- Speaker #0
Finta, c'est le podcast qui nourrit des esprits, des envies d'agir et des espoirs très concrets à l'échelle locale. Finta part de l'Aveyron pour explorer les voies de la ruralité, à la rencontre de celles et ceux qui incarnent la diversité et l'incroyable vivacité de territoires que l'on croyait oubliés. Je m'appelle Lola Cross, je suis journaliste et je vous emmène dès maintenant. Qu'y a-t-il derrière l'engagement politique ? Défiance des citoyens, sujet hyper complexe. Polarisation si ce n'est hystérisation du débat. Qui a encore envie de ça ? De se lancer, de s'essayer à la politique dans ce contexte ? Ce sont des questions qui me taraudent. D'autant que toute démocratie a besoin de candidats. D'autant d'élus pour fonctionner à tous les échelons. Ces questions, je les ai posées à Stéphane Mazard dans ce nouvel épisode de Finta. Stéphane Mazard a commencé par être élu municipal à Rodez avant de se lancer au niveau départemental, de faire un tour par le Sénat pour finalement être député aujourd'hui. Un député de la majorité, élu en 2017 dans la lignée du président Macron. Mais loin de moi l'idée de faire de la politique politicienne par ici. Ce qui m'intéresse particulièrement dans le parcours de Stéphane Mazard, c'est qu'il est avocat. Un homme de loi qui a basculé dans la fabrique des lois qui articule un travail de terrain sur sa circonscription en Aveyron et une vice-présidence de la commission des lois à l'Assemblée. En enregistrant cet épisode, j'ai appris que le droit était tout, sauf une vocation pour celui qui se destinait plutôt à une carrière d'infirmier dans l'humanitaire. J'ai aussi appris que de tous les mandats, celui de maire lui fait particulièrement de l'œil. Et aussi qu'il traîne, depuis sa première année de droit, un complexe d'illégitimité. Alors je vous laisse avec notre conversation. Stéphane, bonjour. Tu me reçois aujourd'hui dans ta permanence de Rodez. Tu es député du Rue Ténois du Nord-Aveyron, encore élu sur le canton du Vallon pour le département de l'Aveyron. Qu'est-ce qu'il représente pour toi ce territoire ?
- Speaker #1
C'est souvent une bannière, on le met souvent en avant. Quand on est à l'extérieur, on a tendance à dire qu'on vient de l'Aveyron. Parce que je crois qu'il est marqueur d'une forte identité. L'histoire de l'Aveyron, c'est l'histoire aussi de ceux qui sont partis à l'extérieur, parfois pour survivre, pour réussir professionnellement, pour réussir socialement, mais qui n'ont jamais véritablement coupé avec leurs racines. Donc voilà, l'Aveyron, ce territoire, c'est un peu un étendard qu'on brandit et qui permet, lorsque l'on se présente à quelqu'un, d'avoir déjà une affirmation d'une identité de convaincu.
- Speaker #0
Ce qui m'intéresse aussi, c'est que toi, tu n'es pas né en Aveyron.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me dire comment, pourquoi et quand tu y es arrivé ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis né à Saint-Irie-la-Perche. Je n'ai fait que naître à Saint-Thierry-la-Perche, puisqu'en fait mes parents vivaient à l'époque en Dordogne, et la maternité la plus proche était celle de Saint-Thierry-la-Perche, donc dans le département Limitrof. Et mes parents ensuite ont quitté la Dordogne pour s'installer à l'Aïole, d'abord à Sainte-Geneviève-sur-Argence. Donc Sainte-Geneviève-sur-Argence, ils y sont restés un an, ils ont tenu un commerce, un économa à l'époque. Et puis ils ont repris un magasin à l'Aïole, enfin ils ont créé un magasin à l'Aïole, un magasin de fruits et légumes, de primeurs. Et moi donc je suis arrivé dans les bagages de mes parents à l'âge de 7 ans.
- Speaker #0
Et tu as toujours grandi jusqu'à tes études, tu es resté dans le Nord-Aveyron ?
- Speaker #1
Oui, je suis resté dans le Nord-Aveyron, j'ai fait mes études à Rodès, donc j'ai passé mon bac à Rodès. Et puis après mon bac, je suis parti à la fac de droit à Montpellier. Mes parents ont vécu à l'Aïol, ils ont été commerçants à l'Aïol. Le magasin s'est agrandi et c'est devenu aujourd'hui un supermarché. C'est mon frère qui aujourd'hui tient ce magasin, a repris les rênes.
