Speaker #1Bonjour, je m'appelle Virgile Desurmont, je suis paysagiste et je suis créateur- fondateur de la société BACSAC. D'abord, la nature, je viens de la découvrir plus récemment. Je vis depuis quelques années, depuis 4 ans, entre Paris et un petit village à côté de Fontainebleau. Donc la nature, je l'ai découverte il n'y a pas si longtemps. En tout cas, j'ai découvert que je ne la connaissais pas. Après, je suis né à Paris. Et effectivement, la nature, en tout cas le jardin, les plantes, ont été pour moi toujours une façon de m'échapper, probablement de m'échapper de mes devoirs, c'était un peu un refuge. J'ai été éduqué à Paris, boulevard Saint-Germain, comme dirait Maxime Le Forestier, "comme un arbre dans le béton", "comme un arbre dans la ville". Jusqu'à il y a quelques années, simplement, je pensais que la nature, c'était ça. Et en fait, même si j'ai eu la chance, enfant, de partir dans le sud, passer des vacances, je revenais toujours, je me souviens, je prenais des branches de cyprès que je mettais dans mes bagages pour les ramener à Paris, pour les sentir et avoir des odeurs, des petites madeleine pour me rappeler le sud. En fait, j'étais vraiment un paysagiste urbain. Ça veut dire, un paysagiste urbain, ça veut dire la nature dans le béton, la nature hors sol, la nature qui permet tout d'un coup de décrocher un peu de la ville, ou en tout cas qui permet de ralentir cet espace du temps si pressé de la ville. Avec BACSAC, l'idée c'était de dire que... En tout cas, la nature est indispensable parce qu'effectivement, on s'en est éloigné. Est-ce qu'on s'en est éloigné ou est-ce qu'en fait, quand on habite en ville et qu'on est en ville, on ne l'a jamais rencontré ? C'est surtout ça la question. Comment sensibiliser les gens quand on vous dit qu'il faut mettre plus de nature en ville ? Si vous avez toujours vécu en ville, en fait, vous ne vous rendez pas compte que la nature est peut-être en danger parce que c'est une nature qui est très contrôlée, qui est de toutes les façons en souffrance. Je pense que la nature, c'est une possibilité de réappropriation des urbains de la ville. J'ai toujours été marqué quand les gens disent que Paris, c'est pas propre. Paris, c'est ultra propre, c'est très très propre. Et d'ailleurs beaucoup trop propre pour qu'on puisse sortir une chaise dans la rue. On le voit bien dès qu'on marche dans la rue et qu'on voit une impasse avec des pavés un peu déglingués. Eh bien, tout de suite, l'espace de vie est possible. C'est effectivement la question de comment on s'approprie finalement l'espace public. Est-ce que l'espace public, c'est les façades d'immeubles ? Est-ce que c'est les cours ? C'est la vraie question de comment on vit en ville et comment on peut se réapproprier la ville, etc. Mais effectivement, la nature peut être une possibilité en fait que ces espaces qui sont publics deviennent un espace partagé. C'est difficile de se dire qu'on peut changer la ville en donnant des règles de plus en plus strictes. On dit les vélos sont là, les piétons sont là, les voitures sont là. En fait on se rend compte que finalement ça n'arrange pas, il y a encore plus d'agressivité. Justement la nature peut apporter un peu de poésie, peut-être un peu de bordel pour que justement les choses ralentissent. Je pense qu'en fait on est trop dans un monde où en fait tout est réglementé et plus on réglemente, moins l'espace commun est possible. Parce qu'il y a des barrières entre chacun. Un petit pot tout seul avec une petite plante au milieu de la ville, elle va avoir du mal à vivre. Mais si tout d'un coup on fait tous les balcons, tous les espaces qui sont disponibles deviennent un espace de jardin, déjà la nature va pouvoir se développer, je pense. La nature va avoir son rôle de raffraîchir la ville dont on a besoin. On le voit, nous, dans notre petit cours dans notre bureau, l'été c'est incroyable. Parce qu'on est dehors, on rentre et tout d'un coup la