces îles seront totalement autonomes, elles n'abîmeront ni les océans ni la planète. Voilà, et donc on est les océans, c'est le... poumons de la Terre. Sans les océans, notre planète, elle n'aurait aucune vie. On voit bien, d'ailleurs, si on va sur Mars ou sur la Lune, il n'y a pas de vie parce qu'il n'y a pas d'eau. Donc l'eau, c'est la vie. 70% de notre corps, c'est effet d'eau. 70% de la planète est bleue, donc on devrait parler de la planète mer plutôt que de la planète Terre, stricto sensu. Mais bon, voilà. Et d'ailleurs... Sophie Henné qui est en ce moment dans la station spatiale, quand elle regarde la planète, elle la voit toute bleue. Alors la nuit, il y a des jolies petites lumières comme des petites étoiles jaunes qui délimitent les zones habitées de la Terre, mais elle est bleue et d'un bleu magnifique. Ensuite, l'eau, ça conduit, ça circule. Et donc, de la même façon que les fleuves irriguent et font naître toutes les terres riches, c'est la vallée du Nil. Là où il n'y a pas d'eau, il y a de la mort. Là où il y a de l'eau, il y a de la vie. Souvent, je montre cette photo, on voit une terre complètement asséchée, craquelée, et puis une petite goutte d'eau tombe et sort instantanément quasiment de terre, une toute petite pousse verte. Et c'est joli, j'adore cette image parce qu'elle dit tant qu'il y a de l'eau, il y a de la vie. Et notre corps c'est de l'eau. Ensuite l'eau c'est de la circulation comme je disais. Aujourd'hui plus de 70% de ce que nous consommons arrive par la mer. D'où l'importance de laisser les détroits libres de circulation, sujet d'actualité. Et voilà, moi dans les années 80, puis dans les années 90, puis dans les années 2000, j'ai été engagé en tant que marin de la Marine Nationale pour maintenir libre de circulation Babel-Mandeb, Hormuz. Donc c'est pas d'aujourd'hui qu'on sait l'importance de ces artères vitales pour l'économie mondiale que sont les océans et notamment les points de passage étroits d'un océan à l'autre. Donc, oui... Ce chiffre 70% d'eau, il est pour moi un élément fédérateur de notre résistance humaine.
- Speaker #1
Et en parlant de cette résistance humaine, je vais parler de grands bouleversements de l'humanité. Quand on avait échangé, vous m'aviez dit en fait ces grands bouleversements de l'humanité, ils sont aussi liés à la mer, les migrations, les échanges, les gaves aussi malheureusement. Et on voit que cette réalité, elle est toujours d'actualité d'un point de vue géopolitique, mais aussi pour nos organisations et la façon dont on est mus à des transformations au sein des entreprises.
- Speaker #0
En fait, dès l'origine, l'humain a dû s'adapter. Sénéard Dental, Homo sapiens et autres, ça a toujours été. Il a toujours fallu à l'être humain petit à petit évoluer, s'adapter à des environnements changeants, etc. Il a su le faire à certaines époques de façon plutôt pacifique et intelligente. C'est la Hanse Germanique, c'est Venise. Il y a eu des moments de l'histoire un peu magiques où les humains ont su coopérer et trouver des intérêts communs à grandir ensemble, à agir ensemble. C'est à peine 10% du temps de l'humanité d'aujourd'hui. Les 90 autres pourcents du temps, il n'a cessé que... de se faire la guerre. La guerre c'est le pire échec de l'humanité. C'est cette incapacité à trouver un chemin où chacun va pouvoir se réaliser, à accepter que... Les anciens ont souvent des jolies formules, ils disent souvent maintenant je suis avec eux puisque je suis ancien comme eux, chacun voit midi à sa porte. Et donc accepter qu'il y a plein de midis différents. et qu'on va cheminer ensemble pour trouver un midi commun qui va nous permettre de voir à peu près le même midi, de se retrouver à peu près à la même heure, sans pour autant imposer son midi qui est supérieur à l'autre et donc c'est mon midi qui a raison c'est compliqué, et c'est l'histoire de l'humanité malheureusement, et donc oui l'humanité elle se bâtit à grands coups de malheurs toutes ces guerres qui se sont répétées les unes après les autres et alors qu'on pensait avoir commencé à trouver un chemin un peu plus intelligent que la guerre, malheureusement, on a le retour de quelques individus qui pensent que la force est la solution. C'est jamais la solution, la force. Elle peut être ponctuellement une réponse, pas forcément la bonne d'ailleurs, mais voilà. Et donc... Oui, c'est lancinant cette histoire de l'humanité et de ces guerres continues. Et donc moi, je suis de ceux qui continuent à militer pour dire, et je renvoie là encore à l'avenir de l'homme de Teilhard de Chardin, mais soyons capables de trouver le chemin et acceptons qu'il n'y a pas de règles universelles. Il y a des gens qui disent que la démocratie, ça devrait s'imposer à tout le monde, même pas en rêve. Tout comme la dictature ne doit s'imposer à personne idéalement. Et donc il faut simplement accepter que, comme chacun voit midi à sa porte, nous trouverons peut-être, je l'espère, le chemin de l'humanité en acceptant qu'il y a des façons différentes de regarder le monde, mais qu'en se parlant, en échangeant, en se respectant mutuellement, on peut trouver ce que... D'aucun appel en mathématiques le PPCM, le plus petit commun multiple. Ça serait bien qu'on marche vers ça plutôt que vers les grands conflits.