- Speaker #0
Est-ce que tu as des attaches particulières avec l'Aïol où tu as grandi, où il reste ton frère et ta famille, le vallon où tu es installé maintenant ? des différences sur ce territoire, une certaine diversité qui, toi, te nourrit ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ce sont à chaque fois des microclimats. La Iole, c'est l'Aubrac, avec ses paysages qu'on connaît, sa rudesse aussi, son climat qui n'est pas facile. Le Valon, c'est autre chose. Le Valon, au contraire, c'est plutôt la chaleur, c'est le microclimat tour de rodesse qui permet... d'avoir des paysages de vignes en coteau magnifiques. Ce sont des territoires qui sont très différents, avec des personnalités façonnées de manière forcément différente, qui sont d'une grande richesse.
- Speaker #0
Ce qui m'intéresse aussi Stéphane dans ton parcours, et c'est pour ça aussi que j'avais particulièrement envie de te rencontrer, c'est que tu es un homme de loi, tu as choisi la loi pour en faire ton métier, donc tu es avocat. Ça représente quoi les lois pour toi ?
- Speaker #1
Les lois c'est ce qui permet de vivre ensemble, c'est ce qui permet à une société Et... d'être en ordre, d'avoir la possibilité de faire ou de ne pas faire. Voilà, c'est ce qui soutient la démocratie. Ce qui fait un état de droit, et voilà, c'est bien évidemment un bien très précieux. Puis ensuite, il faut les mettre en œuvre, et donc ce sont les praticiens qui, au quotidien, font vivre l'état de droit. Et ça a été mon cas en tant qu'avocat pendant de longues années, avant que je m'engage en politique.
- Speaker #0
C'était une vocation ?
- Speaker #1
Pas du tout, pas du tout. Moi j'ai un parcours assez atypique puisque j'étais plutôt en échec scolaire et je devais plutôt m'orienter vers un cycle court. Dans un premier temps, j'ai suivi un copain qui était parti à Saint-Joseph faire un bac F2. Donc je n'ai pas voulu faire un cycle court, j'ai voulu m'inscrire dans une démarche qui m'a mené jusqu'au bac. Et donc F2 c'était un bac électronique. Ça a été un échec flagrant, j'étais pas l'étouffé pour ça. Et c'était une époque où je me posais beaucoup de questions sur ce que je voulais donner comme sens à ma vie. Je rêvais à cette époque-là de faire de l'humanitaire. Et le moyen de faire de l'humanitaire, c'était peut-être d'endosser une blouse blanche. Et donc j'ai pensé à devenir infirmier. Et donc après cet échec, en seconde pour ce bac F2, je me suis orienté vers un autre bac, qui était un bac technique également, qui était un bac F8, médico-social, qui était un bac qui préparait assez bien au concours d'infirmier. qui était un bac aussi qui préparait à des carrières de secrétaire médical. Donc j'ai appris à faire de l'asténo, à faire de la dactylo. Voilà, je me suis retrouvé, on était trois ou quatre garçons, dans une promo qui était plutôt une promo féminine. C'était un bac finalement qui était assez éclectique au niveau des matières enseignées. Et donc il y avait une matière de droit. Et ma prof de droit, tout de suite, m'a repéré comme étant quelqu'un qui, pour elle, avait une sensibilité assez aiguë avec... la chose du droit. Voilà, et donc je me suis retrouvé en terminale à passer mes concours d'infirmier, puis finalement j'ai opté pour une inscription à la fac de droit en me disant voilà, je fais une année de droit. A priori j'ai pas fait le parcours idéal pour faire des études de droit. Mais voilà, je tente une année de droit, si ça marche, je continue, puis si ça ne marche pas, je reviendrai à cette idée de devenir infirmier. Puis surtout qu'à l'époque, l'idée de l'humanitaire était un peu plus rationnelle. Je me disais, je vais m'engager, mais ça va durer 3, 4, 5 ans. Mais après, quand je vais revenir en France, je ne me voyais pas finalement être infirmier ici en France. C'était vraiment pour moi un moyen de trouver un engagement humanitaire qui avait du sens. Donc je tente ma première année de droit, et puis ça fonctionne. J'ai ma première année. Et puis voilà, ensuite j'ai continué mon cursus jusqu'à la cinquième année où là je me suis dit, bon, tu arrives au bout de tes études de droit. Et si je passe, alors à l'époque on appelait ça un DESS, droit du travail, qui aujourd'hui est un Master 2 en droit du travail. Si