fraîcheur c'est incroyable, ce que cela apporte comme confort. Dans notre vision nous, BACSAC c'est allez-y! Quand on a créé BACSAC, on s'est dit... Ce qui m'intéressait, ce n'était pas forcément de dire on fait des projets pour des gens, ça c'est super. En fait, ce qui est bien, c'est qu'en fait, les gens le fassent. Surtout quand vous avez un petit balcon, vous n'allez pas faire appel à un paysagiste, c'est ridicule. Mais en fait, s'il faut que vous fassiez venir votre paysagiste à chaque saison pour s'occuper de trois plantes, ce n'est pas ça qui va changer la ville. Si, c'est de la déco!. Moi je pense vraiment que la nature peut changer la façon dont on peut vivre en ville. C'est son seul intérêt. Si c'est pour mettre de la nature en ville, la ville de Paris le fait très bien, les villes le font très bien. Il y a des superbes initiatives, les mini-forêts, etc. C'est super intéressant. Ça marche, mais à mon avis, ça marche encore mieux si tous les balcons, toutes les terrasses, toutes les cours sont végétalisés dans les villes. Alors, je suis parti de Paris grâce à ma compagne. Le monde est en train de changer. Élever nos enfants en leur laissant croire que l'avenir c'est que la ville, c'est que les métiers qu'on fait aujourd'hui, est faux. Donc en fait, il y avait un besoin de leur montrer qu'il y avait plusieurs chemins possibles. Il n'y a pas que Paris. Aujourd'hui, d'ailleurs, je me pose des questions sur mon métier de paysagiste, qui est pour moi urbain, et ma vie à la campagne, dans un petit village, où la nature est, où en tout cas, on laisse la nature se faire: libre. Cela a a totalement changé ma vision du jardin. Dans mon jardin, déjà, c'est un tout petit jardin, parce que c'est une maison de village. Et justement, ma femme se bat contre moi en me disant "arrête de tailler, arrête de tondre, laisse libre la nature". Effectivement, c'est l'endroit où on est bien, c'est l'endroit où on réfléchit, c'est l'endroit où on se projette dans des projets, c'est l'endroit où on partage. Donc on fait un peu de potager, on essaye, on est plus ou moins bon selon les années. L'idée c'est d'avoir un peu de maîtrise, un peu de nature libre et puis effectivement mélanger l'ornemental, le beau avec l'alimentaire et je pense que ce mélange là il est équilibré et qu'il est intéressant même en ville, c'est à dire que quand on a un petit balcon on peut effectivement avoir une plante grimpante avec tout d'un coup peut-être un potimarron qui va pousser et de mélanger à la fois l'aromatique qu'on va pouvoir manger et puis l'ornemental, les rosiers, tout ce qui est beau quoi. Il faut penser le jardin un peu mélangé, plus séparer le potager de l'ornemental, du jardin médicinal. Je pense que vu que les espaces sont petits, c'est intéressant d'être dans un mélange. De toute façon, on se rend compte que la nature, plus elle est dense, plus elle se protège aussi. Il n'y a pas vraiment d'obligation de jardiner. Tout le monde a son petit avis quand on doit couper une branche. On me dit "Non, on ne coupe pas cette branche". Après, effectivement, il y a le jardinier. Celui qui s'occupe du jardin, il est quand même un peu maître de son lieu. Ce qui est intéressant, je trouve, c'est que par rapport à l'époque où j'ai fait mon école de paysagiste, qui était plutôt une école d'architecture des jardins, ce qui est intéressant, je pense, c'est de plutôt réfléchir à mieux connaître les plantes. En fait, les plantes sont au-delà de l'architecture des jardins, qui est importante, ou du paysage, c'est important. C'est quel est le pouvoir des plantes ? Quelles vont être leurs capacités à résister au changement climatique ? Comment on peut les utiliser pour nous aider à mieux vivre, pour dépolluer les eaux, dépolluer les sols, dépolluer... Et c'est assez incroyable. C'est vraiment notre allié, c'est notre arme pour demain. Et donc je trouve ça intéressant de se dire qu'en fait, l'important c'est les