- Speaker #0
Finta, c'est le podcast qui nourrit des esprits, des envies d'agir et des espoirs très concrets à l'échelle locale. Finta part de l'Aveyron pour explorer les voies de la ruralité, à la rencontre de celles et ceux qui incarnent la diversité et l'incroyable vivacité de territoires que l'on croyait oubliés. Je m'appelle Lola Cross, je suis journaliste et je vous emmène dès maintenant. Voie d'une nouvelle agriculture, exigeante et connectée aux vivants, Émilie Vialette ne se destinait pas, a priori, à devenir paysanne. Passionnée de voyage, professeure d'économie-gestion en lycée agricole, c'est en 2018 qu'elle choisit de s'installer en association sur les terres de son époux, à Saint-Jean-d'Alcasse. Sur ces terres de Roquefort, Émilie et Alexandre produisent du lait de brebis, pour le roi des fromages, dans le plus strict respect du cahier des charges. de la plus vieille appellation d'origine protégée de France. Mais le couple a aussi fait le choix de transformer directement une partie de sa production à la ferme. Il fabrique quelques 2000 yaourts par semaine. Émilie le raconte dans l'épisode. Mais si j'ai voulu rencontrer Émilie, c'est aussi parce qu'elle a récemment lancé Essentiel. Que reste-t-il d'Essentiel dans une année Covid où le mot a fait couler beaucoup d'encre ? Pour Émilie, Essentiel, c'est un programme d'accompagnement destiné aux agriculteurs pour la prise de décisions collectives. De plus en plus structurés en GAEC, comprenés en groupement à plusieurs associés, les exploitations agricoles se trouvent confrontées à de nouvelles problématiques de gestion, et le métier de paysan n'en est que plus bousculé. Avec cet accompagnement, Émilie Vialet entend partager son expérience, malheureuse en la matière, pour aider à des mariages agricoles heureux. Son parcours, émaillé d'embûches, ses convictions et son regard de citadine devenue paysanne, dans cet épisode, Émilie brosse tous ces sujets. Avec elle, nous avons aussi parlé de biodynamie, d'état vibratoire et de la problématique du foncier agricole, bien trop cher actuellement pour permettre à de jeunes agriculteurs de prendre le relais. Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci de m'accueillir aujourd'hui dans ta ferme, on est à Saint-Jean-d'Alcasse.
- Speaker #1
C'est ça, à côté de Roquefort.
- Speaker #0
Ce territoire, qu'est-ce qu'il représente pour toi ?
- Speaker #1
Il représente le territoire où j'ai choisi d'habiter, puisque j'ai épousé un paysan. Et un paysan, ce n'est pas délocalisable, donc je me suis délocalisée. Moi, à l'origine, je suis née en Provence, donc plutôt une terre de la vigne, des olives, du mistral. Et puis, en rencontrant un paysan, je suis venue m'installer là, puis j'ai eu mes enfants. Donc voilà, mon lien au territoire aujourd'hui, c'est la vie que j'ai construite autour de mon travail et de ma famille.
- Speaker #0
C'était quand alors que tu es arrivée ici ?
- Speaker #1
Alors j'ai rencontré Alexandre, mon mari associé maintenant, il y a bientôt dix ans. A l'époque j'étais enseignante en lycée agricole, donc à peine je l'ai rencontré, je suis partie une première année en Alsace. Et puis après j'ai réussi à me rapprocher, je suis venue deux ans en Lauser, j'étais enseignante en Lauser. Et puis comme j'étais un peu pas très épanouie dans ce métier-là, j'ai arrêté. Et je suis vraiment venue m'installer à la ferme en 2014.
- Speaker #0
C'est assez récent quand même.
- Speaker #1
C'est assez récent, oui.
- Speaker #0
Alexandre, donc, ton mari a repris la ferme dont il a hérité de son papa.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'était pas une évidence pour lui non plus de reprendre cette ferme. Il n'était pas a priori destiné à l'agriculture, si je me souviens bien de son parcours.
- Speaker #1
Et en fait, je crois que ça a toujours été... Peut-être que c'était inconscient pour lui et qu'il a toujours su qu'il reprendrait. Ceci dit, il a fait des études, il est parti, il a vécu à l'étranger, il a fait autre chose. Il ne s'est jamais dit consciemment, je reprendrai la ferme. Mais ça s'est fait tout seul en fait. Et quand il est revenu en 2007 et 2008, qu'il a retravaillé avec son papa, mais un peu naturellement. Puis son papa est décédé très rapidement, après qu'il soit revenu travailler avec lui. Et donc en fait, il s'est retrouvé avec la ferme à reprendre. Et il a relevé le défi et il l'a très bien fait.
- Speaker #0
Là, c'est une ferme sur laquelle vous avez des porbis.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Laitière.