je passe ce diplôme, très certainement je vais devoir faire une carrière dans un siège social d'une grande entreprise et je risque de me retrouver dans une métropole. à l'époque on n'appelait pas ça les métropoles, mais j'ai réussi à me retrouver dans une étude. une très grande ville, voire à Paris, alors que moi, finalement, j'ai plutôt vocation à revenir dans mon département, la Vérone. Et le seul moyen d'être maître de son destin, de pouvoir travailler où je voulais, c'était de réussir mon concours d'avocat. Donc j'ai passé mon concours d'avocat, mais là aussi, je me disais, il y a un problème de légitimité. Encore une fois, je n'étais pas fait pour faire des études de droit, je n'étais pas fait pour faire des études de langue, puis je n'étais pas fait pour faire des études de droit. Je ne suis pas sûr d'être fait pour être avocat. Est-ce que je suis vraiment légitime ? Et puis voilà, j'ai passé mon concours, je l'ai réussi. Et puis je me suis d'abord inscrit au barreau de Millau, puisqu'à l'époque il existait un barreau à Millau. Et les avocats qui m'ont recruté avaient dans l'idée de me former pendant une paire d'années, puis ensuite de me permettre de m'installer à Rodès pour créer une société entre le barreau de Millau et le barreau de Rodès. C'est ce que j'ai fait. Donc voilà, ce n'est pas forcément une vocation, mais l'engagement au bénéfice des autres, et puis après ces études de droit qui m'ont passionné, pour lesquelles je n'étais pas forcément façonné au départ, mais qui m'ont vraiment passionné et pour lesquelles je me suis beaucoup investi, on crée... de l'ambition et puis jusqu'à cette ambition ultime de devenir un avocat qui pour moi était une profession pour laquelle j'avais voilà j'ai beaucoup de respect et pour lesquels effectivement pour laquelle je me sentais pas forcément au départ très légitime
- Speaker #0
Elle te manque, cette profession ? Est-ce que les tribunaux te manquent depuis que tu es député, que tu t'en éloignes un peu ?
- Speaker #1
Oui, même si j'essaie toujours de garder un petit lien. Donc je passe à mon cabinet au moins une fois par semaine pour discuter avec mes associés, mes collaborateurs. Mais oui, ça me manque, ouais. Ça me manque. Alors je suis très investi dans mon mandat. Je suis passionné par ce que je fais. Je trouve que l'engagement politique, c'est un engagement très riche, surtout dans ce département et puis surtout en tant que député à l'Assemblée nationale. Cette mission est très prenante et elle est passionnante. Et en même temps, c'est vrai que... Je me prive aussi de continuer de plaider et j'aimais beaucoup ça, oui. Tu y reviendras ? Oui. Oui. Oui, j'y reviendrai, oui, oui. Ah oui, je ne peux pas me dire aujourd'hui que je ne remettrai pas ma robe et que je ne replaiderai pas, oui.
- Speaker #0
Et le passage à l'Assemblée, donc vraiment d'avoir choisi la députation, ça veut dire que tu passes du côté de la fabrique des lois, celle que tu retrouvais dans les tribunaux. Pourquoi cette bascule ? Est-ce que tu avais envie de mettre les mêmes vraiment dans la fabrique des lois ?
- Speaker #1
Oui. Moi, j'ai commencé à m'engager en politique avec le maire de Rodès, Christian Tessèdre. J'ai été son adjoint au sport. Et puis c'est vrai que très vite, oui, j'ai eu l'ambition de devenir député parce que je me dis que c'est la fabrique de la loi, c'est la fabrique du droit. Je suis vice-président de la commission des lois, donc c'est vraiment la commission qui touche tout le régalien, donc toutes les affaires de justice, de police, de gendarmerie, tout ce qui touche à l'organisation territoriale de notre pays, qui touche à la constitution. Donc on est vraiment au cœur de notre système juridique. et de ce droit qui, comme je le disais tout à l'heure, organise notre société. Dans les rapports entre la sphère publique et la sphère privée, dans nos rapports entre particuliers, c'est passionnant. La commission des lois connaît 52% à peu près des textes qui passent à l'Assemblée nationale, donc c'est une commission qui travaille beaucoup, avec des sujets, encore une fois, qui sont très importants pour nos concitoyens. Elle touche à nos libertés individuelles, libertés collectives, libertés publiques en général, donc c'est passionnant.
