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Audrey Demarre, brodeuse contemporaine cover
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Fleur in the Garden

Audrey Demarre, brodeuse contemporaine

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30min |10/02/2025
Play
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Fleur in the Garden

Audrey Demarre, brodeuse contemporaine

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30min |10/02/2025
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Description

Quand on prononce son nom, c’est toujours un engouement sans fin ! Il n’y a qu’à voir le nombre vertigineux de followers de son IG, un véritable  raz-de-marée !  En plus d’être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au gout du jour la broderie. Mais attention pas celle de nos grand-mères : La Broderie Contemporaine.
Dans cette épisode de " Fleur in the Garden" cette autodidacte  nous plonge dans son univers artistique, nous confie l’approche qu’elle a de la nature, et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes qui l’inspirent.

 

Bonne écoute !
Retrouvez-moi sur le compte Instagram @fleur-inthegarden

Et pour ceux et celles qui ne connaissent pas le sublimissime compte d'Audrey :

@audreydemarre,
Pour découvrir son livre " Broderies, anthologie curieuse" c'est par ici :https://www.editionsdelamartiniere.fr/livres/broderies


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue, ravie de vous accueillir dans "Fleur in the Garden", le podcast où j'explore les merveilles de la nature et les récits captivants de mes invités. Je suis Fleur Mirzayantz, votre guide dans ce voyage à travers les jardins secrets et les souvenirs fascinants de mes invités, qu'ils soient chefs étoilés, parfumeurs, acteurs ou paysagistes renommés. Ensemble, nous découvrirons les anecdotes et les réflexions de ces figures emblématiques tout en explorant l'impact profond que la nature a sur leur vie et leur créativité. Quand on prononce son nom, c'est toujours un engouement sans fin. Il n'y a qu'à voir le nombre vertigineux de followers de son Instagram. Un véritable raz-de-marée. En plus d'être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au goût du jour la broderie. Mais attention, pas celle de nos grands-mères, la broderie contemporaine. Dans cet épisode de "Fleur in the Garden", cet autodidacte nous plonge dans son univers artistique, nous confie l'approche qu'elle a de la nature et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes brodeuses qui l'inspirent. Bonne écoute !