- Speaker #1
Voilà. Mon papa vient de nous faire l'arbre généalogique de la famille Violette. Et il y a 7 générations de cultivateurs, éleveurs, c'est incroyable. Jusqu'en 1600, il y a des agriculteurs ici, qui venaient tous de Saint-Olelit-de-Cernon d'ailleurs. Ça fait 2-3 générations qu'ils sont venus par ici. Et il y a toujours eu des brebis en fait. Après nous, en 2018, on a développé une activité de yaourt. Donc on transforme maintenant. Et puis on a mis en même temps en 2015, enfin un petit peu avant, de l'hébergement et des visites de fermes. Dans l'ordre, la ferme a commencé par s'ouvrir, donc des visites, de l'hébergement. Puis en 2018, on a transformé. Et là maintenant, la prochaine étape, c'est que je suis en train de développer une activité d'accompagnement des agriculteurs, dont on va parler je pense. C'est encore une étape supplémentaire.
- Speaker #0
La volonté d'accueillir du monde sur votre ferme, donc vous avez installé une petite roulotte que vous avez retapée sur votre terrain, pourquoi ?
- Speaker #1
Alors tu vois cette tasse là qui est entre nous que je t'avais prêtée pour l'interview, il y a marqué Rio 2007. Et en fait c'est rigolo parce que moi j'y étais pour les Jeux Panaméricains en 2007, et il se trouve qu'Alexandre était au Brésil au même moment, à Rio, mais on ne se connaissait pas. Donc on a quand même un profil de voyageurs tous les deux. Et moi, j'ai ressenti la nécessité en venant ici que le monde vienne. Parce que quand on est paysan éleveur, concrètement, on ne peut pas partir facilement de chez soi. Et c'était le besoin de pouvoir que le monde vienne à nous. Donc je me suis dit, tiens, on va ouvrir la ferme, on va mettre une roulotte. Et ça répond aux besoins, puisqu'on voit plein de monde, on rencontre plein de gens. Et c'est vraiment chouette.
- Speaker #0
Il y a une volonté d'expliquer votre métier aussi ?
- Speaker #1
Oui, d'être dans l'échange, le partage, montrer, témoigner. Ça, c'est très important.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Alors en fait, au début... je crois que c'était vraiment plus un besoin de oui c'est vrai, maintenant que tu le dis c'était plus moins un besoin de rencontrer des gens, mais chemin faisant finalement c'est un échange les choses et on s'est rendu compte que quand on partageait ce qu'on vivait les gens ils avaient vraiment de la lumière dans les yeux ils apprécient vraiment de venir, découvrir on voit qu'on leur fait passer un bon moment en leur ouvrant notre monde, donc ça ça a entretenu le désir de continuer même si à la base c'était peut-être plutôt égoïste de moi de de rencontrer du monde en fait. Et puis je crois qu'on a mis en place des pratiques très très alternatives, très différentes au niveau agricole. Je pense qu'on se sent maintenant un peu comme la responsabilité, le devoir de témoigner de ça. Parce qu'on a une agriculture vraiment différente, et c'est important que les gens se rendent compte qu'on peut faire différemment. Donc on se sent, qu'on le veuille ou non, le devoir aussi de témoigner de ça.
- Speaker #0
En quoi elle est différente alors ?
- Speaker #1
Oula ! ça pourrait être tout un podcast en soi. Alors on est en biodynamie, qui est certifiée par le label Déméter, c'est une agriculture qui intègre, comment je pourrais dire ça, avec des mots simples, une autre dimension du vivant. Dans les faits, on travaille avec le calendrier lunaire, on va être attentif à la lune, au mouvement des planètes, etc. Mais en vrai, j'ai envie de dire, c'est juste une agriculture où tu as conscience que ton état de conscience va déterminer ce que tu fais. Autrement dit, si tu es stressé, si tu es Merci. pas bien si tu es tendu. Le vivant avec lequel tu travailles, il va avoir une répercussion de ça. Voilà, c'est ça pour moi. L'agriculture différente, c'est que les animaux, le yaourt, tout ce qu'il y a autour de nous, c'est pas des supports insensibles. Ce sont des vivants sensibles. Et on est des êtres vibratoires. Et la vibration que j'envoie, ils vont la capter. Donc nous, nos yaourts, quand on fait du yaourt, on met des ferments dedans. Des ferments, c'est des petites bactéries vivantes. Donc on est hyper vigilant par exemple à l'état intérieur dans lequel on est quand on ensemence le yaourt. Donc voilà, ça c'est notre agriculture qui est quand même vraiment ultra ultra sensible.
- Speaker #0
C'est nouveau pour vous ? Enfin à quel moment vous avez cette prise de conscience ? Est-ce que toi tu as toujours été sensible à cette sensibilité ?