plantes. Après, comment on les agence ? Ça c'est une histoire plutôt de goût, de dessin, de signature. mais ça rejoint un peu à ce que disait Gilles Clément il y a déjà 30 ans, "le jardin planétaire", c'est-à-dire qu'il avait déjà tout compris. C'était un concept à l'époque, mais le concept, on y est vraiment. Et c'est vers aussi ça que j'aimerais amener BACSAC demain, pas forcément se dire, on est capable de faire des terrasses, on va vous faire des super terrasses design. Pour nous, quand on l'a créé, c'était vraiment un outil pour la ville. Le contenant, c'est une enveloppe qui est technique. Il a pris des couleurs, il est devenu coloré etc. parce que les gens avaient envie de couleurs, mais nous, au fond, il serait resté marron, brut... Donc la démarche, elle était vraiment de dire qu'on a besoin de terre en ville. Le contenant, il doit être effectivement léger pour répondre aux contraintes de la ville, c'est-à-dire comment mettre la nature dans une ville qui n'est pas conçue pour la recevoir au départ. et qui permet de mettre de la nature partout, sur n'importe quel bâtiment, qu'il soit haussmanien ou moderne, qu'il soit dans de tout petits espaces ou des grands espaces. Et après, c'est quel genre de nature on met. Donc la question pour BACSAC demain, c'est de se dire, quelle est la nature qu'il faut implanter en ville demain ? Si on veut de la biodiversité, si on veut des jardins, le sujet c'est le jardin hors sol, avec pas beaucoup de terre, avec pas beaucoup d'eau. Donc c'est vers ça qu'on travaille aujourd'hui, c'est de se dire :comment on peut devenir, plutôt que de dire on va installer des potagers dans les entreprises. Il y a plein de gens qui le font, nous on a toujours un peu refusé de le faire parce qu'on a toujours trouvé que c'était intéressant, mais que notre démarche elle était plutôt dans donner l'envie aux gens de le faire eux-mêmes. Donc c'était un peu contradictoire de nous dire on va le faire pour vous et on va vous montrer. C'est bien d'accompagner les gens, mais à un moment donné, peut-être qu'effectivement.... il y a urgence! Donc la question aujourd'hui, c'est comment on déploie d'une façon massive la nature en ville. Donc notre question à nous, c'est comment on rend BACSAC et probablement, ça fait 15 ans qu'on est sur le sujet, une des solutions pour déployer la nature en ville, comment on fait et que tout le monde puisse en profiter et donc que tout le monde puisse mettre la main à la pâte ? C'est ça qui est important, si on veut que ça marche. Donc on cherche des immeubles qui peuvent être témoins, des choses comme ça, des gens qui seraient... C'est une anecdote, je suis appelé il y a un mois par une copropriété de 1000 habitants, donc c'est quasiment un village, qui dit "voilà on aimerait végétaliser, à Paris dans le 13e, végétaliser toute notre copropriété", "c'est génial, rencontrons-nous". Et donc juste avec le conseil syndical où il y a une quinzaine de personnes, les gens nous disent déjà : "le problème c'est l'eau, le problème c'est la terre, le problème c'est les feuilles qui vont tomber, qui vont abîmer la façade, etc". Je dis, "vous n'êtes pas encore prêts" Donc la problématique c'est entre... Parce que la nature, effectivement, la nature c'est pas propre. Ou en tout cas si, c'est propre. C'est quoi la propreté ? Est-ce que c'est un mur qui vient d'être repeint ? La vraie problématique c'est l'envie, le besoin de nature, mais l'incapacité aux gens de la recevoir. Comme je disais au début, le jardin, je me suis mis à jardiner parce que je devais faire mes devoirs, ou je devais réviser mes examens, et que je n'y arrivais pas. Et donc je partais vers, j'allais m'acheter des plantes, j'allais les planter. C'est toujours pour ne pas faire ce que je devais faire. Sur mon balcon, en fait depuis que je suis parti de chez mes parents, j'avais l'âge de 18 ans. Et tout de suite j'ai toujours eu un petit balcon, une petite terrasse, je me suis