Speaker #0Bonjour, je m'appelle Raphaëlle Peria et je suis artiste plasticienne. Alors, je suis artiste et je travaille dans les arts visuels. C'est vraiment l'idée, en tout cas pour moi en tant que plasticienne, je travaille le dessin, la photographie, un peu la gravure. Et c'est vraiment l'idée de mélanger ces techniques pour créer ma propre technique. Je ne dis pas que je suis dessinatrice ou peintre ou photographe, plutôt plasticienne parce que ce mot peut englober toutes ces techniques en une seule. et me permettre de pousser encore plus loin la création. C'est vraiment un travail au niveau de la forme, un travail de dessin, j'en parle plutôt comme du dessin, où je vais prendre des photographies dans le paysage. Le point d'intérêt principal, c'est vraiment le paysage, la nature. Ces photographies, une fois prises, je vais les retravailler en atelier. Je vais retravailler la surface du papier photographique en le grattant, en le griffant, pour venir le déconstruire, le mettre en relief, pour que.... l'image photographique est très lisse, viennent en relief et qu'on redonne matière, qu'on redonne vie à toutes les végétations que j'ai pu prendre en photographie. Au niveau des thématiques, dans mon travail, je vais vraiment avoir un travail qui se porte sur deux choses, sur le paysage, la nature. Je dis souvent non pas que je suis écologiste, mais que je suis écologue. J'aime bien ce mot, c'est-à-dire que j'ai vraiment un rapport presque scientifique au paysage que je traverse. J'essaie de comprendre les écosystèmes, leur fonctionnement, de comprendre souvent... les points de bascule qui ont fait qu'un écosystème a pu être modifié, soit par l'homme, soit par un problème climatique. Et du coup, comment certaines plantes sont amenées à disparaître ou à prendre le pas sur d'autres. Ça, c'est des choses qui vraiment m'intéressent dans mon travail. Donc, je fais beaucoup de recherches bibliothèques, sur Internet, de recherches un peu scientifiques sur ce côté-là, avant d'avoir le côté vraiment dessin, pratique, photographie sur place. Et j'ai aussi tout un pan de mon travail qui est plus sur la mémoire. D'abord, une mémoire personnelle, c'est-à-dire... C'est-à-dire que les photographies sur lesquelles je travaille sont mes propres photographies. Ce sont des images de lieux que j'ai traversés et que j'ai éprouvés. Éprouvés vraiment au sens où j'ai eu contact avec le lieu. J'aime bien citer Alain Corbin, qui est historien des sensations, et qui explique que le premier contact qu'on a avec un paysage, c'est par les pieds, puisqu'on est partie intégrante du paysage. Ce qui fait référence aussi pour moi à toute la philosophie asiatique. Nous, en Occident, on a tendance à dire que le paysage, on le voit de manière frontale et qu'on est extérieur au paysage, alors qu'en Orient... On est toujours le centre du paysage et le paysage est tout autour de nous, mais plus qu'à 360 degrés, c'est vraiment une sphère, puisqu'en Asie, on va autant s'intéresser au brin d'herbe qui est sous notre pied qu'à la montagne qu'on voit en face, qu'au nuage qui est dans le ciel au-dessus. Et ça, c'est vraiment quelque chose que j'essaie d'intégrer dans mon travail, en allant parfois vers des plus grands formats pour que le spectateur soit immergé dans le paysage. Et ensuite, quand je parle de mémoire, il y a cette mémoire personnelle du moment où je prends la photographie, mais aussi cette mémoire du paysage. Je prends souvent des arbres en photo. Je les appelle les gardiens de nos mémoires parce qu'ils vont vraiment venir voir. Ils vont voir toute l'évolution du paysage autour d'eux. Un arbre, ça ne bouge pas, ça peut rester là pendant des centaines d'années et ils ne diront jamais rien. C'est les gardiens des secrets. Avant de faire des études d'art, j'ai fait un bac scientifique. J'avais plutôt envie de partir étudier la biologie. Les plantes, j'aimais beaucoup les sciences naturelles, donc je me suis dit peut-être de partir étudier les plantes. Et puis il s'avère que je me suis rendu compte que je préférais les dessiner plutôt que les étudier. Enfin, je n'arrivais pas à retenir les noms latins, c'était impossible pour moi. Et donc je suis plutôt partie vers les beaux-arts. Au tout début des beaux-arts, j'ai beaucoup dessiné des portraits. Donc là, complètement éloigné des plantes. Et lorsque j'ai commencé à regratter sur les photographies, la toute première photographie que j'ai grattée, donc j'étais encore étudiante au beaux-arts, j'étais en quatrième année, j'ai gratté un portrait. Enfin, des portraits, c'était trois petits enfants sur une plage en Inde. J'ai eu des commentaires très violents sur cette image, sur le fait que je ne pouvais pas détruire des figures d'enfants, que c'était trop difficile pour le spectateur, alors qu'en fait, moi, j'avais fait ça de manière assez délicate sur l'image, et juste en me disant, c'est mon souvenir que j'efface. Ces enfants, je ne m'en rappelais pas, donc il n'y avait pas de conscience d'effacer une personne ou quoi que ce soit. C'était vraiment la photographie telle qu'elle, qui pour moi était importante, plus que le sujet. Et finalement, je me suis dit, puisque le sujet n'est pas si important que ça, on va plutôt partir sur des paysages pour se faire la main, si je puis dire, sur les images photographiques. Je rentrais de voyage, j'avais 13 000 photos, donc je pouvais faire ce que je voulais. J'avais une énorme base de données. Je me suis dit, partons sur le paysage. Et puis finalement, j'ai renoué un peu avec ces premiers amours de la botanique, des plantes, et je me suis dit, j'ai envie maintenant que mes œuvres passent un message sur ce côté