  • Speaker #1

    Alors mon nom c'est Audrey Demarre et je suis brodeuse. J'ai choisi la broderie, ou plutôt elle m'a choisie, je dirais, un peu par hasard. Quand je pense.... dans mon précédent métier, j'étais un peu en panne de créativité. Et donc, j'ai eu un sujet à traiter en illustration et c'est le fil qui m'est venu plus que le crayon. Et à partir de là, je n'ai plus lâché l'aiguille. Et donc, il n'y a pas d'autre raison que celle-là, avec une part de hasard. Mais ce que j'aime bien raconter, c'est que : après mon prénom, j'ai les prénoms de mes deux grand-mères et de mon arrière-grand-mère. Et que notamment, mon arrière-grand-mère Irma était une très grande couturière et une très grande brodeuse à la belle époque. Et donc, j'aime bien cette idée d'une transmission qui se serait faite presque un peu malgré moi et transmission invisible. Je dirais que je suis une intuitive et que du coup, j'aime bien me laisser porter par l'humeur du moment. Je suis quelqu'un qui lutte en permanence contre le cadre. Donc, j'aime bien inventer mes règles, inventer mon cadre. Si je peux venir dans un cadre qui est très établi, par exemple celui d'une carte, et venir y mettre le bazar, j'aime énormément. Donc, il y a cette volonté de sortir du cadre ou de le redéfinir tout le temps. Et puis, l'intuition du moment, se dire que... que c'est la seule qui vaut et que il faut que je la suive. Et puis après, j'aime beaucoup les mots. Donc j'arrive toujours à en glisser dans mes broderies pour les finaliser. Quand les mots sont mis en dernier lieu, c'est le moment où à mon niveau j'ai terminé. Je dis très souvent que quand je n'ai plus d'inspiration, je vais dans la nature. Je suis plutôt une citadine, donc c'est très rare que je dise ça, mais je trouve que, notamment les arbres par exemple, je pourrais broder des arbres à l'infini, c'est-à-dire qu'ils ne sont jamais les mêmes. J'admire leur pouvoir, les leçons et leur philosophie. Le peu que j'ai glané sur eux, je trouve ça magnifique. Par exemple, j'ai fait toute une exposition autour de la timidité des cimes. Cette théorie, qui est plus qu'une théorie, c'est vraiment un scientifique qui a étudié la question. Quand on lève les yeux dans une forêt vers la cime des arbres, on observe qu'il y a une fente qui délimite chacun d'entre eux. Et en fait, c'est littéralement du respect mutuel. Ils se laissent la place de vivre, d'exister. Donc cette espèce de fente qui est vraiment graphiquement très belle, parce que ça fait un dessin. magnifique, ça s'appelle la fente de timidité, ce que je trouve... Le jour où j'ai découvert ça, j'ai fait une quinzaine de broderies reliées à ça tellement je trouvais ça beau. Et puis après, j'ai appris que partout où ils sont, les arbres arrivent à vivre, ils arrivent à se débrouiller, à trouver de l'eau, à faire des partenariats avec les champignons autour pour s'entraider. Il y a quelque chose dont on pourrait tirer des leçons à l'infini, dans la nature, dans sa capacité à se réinventer. à se multiplier, à être toujours différente, jamais dans l'axe. Ça, j'aime beaucoup. C'est la liberté de la nature et puis surtout cette capacité à être là où on ne l'a pas forcément cherché, au milieu d'entre deux pavés. Ça, j'adore. Ça m'inspire beaucoup. J'ai eu des jardins, petite fille, dont je ne me souviens pas très bien. Je me souviens très, très bien du jardin de ma tante qui était un peu... en Normandie, près de la mer, qui était déjà très grand et qui s'est agrandi parce qu'après, elle a eu un terrain supplémentaire. Et donc, je me rappelle de ce jardin comme de l'enfance, un peu. Comme vraiment un endroit où j'ai été très heureuse, où j'ai beaucoup joué. Mon lien avec le végétal, ce serait ce rapport joli à ce jardin et à l'enfance. Après, je m'en découvre, je pense, avec le temps, du lien avec le... Le végétal, encore une fois, dans le caractère très imprévisible et fougueux de la nature. Peut-être que je me retrouve un petit peu. J'habite à Paris, mais on a la chance d'avoir une cour et d'être dans une impasse. Donc, on a beaucoup, beaucoup de fleurs partout. Dès qu'on a un centimètre carré, il y a une plante ou une fleur. Donc, je suis à la fois à l'intérieur de mon appartement et très rapidement à l'extérieur, entourée d'arbres et de fleurs. J'en ai beaucoup aussi chez moi qui sont très échevelées. Donc, j'aime beaucoup. Et après, je me rends compte que j'ai énormément de livres, de gravures, de photos aussi. De la nature en règle générale. Aussi bien des arbres que des massifs. Je me rends compte que j'ai beaucoup de tableaux, de peintures que j'ai chinées qui représentent des fleurs. En fait, je sais... que bonne maman, comme on l'appelait, Irma, elle adorait les violettes. Quand j'ai décidé de faire de la broderie, je me souviens, c'était en hiver, et j'ai ouvert la porte et devant la porte, il y avait des petites violettes qui avaient réussi à pousser. Alors je ne sais pas du tout, c'était très étrange qu'elles aient été là en plein mois de décembre, mais j'ai vraiment pris ça comme un signe. Je sais que les violettes génèrent... J'en ai sur mon balcon. Parce que cela convoque immédiatement des personnes derrière. Après, j'ai des arbres un peu fétiches. Je me rends compte, dans Paris notamment, il y en a dont j'observe l'évolution parce que je les trouve extrêmement bien placés. Et il y en a un auquel je pense tout de suite, quand on parle d'un arbre, on a toujours une représentation un peu conceptuelle, mais c'est toujours le cerisier de chez mes grands-parents, par exemple. que je trouve, enfin le cerisier c'est quand même absolument fascinant, entre la floraison et les fruits. Et donc c'est celui-là que je vois, et leur magnolia aussi, c'est drôle. C'est assez rapidement connecté à des gens derrière, à des visages, à des souvenirs. Je me rappelle d'une très grande proximité, c'est-à-dire d'avoir vécu avec eux, enfin c'est le souvenir que j'en ai un peu main dans la main, c'est-à-dire de savoir à quel moment ils allaient passer de fleurs à fruits. Je me souviens d'une cohabitation qui était très naturelle en tout cas. Après, je ne les ai pas étudiés plus que ça, mais je me rends compte que ça m'intéresserait beaucoup. C'est surtout leur pouvoir d'adaptabilité qui me fascine. J'en fais énormément des fleurs. Ça doit être mon sujet de prédilection. Par exemple, pour poser un décor, quand je fais une carte, généralement j'ai un A, j'ai un point d'eau et j'ai des fleurs. C'est-à-dire que pour moi, ça, c'est la base. Donc, quand même, c'est un élément utile et presque indispensable d'un décor pour moi. J'ai trouvé une manière de faire les fleurs des champs. C'est-à-dire que je commence par les tiges, j'en fais plein, et puis après, je viens faire les petites fleurs. Et ça aussi, c'est presque un peu comme les points de nœuds, c'est très méditatif. Et c'est toujours réussi. C'est-à-dire que je ne sais plus, j'ai donné un cours il n'y a pas très longtemps et la personne qui faisait des fleurs me disait « Elles ne sont pas droites. » mais aucune fleur n'est droite dans la nature. En plus, moins on va les travailler, moins on va les préparer, et plus elles vont avoir un air très naturel, très authentique. Parce que les fleurs, elles n'ont pas attendu de savoir qu'elles devaient pousser de temps en temps de temps, ni d'occuper tel ou tel espace. Elles font exactement ce qu'elles veulent. Les fleurs, il y a un pouvoir de couleur qui est encore plus intense que dans les arbres. Les arbres, encore une fois, je trouve que ce sont de belles personnes. Il y a vraiment cet aspect-là qui me fait penser à l'humain, à des compagnonnages qui sont lents et longs. plus que les fleurs qui sont plutôt par essence très fugaces. Il y a un pouvoir de beauté dans les fleurs. Mais l'arbre, c'est plutôt la ténacité. C'est une qualité que je prête aux gens plus, que j'ai décidé de coller sur les arbres, les pauvres. Ils n'avaient pas demandé ça. J'ai publié un livre aux éditions de La Martinière qui s'appelle Broderie, avec un S, sous-titré Anthologie curieuse. L'idée, c'est l'éditrice Amélie Rétoré qui l'a eue en suivant un peu mon Instagram. C'est-à-dire qu'elle s'est dit que je relayais beaucoup d'artistes, notamment brodeuses. Et c'est elle qui a eu l'idée. Et évidemment, j'ai trouvé qu'elle était bonne, cette idée. Donc, je me suis embarquée dans cette aventure avec énormément de liberté. J'ai choisi les artistes, j'ai choisi comment les agencer. J'ai écrit le texte qui accompagne. J'ai choisi les images que je voulais montrer pour chacun de ces artistes. Donc, j'ai eu un peu quartier libre. Donc, ça a été beaucoup de bonheur pour moi. C'est rare d'avoir autant de liberté dans un projet. Et le but, c'était de montrer la broderie sous son côté éminemment artistique et les brodeurs et brodeuses comme des artistes, vraiment. Donc, j'ai choisi avec cette idée quand même de montrer de la variété avec pour seul critère de les aimer bien. et puis ce qui était assez drôle quand j'ai commencé à les interroger pour rédiger chacun des textes, je me suis aperçue qu'à 95% ils étaient autodidactes donc ça m'a fait rire parce que j'ai pas fait exprès en fait mais je pense que ce que j'ai aimé chez eux, dans leur broderie dans leurs travaux, c'est la liberté qui les caractérise, le fait qu'ils aient choisi très souvent leur technique, qu'ils aient appris seuls qu'ils aient inventé presque leur médium ... Je pense que sans l'avoir recherché, ce n'est pas un hasard qu'ils aient un peu le même profil que moi. Alors Diana Yevtukh, je l'ai découverte, c'est une artiste ukrainienne que j'ai découverte probablement dans la presse. Et au début, j'avais une fascination pour son travail et je n'arrivais pas complètement à y croire tellement je trouvais ça improbable déjà, visuellement. elle orne des espaces qu'elle considère comme des appels. C'est-à-dire qu'elle se promène dans la forêt ou dans la nature et tout d'un coup, elle voit une invitation. Donc, c'est un trou dans un arbre ou un trou dans de la roche. Et elle va venir, alors des fois, on est sur des chantiers importants parce que ça peut durer entre deux mois et plusieurs années. Elle va venir remplir mais jusqu'à l'étouffement presque, ces creux de fleurs. Et son travail est tellement fascinant et graphiquement étonnant que je pense que des gens doivent croire à des manipulations, mais véritablement, elle prend les mesures de cette faille, elle les remplit. Donc c'est assez prodigieux. Et puis derrière, il y a cette idée que vivant en Ukraine, c'est une forme d'espoir qu'elle convoque. C'est très joli aussi, la dimension très symbolique de son travail. C'est-à-dire, partout où on me laissera la place, je continuerai à avoir de l'espoir et à faire fleurir des très jolies fleurs, très colorées. C'est assez beau dans le contexte. Marion Dubier-Clark, qui est photographe, qui a beaucoup voyagé aux États-Unis et au Japon. et elle a cette dimension de brodeuse depuis quelques années. Elle est venue sur ses propres tirages ajouter cette note effectivement un peu pop, un peu néon à ses palmiers et un peu ce rêve américain parce qu'on est souvent sur des vues de Los Angeles et d'images qu'on a apprises à beaucoup voir de l'Amérique avec des palmiers, avec des grandes routes. Mais tout d'un coup... Avec cette espèce de supplément d'âme, on les voit différemment. On les voit comme si elles étaient plus ancrées dans le temps, je trouve. Il y a une dimension presque un peu technicolor qui ressemble à toutes les images qu'on a de l'Amérique, je trouve. Avec des évidences toujours de couleurs très parlantes, de grands espaces. Elle s'est vraiment fait connaître avec toute cette dimension des cactées, des palmiers. Elle a fait toute une série dans ce parc, dont le nom va m'échapper, où il y a ces arbres très, très étranges: Joshua Tree. elle a notamment un tirage qui est très, très beau, avec un seul arbre immense. Et toutes les parties de cet arbre sont rebrodées avec des couleurs différentes. C'est très étonnant. Les rares fois où j'ai planté avec mon compagnon, j'ai trouvé que c'était lent, j'ai trouvé que ça ne venait pas assez vite, j'ai trouvé qu'il y avait quand même une part d'échec. Tout ça m'ennuie profondément, alors du coup, je pense que j'aime bien le résultat et je pense qu'il y a quelque chose de la dimension du secret et de ce qui m'échappe qui est du coup très attirante pour moi. Je ne suis pas sûre que j'aimerais... Bon après, si j'ai un jour un jardin qui fait partie, un peu comme la maison. Pour moi, c'est un peu un horizon, ça, d'avoir un jour un jardin un peu à l'anglaise, comme ça, avec une maison assez grande. On rêve de ça quand on est à Paris. Peut-être que je verrai les choses différemment, mais je pense qu'il y a une part, un peu comme les cartes, qui m'échappe, et c'est très bien comme ça. C'est-à-dire, comment on fait pousser une fleur, et qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elle traverse l'année, par exemple. Je pense que c'est un domaine que je ne connais pas, et c'est peut-être mieux pour les dessiner, pour les faire vivre en broderie. J'adore les fleurs des chambres, j'adore les parterres, les toutes petites fleurs. J'ai un peu plus de mal avec les bouquets qui sont toujours tonitruants, très charnus. J'aime bien les herbes un peu légères et je trouve qu'elles sont très faciles à... En tout cas, en broderie, elles donnent une satisfaction dingue. C'est-à-dire, une fois qu'on a fait les tiges et qu'on les fait apparaître comme ça, avec un trait, littéralement, je trouve que c'est très beau. J'ai tendance à aimer les mauvaises herbes, les fleurs des champs. Celles qui poussent et qu'on n'a pas voulu forcément à cet endroit-là. J'aime bien les rebelles, en fait, les fleurs rebelles. Et pareil, dès que ça dévie un peu du cadre et d'une forme de technique, c'est-à-dire on l'a voulu là, on a planté, ça me plaît bien. Je leur colle ce que j'aime. La nature, je sais qu'elle sera toujours présente et que ce sera un fil rouge de mon travail parce que c'est impossible de faire le tour. C'est pour ça que je ne me renseigne pas forcément trop là-dessus parce que je ne veux pas trop en connaître. J'aime bien cette idée d'arriver et d'être toujours émerveillée. Il y a plein de choses comme ça du domaine scientifique, par exemple les étoiles, où on me l'a expliqué 15 fois et puis très rapidement, j'oublie tout. C'est-à-dire que je pense que j'ai envie que des choses très poétiques et très belles restent très mystérieuses. Et je n'aurais jamais fait le tour de la nature. C'est impossible. Et ce sera sans arrêt quelque chose qui sera merveilleux, qui sera l'objet d'attention, d'émerveillement, de surprise. Il y a peu de domaines qui m'apportent autant, en liaison avec l'aspect scientifique, qui m'apportent autant de surprises, en fait. On n'a jamais fait le tour, ça c'est sûr. Ça, c'est sûr. Ça sera toujours une composante, je pense, de ce que je brode. Déjà, je vais mettre les fleurs et le végétal sur le même plan que des émotions ou des choses que je vais écrire. Donc déjà, ça, ce n'est pas forcément tout à fait commun. Après, je ne vais saisir que certaines parties de la fleur. J'aime bien tout ce qui est en coupe, par exemple. J'aime bien que ça fasse partie d'un décor. Et pour moi, elles sont peut-être investies de personnalité dans mon travail. Donc, il n'y a pas la volonté d'orner ou de décorer. Pour moi, ce sont presque des personnages de mon histoire. Elles ne sont pas là pour décorer, en fait. Parce que ça, c'est important pour moi. C'est pratiquement ce qui fait la différence entre la broderie telle qu'on a pu la concevoir et la broderie aujourd'hui, plus moderne, plus contemporaine. c'est de réinventer ces codes de l'ornement. On n'est pas là pour broder ses initiales et dire « Chérie, je t'aime » . C'est un peu plus profond que ça. On n'est plus sur de l'ornementation, on est sur des artistes qui ont décidé de faire passer un message qui est assez intense. Ce n'est pas un hobby, ce n'est pas un passe-temps. La plupart des artistes, par exemple, du livre, c'est leur vie, c'est vraiment leur métier. À ce titre-là, pour moi, les fleurs, elles n'ont pas vocation à décorer dans les coins. Elles sont là pour elles-mêmes, pour ce qu'elles représentent, pour le rapport qu'on a avec elles. Pour parfaire une carte, pour moi, il y a besoin d'elles. Mais pas simplement pour remplir un espace vide. La rose, je pense que ça a l'air comme ça très banal, mais ça me renverse à chaque fois. certains parfums de roses sont d'une subtilité et d'une délicatesse qui est dingue. J'adore absolument l'odeur, toutes les odeurs de feuilles de figuier. J'adore le jasmin, j'adore la fleur d'oranger, j'adore le chèvrefeuille. J'adore les odeurs finalement parfois assez entêtantes. La violette, c'est tout de suite ma grand-mère, Irma, Toulouse. Donc, c'est plus une odeur qui est... Ce n'est pas forcément qu'elle est agréable, elle convoque des souvenirs. Après, toutes celles que j'ai citées avant, j'adore. Ce sont des parfums qui sont assez communs, mais dont je ne me lasse pas, en tout cas. À expérimenter en vrai et d'ailleurs en substitut. J'adore les bougies, feuilles de figuier, les parfums, la rose. Dans la cuisine, je mets de la fleur d'oranger et de l'eau de rose. J'aime beaucoup ces odeurs-là. C'est vrai que j'aime chiner parce que j'aime bien, de la même façon que pour moi la broderie apporte quelque chose d'unique qui ne sera pas reproduit en série, de fait, j'aime bien chiner ces vêtements qui sont complètement introuvables, pièces uniques, réparées. J'adore les vêtements qui portent une histoire en fait et qui sont pour moi irremplaçables. C'est-à-dire que quand je le manque, et notamment j'ai loupé une couverture, C'était incroyable. Je vais vers la fille qui tenait le stand et je me retourne. Une autre personne l'avait prise en main et je pense qu'elle l'a eue en plus pour un prix totalement négligeable. Après, la vendeuse ne voulait plus me dire parce qu'elle avait peur que vraiment j'en pleure littéralement. Évidemment, c'était la couverture de ma vie, comme tout ce qu'on manque, comme tout ce qu'on laisse partir. Et voilà, c'était un travail colossal, de même que les patchworks me rendent dingue, parce qu'il y a tellement d'histoires derrière, de tissus qui rentrent dans un patchwork et qui racontent des histoires. J'adore ce que le textile amène de vécu, rêvé, fantasmé, imaginé, réel. Quand parfois on a vraiment les conditions de son exécution et de son élaboration, ça me fait rêver. J'ai des rideaux réparés, ça me bouleverse. La réparation me bouleverse totalement. J'adore ces petits morceaux de tissu sur lesquels on voit littéralement quelqu'un en train de travailler, quelqu'un avoir passé du temps à le rendre beau, à le réparer, à continuer à le faire vivre, à en prendre soin. Je ne me lasse jamais de ça. Mon admiration pour Frida Kahlo, elle est autant liée à son œuvre et à ses peintures que je trouve remarquable, qu'à l'image qu'on a d'elle, c'est-à-dire ses robes, sa capacité à chiner. Pour le coup, elle était complètement déjà très novatrice dans l'amour qu'elle avait pour les tissus de son pays, les broderies, vraiment cet amour pour l'artisanat de son pays et pour sa ténacité. Tout ça est admirable. Pas seulement sa peinture. Je pense à elle en termes de lutte. Je me souviens avoir lu des articles où elle disait qu'elle avait été invitée par des surréalistes à Paris et que c'était tous des gros misogynes. J'imagine sa vie en plus malade parce que non seulement elle a eu cet accident qu'on connaît, mais elle a eu la polio. Je veux dire, c'est quand même... Elle a produit infiniment. C'est ce portrait global. qui m'intéresse pareil. Georgia O'Keeffe, je rêve de visiter son ranch au Nouveau-Mexique. C'est cet univers complet qu'elle amène avec elle. C'est-à-dire les photos qu'on a d'elle, son intérieur, ses vêtements, évidemment ses œuvres. Et moi, je suis moins fascinée par les fleurs un peu polémiques que par les décors du Nouveau-Mexique. Ces canyons absolument dingues qu'elle a faits, sa maison. C'est des beaux portraits de femmes. Louise Brooks, c'est pareil. C'était une jeune actrice. Dans sa biographie, elle dit qu'elle a vécu des choses littéralement atroces. Et de continuer, d'être là, de sourire, d'avoir cette ténacité, de se réinventer, Lee Miller. Elle s'est réinventée plusieurs fois. On a appris récemment que son enfance avait été sacrifiée et qu'il y avait des choses terribles qui lui étaient arrivées. Bon, voilà, cette capacité à lutter, à être là et à traverser le temps. Là, je trouve ça toujours assez bouleversant. Et je pense qu'il n'y a personne autant que ça qui m'impressionne, que ces femmes-là. Alors, mon processus, en fait, il dépend de la personne à laquelle je destine la broderie. Si c'est de la commande, je trouve que c'est mieux que les gens qui, quand même, me commandent quelque chose de précis aient une idée assez précise de ce qu'ils vont avoir. Donc, je dessine et du coup, je crée un contour parce qu'on attend de moi quand même une mission un peu précise. Et si c'est pour moi et que j'ai une vague idée, je fais un contour parfois et après, je fais au fil de l'eau. littéralement, c'est-à-dire là, ça manque un peu de couleur, hop, j'y vais. Je n'ai pas d'autre... Je sais juste, le matin, c'est Kiki Smith qui disait ça. Elle disait, j'arrive dans l'atelier, je sais juste que je prends ma sculpture et que là, il y a un petit bout qui est en trop et puis après, je ne sais plus ce qui se passe. C'est exactement ça. C'est-à-dire, je ne me compare pas à Kiki Smith, que j'adore, encore une, par ailleurs. Mais c'est vrai qu'on commence toujours par une toute petite chose et qu'il en entraîne plein d'autres et après, on ne sait plus où la journée est passée. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni comment on a pris telle ou telle décision, mais au moment où on l'apprend, c'est évident. C'est une histoire d'équilibre, de couleurs, de message globale, d'ensemble. C'est difficile à décrire. Historiquement, la broderie, on avait décidé que c'était le domaine des femmes. Et ce que je trouve très intéressant, c'est de se dire que ça devait être pour les occuper. Parce que comme ça, elles restaient à la maison, au coin du feu, et qu'elles n'allaient pas, je ne sais pas. Et qu'en même temps, ça a été le terrain, en tout cas moi, c'est ma théorie, de leur émancipation. C'est-à-dire, pendant qu'elles faisaient ça, elles faisaient bien plus que, justement, des fleurettes dans les coins. C'était vraiment... Elles faisaient œuvre. Elles soulevaient des montagnes à leur niveau. Et maintenant, que ce soit reconnu comme une activité à part entière, comme un art à part entière, plus exactement, c'est assez beau. C'est-à-dire qu'on se retourne sur toutes ces femmes qui étaient probablement des artistes en leur temps, mais que personne ne regardait et qui pourtant inventaient des mondes, en fait, et créaient des choses probablement fantastiques. Moi, je pense que c'était une activité qui rassurait tout le monde. C'est-à-dire qu'on se disait, pendant qu'elles font ça, elles ne font pas autre chose, elles réparent les vêtements. Il y avait vraiment une dimension complètement aussi économique. On n'avait pas autant de fringues, donc il fallait les réparer, il fallait les créer de toutes pièces. Mais après, il y a beaucoup de choses qui ont été dévoyées, j'ai appris il n'y a pas très longtemps, que le terme midinette, qui est plutôt quelque chose de très péjoratif aujourd'hui, c'était simplement des femmes qui travaillaient dans la couture, qui avaient beaucoup de boulot, et qui par ailleurs gagnaient pas mal d'argent, et qui avaient tellement de travail qu'elles n'avaient pas le temps de manger. Donc elles faisaient dînette à midi. Donc c'est quand même quand on voit... Ce que c'est devenu dans notre esprit une midinette, on se dit qu'il y a quelque chose qui a été complètement dévoyé dans ces activités-là, c'est-à-dire complètement déconsidéré. Vraiment, c'est des activités qu'on a littéralement prises de haut, qu'on ne connaît pas. Moi, je me rends compte qu'énormément de gens confondent le canevas, le crochet, le point de croix. Il y a une méconnaissance totale de ces arts qui sont très différents les uns des autres, et puis de la technique que ça exige. Et on est enfin en train de se rendre compte que c'est du sérieux, c'est du technique. C'est très varié entre le canevas, le tissage, la broderie et le crochet. Et le tricot, ce n'est pas du tout la même chose. Et tout le monde mélange tout. Combien de gens m'envoient des canevas en disant « j'ai pensé à toi » et c'est pas du tout ce que je fais. Mais voilà, pour eux, c'est du fil. Donc, il y a une méconnaissance totale. de ce que c'est, une dévalorisation totale aussi de ce que c'est. Je pense que c'est parce qu'encore une fois, les femmes étaient complètement sur cette activité-là, donc on avait tendance à décréter que ce n'était pas intéressant. Mon compagnon, il a été de tout temps excessivement encourageant, c'est-à-dire qu'il croit plus en moi que moi-même. Il n'a jamais pensé à lui et à son confort personnel et financier. Ça a toujours été « il faut que tu ailles là » . Il valorise beaucoup mon travail comme quelque chose qui est important. Je pense qu'effectivement, c'est essentiel, parce que prendre ce virage-là à un moment donné, quand on n'est pas accompagné, c'est encore plus difficile. Mais moi, j'ai été à tout moment rassurée et accompagnée dans cette route. Et quand j'avais des moments de doute, il était le premier à me dire, tu vas y arriver, on va y arriver. Donc ça, c'est quand même rare et précieux.

  • Speaker #0

    J'espère que ce voyage à travers les jardins et les histoires qui les habitent vous a plu, que vous ayez été captivé par le récit de mon invitée ou transporté par la magie de la nature. Rappelez-vous que tous les jardins cachent des trésors d'émotions et de souvenirs. Rejoignez-moi sur le compte Instagram "Fleur in the Garden" pour du contenu exclusif et les coulisses des interviews. Partons ensemble à la découverte des trésors cachés des jardins et des âmes qui les cultivent. Encore merci pour votre compagnie et à bientôt.

