- Speaker #0
Finta, c'est le podcast qui nourrit des esprits, des envies d'agir et des espoirs très concrets à l'échelle locale. Finta part de l'Aveyron pour explorer les voies de la ruralité à la rencontre de celles et ceux qui incarnent la diversité et l'incroyable vivacité de ce territoire. Je m'appelle Lola Cross, je suis journaliste et j'ouvre mon micro dès maintenant. Salut Fred !
- Speaker #1
Salut Lola !
- Speaker #0
Ça commence comme ça. Tu m'accueilles aujourd'hui au club, on est sur scène, dans une ancienne salle de cinéma. On reviendra sur toute l'histoire de ce lieu. Je voudrais commencer finalement par le fait que vous n'avez pas accueilli de public depuis de longs mois maintenant. Comment tu le vis, toi, de déambuler dans ce lieu qui vit en moitié, parce que vous avez quand même des artistes en résidence qui continuent à venir, mais sans public ?
- Speaker #1
Alors effectivement, tu fais bien préciser que... ça continue de vivre et qu'il y a des artistes qui viennent, puisque tout le monde ne le sait pas. Mais on n'a jamais vraiment arrêté notre activité, donc on n'a pas vraiment ressenti le manque que beaucoup ont ressenti quand ils ont fermé à 100%. Mais bon, on a fait cette salle quand même avant tout pour accueillir du public, accueillir du public de tous les âges, faire des... des soirées jusqu'à pas d'heure, des afters avec des artistes et tout ça. Et ça, c'est vrai qu'on en a beaucoup parlé dans l'équipe. On a senti qu'on était à moitié. On est content d'avoir ouvert ce lieu, justement, parce que si on avait été une association sans lieu, comme beaucoup d'existes sous le territoire, et là, on peut en parler de la JAL, des ICABASAC, etc., on a surtout pensé à ces assos-là, tout le long. Donc, on n'a pas à se plaindre, mine de rien.
- Speaker #0
J'en profite que tu parles de ça, c'est intéressant parce que finalement, c'est le premier podcast que je fais dans le milieu de la culture avec toi. Et j'ai un peu tardé à y venir parce que justement, il y a beaucoup d'assauts et savoir laquelle choisir, particulièrement dans ce milieu-là. Je trouve que ça a contribué à invisibiliser les autres et je n'avais pas trop envie de ça. Donc, j'ai eu du mal à y venir. Et c'est aussi parce que vous avez ce lieu, en fait, que pour moi, c'était important de commencer par vous. Parce que Finta tourne autour du territoire, des racines de tout ce qui s'ancre. Et ce lieu y contribue. Est-ce que tu peux me dire, toi, qu'est-ce qu'il représente pour toi, ce lieu particulièrement ?
- Speaker #1
Un lieu culturel qui existe depuis 1961. Donc, on est en 1984, longtemps après, mais on a toujours tous connu le club comme un lieu culturel. Et quand on a su que le Royal, l'autre cinéma de Rodez, allait fermer, être vendu pour faire des appartements, quand on a vu le family changer, devenir... On commerce la Maison du Livre, qui est quand même un lieu culturel, mais pas de spectacle vivant. En gros, on voulait vraiment, tu parles de territoire, c'était ça, c'était un des numéros un de notre projet, c'était garder un lieu. On savait que le théâtre à l'italienne, qui était apparemment très joli, qui est aujourd'hui devenu le commissariat de Rhodes, avait fermé il y a quelques années. On voyait plein de lieux disparaître. Non, non, on va arrêter. Il faut garder ces lieux. Et ça a fait partie de notre discours tout le long.
- Speaker #0
Et toi, personnellement, de t'ancrer ici. On est dans le faubourg de Rodez. On y reviendra, mais vous avez vraiment eu la volonté de vous ancrer dans ce quartier aussi et de le faire vivre.
- Speaker #1
Et moi, je voulais ouvrir un lieu à Rodez. Ce n'était pas dirigé du tout vers le faubourg. Ce n'était pas le quartier qui nous avait attiré, même si aujourd'hui, on l'a découvert. Et on en est très fiers, d'ailleurs. Pour la petite histoire, j'y habite maintenant depuis quelques mois, depuis 3-4 mois. On voulait que le chef-lieu de ce département ait sa salle de concert, et la première salle de concert du département.
- Speaker #0
Je n'avais jamais réalisé, mais on en est là.
- Speaker #1
La seule aujourd'hui.
- Speaker #0
Et toujours la seule.
- Speaker #1
Une salle équipée, avec une programmation régulière, une équipe. Certains avaient monté des projets, mais pas aboutis, donc on s'est pris par la main et on l'a fait.