un peu, le paysage qui disparaît, le paysage que l'homme modifie, toujours un peu pour se l'approprier, le mettre à sa propre image. Et quelque part, cette destruction aussi du monde autour de nous, par moments et c'est comme ça que j'ai vraiment eu ce côté, je m'intéresse aux plantes et puis finalement, aujourd'hui, je peux passer des heures à regarder juste le vent qui se balade dans une branche d'arbre, je trouve ça super beau et j'ai envie de défendre ça, c'est mon combat, si je puis dire, poétique plutôt que politique, mais de se dire que le monde va trop vite et prendre le temps de regarder chaque branche d'herbe et chaque branche d'arbre autour de nous. J'ai plusieurs liens avec la nature, j'ai grandi à la campagne, j'ai toujours eu les champs, les arbres à côté de chez moi. Petite, je passais mon temps à grimper aux arbres et à me balader dans les champs à pied ou en vélo, faire des balades. Je montais aussi beaucoup à cheval et c'est quand même un animal qui est dans la nature. On fait toujours des promenades et autres. Donc ça depuis toute petite. Et puis depuis quelques années, j'habite Paris. Donc c'est plus compliqué de lire la nature. Mais j'ai réussi, il y a un petit moment, à acheter une maison à la campagne. Ce qui fait que tous les week-ends, je repars au vert. J'ai un jardin. Je ne connais aucun nom des plantes et je suis nulle en... pour m'occuper du jardin, mais par contre, j'adore juste me poser, dessiner les fleurs, les regarder. J'ai vraiment un côté contemplation par rapport à la nature, plus que de m'en occuper ou de dire, j'ai envie d'avoir une action sur elle pour la faire évoluer. C'est vraiment un côté contemplatif. Et puis, j'ai un autre rapport à la nature au quotidien, même à Paris, c'est que j'habite quand même sur une péniche. J'habite au fil de l'eau et je me réveille tous les matins avec cette eau qui passe. Et je pense que ça, ça a forcément une influence aussi sur mon travail. Ça fait quelques années que la thématique de l'eau est très présente aussi, des rivières, des canaux, des mars, des étangs. Je pense que juste le reflet de la nature dans l'eau tous les matins, c'est un émerveillement. Je représente la nature, en tout cas je m'appuie sur elle, puisque je la prends en photographie au départ. Je vais imprimer la photographie sur un papier argentique. Je travaille sur différents papiers, j'aime bien, parce que le papier, les textures de papier, c'est important pour moi. Mais principalement, je vais travailler sur la photo qu'on a dans l'album photo à la maison, le papier le plus simple, le plus classique en photographie. Et ce papier, il est très simplement composé d'une couche de papier blanc et une couche de papier couleur, avec des petits outils qui vont être principalement les outils du graveur, donc gravure sur cuivre, gravure sur bois, gravure sur linoleum, puisque je viens de la gravure au départ, c'est vraiment mes instruments de travail au départ, mes outils de travail. Et je vais aussi travailler avec des petits scalpels de chirurgien et des outils de dentiste, notamment des fraises de dentiste. Ça, c'est le petit clin d'œil à la famille, c'est le petit clin d'œil à ma maman. Et avec ces outils, je vais venir vraiment sculpter le relief de cette première couche de papier qui est couleur pour faire apparaître le blanc qui est derrière. C'est-à-dire que je n'ajoute rien sur l'image. Je vais vraiment avoir un travail de retrait, de venir délicatement retirer du papier, le soulever, le laisser en suspens pour faire apparaître le blanc qui est derrière. Et je vais travailler vraiment comme un graveur pour expliquer assez simplement, parce qu'on n'a pas de visuel devant nous, un graveur, s'il fait trois lignes, plus elles sont serrées, Plus ça ira vers des noirs, plus les lignes sont écartées, plus on va vers des blancs. Moi, mes trois lignes, plus elles vont être serrées, plus je vais vers des blancs. C'est le blanc du papier en dessous. Plus elles sont espacées, plus je laisse la couleur de la photographie apparente. Donc je vais jouer en fait sur les différents motifs, les différentes formes que vont me donner mes outils pour pouvoir jouer sur les couleurs déjà existantes sur la photographie et en faire sortir certaines plus que d'autres ou faire sortir plus de blanc et du coup plus de luminosité dans l'image. Et plus j'efface, plus finalement je révèle certaines parties de la photographie. C'est très sensoriel parce que les gens me disent souvent on a envie de toucher, on ne peut pas parce que c'est trop fragile mais je comprends, c'est vraiment l'idée de venir chercher une texture. Quand vous prenez une photographie dans le paysage, Vous sentez toute la texture, vous sentez les feuilles, les brins d'herbe. Et quand vous faites votre tirage photographique, il devient tout lisse. Moi, je me dis, c'est ça que je n'aime pas dans la photographie. C'est vraiment ce côté où on perd la profondeur, où on perd la matière. Et j'essaye de venir la remettre. Quand je prends une photographie tout simplement d'un arbre, je vais venir avec une petite gouge, soulever chaque feuille une par une. Donc, ça peut me prendre plusieurs heures, plusieurs jours, plusieurs mois. Ça dépend de la taille de l'arbre. Et l'idée, c'est vraiment qu'à la fin, on ait l'impression que... Si on souffle sur la photo, les feuilles bougent. On sent la vibration du vent dans les feuilles. Je vais faire ça sur les feuilles, sur les brins d'herbe. Je veux que chaque arbre du paysage ait son motif, sa manière, sa feuille. Comme quand on regarde la nature, chaque arbre est différent. Je veux qu'on sente la différence de chaque arbre dans la