toujours arrangé même si c'était 10 mètres carrés pour avoir un petit balcon, une petit terrasse pour pouvoir avoir quelques plans. Et en fait, j'ai commencé par faire des études de langue anglaise, de civilisation anglaise à La Catho, puis à la Sorbonne. Et en fait, je passais ma vie, au lieu de réviser mes examens, sur mon petit bout de terrasse à jardiner. Donc je me suis dit, "Virgile, peut-être c'est ça que tu veux faire? fais-en ton métier plutôt que ce soit un échappatoire". Et donc... Les émotions, je pense que c'est les émotions de bien-être, ou en tout cas d'aller vers quelque chose qui... En fait, je n'avais pas du tout été éduqué à la nature. Mes parents n'ont aucune sensibilité à la nature. Même dans ma famille, on ne m'a jamais dit "tiens, cet arbre, c'est un chêne. Ah tiens, ça, c'est un érable". Je n'ai pas du tout reçu cette éducation-là. C'est ça qui est étrange. Mais c'était un endroit de repli. J'ai vécu un an à New York quand j'avais 20 ans et je passais ma vie à Central Park. Je me disais: "Ah, c'est ça la ville ! Un jardin au milieu de la ville". Le mélange entre la ville et la nature. Ma saison préférée, c'est le printemps. C'est d'ailleurs toujours une lutte. Quand je fais des projets pour des gens, ils me disent "Ah, j'aimerais que ça soit vert toute l'année". Je leur dis "mais surtout pas, il faut que le printemps arrive". Donc je suis toujours, pour moi, le printemps, l'arrivée des feuilles, et effectivement, ce moment du confinement, que j'ai eu de la chance de vivre dans mon village, a été fou parce que c'était la première fois de ma vie que je vivais le printemps. Même si je passe ma vie sur des terrasses, etc. De vraiment voir tous les jours les feuilles sortir, les fleurs arriver, etc. C'était incroyable, incroyable. Donc ça serait dommage de... Donc le printemps, oui, forcément le printemps. Les odeurs, les gens qui sortent dans la rue, les premiers rayons de soleil. On s'en rend bien compte là, après notre passage de pluie sans arrêt, que le soleil, c'est fou la puissance du soleil. J'étais tombé sur un article comme ça dans "Le Monde", je crois, sur les enfants d'aujourd'hui, est-ce qu'ils sont capables de reconnaître le chant des oiseaux ? Quels oiseaux ? En fait, il n'y en a pas un. En fait, les petits enfants urbains, ils ne connaissent pas les arbres, ils ne connaissent pas la nature. Et justement, je me disais, est-ce que notre mission avec BACSAC, ce n'est pas de se dire, si on veut que la nature revienne en ville, est-ce qu'il ne faut pas emmener des enfants dans la forêt ? La forêt de Fontainebleau étant pas loin. On me disait qu'on pourrait proposer aux écoles "Vous venez, rendez-vous Garre de Lyon à 8h, on vous emmène marcher pendant 4h, et puis vous repartez, il est 13h" et vous êtes très très près. Juste marcher, et pas forcément être dans quelque chose où il faut qu'il y ait des gens qui vous expliquent. Si, on peut voir effectivement qu'est-ce que c'est que cet arbre, parce qu'en plus la forêt de Fontainebleau, elle a une histoire. Elle est intéressante parce qu'elle est aussi en danger, parce qu'elle est traversée par l'autoroute A6. J'aime bien, comme je disais, cette idée de la nature au milieu de la ville, la forêt traversée par l'autoroute, cette confrontation de la nature qui essaye d'avoir sa place par rapport à une agression constante de l'homme. qui veut de plus en plus de place. Et effectivement, je crois qu'on s'est tellement... On ne peut pas dire qu'on s'est éloigné d'ailleurs, parce qu'en fait, on ne s'est pas éloigné. Des petits urbains, des enfants en ville, de toutes les façons, des enfants en ville, il n'y a plus d'enfants dans les villes. Ou ils sont... Quand je me souviens petit, j'étais beaucoup plus libre, je marchais, j'étais tout le temps dans la rue. Je ne vois plus les enfants dans la rue à Paris. Je ne vois plus d'enfants dans les rues. C'est pour ça que j'ai aussi emmené mes enfants à la