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Quand on prononce son nom, c’est toujours un engouement sans fin ! Il n’y a qu’à voir le nombre vertigineux de followers de son IG, un véritable  raz-de-marée !  En plus d’être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au gout du jour la broderie. Mais attention pas celle de nos grand-mères : La Broderie Contemporaine.
Dans cette épisode de " Fleur in the Garden" cette autodidacte  nous plonge dans son univers artistique, nous confie l’approche qu’elle a de la nature, et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes qui l’inspirent.

 

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    Bienvenue, ravie de vous accueillir dans "Fleur in the Garden", le podcast où j'explore les merveilles de la nature et les récits captivants de mes invités. Je suis Fleur Mirzayantz, votre guide dans ce voyage à travers les jardins secrets et les souvenirs fascinants de mes invités, qu'ils soient chefs étoilés, parfumeurs, acteurs ou paysagistes renommés. Ensemble, nous découvrirons les anecdotes et les réflexions de ces figures emblématiques tout en explorant l'impact profond que la nature a sur leur vie et leur créativité. Quand on prononce son nom, c'est toujours un engouement sans fin. Il n'y a qu'à voir le nombre vertigineux de followers de son Instagram. Un véritable raz-de-marée. En plus d'être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au goût du jour la broderie. Mais attention, pas celle de nos grands-mères, la broderie contemporaine. Dans cet épisode de "Fleur in the Garden", cet autodidacte nous plonge dans son univers artistique, nous confie l'approche qu'elle a de la nature et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes brodeuses qui l'inspirent. Bonne écoute !