- Speaker #0
L'histoire du club, on y revient. On est dans la dixième année de cette histoire puisque tu as créé l'association Ock Live en 2010.
- Speaker #1
C'est la douzième année. On fête nos douze ans en avril. Vu qu'on est rattachés au département de l'Aveyron, ça a une petite saveur.
- Speaker #0
On aime bien les douze, où qu'ils soient. Mais la douzième année d'Ock Live, tu triches un peu.
- Speaker #1
D'Ock Live, bien sûr.
- Speaker #0
Non, tu ne triches pas du tout, mais en fait, OK Live, c'est l'association que tu as créée initialement, avant que le club prenne vie vraiment dans ce lieu, mais l'association est toujours à la manœuvre. Voilà,
- Speaker #1
OK Live, c'est OK, forcément, territoire, et live, puisque je suis fan du live depuis plusieurs années. Et voilà, le nom était tout trouvé, assez facile, donc c'est le live dans notre territoire.
- Speaker #0
En 2010 ? Quand tu l'as créé cette association, quelle ambition tu as pour elle ? Parce que justement, tu n'as pas de lieu à ce moment-là, vous faites des événements nomades sur le territoire, essentiellement sur Rhodes, de mémoire.
- Speaker #1
Alors, on n'était pas fixés sur Rhodes. On a créé le siège social à Rhodes. chez mon grand-père à l'époque. Et on en organisait aussi sur Decazeville. On avait organisé aussi sur Ositz, on est le château, Rodes. Et on se disait qu'on pouvait être itinérant, aller plus loin. On avait des projets même à un moment donné sur Saint-Géniez qui n'ont pas eu lieu. Mais on n'était pas fixé à la base sur Rodes, au tout départ.
- Speaker #0
Combien vous étiez ?
- Speaker #1
Une quinzaine. Et je sortais moi de... d'un emploi de trois ans à Douce-Touche, à Luc-la-Primeau, ça c'était un mi-temps, et l'autre mi-temps était à Fijac, chez Ulysse Productions. J'ai créé cet assaut parce que j'avais quand même une ambition d'y travailler, de créer mon poste. Absolument pas une ambition de vouloir un lieu, mais de dynamiser, organiser des concerts, parce que pour moi, ça n'existait pas assez.
- Speaker #0
Quel était le paysage culturel en 2010 en Aveyron ?
- Speaker #1
Si on parle vraiment de musique actuelle, parce que culturel, forcément, c'est hyper large et je n'ai pas la compétence sur tous les secteurs, tous les champs artistiques. Mais si on parle de musique actuelle, il y avait 12 touches. C'était l'assaut de Luc Laprimob dans lequel j'ai beaucoup œuvré, qui était un assaut qui vivait très bien. J'étais salarié. Il y avait Skabazak, qui manquait malheureusement de salarié, mais qui était la plus grosse assaut. en termes de musique actuelle du département, voire plus, avec qui on avait beaucoup de liens. Il y avait Cap Festival, qui était le deuxième plus gros festival, l'Ajal, qui est l'assaut de Terre de Wergue. Voilà, c'était en gros les plus grosses assauts. Par contre, au niveau des emplois culturels d'un secteur, c'était très fragile et ce n'était pas la tendance. Il n'y avait pas énormément de personnes qui voulaient créer leur poste, malheureusement.
- Speaker #0
Donc on arrive 2013-2014, la réhabilitation du club. Donc tu l'as dit, le club créé en 61 par l'abbé Croze.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Vous êtes toujours dans des lieux qui appartiennent à l'Évêché.
- Speaker #1
En loup, à l'Évêché.
- Speaker #0
À l'Évêché, jusqu'en 2013, quand le cinéma ferme définitivement et toute l'activité cinéma se rabat sur le multiplex en centre-ville. Donc vous, c'est à ce moment-là que vous commencez un chantier participatif pour remettre ce lieu sur patte. C'est ce premier chantier qui va durer 7 mois. et dans lequel vont participer des bénévoles qui vous suivent toujours dans l'assaut, des voisins, des artistes aussi, des compagnons du devoir, des demandeurs d'asile, des scouts, vous balayez super large. C'est là que naît vraiment l'aventure humaine au moment du chantier ?