- Speaker #1
Alors ce qui est très drôle c'est que si je me remémore, quand j'ai rencontré Alexandre, l'année où on s'est rencontrés, le premier jour où on s'est donné un rendez-vous quoi. Et qu'on a parlé, je me rappelle très bien qu'en une des points de la discussion, on a parlé de Steiner. Steiner, c'est le fondateur de la biodynamie. Et il m'a regardé, il m'a dit, tu connais Steiner, toi ? Et je pense que ça a été un peu le point d'accroche entre nous deux. Donc en fait, la biodynamie, ça fait dix ans qu'on en parle. Moi, c'est quelque chose que je connaissais parce qu'avant, j'ai beaucoup été vendeuse en magasin bio. Je connaissais la biodynamie comme ça. Ça m'attirait beaucoup. Et en fait, au fil du temps, je pense qu'on l'a tous les deux de plus en plus vécu, expérimenté. Mais ça chemine depuis dix ans.
- Speaker #0
Vous avez aussi fait le choix de transformer votre lait et donc petit à petit de vous émanciper aussi de Roquefort, mine de rien. Vous ne vendez pas tout votre lait. Est-ce que vous en vendez encore ?
- Speaker #1
Ah oui, en fait, on continue évidemment à livrer à Société des Caves. Et en plus, Alexandre est très attaché au système Roquefort. Je pense que pour lui, c'est vraiment... Roquefort, c'est la première AOP qui a été créée en France, 1924. Et il est très attaché à tout ce qui est le collectif et les évolutions collectives vers l'amélioration. Et Rockfort, ça a quand même été une AOP qui a conduit les gens vers le haut. Donc pour toutes ces raisons, il est très attaché et il n'a pas envie de quitter Rockfort. Donc oui, évidemment, on a transformé, donc on a pris une partie de notre lait. Mais on veut être vigilant à garder un pied, en fait, et à ne pas quitter complètement ça.
- Speaker #0
Est-ce que l'AOP garde sa force pour toi ou est-ce qu'il est encore important de le défendre ? Alors,
- Speaker #1
Moi, de ce que j'entends de l'extérieur, parce que c'est très complexe, toute cette histoire de la filière, mais j'ai quand même l'impression que, alors là, c'est très intuitif ce que je dis, qu'il se dessine peut-être un chemin à... de vitesse au sein de l'AOP, à savoir des éleveurs qui feront un lait d'excellente qualité et qui seraient aopables, et des agriculteurs qui ne veulent pas s'embêter, et c'est ok avec ça, avec des contraintes, et qui veulent faire un lait qui sera d'ailleurs pasteurisé, parce que faire un lait cru ça demande une attention, une qualité, etc., que certains n'ont pas envie d'assumer, et il n'y a pas de souci avec ça. Donc j'ai l'impression que l'AOP va peut-être aller vers ces deux chemins-là. Donc l'AOP, elle est importante à maintenir, mais peut-être pas pour tout le monde.
- Speaker #0
Quand vous choisissez de transformer, vous avez fabriqué une yaourterie sur votre terrain. C'est un gros investissement, ne serait-ce qu'en termes d'hygiène et compagnie. Ça exige beaucoup de choses. Pourquoi vous avez fait ce choix-là ?
- Speaker #1
Alors moi, j'ai un mari qui aime que les choses soient très bien faites. Donc on fait un labo. OK, on l'équipe aux normes industrielles. On ne rigole pas à moitié. Donc on a un labo avec un agrément sanitaire qui nous permet de vendre en circuit long. Et j'ai envie de dire merci parce que comme on n'est quand même pas les premiers sur le territoire à faire du yaourt, et que le marché local est quand même bien occupé. C'était très important pour nous de pouvoir sortir de l'Aveyron et qu'il y ait une histoire de l'Aveyron, d'y trouver des distributeurs. Il nous fallait absolument un agrément sanitaire. Donc à la base, c'est pour une raison plus de goût personnel pour les choses très bien faites et un équipement top top. Mais en vérité, heureusement qu'on a ça.