  • Speaker #1

    Alors mon nom c'est Audrey Demarre et je suis brodeuse. J'ai choisi la broderie, ou plutôt elle m'a choisie, je dirais, un peu par hasard. Quand je pense.... dans mon précédent métier, j'étais un peu en panne de créativité. Et donc, j'ai eu un sujet à traiter en illustration et c'est le fil qui m'est venu plus que le crayon. Et à partir de là, je n'ai plus lâché l'aiguille. Et donc, il n'y a pas d'autre raison que celle-là, avec une part de hasard. Mais ce que j'aime bien raconter, c'est que : après mon prénom, j'ai les prénoms de mes deux grand-mères et de mon arrière-grand-mère. Et que notamment, mon arrière-grand-mère Irma était une très grande couturière et une très grande brodeuse à la belle époque. Et donc, j'aime bien cette idée d'une transmission qui se serait faite presque un peu malgré moi et transmission invisible. Je dirais que je suis une intuitive et que du coup, j'aime bien me laisser porter par l'humeur du moment. Je suis quelqu'un qui lutte en permanence contre le cadre. Donc, j'aime bien inventer mes règles, inventer mon cadre. Si je peux venir dans un cadre qui est très établi, par exemple celui d'une carte, et venir y mettre le bazar, j'aime énormément. Donc, il y a cette volonté de sortir du cadre ou de le redéfinir tout le temps. Et puis, l'intuition du moment, se dire que... que c'est la seule qui vaut et que il faut que je la suive. Et puis après, j'aime beaucoup les mots. Donc j'arrive toujours à en glisser dans mes broderies pour les finaliser. Quand les mots sont mis en dernier lieu, c'est le moment où à mon niveau j'ai terminé. Je dis très souvent que quand je n'ai plus d'inspiration, je vais dans la nature. Je suis plutôt une citadine, donc c'est très rare que je dise ça, mais je trouve que, notamment les arbres par exemple, je pourrais broder des arbres à l'infini, c'est-à-dire qu'ils ne sont jamais les mêmes. J'admire leur pouvoir, les leçons et leur philosophie. Le peu que j'ai glané sur eux, je trouve ça magnifique. Par exemple, j'ai fait toute une exposition autour de la timidité des cimes. Cette théorie, qui est plus qu'une théorie, c'est vraiment un scientifique qui a étudié la question. Quand on lève les yeux dans une forêt vers la cime des arbres, on observe qu'il y a une fente qui délimite chacun d'entre eux. Et en fait, c'est littéralement du respect mutuel. Ils se laissent la place de vivre, d'exister. Donc cette espèce de fente qui est vraiment graphiquement très belle, parce que ça fait un dessin. magnifique, ça s'appelle la fente de timidité, ce que je trouve... Le jour où j'ai découvert ça, j'ai fait une quinzaine de broderies reliées à ça tellement je trouvais ça beau. Et puis après, j'ai appris que partout où ils sont, les arbres arrivent à vivre, ils arrivent à se débrouiller, à trouver de l'eau, à faire des partenariats avec les champignons autour pour s'entraider. Il y a quelque chose dont on pourrait tirer des leçons à l'infini, dans la nature, dans sa capacité à se réinventer. à se multiplier, à être toujours différente, jamais dans l'axe. Ça, j'aime beaucoup. C'est la liberté de la nature et puis surtout cette capacité à être là où on ne l'a pas forcément cherché, au milieu d'entre deux pavés. Ça, j'adore. Ça m'inspire beaucoup. J'ai eu des jardins, petite fille, dont je ne me souviens pas très bien. Je me souviens très, très bien du jardin de ma tante qui était un peu... en Normandie, près de la mer, qui était déjà très grand et qui s'est agrandi parce qu'après, elle a eu un terrain supplémentaire. Et donc, je me rappelle de ce jardin comme de l'enfance, un peu. Comme vraiment un endroit où j'ai été très heureuse, où j'ai beaucoup joué. Mon lien avec le végétal, ce serait ce rapport joli à ce jardin et à l'enfance. Après, je m'en découvre, je pense, avec le temps, du lien avec le... Le végétal, encore une fois, dans le caractère très imprévisible et fougueux de la nature. Peut-être que je me retrouve un petit peu. J'habite à Paris, mais on a la chance d'avoir une cour et d'être dans une impasse. Donc, on a beaucoup, beaucoup de fleurs partout. Dès qu'on a un centimètre carré, il y a une plante ou une fleur. Donc, je suis à la fois à l'intérieur de mon appartement et très rapidement à l'extérieur, entourée d'arbres et de fleurs. J'en ai beaucoup aussi chez moi qui sont très échevelées. Donc, j'aime beaucoup. Et après, je me rends compte que j'ai énormément de livres, de gravures, de photos aussi. De la nature en règle générale. Aussi bien des arbres que des massifs. Je me rends compte que j'ai beaucoup de tableaux, de peintures que j'ai chinées qui représentent des fleurs. En fait, je sais... que bonne maman, comme on l'appelait, Irma, elle adorait les violettes. Quand j'ai décidé de faire de la broderie, je me souviens, c'était en hiver, et j'ai ouvert la porte et devant la porte, il y avait des petites violettes qui avaient réussi à pousser. Alors je ne sais pas du tout, c'était très étrange qu'elles aient été là en plein mois de décembre, mais j'ai vraiment pris ça comme un signe. Je sais que les violettes génèrent... J'en ai sur mon balcon. Parce que cela convoque immédiatement des personnes derrière. Après, j'ai des arbres un peu fétiches. Je me rends compte, dans Paris notamment, il y en a dont j'observe l'évolution parce que je les trouve extrêmement bien placés. Et il y en a un auquel je pense tout de suite, quand on parle d'un arbre, on a toujours une représentation un peu conceptuelle, mais c'est toujours le cerisier de chez mes grands-parents, par exemple. que je trouve, enfin le cerisier c'est quand même absolument fascinant, entre la floraison et les fruits. Et donc c'est celui-là que je vois, et leur magnolia aussi, c'est drôle. C'est assez rapidement connecté à des gens derrière, à des visages, à des souvenirs. Je me rappelle d'une très grande proximité, c'est-à-dire d'avoir vécu avec eux, enfin c'est le souvenir que j'en ai un peu main dans la main, c'est-à-dire de savoir à quel moment ils allaient passer de fleurs à fruits. Je me souviens d'une cohabitation qui était très naturelle en tout cas. Après, je ne les ai pas étudiés plus que ça, mais je me rends compte que ça m'intéresserait beaucoup. C'est surtout leur pouvoir d'adaptabilité qui me fascine. J'en fais énormément des fleurs. Ça doit être mon sujet de prédilection. Par exemple, pour poser un décor, quand je fais une carte, généralement j'ai un A, j'ai un point d'eau et j'ai des fleurs. C'est-à-dire que pour moi, ça, c'est la base. Donc, quand même, c'est un élément utile et presque indispensable d'un décor pour moi. J'ai trouvé une manière de faire les fleurs des champs. C'est-à-dire que je commence par les tiges, j'en fais plein, et puis après, je viens faire les petites fleurs. Et ça aussi, c'est presque un peu comme les points de nœuds, c'est très méditatif. Et c'est toujours réussi. C'est-à-dire que je ne sais plus, j'ai donné un cours il n'y a pas très longtemps et la personne qui faisait des fleurs me disait « Elles ne sont pas droites. » mais aucune fleur n'est droite dans la nature. En plus, moins on va les travailler, moins on va les préparer, et plus elles vont avoir un air très naturel, très authentique. Parce que les fleurs, elles n'ont pas attendu de savoir qu'elles devaient pousser de temps en temps de temps, ni d'occuper tel ou tel espace. Elles font exactement ce qu'elles veulent. Les fleurs, il y a un pouvoir de couleur qui est encore plus intense que dans les arbres. Les arbres, encore une fois, je trouve que ce sont de belles personnes. Il y a vraiment cet aspect-là qui me fait penser à l'humain, à des compagnonnages qui sont lents et longs. plus que les fleurs qui sont plutôt par essence très fugaces. Il y a un pouvoir de beauté dans les fleurs. Mais l'arbre, c'est plutôt la ténacité. C'est une qualité que je prête aux gens plus, que j'ai décidé de coller sur les arbres, les pauvres. Ils n'avaient pas demandé ça. J'ai publié un livre aux éditions de La Martinière qui s'appelle Broderie, avec un S, sous-titré Anthologie curieuse. L'idée, c'est l'éditrice Amélie Rétoré qui l'a eue en suivant un peu mon Instagram. C'est-à-dire qu'elle s'est dit que je relayais beaucoup d'artistes, notamment brodeuses. Et c'est elle qui a eu l'idée. Et évidemment, j'ai trouvé qu'elle était bonne, cette idée. Donc, je me suis embarquée dans cette aventure avec énormément de liberté. J'ai choisi les artistes, j'ai choisi comment les agencer. J'ai écrit le texte qui accompagne. J'ai choisi les images que je voulais montrer pour chacun de ces artistes. Donc, j'ai eu un peu quartier libre. Donc, ça a été beaucoup de bonheur pour moi. C'est rare d'avoir autant de liberté dans un projet. Et le but, c'était de montrer la broderie sous son côté éminemment artistique et les brodeurs et brodeuses comme des artistes, vraiment. Donc, j'ai choisi avec cette idée quand même de montrer de la variété avec pour seul critère de les aimer bien. et puis ce qui était assez drôle quand j'ai commencé à les interroger pour rédiger chacun des textes, je me suis aperçue qu'à 95% ils étaient autodidactes donc ça m'a fait rire parce que j'ai pas fait exprès en fait mais je pense que ce que j'ai aimé chez eux, dans leur broderie dans leurs travaux, c'est la liberté qui les caractérise, le fait qu'ils aient choisi très souvent leur technique, qu'ils aient appris seuls qu'ils aient inventé presque leur médium ... Je pense que sans l'avoir recherché, ce n'est pas un hasard qu'ils aient un peu le même profil que moi. Alors Diana Yevtukh, je l'ai découverte, c'est une artiste ukrainienne que j'ai découverte probablement dans la presse. Et au début, j'avais une fascination pour son travail et je n'arrivais pas complètement à y croire tellement je trouvais ça improbable déjà, visuellement. elle orne des espaces qu'elle considère comme des appels. C'est-à-dire qu'elle se promène dans la forêt ou dans la nature et tout d'un coup, elle voit une invitation. Donc, c'est un trou dans un arbre ou un trou dans de la roche. Et elle va venir, alors des fois, on est sur des chantiers importants parce que ça peut durer entre deux mois et plusieurs années. Elle va venir remplir mais jusqu'à l'étouffement presque, ces creux de fleurs. Et son travail est tellement fascinant et graphiquement étonnant que je pense que des gens doivent croire à des manipulations, mais véritablement, elle prend les mesures de cette faille, elle les remplit. Donc c'est assez prodigieux. Et puis derrière, il y a cette idée que vivant en Ukraine, c'est une forme d'espoir qu'elle convoque. C'est très joli aussi, la dimension très symbolique de son travail. C'est-à-dire, partout où on me laissera la place, je continuerai à avoir de l'espoir et à faire fleurir des très jolies fleurs, très colorées. C'est assez beau dans le contexte. Marion Dubier-Clark, qui est photographe, qui a beaucoup voyagé aux États-Unis et au Japon. et elle a cette dimension de brodeuse depuis quelques années. Elle est venue sur ses propres tirages ajouter cette note effectivement un peu pop, un peu néon à ses palmiers et un peu ce rêve américain parce qu'on est souvent sur des vues de Los Angeles et d'images qu'on a apprises à beaucoup voir de l'Amérique avec des palmiers, avec des grandes routes. Mais tout d'un coup... Avec cette espèce de supplément d'âme, on les voit différemment. On les voit comme si elles étaient plus ancrées dans le temps, je trouve. Il y a une dimension presque un peu technicolor qui ressemble à toutes les images qu'on a de l'Amérique, je trouve. Avec des évidences toujours de couleurs très parlantes, de grands espaces. Elle s'est vraiment fait connaître avec toute cette dimension des cactées, des palmiers. Elle a fait toute une série dans ce parc, dont le nom va m'échapper, où il y a ces arbres très, très étranges: Joshua Tree. elle a notamment un tirage qui est très, très beau, avec un seul arbre immense. Et toutes les parties de cet arbre sont rebrodées avec des couleurs différentes. C'est très étonnant. Les rares fois où j'ai planté avec mon compagnon, j'ai trouvé que c'était lent, j'ai trouvé que ça ne venait pas assez vite, j'ai trouvé qu'il y avait quand même une part d'échec. Tout ça m'ennuie profondément, alors du coup, je pense que j'aime bien le résultat et je pense qu'il y a quelque chose de la dimension du secret et de ce qui m'échappe qui est du coup très attirante pour moi. Je ne suis pas sûre que j'aimerais... Bon après, si j'ai un jour un jardin qui fait partie, un peu comme la maison. Pour moi, c'est un peu un horizon, ça, d'avoir un jour un jardin un peu à l'anglaise, comme ça, avec une maison assez grande. On rêve de ça quand on est à Paris. Peut-être que je verrai les choses différemment, mais je pense qu'il y a une part, un peu comme les cartes, qui m'échappe, et c'est très bien comme ça. C'est-à-dire, comment on fait pousser une fleur, et qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elle traverse l'année, par exemple. Je pense que c'est un domaine que je ne connais pas, et c'est peut-être mieux pour les dessiner, pour les faire vivre en broderie. J'adore les fleurs des chambres, j'adore les parterres, les toutes petites fleurs. J'ai un peu plus de mal avec les bouquets qui sont toujours tonitruants, très charnus. J'aime bien les herbes un peu légères et je trouve qu'elles sont très faciles à... En tout cas, en broderie, elles donnent une satisfaction dingue. C'est-à-dire, une fois qu'on a fait les tiges et qu'on les fait apparaître comme ça, avec un trait, littéralement, je trouve que c'est très beau. J'ai tendance à aimer les mauvaises herbes, les fleurs des champs. Celles qui poussent et qu'on n'a pas voulu forcément à cet endroit-là. J'aime bien les rebelles, en fait, les fleurs rebelles. Et pareil, dès que ça dévie un peu du cadre et d'une forme de technique, c'est-à-dire on l'a voulu là, on a planté, ça me plaît bien. Je leur colle ce que j'aime. La nature, je sais qu'elle sera toujours présente et que ce sera un fil rouge de mon travail parce que c'est impossible de faire le tour. C'est pour ça que je ne me renseigne pas forcément trop là-dessus parce que je ne veux pas trop en connaître. J'aime bien cette idée d'arriver et d'être toujours émerveillée. Il y a plein de choses comme ça du domaine scientifique, par exemple les étoiles, où on me l'a expliqué 15 fois et puis très rapidement, j'oublie tout. C'est-à-dire que je pense que j'ai envie que des choses très poétiques et très belles restent très mystérieuses. Et je n'aurais jamais fait le tour de la nature. C'est impossible. Et ce sera sans arrêt quelque chose qui sera merveilleux, qui sera l'objet d'attention, d'émerveillement, de surprise. Il y a peu de domaines qui m'apportent autant, en liaison avec l'aspect scientifique, qui m'apportent autant de surprises, en fait. On n'a jamais fait le tour, ça c'est sûr. Ça, c'est sûr. Ça sera toujours une composante, je pense, de ce que je brode. Déjà, je vais mettre les fleurs et le végétal sur le même plan que des émotions ou des choses que je vais écrire. Donc déjà, ça, ce n'est pas forcément tout à fait commun. Après, je ne vais saisir que certaines parties de la fleur. J'aime bien tout ce qui est en coupe, par exemple. J'aime bien que ça fasse partie d'un décor. Et pour moi, elles sont peut-être investies de personnalité dans mon travail. Donc, il n'y a pas la volonté d'orner ou de décorer. Pour moi, ce sont presque des personnages de mon histoire. Elles ne sont pas là pour décorer, en fait. Parce que ça, c'est important pour moi. C'est pratiquement ce qui fait la différence entre la broderie telle qu'on a pu la concevoir et la broderie aujourd'hui, plus moderne, plus contemporaine. c'est de réinventer ces codes de l'ornement. On n'est pas là pour broder ses initiales et dire « Chérie, je t'aime » . C'est un peu plus profond que ça. On n'est plus sur de l'ornementation, on est sur des artistes qui ont décidé de faire passer un message qui est assez intense. Ce n'est pas un hobby, ce n'est pas un passe-temps. La plupart des artistes, par exemple, du livre, c'est leur vie, c'est vraiment leur métier. À ce titre-là, pour moi, les fleurs, elles n'ont pas vocation à décorer dans les coins. Elles sont là pour elles-mêmes, pour ce qu'elles représentent, pour le rapport qu'on a avec elles. Pour parfaire une carte, pour moi, il y a besoin d'elles. Mais pas simplement pour remplir un espace vide. La rose, je pense que ça a l'air comme ça très banal, mais ça me renverse à chaque fois. certains parfums de roses sont d'une subtilité et d'une délicatesse qui est dingue. J'adore absolument l'odeur, toutes les odeurs de feuilles de figuier. J'adore le jasmin, j'adore la fleur d'oranger, j'adore le chèvrefeuille. J'adore les odeurs finalement parfois assez entêtantes. La violette, c'est tout de suite ma grand-mère, Irma, Toulouse. Donc, c'est plus une odeur qui est... Ce n'est pas forcément qu'elle est agréable, elle convoque des souvenirs. Après, toutes celles que j'ai citées avant, j'adore. Ce sont des parfums qui sont assez communs, mais dont je ne me lasse pas, en tout cas. À expérimenter en vrai et d'ailleurs en substitut. J'adore les bougies, feuilles de figuier, les parfums, la rose. Dans la cuisine, je mets de la fleur d'oranger et de l'eau de rose. J'aime beaucoup ces odeurs-là. C'est vrai que j'aime chiner parce que j'aime bien, de la même façon que pour moi la broderie apporte quelque chose d'unique qui ne sera pas reproduit en série, de fait, j'aime bien chiner ces vêtements qui sont complètement introuvables, pièces uniques, réparées. J'adore les vêtements qui portent une histoire en fait et qui sont pour moi irremplaçables. C'est-à-dire que quand je le manque, et notamment j'ai loupé une couverture, C'était incroyable. Je vais vers la fille qui tenait le stand et je me retourne. Une autre personne l'avait prise en main et je pense qu'elle l'a eue en plus pour un prix totalement négligeable. Après, la vendeuse ne voulait plus me dire parce qu'elle avait peur que vraiment j'en pleure littéralement. Évidemment, c'était la couverture de ma vie, comme tout ce qu'on manque, comme tout ce qu'on laisse partir. Et voilà, c'était un travail colossal, de même que les patchworks me rendent dingue, parce qu'il y a tellement d'histoires derrière, de tissus qui rentrent dans un patchwork et qui racontent des histoires. J'adore ce que le textile amène de vécu, rêvé, fantasmé, imaginé, réel. Quand parfois on a vraiment les conditions de son exécution et de son élaboration, ça me fait rêver. J'ai des rideaux réparés, ça me bouleverse. La réparation me bouleverse totalement. J'adore ces petits morceaux de tissu sur lesquels on voit littéralement quelqu'un en train de travailler, quelqu'un avoir passé du temps à le rendre beau, à le réparer, à continuer à le faire vivre, à en prendre soin. Je ne me lasse jamais de ça. Mon admiration pour Frida Kahlo, elle est autant liée à son œuvre et à ses peintures que je trouve remarquable, qu'à l'image qu'on a d'elle, c'est-à-dire ses robes, sa capacité à chiner. Pour le coup, elle était complètement déjà très novatrice dans l'amour qu'elle avait pour les tissus de son pays, les broderies, vraiment cet amour pour l'artisanat de son pays et pour sa ténacité. Tout ça est admirable. Pas seulement sa peinture. Je pense à elle en termes de lutte. Je me souviens avoir lu des articles où elle disait qu'elle avait été invitée par des surréalistes à Paris et que c'était tous des gros misogynes. J'imagine sa vie en plus malade parce que non seulement elle a eu cet accident qu'on connaît, mais elle a eu la polio. Je veux dire, c'est quand même... Elle a produit infiniment. C'est ce portrait global. qui m'intéresse pareil. Georgia O'Keeffe, je rêve de visiter son ranch au Nouveau-Mexique. C'est cet univers complet qu'elle amène avec elle. C'est-à-dire les photos qu'on a d'elle, son intérieur, ses vêtements, évidemment ses œuvres. Et moi, je suis moins fascinée par les fleurs un peu polémiques que par les décors du Nouveau-Mexique. Ces canyons absolument dingues qu'elle a faits, sa maison. C'est des beaux portraits de femmes. Louise Brooks, c'est pareil. C'était une jeune actrice. Dans sa biographie, elle dit qu'elle a vécu des choses littéralement atroces. Et de continuer, d'être là, de sourire, d'avoir cette ténacité, de se réinventer, Lee Miller. Elle s'est réinventée plusieurs fois. On a appris récemment que son enfance avait été sacrifiée et qu'il y avait des choses terribles qui lui étaient arrivées. Bon, voilà, cette capacité à lutter, à être là et à traverser le temps. Là, je trouve ça toujours assez bouleversant. Et je pense qu'il n'y a personne autant que ça qui m'impressionne, que ces femmes-là. Alors, mon processus, en fait, il dépend de la personne à laquelle je destine la broderie. Si c'est de la commande, je trouve que c'est mieux que les gens qui, quand même, me commandent quelque chose de précis aient une idée assez précise de ce qu'ils vont avoir. Donc, je dessine et du coup, je crée un contour parce qu'on attend de moi quand même une mission un peu précise. Et si c'est pour moi et que j'ai une vague idée, je fais un contour parfois et après, je fais au fil de l'eau. littéralement, c'est-à-dire là, ça manque un peu de couleur, hop, j'y vais. Je n'ai pas d'autre... Je sais juste, le matin, c'est Kiki Smith qui disait ça. Elle disait, j'arrive dans l'atelier, je sais juste que je prends ma sculpture et que là, il y a un petit bout qui est en trop et puis après, je ne sais plus ce qui se passe. C'est exactement ça. C'est-à-dire, je ne me compare pas à Kiki Smith, que j'adore, encore une, par ailleurs. Mais c'est vrai qu'on commence toujours par une toute petite chose et qu'il en entraîne plein d'autres et après, on ne sait plus où la journée est passée. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni comment on a pris telle ou telle décision, mais au moment où on l'apprend, c'est évident. C'est une histoire d'équilibre, de couleurs, de message globale, d'ensemble. C'est difficile à décrire. Historiquement, la broderie, on avait décidé que c'était le domaine des femmes. Et ce que je trouve très intéressant, c'est de se dire que ça devait être pour les occuper. Parce que comme ça, elles restaient à la maison, au coin du feu, et qu'elles n'allaient pas, je ne sais pas. Et qu'en même temps, ça a été le terrain, en tout cas moi, c'est ma théorie, de leur émancipation. C'est-à-dire, pendant qu'elles faisaient ça, elles faisaient bien plus que, justement, des fleurettes dans les coins. C'était vraiment... Elles faisaient œuvre. Elles soulevaient des montagnes à leur niveau. Et maintenant, que ce soit reconnu comme une activité à part entière, comme un art à part entière, plus exactement, c'est assez beau. C'est-à-dire qu'on se retourne sur toutes ces femmes qui étaient probablement des artistes en leur temps, mais que personne ne regardait et qui pourtant inventaient des mondes, en fait, et créaient des choses probablement fantastiques. Moi, je pense que c'était une activité qui rassurait tout le monde. C'est-à-dire qu'on se disait, pendant qu'elles font ça, elles ne font pas autre chose, elles réparent les vêtements. Il y avait vraiment une dimension complètement aussi économique. On n'avait pas autant de fringues, donc il fallait les réparer, il fallait les créer de toutes pièces. Mais après, il y a beaucoup de choses qui ont été dévoyées, j'ai appris il n'y a pas très longtemps, que le terme midinette, qui est plutôt quelque chose de très péjoratif aujourd'hui, c'était simplement des femmes qui travaillaient dans la couture, qui avaient beaucoup de boulot, et qui par ailleurs gagnaient pas mal d'argent, et qui avaient tellement de travail qu'elles n'avaient pas le temps de manger. Donc elles faisaient dînette à midi. Donc c'est quand même quand on voit... Ce que c'est devenu dans notre esprit une midinette, on se dit qu'il y a quelque chose qui a été complètement dévoyé dans ces activités-là, c'est-à-dire complètement déconsidéré. Vraiment, c'est des activités qu'on a littéralement prises de haut, qu'on ne connaît pas. Moi, je me rends compte qu'énormément de gens confondent le canevas, le crochet, le point de croix. Il y a une méconnaissance totale de ces arts qui sont très différents les uns des autres, et puis de la technique que ça exige. Et on est enfin en train de se rendre compte que c'est du sérieux, c'est du technique. C'est très varié entre le canevas, le tissage, la broderie et le crochet. Et le tricot, ce n'est pas du tout la même chose. Et tout le monde mélange tout. Combien de gens m'envoient des canevas en disant « j'ai pensé à toi » et c'est pas du tout ce que je fais. Mais voilà, pour eux, c'est du fil. Donc, il y a une méconnaissance totale. de ce que c'est, une dévalorisation totale aussi de ce que c'est. Je pense que c'est parce qu'encore une fois, les femmes étaient complètement sur cette activité-là, donc on avait tendance à décréter que ce n'était pas intéressant. Mon compagnon, il a été de tout temps excessivement encourageant, c'est-à-dire qu'il croit plus en moi que moi-même. Il n'a jamais pensé à lui et à son confort personnel et financier. Ça a toujours été « il faut que tu ailles là » . Il valorise beaucoup mon travail comme quelque chose qui est important. Je pense qu'effectivement, c'est essentiel, parce que prendre ce virage-là à un moment donné, quand on n'est pas accompagné, c'est encore plus difficile. Mais moi, j'ai été à tout moment rassurée et accompagnée dans cette route. Et quand j'avais des moments de doute, il était le premier à me dire, tu vas y arriver, on va y arriver. Donc ça, c'est quand même rare et précieux.

  • Speaker #0

    J'espère que ce voyage à travers les jardins et les histoires qui les habitent vous a plu, que vous ayez été captivé par le récit de mon invitée ou transporté par la magie de la nature. Rappelez-vous que tous les jardins cachent des trésors d'émotions et de souvenirs. Rejoignez-moi sur le compte Instagram "Fleur in the Garden" pour du contenu exclusif et les coulisses des interviews. Partons ensemble à la découverte des trésors cachés des jardins et des âmes qui les cultivent. Encore merci pour votre compagnie et à bientôt.