photographie. Qu'on soit immergé dans le paysage. Que la matière qui sort fasse qu'on rentre dans la photographie. Quels sont les artistes qui m'ont influencé ? Je dirais que le tout départ, à chaque fois , je pense vraiment à cet artiste-là. C'est une œuvre plutôt qu'un artiste, c'est "Erase De Kooning" de Rauschenberg. Alors, Rauschenberg est un jeune artiste américain qui travaille sur la peinture et les peintres et autres. Et un jour, en fait, il va voir De Kooning, qui est déjà un grand peintre à l'époque, et il lui dit, voilà, bonjour monsieur De Kooning, est-ce que vous pourriez me donner une de vos œuvres pour que je les fasse ? Donc De Kooning lui dit :reviens dans quelques jours, je te prépare une œuvre. Il fait une œuvre très saturée avec beaucoup de crayons et autres. Rauschenberg va passer plusieurs jours avec sa gomme à frotter le papier pour qu'il redevienne blanc, pour qu'on retourne à l'effacement et qu'il n'y ait plus le dessin de De Kooning, mais il va toujours rester quelques traces et les frottements sur le papier. Et il y a vraiment cette idée pour moi de l'effacement, de la disparition d'une image, d'une image déjà construite en fait, et comment en la faisant disparaître, on en crée une autre. Alors là, on est quasiment sur le blanc, mais en fait, on ne peut pas revenir au blanc. Et c'est ce dont je me suis rendue compte très rapidement dans mon travail. C'est que même si j'essaye de revenir au blanc total du papier, en fait, c'est impossible puisqu'il y a toujours des petites traces de couleurs. Et puis, parce qu'il y a le relief du papier qui fait qu'il y a toujours des ombres qui vont se créer. Donc, on ne reviendra jamais au blanc. Et très vite, je me suis rendu compte que plus que l'effacement, c'était presque de laisser certaines parties. Et ça nous a donné une couleur qui était intéressante dans le travail. Et je pense que c'est vraiment ce parallèle avec "Erase De Kooning", qui est une œuvre pour moi un peu majeure. Après, j'ai tendance à regarder plutôt des peintres. Donc, c'est assez étrange. Je regarde beaucoup Constable qui est un peintres anglais du paysage. Je vais regarder un Marc Desgrandchamps, que j'aime beaucoup, qui travaille sur l'idée de transparence, de strates et de superposition dans ses images. On évoquait tout à l'heure en off Fabienne Verdier, mais il y a vraiment ce rapport aussi à la peinture plutôt asiatique. J'adore tout ce qui est dessin à l'encre, au pinceau, un peu rapide. J'en fais aussi, c'est-à-dire que tous mes travaux ne partent pas forcément de photographies. J'ai aussi une partie de mon travail qui sont des dessins que je retravaille par grattage, ou pas d'ailleurs, et ça va de plus en plus aussi vers la peinture. Et du coup, j'ai un regard très fort sur tout ce qui est l'estampe japonaise, l'estampe en général, puisque je viens de la gravure. Une de mes toutes premières inspirations, c'était les clichés verts de Corot. Alors les clichés verts de Corot, c'est vraiment assez particulier, c'est vraiment l'idée que la photo s'imprime sur une plaque de verre, et qu'en fait on vient retravailler la plaque de verre, soit en la grattant, soit en rajoutant de la peinture dessus. avant de l'imprimer, avant de l'insoler pour faire le tirage photographique. Et ça permet, en fait, à partir d'une plaque photographique, d'un négatif, on va dire, de retravailler l'image pour que quand on l'insole, on ait quelque chose qui parte vers une image totalement onirique qui n'est plus une réalité. Et ça, c'est quelque chose que j'explique très souvent dans mon travail, c'est que j'ai ce rapport, en fait, qui me vient, je pense, de la littérature japonaise, mais toujours cette idée qu'on est ancré dans le réel, on part de quelque chose de réel, donc la photographie, et moi, j'essaye de l'emmener vers quelque chose d'onirique, vers le rêve. Comment est-ce que je m'imprègne de la nature ? Je dirais qu'il y a deux manières. Effectivement, soit je vais vers elle, soit elle vient à moi. Il peut y avoir les deux. C'est-à-dire que quand je vais partir me promener, mais quand je dis me promener, c'est voyager, même pour aller visiter une autre ville ou aller avoir une exposition ou autre. Si j'y vais en voiture, on peut être sûr qu'à un moment, je vais dire stop, il faut que je m'arrête. je pose la voiture sur le bas à côté et je vais me promener dans les champs. Je l'ai vu en arbre, il faut que j'aille le prendre en photo. Enfin voilà, là, c'est la nature qui vient à moi. Mais ça arrive tout le temps et c'est très drôle parce que mon conjoint, il le sait et même mes amis, en fait, ils le savent. Quand on est en voiture ensemble, à chaque fois, ils me disent l'arbre là-bas au bout, Il va falloir que je m'arrête ou pas ? Et ils savent très bien maintenant qu'il y a des endroits où oui, l'arbre, s'il n'y a pas le fil électrique derrière, s'il n'y a pas quelque chose qui gêne dans le paysage, oui, il va falloir que j'aille le prendre en photo, donc il va falloir qu'il s'arrête. Et pour l'anecdote, j'ai fait arrêter mon père comme ça sur des routes en Turquie, où pour moi c'était une autoroute. Je lui ai dit, mais j'aimerais trop m'arrêter. Il me dit, ah mais pas de souci, ce n'est pas une autoroute, on peut s'arrêter, on est à 140, mais on peut s'arrêter, on se met sur le bas-côté, tu peux aller prendre tes arbres en photo, pas de problème. Donc là, c'est vraiment la nature qui vient à moi. Et après, je dirais que c'est plutôt moi qui vais à la nature. Parce que chaque sujet que je travaille, ça va être à partir soit d'une conversation que j'ai eue avec quelqu'un, soit d'un livre que j'ai lu, un article ou bien même des choses que je peux