- Speaker #1
En fait, il y a des dates très importantes, forcément je vous rappellerai toujours. C'est la première fois que j'ai appelé pour savoir qui a été propriétaire de ce lieu, qui le louait, est-ce qu'il y a quelqu'un de loué ? Ça c'était en juin 2013, et après la visite le 14 août 2013, où on arrivait pour voir. Je savais les contraintes techniques et de sécurité pour ouvrir un lieu. Ça faisait un an que je disais, parce que j'avais déjà fait des formations aussi liées à la sécurité de l'île de spectacle, et je me disais que c'était beaucoup trop compliqué. Donc on allait voir, et au bout de même pas cinq minutes, c'était l'évidence. On allait reprendre, on allait négocier avec le propriétaire et on allait créer un chantier participatif. Un bien grand mot. A partir du moment où on a réussi à avoir les clés, c'était en décembre, on s'est fait déborder d'initiatives de gens qui voulaient nous aider parce qu'ils ont vite compris qu'on a attaqué quelque chose qui était au-delà de nos compétences, au-delà de nos forces et qui avait besoin de soutien. Donc ça a créé une émulation. Alors au début, c'était une quinzaine ou une vingtaine de membres de l'association, et ça s'est élargi, des voisins qui nous ont vus, et des artistes qu'on a croisés, la famille. Tu as parlé des demandeurs d'asile, c'est une étape sur laquelle on s'est fait surprendre aussi. Les CADA, donc c'est les centres d'hébergement des demandeurs d'asile locaux, et les associations qui accompagnaient les demandeurs d'asile, nous ont appelés en disant, apparemment, on a entendu parler d'un chantier collectif où des bénévoles peuvent intervenir. Est-ce que vous voulez accueillir des gens qui ont besoin de se rendre utile pour le territoire ? Avec grand plaisir, on a accueilli des journées où il y avait une quinzaine de personnes qui ne parlaient pas français, une dizaine de nationalités différentes, et on devait leur trouver de quoi faire toute la journée. C'est là qu'on s'est vraiment rendu compte du rôle social du chantier participatif. On a beaucoup appris. On a appris à des gens ce qu'il fallait faire, mais on a beaucoup appris de tout ce qu'ils nous ont aidé.
- Speaker #0
Est-ce que c'est ça que permet, mine de rien, une salle de spectacle, la rencontre aussi, tout simplement ?
- Speaker #1
Sans avoir de lieu avant, on ne se rendait pas compte de ça, effectivement. Quand on a eu ce lieu et une adresse, là, on s'est rendu compte du rôle social. Beaucoup plus, effectivement. Et aujourd'hui, on dit très souvent, très très très souvent, qu'on est le social club. On s'appelle comme ça souvent, au sein des bénévoles. On a même créé... Dans nos dossiers, on a un chapitre là-dessus qu'on rend en collectivité en disant toute la partie social club, en gros c'est l'accompagnement justement des demandeurs d'asile en qui on fait 100% confiance, attention. C'est l'accompagnement aussi des bénévoles sur toute leur démarche. On arrive à leur trouver des postes pour ceux qui sont au chômage, à leur rendre service, on a même du matériel, des camions ici qui les aident quand ils ont une déménagement. On est sur énormément de choses. qui font que quand tu viens bénévole ici, tu donnes, mais tu reçois beaucoup.
- Speaker #0
Donc vous êtes toujours une association. Aujourd'hui, si j'ai les bonnes infos, vous êtes cinq salariés.
- Speaker #1
On est aujourd'hui six et demi. Donc effectivement, cinq salariés, c'était avant l'été, mais on a embauché. On a embauché, on est six et demi.
- Speaker #0
Et combien de bénévoles ?
- Speaker #1
Entre 70 et 80, selon les années. On a réussi à ne pas baisser le nombre de bénévoles. Donc ça, on en est fiers. Et c'est aussi parce que je viens de dire juste avant. C'est parce qu'on a vraiment réussi à créer du lien, même pendant le confinement.
- Speaker #0
Et là, si on reparle de la réhabilitation, le lieu, tous les rutinois le connaissent, je pense que ce soit quand il était cinéma ou aujourd'hui, mais vous avez vraiment gardé la configuration. Le hall d'entrée n'a pas changé. La grande salle de concert, c'était la grande salle de projection. Vous avez conservé le petit balcon, tout est là. Il n'y a que les sièges qui manquent sur le bas de la salle. Là, on est dans une deuxième salle qui a gardé tous ses fauteuils rouges et qui sert d'auditorium. Vous avez créé dans un deuxième chantier participatif le studio de création.
- Speaker #1
La salle de création qui comprend un studio d'enregistrement.
- Speaker #0
Ok, donc sur ça vous accueillez vraiment de nombreux artistes toute l'année. Vous contribuez aussi à faire émerger des artistes locaux. Vous avez un peu ce rôle d'incubation qui est venu au fil du temps ou qui était vraiment dans le projet initial ?