campagne. Parce qu'au moins, là-bas, ils peuvent être dans le village, dans les rues du village, rencontrer, tout le monde se connaît, etc. Il y a beaucoup de... On ne vit plus... On vit en ville, mais en fait, on traverse, on va d'un lieu à un autre, on n'est plus dans l'espace public. Donc, même si on y met de la nature, en fait, on n'en profite pas. Donc, la question, ce n'est même pas de dire qu'il faudrait qu'ils découvrent la nature. Donc, il faut qu'on les sorte des villes. Et après, la question, c'est toujours de dire si on fait ça, par exemple, si on dit que BACSAC va emmener des enfants,les petits enfants de Paris ou d'ailleurs dans les forêts. Après, la question c'est, si tout le monde va dans les forêts, après ça devient des endroits où on va les abîmer. Donc c'est quoi l'équilibre ? Je ne sais pas où est l'équilibre entre donner la chance aux gens de découvrir ce que c'est que la vraie nature, tout en se disant qu'il faut quand même la protéger. Aujourd'hui, la nature, c'est devenu du luxe. En fait, les gens vont toujours plus loin pour aller découvrir les endroits les plus sauvages. Et c'est ça, le luxe. C'est pas aller dans un hôtel, un palace. C'est d'aller dans les endroits perdus, au bout du monde. J'aime bien, oui, la conception,imaginer les espaces. Mais après, le faire, c'est génial. Le faire, c'est génial. Après, j'ai toujours été réticent. Je pense que c'est pour ça que je suis content avec BACSAC. C'est qu'en fait, j'aime bien faire les choses moi-même. Et donc, d'une certaine façon, avoir créé BACSAC, c'était aussi une façon de pouvoir continuer à le faire et d'éviter d'avoir des camions, des outils, etc. Donc, avoir créé BACSAC, c'était une façon d'éviter d'avoir des bêches, des pelles, des râteaux. C'est une façon de pouvoir continuer à faire les choses moi-même, mais tout en me disant que j'étais libre et que j'avais juste besoin d'un sac avec mon sécateur dans la poche pour pouvoir aller jardiner. Mes clients me disent toujours "Ah, tu es le jardinier le plus chic", parce que je jardine toujours en chemise blanche. Mais je suis habillé tous les jours de la même façon. Donc pour moi, jardiner, ça fait partie de ma vie. C'est comme aller au bureau. C'est pour moi la même action. On donne la forme aux plantes comme on le souhaite,surtout les arbres, les arbustes. De pouvoir les faire passer les unes au-dessus des autres. J'ai eu la chance d'aller au Japon, pour aller rencontrer des gens qui s'occupent de BACSAC là-bas. Et c'est incroyable parce que là-bas, ils taillent même les arbres qui font 15 mètres de haut et l'interstice entre deux branches pour que la lumière passe, etc. C'est fou. C'est le contrôle de la nature avec une subtilité incroyable. Donc je pense que la nature, effectivement, c'est intéressant quand on arrive à la respecter et donner la forme qui va vous permettre de, d'un coup votre arbre, le faire pencher pour que tout d'un coup ça devienne un parasol quand vous déjeunez. C'est ça qui est amusant en fait. C'est ça qui est génial dans la nature aussi, de pouvoir la contrôler et lui donner la forme qu'on souhaite. Mais effectivement, il y a quelques années, j'étais plutôt dans la taille ronde, un peu ambiance Lenôtre. Maintenant, je laisse les choses, je laisse la nature aussi trouver son équilibre. Surtout en ville, c'est toujours bénéfique. Une fois que vous avez tout taillé, après, qu'est-ce que vous faites, dépend. Donc là, pour moi, c'est la lutte. Et ce que je faisais effectivement avant, je mettais tout dans des sacs et je mettais tout dans la rue. Et ce que je dis souvent à mes clients, je leur dis, "tout ce que vous coupez doit retourner dans votre jardin". Donc je les oblige à couper en petits morceaux toutes les branches. Je dis, "vous le mettez sur la terre, ça va se décomposer. C'est comme la forêt, il faut penser forêt". Donc quand vous coupez une branche, il faut qu'elle retourne sur la terre. à la terre, il faut qu'elle