voir sur Internet, où je vais me dire, ah tiens, cet écosystème, il m'intéresse. Je vais prendre un exemple, je crois que c'était 2017 ou 2018, je suis partie au Cambodge parce qu'en fait, j'avais lu un livre qui parlait d'une plante qui s'appelle l'Opea odorata et qui expliquait que cette plante, elle était en voie de disparition au Cambodge. Et moi, je me suis dit, du coup, j'ai trop envie d'aller la retrouver, la prendre en photo avant qu'elle ne disparaisse. Donc, j'ai passé six mois à faire des recherches en bibliothèque sur la plante. Où est-ce qu'elle pousse ? Dans quelle région du Cambodge ? À préparer tout le voyage, à chercher des financements. Et à me dire, bon, maintenant, ça y est, j'ai trois semaines, je peux partir. Je prends le sac à dos et l'appareil photo et je suis partie. Là où je ne gère pas toujours bien, c'est que, par exemple, là, je n'avais pas prévu qu'elle était dans une forêt qui était minée et que je ne pouvais pas rentrer dans la forêt. Donc je n'ai jamais réussi à aller prendre en photo cette plante. Mais à la place, c'est pas grave, sur place, on discute avec les gens qui me disent « Ah, vous cherchez l'Opeodorata, mais nous, en fait, en langue mère, on l'appelle kocker. Et on ne peut plus la trouver, mais par contre, il y a un temple qui a son nom" Donc je dis « Bah tant pis, je vais aller sur le temple. » Et puis finalement, sur le temple, il était complètement détruit par des figuiers étrangleurs. Je me suis dit « Mais c'est encore mieux que la plante. Là, visuellement, c'est génial. Voilà, on part là-dessus". Donc je dirais que je vais à la nature, mais je ne suis pas toujours très bonne pour trouver la... la bonne nature et finalement la nature vient toujours à moi. Souvent j'ai trois temps de travail. Je vais avoir vraiment le temps de lecture, de recherche pour trouver un sujet. Une fois que le sujet est défini, je vais avoir un temps de création du voyage parce que souvent c'est des projets qui sont un peu loin, loin ou ailleurs en France. Donc j'ai vraiment le temps de recherche, le temps en bibliothèque, tout ce temps qui n'apparaît pas dans les œuvres à la fin. où ces derniers temps je me pose beaucoup plus de questions de me dire est-ce que je pars vers de l'édition qui expliquerait aussi toutes ces étapes préparatoires qui sont très importantes parce qu'elles me permettent de savoir ce que je vais chercher mais aussi ce que je vais dire et également en fait elle me prépare à une iconographie du voyage et du coup de quelles images je vais pouvoir faire sur place et ce temps de recherche il est souvent de 6 mois à 1 an, ça dépend, là j'ai un projet que j'aimerais faire au Vietnam ça fait déjà 2 ans que j'y réfléchis j'en ai un autre en Islande, j'espère partir dans 5-6 mois mais on connait pas encore aucune certitude. Enfin voilà, donc c'est des temps un peu longs qui se préparent et qui sont plusieurs projets en même temps, souvent, et après, on tire les ficelles, on tire les prix, les bourses aussi pour pouvoir partir les financements. Et ensuite, il y a le temps sur place, donc le temps du voyage, où là, il va y avoir le temps de la photo et des croquis. C'est-à-dire que je vais prendre les photos sur place de ce que j'ai envie après de retravailler à l'atelier et il y a beaucoup de croquis préparatoires qui sont en fait des croquis de texture aussi de ce que je vois, et puis des dessins parce que je dessine de toute façon tout le temps, donc ça c'est un... Ce que je dis, il faut faire minimum 7 dessins par jour pour savoir dessiner, donc c'est important. Un jour, je saurais dessiner, du coup, peut-être. Mais voilà, vraiment, cette idée de toujours être dans le dessin. Et là, c'est le temps où on est dans le paysage aussi. Donc c'est aussi le temps où moi, j'ai besoin de m'imprégner, d'être dans la nature, de comprendre comment elle fonctionne, mais pas de manière, pour le coup, scientifique, vraiment de manière physique, de m'en imprégner, de sentir. C'est tout bête, mais sentir dans quel sens va le vent, et sentir... Comment sont les lumières ? Comment elles se réfléchissent sur les feuilles d'arbres et autres ? Là, on ne peut que le comprendre si on est immergé dans le paysage. Et ce temps de voyage et de paysage, il est souvent très court. C'est deux à trois semaines, souvent. Et ensuite, il va y avoir le temps en atelier. Et ce temps-là, il va se passer, je dirais, cinq ou six mois minimum après le retour. C'est-à-dire que je ne retravaille pas les images tout de suite. J'ai vraiment besoin d'un temps de décantation, un temps de travail de la mémoire. J'ai toujours cette petite formule pour les enfants, c'est que je mets les photos dans un tiroir. Je les laisse pendant six mois et je rouvre le tiroir six mois après en me disant qu'est-ce que je me rappelle du lieu, quelles sensations j'ai eues et comment j'ai envie de le retranscrire. Et là, il y a le temps en atelier qui peut être entre quelques jours pour une œuvre jusqu'à un ou deux ans pour monter une exposition et où là, on prend le temps de créer les œuvres. Ensuite, elle sort. Donc un projet, c'est assez long. Ça peut mettre entre un an à quatre ans à se faire. C'est très drôle parce que je dis toujours que je ne suis pas patiente et pourtant, pour faire ce que je fais, je pense qu'il faut énormément de patience. Mais l'avantage de ma technique, c'est que même si elle prend énormément de temps, on voit l'évolution au fur et à mesure. Donc déjà, ça, c'est pas mal parce qu'on se dit « Ah, ok, je ne fais pas tout ça dans le vide » . Après, il y a vraiment ces gestes effectivement répétitifs. pendant des heures et des heures. J'écoute beaucoup de podcasts