- Speaker #1
Et depuis que vous avez été à la Marine Nationale, que vous avez accompagné aussi des organisations dans leurs enjeux de transformation et maintenant intervenez en tant que conférencier, est-ce que vous avez vu les organisations évoluer ? Dans leur rapport au temps, oui, on le disait tout à l'heure par rapport à la communication, par rapport aux enjeux géopolitiques, mais est-ce que vous avez l'impression qu'il y a plus de violence dans les organisations au sens temporalité, urgence, traitement de l'information, accueillir l'imprévu ?
- Speaker #0
Oui, malheureusement, alors c'est très différent d'un pays à l'autre, c'est très différent d'une taille d'entreprise à une autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que la pression du temps, le temps court. Là où l'entreprise a vraiment été transformée, c'est dans les années 80. Avant, il y avait un côté paternaliste, un côté avec plein de défauts. Mais il y avait un rapport ouvrier-patron pour faire court où, malgré tout, on pouvait encore se parler. Parfois, il y avait une grande crise sociale. Mais on avait encore le temps de corriger les choses, de les réorienter. Une fois qu'il y avait eu une grande crise, on pouvait se reparler. est arrivé ce qu'on a appelé l'économie libérale, donc les années Satcher-Higgin, les années 80, où M. Milton Friedman, grand économiste américain, dit que l'entreprise est là pour gagner de l'argent le plus vite possible. Et donc son objectif, c'est de gagner... et gagner encore beaucoup d'argent et le plus vite possible. Et donc on est rentré dans ce qu'on a appelé l'économie libérale et le capitalisme. Et donc on a mis toutes les organisations au service du gagner, gagner, gagner beaucoup d'argent. Et donc ça a beaucoup durci les rapports, et ce qui fait le cœur de l'entreprise, c'est-à-dire son corps social, le facte humain, eh bien a été mis de côté pour donner toute sa place aux financiers. Voilà, et bien sûr qu'il faut que l'entreprise gagne de l'argent, bien sûr qu'il faut de l'argent pour entreprendre, bien sûr, mais est-ce qu'on met l'homme au service de l'argent, ou est-ce qu'on met l'argent au service de l'homme ? Sens et finance. Ce qui est intéressant, c'est que déjà, les Vénitiens... Quand vous regardez comment les grands marchands vénitiens réfléchissaient à ça, en allant rencontrer les prêtres de l'Église catholique, puisqu'on est en Italie, déjà à cette époque-là, donc il y a 7-8 siècles, on se posait la question, comment on trouve le juste équilibre entre le sens et la finance ? Voilà, et donc je pense que ce chemin n'est pas fini. Dans les débats du 19e siècle entre le socialisme, le communisme et le libéralisme, c'est quoi le bon équilibre ? Quelle place on donne à chacun ? Bon, donc il y a eu cette période assez violente où tout le monde se souvient des grèves du temps de Mme Sacher, etc., etc., de la vitesse à laquelle les entreprises se sont engouffrées, et beaucoup ont réussi d'ailleurs à se développer, etc. Mais à quel prix humain ? Et puis aujourd'hui, on sent que le balancier est en train de revenir un peu au centre, d'abord parce que ce qui était en grand nombre l'est de moins en moins, je parle de l'humain, et c'est pour ça que je préférais me faire appeler par clin d'œil directeur de la rareté humaine, plutôt que de la ressource, et on voit bien aujourd'hui que le vrai sujet c'est de plus en plus la rareté humaine. Et que donc aujourd'hui, pour beaucoup d'entreprises, la vraie question c'est est-ce que je vais pouvoir recruter les talents dont j'ai besoin et est-ce qu'ils vont bien vouloir rester avec moi ? Et qu'est-ce que je dois faire pour permettre ça ? Et du coup, après des années de DRH bashing, il y a encore 15 ans, DRH, il y a