- Speaker #0
Parce que là, vous vendez où aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors là, on vend un petit peu en local. On a un gros client sur Montpellier, le locavorium. Et après, on est distribué sur Paris. On a pour l'instant deux distributeurs. Et là, on vient d'avoir un nouveau client qui est un distributeur basé en Lauser, spécialisé sur toutes les super-raies de proximité. Donc là, on va être vendu dans tout l'Aveyron et les territoires, les Mitroff, sur vraiment les petites épiceries. Et là, c'est chouette parce que c'est vraiment notre cœur de clientèle, finalement, le produit local. Et là, récemment... On vient d'être contacté par un gros distributeur qui est en Allemagne et qui nous a repéré pour nos produits d'émetteurs, pour le coup, et qui lui vend carrément à l'international. Donc peut-être que nos yaourts vont être vendus en Espagne, en Suisse.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que ça veut dire en termes de quantité ? Vous produisez combien de yaourts par an ? Alors là,
- Speaker #1
pour l'instant, on est à 2500 yaourts en moyenne semaine. Ouais, plutôt 2000. Mais ça, par exemple, c'est pas encore au niveau de la rentabilité. Il nous manquait... à peu près 1 500 yaourts par semaine pour être au niveau de la rentabilité. Donc je pense qu'avec ces clients supplémentaires, on va enfin arriver à notre niveau d'équilibre. Mais on se dit que peut-être, si ça continue à se développer, on va en faire encore plus et tant mieux. Le but, ce n'est pas que de rester à l'équilibre, c'est de gagner un peu notre vie dessus quand même.
- Speaker #0
Ça veut dire combien de brebis derrière qui carburent ?
- Speaker #1
Alors là, on en a 300. Mais on n'en mettra pas plus parce qu'il y a un élément très important du label d'émetteur, c'est qu'on doit nécessairement avoir 80% d'autonomie alimentaire. On est complètement restreint sur la capacité d'acheter à l'extérieur. Ce qui n'est pas le cas du bio. On peut faire du tout bio avec du tout acheté. Nous, on est limité par ce qu'on peut produire sur la ferme. Et par les temps qui courent, et avec les sécheresses qu'il y a de manière récurrente. On ne peut pas mettre 40 000 animaux parce qu'on ne pourra pas faire des tonnes et des tonnes et des tonnes de foin. Donc on est forcément obligé d'adapter le troupeau à ce qu'on peut leur donner à manger. Et du coup, on ne dépassera pas 300 brebis, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Ok, vous avez combien de terre autour de la ferme ?
- Speaker #1
Alors la terre, elle est en deux morceaux. On en a la plus grosse partie, c'est sur le plateau de Masse-Courbes, sur la commune de Saint-Félix-de-Sorgue, où là on a des parties en sectionneaux, toutes les pâtures et le foin qu'on foche. Et au total, On a 178 hectares de SAU déclarés à la PAC, mais sur ces 178 hectares, on n'en a que 90 vraiment utiles. Le reste, c'est ce qu'on appelle du COS, qui est de la nourriture assez peu dense en termes de nutritif. Et voilà, sur les 90 hectares qu'on a, on en travaille une cinquantaine en prairie, et puis 50-60 en prairie, le reste en céréales.
- Speaker #0
Officiellement, Émilie, c'est en 2018 que tu t'associes avec ton mari Alexandre sur la ferme, que vraiment tu t'installes, que vous avez deux associés en plus avec vous. C'est le début d'une histoire qui t'amène aujourd'hui à CréEssentiel, qui est un programme d'accompagnement, de conseil pour les agriculteurs, quelque chose d'assez holistique, je ne sais pas si on parle comme ça dans l'agriculture aussi, mais en tout cas, l'idée de vouloir mettre ton expérience qui a pu être douloureuse au profit. des autres. Est-ce que tu peux m'expliquer cette partie de ton histoire ?
- Speaker #1
Alors en 2018, on a fait un gaec avec deux autres personnes qu'on appelle des hors-quatre familiaux, dans le jargon. Une personne qui était salariée chez nous pendant trois ans et une personne qu'on a fait rentrer dans le gaec. Donc on a fait un gaec à quatre. Et ça a été... C'est extrêmement compliqué pour ces personnes-là, je vais le dire comme ça, de trouver leur place. Et c'est le cas de beaucoup, beaucoup, beaucoup de GAEC où on fait rentrer des hors-cadre en fait, maintenant que je compare avec d'autres situations. Et tout ça nous a mené à d'énormes tensions, avec en plus, il s'est trouvé qu'il y a eu des tensions économiques, des problèmes économiques sur la ferme. A l'époque, on n'était pas collecté en bio. Et finalement, on était quatre associés et un salarié. Donc la charge de main-d'œuvre était très importante. Il y a eu un manque à gagner du fait de la non-collecte en bio. Tout ça, ça fait que ça a tendu un peu la situation. Et j'ai envie de dire, c'est comme dans un ménage, si le couple ne va pas, si la relation ne va pas, mais qu'économiquement, ça tient, bon, là, on avance. Puis si vraiment, financièrement, ça se tend, le couple va