retourne, il faut qu'elle nourrisse votre terre, elle va protéger la terre, elle va nourrir vos plantes. Et ça, ça a vraiment changé parce que je me souviens quand j'ai commencé à travailler. Je travaillais pour un paysagiste qui s'appelait Pierre Alexandre Risser. Et on passait notre vie, il ne fallait pas qu'il y ai une feuille qui traîne sur le gazon ou sur... Il fallait voir la terre, il fallait que ça soit nickel. Aujourd'hui, moi, je mets tout, au contraire. Il ne faut pas voir la terre, il faut cacher la terre avec toutes les plantes, avec tous les déchets végétaux. Il faut éviter qu'il y ait des sacs, je ne comprends pas qu'il y ait encore des gens qui jettent des sacs de végétaux dans la rue. C'est vraiment la matière vivante qui va faire que votre jardin va vivre.Moi à la campagne, mais j'ai des amas de végétaux que je mets au pied de mes plantes. Mes enfants me disent "on ne voit plus la plante" Je dis "ne t'inquiète pas, ça va se décomposer". Un mois après, c'est pfff ça a descendu et ça marche vachement bien. Quand on a monté au début BACSAC, qui est un peu une aventure qui s'est faite en fait. Au départ, BACSAC, ce n'est pas un projet d'entreprise, c'est plutôt une rencontre, un besoin. Et puis les gens nous ont dit " mais attends, tu devrais faire quelque chose avec ça". Donc on l'a fait, puis la société s'est montée. Et puis je pense que la sincérité du projet a portée BACSAC jusqu'à aujourd'hui. Et donc quand je vois effectivement BACSAC, je me dis, c'est con parce qu'en fait, il devrait y en avoir à toutes les fenêtres. Mais pas pour se dire, on va vendre des containers, etc. Parce que je pense que... encore plus aujourd'hui, heureusement qu'on n'est pas arrivé là, parce que ça a été finalement faux, en tout cas c'était pas notre... Mais je me dis, il y a encore du potentiel, de temps en temps je me dis, finalement si on veut qu'il y ait de la nature, il faudrait qu'on offre des BACSAC à tous les gens qui ont des balcons. Mais comment on pourrait faire pour le faire ? Alors si on voulait végétaliser tous les balcons, peut-être qu'il faudrait des jardiniers qui soient sur des nacelles et qui puissent venir s'occuper de tous les balcons. que finalement les gens ne s'engagent pas. Parce qu'en fait, les gens sont angoissés. Parce qu'en fait, typiquement, quand on habite en ville, on part l' été, la problématique c'est, on part l' été, qu'est-ce qu'il se passe avec nos plantes ? Donc peut-être qu'il faudrait qu'il y ait des jardiniers extérieurs, donc des jardiniers avec des nacelles, qui puissent venir s'occuper de toutes les jardinières des rues parisiennes. Ce serait utopique, totalement utopique. Quand je vois un BACSAC, déjà mes amis m'envoient des photos en général. Mes enfants me disent "Ah tiens, j'ai vu un BACSAC!" Forcément on est fier, mais on se dit qu'on n'y est pas encore. Pas dans le sens où on n'y est pas encore, il n'y en a pas assez. Il n'y a pas assez de nature. C'est toujours étonnant. Quand on se balade dans Paris, de temps en temps, on voit une fenêtre avec des tout petits pots, des énormes figuiers, des lavandes qui explosent. On se dit, mais c'est dommage, parce qu'en fait, sur un tout petit espace, effectivement, la nature est capable de beaucoup de choses. Il suffit juste de lui donner un petit espace, on ne lui laisse pas.
Speaker #0BACSEEDS, c'est l'histoire des semences. C'est un projet qu'on a depuis assez longtemps, qu'on avait un peu entamé il y a une dizaine d'années en commençant à vendre des semences à l'époque où ça ne se faisait pas tellement, à part dans les jardineries. Et puis en voyant toutes les boxes que les gens vendaient sur Internet autour des semences, etc., le projet est un peu revenu en disant En fait, effectivement, c'est intéressant parce qu'on a une vision des semences un peu faussée. En tout cas, moi, je ne connaissais pas le monde des semences. J'ai toujours pensé que c'était Monsanto, c'était des gens