- Speaker #0
Toi, quand tu t'engages en politique, ça remonte... Tu as 2008, ton premier engagement auprès de Christian Tessèdre. Quelle mission tu te donnes en entrant en politique ? Qu'est-ce que tu peux, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Speaker #1
Moi, je voulais y amener une certaine forme de dynamique. Pas parce que ceux qui nous ont précédés ne l'étaient pas. Mais en tout cas, j'avais l'impression de ne pas être dans les radars. Je n'étais pas forcément identifié, j'imagine, comme un acteur de la cité. Et donc, j'avais envie de prendre une part active dans l'animation de la cité. Christian Tessette me propose de le rejoindre. Moi, je n'étais pas du tout encarté politiquement. J'étais représentant de la société civile, comme on a l'habitude de dire. Et il me propose d'être son adjoint au sport. Alors, il savait que j'avais une passion aussi pour le sport, que je pratique beaucoup de sport. Donc voilà, l'idée d'animer le sport sur la cité rutinoise avec un maire qui était assez ambitieux sur ce secteur-là, c'était quelque chose qui, pour moi, était une belle aventure.
- Speaker #0
Et justement, de toutes ces casquettes politiques, donc... élu municipal, élu départemental, tu es passé par le Sénat pendant deux ans. Maintenant le député, quelle est la casquette que tu préfères ? Quel est le mandat qui te semble avoir le plus de sens ? Est-ce qu'il y en a un ou est-ce qu'ils sont tous complémentaires ?
- Speaker #1
Tous les mandats ont du sens. Oui, je crois qu'ils sont assez complémentaires. Moi je pense que d'être passé d'abord par une expérience très locale, dans une mairie, en tant qu'adjoint, d'être aussi conseiller départemental, je pense que ça me permet d'avoir une réflexion. En tant que législateur, qui est une réflexion beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus d'élus de terrain, et un peu moins déconnecté de la réalité de nos concitoyens. Donc je pense que ce sont des choses qui sont assez complémentaires et qui permettent de nourrir désormais mon travail de parlementaire. Alors après, s'il fallait que je fasse un choix, moi j'aime bien le travail législatif. comme je viens de le dire. Mais c'est vrai que même si j'ai été adjoint, je n'ai pas été à la tête, je n'ai pas été le président d'un exécutif ou le maire d'un exécutif d'une collectivité. Et je pense que d'être à la tête d'un exécutif, ça doit être assez riche. Parce qu'on est à le faire. Mais pour en discuter avec des collègues députés qui ont été avant maires, pour en avoir discuté à l'époque avec des sénateurs qui souvent ont eu des carrières très accomplies en tant qu'élus locaux, tous ces parlementaires s'accordent à dire que le plus beau des mandats, c'est quand même celui de maire. Ah j'annonce rien du tout, non non non, moi j'estime que je suis déjà gâté dans mon engagement politique, je suis député de la nation, aujourd'hui pour moi c'était quelque chose, là aussi, quand on parlait de légitimité, je ne pensais pas être un jour légitime pour être le représentant de la nation, donc je suis ravi d'être député, je me donne dans ce mandat avec beaucoup beaucoup de conviction et de passion.
- Speaker #0
Comment on fait quand on est député pour hiérarchiser les sujets ? Comment tu... Enfin je sais pas, non pas les hiérarchiser, c'est peut-être pas ça l'idée, mais comment tu fais pour être engagé sur autant de sujets à la fois ? Parce que localement, tous les sujets qui te remontent du terrain sont hyper divers. Ça va de l'économie au social, on passe par l'agriculture, la culture, le sport. Comment tu peux être engagé sur autant de sujets ?
- Speaker #1
Alors justement, on peut pas être engagé sur tous les sujets. C'est ce qu'il faut que les gens comprennent. C'est-à-dire que parfois, quand vous voyez des hémicycles qui sont pas... copieusement remplie, c'est parce que les députés ne peuvent pas s'engager sur tous les sujets. Il y a des sujets qui sont obligés de délaisser. Parce que, comme je le disais déjà, on travaille... au sein d'une commission, donc on ne connaît en profondeur que des sujets qui passent par notre commission. Ou alors des sujets pour lesquels on n'est pas forcément de la commission idoine, mais on s'y intéresse parce que notre territoire nous oblige à nous y intéresser. Typiquement, je ne suis pas la commission économique qui connaît des affaires agricoles, mais parce que je suis dans un département rural avec une forte activité agricole, je suis bien évidemment intéressé par ces sujets et j'essaie de les suivre. Mais malheureusement, on est obligé de faire des choix. Je suis passionné de sport comme je suis et je ne peux pas m'investir autant que je voudrais le faire sur les sujets sportifs. Voilà, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que nous sommes 577 députés, nous sommes répartis dans des commissions, nous avons des secteurs d'intérêts propres, personnels, mais on ne peut pas effectivement s'investir dans tous les sujets.