craquer. Là, ça a été pareil. La situation économique aurait été bien, peut-être qu'on aurait continué un peu comme ça, avec une épine dans le pied, mais bon, on s'en accommodait. Là, on ne s'est pas accommodé du tout. Et donc les tensions économiques ont exacerbé les tensions humaines. Et donc en avril 2019, un an après, on a pris la décision de se séparer, en tout cas avec une des premières personnes. Et là, ça a mis trois mois pour se faire par coup d'avocats interposés. Donc là, c'était gros, gros stress pour tout le monde. Je dénigre pas du tout la personne qui est partie, c'était compliqué des deux côtés. La première personne est partie en juillet et le deuxième est parti à fin septembre. Donc en fait, en un an et demi, on s'est retrouvés de quatre à deux. Heureusement, on a trouvé du monde pour les remplacer. On a salarié des personnes, etc. Donc ça a rebondi. Mais de tout ça, il m'est resté une sensation très douloureuse. au niveau du relationnel, de ces réunions qu'on faisait où c'était une angoisse horrible, parce que très tendue. Et donc la question de comment on décide ensemble, ça c'est quelque chose que j'ai à cœur maintenant. Alors il y a comment on décide, et puis il y a aussi alerter un petit peu sur tous les points très sensibles et les questions qu'il faut se poser avant de s'installer. L'expérience que j'ai vécue m'a fait quand même discerner deux, trois petites choses ou la... Il ne faut pas se mentir. Il faut se poser la question droit dans les yeux et y répondre vraiment.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça représente un GAEC ? Parce que j'imagine qu'il y a des tensions, mais vous, en plus, ici, la terre est la vôtre. Donc, est-ce que ça déséquilibre le rapport à un moment dans un GAEC ?
- Speaker #1
Si tu veux, pour moi, là, s'il y a une question à poser, c'est qui a l'argent ? De la réponse à cette question, généralement, va découler qui décide. Et quand on a abordé la question de qui a l'argent et qui décide, là, tu vas pouvoir explorer. tous les potentiels problèmes, parce que tout vient de là. C'est dans un gaïc, évidemment, celui qui a l'argent, celui qui a le patrimoine, c'est évidemment très difficile de déléguer quand c'est à toi. Et nous, en l'occurrence, c'est une ferme familiale. Alexandre a tout le foncier. Donc évidemment, c'est éminemment compliqué derrière et pour lui de déléguer et pour les gens de trouver leur place. Parce que c'est vrai qu'en plus, Alexandre, on avait fait le choix, mais ça, je ne le referai pas si c'était à refaire. de faire rentrer les gens avec rien. Il disait, c'était, ben, vous mettez rien en arrivant, comme ça, si vous devez repartir, voilà, vous apportez pas de capital, l'entrée et la sortie sont faciles. Sauf que ce qu'on s'est rendu compte, c'est que, ben, si tu n'amènes rien, tu peux encore moins te sentir chez toi, déjà que tu arrives sur un espace où t'as l'empreinte des autres partout. Donc déjà, si tu fais l'impasse du foncier, qui est déjà, à mon avis, même inconsciemment, quelque chose de symboliquement très fort, même si tu acquiers du capital, Ça reste difficile de trouver ta place. Alors si en plus, tu n'offres pas aux gens la possibilité d'acquérir une part du capital de l'entreprise, mais c'est mort. Et donc ça, ça a généré évidemment des tensions.
- Speaker #0
Vous, en 2018, il est où l'intérêt d'être un GAEC ? Alors pourquoi ne pas salarier ? Eh bien,
- Speaker #1
tu vois, tu poses la bonne question. C'est que moi, je me rappelle très bien pourquoi on a fait ce GAEC. C'est qu'Alexandre, moi, je l'ai connu pendant 10 ans. Il ne trouvait personne avec qui s'associer. Il y avait des gens qui passaient en salariat. Il venait, il partait, il venait, il partait. Et l'idée qu'il avait, c'était, il faut que je pérennise quelqu'un. Donc en fin de compte, c'est comme si tu disais, bon, maintenant mon gars, je t'ai rencontré, pour te garder, on va se marier. On reste ensemble parce qu'on s'aime, on reste pas ensemble parce qu'il faut que tu restes avec moi. Et tu vois, c'est un peu l'erreur qu'on a faite, on a associé pour des mauvaises raisons. Je suis convaincue que l'impulsion que tu mets au départ du projet, tu vois, l'onde de départ...
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais avec ta main ? Explique-nous.
- Speaker #1
Alors là, tu vois, avec ma main, je fais une pichenette. Et cette pichenette, c'est comme s'il y avait une onde qui partait et je la fais avancer avec mes doigts et je la fais s'amplifier. Et donc, je dis simplement que l'impulsion de départ du projet qui était la mauvaise, Elle s'est répandue et c'est devenu un fiasco. Et si l'impulsion elle est bonne, ok il y aura des difficultés, mais comme un couple. C'est un couple au début, si tu te mets ensemble c'est pour des bonnes raisons. Après tu... qui traverse des mondes, des vaux, des épreuves, des trucs, mais c'est solide quoi.