- Speaker #1
Quand on a ouvert en 2014, on a écrit sur notre logo « salle de concert et pôle de création » . Pôle de création, on avait ça en tête forcément. On savait qu'on voulait accueillir des groupes en résidence. Oui, mais par contre, on ne se rendait pas compte des besoins, autant de besoins. Et quand on a ouvert, on a été assez rapidement submergé de demandes d'artistes. Des fois, c'était locaux, départementaux, régionaux, voire plus. Et donc, pendant deux ans, on n'a fonctionné qu'avec la salle de concert. Et effectivement, entre les concerts et les résidences, l'agenda s'est rempli. On n'arrivait plus à répondre à toutes les demandes. Donc, on a lancé deux ans plus tard le chantier de la troisième salle, qui était la plus grande. la salle avec les sièges bleus pour ceux qui s'en rappellent. Et donc on a décidé de répondre aux demandes et de faire une salle dédiée à la création, aux artistes en résidence et s'ouvrir, puisqu'on a fait un plateau plus grand qui pouvait accueillir des artistes musiques, mais aussi théâtre, danse et cirque selon les besoins. Et donc ça c'était un chantier qui a duré plus d'un an, beaucoup plus complexe que le premier puisque... En créant le studio à l'étage, on a créé une mezzanine qui fait quasiment 100 mètres carrés. Toutes les lettres phoniques, acoustiques. Donc là, c'est là où on a vraiment beaucoup plus appris.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que là, il est complet le lieu ? Vous avez exploité chaque mètre carré. Qu'est-ce qu'il reste à faire ?
- Speaker #1
Alors, le lieu, il est presque complet. Oui, on a presque tout exploité. D'ailleurs, on vient d'ouvrir notre jardin à l'arrière, où on a mis des cerfs, on va y mettre un poulailler, etc. Ça, c'est pour quand ? qu'on donne tout ce qu'on fait aux artistes, on fait à manger à tous les artistes qui viennent en concert, ça sera local, encore plus. Mais par contre, on n'a pas fini. On est en développement et on n'a pas fini d'exploiter cette salle dans laquelle on est, l'auditorium, elle est utilisée mais pas encore assez. Mais pour ça, il fallait que l'équipe augmente, clairement. On a été un sous-effectif chronique depuis la création de la SAUVET, depuis 2010 jusqu'à aujourd'hui. aujourd'hui. Je pense qu'on est encore en sous-effectif par rapport à toutes les ambitions qu'on a. Et là, je pense qu'à court terme, c'est-à-dire d'ici un an, on devrait être 8 minimum, voire 9. Et là, on en reparlera, mais je pense que le projet commencera à arriver à un développement qu'on espère.
- Speaker #0
Il y a aussi une volonté de faire de la médiation, vraiment d'aller sur le terrain ou pas ?
- Speaker #1
Oui. Alors la médiation, il y a plusieurs choses, mais on fait des actions culturelles pour aller chercher d'autres publics qui ne viennent pas vraiment au club. Donc ça, on a embauché Pauline chez nous qui s'occupe de ça maintenant. Donc c'est les écoles, les EHPAD, les centres de loisirs, etc., les IME. Et après, quand tu parles de terrain, le but du club, c'est maintenant de rayonner beaucoup plus sur le département. tout en faisant hyper attention à l'existant, voire même en soutenant l'existant. Un saut qui est en galère, sur son festival ou autre, c'est d'arriver en appui. Et ça, c'est un des objectifs. Mais bon, aujourd'hui, on ne peut pas tout faire. On va y arriver dans les prochaines années. À rayonner, surtout sur les actions culturelles, sur les accompagnements artistiques, et un petit peu sur la diffusion en soutien.