- Speaker #0
Est-ce que tu sous-entends, peut-être là dans ta réponse, c'est qu'il y a une certaine critique facile envers le politique ? Est-ce que ça nous amène à cette défiance qu'il y a envers le politique, les politiques aujourd'hui ? Est-ce que c'est une défiance que tu... comprends, et envers toutes les élites en général ?
- Speaker #1
Moi, je comprends qu'il y ait de manière plus ou moins latente une remise en cause aujourd'hui de notre système politique, de notre système de représentation, de notre démocratie même, parce que peut-être que les politiques, au cours des... Dernières années ont été un peu trop coupées des réalités de nos concitoyens. On voit bien quand même tous les scandales qu'il y a eu et qui ont émaillé la vie publique. Je crois quand même que beaucoup de choses ont été faites, qu'aujourd'hui la vie politique c'est... très assainis. Il n'y a qu'à suivre quand même l'actualité aujourd'hui de ceux qui sont députés, mais pas que. Il y a aussi les élus locaux, qu'ils soient dans une mairie, qu'ils soient au sein des collectivités territoriales du département, de la région. On voit bien quand même que c'est un investissement qui est très lourd. Et puis il y a beaucoup de coups à prendre. Aujourd'hui, quand vous voyez la crise des Gilets jaunes, moi j'ai des collègues députés qui ont eu les permanences vandalisées, qui ont reçu des menaces de mort, qui ont été insultés. Donc l'engagement politique aujourd'hui, je trouve qu'il n'est pas souvent reconnu comme il devrait l'être. Après, il ne faut pas oublier que si nous sommes là, c'est parce qu'on a été élu, qu'on s'est engagé dans un processus démocratique, où les gens avaient le choix de nous faire confiance ou pas. Et je crois qu'il faut toujours avoir ça en tête, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a les élus qu'on mérite. C'est-à-dire que si les gens veulent d'autres élus, veulent d'autres types d'élus, ils ont qu'à se mobiliser. au moment des élections, pour faire des choix qui soient clairs, nets, précis, et pas remis en cause six mois, un an, deux ans après. On s'engage sur un mandat, on confie un mandat sur une durée déterminée, et laissons aux élus le souhait de montrer sur cette durée-là qu'ils sont à la hauteur des engagements qu'ils ont pris et de la confiance qu'on leur a confiée. Mais c'est un vieux sujet, la remise en cause des élites, la remise en cause de ceux qui nous gouvernent, de ceux qui nous représentent. Mais attention, c'est aussi un bien précieux. Et il ne faut pas perdre de vue que la République, que la démocratie, c'est quelque chose qui se construit tous les jours, pas à pas, au quotidien. Et que ça nécessite un lien de confiance de ceux qui votent, mais de ceux qui représentent aussi, j'en suis convaincu, et à nous d'être à la hauteur du mandat qu'on nous confie.
- Speaker #0
Quand tu sors de l'Assemblée nationale, que tu te retrouves dans la salle des quatre colonnes, ou peut-être à l'extérieur avec des hordes de journalistes, Est-ce que tu sens cette... Cette culture de la polémique, cette hystérisation des fois du débat, est-ce que c'est quelque chose qui peut te gêner justement pour retendre la main aux citoyens et essayer d'avancer de manière plus apaisée ?
- Speaker #1
On le voit, le décalage qu'il y a entre les textes que l'on vote, le travail de profondeur que l'on fait, d'analyse juridique, des conséquences que ça peut avoir, etc. Et la façon dont c'est traité par les médias, c'est vrai qu'il y a un décalage qui est très conséquent. Je trouve que... Ce qui peut être aujourd'hui un danger pour le discours politique et même, il faut le dire, pour la démocratie, ce sont parfois les chaînes d'information continues qui cherchent effectivement toujours un peu à faire le buzz et à prendre l'information par le petit bout de la polémique politicienne. Et puis ce sont les réseaux sociaux aussi qui parfois font qu'on alimente une communauté au travers d'un discours prémâché. que la communauté a envie d'entendre et a envie de partager. Ce sont des choses qui peuvent, sur la durée, mettre en difficulté notre système démocratique. Ce qui est important, c'est justement de ne pas être déconnecté du terrain. Et lorsqu'on est sur un marché, lorsqu'on reçoit dans nos permanences des citoyens, c'est d'être sur le débat de fait. sur l'essentiel des textes que l'on est amené à voter. Mais c'est vrai qu'il faut résister à ce tapage médiatique et cette polémique qui passe en boucle sur les chaînes d'info et sur les réseaux sociaux. C'est difficile.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a amené à repenser ta communication autour de ton action politique sur le terrain ? Tu as envie de plus expliquer ton rôle de député ?