- Speaker #0
Est-ce que toi tu sens que c'est cet échec ? Tu parles d'échec ?
- Speaker #1
Je parle d'une expérience.
- Speaker #0
C'est cette expérience qui aujourd'hui te dit, j'ai envie de la partager et je sais qu'elle peut être utile à d'autres ?
- Speaker #1
Ah mais moi je dis qu'elle a même été... Il fallait que j'en passe par là pour développer tout ce que je suis en train de développer et qui en fait, quand je le lis avec un peu de recul, c'est un chemin personnel que je fais à travers ce que je fais là. L'activité que je suis en train de développer... elle parle de moi très en profondeur en fait. Vraiment, je pense que je vais me réaliser en tant qu'humain à travers ce que je vais apporter. Donc il fallait que j'en passe par là parce que ça m'a amenée à me poser toutes ces questions et à m'outiller réellement parce que ça c'est quelque chose de très important. C'est bien beau de dire aux gens il faut décider par consentement. Ok, très bien, mais une fois que tu as dit ça, comment tu fais ? Tu ne peux pas laisser les gens sans outils. Si je te dis... Fais un trou et que je ne te donne pas une pelle, que je ne te donne pas une pioche, tu ne peux pas faire ton trou. Donc moi vraiment, j'ai trouvé des outils concrets que je peux utiliser pour faire ça. Et ça pour moi c'est toute la différence avec certains accompagnements que tu vas trouver. dans le domaine relationnel où, à mon sens, ce n'est pas assez équipé d'outils concrets.
- Speaker #0
C'est-à-dire, si Anna-Hume a cité, pour avoir une idée de ce qu'est l'outil...
- Speaker #1
Moi, j'ai par exemple un outil que j'appelle... Alors, c'est des mots très, très... C'est une prise de décision intégrative par consentement.
- Speaker #0
Ça peut faire peur.
- Speaker #1
Ça peut faire peur. Mais c'est une manière... Par exemple, on travaille ensemble, tu m'amènes une idée, tu fais une proposition. Eh bien, avec cet outil-là, il y a toute une série d'étapes qu'on va suivre, un protocole extrêmement cadré d'étapes et après étapes. Et moi, au milieu, la personne qui anime la réunion va poser des questions très précises pour amener les gens à sortir d'un mécanisme qu'on appelle le système 1 du cerveau. Le cerveau, en fait, il fonctionne avec deux systèmes. Tu as le système 1, c'est le système vraiment archaïque. primaire reptilien qui est la réaction. Mais c'est un mécanisme super, parce qu'en fait, il a amené à la survie de l'espèce. Donc ça, c'est très bien si ça va très vite. Et donc, on est 90% du temps dans nos manières de fonctionner en réaction. Quelqu'un dit quelque chose, tu réagis. Tac, tac, tac. C'est un peu le Far West, tu vois. Et donc, mon processus, il amène à ce qu'on appelle le système 2. C'est le système où tu passes en mode, je me pose, je réfléchis, je ralentis, et c'est beaucoup plus lent. Les questions du processus, elles sont rédigées d'une manière très précise. qui t'amène nécessairement, que tu le voyes ou non, à sortir du système 1 pour passer en système 2. Tu vois, j'ai fait ce geste où vraiment tu te décales et tu regardes les choses autrement. Eh bien, tu ne vas pas prendre les mêmes décisions.
- Speaker #0
Donc là, ce que tu proposes avec les agriculteurs que tu vas accompagner, tu vas peut-être commencer.
- Speaker #1
c'est vraiment d'être là au moment de la prise de décision c'est-à-dire au début d'animer le processus parce qu'ils n'arriveront pas à le faire au début puis c'est très dur, moi-même je le vois ici d'être à la fois animateur et partie prenante ma proposition c'est au début d'accompagner jusqu'à intégration de la méthode et après ils roulent avec ça donc toi tu proposes des solutions à différents problèmes il n'y a pas que l'association Angaek parmi les problèmes que tu... Je veux me consacrer au monde agricole parce que c'est un monde que j'aime, qui me fait vivre. En vrai, je pourrais le proposer partout où il y a des humains qui ont besoin de décider ensemble.
- Speaker #0
Quand ils sont face à quelles problématiques, est-ce que toi, tu peux amener des solutions ?