- Speaker #0
Là, la culture, je veux bien t'amener sur une idée un peu reçue. c'est toujours le budget qui passe quand on a fait L'essentiel avant. Il y a un peu cette image-là, mine de rien. Et chaque assaut donne l'impression de ne rien prendre pour acquis dans la culture. Donc là, même là où vous en êtes aujourd'hui, en fait, tout bouge tout le temps. Et comment vous gérez cette incertitude un peu ? Parce que vous dépendez aussi, évidemment, de l'argent public et des collectivités locales.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, oui, ils nous soutiennent tous. Donc on a les... Très content, très fier. Ça n'a pas été le cas. On est passé par toutes les étapes, tous les états, des nuits entières à ne pas dormir. Mais maintenant, on ne va pas se plaindre, ça va. Mais comment on le gère, en fait ? C'est une perte de temps incroyable. C'est une renégociation. On a l'impression de repartir à la base sur beaucoup de temps. Et c'est des emplois en gros, c'est une chargée d'admin qui bosse énormément et qui monte des dossiers en permanence. On a un gros souci en France, on pourrait partir sur des conventions triennales, voire plus quinquennales, et non. Et chaque année on reprend notre bâton de pèlerin, on a l'impression, et on recommence. Même si encore une fois, ça va mieux aujourd'hui. Mais si on se rend compte de ce qu'on a fait depuis 11 ans en termes de dossiers de négociations, de remplissage, si on l'avait passé pour créer des projets, et alors on parle de nous, mais si on le met à l'échelle nationale, où est le pacte de simplification ? Je ne sais pas. Ce n'est pas possible. En gros, c'est comment on fait, mais on bosse. On passe du temps à bout d'un an.
- Speaker #0
C'est ce qu'on voit, il y a eu quelques années où on avait vraiment beaucoup de festivals, où on était à une activité culturelle et musicale sur le département qui était vraiment foisonnante. Là, on sent qu'on est un peu dans un ventre mou où toutes les assos ne sont pas sûres de passer le cap. Parce que quand on n'a pas de salariés, clairement, on ne peut pas faire ce taf que vous faites là.
- Speaker #1
C'est une lourdeur administrative, juridique, etc. qui n'existait pas avant. Et oui, effectivement, sans salariés... Il faut vraiment que l'asso soit hyper soudée et que les postes, les rôles, soient assez bien répartis et que tout le monde s'implique. Et c'est là où l'associatif est compliqué.
- Speaker #0
À ses limites, oui.
- Speaker #1
Je suis un fan d'associatif depuis toujours, mais effectivement, quand on prend des engagements, il faut les prendre parce qu'on devient une équipe. Et si on ne fait pas son taf dans une équipe, il y a un souci à un moment donné. Aujourd'hui, vraiment, 100 salariés, une asso qui a plusieurs événements par an, c'est hyper complexe malheureusement.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu parlais des questions que vous vous êtes posées dans l'équipe pendant les mois d'arrêt. Vous n'avez quand même pas oublié de vous réinventer parce qu'il le fallait, je pense. Je pense au festival de cirque que vous avez accueilli cet été en plein air sur l'esplanade d'Aquavalon, le festival de la Maraude. Je pense au bœuf pour les vaches, le concert que vous avez organisé. dans une ferme à Bertholène pour un troupeau qui n'avait que ça à faire que de vous écouter quand le public ne pouvait pas venir à vous. Un concert quand même avec Gary Greau, avec Dieu Massilia, une belle tête d'affiche pour ses vaches. Je pense aussi au format vidéo d'Anton Club que vous poussez depuis la rentrée. Donc c'est des concerts en ligne que vous donnez à voir à votre public avant de pouvoir le réaccueillir après la Toussaint, si j'ai bien compris. Tous ces formats-là, il fallait en passer par là pour garder le lien ?
- Speaker #1
Oui, dans les réunions d'équipe, forcément, on était contents parce que le lieu accueillait énormément d'artistes. Nous, on voyait des concerts, on voyait des tournages de clips, des enregistrements d'albums. Et effectivement, on voulait quand même être visible pour notre public et ça passait par la toile, par le web. Et donc, le concert pour les vaches, ça part d'une idée assez farfelue. à l'époque, et on a tous foncé dedans. Donc ça a été piloté de maître par notre régisseur Clément, et on a été très très fiers de cette journée, on a passé une super journée à organiser ce concert-là, et bon, après l'objectif c'était numéro un, l'objectif c'était quand même de prendre en dérision la situation, puisqu'on lisait tous les protocoles qui arrivaient, les décrets, les arrêtés, tout ça, rien ne tenait la route. On ne comprenait plus rien. Donc bon, ce qu'on a fait, on avait le droit. Et le numéro 1, c'était vraiment prendre cette situation en dérision. Et donc, on a fait une super vidéo avec l'équipe des Fiasco Productions. Et ça a super bien marché. On a eu énormément de retours au niveau national des salles de concert, de nos réseaux, de nos syndicats, qui se sont bien marrés en regardant cette vidéo. On avait d'autres idées pour prendre en dérision la situation, mais mine de rien, ça demande énormément de temps, ce qu'on a fait. Et effectivement, comme tu dis, il y a le festival de cirque qui est arrivé. Ça, c'est une rencontre avec une compagnie de cirque qui était basée à Toulouse et qui s'est basée à côté de chez nous, à Sainte-Gisette-sur-Vior. On les a rencontrées, ça a matché direct et on est partis sur la première organisation d'un petit festival de cirque. On a été déçus par l'accueil des collectivités parce qu'on n'a pas été soutenus, ni par la ville, ni par l'agglo, qui n'ont pas vraiment compris ce qu'on voulait faire. Mais on l'a quand même maintenu, tant bien que mal, et on a passé un super moment avec eux. D'ailleurs, on part sur la deuxième édition.