- Speaker #1
Oui, et c'est toute la difficulté qu'on a. Parce qu'encore une fois, on a des... citoyens qui écoutent la radio, qui regardent les réseaux sociaux et qui donc viennent nous rencontrer mais avec déjà une idée un peu faite sur le sujet. Donc il faut prendre le temps de déconstruire la chose et de reprendre le débat de fond avec un maximum de pédagogie. Mais ça on peut le faire, vous le voyez bien, qu'à l'échelle de la rencontre que l'on peut avoir sur le marché, dans la permanence, donc c'est assez limité. Et c'est vrai qu'on manque énormément de... de médias plus grand format sur lesquels on pourrait prendre le temps d'installer un débat contradictoire, d'expliquer les choses, d'aller au fond du raisonnement. Ça c'est très difficile. Moi je sais que je m'étais engagé à être très présent sur ma circonscription, je crois que, objectivement, je pense l'être. Donc je suis très souvent sur mon territoire auprès de mes concitoyens pour faire ce travail de pédagogie. Je m'étais engagé aussi à... à essayer de rendre compte de mon mandat. Au terme de la première année et puis de la deuxième année, j'ai mis en place des réunions publiques, de comptes rendus, d'exercices de mon mandat. Mais en fait, on s'aperçoit que c'est très difficile de mobiliser nos services. nos citoyens, nos concitoyens. Ils ont déjà du mal à venir à une réunion publique lorsqu'on est en campagne électorale, mais pour ce qui est du rendu compte de l'exercice du mandat, c'est encore plus difficile de les motiver.
- Speaker #0
Ce que je trouve rassurant dans ce que tu dis, c'est quand même que tu crois encore en les médias et que tu aurais envie que des médias comme ça te donnent de la place. Il y a d'autres politiques qui sont un peu plus directes et qui s'occupent de leur communication et qui espèrent que leur communication fera... Tu feras le boulot d'information auprès des citoyens. Je trouve intéressant quand même que tu défendes les médias et que tu plaides pour les médias.
- Speaker #1
Justement parce qu'en fait moi, quand je suis en tête-à-tête ou quand j'ai un petit groupe de citoyens autour de moi et que j'arrive à reprendre le fond du sujet... Le texte de loi dans son intégralité, qu'on a voté à l'Assemblée, il y a toujours de la communication, forcément, moi je viens d'un camp, donc je vais être convaincu de ce que je dis, et parfois j'ai plutôt l'impression d'être convaincant, mais en face de moi je peux avoir des... des gens qui disent, oui, mais bon, il est convaincu, c'est normal, il appartient à un camp, et il est dans une communication aussi de son action politique. Moi, ce dont j'aurais besoin, c'est qu'on puisse prendre à témoin justement au travers de la... la médiation des médias, de prendre à témoin des personnes dites expertes qui sont en capacité effectivement de dire à nos concitoyens « quand le député vous dit cela, pour le coup on a vérifié, c'est vrai » . Quand le député nous dit cela, il ne va pas au fond des choses et on lui demande d'aller plus loin dans son explication pour que justement on puisse passer outre l'écueil de ce qui est une communication, mais la communication d'un camp ou de quelqu'un qui est totalement convaincu que la politique qu'il fait est une bonne politique, pour qu'on puisse décoder tout ça. et amener un maximum d'informations objectivées et neutralisées par le média.
- Speaker #0
Il n'y a qu'en étant challengé comme ça, qu'on sortira vers le haut ?
- Speaker #1
Oui, on a besoin. La presse est un pilier de la démocratie et elle doit faire vivre la démocratie. Et pour cela, elle ne doit pas répéter à l'envie ce que les gens ont envie d'entendre ou les polémiques qu'elles veulent bien mettre en lumière. elle doit être aussi là pour tenir un discours pédagogique et pour faire cette méditation. médiation entre ceux qui gouvernent, ceux qui prennent des responsabilités et ceux pour qui les actions sont menées.
