Speaker #0Alors, la résilience, est-ce que c'est vraiment une force ? Moi, c'est un mot qui m'a toujours interpellée. C'est pour ça aussi que j'ai voulu faire une chronique sur la résilience. Parce que souvent, ce mot, on l'associe avec le fait de se relever, de rebondir, de devenir plus fort. Il y a une forme de pression, j'ai l'impression, par rapport à ça, de force. Alors moi, au contraire, je les vois peut-être plus une forme de sagesse. Et donc, j'ai fait des recherches sur la résilience. Et je suis tombée sur les recherches de Boris Zierkling, qui lui, il a beaucoup travaillé sur ce concept, et il parle, entre guillemets, d'un nouveau développement après le traumatisme. Parce qu'on ne va pas se mentir, cette idée, elle me parle beaucoup, parce qu'on ne peut pas revenir en arrière quand on a un traumatisme. Non, non, on a notre traumatisme et on avance avec ce qui nous est arrivé, donc avec ce traumatisme. Et en réfléchissant à la résilience, je ne sais pas pourquoi ça m'est revenu. Et étrangement, j'ai repensé à une femme que j'avais rencontrée quand j'avais à peu près une quinzaine d'années et qui venait de perdre sa fille. Donc, évidemment, un événement atroce. Et je sentais quelque chose de différent chez cette femme. Ce n'était pas forcément une force, c'était plutôt une intensité, en fait. Une profondeur et même, étrangement, une certaine forme de joie assez unique. Je ne sais pas, comme si elle, elle avait compris quelque chose de la vie. Moi, je n'avais pas encore accès. Évidemment, à l'époque, j'étais jeune et je ne savais pas mettre des mots dessus. Et puis, forcément, la résilience, à mon âge, il y a forcément des choses de la vie qui font en sorte qu'on y arrive. Et moi, mon père a eu Alzheimer et il en est décédé. Et en fait, voir Alzheimer, c'est voir une personne qu'on aime disparaître petit à petit. Et à la fin, mon père ne me reconnaissait plus vraiment. Il ne savait peut-être plus que j'étais sa fille. Pourtant, il se passait quelque chose d'assez incroyable entre nous. Comme si, je ne sais pas, au-delà de la mémoire, au-delà des mots, de la reconnaissance, il savait que j'étais quelqu'un qu'il aimait. Je ne sais pas comment l'expliquer. Ça transpirait l'amour. Et ça a changé ma vision de beaucoup de choses. Parce que quand les souvenirs, les rôles, les mots disparaissent, qu'il reste malgré tout quelque chose, on commence à se demander forcément qu'est-ce qui est vraiment important. Et peut-être que c'est pour ça, je ne sais pas, que j'avais perçu ça chez cette femme qui avait perdu sa fille, mais que je n'arrivais pas à le nommer à l'époque. Alors, est-ce que c'est ça, la résilience ? Je ne sais pas. Mais c'est marrant parce qu'on dirait que je suis devenue Bouddha, mais il y a des choses qu'on accepte dans la vie qui sont inacceptables et d'autres endroits, en parallèle, où on a beaucoup plus de mal à lâcher. Par exemple, moi, c'est un endroit où je ne suis pas choisie ou, je ne sais pas, une relation qui n'aboutit pas comme je voudrais. ou inattente, j'ai beaucoup plus de mal à lâcher. Parce qu'en fait, ça vient toucher nos blessures. Et je pense que c'est surtout des endroits où on imagine qu'on peut encore avoir un pouvoir, qu'on peut peut-être encore changer l'issue. Je ne sais pas, faire autrement, ou changer son comportement. Alors on s'accroche à cette idée, alors que face à des épreuves immenses où on n'a pas d'autre choix que le réel s'impose à nous d'accepter, on n'a pas d'autre choix que de le traverser. Alors que dans les autres situations... on pense qu'on pourrait peut-être changer quelque chose. Et moi, je trouve que ce n'est pas si mal, en fait. Parce qu'accepter, ça ne veut pas forcément dire renoncer. Et peut-être qu'avant d'accepter une situation, il faut aussi avoir eu le courage d'essayer d'oser la changer, oser dire ce qu'on veut, ce qu'on ressent, dire sa vérité. Enfin, pas la vérité, mais dire sa vérité. Celle qui dit, voilà, voilà ce que je ressens, voilà ce que je veux. Voilà où j'en suis. Alors, parce que l'autre, en fait, il ne peut pas toujours deviner ce qu'on attend de lui. Même si on imagine qu'il devine, il ne devine pas. Et puis, quand on dit de notre vérité et que notre vérité, elle vient vraiment du cœur plutôt que de la peur, alors on ne maîtrise pas, évidemment, ce qui va se passer ensuite. Mais au moins, nous, on ne s'est pas abandonnés soi-même. Non, on a fait notre part. On a parlé, on a osé. Et ensuite, ce qui appartient à l'autre ou à la vie, en fait, ça ne nous appartient plus. Je pense que c'est là la difficulté en fait. C'est de réussir à avoir le courage de changer ce qui peut l'être et la sagesse d'accepter ce qui ne dépend plus de nous. Pour ça, j'ai une phrase qui m'accompagne en ce moment, qui veut dire « plus je consens à ce qui est, plus je me libère » . Plus je consens à ce qui est, plus je me libère. Parce que consentir, ce n'est pas se résigner. Ce n'est pas dire que ce qui arrive, ça nous convient. Non. C'est reconnaître ce qui est. Et cette semaine, d'où la résilience, parce que j'ai beaucoup échangé avec mon ami Cécilia, avec qui on a fait l'épisode qui est sorti mardi, autour de la joie de vivre, et je vous conseille vraiment d'aller l'écouter, parce que Cécilia, elle fait partie des personnes qui, malgré ce que la vie leur a imposé, elle a gardé une capacité incroyable à l'aimer. Et en faisant des recherches aussi, je suis tombée sur une image de Marc Aurel, qui m'a beaucoup parlé, parce qu'il parle du feu. Et il dit qu'un petit feu peut s'éteindre selon ce qu'on jette sur lui. Mais un feu puissant, lui, il se nourrit de ce qu'on lui donne. Il l'absorbe, il le transforme et il n'en brûle que plus fort. Alors je me suis demandé, et si la résilience, finalement, ce n'était pas de vaincre ce qui nous arrive, ni même de devenir plus fort, mais d'apprendre à l'intégrer à notre histoire ? à en faire quelque chose. Et peut-être qu'un jour, réussir à se nourrir de ce qui aurait pu nous éteindre. Voilà, c'était ma flamme de la semaine et je vous dis à la semaine prochaine.