pendant que je travaille. J'écoute beaucoup de livres audio, de musique un peu. Et après, j'ai aussi tout ce temps pour réfléchir aux autres projets finalement. C'est-à-dire que pendant que je travaille, j'ai toujours un carnet de notes aussi à côté. Et je vais être en train de gratter ma photo et de faire le geste un peu répétitif et presque. Qui peut paraître un peu facile du coup, parce qu'on se dit « Ah ok, il suffit juste de faire ce geste et puis voilà. » Mais j'ai toujours le carnet de notes à côté en me disant « Ah, je pense à ça en même temps, ok, je note. » Et il y a aussi ce temps de travail qui peut être long parce que finalement, il y a certaines zones de l'image qui vont être répétitives. Des fois, pour faire un feuillage d'arbre, je peux passer deux semaines à faire le même geste quasiment et à me dire, OK, il n'y a que ça à faire pendant deux semaines. Bon, là, j'écoute du podcast et autre chose parce qu'il faut vraiment penser à autre chose parce que c'est long et répétitif. Mais il y a aussi des moments où je prends du recul sur l'image et où je la construis sur le moment. Et j'ai besoin d'être concentrée vraiment que sur l'image, comme le peintre qui peint sa toile. parce que j'avance au fur et à mesure en disant là j'ai mis un motif qui me donne beaucoup de blanc, du coup il faut que je construise à côté pour avoir plutôt, on va dire gris en fait, comme j'ai expliqué, c'est-à-dire comme le graveur qui travaille, on va monter les blancs ou les noirs ou les gris selon les motifs, et bien moi il va falloir que je construise mon image en me disant telle plante, elle ressort avec beaucoup de matière et très blanche, donc celle d'à côté pour que ça contraste, il va falloir que je garde beaucoup plus la couleur de l'image et des petits motifs, et puis ainsi de suite je construis mon image. Donc j'ai souvent, quand je prends la photo, c'est très drôle, c'est une déformation professionnelle, c'est-à-dire qu'avant de prendre en photo l'image, quand je regarde un artboard, je dis celui-là c'est gouge de 12, là c'est point de sèche, là c'est gouge de 9, là on aura un peu de fraises de dentiste rondes, là-bas on aura de la carrée, et finalement je prends la photo et quand je reviens à l'atelier, c'est pas du tout ça. C'est-à-dire qu'il y a des points de base où je me dis ok ça j'avais raison, c'était comme ça, et je les ai notés sur mes croquis. Donc sur mes croquis, je dessine, je dis là ce sera tel point de sèche, tel truc. Et finalement quand je reviens à l'atelier, je me dis ah non, si je mets le point de sèche là, ça marche pas. Du coup, ça déconstruit toute l'image et on recommence le processus. Donc là, j'ai besoin d'être concentrée vraiment que sur l'image et là, c'est silence autour. Alors déjà, quand je vais être sur place et que je vais prendre les photos, je vais en prendre beaucoup. Je travaille au numérique, voire même mon meilleur appareil photo, c'est mon portable. Je ne suis pas photographe et je n'ai pas la connaissance des gros appareils, donc ça ne m'intéresse pas de m'encombrer avec. Et du coup, il va déjà y avoir beaucoup de photos prises. et une énorme sélection derrière. C'est-à-dire que sur un projet, je vais prendre... Je disais chiffres, j'en ai aucune idée, mais peut-être 500 photos pour qu'à la fin, il y en ait 20. Donc ça veut dire qu'il y a déjà une grosse reselection dans les photos. Et après, quand on commence à la gratter, on se rend compte que non, en fait, il y a des choses qui ne fonctionnent pas. On s'était imaginé qu'on pouvait mettre des blancs à tel endroit et en fait, ça ne marche pas avec ce qu'on veut garder de la photo. Donc oui, il y a une partie qui part à la poubelle. Elle ne part jamais à la poubelle, elle reste sur un tas qui sont là où je peux faire les tests de griffonnage pour les nouveaux outils. Et ensuite... il y a aussi toute une partie dès que je transperce l'image parce que ça arrive des fois je vais trop fort donc je transperce donc là ça part à la poubelle dès que je chiffonne l'image parce que des fois vous tirez un peu fort sur l'outil toute la photo qui se plie d'un seul coup donc là ça part aussi à la poubelle donc ça c'est avec le temps on apprend à maîtriser le geste pour qu'il y ait de moins en moins de rebuts comme ça au tout début dès que je testais un nouvel outil bon forcément il y en a beaucoup qui partent à la poubelle mais même des fois vous passez deux semaines sur une photo et puis vous faites un mauvais geste et et puis la photo, elle part à la poubelle. Donc là, j'apprends à gérer aussi ce temps de travail, à ne pas perdre. Alors, dans les images, c'est vrai que ce n'est pas toujours évident de savoir quand s'arrêter. Moi, il me semble que ce qui fait la différence, d'ailleurs, entre un bon artiste et un mauvais artiste, ce n'est pas celui qui est en métro, mais c'est celui qui sait quand s'arrêter. Ça, ça me paraît vraiment essentiel. Moi, souvent, je vais choisir, avant de commencer l'image, je vais choisir quelle partie de la photographie je veux garder pour les mettre en avant. Donc ça, c'est quelque chose de très défini. J'ai souvent, avant même de commencer, un peu l'idée de où je m'arrête. Des fois, je vais plus loin, parce que des fois, on a du mal à se discipliner. Souvent, c'est assez prédéfini dans le croquis préparatoire. Je ne travaille jamais les ciels pour une raison simple, c'est qu'il y a vraiment cette définition de la ligne d'horizon qui dit que, en fait, c'est une ligne qui sépare le matériel de l'immatériel. Et moi, je ne travaille que le matériel, la matière, tout ce qui est palpable, tout ce que j'ai senti. sous mes pieds ou avec mes mains dans le