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Quand on prononce son nom, c’est toujours un engouement sans fin ! Il n’y a qu’à voir le nombre vertigineux de followers de son IG, un véritable  raz-de-marée !  En plus d’être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au gout du jour la broderie. Mais attention pas celle de nos grand-mères : La Broderie Contemporaine.
Dans cette épisode de " Fleur in the Garden" cette autodidacte  nous plonge dans son univers artistique, nous confie l’approche qu’elle a de la nature, et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes qui l’inspirent.

 

Bonne écoute !
Retrouvez-moi sur le compte Instagram @fleur-inthegarden

Et pour ceux et celles qui ne connaissent pas le sublimissime compte d'Audrey :

@audreydemarre,
Pour découvrir son livre " Broderies, anthologie curieuse" c'est par ici :https://www.editionsdelamartiniere.fr/livres/broderies


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  • Speaker #0

    Bienvenue, ravie de vous accueillir dans "Fleur in the Garden", le podcast où j'explore les merveilles de la nature et les récits captivants de mes invités. Je suis Fleur Mirzayantz, votre guide dans ce voyage à travers les jardins secrets et les souvenirs fascinants de mes invités, qu'ils soient chefs étoilés, parfumeurs, acteurs ou paysagistes renommés. Ensemble, nous découvrirons les anecdotes et les réflexions de ces figures emblématiques tout en explorant l'impact profond que la nature a sur leur vie et leur créativité. Quand on prononce son nom, c'est toujours un engouement sans fin. Il n'y a qu'à voir le nombre vertigineux de followers de son Instagram. Un véritable raz-de-marée. En plus d'être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au goût du jour la broderie. Mais attention, pas celle de nos grands-mères, la broderie contemporaine. Dans cet épisode de "Fleur in the Garden", cet autodidacte nous plonge dans son univers artistique, nous confie l'approche qu'elle a de la nature et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes brodeuses qui l'inspirent. Bonne écoute !