absolument atroces, qui polluaient la planète et qui n'allaient pas, qui ne nous aidaient pas. Et on a rencontré des gens qui s'appellent Agro-Semences, qui sont deux frères, qui ont une société dans le sud, à côté d'Aix-en-Provence, et qui nous ont fait, ouvert les yeux, on nous a dit, "en fait, être semencier, c'est en fait, travailler pour l'avenir. Être semencier, c'est pas forcément faire des semences qui ne sont pas reproductibles, mais au contraire, faire des semences qui vont pouvoir être reproductibles". que vous allez pouvoir créer vos propres semences. Parce qu'en fait, dans la semence, ce qui est plus, c'est que si vous plantez une tomate dans votre jardin et que vous récoltez les graines, l'année suivante, la graine a en mémoire l'histoire du terroir et la façon dont vous l'avez cultivée. Donc en fait, si l'année suivante, la graine que vous avez récoltée de votre fruit va être encore plus adaptée à votre sol. Et c'est pour ça que les gens, les semenciers, le travail des semenciers, c'est d'arriver justement à travailler sur ces semences pour qu'elles soient justement assez parfaite pour qu'elles puissent après évoluer en fonction de leur terroir, etc. On a commencé par la tomate parce que ça nous semblait le plus naturel, parce que c'est ce que les gens font, parce que c'est plus facile. Des variétés tomates, il y en a 700, mais on cultive tous la même. Donc il y a un vrai travail et si on veut que les variétés se conservent, il faut qu'on emmène les gens à cultiver d'autres variétés que celles qu'on trouve dans les jardineries. Donc l'idée, c'était de dire comment on peut amener les gens à cultiver des semences auxquelles nous n'avons pas accès dans les jardineries. Donc l'idée c'est de se dire, à travers un travail graphique qui fait travailler des artistes sur la représentation des légumes, on peut parler des semences et parler des variétés, et se dire, plutôt se dire on va faire des boxes où on met la tomate, le basilic, faire des mélanges, se dire en fait on va traiter le sujet par variété. La tomate, donc on a commencé par la tomate, et le deuxième c'est le radis. Il y a 9 variétés. Là, on va sortir les fleurs, puis on va faire, je crois, les mini-pouces. Mais on reviendra aussi aux tomates. En à un moment donné, on va revenir. Parce que les tomates, on n'a fait que 9 variétés, donc on en a encore 600 à faire. Et donc, c'est un peu comme l'histoire de BACSAC. C'est toujours un peu compliqué, nos produits. Parce que BACSAC, c'est un produit compliqué à vendre dans le sens où c'est un sac. Donc, les gens ne captent pas toujours que c'est un pot. Là, c'est pareil. C'est un livre qui se retrouve dans les librairies. Et en fait, dedans, il y a des graines. Donc les gens ne comprennent pas vraiment le livre de graines, mais on ne voit pas des graines, etc. Donc c'est toujours un peu de se dire, on va dans les endroits, en fait, naturellement, où on ne va pas acheter un pot, BACSAC est là. Un endroit où on ne va pas acheter des graines, BACSAC est là pour vendre des graines. Et donc c'est de se dire, voilà, BACSAC c'est l'outil pour avoir de la terre, et puis c'est aussi l'histoire des graines. Comment on interagit, comment on fait pour que les gens... et là avec les enfants c'est intéressant. C'est de se dire, Comment arrive une tomate ? Il faut que l'on plante une graine et c'est tout petit. Ou la graine d'une salade, c'est microscopique. Comment elle arrive ? C'est incroyable. Ce qui est intéressant dans BACSAC, c'est sa perméabilité, sa porosité. Ce qui fait que quand la racine arrive à la paroi du pot, vu qu'elle est en contact avec l'air, elle s'arrête. À chaque fois qu'une racine arrive au contact de la paroi du pot, elle s'arrête, donc elle va faire plein de petites racines. Dans un pot en terre cuite ou en plastique, quand la racine arrive à la paroi du pot, elle va commencer à tourner autour de la motte. Et donc en général, vous avez une racine