- Speaker #0
Je voudrais arriver à toi maintenant Fred personnellement et on repart en arrière en rétropédale en 2010 qui étais-tu au début d'Oklive quel était ton parcours jusque là ?
- Speaker #1
Alors moi mon parcours j'étais j'ai commencé à sortir à avoir des concerts à l'âge de 14-15 ans je remercie mes parents C'était assez tôt, sans eux on partait avec mon frère. C'est là que j'ai beaucoup appris et que j'ai découvert que j'aimais beaucoup le live. Je ne suis pas un mélomane, je ne sais pas jouer de la musique. Je n'écoute pas de la musique 100% du temps. Mais par contre j'aime beaucoup le live. voir des concerts. Donc voilà, à partir de 15 ans, 16 ans, voire 17 ans, on a commencé à sortir dans les festivals après, après avoir vu les balles de village de l'Aveyron. Et assez rapidement, je me suis dit que j'aimerais bien travailler dans ce secteur-là. Et à partir du moment où on commence à choisir un peu plus nos études, je suis parti dans le culturel, notamment en licence pro. Et j'ai commencé à être bénévole dès l'âge de 19 ans dans des festivals. J'avais commencé forcément sur des gros événements. Il y avait le 32 juin 2000, c'était le procès de José Bové à Millau. Il y avait le rassemblement intermondialiste du mois d'août 2003 sur le Larzac, où on était bénévole. Et dès 2003, à mes 19 ans, on a commencé à être bénévole par-ci par-là. Et en 2004, j'ai fait partie du développement d'une asso qui s'appelait 12 touches, à Luc-Laprimauve. Et donc là, j'ai beaucoup appris. C'est le meilleur endroit pour apprendre, de toute façon. C'est sur le tas. Mes études en parallèle m'ont appris le secteur musical en France, comment il fonctionnait, et après, le concret. Et dès 2006, je me suis mis en tête de développer cette association et créer mon poste. C'est ce qui s'est passé un an après. Donc, merci le chômage. J'ai été chômeur bénévole à temps plein pendant un an. Et en 2007, j'ai créé mon poste. Voilà. Et ça a duré trois ans. Il était à mi-temps, comme je l'ai dit tout à l'heure. L'autre mi-temps, c'était Ulysse Productions, qu'on avait co-créé à l'époque avec deux collègues. Deux mi-temps qui sont devenus deux temps pleins. Donc c'était très complexe. Trop pour un seul heure. Très, très, très complexe sur la dernière année, avec les deux structures. Et là, j'ai décidé de tout arrêter. Donc ça a commencé comme ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es senti déjà à l'étroit en Aveyron en termes d'offres culturelles, musicales ?
- Speaker #1
Oui. quand Quand on était, bien avant de créer cette association en 2010, entre 2005 et 2010, quand le Bikini a réouvert notamment, après l'explosion de ZF, ça doit être vers 2007 je crois, on était tous les week-ends à Toulouse. Tous les week-ends on partait voir des concerts au Bikini, ou des fois c'était dans d'autres villes ou dans des festivals, parce que là, verront, il se passait des choses, mais pas tous les week-ends. donc à un moment donné On s'est dit, pourquoi pas organiser des concerts chez nous et plus. Donc quand on a créé Stasso en 2010, On en a fait une douzaine de concerts par an, environ, mais ça ne suffisait pas. Ça ne remplissait pas toute l'année. Donc voilà pourquoi on est là aujourd'hui, au club.
- Speaker #0
Mais tu aurais pu en partir de Rhodes et te dire, si c'est à Toulouse que ça se passe, alors je m'y installe et peut-être que dans ce milieu-là, j'aurai plus d'offres. Enfin, je n'en sais rien, c'est peut-être là-bas que tout se joue. Pourquoi toi, tu fais le choix de rester ici, finalement ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question qu'on m'a rarement posée. et ce que tu dis Même quand je faisais mes études, c'était une licence pro entre Château et Bourges, à Issoudun. Les profs, nos profs, disaient tous que de toute façon, si on voulait bosser dans ce secteur, il ne fallait pas parler anglais et que ça se passerait à Berlin, Londres ou Paris. Je n'ai jamais été réceptif à ces discours-là. Je me suis toujours dit que moi, j'apprenais pour amener ces compétences sur le territoire. Je ne voulais pas partir. Et donc je me suis dit, c'est ici qu'on va arriver à développer ce que j'apprendrai. Donc non, la question ne s'est jamais posée en fait.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une approche différente ici, parce qu'en ruralité, que celle que tu aurais pu avoir en ville ? Est-ce que la culture se vit différemment ?