paysage. Alors que le ciel, on ne peut pas y toucher. C'est quelque chose d'assez divin. Et après, je pense que j'ai une fascination pour les ciels. Moi, j'ai grandi en Picardie, région où tout le monde se dit que c'est très moche, c'est tout plat. En fait, ce qui est très beau du fait que ce soit tout plat, c'est que vous avez toujours, toujours, au plus loin où vous regardez, au moins deux tiers de ciel. Il y a plus de ciel que de terre. Et en fait, c'est ce qui amène la lumière. Le ciel, c'est la lumière. Dans le travail, effectivement, il y a beaucoup d'eau. J'habite sur une péniche et je pense que ça m'inspire, mais ça, ça vient que depuis quelques années. Ce n'est pas ce que je préfère retravailler, ce n'est pas l'élément qui m'attire le plus. Il y a des fleurs, il y a beaucoup de fleurs, de plus en plus. mais ça reste souvent des petits formats, par quelques-uns, c'est plutôt des petits formats, les fleurs. La figure que je préfère, c'est celle des arbres, celle dont je me sens le plus proche, et peut-être parce qu'en fait, comme je disais, à un moment, je travaillais beaucoup sur l'humain, et finalement, je n'ai pas réussi à partir vers l'humain, et l'arbre, pour moi, c'est quand on prend un portrait en pied d'un arbre, c'est presque comme si on prenait une personne en photo. Il y a un vrai rapport entre l'homme et l'humain, c'est ce côté vertical, ce côté ancré au sol, et en même temps, ce côté qui se déploie. Et ce que j'adore dans les arbres, c'est qu'on a l'impression qu'ils sont tous pareils et en même temps, ils sont tous différents. Et je dis toujours que je suis à la recherche de l'arbre parfait. L'arbre parfait, c'est celui que va dessiner un enfant. Quand vous demandez à un enfant de faire un dessin d'arbre, c'est très simple, il va vous faire une ligne au sol, avec peut-être quelques brins d'herbe, mais souvent, c'est juste une ligne. Il y a un arbre, donc le tronc est tout droit. Il y a un feuillage et derrière, il n'y a que le ciel. Il n'y a rien qui perturbe la vue de l'arbre. Pour trouver un arbre comme ça, en fait, c'est assez compliqué. Dans la réalité, vous avez toujours... autre chose derrière l'arbre. Vous avez toujours la colline, vous avez toujours un autre arbre, vous avez toujours un poteau électrique, une maison. Et en fait, l'enfant, lui, il se base sur le fait qu'il y aura juste la figure de l'arbre et rien derrière. Et ça, moi, ça me fascine, en fait. C'est peut-être une envie de retour à l'enfance, je sais pas, mais en tout cas, de se dire que c'est l'arbre parfait. Et ce qui est intéressant avec les arbres, c'est vraiment cette idée que il y a tellement d'espèces, qu'il y a tellement de matières de feuillage différentes, il y a tellement d'écorces différentes. Et donc, du coup, c'est une infinie possibilité de palette pour moi. de motifs, de dessins, je ne pourrais jamais arrêter. Justement, je viens de faire une petite série qui est présentée à Lyon, qui ne sont que des troncs d'arbres vus de très proches. Je retravaille tout ce qu'il y a derrière, tous les feuillages qui sont derrière, mais je laisse apparemment les troncs d'arbres en photo. Et pourquoi ? Parce que ce ne sont que des troncs d'arbres qui sont pris dans un jardin à Varangier-sur-Mer, un jardin d'un particulier, qui est fasciné par les écorces d'arbres. et qui a créé son jardin depuis 30 ans. Il n'a planté quasiment que des espèces qui ont des troncs particuliers, dont des troncs qui pèlent. Moi, ça fait vraiment référence, enfin écho aussi à la manière dont je travaille ma photo, qui vient peler. Et il y a un répertoire de formes dans ces écorces qui sont fascinants. Dans les arbres, dans la stature des arbres, j'adore les noyers ou les chênes, parce qu'il y a vraiment ce côté un peu massif, grandeur. Après, dans les écorces... C'est vrai que tout ce qui ressemble plutôt à des bouleaux, mais plutôt colorés. Le bouleau est déjà blanc, donc j'ai plus rien à faire dessus. Il a déjà fait le travail tout seul. Toutes ces écorces un peu colorées qui viennent peler, j'adore. Je trouve ça assez beau. Depuis quelques années, j'ai un vrai travail plus sur les fleurs. Avant, c'était vraiment plutôt des paysages dans leur globalité. Et là, il y a un focus sur les fleurs. Ça a commencé en 2021. où j'ai été invitée par le frac Picardie à Amiens à venir en résidence pendant un an. Amiens, c'est ma ville natale que je connais assez bien. J'ai décidé de faire tout un travail autour de la oued, qu'on appelle aussi la guède. Oued, c'est le mot Picard. Guède, qu'on appelle pastel des teinturiers ou en latin, Isatis Tinctoria. C'est une petite fleur jaune qui donne la couleur bleue et qui, au Moyen Âge, a fait la fortune de la Picardie parce qu'on l'a cueillie pour faire les teintures des velours des rois. Donc forcément, il y avait tout un commerce du velours entre la France et l'Angleterre. C'est fait un commerce florissant. Cette petite fleur de oued, elle a permis de financer une grande partie de la construction de la cathédrale d'Amiens. Et quand je suis partie au frac Picardie, mon idée était de retrouver cette fleur de oued. Sauf que les deux derniers agriculteurs qui l'ont cultivée étaient décédés dans les cinq dernières années. Dommage. Donc je ne l'ai pas trouvée. Mais par contre, j'ai commencé à répertorier toutes les fleurs représentées dans la cathédrale d'Amiens. Sur les sous-bassements, sur les vitraux, sur les boiseries et autres. à l'aide des archives de la ville et d'un botaniste qui travaillait à l'université, qui m'a aussi un peu aidée. Et du coup, je me suis dit, toutes ces fleurs, j'ai décidé de partir les rechercher dans les jardins alentours, au jardin