  • Speaker #1

    Alors mon nom c'est Audrey Demarre et je suis brodeuse. J'ai choisi la broderie, ou plutôt elle m'a choisie, je dirais, un peu par hasard. Quand je pense.... dans mon précédent métier, j'étais un peu en panne de créativité. Et donc, j'ai eu un sujet à traiter en illustration et c'est le fil qui m'est venu plus que le crayon. Et à partir de là, je n'ai plus lâché l'aiguille. Et donc, il n'y a pas d'autre raison que celle-là, avec une part de hasard. Mais ce que j'aime bien raconter, c'est que : après mon prénom, j'ai les prénoms de mes deux grand-mères et de mon arrière-grand-mère. Et que notamment, mon arrière-grand-mère Irma était une très grande couturière et une très grande brodeuse à la belle époque. Et donc, j'aime bien cette idée d'une transmission qui se serait faite presque un peu malgré moi et transmission invisible. Je dirais que je suis une intuitive et que du coup, j'aime bien me laisser porter par l'humeur du moment. Je suis quelqu'un qui lutte en permanence contre le cadre. Donc, j'aime bien inventer mes règles, inventer mon cadre. Si je peux venir dans un cadre qui est très établi, par exemple celui d'une carte, et venir y mettre le bazar, j'aime énormément. Donc, il y a cette volonté de sortir du cadre ou de le redéfinir tout le temps. Et puis, l'intuition du moment, se dire que... que c'est la seule qui vaut et que il faut que je la suive. Et puis après, j'aime beaucoup les mots. Donc j'arrive toujours à en glisser dans mes broderies pour les finaliser. Quand les mots sont mis en dernier lieu, c'est le moment où à mon niveau j'ai terminé. Je dis très souvent que quand je n'ai plus d'inspiration, je vais dans la nature. Je suis plutôt une citadine, donc c'est très rare que je dise ça, mais je trouve que, notamment les arbres par exemple, je pourrais broder des arbres à l'infini, c'est-à-dire qu'ils ne sont jamais les mêmes. J'admire leur pouvoir, les leçons et leur philosophie. Le peu que j'ai glané sur eux, je trouve ça magnifique. Par exemple, j'ai fait toute une exposition autour de la timidité des cimes. Cette théorie, qui est plus qu'une théorie, c'est vraiment un scientifique qui a étudié la question. Quand on lève les yeux dans une forêt vers la cime des arbres, on observe qu'il y a une fente qui délimite chacun d'entre eux. Et en fait, c'est littéralement du respect mutuel. Ils se laissent la place de vivre, d'exister. Donc cette espèce de fente qui est vraiment graphiquement très belle, parce que ça fait un dessin. magnifique, ça s'appelle la fente de timidité, ce que je trouve... Le jour où j'ai découvert ça, j'ai fait une quinzaine de broderies reliées à ça tellement je trouvais ça beau. Et puis après, j'ai appris que partout où ils sont, les arbres arrivent à vivre, ils arrivent à se débrouiller, à trouver de l'eau, à faire des partenariats avec les champignons autour pour s'entraider. Il y a quelque chose dont on pourrait tirer des leçons à l'infini, dans la nature, dans sa capacité à se réinventer. à se multiplier, à être toujours différente, jamais dans l'axe. Ça, j'aime beaucoup. C'est la liberté de la nature et puis surtout cette capacité à être là où on ne l'a pas forcément cherché, au milieu d'entre deux pavés. Ça, j'adore. Ça m'inspire beaucoup. J'ai eu des jardins, petite fille, dont je ne me souviens pas très bien. Je me souviens très, très bien du jardin de ma tante qui était un peu... en Normandie, près de la mer, qui était déjà très grand et qui s'est agrandi parce qu'après, elle a eu un terrain supplémentaire. Et donc, je me rappelle de ce jardin comme de l'enfance, un peu. Comme vraiment un endroit où j'ai été très heureuse, où j'ai beaucoup joué. Mon lien avec le végétal, ce serait ce rapport joli à ce jardin et à l'enfance. Après, je m'en découvre, je pense, avec le temps, du lien avec le... Le végétal, encore une fois, dans le caractère très imprévisible et fougueux de la nature. Peut-être que je me retrouve un petit peu. J'habite à Paris, mais on a la chance d'avoir une cour et d'être dans une impasse. Donc, on a beaucoup, beaucoup de fleurs partout. Dès qu'on a un centimètre carré, il y a une plante ou une fleur. Donc, je suis à la fois à l'intérieur de mon appartement et très rapidement à l'extérieur, entourée d'arbres et de fleurs. J'en ai beaucoup aussi chez moi qui sont très échevelées. Donc, j'aime beaucoup. Et après, je me rends compte que j'ai énormément de livres, de gravures, de photos aussi. De la nature en règle générale. Aussi bien des arbres que des massifs. Je me rends compte que j'ai beaucoup de tableaux, de peintures que j'ai chinées qui représentent des fleurs. En fait, je sais... que bonne maman, comme on l'appelait, Irma, elle adorait les violettes. Quand j'ai décidé de faire de la broderie, je me souviens, c'était en hiver, et j'ai ouvert la porte et devant la porte, il y avait des petites violettes qui avaient réussi à pousser. Alors je ne sais pas du tout, c'était très étrange qu'elles aient été là en plein mois de décembre, mais j'ai vraiment pris ça comme un signe. Je sais que les violettes génèrent... J'en ai sur mon balcon. Parce que cela convoque immédiatement des personnes derrière. Après, j'ai des arbres un peu fétiches. Je me rends compte, dans Paris notamment, il y en a dont j'observe l'évolution parce que je les trouve extrêmement bien placés. Et il y en a un auquel je pense tout de suite, quand on parle d'un arbre, on a toujours une représentation un peu conceptuelle, mais c'est toujours le cerisier de chez mes grands-parents, par exemple. que je trouve, enfin le cerisier c'est quand même absolument fascinant, entre la floraison et les fruits. Et donc c'est celui-là que je vois, et leur magnolia aussi, c'est drôle. C'est assez rapidement connecté à des gens derrière, à des visages, à des souvenirs. Je me rappelle d'une très grande proximité, c'est-à-dire d'avoir vécu avec eux, enfin c'est le souvenir que j'en ai un peu main dans la main, c'est-à-dire de savoir à quel moment ils allaient passer de fleurs à fruits. Je me souviens d'une cohabitation qui était très naturelle en tout cas. Après, je ne les ai pas étudiés plus que ça, mais je me rends compte que ça m'intéresserait beaucoup. C'est surtout leur pouvoir d'adaptabilité qui me fascine. J'en fais énormément des fleurs. Ça doit être mon sujet de prédilection. Par exemple, pour poser un décor, quand je fais une carte, généralement j'ai un A, j'ai un point d'eau et j'ai des fleurs. C'est-à-dire que pour moi, ça, c'est la base. Donc, quand même, c'est un élément utile et presque indispensable d'un décor pour moi. J'ai trouvé une manière de faire les fleurs des champs. C'est-à-dire que je commence par les tiges, j'en fais plein, et puis après, je viens faire les petites fleurs. Et ça aussi, c'est presque un peu comme les points de nœuds, c'est très méditatif. Et c'est toujours réussi. C'est-à-dire que je ne sais plus, j'ai donné un cours il n'y a pas très longtemps et la personne qui faisait des fleurs me disait « Elles ne sont pas droites. » mais aucune fleur n'est droite dans la nature. En plus, moins on va les travailler, moins on va les préparer, et plus elles vont avoir un air très naturel, très authentique. Parce que les fleurs, elles n'ont pas attendu de savoir qu'elles devaient pousser de temps en temps de temps, ni d'occuper tel ou tel espace. Elles font exactement ce qu'elles veulent. Les fleurs, il y a un pouvoir de couleur qui est encore plus intense que dans les arbres. Les arbres, encore une fois, je trouve que ce sont de belles personnes. Il y a vraiment cet aspect-là qui me fait penser à l'humain, à des compagnonnages qui sont lents et longs. plus que les fleurs qui sont plutôt par essence très fugaces. Il y a un pouvoir de beauté dans les fleurs. Mais l'arbre, c'est plutôt la ténacité. C'est une qualité que je prête aux gens plus, que j'ai décidé de coller sur les arbres, les pauvres. Ils n'avaient pas demandé ça. J'ai publié un livre aux éditions de La Martinière qui s'appelle Broderie, avec un S, sous-titré Anthologie curieuse. L'idée, c'est l'éditrice Amélie Rétoré qui l'a eue en suivant un peu mon Instagram. C'est-à-dire qu'elle s'est dit que je relayais beaucoup d'artistes, notamment brodeuses. Et c'est elle qui a eu l'idée. Et évidemment, j'ai trouvé qu'elle était bonne, cette idée. Donc, je me suis embarquée dans cette aventure avec énormément de liberté. J'ai choisi les artistes, j'ai choisi comment les agencer. J'ai écrit le texte qui accompagne. J'ai choisi les images que je voulais montrer pour chacun de ces artistes. Donc, j'ai eu un peu quartier libre. Donc, ça a été beaucoup de bonheur pour moi. C'est rare d'avoir autant de liberté dans un projet. Et le but, c'était de montrer la broderie sous son côté éminemment artistique et les brodeurs et brodeuses comme des artistes, vraiment. Donc, j'ai choisi avec cette idée quand même de montrer de la variété avec pour seul critère de les aimer bien. et puis ce qui était assez drôle quand j'ai commencé à les interroger pour rédiger chacun des textes, je me suis aperçue qu'à 95% ils étaient autodidactes donc ça m'a fait rire parce que j'ai pas fait exprès en fait mais je pense que ce que j'ai aimé chez eux, dans leur broderie dans leurs travaux, c'est la liberté qui les caractérise, le fait qu'ils aient choisi très souvent leur technique, qu'ils aient appris seuls qu'ils aient inventé presque leur médium ... Je pense que sans l'avoir recherché, ce n'est pas un hasard qu'ils aient un peu le même profil que moi. Alors Diana Yevtukh, je l'ai découverte, c'est une artiste ukrainienne que j'ai découverte probablement dans la presse. Et au début, j'avais une fascination pour son travail et je n'arrivais pas complètement à y croire tellement je trouvais ça improbable déjà, visuellement. elle orne des espaces qu'elle considère comme des appels. C'est-à-dire qu'elle se promène dans la forêt ou dans la nature et tout d'un coup, elle voit une invitation. Donc, c'est un trou dans un arbre ou un trou dans de la roche. Et elle va venir, alors des fois, on est sur des chantiers importants parce que ça peut durer entre deux mois et plusieurs années. Elle va venir remplir mais jusqu'à l'étouffement presque, ces creux de fleurs. Et son travail est tellement fascinant et graphiquement étonnant que je pense que des gens doivent croire à des manipulations, mais véritablement, elle prend les mesures de cette faille, elle les remplit. Donc c'est assez prodigieux. Et puis derrière, il y a cette idée que vivant en Ukraine, c'est une forme d'espoir qu'elle convoque. C'est très joli aussi, la dimension très symbolique de son travail. C'est-à-dire, partout où on me laissera la place, je continuerai à avoir de l'espoir et à faire fleurir des très jolies fleurs, très colorées. C'est assez beau dans le contexte. Marion Dubier-Clark, qui est photographe, qui a beaucoup voyagé aux États-Unis et au Japon. et elle a cette dimension de brodeuse depuis quelques années. Elle est venue sur ses propres tirages ajouter cette note effectivement un peu pop, un peu néon à ses palmiers et un peu ce rêve américain parce qu'on est souvent sur des vues de Los Angeles et d'images qu'on a apprises à beaucoup voir de l'Amérique avec des palmiers, avec des grandes routes. Mais tout d'un coup... Avec cette espèce de supplément d'âme, on les voit différemment. On les voit comme si elles étaient plus ancrées dans le temps, je trouve. Il y a une dimension presque un peu technicolor qui ressemble à toutes les images qu'on a de l'Amérique, je trouve. Avec des évidences toujours de couleurs très parlantes, de grands espaces. Elle s'est vraiment fait connaître avec toute cette dimension des cactées, des palmiers. Elle a fait toute une série dans ce parc, dont le nom va m'échapper, où il y a ces arbres très, très étranges: Joshua Tree. elle a notamment un tirage qui est très, très beau, avec un seul arbre immense. Et toutes les parties de cet arbre sont rebrodées avec des couleurs différentes. C'est très étonnant. Les rares fois où j'ai planté avec mon compagnon, j'ai trouvé que c'était lent, j'ai trouvé que ça ne venait pas assez vite, j'ai trouvé qu'il y avait quand même une part d'échec. Tout ça m'ennuie profondément, alors du coup, je pense que j'aime bien le résultat et je pense qu'il y a quelque chose de la dimension du secret et de ce qui m'échappe qui est du coup très attirante pour moi. Je ne suis pas sûre que j'aimerais... Bon après, si j'ai un jour un jardin qui fait partie, un peu comme la maison. Pour moi, c'est un peu un horizon, ça, d'avoir un jour un jardin un peu à l'anglaise, comme ça, avec une maison assez grande. On rêve de ça quand on est à Paris. Peut-être que je verrai les choses différemment, mais je pense qu'il y a une part, un peu comme les cartes, qui m'échappe, et c'est très bien comme ça. C'est-à-dire, comment on fait pousser une fleur, et qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elle traverse l'année, par exemple. Je pense que c'est un domaine que je ne connais pas, et c'est peut-être mieux pour les dessiner, pour les faire vivre en broderie. J'adore les fleurs des chambres, j'adore les parterres, les toutes petites fleurs. J'ai un peu plus de mal avec les bouquets qui sont toujours tonitruants, très charnus. J'aime bien les herbes un peu légères et je trouve qu'elles sont très faciles à... En tout cas, en broderie, elles donnent une satisfaction dingue. C'est-à-dire, une fois qu'on a fait les tiges et qu'on les fait apparaître comme ça, avec un trait, littéralement, je trouve que c'est très beau. J'ai tendance à aimer les mauvaises herbes, les fleurs des champs. Celles qui poussent et qu'on n'a pas voulu forcément à cet endroit-là. J'aime bien les rebelles, en fait, les fleurs rebelles. Et pareil, dès que ça dévie un peu du cadre et d'une forme de technique, c'est-à-dire on l'a voulu là, on a planté, ça me plaît bien. Je leur colle ce que j'aime. La nature, je sais qu'elle sera toujours présente et que ce sera un fil rouge de mon travail parce que c'est impossible de faire le tour. C'est pour ça que je ne me renseigne pas forcément trop là-dessus parce que je ne veux pas trop en connaître. J'aime bien cette idée d'arriver et d'être toujours émerveillée. Il y a plein de choses comme ça du domaine scientifique, par exemple les étoiles, où on me l'a expliqué 15 fois et puis très rapidement, j'oublie tout. C'est-à-dire que je pense que j'ai envie que des choses très poétiques et très belles restent très mystérieuses. Et je n'aurais jamais fait le tour de la nature. C'est impossible. Et ce sera sans arrêt quelque chose qui sera merveilleux, qui sera l'objet d'attention, d'émerveillement, de surprise. Il y a peu de domaines qui m'apportent autant, en liaison avec l'aspect scientifique, qui m'apportent autant de surprises, en fait. On n'a jamais fait le tour, ça c'est sûr. Ça, c'est sûr. Ça sera toujours une composante, je pense, de ce que je brode. Déjà, je vais mettre les fleurs et le végétal sur le même plan que des émotions ou des choses que je vais écrire. Donc déjà, ça, ce n'est pas forcément tout à fait commun. Après, je ne vais saisir que certaines parties de la fleur. J'aime bien tout ce qui est en coupe, par exemple. J'aime bien que ça fasse partie d'un décor. Et pour moi, elles sont peut-être investies de personnalité dans mon travail. Donc, il n'y a pas la volonté d'orner ou de décorer. Pour moi, ce sont presque des personnages de mon histoire. Elles ne sont pas là pour décorer, en fait. Parce que ça, c'est important pour moi. C'est pratiquement ce qui fait la différence entre la broderie telle qu'on a pu la concevoir et la broderie aujourd'hui, plus moderne, plus contemporaine. c'est de réinventer ces codes de l'ornement. On n'est pas là pour broder ses initiales et dire « Chérie, je t'aime » . C'est un peu plus profond que ça. On n'est plus sur de l'ornementation, on est sur des artistes qui ont décidé de faire passer un message qui est assez intense. Ce n'est pas un hobby, ce n'est pas un passe-temps. La plupart des artistes, par exemple, du livre, c'est leur vie, c'est vraiment leur métier. À ce titre-là, pour moi, les fleurs, elles n'ont pas vocation à décorer dans les coins. Elles sont là pour elles-mêmes, pour ce qu'elles représentent, pour le rapport qu'on a avec elles. Pour parfaire une carte, pour moi, il y a besoin d'elles. Mais pas simplement pour remplir un espace vide. La rose, je pense que ça a l'air comme ça très banal, mais ça me renverse à chaque fois. certains parfums de roses sont d'une subtilité et d'une délicatesse qui est dingue. J'adore absolument l'odeur, toutes les odeurs de feuilles de figuier. J'adore le jasmin, j'adore la fleur d'oranger, j'adore le chèvrefeuille. J'adore les odeurs finalement parfois assez entêtantes. La violette, c'est tout de suite ma grand-mère, Irma, Toulouse. Donc, c'est plus une odeur qui est... Ce n'est pas forcément qu'elle est agréable, elle convoque des souvenirs. Après, toutes celles que j'ai citées avant, j'adore. Ce sont des parfums qui sont assez communs, mais dont je ne me lasse pas, en tout cas. À expérimenter en vrai et d'ailleurs en substitut. J'adore les bougies, feuilles de figuier, les parfums, la rose. Dans la cuisine, je mets de la fleur d'oranger et de l'eau de rose. J'aime beaucoup ces odeurs-là. C'est vrai que j'aime chiner parce que j'aime bien, de la même façon que pour moi la broderie apporte quelque chose d'unique qui ne sera pas reproduit en série, de fait, j'aime bien chiner ces vêtements qui sont complètement introuvables, pièces uniques, réparées. J'adore les vêtements qui portent une histoire en fait et qui sont pour moi irremplaçables. C'est-à-dire que quand je le manque, et notamment j'ai loupé une couverture, C'était incroyable. Je vais vers la fille qui tenait le stand et je me retourne. Une autre personne l'avait prise en main et je pense qu'elle l'a eue en plus pour un prix totalement négligeable. Après, la vendeuse ne voulait plus me dire parce qu'elle avait peur que vraiment j'en pleure littéralement. Évidemment, c'était la couverture de ma vie, comme tout ce qu'on manque, comme tout ce qu'on laisse partir. Et voilà, c'était un travail colossal, de même que les patchworks me rendent dingue, parce qu'il y a tellement d'histoires derrière, de tissus qui rentrent dans un patchwork et qui racontent des histoires. J'adore ce que le textile amène de vécu, rêvé, fantasmé, imaginé, réel. Quand parfois on a vraiment les conditions de son exécution et de son élaboration, ça me fait rêver. J'ai des rideaux réparés, ça me bouleverse. La réparation me bouleverse totalement. J'adore ces petits morceaux de tissu sur lesquels on voit littéralement quelqu'un en train de travailler, quelqu'un avoir passé du temps à le rendre beau, à le réparer, à continuer à le faire vivre, à en prendre soin. Je ne me lasse jamais de ça. Mon admiration pour Frida Kahlo, elle est autant liée à son œuvre et à ses peintures que je trouve remarquable, qu'à l'image qu'on a d'elle, c'est-à-dire ses robes, sa capacité à chiner. Pour le coup, elle était complètement déjà très novatrice dans l'amour qu'elle avait pour les tissus de son pays, les broderies, vraiment cet amour pour l'artisanat de son pays et pour sa ténacité. Tout ça est admirable. Pas seulement sa peinture. Je pense à elle en termes de lutte. Je me souviens avoir lu des articles où elle disait qu'elle avait été invitée par des surréalistes à Paris et que c'était tous des gros misogynes. J'imagine sa vie en plus malade parce que non seulement elle a eu cet accident qu'on connaît, mais elle a eu la polio. Je veux dire, c'est quand même... Elle a produit infiniment. C'est ce portrait global. qui m'intéresse pareil. Georgia O'Keeffe, je rêve de visiter son ranch au Nouveau-Mexique. C'est cet univers complet qu'elle amène avec elle. C'est-à-dire les photos qu'on a d'elle, son intérieur, ses vêtements, évidemment ses œuvres. Et moi, je suis moins fascinée par les fleurs un peu polémiques que par les décors du Nouveau-Mexique. Ces canyons absolument dingues qu'elle a faits, sa maison. C'est des beaux portraits de femmes. Louise Brooks, c'est pareil. C'était une jeune actrice. Dans sa biographie, elle dit qu'elle a vécu des choses littéralement atroces. Et de continuer, d'être là, de sourire, d'avoir cette ténacité, de se réinventer, Lee Miller. Elle s'est réinventée plusieurs fois. On a appris récemment que son enfance avait été sacrifiée et qu'il y avait des choses terribles qui lui étaient arrivées. Bon, voilà, cette capacité à lutter, à être là et à traverser le temps. Là, je trouve ça toujours assez bouleversant. Et je pense qu'il n'y a personne autant que ça qui m'impressionne, que ces femmes-là. Alors, mon processus, en fait, il dépend de la personne à laquelle je destine la broderie. Si c'est de la commande, je trouve que c'est mieux que les gens qui, quand même, me commandent quelque chose de précis aient une idée assez précise de ce qu'ils vont avoir. Donc, je dessine et du coup, je crée un contour parce qu'on attend de moi quand même une mission un peu précise. Et si c'est pour moi et que j'ai une vague idée, je fais un contour parfois et après, je fais au fil de l'eau. littéralement, c'est-à-dire là, ça manque un peu de couleur, hop, j'y vais. Je n'ai pas d'autre... Je sais juste, le matin, c'est Kiki Smith qui disait ça. Elle disait, j'arrive dans l'atelier, je sais juste que je prends ma sculpture et que là, il y a un petit bout qui est en trop et puis après, je ne sais plus ce qui se passe. C'est exactement ça. C'est-à-dire, je ne me compare pas à Kiki Smith, que j'adore, encore une, par ailleurs. Mais c'est vrai qu'on commence toujours par une toute petite chose et qu'il en entraîne plein d'autres et après, on ne sait plus où la journée est passée. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni comment on a pris telle ou telle décision, mais au moment où on l'apprend, c'est évident. C'est une histoire d'équilibre, de couleurs, de message globale, d'ensemble. C'est difficile à décrire. Historiquement, la broderie, on avait décidé que c'était le domaine des femmes. Et ce que je trouve très intéressant, c'est de se dire que ça devait être pour les occuper. Parce que comme ça, elles restaient à la maison, au coin du feu, et qu'elles n'allaient pas, je ne sais pas. Et qu'en même temps, ça a été le terrain, en tout cas moi, c'est ma théorie, de leur émancipation. C'est-à-dire, pendant qu'elles faisaient ça, elles faisaient bien plus que, justement, des fleurettes dans les coins. C'était vraiment... Elles faisaient œuvre. Elles soulevaient des montagnes à leur niveau. Et maintenant, que ce soit reconnu comme une activité à part entière, comme un art à part entière, plus exactement, c'est assez beau. C'est-à-dire qu'on se retourne sur toutes ces femmes qui étaient probablement des artistes en leur temps, mais que personne ne regardait et qui pourtant inventaient des mondes, en fait, et créaient des choses probablement fantastiques. Moi, je pense que c'était une activité qui rassurait tout le monde. C'est-à-dire qu'on se disait, pendant qu'elles font ça, elles ne font pas autre chose, elles réparent les vêtements. Il y avait vraiment une dimension complètement aussi économique. On n'avait pas autant de fringues, donc il fallait les réparer, il fallait les créer de toutes pièces. Mais après, il y a beaucoup de choses qui ont été dévoyées, j'ai appris il n'y a pas très longtemps, que le terme midinette, qui est plutôt quelque chose de très péjoratif aujourd'hui, c'était simplement des femmes qui travaillaient dans la couture, qui avaient beaucoup de boulot, et qui par ailleurs gagnaient pas mal d'argent, et qui avaient tellement de travail qu'elles n'avaient pas le temps de manger. Donc elles faisaient dînette à midi. Donc c'est quand même quand on voit... Ce que c'est devenu dans notre esprit une midinette, on se dit qu'il y a quelque chose qui a été complètement dévoyé dans ces activités-là, c'est-à-dire complètement déconsidéré. Vraiment, c'est des activités qu'on a littéralement prises de haut, qu'on ne connaît pas. Moi, je me rends compte qu'énormément de gens confondent le canevas, le crochet, le point de croix. Il y a une méconnaissance totale de ces arts qui sont très différents les uns des autres, et puis de la technique que ça exige. Et on est enfin en train de se rendre compte que c'est du sérieux, c'est du technique. C'est très varié entre le canevas, le tissage, la broderie et le crochet. Et le tricot, ce n'est pas du tout la même chose. Et tout le monde mélange tout. Combien de gens m'envoient des canevas en disant « j'ai pensé à toi » et c'est pas du tout ce que je fais. Mais voilà, pour eux, c'est du fil. Donc, il y a une méconnaissance totale. de ce que c'est, une dévalorisation totale aussi de ce que c'est. Je pense que c'est parce qu'encore une fois, les femmes étaient complètement sur cette activité-là, donc on avait tendance à décréter que ce n'était pas intéressant. Mon compagnon, il a été de tout temps excessivement encourageant, c'est-à-dire qu'il croit plus en moi que moi-même. Il n'a jamais pensé à lui et à son confort personnel et financier. Ça a toujours été « il faut que tu ailles là » . Il valorise beaucoup mon travail comme quelque chose qui est important. Je pense qu'effectivement, c'est essentiel, parce que prendre ce virage-là à un moment donné, quand on n'est pas accompagné, c'est encore plus difficile. Mais moi, j'ai été à tout moment rassurée et accompagnée dans cette route. Et quand j'avais des moments de doute, il était le premier à me dire, tu vas y arriver, on va y arriver. Donc ça, c'est quand même rare et précieux.

  • Speaker #0

    J'espère que ce voyage à travers les jardins et les histoires qui les habitent vous a plu, que vous ayez été captivé par le récit de mon invitée ou transporté par la magie de la nature. Rappelez-vous que tous les jardins cachent des trésors d'émotions et de souvenirs. Rejoignez-moi sur le compte Instagram "Fleur in the Garden" pour du contenu exclusif et les coulisses des interviews. Partons ensemble à la découverte des trésors cachés des jardins et des âmes qui les cultivent. Encore merci pour votre compagnie et à bientôt.