- Speaker #1
N'importe laquelle, en fait. Ça peut être... Alors, mon objectif, en fait, avec l'accompagnement, c'est de, déjà, un, clarifier. Qui fait quoi ? On clarifie les rôles et on met des gens dedans. Et je distingue bien les rôles des gens. Il y a des fonctions nécessaires dans l'entreprise pour fonctionner qui sont immuables. et qui sont indépendants des gens qui vont rentrer dedans. Finalement, à part les décisions opérationnelles, toutes les décisions vraiment stratégiques, où on sent qu'il faut qu'on se mette d'accord à plusieurs, sinon ça va créer des tensions, je peux arriver et accompagner.
- Speaker #0
Est-ce que ce qui sous-tend un peu toute ton envie avec Essentiel, c'est aussi l'idée de dire qu'une exploitation agricole, c'est une entreprise, comme une autre ou pas, en tout cas c'est une entreprise dans laquelle l'agriculteur doit avoir vraiment multi-casquettes sur ses terres, il doit être à la compta. On parle beaucoup des dossiers administratifs pour la PAC, les aides européennes ou autres.
- Speaker #1
J'ai évolué récemment sur vraiment l'apport d'essentiel et ce que je veux vraiment apporter. À la base, je pensais que je pouvais intervenir aussi sur tout ce qui est le pilotage. Donc effectivement, aider à monter un prévisionnel, à faire des budgets, etc. Mais en fait, je connais d'autres accompagnements spécialisés là-dedans. J'ai des confrères qui font ça très bien. Et je me dis, il vaut mieux qu'eux le fassent, tu vois. Sur le côté, vraiment, gestion de l'entreprise. Et c'est d'ailleurs l'objectif, c'est que je travaille en tandem avec... avec cette entreprise-là. Tu vois, qu'eux arrivent sur le côté vraiment accompagnement-gestion. Et moi, je sens que vraiment ma couleur, c'est le travail ensemble. C'est poser une organisation ensemble.
- Speaker #0
Aujourd'hui, l'essentiel des exploitations là autour de toi, ce sont des GAEC ou pas ?
- Speaker #1
Beaucoup, oui.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire que de plus en plus d'entreprises se mettent à la transformation pour des raisons aussi économiques. Vaut mieux que la valeur ajoutée, tu la gardes chez toi plutôt que tu la donnes Merci. un industriel, mais qui dit transfo, dit plusieurs. Tu ne peux pas faire ça tout seul. Et qui dit plusieurs, dit société.
- Speaker #0
Et ça répond aussi peut-être à une autre manière de faire l'agriculture.
- Speaker #1
Et puis aussi, voilà, de pouvoir partager, déléguer, prendre des week-ends, les gecs sur un système purement laitier, ça va être pour le confort de travail, en fait.
- Speaker #0
Est-ce que le métier, il a changé profondément ?
- Speaker #1
Ah oui, ça c'est sûr que... J'essaie de voir quel est le facteur vraiment à l'origine. Je dirais... Le monde agricole a perdu des agriculteurs. Il y a donc des fermes qui n'ont eu de cesse que de grossir. Ça devient des entreprises hyper capitalisées. Le patrimoine des fermes aujourd'hui, c'est énorme. Donc c'est pas une petite entreprise familiale, rikiki. Non, ça devient des millions d'euros de patrimoine. Donc du coup, il faut que tu deviennes conscient que t'as tout un volet de gestion économique de ton entreprise. Donc ça amène une professionnalisation sur le volet éco, comptage, gestion, rentabilité. Et paradoxalement aussi, ce n'est pas des secteurs très rentables. Donc tu es obligé d'être extrêmement rigoureux sur l'argent que tu es obligé d'investir pour te doter d'un équipement qui ne te fait pas gagner énormément. Il faut vraiment avoir une vision très juste de tes marges. Donc forcément, c'est un autre pan de métier. Et nous, par exemple, on est accompagné par un conseiller de gestion. depuis deux ans maintenant. Et pour moi, c'est le cas de bien, c'est essentiel. Je ne peux pas envisager de gérer mon entreprise autrement que comme ça, avec vraiment un suivi régulier de ma rentabilité, de mes marges, où j'en suis, ma trésor. Moi, je sais, à la louche, à un an près, où j'en serai de ma trésorerie. Et si je n'ai pas ça, je ne peux pas investir, je ne peux pas décider. Donc cette dimension-là, c'est vrai que c'est quand même, je pense que ce n'est pas la manière dont gérait mon beau-père à l'époque. Oui, le métier, il a profondément changé. Et il va aller de plus en plus vers ça.
- Speaker #0
Là, tu parles de ces fermes avec des patrimoines à des millions d'euros. Est-ce que c'est le cas de la majorité ?
- Speaker #1
Eh bien, écoute, tu vois, je pense que nous, en étant très transparentes, si tu sommes, parce que nous, on a deux sociétés, on a un GAEC et une SAS. Le GAEC qui produit le lait, la SAS qui le transforme et le commercialise. Je pense que si tu sommes tout, alors ça, c'est la valeur comptable. Après, il y a la valeur que tu cèdes. Ce n'est pas la même chose. Mais on n'est pas loin. Et si tu comptes en plus le foncier, je pense qu'on n'est pas loin du million d'euros de patrimoine. Et on n'est pas une grosse, grosse ferme.