- Speaker #1
Approche sûrement, mais ce que j'ai vu c'est l'opportunité. Puisque de toute façon il faut toujours voir le verre à moitié plein, et l'opportunité c'est qu'il y avait la place. c'est que quand on commence à organiser des concerts à Toulouse ou Paris, il y a un secteur musique actuelle ou culturelle hyper dense et du coup on va commencer à se marcher dessus, etc. En Aveyron, on avait cette chance-là, il y a quand même un gros dynamisme si on compare même au département Limitrof, mais il y avait encore la place, donc on a creusé notre trou. Tout simplement. On l'a vu, voilà. Comme une opportunité, une chance de développer ici. Contre, on a essuyé les plâtres.
- Speaker #0
Et oui, comme tous des fricheurs, vous êtes passés les premiers, quoi.
- Speaker #1
Quand on arrive et qu'on dit qu'on est une asso culturelle et qu'on est salarié d'une asso culturelle, au départ,
- Speaker #0
ça...
- Speaker #1
Et tu fais quoi à côté ? Souvent, on m'a beaucoup posé cette question. Tu bosses pour cette asso, ou même encore, il n'y a pas si longtemps, tu bosses au club, et tu fais quoi à côté ? En fait, ce sont des métiers. Et j'invite tout le monde à venir passer un stage d'une semaine ici pour comprendre effectivement que c'est hyper dense.
- Speaker #0
Tout ce que ça recoupe, on connaît mal finalement.
- Speaker #1
Ce que je voudrais préciser, c'est le collectif. C'est qu'en gros... on a parlé de moi, j'aime pas trop parler de moi mais quand je suis arrivé là en gros c'est de l'intelligence collective c'est quand on attaque quelque chose, un projet qui nous semble, nous important ou intéressant qu'on arrive à convaincre une ou deux personnes autour de nous ça fait boule de neige et là on se retrouve à plusieurs, à plein c'est la force de l'associatif c'est que on se retrouve très rapidement et ici on n'a pas parlé du chiffre mais le Le premier chantier, c'est 200 bénévoles qui sont venus nous aider. C'est une quarantaine d'entreprises mécènes qui ont fait partie du collectif aussi. Du coup, il y avait des bénévoles. On a parlé des scouts, des demandeurs d'asile, des compagnons du devoir ou autre. Mais il y avait des entrepreneurs, des grosses entreprises locales ou même l'artisan du coin. Et tous ensemble, on a créé un collectif. Je ne pourrai jamais assez remercier tous les gens qui ont participé. Des fois, c'est une heure ou des fois, c'est il y en a qui ont passé trois ans à fond. Pour ça, il faut... il faut vraiment arriver à partager même les décisions, il faut arriver à créer des moments où on décide ensemble. Et ça, ce n'est pas donné à tout le monde.
- Speaker #0
Qui est le président aujourd'hui de la SAUDE ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, il y a deux co-présidents qui sont Aurélien Vellédan et Damien Héral. On a neuf membres dans le conseil d'administration. On fait des réunions très régulièrement. Si on comprend les salariés, maintenant, on est entre 15 et 16 sur toutes nos réunions décisionnaires et on garde ces décisions collégiales. Alors, ça ne veut pas dire consensus à 100%. On discute beaucoup et à la fin, on arrive à un compromis. Mais on partage tout. Et c'est ce qui fait que le projet est beaucoup plus fort. Si c'est une entreprise et une seule personne qui décide, on va beaucoup, beaucoup moins loin. Et ça, c'est important.
- Speaker #0
Alors, ça peut paraître frustrant au départ, parce que vous êtes salarié, vous allez les mettre dans le cambouis. Et si le bureau n'est pas en phase, ça peut être limitant pour votre action.