même eu des films terrifiants sur le méchant DRH, que n'a-t-on entendu ? Avec des éléments qui avaient leur raison d'être, sur le DRH, aujourd'hui, alors qu'il y a encore 10-15 ans, il y avait zéro. RH dans les comités de direction ou les conseils d'administration, aujourd'hui ils sont au cœur de la réflexion. Le sujet c'est la rareté humaine. Voilà, c'est intéressant. Et quand bien même les robots, l'intelligence artificielle vont débarrasser l'humanité de beaucoup de tâches mécaniques, et tant mieux, de la même façon que la machine a permis de libérer l'homme de tâches physiques très dures, les tâches intellectuelles répétitives, tant mieux si la machine le fait mieux. Ça doit être l'occasion d'en profiter pour réorienter l'humain vers ce qu'il a de plus magique, c'est-à-dire sa capacité à rêver. à rentrer en relation, à imaginer, à ouvrir des possibles, et donc à ne pas se contenter de faire bêtement et répéter les choses. C'est amusant de se dire, si je regarde l'affiche du film de 1930 intitulée « Les temps modernes » , j'y vois Charlie Chaplin, les bras en croix sur une roue dentée. Le message c'est « la machine va dévorer l'homme » . La machine n'a pas dévoré l'homme. Elle a libéré des travaux trop durs dans les champs. Elle a permis d'avoir une agriculture beaucoup plus productive avec les plus et les moins. Mais n'empêche que, en tout cas, ça a permis de nourrir les milliards d'habitants de la planète. Sans les machines, on n'y serait pas arrivé. Donc il faut toujours, je reviens à ma notion d'équilibre, avoir la sagesse de se dire « Ok, tout va très vite, tout bouge très vite. Soit je me laisse prendre dans le cyclotron de cette accélération et je... Je panique, je perds pied. Soit je fais des petits pas de côté, je me rappelle que ce n'est pas la première fois que ça arrive, que l'humanité a été confrontée à plein d'évolutions comme ça, et qu'elle a toujours su trouver les solutions, donc on va les trouver. Dernier clin d'œil, ce qu'on appelait la Renaissance, ça a commencé en 1460, ça s'est fini en 1660, en arrondissant les chiffres, 200 ans. Les êtres humains à ce moment-là vivaient 40 ans. L'espérance de vie c'était ça. Donc aucun être humain n'a été vraiment bousculé dans son vécu, comme on dit, parce qu'il voyait les choses bouger. C'était pas que Dieu qui expliquait l'univers, il y avait aussi la science. On a vu arriver le gothique, puis toutes ces cathédrales, puis la littérature, les livres, puis Léonard de Vinci. Bref, ça s'est appelé la Renaissance. C'est beau d'ailleurs, ça a duré 200 ans. Et puis il y a eu une petite temporisation, et puis est arrivée la révolution industrielle, et en 100 ans, on est passé d'un monde où l'homme souffrait à la tâche, à un monde où c'est la machine qui bosse. Donc ça a duré 100 ans. Et là, la moyenne d'âge était 60 ans, donc oui, les hommes ont commencé à être un peu bousculés dans leur vie, jusqu'à l'arrivée de l'électricité ou de l'eau courante, qui faisait que de plus en plus on vivait dans la maison et pas dehors, enfin bref. Puis la révolution numérique, en 20 ans, d'accord ? 20 ans. Et puis là, maintenant, on a sans doute encore une accélération. Et donc, il faut simplement être très calme par rapport à ça, en se souvenant que, hé, on arrête de croire qu'avant c'était mieux, ou qu'ils n'ont pas connu ça, et s'ils en ont connu des redoutables. Quelqu'un qui a vécu de 1900 à 2000, il a vu deux guerres mondiales, une pandémie mondiale qui s'est appelée la grippe espagnole, deux crises majeures dont celle de 1929. Alors quand on me dit avant c'était mieux, je dis non, non, non, je pense qu'avant c'était différent, ça allait peut-être un peu moins vite, mais ils en ont vu des vertes et des pas mûres quand même.