principale qui va effectivement se développer et qui va tourner autour de la motte, qui va à la fois un peu asphyxier un peu la motte, et d'autre part, dès qu'il va faire chaud ou dès qu'il va faire très froid, en fait, votre racine principale de votre plante va directement être impactée par ces différences de température. Donc, BACSAC c'est des petites racines, mais qui sont partout dans la motte et qui fait que les racines respirent mieux et que s'il fait froid ou qu'il fait chaud, votre plante est beaucoup plus protégée. Après, effectivement, c'est toujours pareil. Ça veut dire que c'est perméable, ça veut dire que ça coule. Lesgens me disent "est-ce que ça coule ?" Et je dis, "c'est comme un pot en terre cuite. Il faut absolument que l'eau s'écoule pour que les racines ne pourrissent pas ". Ils disent, "mais oui, mais BACSAC, ça coule quand même pas mal". Je dis "oui, mais ça coule pas mal. Mais comme justement, vous avez ce système racinaire qui est en fait beaucoup plus équilibré, même si c'est un peu plus sec sur les parois, en fait, ça se développe quand même beaucoup mieux. Et donc cette perméabilité, elle est vertueuse". Après la question effectivement de l'eau, c'est un vrai sujet dans le jardin urbain. Parce qu'en général on arrose, même si vous avez une petite coupelle, vous arrosez, au moment où votre coupelle commence à déborder, vous arrêtez. Donc maintenant il y a des systèmes qui sont beaucoup développés qu'on appelle des oyas, qui sont des systèmes très anciens et qui sont super intéressants parce qu'en fait c'est des jarres en terre cuite qu'on enterre dans le sol et qui vont diffuser l'eau en fonction de la sécheresse de la terre. Et puis avec le temps, les racines vont se coller à la jarre et vont venir pomper l'eau en fonction de leurs besoins. Et ce qui est hyper intéressant, c'est qu'il y a tout un travail de porosité de la terre cuite. Donc ce n'est pas juste vous achetez un pot en terre cuite et vous l'enterrez, vous pouvez le faire, moi je l'ai fait, mais ça ne marche pas très bien. Mais ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait la terre cuite, c'est une matière qui est travaillée dans le monde entier. Donc en fait, c'est ça qui est super intéressant. C'est un système qui peut être utilisé partout, et qui est d'ailleurs plus utilisé dans les pays chauds que chez nous, mais qui permet que quand vous arrosez votre plante, vous savez que toute l'eau que vous allez mettre dans cette jarre va être utilisée par votre plante. Donc on dit que ça économise 70% de l'eau d'arrosage grâce à ce système-là. L'idéal c'est d'avoir un système, de mettre son goutte à goutte qui tombe dans ces jarres. Déjà parce que votre goutte à goutte coule toujours au même endroit, donc avec un petit moment, il trace son tunnel, donc votre goutte tombe, elle part directement, et donc là elle tombe et là effectivement ça diffuse, donc c'est vachement intéressant. Mais ça, ça marche, donc après il faut protéger la terre, penser à la forêt, il faut que la terre soit toujours humide, parce que finalement la terre est le centre du sujet. Ces questions d' environnement, même si le jardin, le jardin a toujours existé, mais c'était plutôt un luxe. Du fait que maintenant, l'explosion des jardins partagés, des gens qui quittent la ville pour aller se lancer dans la permaculture, etc. Je trouve qu'en fait, le rapport à la terre, il a totalement changé. Et qu'effectivement, si le sujet, c'est la terre, si la terre, vous en prenez soin. la nature va être généreuse, vous allez avoir des belles plantes, vous allez avoir des beaux légumes, vous allez avoir... Tout ça, c'est quand même vachement intéressant. C'est vachement rassurant aussi de se dire qu'on sait qu'il y a une direction possible. Non, je n'est pas été trop brouillon? mais je suis un peu comme ça. Je suis un peu artiste, mais... Beaucoup de rêves et... En tout cas, merci. Je vous en prie, c'est moi qui vous remercie.