Description

Quand on prononce son nom, c’est toujours un engouement sans fin ! Il n’y a qu’à voir le nombre vertigineux de followers de son IG, un véritable  raz-de-marée !  En plus d’être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au gout du jour la broderie. Mais attention pas celle de nos grand-mères : La Broderie Contemporaine.
Dans cette épisode de " Fleur in the Garden" cette autodidacte  nous plonge dans son univers artistique, nous confie l’approche qu’elle a de la nature, et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes qui l’inspirent.

 

Bonne écoute !
Retrouvez-moi sur le compte Instagram @fleur-inthegarden

Et pour ceux et celles qui ne connaissent pas le sublimissime compte d'Audrey :

@audreydemarre,
Pour découvrir son livre " Broderies, anthologie curieuse" c'est par ici :https://www.editionsdelamartiniere.fr/livres/broderies


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue, ravie de vous accueillir dans "Fleur in the Garden", le podcast où j'explore les merveilles de la nature et les récits captivants de mes invités. Je suis Fleur Mirzayantz, votre guide dans ce voyage à travers les jardins secrets et les souvenirs fascinants de mes invités, qu'ils soient chefs étoilés, parfumeurs, acteurs ou paysagistes renommés. Ensemble, nous découvrirons les anecdotes et les réflexions de ces figures emblématiques tout en explorant l'impact profond que la nature a sur leur vie et leur créativité. Quand on prononce son nom, c'est toujours un engouement sans fin. Il n'y a qu'à voir le nombre vertigineux de followers de son Instagram. Un véritable raz-de-marée. En plus d'être extrêmement sympathique, Audrey Demarre fait partie de ce mouvement qui a remis au goût du jour la broderie. Mais attention, pas celle de nos grands-mères, la broderie contemporaine. Dans cet épisode de "Fleur in the Garden", cet autodidacte nous plonge dans son univers artistique, nous confie l'approche qu'elle a de la nature et plus particulièrement des fleurs et des arbres. Elle nous fait également voyager dans son monde et nous fait découvrir des artistes brodeuses qui l'inspirent. Bonne écoute !