- Speaker #1
Après c'est encore la question de la vitesse en fait, qui n'est pas faite.
- Speaker #0
La vraie différence c'est la vitesse. Et parce que la vitesse est potentiellement un facteur de risque majeur, c'est comment je résiste à la vitesse. Il faut savoir être résistant quand on sait qu'il est dangereux de se laisser prendre dans la vitesse. Donc le vrai enjeu, il est là, pour les entreprises, c'est à la fois ne pas succomber à la vitesse, trouver le bon rythme, c'est le rythme qui compte, et puis se souvenir que ce qui fera toujours différence, c'est la rareté humaine.
- Speaker #1
Merci, c'est passionnant. Il y a trois mots que je retiens dans ce que vous venez de nous partager. Et on retrouve le juste équilibre, en tout cas de tenter de trouver le juste équilibre entre accueil, maîtrise, libre arbitre et ancrage. Toujours être dans cette équation un peu insolue, mais trouver le moyen de pouvoir naviguer entre ces trois pans pour reprendre de la hauteur.
- Speaker #0
D'abord un grand merci et bravo pour ce magnifique résumé. Oui, ces trois mots, ce sont les mots clés. C'est bien ça. Il faut être en posture d'accueil tout le temps. Parce que quand on est en posture d'accueil, on se garde toujours la possibilité, non seulement d'être émerveillé, enchanté, etc. Mais surtout de toujours trouver des solutions parce qu'on ne ferme pas les portes. C'est ouvert. Et donc l'accueil, c'est la plus belle des attitudes parce que c'est celle qui va vous permettre de continuer à cheminer. Même dans les cas les plus difficiles. L'ancrage, il est indispensable parce que si on se contente d'être accueillant, on a vite fait de devenir jihouette potentiellement et de potentiellement être manipulé par des gens mal intentionnés. Et donc l'ancrage, c'est je sais d'où je viens, qui je suis, à quelle communauté j'appartiens. Le fait d'appartenir à cette communauté ne m'isole pas des autres, mais elle est une identité dont j'ai besoin pour exister. Aucun être humain ne peut vivre sans identité. On le voit quand vous avez la malchance d'être un enfant né sous X. Votre quête permanente c'est qui sont mes parents, d'où je viens, qui suis-je exactement. Quand vous êtes un immigré qui a quitté et que longtemps après vous dites ma terre natale elle est là-bas, là je suis ici depuis toujours, mais qui suis-je vraiment ? Donc on voit bien que l'identité, le fait d'appartenir à une communauté, avec une culture, une histoire, c'est important. Voilà, et entre les deux, cette grande liberté qu'on a de choisir, soit de subir le temps court, soit de se dire régulièrement je ferai mes petits pas de côté et je serai l'acteur de ma vie. Je refuse d'être passager clandestin de ma vie, je veux être l'acteur de ma vie. C'est quoi la jolie formule de Nelson Mandela ? Je suis le capitaine de ma vie, etc. Et donc, on est tous marqués par ces phrases très fortes. Elles ont beaucoup de sens. Et malheureusement, au quotidien, on a parfois beaucoup de mal à mettre ça en pratique. Donc, j'encourage tout le monde et notamment les leaders. Parce qu'un leader, c'est quelqu'un qui, d'une certaine façon, diffuse après autour de lui. Un leader joyeux, heureux, accueillant. en même temps ancrée, et qui encourage cette liberté, normalement, elle va être hyper performante, l'organisation qui le dirige. Si, à l'inverse, il est tout le temps bougon, tout le temps fermé, tout le temps à voir ce qui ne va pas, tout le temps à... ça ne va pas aller très loin.