- Speaker #0
Je voudrais te faire rembobiner un peu Stéphane et revenir à l'échelle locale dont on parlait. Le seul mandat qui te manque aussi, au-delà de celui de maire, c'est d'être élu régional. Pourtant, on parle beaucoup des régions, c'est des entités, des collectivités qui gagnent des compétences. un peu plus chaque année, qui ont un vrai poids, notamment pour l'avenir politique, des territoires qui sont à la mode actuellement. Quel regard tu portes, toi, sur l'échelon régional ?
- Speaker #1
L'échelon régional, on voit bien qu'il est aujourd'hui très, très important, surtout depuis que les anciennes régions ont fusionné entre elles pour constituer ces grosses entités. La région Occitanie, c'est plus qu'un pays comme la Belgique. Donc ce sont énormément de moyens, c'est un territoire très vaste pour l'occitanisme. Un territoire qui a des défis immenses, puisqu'il y a deux métropoles qu'il faut continuer à faire vivre et à développer. Mais il y a aussi ces territoires inframétropolitains, qui sont des territoires parfois ruraux, parfois enclavés, parfois un peu délaissés, et qu'il faut dynamiser. Et avec des compétences qui, pour le coup, sont des compétences de développement. C'est les compétences économiques, c'est les compétences qui sont liées à toute la filière aéronautique, sont liées à l'agriculture. sont liées au tourisme. Donc on voit bien que c'est tout ce qui structure notre quotidien en Occitanie. Et avec des présidents de régions ou des présidentes de régions qui sont de fortes personnalités, qui sont connues, reconnues, qui peuvent parfois d'ailleurs être des candidats déclarés aux futures échéances nationales et qui aujourd'hui ont un réel poids politique. Et on voit bien d'ailleurs que se joue de plus en plus une concurrence entre ces régions et l'État. On l'a vu avec la pandémie, où les régions estimaient que l'État n'était pas forcément toujours au rendez-vous, et aux régions de vouloir prendre leur part dans l'organisation des moyens de lutter contre la pandémie, des moyens de relancer l'économie sur les territoires, etc. Donc on a, dans notre État, qui a toujours été... La République s'est construite sur cette idée d'un État unitaire, très centralisé, Avec cette idée que... L'égalité devait être assurée pour chaque concitoyen et qu'il ne devait pas être traité différemment qu'on soit en Occitanie ou qu'on soit en Rhône-Alpes. On voit bien qu'aujourd'hui, il y a une concurrence qui se met en œuvre entre ces régions, ces grandes régions très puissantes, et puis l'État central.
- Speaker #0
On peut imaginer une politique différenciée dans 10 ans, entre les régions, je veux dire ?
- Speaker #1
Oui, je crois que d'ailleurs on tend vers cela, etc.
- Speaker #0
Quelle place pour l'Aveyron dans cette grande...
- Speaker #1
La Veyron, on le sait, avec tous ses atouts, une agriculture qui est très résiliente, qui est très marquée par... par la qualité des produits. On a un département qui est très vaste, avec un patrimoine bâti fabuleux, des paysages remarquables, et puis très divers. Encore une fois, qu'on soit dans le sud d'Aveyron ou qu'on soit dans le nord d'Aveyron, on est dans des mondes totalement différents. Beaucoup d'atouts pour continuer à gagner de la population. Je pense qu'il faudrait qu'on accélère un peu le rythme. Depuis qu'on dit qu'on tend vers les 300 000 habitants, on est encore un petit peu éloigné. Et lorsqu'on aura une démographie qui nous permettra de compter aussi dans les politiques publiques qui sont menées. dans cette région, je pense qu'on sera un département qui peut, dans certains domaines, tirer la région vers le haut.
- Speaker #0
Là, tu parlais du triangle Toulouse-Montpellier-Clermont. Est-ce qu'il faut en sortir de cet enclavement ou est-ce qu'il faut le maintenir, mine de rien ?