- Speaker #1
Il y a eu des moments, tout n'a pas été rose. en bientôt 12 ans d'assaut, tout n'a pas été rose, il y a eu des gros blocages, des moments de chaos même ici pendant un an. Mais à l'arrivée, si on garde à peu près la même ligne, le même état d'esprit, et qu'on arrive à passer du temps à discuter avec l'ensemble des membres du CA et de l'équipe, on arrive toujours à avancer dans le bon sens. On ne prend pas tout le temps les décisions que moi personnellement je voudrais en tant que directeur. mais
- Speaker #0
Tu me permets d'expliquer encore une fois Finta, parce que moi je suis obligée d'avoir une personne face au micro, et il y a beaucoup de personnes qui me le refusent en disant non, parce que moi, qui suis moi dans le collectif pour parler ? Alors évidemment, je ne peux pas avoir 19 personnes autour du micro à chaque épisode, et j'ai aussi envie d'avoir l'expérience d'une personne qui incarne un projet. Ce n'est pas du tout pour cacher tous les autres, donc c'est intéressant que tu me le dises. Et tu m'amènes assez naturellement finalement vers la dernière question de Finta, qui est toujours la même. qui touche aux convictions, si tu devais me dire en quoi est-ce que tu crois, toi ?
- Speaker #1
Quand on fait visiter à des écoles, dans le club on explique forcément tout ce qu'on fait, les métiers, etc. et on arrive toujours aux valeurs et à l'engagement associatif.
- Speaker #0
Toujours. J'adore expliquer, même à des gamins de 4-5 ans, leur demander, tes parents dans ton village, ils font partie du comité des fêtes, du foot, de l'organisation des kines. En gros, c'est ce qui fait qu'on arrive à s'épanouir sur un territoire, n'importe quel secteur associatif, n'importe quel assaut. Et j'aimerais, ce n'est pas ta question, mais je le dis, j'aimerais qu'on arrive à comprendre. que l'engagement sur un territoire et les forces vives du territoire, alors ça peut être aussi les entrepreneurs, les entreprises, les assos travaillent de main dans la main avec les décideurs et les élus et les techniciens des collectivités. On est trop souvent en train de se dire qu'on n'avance pas dans le même sens, on ne veut pas les mêmes choses. Mais en fait, les collectivités, je leur disais souvent, depuis plusieurs années, Je dis qu'en fait, on est la même équipe et qu'on veut la même chose. C'est juste qu'on n'est pas à la même place. Mais si on avançait tous ensemble et s'ils faisaient confiance et que nous, on leur faisait confiance, parce que ça va dans les deux sens, je ne jette pas la pierre à tout le monde, c'est incroyable tout ce qu'on pourrait faire sur nos territoires, villages, villes, départements. Il y a un exemple, tu l'as reçu, c'est Arvieux. J'ai eu l'impression qu'ils ont eu, à un moment donné, cet alignement de planètes où les élus... Les entrepreneurs et ceux qui sont engagés au niveau associatif sont tous allés dans le même sens. Et ce qu'il est aujourd'hui, il y a des exemples au niveau national. Quand on rencontre des gens dans les collectivités, des fois, on nous fait comprendre qu'on est concurrent. Et ça, je ne comprenais jamais.
- Speaker #1
Concurrent de ? Entre assos ou avec la collectivité ?
- Speaker #0
Alors des fois, il faut faire comprendre qu'on est des concurrents parce qu'on est entre assos, qui font à peu près les mêmes choses, et après entre collectivités. Et des fois c'est service de la collectivité, donc le service cultural par exemple, et l'assos. Alors qu'on est tous sur ce territoire pour vrai, et on est tous fans de notre territoire, moi le premier. Bossons ensemble, faisons-nous confiance. Surtout dans les départements en gros comme ici.
- Speaker #1
Tu faisais référence à Arvieux, donc c'était dans l'épisode 3. que Vincent Benoît raconte ce projet-là dans Finta. Merci beaucoup, Fred.
- Speaker #0
Merci, Lola.
- Speaker #1
Merci de ton accueil et bonne route pour les prochains projets du club.
- Speaker #0
Et bonne route pour Finta.
- Speaker #1
Finto. Merci. Merci beaucoup. Merci. Merci. Vous êtes arrivés au bout de ce nouvel épisode de la saison 2 de Finta. S'il vous a plu, parlez-en autour de vous, partagez-le à vos amis. C'est le meilleur soutien que vous puissiez apporter à Finta pour qu'il continue son chemin. Retrouvez Finta sur Instagram, sur Facebook ou sur LinkedIn pour ne rien rater des nouveaux épisodes et de leurs coulisses. Et si vous voulez recevoir chaque nouvel épisode directement dans votre boîte mail, vous pouvez vous abonner à la newsletter de Finta. On se retrouve dans 15 jours. D'ici là, gardez l'œil ouvert, soyez curieux.