- Speaker #1
C'est une chance. J'ai dit c'est une chance, parce que vous parlez de... Vous avez été directeur des ressources humaines. Étant ex-DIRCOM... le fait que vous ayez été directeur communication aussi de la marée nationale me parle et vous évoquiez la rareté humaine et la fonction de direction des ressources humaines qui aujourd'hui est de plus en plus dans les organisations la direction communication elle l'est mais un peu moins au titre que la fonction RH en revanche c'est la conviction en tout cas que j'ai, c'est vous parliez de remettre l'humain dans tout ce qu'il a de plus beau et de ce qu'il peut amener dans une organisation et Et vous parliez aussi de langage, d'accueillir, de pouvoir accepter les points de vue des uns des autres. Je pense qu'il y a aussi, avec la fonction communication, que la communication ne soit plus juste un papier cadeau qui va venir enrouber quelque chose de creux, mais rapporter du sens, du dialogue, de la sémantique, de la précision verbo-linguistique, en combinaisant aussi avec la fonction RH. Ces deux fonctions, je trouve, qui changent depuis quelques années.
- Speaker #0
Ayant eu la chance de pratiquer les deux, je peux témoigner que les deux sont intimement liés. Elles sont sœurs, jumelles. L'une ne peut pas aller sans l'autre. Au cœur de toute dynamique RH, il y a une dynamique de dialogue, de compréhension commune des choses. Donc il y a un langage commun, qui n'est pas un langage qui étouffe, etc., mais les mots qu'on utilise, on les comprend. Moi, quand j'ai été dire com de la Marine, on avait encore un peu le temps. Il y avait des journalistes qui étaient spécialisés dans la défense. Voilà, et donc quand j'allais voir une Arlette Chabot et des gens de ce niveau-là, qui étaient où El Kabach et tant d'autres, c'est des gens qui avaient travaillé les sujets et qui savaient à peu près, mais pas dans le détail. le sujet dont il parlait. Et donc pour être sûr qu'on allait bien se comprendre, on leur organisait des stages embarqués sur nos bateaux, l'armée de terre dans les régiments, etc., l'armée de l'air dans les bases aériennes, en sorte que quand on parlait de quelque chose, on parlait... correctement de cette chose-là, avec les bons mots, la bonne compréhension. Parce qu'on retrouve disciple, la matière professionnelle qui est derrière ça, elle a des codes et les machins, et donc elle a un vocabulaire. Tout métier a un vocabulaire. Et donc quand on prend le temps de comprendre le vocabulaire du métier, on rentre dans le métier et puis ça change tout. Donc communiquer, c'est savoir se comprendre. réciproquement ou mutuellement, en utilisant des mots qui ne sont pas des mots vides de sens. Ensuite, c'est pouvoir parler à la fois avec beaucoup de sincérité, beaucoup de simplicité de ce que l'on fait, pour montrer et d'accepter que ça soit questionné. La communication se trompe quand elle devient trop... marketing-isé.
- Speaker #1
Ce qui pouvait être le cas justement dans les années 80, quand il y avait cet avènement de la publicité.
- Speaker #0
Du coup, ça énervait tout le monde, on appelait ça les danseuses des présidents ou des présidentes, parce que c'était devenu caricatural. On essayait de nous faire gober des mouches pour faire les cours. Et donc, là aussi, ça a beaucoup changé, avec comme vrai sujet pour moi aujourd'hui, Le fait que malheureusement n'importe quelle image prise n'importe où, n'importe comment, peut devenir un phénomène d'actualité complètement dévoyé avec les réseaux complotistes, etc. Et ça c'est très dangereux. Et donc ce qui lie RH et communication, c'est cette quête permanente de est-ce qu'on est sûr qu'en se parlant on se comprend bien ? On a dans la marine une petite farce rigolote qui est comment un ordre se dégrade. Donc le commandant dit ce soir vous réunirez tous les marins sur le pont d'envol pour qu'ils puissent observer l'éclipse de lune. La personne qui doit répéter cet ordre va finir par dire à la quatrième personne qui répète « Alors ce soir le commandant a dit qu'il fallait qu'on soit sur le pont parce qu'il va faire éclipser la lune. » Pour autre temps, on passe quatre ou cinq... Vous voyez, vous vous rendez compte qu'une parole prononcée par quelqu'un, vous demandez à cinq personnes ce qu'elles ont compris et vous avez cinq versions. Les gendarmes vous disent ça quand ils font des ailes. des enquêtes et qu'il faut établir des faits, un fait s'est passé, et bien vous avez cinq versions du fait. C'est intéressant et donc ça doit rendre très humble et se dire on va prendre le temps de se parler pour être sûr qu'on se comprend bien et qu'on va trouver ensemble le fait qu'il n'y a pas d'embrouille. que voilà, et c'est compliqué, ça demande beaucoup de travail. Et beaucoup d'incompréhension dans le dialogue social, dans les relations entre manager et manager, entre, voilà, au cœur de l'entreprise. Ce qui souvent peut dérailler, c'est... Le fait qu'on ne prend pas assez le temps de s'assurer qu'on a bien tous compris la même chose ou qu'on est à l'aise avec ce... voilà, qu'on comprend bien ce que l'on se dit.