- Speaker #1
Je crois que l'enclavement a été la force du département, comme on vient de le dire, parce qu'on ne comptait que sur nous-mêmes. Il a fallu qu'on se développe par nous-mêmes. Aujourd'hui, quand même, ça devient un handicap. Aujourd'hui, on a besoin d'être reliés. à nos capitales régionales et puis via nos capitales régionales à des espaces beaucoup plus larges. Ce n'est pas parce qu'on sera à 1h15, 1h30 de Montpellier, 1h15, 1h30 de Toulouse qu'on deviendra la 3e, 4e, 5e capitale. couronne de ces grandes métropoles. On aura toujours vocation à compter sur nous-mêmes et à se développer par nos propres ressources. C'est parce qu'on est suffisamment éloigné des métropoles pour que des gens fassent véritablement le choix de venir s'installer ici et de ne pas... pas être ici dans l'arrière-cour de la métropole toulousaine ou métropole montpellierienne. On vient en Aveyron pour s'y installer, pour s'y établir, pour y vivre, pour y consommer et les atouts, on les connaît, c'est la sécurité, c'est le niveau de l'éducation que l'on peut donner à nos enfants, c'est des rapports sociaux. plutôt sain et étayant. Et puis, je crois que le département de l'Aveyron devient un peu une valeur refuge à un moment où on doit vivre avec la crise climatique, la pandémie que nous sommes en train de subir. Je pense que voilà, un territoire comme le nôtre. C'est un territoire où on peut consommer de manière raisonnée, citoyenne. On peut respirer le bon air. On peut profiter d'une nature qui est parfaitement bien entretenue par nos agriculteurs, de manière là aussi tout à fait raisonnée. Et on peut y trouver du travail puisqu'on sait qu'on est dans un département où, dans certains secteurs, et notamment celui de ma circonscription, on est pratiquement au plein emploi. Voilà, aujourd'hui le télétravail se développe beaucoup du fait de la pandémie, mais je pense que c'est un nouveau mode d'exercice professionnel qui est tout à fait compatible avec Montpellier à une heure et demie, Toulouse à une heure et demie, Paris qui peut être rejoint en train ou en avion, et puis une vie au quotidien ici dans un cadre qui n'a pas d'égal.
- Speaker #0
Bon, pour les transports publics, on est encore un peu loin.
- Speaker #1
Oui, mais encore une fois, je pense que... Les choses s'améliorent aujourd'hui. Ce qui a été acté, c'est de remettre le paquet sur le ferroviaire, par exemple. Donc le train de nuit, dont on avait pu penser à un moment donné qu'il pouvait être en Angers, aujourd'hui on sait qu'il va être pérennisé. Alors ça a beaucoup été travaillé, mais je ne sais pas. Je pense qu'il faut encore améliorer la possibilité de nous déplacer à l'intérieur même de notre département. Tout ça, je pense, est à accompagner, à développer. Mais je crois qu'on a beaucoup, beaucoup d'atouts dans ce département.
- Speaker #0
Pour finir, Stéphane, une question un peu rituelle. Si tu n'avais qu'une conviction à retenir, laquelle serait-elle ?
- Speaker #1
Il y a énormément de sujets sur lesquels, aujourd'hui, les citoyens, on leur part apprendre. Moi je... Moi, je suis de nature optimiste. C'est pour ça que je ne comprends pas la critique que l'on peut faire à ceux qui prennent des risques, ceux qui s'engagent, etc. Mais engageons-nous tous dans des associations, en politique, de manière citoyenne. Aujourd'hui, on va bien fleurir beaucoup. beaucoup de mouvements citoyens, de lieux d'échange, d'expression, que ce soit les tiers-lieux, etc. J'invite à participer à ça, soyons enthousiastes. Arrêtons de chercher la polémique sur chaque sujet. Il y a tellement de choses qui doivent nous rassembler. Ce qui me donne envie de continuer mon engagement, c'est de communiquer positivement sur tous ces sujets qui nous rassemblent. On vit dans une démocratie, on vit dans une république avec de belles valeurs. Voilà, c'est un peu ce qui me motive dans mon engagement.
- Speaker #0
Tu n'as jamais été découragé ?
- Speaker #1
C'est pas ma nature. Moi je suis découragé par la connerie, quand les gens ne veulent pas comprendre, quand ils ne veulent pas regarder l'évidence. Encore une fois, je comprends que les gens ne soient pas d'accord avec moi sur mes orientations politiques, sur mon engagement. Et même, je peux parfois être assez séduit par des arguments qui ne sont pas les miens et qui vont à l'encontre de mes convictions. Parce que c'est construit, c'est étayé, c'est une autre option à laquelle je n'adhère pas, mais qui a son sens, sa pertinence, etc. Mais quand je suis face à des gens totalement fermés, hermétiques, dogmatiques, qui ne veulent pas regarder la réalité, qui ne veulent pas regarder la complexité du monde dans lequel on vit, mais qui en fait sa richesse aussi, c'est parce que justement, il n'y a pas de solution facile. qui fait que tout est à construire, à co-construire, à défaire, à refaire, etc. Et c'est ça qui doit nourrir notre engagement et le fait qu'on ait envie ensemble de faire société et faire république. Voilà, c'est ce qui me motive.
- Speaker #0
Merci beaucoup Stéphane.
- Speaker #1
Merci Lola.
- Speaker #0
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