botanique et dans les ortillonnages d'Amiens. Les ortillonnages d'Amiens, ce sont des jardins flottants, c'est 60 hectares de jardins flottants. On se promène en barque d'une parcelle à l'autre et ils sont placés au patrimoine de l'UNESCO. C'est une merveille, il faut y aller au printemps. Et en fait, moi, j'ai demandé à ce qu'on me prête une barque pour pouvoir aller chercher certaines fleurs et autres. J'ai aussi posé mon atelier dans la barque pendant quelques jours pour dessiner, donc ça, c'était génial. Et a commencé du coup une quête vraiment autour des fleurs, une recherche pour aller les rechercher, les prendre en photo, les retravailler. Finalement, ce projet sur la cathédrale n'a jamais abouti. C'est assez drôle. Il a abouti à une toute petite série qui ne sont que des fleurs hybrides. C'est-à-dire que je me suis rendu compte que dans la cathédrale d'Amiens, certaines des fleurs qui étaient représentées notamment sur les sous-bassements en pierre, sont en fait des mix de différentes fleurs que les ouvriers. ont regardé autour, ont étudié, mais ils ne savaient pas vraiment les reproduire. Donc, ils ont mixé plusieurs fleurs pour en faire une. Donc, moi, j'ai créé toute une petite série qui s'appelle « Les hybrides de la cathédrale d'Amiens » où je suis, à partir des fleurs que j'avais retrouvées, j'ai recomposé des collages, je suis venue scanner et j'ai regratté ces fleurs qui sont totalement imaginaires. Mais si on les regarde, on a l'impression d'une vraie fleur, on ne sait pas. Et en plus, le grattage vient vraimeknt remettre ce blanc et réunifier l'ensemble. Donc, on a l'impression de vraies fleurs. Et tout ce travail sur les fleurs, il m'a un peu accompagnée pendant un long moment. Et il y a deux ans, Fanny Robin, qui est commissaire d'exposition à la Fondation Bullukian à Lyon, me propose une exposition ensemble à la Fondation. Et je lui dis, ok, j'ai envie. Et en même temps, j'ai envie de commencer une pièce aujourd'hui, maintenant que tu me proposes ça. Et j'ai commencé un herbier. Et cet herbier, il s'est fait pendant deux ans. Là, il s'est terminé le dernier jour du montage de l'exposition. Et pendant deux ans, j'ai tous les jours collecté les fleurs que je voyais autour de moi, partout où je passais. J'ai toujours un petit carnet sur moi ou un livre. Et je mets les fleurs dedans et je les garde pour les mettre en herbier. Alors, à la différence d'un véritable herbier scientifique, sur cet herbier, il n'y a aucun nom des fleurs, il n'y a aucun lieu, il n'y a aucune date, il n'y a rien. Par contre, elles sont toutes posées sur des pages de livres qui sont en fait des pages qui, pour moi, faisaient, dans mes lectures, référence à la construction du projet d'exposition. Donc cet herbier, il est composé d'environ 500 pages. Si je ne me trompe pas, je crois que c'est 474. mais je ne sais pas exactement. Et en fait, sur toutes les pages, si on commence du début à la fin et qu'on lit toutes les pages dans l'ordre, on peut lire tout le champ lexical de l'évolution du projet artistique. Au début, ça parlait de la cathédrale d'Amiens, de cette couleur bleue, de cette petite fleur jaune, et puis ça dérive pour parler d'autres fleurs, et puis ça dérive pour parler de troncs d'arbres, et puis ça dérive pour parler d'eau, de rivières, de barques, de rêves, et ainsi de suite, et le projet se construit. Et si on suit toute l'évolution des fleurs, Un vrai botaniste qui s'y connaîtrait en fleur peut suivre deux ans de saisonnalité des fleurs, puisqu'elles sont vraiment mises dans l'ordre dans lequel je les ai cueillies. Et si vraiment il est très fort, il peut savoir à quel moment j'étais en montagne, à la mer, dans tel ou tel jardin botanique où j'ai volé des fleurs. Pas trop le dire, mais quand même, j'adore voler des fleurs partout. Et donc du coup, quelqu'un qui connaîtrait bien mon travail, qui me connaîtrait et qui connaîtrait bien les plantes, serait capable de dire pendant deux ans quelle lecture j'avais. où j'en étais de la réflexion du projet et où est-ce que j'étais puisqu'il y avait telle ou telle fleur et du coup en quelle saison on est. On peut me suivre à la trace juste par les fleurs. En ce moment, j'ai un petit amour pour la protéa qui a fait l'emblème du drapeau d'Afrique du Sud. Ça fait un moment que j'aimerais bien la prendre en photo. Elle pousse dans un jardin dans le sud où je suis allée plusieurs fois et à chaque fois que j'y vais, elle n'est pas en floraison. Et là, j'ai raté la dernière floraison. Donc voilà, il va falloir attendre un an peut-être avant d'y retourner. Et après, non, j'aime les fleurs en général sous toutes leurs formes et leurs couleurs. Dans mon enfance, comme je disais, j'ai grandi à la campagne. J'avais un jardin. Mais alors, c'est très drôle, je me rappelle, le jardin, en fait, il n'y avait que de la pelouse, quasiment. Il y avait un Saule Pleureur qui était magnifique. La galère, c'était de devoir ramasser les feuilles à l'automne, mais il était très, très beau. Il a été coupé depuis. Et il y avait juste quelques bacs de fleurs, mais en fait, non, on ne jardinait pas du tout chez moi. Il n'y a pas du tout un rapport au jardin. Il y a un rapport plus, même presque citadin, parce qu'en fait, on habitait dans un village qui est un peu un village dortoir. Donc, la journée, c'était en ville et puis on rentrait juste le soir pour se coucher. Et le rapport que j'avais à la nature, il est plus dans les promenades que je pouvais faire. Promenade à vélo, promenade à cheval, où il était plutôt mes étés chez ma grand-mère. et chez ma grand-mère, c'était dans le Lot, il y avait une très grande maison avec un immense