- Speaker #1
Quand on a préparé cette interview, vous m'aviez dit aussi, et ça m'avait interpellé, que lorsque vous aviez été élu VRH de l'année 2012 et que vous recevez l'information, le courrier vous disant que vous êtes nommé, Vous me dites, j'ai pas accepté tout de suite. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller contacter ma hiérarchie pour savoir s'ils étaient... d'accord pour le faire. Et j'avais noté cette notion d'humilité importante et ce que j'ai, je dirais, perçu dans nos différents échanges et dans cet échange qu'on vient d'avoir. Il y a bien sûr l'humilité, mais il y a aussi l'importance de se reconnecter au vivant, de contempler pour se reconnecter à quelque chose de plus grand que soit au-delà de ce côté machine, intellect, cadre dans lequel on nous enferme.
- Speaker #0
oui absolument C'est vrai, quand ils sont venus me contacter pour me proposer de concourir pour le trophée des âges de l'année, je leur ai dit, ok, mais je vais aller en parler avec ma hiérarchie, parce que si je devais être élu, ce n'est pas Olivier Lajousse qui serait élu, c'est la Marine Nationale. Moi, je suis au service de la Marine Nationale, et je ne serais pas là si la Marine ne m'avait pas confié ce rôle-là, et donc c'est la Marine qui sera honorée, ce n'est pas moi. Nous, on aime... quand on reçoit comme ça des récompenses, on aime bien que ce soit le collectif qui soit reconnu plutôt que tel ou tel individu. Après, il y a des récompenses quand on a été très courageux, machin, qu'on a fait un acte de bravoure, que sais-je, bien sûr, mais là, ce que vous me proposez, ça rend bien... Dans le cadre, ce sera la Marine qui sera mise à l'honneur par cette reconnaissance. Donc j'étais allé poser la question au grand chef de Marine, qu'on appelle le chef d'état-major, qui m'a dit « écoute, oui bien sûr, c'est génial, et puis en plus si t'es élu, waouh ! » Et puis finalement j'ai été élu, et donc voilà. Et le soir de la remise du trophée, le chef d'état-major de la Marine était là, et j'ai bien dit « c'est la Marine nationale qui est honorée ce soir par... » Le fait que vous me reconnaissiez, moi je suis le serviteur, mais avant moi, après moi, il y aura des gens qui vont faire ce métier. Et donc voilà, c'est la marine qui a mis en place un dispositif. C'est important l'humilité. La mer, ça nous rend humbles. La mer, elle commande. Quand il y a 14-15 mètres de creux pendant 4-5 jours, avec des vents supérieurs à... chez nous on parle en nœuds, donc on dit 50-60 nœuds, donc plus de 100 km heure, vous êtes obligé de mettre le bateau face aux vagues, et pendant des jours, c'est la mer qui vous impose son rythme. Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, parce que sinon, c'est comme en montagne, on doit respecter des règles, c'est comme dans le désert, c'est comme, voilà. Donc la mer rend humble, et chez nous, les marins militaires, en plus de la mer, il y a comment va se comporter le gars d'en face, qui est potentiellement dangereux, Et donc on a en permanence cette... L'attitude qui est, je reste vigilant, je résiste à la peur, parce que c'est normal d'avoir peur de temps en temps, et je me tiens toujours prêt. Donc on retrouve cette posture d'accueil, de perception, on a un mot que j'aime bien aussi dans la magie, c'est la veille, on veille. On veille, on se met, et pour bien veiller, il faut du coup savoir, ce qu'on a déjà abordé tout à l'heure, faire des petits pas de côté. Voilà, au cœur de la vie, il y a l'humilité. Et puis une façon de... On a parlé au début de l'interview de la cage fermée du bateau et puis de l'infini de l'océan. On le retrouve là. Moi, être