- Speaker #0
Oui, c'est ça en fait. C'est le rapport qui me semble surprenant entre ce que tu dis et la réalité de fermes qui paraissent assez petites. Tu vois,
- Speaker #1
rien que le matériel, les brebis, on est à 500 000 euros de patrimoine. Rien que sur les brebis. Tu rajoutes le foncier, les bâtiments et je n'ai pas encore la partie commerciale derrière. Ça paraît fou, mais c'est ça. Et ça pose de graves questions de session derrière. C'est ce que j'allais te dire. Ah non mais c'est l'enjeu...
- Speaker #0
Qui a les moyens de reprendre ça ?
- Speaker #1
Surtout que derrière, t'as très peu d'entabilité. Donc c'est un enjeu number one dans l'école aujourd'hui. Comment tu reprends des patrimoines aussi élevés ? Nous, là, l'an dernier, on avait deux stagiaires. On avait nos salariés et des stagiaires, deux petits couples. Je dis petits couples parce qu'ils sont jeunes. Elle a la chance d'avoir la ferme de son père en Normandie, mais même avec ça, c'est compliqué de s'installer. Et l'autre couple, ils veulent s'installer en... En Savoie, ils ne trouvent pas de ferme, parce qu'ils ont zéro apport, ils n'ont pas la chance d'avoir un patrimoine familial, et tout ce qu'ils trouvent, c'est hors de prix. Donc nous on l'a vu concrètement, deux couples jeunes, hors cadre, elle elle est quand même cadre familial, mais très compliquée.
- Speaker #0
D'où l'existence maintenant de t'association comme Terre de Liens, qui permettent de... Parce qu'à côté de ça, c'est ça qui est le plus frustrant, c'est vraiment qu'il y a des exploitants qui n'attendent que ça, de trouver des successeurs. mais qui ont aussi envie de valoriser leur outil de travail sur lequel ils ont vécu toute une vie.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et en face, des jeunes qui auraient envie de reprendre, mais qui n'ont pas les moyens. Donc comment on fait le lien ? Il y a des associations comme ça. Ou alors,
- Speaker #1
qui vont rentrer dans un gaec existant. Mais alors là, tu as toute la question à laquelle nous, on en a été confrontés à l'époque. C'est-à-dire, ces gens rentrent dans une ferme familiale. Comment tu leur donnes une place ?
- Speaker #0
Quelle place ils ont ?
- Speaker #1
Quelle place ils prennent ? Et là, c'est tout un travail pour arriver à trouver sa place dans une ferme comme ça. Il y a des enjeux très, très, très lourds.
- Speaker #0
Quel regard tu portes sur la ruralité aujourd'hui ? Tu imagines peut-être pour demain ? J'entends par ruralité évidemment aussi le monde paysan.
- Speaker #1
C'est compliqué cette question parce que je la vois à travers les yeux d'Alexandre qui lui se bat beaucoup face à des éleveurs, avec qui il sent beaucoup de résistance à aller vers des choses différentes. Ça c'est son côté à lui, mais si je suis objective et que je le regarde avec mes yeux à moi, le regard que je pose c'est que je vois quand même plein de gens qui se bougent. Je vois plein d'initiatives, je vois plein de professionnalisations, les gens font des choses de plus en plus de qualité. On va vers des accueils, des visites, des prestations. Je vois une paysannerie et une agriculture qui devient de plus en plus innovante. Alors peut-être qu'il y a un biais de sélection aussi, c'est que moi dans mon réseau j'ai beaucoup de gens en bio. qui font différemment. Je dois avouer quand même que je ne suis pas... Les gens que je fréquente, ce n'est pas monsieur machin qui met du nitrate sur ses terres. C'est vrai que j'ai peut-être un biais de vision de ce point de vue-là. Parce que je dois avouer qu'en fait, si je regarde ne serait-ce qu'autour de moi sur mon village, on est les seuls en bio, par exemple. En vrai, mes plus proches voisins, ce ne sont pas des gens avec qui j'échange beaucoup. Ils ont des cultures très conventionnelles. Il y a peut-être un biais de sélection dans ma réponse aussi.
- Speaker #0
En quoi est-ce que tu crois profondément ?
- Speaker #1
En quoi je crois ? Je crois que la dimension... énergétiques et vibratoires de l'univers impactent nos vies considérablement. Je crois que notre état intérieur, nos vibrations déterminent, influencent, conditionnent tout notre quotidien.
- Speaker #0
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