jardin où il y avait des côtés avec énormément de fleurs, il y avait une prairie où les fleurs poussaient de manière sauvage, un vallon où on pouvait aller se rouler dans l'herbe sans problème et il y avait la forêt derrière. C'était sur plusieurs états. On était toute la journée à courir dans les bois, on était une bande de dix enfants et on passait nos journées à courir dehors. Et les moments de temps calme, les moments plus... posées, c'était des moments où on dessinait avec ma grand-mère. C'était toujours les natures morts, donc c'était le bouquet de fleurs. Donc on allait cueillir nos fleurs, on choisissait nos fleurs et on les dessinait après. Mon rapport aussi au dessin, à la peinture, a commencé par les fleurs. Depuis toute petite, le tableau le plus loin dont je me souviens, la première peinture à l'huile, je crois que j'avais 10 ou 12 ans, c'était un bouquet de fleurs. Les dessins avant qui étaient à l'aquarelle, c'était quasiment tout le temps des fleurs. Donc oui, il y avait vraiment déjà ce rapport à la fleur, au paysage. En tout cas, le dessin m'est venu par la fleur. Oui, les saisons, forcément, elles influent sur le travail. Ce qui est amusant, c'est que quand on regarde mes œuvres, on a plutôt toujours l'impression d'être en hiver, puisque forcément, quand je gratte, je n'apporte que du blanc. Donc on a toujours cette impression que l'image devient hivernale. En réalité, pour pouvoir arriver au blanc, il faut que je prenne plutôt les photos pendant les autres saisons. Moi, j'ai un certain amour pour l'automne, les couleurs d'automne qui me fascinent, notamment dans les arbres. Et le printemps, parce que c'est là où toutes les fleurs poussent. Donc ça dépend s'il y en a plutôt arbre ou fleur. Et c'est assez amusant parce que les saisons, on en discutait avec un ami photographe il y a peu de temps. qui dit souvent les appels à candidature, les projets, on nous demande quelque chose pendant 3 ou 4 mois. Il dit mais le problème c'est qu'en 3 ou 4 mois, on n'a pas une année de saison, donc on ne peut pas forcément faire la photo qu'on a envie. Et c'est toujours quelque chose d'assez complexe dans notre travail. Quand je m'intéresse à une fleur ou à une plante, une espèce en particulier, je me dis toujours, il faut que j'aille faire le voyage au bon moment pour qu'elle soit en floraison. Donc tout ce calcul, en fait, par rapport à ce temps de la photo, la saison est très très importante. Et ce rapport aux saisons, bon. Donc il y a quelque chose que j'ai très rarement fait dans mon travail, c'est à chaque fois que je travaille une photographie, elle va me donner qu'une seule œuvre à la fin. Sauf pour une série, une petite série qui s'appelle Les saisons, où en fait il n'y a pas quatre saisons mais il y en a cinq, c'est assez drôle, et où en fait je suis partie du même arbre, créé en photo en hiver, et je l'ai travaillé de quatre manières différentes pour tourner les quatre saisons. Voilà, c'est un petit format, je crois que c'est en 20-30 dans mes souvenirs, qui sont partis aux quatre vents, parce qu'ils ont été séparés, mais... qui travaillent sur les quatre saisons. Et là, dernièrement, j'ai travaillé sur un gros projet qui a aussi été très inspiré par les quatre saisons. C'est que j'ai réalisé la décoration d'une salle de restaurant pour un hôtel parisien. Et cette salle de restaurant, en fait, on m'a dit il faut que tu t'inspires de l'art nouveau. L'art nouveau, forcément, c'est que des fleurs et des arbres. Et il y a tout ce travail de Moucha où en fait, il travaille sur les saisons. Et je me suis dit, dans cet hôtel, j'ai envie qu'on soit immergé dans le paysage. Donc, j'avais la chance de pouvoir faire un tapis. un papier peint et des œuvres qui restent au mur. La salle est en ovale, on a une banquette centrale. Pour moi, c'était comme une barque. Quand on est sur la barque, on est posé sur un tapis de nénuphar. Tout autour, on a un 360 degrés de paysage des bords de Loire en automne et sont posés par-dessus dans quatre alcôvres, quatre arbres, qui devraient être les quatre saisons, sauf que si on s'y penche, il n'y a pas quatre saisons, parce qu'il y en a deux qui ont été pris en été, voire fin d'été, début d'automne. Donc en fait, on n'a pas les quatre saisons. Et j'aime bien cette idée que de toute façon, il n'y a plus de saisons. On retravaille les arbres en se disant, oui, toujours par quatre les quatre saisons, mais finalement, tout ça évolue. Et puis, quand je les retravaille, on va au blanc, on enlève la saisonnalité. Cet hôtel, il est ouvert au public, en tout cas pour la salle de restauration en bas. Il y a un bar et on peut s'y poser pour boire un verre. On peut aussi, il me semble, aller prendre le petit déjeuner. C'est l'hôtel Miss Fuller. Il est avenue Mac Mahon, juste à côté de la Place de l'Étoile. Alors, je n'ai pas une forte relation aux odeurs. En y réfléchissant juste là comme ça, je sais que dans mon jardin, j'ai un rosier, le rosier Didi Bridgewater, qui sent très très bon. Voilà, que j'adore. À chaque fois que je traverse mon jardin et que je passe à côté, je le sens. Et je le fais sentir à ma fille, très souvent. Ça, c'est vraiment une odeur que j'aime particulièrement. Et après, peut-être que c'est plus anecdotique, mais là, j'ai acheté un parfum cet été qui a une odeur de violette. Et c'était le parfum de la muse de Matisse. Voilà. il a été créé pour elle et ce parfum très sucré pour moi je pense que j'aime les odeurs sucrées qui sont vraiment l'idée du retour à l'enfance je suis quelqu'un qui adore les bonbons, le sucré la douceur, la rondeur et je suis plus dans des odeurs comme ça très douces. j'espère que ce voyage