humain, confronté à toute cette nécessité d'être humble par rapport à des choses qui sont plus fortes que moi, ou qui me dépassent, ou qui... voilà. Eh bien, je regarde vers le ciel et j'y vois des astres, des étoiles. Et je me rappelle que je suis un être fait de magnétisme au-delà de l'eau. Nous, les humains, on n'est pas simplement des corps parfaitement réglés. Ce n'est pas des machines. Il n'y a pas dix boutons pour régler la nature humaine. Il y en a des milliers. Et il y en a qu'on oublie souvent. Et moi, j'y suis très sensible. C'est notre rapport au cosmos. et à la nature au sens large. Ce qui nous permet de vivre en tant qu'humains, c'est que la Terre est bleue, que son atmosphère est respirable, et donc on est lié à tout ça. Et le fait que la Terre tourne sur elle-même, autour du Soleil, c'est magique quand on fait un petit pas de côté et qu'on regarde ça, on se dit « waouh » . Et donc il ne faut jamais oublier que nous, les humains, Avec beaucoup d'humilité, parce que pour moi la plus grande qualité d'un humain c'est l'humour, un subtil mélange de hume, de humilité et our de l'amour. Humblement, j'aime la vie parce que la vie c'est magique. Quand, comme moi, on a été confrontés à des drames absolument terribles, où on a vu partir des camarades au combat, où malheureusement j'ai perdu deux de mes petits-enfants, l'un emporté, l'une emportée par la maladie, l'autre par une noyade, on peut détester la vie. Et je reviens à ce que je disais tout à l'heure, c'est juste la vie. Et tant qu'il y a de la vie, que c'est bête de ne pas la vivre à pleines dents, que c'est bête de passer à côté et de se prendre la tête, c'est tellement beau. Être capable, même à 71 ans comme je l'ai dit aujourd'hui, et j'espère encore être là dans 20 ans et m'émerveiller, d'admirer un lever de soleil, d'être émerveillé quand on voit les jardins, les couleurs des fleurs, ce lien que nous avons avec la mère nature. qu'on appelle la terre et qu'on devrait appeler la mer, il ne faut jamais l'oublier. Je ne pense pas que ce soit... Il y a des gens qui vont trouver ça complètement incroyable, mais qu'on soit militaire ou poète, aucune d'entre nous ne peut être privée du droit de s'émerveiller de la vie.
- Speaker #1
Merci Olivier. Avant qu'on se quitte, j'ai toujours une question pour mes invités. en une phrase, comment vous résumeriez la notion de leadership ?
- Speaker #0
En une phrase, ce serait simplement de dire je n'oublie jamais que j'ai l'interdiction absolue de nuire à la dignité d'une personne humaine. Je suis le défenseur de la dignité de la personne humaine. Je me mets au service de toutes ces personnes et ensemble, on va conduire une belle mission. Mais je vais compléter en reprenant une phrase qui était un cadeau que nous avait fait un amiral en quittant la marine. Vous êtes... Vous avez choisi d'être officier de marine, alors soyez des officiers de marine en commandant vos équipages fermement, justement, sans jamais oublier que chacune et chacun vous vaut en tant qu'humain. Tout est dit dans cette phrase. Aussi haut que l'on soit amené à exercer des responsabilités, Ne jamais oublier que tous les maillons de la chaîne se tiennent les uns aux autres et qu'on est dépendant les uns des autres, tout comme on est dépendant de l'univers que je viens d'aborder. Et donc ce sentiment d'appartenance commune et de connexion permanente, il doit nous guider dans « je serai un grand leader si je n'oublie jamais l'importance de ces connexions » .
- Speaker #1
Merci. infiniment, Olivier.
- Speaker #0
Merci Tiffany, c'était un bonheur.
- Speaker #1
Merci, à très bientôt.
- Speaker #0
A bientôt.