  • Speaker #1

    Alors mon nom c'est Audrey Demarre et je suis brodeuse. J'ai choisi la broderie, ou plutôt elle m'a choisie, je dirais, un peu par hasard. Quand je pense.... dans mon précédent métier, j'étais un peu en panne de créativité. Et donc, j'ai eu un sujet à traiter en illustration et c'est le fil qui m'est venu plus que le crayon. Et à partir de là, je n'ai plus lâché l'aiguille. Et donc, il n'y a pas d'autre raison que celle-là, avec une part de hasard. Mais ce que j'aime bien raconter, c'est que : après mon prénom, j'ai les prénoms de mes deux grand-mères et de mon arrière-grand-mère. Et que notamment, mon arrière-grand-mère Irma était une très grande couturière et une très grande brodeuse à la belle époque. Et donc, j'aime bien cette idée d'une transmission qui se serait faite presque un peu malgré moi et transmission invisible. Je dirais que je suis une intuitive et que du coup, j'aime bien me laisser porter par l'humeur du moment. Je suis quelqu'un qui lutte en permanence contre le cadre. Donc, j'aime bien inventer mes règles, inventer mon cadre. Si je peux venir dans un cadre qui est très établi, par exemple celui d'une carte, et venir y mettre le bazar, j'aime énormément. Donc, il y a cette volonté de sortir du cadre ou de le redéfinir tout le temps. Et puis, l'intuition du moment, se dire que... que c'est la seule qui vaut et que il faut que je la suive. Et puis après, j'aime beaucoup les mots. Donc j'arrive toujours à en glisser dans mes broderies pour les finaliser. Quand les mots sont mis en dernier lieu, c'est le moment où à mon niveau j'ai terminé. Je dis très souvent que quand je n'ai plus d'inspiration, je vais dans la nature. Je suis plutôt une citadine, donc c'est très rare que je dise ça, mais je trouve que, notamment les arbres par exemple, je pourrais broder des arbres à l'infini, c'est-à-dire qu'ils ne sont jamais les mêmes. J'admire leur pouvoir, les leçons et leur philosophie. Le peu que j'ai glané sur eux, je trouve ça magnifique. Par exemple, j'ai fait toute une exposition autour de la timidité des cimes. Cette théorie, qui est plus qu'une théorie, c'est vraiment un scientifique qui a étudié la question. Quand on lève les yeux dans une forêt vers la cime des arbres, on observe qu'il y a une fente qui délimite chacun d'entre eux. Et en fait, c'est littéralement du respect mutuel. Ils se laissent la place de vivre, d'exister. Donc cette espèce de fente qui est vraiment graphiquement très belle, parce que ça fait un dessin. magnifique, ça s'appelle la fente de timidité, ce que je trouve... Le jour où j'ai découvert ça, j'ai fait une quinzaine de broderies reliées à ça tellement je trouvais ça beau. Et puis après, j'ai appris que partout où ils sont, les arbres arrivent à vivre, ils arrivent à se débrouiller, à trouver de l'eau, à faire des partenariats avec les champignons autour pour s'entraider. Il y a quelque chose dont on pourrait tirer des leçons à l'infini, dans la nature, dans sa capacité à se réinventer. à se multiplier, à être toujours différente, jamais dans l'axe. Ça, j'aime beaucoup. C'est la liberté de la nature et puis surtout cette capacité à être là où on ne l'a pas forcément cherché, au milieu d'entre deux pavés. Ça, j'adore. Ça m'inspire beaucoup. J'ai eu des jardins, petite fille, dont je ne me souviens pas très bien. Je me souviens très, très bien du jardin de ma tante qui était un peu... en Normandie, près de la mer, qui était déjà très grand et qui s'est agrandi parce qu'après, elle a eu un terrain supplémentaire. Et donc, je me rappelle de ce jardin comme de l'enfance, un peu. Comme vraiment un endroit où j'ai été très heureuse, où j'ai beaucoup joué. Mon lien avec le végétal, ce serait ce rapport joli à ce jardin et à l'enfance. Après, je m'en découvre, je pense, avec le temps, du lien avec le... Le végétal, encore une fois, dans le caractère très imprévisible et fougueux de la nature. Peut-être que je me retrouve un petit peu. J'habite à Paris, mais on a la chance d'avoir une cour et d'être dans une impasse. Donc, on a beaucoup, beaucoup de fleurs partout. Dès qu'on a un centimètre carré, il y a une plante ou une fleur. Donc, je suis à la fois à l'intérieur de mon appartement et très rapidement à l'extérieur, entourée d'arbres et de fleurs. J'en ai beaucoup aussi chez moi qui sont très échevelées. Donc, j'aime beaucoup. Et après, je me rends compte que j'ai énormément de livres, de gravures, de photos aussi. De la nature en règle générale. Aussi bien des arbres que des massifs. Je me rends compte que j'ai beaucoup de tableaux, de peintures que j'ai chinées qui représentent des fleurs. En fait, je sais... que bonne maman, comme on l'appelait, Irma, elle adorait les violettes. Quand j'ai décidé de faire de la broderie, je me souviens, c'était en hiver, et j'ai ouvert la porte et devant la porte, il y avait des petites violettes qui avaient réussi à pousser. Alors je ne sais pas du tout, c'était très étrange qu'elles aient été là en plein mois de décembre, mais j'ai vraiment pris ça comme un signe. Je sais que les violettes génèrent... J'en ai sur mon balcon. Parce que cela convoque immédiatement des personnes derrière. Après, j'ai des arbres un peu fétiches. Je me rends compte, dans Paris notamment, il y en a dont j'observe l'évolution parce que je les trouve extrêmement bien placés. Et il y en a un auquel je pense tout de suite, quand on parle d'un arbre, on a toujours une représentation un peu conceptuelle, mais c'est toujours le cerisier de chez mes grands-parents, par exemple. que je trouve, enfin le cerisier c'est quand même absolument fascinant, entre la floraison et les fruits. Et donc c'est celui-là que je vois, et leur magnolia aussi, c'est drôle. C'est assez rapidement connecté à des gens derrière, à des visages, à des souvenirs. Je me rappelle d'une très grande proximité, c'est-à-dire d'avoir vécu avec eux, enfin c'est le souvenir que j'en ai un peu main dans la main, c'est-à-dire de savoir à quel moment ils allaient passer de fleurs à fruits. Je me souviens d'une cohabitation qui était très naturelle en tout cas. Après, je ne les ai pas étudiés plus que ça, mais je me rends compte que ça m'intéresserait beaucoup. C'est surtout leur pouvoir d'adaptabilité qui me fascine. J'en fais énormément des fleurs. Ça doit être mon sujet de prédilection. Par exemple, pour poser un décor, quand je fais une carte, généralement j'ai un A, j'ai un point d'eau et j'ai des fleurs. C'est-à-dire que pour moi, ça, c'est la base. Donc, quand même, c'est un élément utile et presque indispensable d'un décor pour moi. J'ai trouvé une manière de faire les fleurs des champs. C'est-à-dire que je commence par les tiges, j'en fais plein, et puis après, je viens faire les petites fleurs. Et ça aussi, c'est presque un peu comme les points de nœuds, c'est très méditatif. Et c'est toujours réussi. C'est-à-dire que je ne sais plus, j'ai donné un cours il n'y a pas très longtemps et la personne qui faisait des fleurs me disait « Elles ne sont pas droites. » mais aucune fleur n'est droite dans la nature. En plus, moins on va les travailler, moins on va les préparer, et plus elles vont avoir un air très naturel, très authentique. Parce que les fleurs, elles n'ont pas attendu de savoir qu'elles devaient pousser de temps en temps de temps, ni d'occuper tel ou tel espace. Elles font exactement ce qu'elles veulent. Les fleurs, il y a un pouvoir de couleur qui est encore plus intense que dans les arbres. Les arbres, encore une fois, je trouve que ce sont de belles personnes. Il y a vraiment cet aspect-là qui me fait penser à l'humain, à des compagnonnages qui sont lents et longs. plus que les fleurs qui sont plutôt par essence très fugaces. Il y a un pouvoir de beauté dans les fleurs. Mais l'arbre, c'est plutôt la ténacité. C'est une qualité que je prête aux gens plus, que j'ai décidé de coller sur les arbres, les pauvres. Ils n'avaient pas demandé ça. J'ai publié un livre aux éditions de La Martinière qui s'appelle Broderie, avec un S, sous-titré Anthologie curieuse. L'idée, c'est l'éditrice Amélie Rétoré qui l'a eue en suivant un peu mon Instagram. C'est-à-dire qu'elle s'est dit que je relayais beaucoup d'artistes, notamment brodeuses. Et c'est elle qui a eu l'idée. Et évidemment, j'ai trouvé qu'elle était bonne, cette idée. Donc, je me suis embarquée dans cette aventure avec énormément de liberté. J'ai choisi les artistes, j'ai choisi comment les agencer. J'ai écrit le texte qui accompagne. J'ai choisi les images que je voulais montrer pour chacun de ces artistes. Donc, j'ai eu un peu quartier libre. Donc, ça a été beaucoup de bonheur pour moi. C'est rare d'avoir autant de liberté dans un projet. Et le but, c'était de montrer la broderie sous son côté éminemment artistique et les brodeurs et brodeuses comme des artistes, vraiment. Donc, j'ai choisi avec cette idée quand même de montrer de la variété avec pour seul critère de les aimer bien. et puis ce qui était assez drôle quand j'ai commencé à les interroger pour rédiger chacun des textes, je me suis aperçue qu'à 95% ils étaient autodidactes donc ça m'a fait rire parce que j'ai pas fait exprès en fait mais je pense que ce que j'ai aimé chez eux, dans leur broderie dans leurs travaux, c'est la liberté qui les caractérise, le fait qu'ils aient choisi très souvent leur technique, qu'ils aient appris seuls qu'ils aient inventé presque leur médium ... Je pense que sans l'avoir recherché, ce n'est pas un hasard qu'ils aient un peu le même profil que moi. Alors Diana Yevtukh, je l'ai découverte, c'est une artiste ukrainienne que j'ai découverte probablement dans la presse. Et au début, j'avais une fascination pour son travail et je n'arrivais pas complètement à y croire tellement je trouvais ça improbable déjà, visuellement. elle orne des espaces qu'elle considère comme des appels. C'est-à-dire qu'elle se promène dans la forêt ou dans la nature et tout d'un coup, elle voit une invitation. Donc, c'est un trou dans un arbre ou un trou dans de la roche. Et elle va venir, alors des fois, on est sur des chantiers importants parce que ça peut durer entre deux mois et plusieurs années. Elle va venir remplir mais jusqu'à l'étouffement presque, ces creux de fleurs. Et son travail est tellement fascinant et graphiquement étonnant que je pense que des gens doivent croire à des manipulations, mais véritablement, elle prend les mesures de cette faille, elle les remplit. Donc c'est assez prodigieux. Et puis derrière, il y a cette idée que vivant en Ukraine, c'est une forme d'espoir qu'elle convoque. C'est très joli aussi, la dimension très symbolique de son travail. C'est-à-dire, partout où on me laissera la place, je continuerai à avoir de l'espoir et à faire fleurir des très jolies fleurs, très colorées. C'est assez beau dans le contexte. Marion Dubier-Clark, qui est photographe, qui a beaucoup voyagé aux États-Unis et au Japon. et elle a cette dimension de brodeuse depuis quelques années. Elle est venue sur ses propres tirages ajouter cette note effectivement un peu pop, un peu néon à ses palmiers et un peu ce rêve américain parce qu'on est souvent sur des vues de Los Angeles et d'images qu'on a apprises à beaucoup voir de l'Amérique avec des palmiers, avec des grandes routes. Mais tout d'un coup... Avec cette espèce de supplément d'âme, on les voit différemment. On les voit comme si elles étaient plus ancrées dans le temps, je trouve. Il y a une dimension presque un peu technicolor qui ressemble à toutes les images qu'on a de l'Amérique, je trouve. Avec des évidences toujours de couleurs très parlantes, de grands espaces. Elle s'est vraiment fait connaître avec toute cette dimension des cactées, des palmiers. Elle a fait toute une série dans ce parc, dont le nom va m'échapper, où il y a ces arbres très, très étranges: Joshua Tree. elle a notamment un tirage qui est très, très beau, avec un seul arbre immense. Et toutes les parties de cet arbre sont rebrodées avec des couleurs différentes. C'est très étonnant. Les rares fois où j'ai planté avec mon compagnon, j'ai trouvé que c'était lent, j'ai trouvé que ça ne venait pas assez vite, j'ai trouvé qu'il y avait quand même une part d'échec. Tout ça m'ennuie profondément, alors du coup, je pense que j'aime bien le résultat et je pense qu'il y a quelque chose de la dimension du secret et de ce qui m'échappe qui est du coup très attirante pour moi. Je ne suis pas sûre que j'aimerais... Bon après, si j'ai un jour un jardin qui fait partie, un peu comme la maison. Pour moi, c'est un peu un horizon, ça, d'avoir un jour un jardin un peu à l'anglaise, comme ça, avec une maison assez grande. On rêve de ça quand on est à Paris. Peut-être que je verrai les choses différemment, mais je pense qu'il y a une part, un peu comme les cartes, qui m'échappe, et c'est très bien comme ça. C'est-à-dire, comment on fait pousser une fleur, et qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elle traverse l'année, par exemple. Je pense que c'est un domaine que je ne connais pas, et c'est peut-être mieux pour les dessiner, pour les faire vivre en broderie. J'adore les fleurs des chambres, j'adore les parterres, les toutes petites fleurs. J'ai un peu plus de mal avec les bouquets qui sont toujours tonitruants, très charnus. J'aime bien les herbes un peu légères et je trouve qu'elles sont très faciles à... En tout cas, en broderie, elles donnent une satisfaction dingue. C'est-à-dire, une fois qu'on a fait les tiges et qu'on les fait apparaître comme ça, avec un trait, littéralement, je trouve que c'est très beau. J'ai tendance à aimer les mauvaises herbes, les fleurs des champs. Celles qui poussent et qu'on n'a pas voulu forcément à cet endroit-là. J'aime bien les rebelles, en fait, les fleurs rebelles. Et pareil, dès que ça dévie un peu du cadre et d'une forme de technique, c'est-à-dire on l'a voulu là, on a planté, ça me plaît bien. Je leur colle ce que j'aime. La nature, je sais qu'elle sera toujours présente et que ce sera un fil rouge de mon travail parce que c'est impossible de faire le tour. C'est pour ça que je ne me renseigne pas forcément trop là-dessus parce que je ne veux pas trop en connaître. J'aime bien cette idée d'arriver et d'être toujours émerveillée. Il y a plein de choses comme ça du domaine scientifique, par exemple les étoiles, où on me l'a expliqué 15 fois et puis très rapidement, j'oublie tout. C'est-à-dire que je pense que j'ai envie que des choses très poétiques et très belles restent très mystérieuses. Et je n'aurais jamais fait le tour de la nature. C'est impossible. Et ce sera sans arrêt quelque chose qui sera merveilleux, qui sera l'objet d'attention, d'émerveillement, de surprise. Il y a peu de domaines qui m'apportent autant, en liaison avec l'aspect scientifique, qui m'apportent autant de surprises, en fait. On n'a jamais fait le tour, ça c'est sûr. Ça, c'est sûr. Ça sera toujours une composante, je pense, de ce que je brode. Déjà, je vais mettre les fleurs et le végétal sur le même plan que des émotions ou des choses que je vais écrire. Donc déjà, ça, ce n'est pas forcément tout à fait commun. Après, je ne vais saisir que certaines parties de la fleur. J'aime bien tout ce qui est en coupe, par exemple. J'aime bien que ça fasse partie d'un décor. Et pour moi, elles sont peut-être investies de personnalité dans mon travail. Donc, il n'y a pas la volonté d'orner ou de décorer. Pour moi, ce sont presque des personnages de mon histoire. Elles ne sont pas là pour décorer, en fait. Parce que ça, c'est important pour moi. C'est pratiquement ce qui fait la différence entre la broderie telle qu'on a pu la concevoir et la broderie aujourd'hui, plus moderne, plus contemporaine. c'est de réinventer ces codes de l'ornement. On n'est pas là pour broder ses initiales et dire « Chérie, je t'aime » . C'est un peu plus profond que ça. On n'est plus sur de l'ornementation, on est sur des artistes qui ont décidé de faire passer un message qui est assez intense. Ce n'est pas un hobby, ce n'est pas un passe-temps. La plupart des artistes, par exemple, du livre, c'est leur vie, c'est vraiment leur métier. À ce titre-là, pour moi, les fleurs, elles n'ont pas vocation à décorer dans les coins. Elles sont là pour elles-mêmes, pour ce qu'elles représentent, pour le rapport qu'on a avec elles. Pour parfaire une carte, pour moi, il y a besoin d'elles. Mais pas simplement pour remplir un espace vide. La rose, je pense que ça a l'air comme ça très banal, mais ça me renverse à chaque fois. certains parfums de roses sont d'une subtilité et d'une délicatesse qui est dingue. J'adore absolument l'odeur, toutes les odeurs de feuilles de figuier. J'adore le jasmin, j'adore la fleur d'oranger, j'adore le chèvrefeuille. J'adore les odeurs finalement parfois assez entêtantes. La violette, c'est tout de suite ma grand-mère, Irma, Toulouse. Donc, c'est plus une odeur qui est... Ce n'est pas forcément qu'elle est agréable, elle convoque des souvenirs. Après, toutes celles que j'ai citées avant, j'adore. Ce sont des parfums qui sont assez communs, mais dont je ne me lasse pas, en tout cas. À expérimenter en vrai et d'ailleurs en substitut. J'adore les bougies, feuilles de figuier, les parfums, la rose. Dans la cuisine, je mets de la fleur d'oranger et de l'eau de rose. J'aime beaucoup ces odeurs-là. C'est vrai que j'aime chiner parce que j'aime bien, de la même façon que pour moi la broderie apporte quelque chose d'unique qui ne sera pas reproduit en série, de fait, j'aime bien chiner ces vêtements qui sont complètement introuvables, pièces uniques, réparées. J'adore les vêtements qui portent une histoire en fait et qui sont pour moi irremplaçables. C'est-à-dire que quand je le manque, et notamment j'ai loupé une couverture, C'était incroyable. Je vais vers la fille qui tenait le stand et je me retourne. Une autre personne l'avait prise en main et je pense qu'elle l'a eue en plus pour un prix totalement négligeable. Après, la vendeuse ne voulait plus me dire parce qu'elle avait peur que vraiment j'en pleure littéralement. Évidemment, c'était la couverture de ma vie, comme tout ce qu'on manque, comme tout ce qu'on laisse partir. Et voilà, c'était un travail colossal, de même que les patchworks me rendent dingue, parce qu'il y a tellement d'histoires derrière, de tissus qui rentrent dans un patchwork et qui racontent des histoires. J'adore ce que le textile amène de vécu, rêvé, fantasmé, imaginé, réel. Quand parfois on a vraiment les conditions de son exécution et de son élaboration, ça me fait rêver. J'ai des rideaux réparés, ça me bouleverse. La réparation me bouleverse totalement. J'adore ces petits morceaux de tissu sur lesquels on voit littéralement quelqu'un en train de travailler, quelqu'un avoir passé du temps à le rendre beau, à le réparer, à continuer à le faire vivre, à en prendre soin. Je ne me lasse jamais de ça. Mon admiration pour Frida Kahlo, elle est autant liée à son œuvre et à ses peintures que je trouve remarquable, qu'à l'image qu'on a d'elle, c'est-à-dire ses robes, sa capacité à chiner. Pour le coup, elle était complètement déjà très novatrice dans l'amour qu'elle avait pour les tissus de son pays, les broderies, vraiment cet amour pour l'artisanat de son pays et pour sa ténacité. Tout ça est admirable. Pas seulement sa peinture. Je pense à elle en termes de lutte. Je me souviens avoir lu des articles où elle disait qu'elle avait été invitée par des surréalistes à Paris et que c'était tous des gros misogynes. J'imagine sa vie en plus malade parce que non seulement elle a eu cet accident qu'on connaît, mais elle a eu la polio. Je veux dire, c'est quand même... Elle a produit infiniment. C'est ce portrait global. qui m'intéresse pareil. Georgia O'Keeffe, je rêve de visiter son ranch au Nouveau-Mexique. C'est cet univers complet qu'elle amène avec elle. C'est-à-dire les photos qu'on a d'elle, son intérieur, ses vêtements, évidemment ses œuvres. Et moi, je suis moins fascinée par les fleurs un peu polémiques que par les décors du Nouveau-Mexique. Ces canyons absolument dingues qu'elle a faits, sa maison. C'est des beaux portraits de femmes. Louise Brooks, c'est pareil. C'était une jeune actrice. Dans sa biographie, elle dit qu'elle a vécu des choses littéralement atroces. Et de continuer, d'être là, de sourire, d'avoir cette ténacité, de se réinventer, Lee Miller. Elle s'est réinventée plusieurs fois. On a appris récemment que son enfance avait été sacrifiée et qu'il y avait des choses terribles qui lui étaient arrivées. Bon, voilà, cette capacité à lutter, à être là et à traverser le temps. Là, je trouve ça toujours assez bouleversant. Et je pense qu'il n'y a personne autant que ça qui m'impressionne, que ces femmes-là. Alors, mon processus, en fait, il dépend de la personne à laquelle je destine la broderie. Si c'est de la commande, je trouve que c'est mieux que les gens qui, quand même, me commandent quelque chose de précis aient une idée assez précise de ce qu'ils vont avoir. Donc, je dessine et du coup, je crée un contour parce qu'on attend de moi quand même une mission un peu précise. Et si c'est pour moi et que j'ai une vague idée, je fais un contour parfois et après, je fais au fil de l'eau. littéralement, c'est-à-dire là, ça manque un peu de couleur, hop, j'y vais. Je n'ai pas d'autre... Je sais juste, le matin, c'est Kiki Smith qui disait ça. Elle disait, j'arrive dans l'atelier, je sais juste que je prends ma sculpture et que là, il y a un petit bout qui est en trop et puis après, je ne sais plus ce qui se passe. C'est exactement ça. C'est-à-dire, je ne me compare pas à Kiki Smith, que j'adore, encore une, par ailleurs. Mais c'est vrai qu'on commence toujours par une toute petite chose et qu'il en entraîne plein d'autres et après, on ne sait plus où la journée est passée. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni comment on a pris telle ou telle décision, mais au moment où on l'apprend, c'est évident. C'est une histoire d'équilibre, de couleurs, de message globale, d'ensemble. C'est difficile à décrire. Historiquement, la broderie, on avait décidé que c'était le domaine des femmes. Et ce que je trouve très intéressant, c'est de se dire que ça devait être pour les occuper. Parce que comme ça, elles restaient à la maison, au coin du feu, et qu'elles n'allaient pas, je ne sais pas. Et qu'en même temps, ça a été le terrain, en tout cas moi, c'est ma théorie, de leur émancipation. C'est-à-dire, pendant qu'elles faisaient ça, elles faisaient bien plus que, justement, des fleurettes dans les coins. C'était vraiment... Elles faisaient œuvre. Elles soulevaient des montagnes à leur niveau. Et maintenant, que ce soit reconnu comme une activité à part entière, comme un art à part entière, plus exactement, c'est assez beau. C'est-à-dire qu'on se retourne sur toutes ces femmes qui étaient probablement des artistes en leur temps, mais que personne ne regardait et qui pourtant inventaient des mondes, en fait, et créaient des choses probablement fantastiques. Moi, je pense que c'était une activité qui rassurait tout le monde. C'est-à-dire qu'on se disait, pendant qu'elles font ça, elles ne font pas autre chose, elles réparent les vêtements. Il y avait vraiment une dimension complètement aussi économique. On n'avait pas autant de fringues, donc il fallait les réparer, il fallait les créer de toutes pièces. Mais après, il y a beaucoup de choses qui ont été dévoyées, j'ai appris il n'y a pas très longtemps, que le terme midinette, qui est plutôt quelque chose de très péjoratif aujourd'hui, c'était simplement des femmes qui travaillaient dans la couture, qui avaient beaucoup de boulot, et qui par ailleurs gagnaient pas mal d'argent, et qui avaient tellement de travail qu'elles n'avaient pas le temps de manger. Donc elles faisaient dînette à midi. Donc c'est quand même quand on voit... Ce que c'est devenu dans notre esprit une midinette, on se dit qu'il y a quelque chose qui a été complètement dévoyé dans ces activités-là, c'est-à-dire complètement déconsidéré. Vraiment, c'est des activités qu'on a littéralement prises de haut, qu'on ne connaît pas. Moi, je me rends compte qu'énormément de gens confondent le canevas, le crochet, le point de croix. Il y a une méconnaissance totale de ces arts qui sont très différents les uns des autres, et puis de la technique que ça exige. Et on est enfin en train de se rendre compte que c'est du sérieux, c'est du technique. C'est très varié entre le canevas, le tissage, la broderie et le crochet. Et le tricot, ce n'est pas du tout la même chose. Et tout le monde mélange tout. Combien de gens m'envoient des canevas en disant « j'ai pensé à toi » et c'est pas du tout ce que je fais. Mais voilà, pour eux, c'est du fil. Donc, il y a une méconnaissance totale. de ce que c'est, une dévalorisation totale aussi de ce que c'est. Je pense que c'est parce qu'encore une fois, les femmes étaient complètement sur cette activité-là, donc on avait tendance à décréter que ce n'était pas intéressant. Mon compagnon, il a été de tout temps excessivement encourageant, c'est-à-dire qu'il croit plus en moi que moi-même. Il n'a jamais pensé à lui et à son confort personnel et financier. Ça a toujours été « il faut que tu ailles là » . Il valorise beaucoup mon travail comme quelque chose qui est important. Je pense qu'effectivement, c'est essentiel, parce que prendre ce virage-là à un moment donné, quand on n'est pas accompagné, c'est encore plus difficile. Mais moi, j'ai été à tout moment rassurée et accompagnée dans cette route. Et quand j'avais des moments de doute, il était le premier à me dire, tu vas y arriver, on va y arriver. Donc ça, c'est quand même rare et précieux.

  • Speaker #0

    J'espère que ce voyage à travers les jardins et les histoires qui les habitent vous a plu, que vous ayez été captivé par le récit de mon invitée ou transporté par la magie de la nature. Rappelez-vous que tous les jardins cachent des trésors d'émotions et de souvenirs. Rejoignez-moi sur le compte Instagram "Fleur in the Garden" pour du contenu exclusif et les coulisses des interviews. Partons ensemble à la découverte des trésors cachés des jardins et des âmes qui les cultivent. Encore merci pour votre compagnie et à bientôt.

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